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Maurice Voisin contre les Libanais du Sénégal

Conflit de légitimité et construction communautaire en contexte colonial et impérial (1946-1958)
Maurice Voisin versus the Lebanese of Senegal: A Conflict of Legitimacy and Community Building in a Colonial and Imperial Context (1946–1958)
Julien Charnay
p. 54-77

Résumés

Cet article examine les campagnes de presse menées par Maurice Voisin, commerçant métropolitain et militant d’extrême droite installé à Dakar, contre les migrants libanais présents au Sénégal entre 1946 et 1958. À travers l’analyse de ses discours et de ses actions politiques, il s’agit de comprendre comment les Libanais, devenus acteurs économiques majeurs, ont été perçus comme une menace pour la domination coloniale française et son « prestige blanc ». Dans un contexte de recomposition de l’ordre impérial français après la Seconde Guerre mondiale, les attaques de Voisin révèlent un conflit de légitimité entre colons français et migrants libanais, perçus tantôt comme des intrus, tantôt comme des partenaires utiles par la population africaine. L’article interroge également les réponses de la communauté libanaise, entre mobilisation collective et divisions internes liées aux clivages politico-confessionnels importés du Liban. Il met en lumière les solidarités tissées localement entre Libanais et Sénégalais, ainsi que les enjeux géopolitiques liés à la position du Liban dans la stratégie impériale française. Cette étude permet de penser l’émergence d’une identité afro-libanaise plurielle, à l’intersection des tensions coloniales locales et des recompositions impériales globales.

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Texte intégral

Introduction

  • 1 Voisin Maurice, 23 novembre 1953, « Appel général aux Africains », Les Échos d’Afrique noire. Consu (...)
  • 2 Ibid.

1« Les Libanais voilà l’ennemi1 ! » Dans un « appel général aux Africains2 » paru dans son journal, Les Échos d’Afrique noire, du 23 novembre 1953, le commerçant et polémiste de Dakar, Maurice Voisin, sonnait l’alerte pour la survie de l’empire colonial français. À l’image d’Albert Sarraut à propos des communistes dans son discours de Constantine du 22 avril 1927 (Thomas 2005), Maurice Voisin, commerçant métropolitain installé à Dakar et propagandiste d’extrême droite, dépeignait une cinquième colonne sapant les bases de l’ordre impérial français par son parasitisme économique et par son adhésion à un nationalisme arabe contestataire.

  • 3 Comme le soulignent Albert Hourani et Nadim Shehadi (1992), les ressortissants libanais et syriens (...)
  • 4 S’appliquant à des sujets coloniaux disposant déjà de la nationalité française, cette procédure con (...)

2Il s’en prenait ainsi à une communauté libanaise constituée par l’émigration de plusieurs milliers d’individus établis en Afrique occidentale française (AOF) lors de deux vagues successives depuis la fin du xixe siècle : l’une chrétienne et originaire du Mont-Liban jusque dans les années 1920, et l’autre musulmane chiite du Liban-Sud ou Jabâl ‘Âmil (Arsan 2014 ; Charnay 2024). En 1945, l’immigration libanaise en AOF était devenue majoritairement musulmane. Profitant du désintérêt des principaux acteurs du capitalisme français pour l’empire (Marseille 2005) et des faiblesses de l’État colonial (Stoler 2004), les migrants libanais avaient investi précocement les marchés des grands centres urbains, comme Dakar au Sénégal ou Conakry en Guinée, ainsi que l’économie de traite structurée par de grandes maisons de commerce françaises, devenant une « minorité intermédiaire » entre le colonisateur blanc et le colonisé noir (El Chab 2019). Au sein de l’AOF, le Sénégal était devenu la principale destination des chaînes migratoires (Macdonald & Macdonald 1964) libanaises grâce à la position d’interface de sa capitale, Dakar, et à son bassin arachidier s’étendant du cercle de Louga au nord à la Gambie au sud, jusqu’au cercle de Kaolack à l’est. Succédant à une ancienne protection consulaire française sur ces sujets ottomans3, les conventions mandataires liant la France au jeune État libanais (Chaigne-Oudin 2006) après la chute de l’empire dans ce pays en 1943, allaient offrir un cadre juridique sécurisant les parcours migratoires de ses ressortissants. Ils pouvaient de surcroît opter pour une nationalité libanaise ou syrienne d’après les termes du Traité de Lausanne de 1923 qui fixa définitivement les États succédant à l’Empire ottoman et définit officiellement ces deux nationalités dans le droit international (Chaigne-Oudin 2006 : 79-85). Échappant aux catégories juridiques et aux procédures de « naturalisation » française en situation coloniale fixées par le sénatus-consulte de 1865 pour l’Algérie4, les ressortissants libanais d’AOF avaient également la possibilité de demander la nationalité française selon les termes de la loi du 10 août 1927, restaurée après l’intermède de Vichy, mais sur lequel l’administration française maintenait un pouvoir discrétionnaire décisif.

  • 5 Nous reprenons ici les termes d’Hubert Bonin (2025 [2018] : 321-332). Nous faisons plus précisément (...)

3L’intégration de cette communauté dans le paysage économique et social du Sénégal dans la première moitié du xxe siècle révéla un malaise de la société coloniale, structurée par la domination d’une minorité de colons blancs sur une majorité africaine aux plans politique, économique et culturel (Balandier 1951), que la dureté des attaques de Voisin illustrait à maints égards. Après la Seconde Guerre mondiale, l’unité de l’empire avait été soumise à rude épreuve, puisque l’affrontement entre partisans de Vichy et de la France Libre avait profondément déstabilisé les administrations coloniales (Jennings 2004), particulièrement en AOF jusqu’à leur ralliement définitif à cette dernière en juillet 1943 (Chafer 2019 [2002]). La puissance française tenta donc de concrétiser un nouveau pacte avec ses colonies après la Conférence de Brazzaville de janvier-février 1944. Ce processus sembla prendre fin avec la proclamation de la IVe République en octobre 1946 qui, via des réformes d’inspiration « humaniste5 », instituait une Union française devant achever l’assimilation des sujets coloniaux au régime de citoyenneté métropolitain et fournir le cadre d’un nouveau développement économique et industriel de ces territoires. Ces réformes cachaient mal cependant l’affaiblissement de l’empire français, soumis, après 1945, à des soubresauts indépendantistes de plus en plus violents et aux concurrences des anciens alliés anglo-saxons. Cet affaiblissement se mesurait particulièrement dans ses territoires arabo-musulmans, comme l’illustre l’indépendance chaotique des mandats syrien et libanais entre 1943 et 1946 (Bruchez 2005).

  • 6 Dans cette colonie, les colons français et européens s’approprièrent la dénomination d’« Algérien » (...)

4Outre son hebdomadaire, Les Échos africains, devenu en 1950 Les Échos d’Afrique noire, Maurice Voisin fonda plusieurs associations politiques et tâchait de construire une communauté impériale unanime et exclusive devant affirmer l’unité des « Africains » blancs et noirs contre un « ennemi » qui en était définitivement exclu (à la suite de l’indépendance de l’État libanais). En d’autres termes, il réinterprétait la dénomination « Africain » en désignant les colons métropolitains installés au Sénégal, selon un procédé constaté dans d’autres territoires coloniaux comme l’Algérie6, auxquels il joignait, non sans stigmates paternalistes, les sujets colonisés. Ses campagnes de presse ont, en réponse, motivé des mobilisations collectives que la littérature récente sur les migrations libanaises a interprétées comme l’acte fondateur d’une communauté nationale : les Libanais d’Afrique (Leichtman 2015). En documentant l’émergence d’un groupe social libanais qui concurrence le monopole colonial blanc dont Voisin se voulait le défenseur, notre objectif est de dépasser le face-à-face que suggère l’interprétation de cette crise de la société coloniale en la resituant dans son cadre impérial complexe, et en restituant la diversité des positionnements derrière les catégories englobantes « Africains » et « Libanais », manipulées par les acteurs de ces campagnes d’opinion.

