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Mélanges
Notes et documents

In Memoriam

Le Père Éric DE ROSNY a quitté ce monde
Roland Colin
p. 349

Full text

1Le Père Éric de Rosny est décédé à Lyon le 2 mars 2012, à l’âge de 81 ans. Entré à 19 ans dans la Compagnie de Jésus, sa vocation l’orienta très tôt vers l'Afrique. Enseignant au Collège Libermann à douala, la capitale économique du Cameroun, il se passionna pour l’univers social et culturel des élèves qu’il avait mission d’éduquer. L’établissement où il officiait portait le nom du fondateur de la Congrégation de Pères spiritains qui avait, au mitan du XIXème siècle, donné comme consigne à ses missionnaires de se faire « nègres avec les nègres », un mot d’ordre qui, par la suite, marqua profondément Senghor. Éric de Rosny, dans une voie comparable, se passionna pour le monde douala, dont il s’initia à la langue et à la vision de l’univers. En quête de la « traversée du miroir », il s’installa au cœur du quartier akwa de la ville, introduit par les parents d’élèves, et entra en dialogue avec les nganga, guérisseurs traditionnels détenteurs de pouvoirs hors du commun, dont il mesurait le rôle éminent, à la fois protecteur et réparateur des équilibres humains de leur communauté.

2Il en ressortit une amicale connivence qui lui valut, de la part de son interlocuteur nganga le plus proche, la proposition de l’initier à la pratique fascinante dont il était témoin. S’ouvrait ainsi, pour lui, la voie d’une aventure intellectuelle et spirituelle extraordinaire, à la confluence de son expérience mystique ignatienne et du commerce avec les forces vitales pratiqué par les « Maîtres de la nuit » douala. Sans se laisser dissuader par les objecteurs de son univers d’origine, il brava tous les obstacles, en gardant l’exceptionnelle position médiatrice qu’il avait choisie, avec une honnêteté et une rigueur sans compromission. Il a raconté son chemin d’initiation dans un livre majeur, publié dans la collection Terre Humaine, sous le titre Les yeux de ma chèvre (Plon, 1981).

3J’eus la bonne fortune de nouer avec Éric de Rosny un dialogue particulièrement stimulant. Lorsqu’on l’interrogeait sur le titre quelque peu surprenant qu’il avait choisi, sa réponse était limpide : les Maîtres douala pensent que l’être humain ne peut atteindre l’essence et le sens de la Vie qu’en élargissant son regard à la perception du monde tel que le saisissent les autres vivants, dépouillé des constructions sociale singulières. ainsi des yeux de la chèvre, compagne assidue de la progression du néophyte, affectée à cette fonction par le Maître du jeu. Cet apprentissage des perceptions élémentaires donne alors au nganga le pouvoir de saisir les jeux de forces, bénéfiques comme maléfiques, auxquelles ses patients sont aux prises. S’ouvre alors des chemins potentiels de libération et de guérison. C’est ainsi que pratiquait Éric de Rosny, s’établissant lui-même nganga guérisseur parmi les nganga et reconnu par eux, sans rien renier de sa foi, mais s’affranchissant du jeu des frontières convenues. Il a ouvert de la sorte des horizons précieux à l’heure où se cherche le dialogue des cultures si nécessaire au projet humain que nous avons en partage. Éric de Rosny, devenu anthropologue au fil de la route, comptait parmi les membres les plus anciens de la société des africanistes.

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References

Bibliographical reference

Roland Colin, “In Memoriam”, Journal des africanistes, 82-1/2 | 2012, 349.

Electronic reference

Roland Colin, “In Memoriam”, Journal des africanistes [Online], 82-1/2 | 2012, Online since 23 May 2016, connection on 16 October 2026. URL: http://journals.openedition.org/africanistes/4411; DOI: https://doi.org/10.4000/africanistes.4411

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