Introduction
Texte intégral
1La Bolivie aujourd’hui est bien différente de celle qui a fait élire Evo Morales il y a 10 ans. Dix ans de stabilité politique est un record dans l’histoire de ce pays. Dix ans de permanence au pouvoir, sans interruption, d’une même personnalité l’est également. Cependant, ce n’est pas uniquement le fait de la personnalité de son président, ni de son charisme, ni de son origine indienne, mais c’est le résultat d’un ensemble de processus accumulatifs, d’actions et de décisions qui – pour le meilleur ou pour le pire – ont rendu ce pays différent.
2Il s’agit d’abord de la refondation du pays à partir d’une Constitution (février 2009) qui laisse derrière elle la République (fondée en 1825) au profit de l’État plurinational et qui rénove totalement la classe politique par l’inclusion de la société civile, tout particulièrement les femmes et les populations indiennes. Ceci ne se fait pas sans tensions ni conflits entre des principes universalistes dérivés de la tradition occidentale moderne et des valeurs particularistes qui viennent de l’héritage culturel pré moderne. Le concept même de démocratie s’en trouve alors « re-signifier » encouragé par une demande collective et unanime d’une réforme profonde de l’État, qui ne peut faire l’économie de « l’émergence indigène » dans la composition sociale de ses fonctionnaires. Il en va de dans les instances de représentation (Assemblée législative plurinationale et Assemblées législatives départementales et municipales). L’identité nationale et la citoyenneté se voient ainsi redéfinies, d’une part, à l’aune de symboles et d’acteurs nouveaux et, d’autre part, de l’accumulation de la mémoire collective sur le temps long.
3Dans ce contexte, les défis sont nombreux. Dans leur volet économique, il s’agit de donner une impulsion forte au modèle de développement dirigé par l’État dans une logique dominante primaire exportatrice (nationalisation du secteur énergétique par exemple) dans une étape de croissance exponentielle. Dans leur volet politique, c’est l’expression d’un modèle hégémonique basé sur le Mouvement vers le Socialisme (MAS) dont la discursivité indianiste et socialiste se déplace, actuellement, vers le centre de l’échiquier politique, combinant radicalité ethnique et prises de décisions modérées (second mandat d’Evo Morales). Mais l’imposition de ce modèle hégémonique n’a pas laissé d’espace pour une dissidence salutaire pour la démocratie au sein même du MAS et pousse l’exécutif à tordre le cou à la Nouvelle Constitution de l’État plurinational pour une réélection indéfinie d’Evo Morales.
4Ce sont sur ces défis que s’interrogent des chercheurs boliviens dans ce numéro de L’Âge d’Or. Ils sont sociologues, politologues mais aussi philosophe et historien. Pour la majorité d’entre eux, c’est la première opportunité de diffusion de l’état de leurs recherches en France.
Pour citer cet article
Référence électronique
Christine Delfour, « Introduction », L’Âge d’or [En ligne], 9 | 2016, mis en ligne le 01 mars 2016, consulté le 19 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/agedor/1120 ; DOI : https://doi.org/10.4000/agedor.1120
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