  • 7 Les objectifs contradictoires poursuivis par ces acteurs impériaux français expliquaient par exempl (...)

5Ainsi, la première apparaît employée au-delà du critère chromatique, dans des logiques politiques de mobilisation en faveur de l’empire français. Tandis que la seconde révèle des clivages pluriels qui démontrent les reconfigurations sociopolitiques à l’œuvre dans cette période de bouleversements du contexte impérial. De plus, si les migrants libanais pouvaient apparaître comme des « intrus » dans l’ordre colonial français en Afrique (Arsan 2014), ils n’en demeuraient pas moins des ressortissants d’un jeune État qui avait été la cible privilégiée d’un impérialisme informel fonctionnant dès le xixe siècle sur une diplomatie religieuse et scolaire, l’exportation de capitaux et l’extraterritorialité du droit français bénéficiant à des catégories plus ou moins larges de protégés (Todd 2022 [2021]). Celui-ci s’était concrétisé finalement par un mandat de la Société des Nations entre 1920 et 1943 avec lequel la France entendait maintenir des liens privilégiés. De fait, les efforts de Voisin pour sauver la position hégémonique des colons métropolitains dans les colonies d’Afrique contraignaient les acteurs de la politique impériale française, répartis entre les administrations de la France d’Outre-Mer et des Affaires étrangères, à choisir entre un pré carré africain et des intérêts impériaux plus larges, où l’influence française était de plus en plus menacée comme au Moyen-Orient7. De leur côté, les positionnements des Libanais en Afrique face à une puissance traditionnellement protectrice révélaient des clivages politiques et confessionnels nés de l’héritage de l’impérialisme informel français au Levant (Hakim 2013). Ceux-ci furent bouleversés, après 1945, par l’émergence d’un nationalisme arabe révolutionnaire et l’entrée dans ce que Malcolm Kerr a qualifié de « guerre froide arabe » (2004 [1971]).

6L’objet central de cet article sera de révéler les termes d’un conflit de légitimité sociale et politique entre deux groupes de la société coloniale au Sénégal : les colons français, dont Voisin se faisait le défenseur, et les ressortissants du jeune État libanais. Nous analyserons dans un premier temps la construction du discours de Voisin à l’égard de ces derniers : celui-ci révèle la crainte de l’affaiblissement du pouvoir social et économique exercé par les colons français dans la colonie. Outre une rhétorique raciste et la mise en avant de la défense des intérêts impériaux français, Voisin tente de convaincre de l’existence d’une communauté d’intérêts entre colons français et colonisés africains, menacée par la présence des Libanais au Sénégal. Or, nous montrerons que cette communauté coloniale fantasmée par Voisin ne résiste pas à la réalité de l’insertion sociale des Libanais au Sénégal et de leurs mobilisations collectives, qui s’appuient sur de nouveaux registres à la faveur de la reconfiguration de l’empire français après 1945. Nous nous interrogerons enfin sur la portée de ces mobilisations face à la persistance des clivages identitaires et politiques libanais qui demeurent vifs dans un contexte impérial français transnational. Nous suivrons la cristallisation de ce conflit de légitimité en situation coloniale grâce aux archives du gouvernement général de l’AOF et du ministère de la France d’Outre-Mer. En mettant en jeu des définitions concurrentes de la société coloniale au Sénégal, ces campagnes de presse ont en effet particulièrement attiré l’attention des services de l’administration coloniale locale et de sa hiérarchie parisienne, qui les ont documentées. En prise avec des intérêts multiples parfois en tension, les autorités impériales françaises se voulaient les garantes d’un « vivre-ensemble » mis à mal par les campagnes d’opinion du polémiste français. Nous décalerons donc notre regard sur un contexte impérial permettant de cerner les limites de ces mobilisations.

Les campagnes de presse de Maurice Voisin : révéler une communauté d’intérêts entre colons français et colonisés africains

  • 8 Archives nationales d’Outre-Mer (ANOM), Aix-en-Provence, 1AFFPOL/2164, « Deux mois de réflexion », (...)
  • 9 ANS, 17G530/144, « Les Échos d’Afrique noire Maurice Voisin : procès, actions en justice 1949-1956  (...)
  • 10 ANS, Fonds A.O.F, 17G530/144, Note de renseignements, non datée.
  • 11 Archives nationales d’Outre-Mer (ANOM), Aix-en-Provence, 1AFFPOL/2164, Lettre manuscrite au ministè (...)
  • 12 ANOM, 1AFFPOL/2164, Lettre de Voisin au gouverneur du Sénégal du 8 août 1947.
  • 13 ANOM, 1AFFPOL/2164, Lettre du haut-commissaire de la République française gouverneur général de l’A (...)
  • 14 ANOM, 1AFFPOL/2164, Lettre du haut-commissaire de la République française gouverneur général de l’A (...)

7À partir de février 1947, Voisin fit entendre de manière virulente sa voix anti-libanaise en se proclamant défenseur de « l’âme française8 » au Sénégal. Entre cette date et 1958, il parvint à s’imposer au sein du champ politique local, au gré d’une carrière tortueuse marquée par des alliances instables et opportunistes avec plusieurs partis politiques sénégalais (Keese 2005 ; Sene 2017). Puisqu’il présentait l’administration coloniale française comme une complice de l’envahissement migratoire libanais, ses activités politiques faisaient l’objet d’une surveillance attentive de la part des services de sûreté de la colonie. En 1951, un an après avoir été condamné par la Cour d’appel de l’AOF pour injure, trouble à l’ordre public et diffamation, à la suite de poursuites du parquet de Dakar et de membres de l’administration du gouvernement général9, une note de renseignement des services de police de Côte d’Ivoire retraçait les grandes étapes de la carrière coloniale et politique de Voisin10. Né à Mansigné dans la Sarthe en 1917, il s’était installé en Guinée en 1937 comme commerçant et planteur, et avait fondé un syndicat professionnel, la « Fédération bananière11 », ainsi qu’un premier journal, Les Échos guinéens. Puis il quitta cette colonie pour celle du Sénégal dans des circonstances troubles, vraisemblablement en raison d’échecs commerciaux, avant-guerre. À la fin de l’année 1946, celui qui se revendiquait comme journaliste auprès de l’administration coloniale12 fonda Les Échos africains satiriques, humoristiques, documentaires et libres sur le modèle du Canard enchaîné. Ce titre semblait, selon les renseignements des services de sûreté coloniaux du Sénégal13, ne rencontrer qu’un succès très limité avant la publication des premiers articles ostensiblement anti-libanais. Ceux-ci lui permirent d’accroître le tirage de son périodique à près de 7 000 exemplaires et de fonder une association politique, Les Amis du P’tit Jules, d’après le pseudonyme avec lequel il signait certaines brèves du journal. À la suite de ses premières condamnations judiciaires et de son divorce avec Anne Voisin, qui avait été placée opportunément à la tête du journal, il poursuivit ses activités avec un nouveau titre, Les Échos d’Afrique noire et un parti politique, Défense de l’Afrique française, en 1950. Les renseignements coloniaux décrivaient aussi sa marginalisation progressive au sein du champ politique sénégalais. Au tournant des années 1940 et 1950, celui-ci se basait sur une culture, des pratiques et des clivages politiques anciens, à l’échelle communale mais aussi nationale. Le Sénégal envoyait un député au Palais Bourbon à Paris depuis 1848 (Diouf 1999), et le champ politique local était particulièrement polarisé autour de la rivalité entre Lamine Gueye, maire de Dakar depuis 1945 et chef de la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO) locale, et le Bloc démocratique sénégalais (BDS), fondé en 1948 par Léopold Sédar Senghor, qui parvint à supplanter les socialistes en dehors de Dakar lors des différentes élections fédérales et territoriales (Roche 2001). Bien que le mouvement Défense de l’Afrique française autorisât la double appartenance partisane de ses membres, les deux leaders de la SFIO et du BDS affirmèrent, parfois de façon spectaculaire, leur opposition à Voisin. En 1952, celui-ci reçut publiquement un soufflet de la part de Gueye tandis qu’en 1954, Senghor interdit aux membres du BDS l’adhésion au mouvement Défense de l’Afrique française (Keese 2005). Fils d’un artisan carrossier, Voisin avait milité à la SFIO de Tours, dont il fut exclu pour malversation avant son départ pour la Guinée. Son parcours politique le conduisit alors à embrasser la cause de plusieurs formations d’extrême droite antiparlementaires et à afficher un anti-communisme virulent qui lui valut l’hostilité de plusieurs responsables sénégalais du Rassemblement démocratique africain (RDA). Ceux-ci s’étaient engagés dès 1947 contre les campagnes anti-migrants de Voisin. Ainsi, dans Le Réveil, journal de l’antenne locale du RDA fondé par Charles-Guy Etcheverry, le militant Amadou Lamine Diallo qualifiait Voisin d’« agitateur professionnel14 » et appelait à la fondation d’un « Comité de vigilance anti-raciste ». Également perçu comme un nostalgique de Vichy par les agents des services de sûreté coloniaux (Keese 2005), Voisin tenta opportunément d’implanter au Sénégal plusieurs sections de partis politiques notoirement connus pour leur opposition à la IVe République, comme le Rassemblement du peuple français entre 1947 et 1950, puis l’Union de défense des commerçants et artisans de Pierre Poujade en 1956, avant de soutenir un obscur Comité de Salut Public à Dakar, copié sur celui proclamé à Alger le 13 mai 1958 (Keese 2005). L’échec de cette dernière aventure consacra sa disparition définitive de la scène politique sénégalaise.

  • 15 ANOM, 1AFFPOL/2164, « Le Problème Libano-Syrien », Les Échos africains, no du 26 avril 1947.
  • 16 À l’image du groupe néerlando-britannique Unilever qui investit dès les années 1930 l’économie de t (...)
  • 17 ANOM, 1AFFPOL/2164, Lettre de Voisin au gouverneur du Sénégal du 8 août 1947.
  • 18 Les archives judiciaires coloniales documentèrent des condamnations pour marché noir, hausse illici (...)
  • 19 ANOM, 1AFFPOL/2164, Lettre de Voisin au gouverneur du Sénégal du 8 août 1947.

8La première campagne de presse anti-libanaise de Voisin, entre 1947 et 1949, exprimait le déclassement des milieux métropolitains du petit commerce indépendant, qui, depuis la dépression des années 1930, n’avaient cessé de dénoncer par voie de presse ou auprès des autorités coloniales, la concurrence des commerçants libanais (Charnay 2017). Le sentiment de déclassement de ce groupe socioprofessionnel témoignait des contraintes d’un « prestige blanc » (Stoler 1989) qu’il devait incarner dans l’ordre social et politique colonial. Ainsi, parmi les complices de l’envahissement migratoire libanais, Voisin incluait, selon une rhétorique anticapitaliste, les grandes maisons de commerce et les grands « trusts15 », parfois étrangers16, qui monopolisaient le commerce de traite. Son argumentaire révélait ce que Frederick Cooper et Ann-Laura Stoler (1997) ont qualifié de « tensions d’empire », dans la mesure où le dogme impérial français avait fait des colons métropolitains blancs des agents civilisateurs et donc les garants de la domination coloniale française sur l’Afrique. Plus précisément, la position de Voisin « à l’égard du problème libanais », telle qu’il la présenta dans une lettre du 8 août 1947 adressée au gouverneur du Sénégal17, consistait d’abord en une épuration de l’immigration en fonction de critères socio-économiques et démographiques. Ainsi, il distinguait les « mauvais Libanais », c’est-à-dire des commerçants condamnés pour délits commerciaux18 ou de droit commun ; les « Libanais en surplus », dont la présence amenuisait les débouchés professionnels pour de potentiels candidats métropolitains à l’installation dans les colonies ; et les « bons Libanais19 », pour lesquels l’administration devait faire preuve de « correction, politesse et considération ». Voisin préconisait plus globalement une limitation de la population libanaise à 10 % de la population française avec la collaboration d’associations professionnelles libanaises regroupant des commerçants établis qui souhaitaient se prémunir de la concurrence de nouveaux venus (Elias & Scotson 2022 [1965]). Ils avaient, à la fin des années 1930, formulé des revendications similaires (Charnay 2017) qui attestaient de l’ancienneté des clivages socio-économiques de la communauté libanaise (El Chab 2019) :

  • 20 ANOM, 1AFFPOL/2164, Lettre de Voisin au gouverneur du Sénégal du 8 août 1947.

Je fais appel au Comité Libanais pour exiger de ses adhérents une conduite d’invités et pour limiter lui-même l’immigration en ce pays. Nous espérons malgré tout que l’Administration voudra bien l’aider. Nous ne voulons plus 100 Libanais pour 15 Français mais 10 Libanais pour 100 Français. 10 % comme pour la baisse [des prix]. Mais une baisse qui celle-là serait efficace20.

  • 21 ANOM, 1AFFPOL/2164, « Réponse aux agents de la Ligue Arabe et à tous les Libanais et Syriens amis d (...)
  • 22 ANOM, 1AFFPOL/2164, A. Goux, « Réponse à Mise au point », Le Sénégal, no du 3 mai 1946.
  • 23 ANOM, 1AFFPOL/2164, « Question syrienne », Le Sénégal, no du 3 mai 1946.

9Outre ces considérations socio-économiques et démographiques auxquelles Voisin ajoutait un discours raciste, il joua du contexte opposant le pouvoir impérial aux forces nationalistes arabes, qui à partir du début des années 1950, animaient des luttes indépendantistes, notamment en Afrique du Nord. À partir de 195321, après un attentat commis par le parti nationaliste marocain Istiqlal à Casablanca le 29 décembre, Voisin assimila dans ses articles jusqu’en 1956, les Libanais à des partisans d’un nationalisme panarabiste d’inspiration nassérienne. La crise de l’impérialisme français dans ses territoires arabo-musulmans, et plus globalement dans le monde arabe entre les massacres de Oued-Zem au Maroc en 1955 (Vermeren 2016 [2002]), la crise de Suez en 1956 (Gayffier-Bonneville 2016) et la guerre d’Algérie (Stora 2004), donnait autant d’occasions à Voisin de raviver ses discours anti-libanais. Ces derniers étaient devenus des ennemis explicites de la France et de son ordre impérial en Afrique. Ce faisant, il reprenait une matrice argumentative formulée dès 1945 par l’ancien maire de Dakar, Alfred Goux, qui, à l’occasion des événements de Syrie, avait posé les dangers d’une contagion anti-impérialiste d’origine syrienne dans son journal Le Sénégal22. Le nom de cette rubrique, « Question syrienne », manifestait un refus revendiqué de dissocier les deux États nouvellement indépendants du Liban et de la Syrie. Goux assimilait l’ensemble des migrants libanais aux mouvements nationalistes syriens qui avaient combattu contre les troupes françaises en mai-juin 1945, ce que dénonçaient des intellectuels libanais comme le journaliste beyrouthin Kamel Mrowa23. À partir de sa seconde campagne de 1953, Voisin tenta donc de construire un discours unanimiste et de susciter l’adhésion d’un auditoire anti-libanais qui transcenderait les clivages raciaux entre colons blancs et colonisés noirs.

  • 24 ANOM, 1AFFPOL/2164, Voisin Maurice, « Les Points sur les i. Voilà comment petit à petit, les libano (...)

10Pendant la campagne de presse de 1953-1956, le commerçant libanais incarnait pour Voisin un ennemi mortel de l’empire. Afin de sauver « l’Afrique française », il s’agissait pour lui de mobiliser une société coloniale qui serait dressée unanimement contre un ennemi commun parasitant les richesses de la colonie et dépeint, par association, sous des traits sanguinaires. Dans ce cadre, l’analyse que Voisin livra du fonctionnement du marché immobilier dakarois et des relations sociales de crédit entre Libanais et Lebou, un groupe social implanté de longue date dans la péninsule du Cap-Vert, incluant Dakar, illustrait pour lui le vampirisme de migrants cupides. Cette autre campagne anti-libanaise débuta plus précisément par une lettre ouverte aux députés de l’Assemblée nationale publiée en décembre 1953, dans laquelle Voisin réclamait une nouvelle réglementation du prêt en AOF face à l’activité présentée comme usurière des commerçants libanais envers les propriétaires fonciers lébous. Inscrites dans les normes d’une « économie morale » préindustrielle (Thompson 1971), relativement similaires à celles de l’Europe moderne (Fontaine 2008), les relations sociales de crédit semblaient impliquer, d’après les termes volontairement flous choisis par Voisin, une population locale pauvre et étrangère à toute forme de culture économique capitaliste, où l’accès au capital primait sur toute autre considération comme son coût. Le rôle de prêteur de la communauté léboue illustrait surtout l’insertion des Libanais dans le paysage socio-économique quotidien des populations locales et remettait en cause la centralité de la figure du colon blanc dans l’organisation des relations sociales dans les colonies. Voisin dépeignait les pratiques des Libanais comme usurières, mettant à mal les bénéfices de la mission civilisatrice française en Afrique, et tâchait d’associer à son discours des témoignages lébous célébrant l’harmonie d’une communauté d’intérêts communs avant l’arrivée des migrants libanais. Dans un article du 27 janvier 1954, il donna ainsi la parole à « un vieil africain24 », s’estimant spolié par un commerçant libanais dénommé Aref Houdrouge.

  • 25 D’après nos calculs, Houdrouge aurait donc dû payer la somme de 366 600 francs CFA. Voisin présenta (...)
  • 26 ANOM, 1AFFPOL/2164, « Voici le premier appel de l’Association Défense de l’Afrique française », Les (...)

11Cet habitant lébou de Dakar, que Voisin laissa anonyme, était muni d’un titre du Livre foncier de la commune de Dakar-Gorée et propriétaire d’un terrain de 345 m² dans le quartier du Plateau, situé à l’intersection de l’avenue William Ponty et de la rue Raffenel. Il l’estimait, à l’aide des chiffres du Service des Domaines de 1951 servant de base à la fixation des loyers dans la ville, à une valeur de 5 175 000 francs CFA. Le propriétaire avait cédé ce terrain en bail, établi devant notaire, à un Français, Marc Deschamps, pour une durée de 30 ans et pour un loyer annuel de 9 000 francs CFA. C’est à partir de la cession de ce bail en 1942, de Marc Deschamps à Aref Houdrouge, que Voisin tenta de prouver le caractère confiscatoire des prêts accordés par les commerçants libanais aux habitants africains de Dakar. Entre 1944 et 1948, Houdrouge avait accordé quatre prêts successifs au vieux propriétaire lébou face à ses besoins en numéraire et son incapacité à rembourser les prêts contractés précédemment. Le dernier prêt de 1948 s’apparentait à une spoliation d’après Voisin, car il avait été établi sans appel à un notaire et à la condition d’une prorogation du bail jusqu’en 1989. Une telle opération avait permis à Houdrouge d’importants bénéfices puisqu’il n’allait payer qu’un loyer mensuel de 650 francs CFA sur 47 ans, alors que Voisin estimait la valeur du terrain à plus de cinq millions de francs CFA25. Anticipant l’incapacité du propriétaire lébou à rembourser ses dettes, il affirma que ce prêt très avantageux serait, selon toute vraisemblance, prorogé jusqu’aux années 2000, faisant d’Houdrouge le propriétaire de fait de ce terrain. Dans son appel26, Voisin interpella donc les députés métropolitains sur un « vent de mécontentement [qui] régn[ait] en AOF », né de ce qu’il présentait comme la spoliation des autochtones par leurs créditeurs libanais qui profitaient de la soi-disant incapacité des premiers à penser leurs intérêts économiques sur le long terme. Pour Voisin, la législation française devait protéger les Africains de telles pratiques :

Vous connaissez tous l’imprévoyance de l’Africain. Souvent, celui-ci, par besoin d’argent, fait hypothéquer la terre qui lui appartient depuis des générations, la maison de ses parents, la sienne propre, etc. Il ne sait pas lire, il ne comprend pas toujours. Il traite avec des hommes d’affaires qui le trompent. L’essentiel, pour lui, est d’obtenir dans l’immédiat, quelques 50 000 ou 100 000 francs [CFA]. Quand l’échéance vient, quand il s’agit de rembourser les 50 ou 100 000 francs, la plupart du temps, l’Africain n’a plus rien et n’a pas les possibilités de tenir sa promesse. C’est alors que son créditeur fait procéder à la vente de ses biens et le malheureux autochtone se voit déposséder de tout. Les Libanais […] sont passés maîtres dans l’art de dépouiller ainsi l’Africain.

  • 27 Ibid.

12Voisin souhaitait que les députés français fissent pression sur une administration coupable de laisser se développer un « vent anti-blanc » et « des procédés [qui] incit[aient] les Africains à mépriser davantage les Européens27 ». Un manifeste du parti Défense de l’Afrique française (DAF) signé par les membres de son comité directeur provisoire, qui comportait de nombreux patronymes africains, plaidait ainsi pour une reconversion des baux signés par les Libanais et les Africains, la fixation du délai de bail et la création d’un organisme administratif pour assister les Africains dans les engagements de leurs baux, ces derniers étant, selon Voisin, trop souvent trompés, car ignorant la loi et l’obligation aux locataires libanais de verser aux propriétaires africains un pourcentage sur les revenus locatifs des immeubles. En effet, sur les terrains loués aux propriétaires africains, les Libanais pouvaient construire des immeubles sur lesquels ils percevaient des loyers.

Une communauté fantasmée à l’épreuve des réalités locales : les solidarités afro-libanaises et communautaires libanaises

  • 28 Titre proche du titre arabe cheikh qui renvoie à des connaissances poussées dans le domaine religie (...)
  • 29 ANS, 17G530/144, Pétition adressée au Haut-commissaire gouverneur-général de l’AOF, note de renseig (...)

13Le discours de Voisin soulignant la communauté d’intérêts qui lierait Français et Africains au Sénégal se heurte rapidement à la réalité des relations sociales entre Africains et Libanais, et plus particulièrement aux oppositions de ceux qu’il prétendait représenter de façon paternaliste : les Africains. Si la composition du comité directeur de la DAF pouvait laisser présager du succès initial de la stratégie de Voisin, les relations de crédit entre les prêteurs libanais et le reste de la population locale marquèrent en réalité les limites de sa rhétorique raciste et paternaliste. Ainsi, le 7 janvier 1954, onze notables de la communauté lébou, comprenant El Hadj Alia Codou Ndoye, le Grand Serigne28 de Dakar, et des chefs de quartier de la capitale de la Fédération29, adressèrent une pétition au Haut-commissaire gouverneur-général de l’AOF, afin de s’opposer explicitement aux arguments de Voisin et à ses appels en faveur d’une législation plus restrictive sur les baux fonciers. Sans nier l’existence de cas litigieux, ils affirmaient que ceux-ci devaient être réglés entre les parties concernées et non par une nouvelle réglementation de l’administration coloniale. Ils soulignaient également le rôle essentiel des prêteurs libanais envers une population ayant souvent un besoin immédiat de liquidités. Ils vantaient enfin les bénéfices que les Africains pouvaient en tirer à long terme via les constructions immobilières lancées par les prêteurs libanais (Charnay 2024 : 169-175) :

  • 30 Repris dans Charnay (2024 : 174).

Cette question de bail dont plusieurs baux jadis étaient signés avec plusieurs Européens d’ici, mais ceux-ci ont dû plus tard céder leurs droits à des Libano-Syriens qui ont continué avec nous. Vous voyez donc Monsieur le Haut-Commissaire que loin de nous exploiter ils nous rendent plutôt service dans le moment pénible d’avoir un peu d’argent. Il suffit pour s’en rendre compte de parcourir la Ville pour s’apercevoir que sur presque tous les îlots baillés pour ces Libano-Syriens, une construction de 4, 5, 7 et 10 millions y a été édifiée et malgré les longs délais que l’on a signalés, ces constructions bénéficieront plus tard à nos enfants et petits-enfants30.

  • 31 ANOM, 1AFFPOL/2164, Etcheverry Charles-Guy, « Il n’y a pas de problème libano-syrien en AOF », La C (...)
  • 32 ANOM, 1AFFPOL/2164, Loum Ibrahima, « Réponse à Maurice Voisin, agitateur à la recherche d’une popul (...)
  • 33 ANOM, 1AFFPOL/2164, Lettre du ministère de la France d’Outre-Mer au ministère des Affaires étrangèr (...)
  • 34 ANS, 17G530/144, Note de renseignements des services de sûreté de la Délégation de Dakar du 4 janvi (...)
  • 35 ANS, 17G530/144, Lettre de Diop à Voisin du 20 janvier 1954.

14La stratégie déployée par Voisin se heurta donc à des solidarités établies entre de riches commerçants, prêteurs libanais et la population locale dans le cadre des rapports sociaux et économiques de la situation coloniale. Elles apparaissaient comme autant de remises en cause du paternalisme colonial redéfini en des termes développementalistes après 1945 (Cooper 2019 [2002] : 51-87). Cette campagne anti-libanaise initiée en décembre 1953 rencontra donc des oppositions issues de la population locale, plus particulièrement africaine. Le militant communiste proche du Rassemblement démocratique africain (RDA), Charles-Guy Etcheverry, rétorquait ainsi aux articles de la DAF qu’« il n’y a[vait] pas de problème libano-syrien en AOF », et accusa Voisin de détourner la population des véritables causes socio-économiques du malaise africain dans les années 195031. Ibrahima Loum, proche également du RDA, écrivait pour le journal dirigé par Etcheverry et dénonça « dans l’intérêt du pays32 », un « orateur de tréteaux de foire » : il mobilisa un argumentaire religieux pour qualifier cette campagne criminelle qui s’en prenait à une « majorité de frères de religion ». La campagne de 1953 de Voisin ne parvint donc pas à transcender les clivages raciaux et politiques coloniaux tel qu’il l’appelait de ses vœux. Les rapports des services de sûreté de la colonie faisaient même état du manque de crédit manifeste dont il souffrait. Un rapport du gouvernement général daté du 25 mars 1954 indiquait que le meeting de la DAF du 19 décembre 1953 n’avait réuni qu’un public d’un peu moins d’un millier d’individus « essentiellement composé de gens venus là pour passer le temps et se distraire à bon compte33 ». Les membres du comité directeur provisoire de l’association faisaient également l’objet de jugements peu élogieux dans les bulletins de renseignement des services de sûreté de la colonie, qui évoquaient « des indigènes plus ou moins falots n’exerçant aucune activité sur place34 ». Les désaffections étaient en effet précoces et concernaient des individus placés à des fonctions honorifiques et de direction. Nommé président d’honneur de l’association à sa création, El Hadj Ousmane Diop, président du conseil des notables de la collectivité lébou, donna ainsi sa démission dès le 20 janvier 1954 dans une lettre qu’il adressa à Voisin35. Outre la forme des propos choisis dans ses attaques anti-libanaises, il lui reprochait sa véhémence envers l’administration coloniale. Diop fut suivi par certains responsables de sections de la DAF comme celle de Kader Diagne à Kaolack.

  • 36 ANOM, 1AFFPOL/2164, Lettre de l’ambassadeur de France au Liban au président du Conseil et ministre (...)
  • 37 Ibid.

15Les campagnes de presse anti-libanaises de Voisin devaient également se heurter à un cadre géopolitique et politique impérial qui actait l’indépendance de l’État libanais, même si l’impérialisme français continuait de s’exercer sous différentes formes sur ce dernier. Si la définition d’une nationalité libanaise dans l’entre-deux-guerres n’avait pas apaisé les tensions identitaires et politiques, plusieurs dynamiques culturelles, politiques et institutionnelles matérialisaient une réalité nationale libanaise, notamment auprès de la diaspora. L’historiographie récente sur les migrations libanaises en Afrique les a interprétées comme des actes constitutifs d’une communauté « afro-libanaise » transcendant les clivages politico-confessionnels encore forts chez les migrants de première génération installés entre les années 1880 et 1920 (Leichtman 2015 : 39). Grâce à l’intensité des remises sociales avec le Liban, matérialisées notamment par la circulation d’écrits et plus particulièrement de la presse, qui rendaient compte à Beyrouth des campagnes anti-migrants au Sénégal, celles-ci auraient même cristallisé une identité « cosmopolitaine » (Leichtman 2015 : 8), déjouant les catégories confessionnelles avec lesquelles les administrateurs coloniaux appréhendaient la présence des migrants libanais, notamment musulmans, pendant l’entre-deux-guerres. À l’occasion de la campagne de presse de Voisin en 1947, les réactions nationales s’incarnaient tout d’abord via des canaux diplomatiques qui se déployaient en Afrique pour le jeune État souverain libanais, grâce à l’installation d’un consulat à Dakar dès 1946. Le profil jugé « francophile » de son premier titulaire, Mohamed Sabra, témoignait de bonnes dispositions de la diplomatie libanaise à l’égard de la France. Une lettre de l’ambassadeur de France au Liban adressée à Georges Bidault, alors ministre des Affaires étrangères, le 12 décembre 1946, renseignait sur l’identité et le parcours du nouveau consul, en faisant une personnalité pro-française en laquelle les administrateurs coloniaux « trouver[aient] un interlocuteur favorablement disposé36 ». Sabra était né à Bourj el Brajné, dans la banlieue de Beyrouth, en 1912 dans une famille chiite. Les institutions de la diplomatie culturelle française expliquaient ses affinités francophiles, d’autant plus rares selon l’ambassadeur de France « que sa communauté très nombreuse compt[ait] peu d’hommes instruits ». Sabra avait accompli ses études secondaires au Collège de la Sagesse, une institution maronite, et poursuivi des études supérieures en droit à Paris en 1939, avant d’entamer une carrière administrative au Liban à partir de 1943. Il gardait « un excellent souvenir de sa formation passée en France37 ». En 1945, il avait pris la direction du Service de la presse et de la propagande de la Délégation générale, et en 1946 le poste de Radio-Liban où il avait veillé à maintenir deux heures et demie d’émissions quotidiennes au Service français des Œuvres. Il entretenait de surcroît de très bonnes relations avec des personnalités politiques sunnites de premier plan. Ce consul présentait donc un profit atypique avantageux pour la diplomatie française – celui d’un homme issu d’une communauté chiite dédaignée par les formes de pénétration de l’influence culturelle et politique française, plutôt réceptive aux thèses des nationalismes arabes, dynamique démographiquement et en adéquation avec les flux migratoires libanais en AOF (Mervin 2003). Après son installation, le consulat du Liban de Dakar pouvait ainsi devenir pour ses ressortissants un relais des protestations émises par les membres de la communauté libanaise contre les campagnes de Voisin et des faits divers qui révélaient des traitements discriminatoires.

  • 38 ANS, 17G530/144, Bulletin de renseignements du service de sûreté de la colonie du Sénégal daté du 2 (...)
  • 39 ANOM, 1AFFPOL/2164, Voisin Maurice, « Grève générale pro-française de tous les libano-syriens d’AOF (...)
  • 40 ANS, 17G530/144, Bulletin de renseignements des services de sûreté de la Délégation de Dakar du 15  (...)
  • 41 ANOM, 1AFFPOL/2164, Voisin Maurice, « Grève générale pro-française de tous les libano-syriens d’AOF (...)
  • 42 Ibid.
  • 43 ANOM, 1AFFPOL/2164, « Après les événements d’Afrique du Nord, les Libano-Syriens à la porte ! », Tr (...)
  • 44 Ibid.

16En mai 1947, des commerçants membres d’une association commerciale et politique, le « comité Hachem », du nom de son fondateur identifié comme militant nationaliste arabe par les services de sûreté coloniaux, organisèrent une journée de grève massivement suivie, pendant laquelle les Libanais de Dakar étaient invités à fermer boutique38. Quelques années plus tard, en octobre 1955, lorsque Voisin appela dans les colonnes de son journal les commerçants libanais à fermer leurs boutiques dans le cadre d’une « journée du repentir39 », des informateurs de l’administration coloniale attestèrent des solidarités entre commerçants libanais, par-delà leurs clivages politico-confessionnels, qui mirent en échec cette nouvelle initiative anti-libanaise40. Après les massacres d’Oued-Zem au Maroc en août 1955, un attentat commis contre des colons français par l’Istiqlal41, Voisin entendait en effet dénoncer les solidarités d’un nationalisme arabe transnational, dont il pensait avoir identifié l’une des manifestations à travers « une journée de solidarité avec le Maghreb » organisée par des partis politiques arabistes à Beyrouth42. Il sommait ainsi les commerçants de Dakar d’afficher leur loyauté à l’empire en fermant symboliquement leurs boutiques et d’effectuer des collectes de fonds à destination des victimes et de l’armée française43, au sein de laquelle Voisin incluait habilement des soldats sénégalais44.

Une communauté afro-libanaise toujours marquée par des clivages politiques et identitaires

  • 45 Avec cet accord non écrit mais définissant le partage confessionnel des postes de pouvoir au Liban, (...)

17Si la radicalité du discours de Voisin suscita des réactions unanimes chez les Libanais de Dakar, la bipolarisation croissante du champ politique moyen-oriental en général, et libanais en particulier, révéla cependant le maintien de clivages politico-confessionnels. Ceux-ci mettaient à mal l’unification nationale de la communauté libanaise du Sénégal. Face à des nationalismes arabes construits sur la base de « communautés imaginées » (Anderson 2016 [1983]) fluides, voire concurrentes (Dakhli 2009), les membres de la communauté libanaise de Dakar adoptèrent des positionnements différenciés face à l’autorité française, entre contestation et pleine adhésion. Avec le discrédit définitif des puissances coloniales européennes au Moyen-Orient et l’émergence du conflit israélo-arabe en 1948, la région entrait dans une période de contestation ouverte pouvant être qualifiée de crise révolutionnaire (Bozarslan et al. 2011). Cette contestation s’incarnait dans une nouvelle génération de leaders nationalistes qui associèrent à leur combat pour la fin des ingérences coloniales dans leurs pays, des projets révolutionnaires de transformation économique et sociale inspirés du socialisme (Schuman 2001). Ils répondaient à une question sociale révélée par le maintien de profondes inégalités foncières dans des États en très grande majorité ruraux. L’arrivée au pouvoir de Gamal Abdel Nasser en Égypte en 1954, après le coup d’État des Officiers libres de 1952 contre le pouvoir du roi Farouk, incarna, au niveau régional, cette génération « aux grandes espérances » (Schuman 2001 : 175) qui succédait aux élites réformistes arabes de l’entre-deux-guerres, perçues comme trop conciliantes avec les anciennes puissances coloniales (Gerges 2018 : 60-77). Le Raïs égyptien anima dans cette perspective une diplomatie active et non alignée en utilisant une rhétorique panarabe, qui s’est concrétisée en mars 1945 avec la création de la Ligue arabe. Sa participation à la Conférence de Bandung en 1955, suivie de sa victoire politique lors de la crise de Suez l’année suivante, en fit un champion du tiers-mondisme (Khalaf 2015 : 75-81). L’intégration du Moyen-Orient dans la bipolarisation de la Guerre froide scinda donc le champ politique régional entre des régimes et des mouvements politiques qui se réclamaient d’une gauche révolutionnaire pro-nassérienne et des régimes conservateurs pro-occidentaux. La jeune démocratie parlementaire libanaise était donc tiraillée entre des mouvements nationalistes libanistes, principalement maronites, revendiquant la singularité identitaire d’un Grand Liban face à son environnement arabe et attaché à la France, et des forces arabistes, principalement musulmanes, revendiquant pour certaines d’entre elles l’intégration du pays dans une « Grande Syrie » (Corm 2012). La radicalisation des nationalismes arabes remettait progressivement en cause les termes du « Pacte national » de 1943, qui avait scellé un compromis sur l’identité du pays entre forces libanistes et arabistes dans une lutte commune pour l’indépendance du Liban45.

  • 46 ANS, 21G99/17, Lettre des Services de Sûreté à l’Administrateur de la Circonscription Dakar et Dépe (...)
  • 47 Principal parti libaniste fondé en 1936 par Pierre Gemayel et particulièrement bien implanté au sei (...)
  • 48 ANOM, 1AFFPOL/3411, « Compte-rendu des réunions de la colonie libanaise à l’occasion du passage à D (...)
  • 49 Ibid.
  • 50 ANS, 21G99/17, Bulletin de renseignements des services de sûreté de la colonie du Sénégal du 31 mai (...)

18La reproduction transnationale de ces clivages politiques libanais au sein de la communauté du Sénégal empêchait l’émergence d’un groupe uni dans son attitude à l’égard de la France et de l’identité nationale. L’exemple d’une association sportive réservée, d’après les services de sûreté de la circonscription de Dakar, « exclusivement aux Libanais catholiques46 », et malgré sa dénomination Club amical de la jeunesse libano-syrienne (CAJELIS), illustrait les tensions identitaires et nationales parmi les Libanais du Sénégal. Sise au domicile de la maison de commerce des frères Georges et Robert Richa, deux commerçants nés au Sénégal respectivement en 1923 et 1925, elle fut fondée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et regroupait des membres qui entretenaient une proximité culturelle et politique particulièrement forte avec la France, notamment via le parti des Phalanges libanaises47 auquel ses membres étaient affiliés48. Les services de sûreté louaient cette association auprès de l’administration coloniale, du fait de la sociologie de ses membres susceptibles de « resserrer les liens francophiles des Libanais49 » après les troubles des « événements de Syrie » de 1945. Les membres du CAJELIS présentaient des qualités qui paraissaient comme autant de gages de loyauté aux yeux de l’autorité coloniale française. Par exemple, ils avaient tous au minimum leur certificat d’études primaires et ne connaissaient pas le Liban, où la plupart ne s’étaient jamais rendus. Le club avait été fondé par de jeunes réservistes libanais de l’armée française, et ses membres étaient décrits « d’un point de vue national » comme des « Français de cœur » qui avaient accompli leur service militaire. Certains avaient même opté pour la nationalité française, selon les termes de la loi sur la nationalité de 1927 qui laissait la possibilité à un étranger né sur un territoire français comme l’AOF d’opter pour la nationalité française à sa majorité. La composition confessionnelle de l’association rassurait aussi l’administration impériale, dans la mesure où son strict cloisonnement éloignait tout fantasme de solidarité panarabiste attribuée aux musulmans chiites. Le club était en effet interdit aux ressortissants syriens et regroupait des individus d’origine libanaise et « catholiques qui ne [désiraient] pas admettre parmi eux les Libanais musulmans ». Ce cloisonnement confessionnel se confirma en 1947 lorsque les mêmes services de sûreté firent état de l’échec d’un projet de fusion du CAJELIS avec la section sportive du Comité libano-syrien (SSCLS) de Youssef Hachem, dont les membres étaient identifiés comme « tous musulmans, la plupart à idées pro autonomistes… et nationalistes50 ». Rappelant que les membres du comité directeur du CAJELIS étaient, à la différence des licenciés plus jeunes, de nationalité libanaise et avaient subi des pressions de ceux du Comité Hachem pour cette fusion, l’auteur du bulletin de renseignements à ce sujet, se basant sur des « sources libanaises bonnes », expliquait que le nom de la future association commune était devenu un objet de discorde. Les dénominations proposées pour celle-ci traduisaient deux conceptions de l’identité nationale libanaise qui cristallisaient les oppositions confessionnelles entre chrétiens et musulmans sensibles à la cause arabiste. Les membres du CAJELIS s’opposèrent à la dénomination « Ligue sportive arabe » proposée par la section sportive du Comité libano-syrien, alors que ces derniers repoussaient la proposition d’« Association sportive franco-libanaise ». Soupçonnant une tentative de noyautage du CAJELIS par les membres de la SSCLS sous prétexte de fournir au premier des infrastructures sportives qui lui faisaient défaut, l’informateur des services de sûreté conclut que les seconds souhaitaient faire de la nouvelle association une instance de politisation arabiste – ce que l’auteur résumait avec ironie :

  • 51 Ibid.

Par ailleurs, les membres du CAJELIS [s’opposaient] à la dénomination de la nouvelle association qui [serait devenue] : LIGUE SPORTIVE ARABE. De LIGUE SPORTIVE ARABE à LIGUE ARABE tout court, il y aurait [eu] bien peu à franchir…51.

  • 52 ANS, 21G99/17, « Lettre du directeur de Sécurité de l’AOF au chef des services de Police de la Délé (...)
  • 53 ANS, 21G99/17, « Lettre du contrôleur général, chef de la Sûreté de la Délégation au directeur des (...)
  • 54 Des dispositifs de contrôle à l’entrée dans les colonies d’AOF furent mis en place dès 1905 pour de (...)

19Enfin, en tentant d’influer sur les orientations de la diplomatie libanaise, prise dans des tensions entre anti-impérialisme et attachement occidental, notamment sous la présidence de Camille Chamoun entre 1952 et 1958, les groupes libanistes tâchèrent de faire entendre leurs intérêts de ressortissants établis au sein de l’empire français. Ces interventions révélèrent les clivages nationaux des Libanais de Dakar. Ainsi, en 1957, le refus de certains d’entre eux de signer un télégramme de félicitations rédigé par la « colonie libanaise de Dakar » au président Chamoun pour sa politique pro-française, alors que la France faisait l’objet de vives contestations au sein des formations politiques musulmanes du Liban, donna lieu à l’établissement d’une liste nominative de ces ressortissants réfractaires52. Suivant un procédé régulièrement utilisé par des migrants installés dans différentes colonies de la Fédération, ces adresses, directement destinées aux autorités libanaises, furent l’occasion de mettre en avant l’intérêt du jeune pays à adopter une diplomatie bienveillante, du moins neutre, vis-à-vis de la France lorsque celle-ci était engagée, voire condamnée sur la scène internationale, comme à l’ONU pour sa répression des mouvements indépendantistes en Afrique du Nord. Les migrants libanais signataires mirent en avant la préservation de leurs intérêts sociaux et économiques développés dans un cadre impérial français. Mais, tandis que la situation en Algérie s’envenimait gravement au moment de la Bataille d’Alger, l’affront que représentait ce refus de signature valut un signalement pour les trente et un individus identifiés, et entraîna la recherche de renseignements à leur sujet par les services de sûreté coloniaux. Ces derniers établirent quelques mois plus tard des notices individuelles qui résumaient des informations d’état civil et relatives à d’éventuelles condamnations pour délits commerciaux. Ils renseignaient également la situation administrative de ces Libanais dans les colonies, comme la date d’émission du carnet d’identité d’étranger ou la mention de demandes inabouties de naturalisation53. Les renseignements récoltés pouvaient alors être utilisés pour justifier un refus de renouvellement de visa54, les individus concernés étant stigmatisés comme hostiles à la France et à son empire.

Conclusion

20L’après-Seconde Guerre mondiale ouvre une crise de la société coloniale au Sénégal, dont les campagnes anti-libanaises de Voisin sont l’un des signes manifestes. Il exprimait par cette voie le malaise des milieux métropolitains qui devaient incarner la mission civilisatrice en Afrique en légitimant la domination coloniale française. Or, l’immigration, puis l’insertion de migrants libanais au sein du paysage socio-économique sénégalais court-circuitait cette centralité de la figure du colon blanc. Pour défendre un ordre colonial en crise, il s’agissait donc pour Voisin de mobiliser, via une rhétorique paternaliste et raciste, une communauté d’intérêts « africaine » qui réunirait colons français et population locale, unanimement dressés contre les migrants libanais qu’il dépeignait en parasites et en agents subversifs de l’empire. La prise en compte du contexte impérial plus large, en crise entre la Seconde Guerre mondiale et l’indépendance des colonies d’AOF en 1960, permet de contextualiser les réactions libanaises plurielles à ces campagnes au Sénégal, sans doute abusivement considérées comme les signes de la naissance d’une communauté nationale, celle des « Afro-Libanais ». L’intensité des remises sociales entre le Liban et ses ressortissants migrants au Sénégal, ainsi que les intérêts d’une puissance impériale française cherchant à préserver ce pays en tant que levier d’influence au sein de la région stratégique du Moyen-Orient, témoignent à l’inverse de la reproduction transnationale d’identités politico-confessionnelles clivées. Les Libanais d’Afrique semblent ainsi rattrapés par les clivages qui structurent le champ politique libanais jusqu’à l’éclatement de la guerre civile libanaise de 1975, dont les incidents de 1958 constituent un signe avant-coureur. Enfin, ce contexte impérial transnational mouvant donne lieu à des stratégies locales d’accommodement, face à une puissance française qui fournit le cadre d’une insertion durable des migrants dans le paysage socio-économique et les interactions quotidiennes avec le reste de la population sénégalaise. Cette insertion durable n’est contestée que par des acteurs coloniaux métropolitains qui la perçoivent comme une concurrence et qui se vivent comme déclassés, à l’instar de Maurice Voisin. L’intégration des migrants libanais dans les interstices d’une société coloniale, au sein de laquelle la figure du petit colon métropolitain s’efface, nourrit ainsi la constitution d’une « minorité intermédiaire » qui déploiera plus tard ses réseaux, à une échelle continentale et déterritorialisée (El Chab 2019), et vers une ancienne puissance coloniale dont les leviers d’influence en Afrique se redéfiniront après les indépendances (Bat 2012).

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Vermeren Pierre, 2016 [2002], Histoire du Maroc depuis l’indépendance, Paris, La Découverte.

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Notes

1 Voisin Maurice, 23 novembre 1953, « Appel général aux Africains », Les Échos d’Afrique noire. Consultable aux Archives nationales du Sénégal (ANS) sous la cote 17G530/144.

2 Ibid.

3 Comme le soulignent Albert Hourani et Nadim Shehadi (1992), les ressortissants libanais et syriens pouvaient bénéficier d’une protection consulaire française dans les territoires où l’Empire ottoman ne disposait pas de représentation officielle, comme en AOF.

4 S’appliquant à des sujets coloniaux disposant déjà de la nationalité française, cette procédure concernait en réalité l’acquisition d’un droit de citoyenneté similaire à celui appliqué en Métropole, comme l’explique Laure Blévis (2003).

5 Nous reprenons ici les termes d’Hubert Bonin (2025 [2018] : 321-332). Nous faisons plus précisément référence à la création du Fonds d’investissement et de développement économique et social (FIDES), ainsi qu’à la loi Houphouët-Boigny du 5 avril 1946 interdisant le travail forcé, à la loi Lamine Guèye du 7 mai 1946 instituant une citoyenneté de l’Union française, et à la définition d’un Code du travail la même année.

6 Dans cette colonie, les colons français et européens s’approprièrent la dénomination d’« Algérien », mais en excluant cette fois-ci les populations arabo-musulmanes, cantonnées au statut de l’indigénat. Voir Blévis (2003 : 29-31).

7 Les objectifs contradictoires poursuivis par ces acteurs impériaux français expliquaient par exemple l’impossibilité pour l’administration coloniale de formuler une législation restrictive de l’immigration libanaise dans les colonies africaines pendant l’entre-deux-guerres. Voir Arsan (2014 : 123-150).

8 Archives nationales d’Outre-Mer (ANOM), Aix-en-Provence, 1AFFPOL/2164, « Deux mois de réflexion », Les Échos d’Afrique noire, no 234 du 5 octobre 1955.

9 ANS, 17G530/144, « Les Échos d’Afrique noire Maurice Voisin : procès, actions en justice 1949-1956 ».

10 ANS, Fonds A.O.F, 17G530/144, Note de renseignements, non datée.

11 Archives nationales d’Outre-Mer (ANOM), Aix-en-Provence, 1AFFPOL/2164, Lettre manuscrite au ministère de la France d’Outre-Mer, non datée.

12 ANOM, 1AFFPOL/2164, Lettre de Voisin au gouverneur du Sénégal du 8 août 1947.

13 ANOM, 1AFFPOL/2164, Lettre du haut-commissaire de la République française gouverneur général de l’AOF au ministère de la France d’Outre-Mer du 13 août 1947.

14 ANOM, 1AFFPOL/2164, Lettre du haut-commissaire de la République française gouverneur général de l’AOF au ministère de la France d’Outre-Mer du 13 août 1947.

15 ANOM, 1AFFPOL/2164, « Le Problème Libano-Syrien », Les Échos africains, no du 26 avril 1947.

16 À l’image du groupe néerlando-britannique Unilever qui investit dès les années 1930 l’économie de traite arachidière sénégalaise.

17 ANOM, 1AFFPOL/2164, Lettre de Voisin au gouverneur du Sénégal du 8 août 1947.

18 Les archives judiciaires coloniales documentèrent des condamnations pour marché noir, hausse illicite des prix en dehors de leur encadrement par l’administration coloniale, trafic de devises avec les colonies étrangères voisines de l’AOF comme la Gambie ou la Guinée-Bissau, trafic d’or, trafic de denrées contingentées, etc.

19 ANOM, 1AFFPOL/2164, Lettre de Voisin au gouverneur du Sénégal du 8 août 1947.

20 ANOM, 1AFFPOL/2164, Lettre de Voisin au gouverneur du Sénégal du 8 août 1947.

21 ANOM, 1AFFPOL/2164, « Réponse aux agents de la Ligue Arabe et à tous les Libanais et Syriens amis des assassins de Casablanca et ennemis de la France », Les Échos d’Afrique noire, édition spéciale du 29 décembre 1953.

22 ANOM, 1AFFPOL/2164, A. Goux, « Réponse à Mise au point », Le Sénégal, no du 3 mai 1946.

23 ANOM, 1AFFPOL/2164, « Question syrienne », Le Sénégal, no du 3 mai 1946.

24 ANOM, 1AFFPOL/2164, Voisin Maurice, « Les Points sur les i. Voilà comment petit à petit, les libano-syriens dépossèdent tous les propriétaires africains de Dakar et deviennent, en fait, les maîtres de l’AOF », Les Échos d’Afrique noire 174, 27 janvier 1954.

25 D’après nos calculs, Houdrouge aurait donc dû payer la somme de 366 600 francs CFA. Voisin présentait quant à lui un montant total de 650 000 francs CFA.

26 ANOM, 1AFFPOL/2164, « Voici le premier appel de l’Association Défense de l’Afrique française », Les Échos d’Afrique noire, no du 14 décembre 1953.

27 Ibid.

28 Titre proche du titre arabe cheikh qui renvoie à des connaissances poussées dans le domaine religieux et juridique musulman.

29 ANS, 17G530/144, Pétition adressée au Haut-commissaire gouverneur-général de l’AOF, note de renseignements des services de sûreté de la Délégation de Dakar du 11 janvier 1954.

30 Repris dans Charnay (2024 : 174).

31 ANOM, 1AFFPOL/2164, Etcheverry Charles-Guy, « Il n’y a pas de problème libano-syrien en AOF », La Communauté, non daté.

32 ANOM, 1AFFPOL/2164, Loum Ibrahima, « Réponse à Maurice Voisin, agitateur à la recherche d’une popularité lucrative », La Communauté, non daté.

33 ANOM, 1AFFPOL/2164, Lettre du ministère de la France d’Outre-Mer au ministère des Affaires étrangères du 25 mars 1954.

34 ANS, 17G530/144, Note de renseignements des services de sûreté de la Délégation de Dakar du 4 janvier 1954.

35 ANS, 17G530/144, Lettre de Diop à Voisin du 20 janvier 1954.

36 ANOM, 1AFFPOL/2164, Lettre de l’ambassadeur de France au Liban au président du Conseil et ministre des Affaires étrangères du 12 décembre 1946.

37 Ibid.

38 ANS, 17G530/144, Bulletin de renseignements du service de sûreté de la colonie du Sénégal daté du 21 mai 1947.

39 ANOM, 1AFFPOL/2164, Voisin Maurice, « Grève générale pro-française de tous les libano-syriens d’AOF le 15 octobre prochain », Les Échos d’Afrique noire, no 234 du 5 octobre 1955.

40 ANS, 17G530/144, Bulletin de renseignements des services de sûreté de la Délégation de Dakar du 15 octobre 1955.

41 ANOM, 1AFFPOL/2164, Voisin Maurice, « Grève générale pro-française de tous les libano-syriens d’AOF le 15 octobre prochain », Les Échos d’Afrique noire 234 du 5 octobre 1955.

42 Ibid.

43 ANOM, 1AFFPOL/2164, « Après les événements d’Afrique du Nord, les Libano-Syriens à la porte ! », Tract de l’association Défense de l’Afrique française.

44 Ibid.

45 Avec cet accord non écrit mais définissant le partage confessionnel des postes de pouvoir au Liban, le président de la République maronite Bécharra El-Khoury reconnaissait « le visage arabe du pays », tandis que le Premier ministre sunnite Riadh El-Sohl légitimait les frontières d’un Grand Liban héritées du mandat français. En 1958, ces tensions débouchèrent sur de premiers affrontements civils à la suite de l’assassinat du journaliste chrétien proche de la gauche nassérienne, Nassib Metni, qui ne furent réglés qu’après une intervention américaine à Beyrouth au mois de juillet de la même année.

46 ANS, 21G99/17, Lettre des Services de Sûreté à l’Administrateur de la Circonscription Dakar et Dépendances du 28 septembre 1945.

47 Principal parti libaniste fondé en 1936 par Pierre Gemayel et particulièrement bien implanté au sein de la communauté maronite.

48 ANOM, 1AFFPOL/3411, « Compte-rendu des réunions de la colonie libanaise à l’occasion du passage à Dakar des émissaires des Phalanges libanaises transitant pour l’Amérique du Sud », lettre du Haut-Commissaire gouverneur général de l’AOF au ministre de la France d’Outre-Mer du 1er juin 1948.

49 Ibid.

50 ANS, 21G99/17, Bulletin de renseignements des services de sûreté de la colonie du Sénégal du 31 mai 1947.

51 Ibid.

52 ANS, 21G99/17, « Lettre du directeur de Sécurité de l’AOF au chef des services de Police de la Délégation de Dakar » du 17 juillet 1957.

53 ANS, 21G99/17, « Lettre du contrôleur général, chef de la Sûreté de la Délégation au directeur des Services de sécurité de l’AOF » du 11 septembre 1957.

54 Des dispositifs de contrôle à l’entrée dans les colonies d’AOF furent mis en place dès 1905 pour des raisons sanitaires, puis inclurent progressivement des critères sur la situation socio-économique des individus. Voir sur ce point Julien Charnay (2017).

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Pour citer cet article

Référence papier

Julien Charnay, « Maurice Voisin contre les Libanais du Sénégal »Journal des africanistes, 95-2 | 2025, 54-77.

Référence électronique

Julien Charnay, « Maurice Voisin contre les Libanais du Sénégal »Journal des africanistes [En ligne], 95-2 | 2025, mis en ligne le 22 janvier 2026, consulté le 13 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/africanistes/15001 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15ons

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Auteur

Julien Charnay

Laboratoire « Institutions et dynamiques historiques de l’économie et de la société » (UMR 8533, CNRS-Université Paris Nanterre)

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Droits d’auteur

CC-BY-SA-4.0

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