Anna Fischer-Dückelmann. Le pouvoir aux femmes par la médecine naturelle et la Réforme de la vie
Résumés
Cet article montre comment Anna Fischer-Dückelmann, une des premières femmes à exercer la médecine en Allemagne, a pu s’imposer dans un monde masculin en se consacrant à la médecine naturelle et en s’adressant en priorité aux femmes. Défenseuse de la Réforme de la vie qui apparaît dans l’Empire allemand à la fin du xixe siècle en réaction aux effets jugés délétères de l’industrialisation et de la modernité, elle prône une médecine fondée sur l’entretien du corps par le sport et par une diététique fondée sur un végétarisme strict excluant les produits animaux, l’alcool et la nicotine. Dans son livre principal Die Frau als Hausärztin (1902), elle entreprend de confier aux femmes, et en particulier aux mères, les moyens d’une émancipation par le savoir concernant à la fois leur propre corps et le bon fonctionnement de leur maison. Elle les considère ainsi comme des décisionnaires au moment même où le Bürgerliches Gesetzbuch vient de les défaire de leurs droits élémentaires en donnant aux pères de famille le dernier mot dans la gestion du foyer.
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- 1 Anna Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin. Ein ärztliches Nachschlagebuch für die Frau, Stu (...)
- 2 David Oels, « Ein Bestseller der Selbstsorge : Der Ratgeber “Die Frau als Hausärztin” », Zeithisto (...)
- 3 Dès 1913, on atteint le premier million d’exemplaires vendus. En 1929, on en compte 3 millions. Ib (...)
- 4 Patrick Bochmann, Frauen in der Naturheilkunde : Anna Fischer-Dückelmann und Klara Muche. ihre Leb (...)
- 5 On notera par exemple cet ouvrage récent qui propose un point bibliographique sur l’autrice : Anne (...)
1En 1901, Anna Fischer-Dückelmann publie un best-seller de médecine naturelle et populaire : Die Frau als Hausärztin1. Ce livre, représentatif des principes de la médecine naturelle allemande, connaît de nombreuses rééditions, transformations et traductions jusque dans les années 1980 – avec une modification majeure pendant le IIIe Reich, puisqu’on y ajoute un chapitre d’hygiène raciale rédigé par Bernard Hörmann, médecin et membre de la commission de santé publique du NSDAP, et par Arnulf Streck, médecin et membre des SA2. Si l’ouvrage a connu un tirage impressionnant3 et se retrouve encore aujourd’hui dans de nombreux foyers allemands, le nom de Fischer-Dückelmann, lui, n’est pas toujours connu du grand public. Le seul véritable spécialiste germanophone de l’autrice est le médecin Patrick Bochmann, qui a soutenu en 2016 une thèse sur les écrits de Klara Muche et de Fischer-Dückelmann4. Quelques ouvrages mentionnent également la vie et les œuvres de cette dernière en soulignant la longévité de son ouvrage principal et son caractère novateur5. En France, elle reste quasiment inconnue alors que son livre a été traduit dès 1905 par Louise Azéma sous le titre La femme, médecin du foyer.
- 6 Marc Cluet, « La Lebensreform ou la dynamique sociale de l’impuissance politique », Revue de l’Ins (...)
- 7 Ibid. ; Marc Cluet, « Le naturisme “fonctionnel” sous Weimar », Germanica, no 9 (31.12.1991), p. 2 (...)
- 8 Eva Barlösius, Naturgemäße Lebensführung. Zur Geschichte der Lebensreform um die Jahrhundertwende, (...)
- 9 Kai Buchholz, Rita Latocha, Hilke Peckmann, Klaus Wolbert (éd.), Die Lebensreform. Entwürfe und Ne (...)
2La vie et l’activité professionnelle de Fischer-Dückelmann s’inscrivent dans un mouvement qui, lui, est bien documenté, la Lebensreform – la traduction de ce terme qui s’est imposée dans la recherche française est Réforme de la vie. Apparu à la fin du xixe siècle, au début de l’ère industrielle de l’Empire allemand, il prône un mode de vie simple et sain, loin de la pollution sonore, visuelle et environnementale des grandes villes6. Il serait impossible de faire ici la liste de tous les ouvrages de recherche en France, en Allemagne et aux États-Unis sur ce mouvement qui semble fasciner les historiens et les sociologues depuis les années 1990. On citera néanmoins les travaux de Marc Cluet et de Catherine Repussard pour la France7, le livre de référence d’Eva Barlösius8 en sociologie pour l’Allemagne, ainsi que les deux volumineux catalogues de l’exposition Lebensreform qui s’est tenue à l’institut Mathildenhöhe à Darmstadt en 2001 pour le centenaire de la colonie d’artistes implantée en ces lieux9.
3Dans cette contribution, je propose de montrer comment Fischer-Dückelmann, une des premières femmes à exercer la médecine en Allemagne, a pu faire son entrée dans un milieu exclusivement masculin, quelles ont été ses stratégies pour s’adapter et se faire accepter dans le monde de la médecine du début du xxe siècle et quelles actions spécifiques elle a mis en place en qualité de femme-médecin. J’étudierai ainsi la manière dont Fischer-Dückelmann a exercé son « pouvoir » individuel dans le milieu médical et paramédical, quelle place et quel champ d’action les femmes avaient au sein de la Réforme de la vie et enfin comment les conseils prodigués par Fischer-Dückelmann pouvaient permettre aux femmes de reprendre le contrôle de leur corps et de leur vie.
1. Éléments biographiques
4Pour comprendre le contexte dans lequel Fischer-Dückelmann évolue, il faut poser quelques jalons biographiques permettant de situer à la fois géographiquement et socialement la vie de cette femme. Les recherches de P. Bochmann, fondées sur des archives familiales et des entretiens avec ses descendants, permettent de reconstituer les étapes importantes de sa biographie.
Enfance et jeunesse en Autriche et en Allemagne
- 10 Paulette Meyer, « Physiatrie and German Maternal Feminism : Dr. Anna Fischer-Dückelmann Critiques (...)
- 11 Sauf mention contraire, les titres et les citations sont traduits par l’autrice de l’article.
5Née en Galice en 1856, Anna Clara Theresia Dückelmann est issue d’une famille bourgeoise aisée. Elle descend de plusieurs générations de médecins aussi bien du côté maternel que paternel. Il existe peu d’informations sur son parcours scolaire. On sait simplement qu’elle a bénéficié d’une solide formation en musique et en peinture. Dès son adolescence, elle s’intéresse à la médecine naturelle : elle affirme avoir pratiqué à 15 ans des expériences de soins hydrothérapeutiques sur ses animaux domestiques. À 16 ans, elle publie un article contre le corset dans le Brünner Tageblatt10. Elle passe sa jeunesse à Vienne où elle fait la connaissance d’Arnold Fischer qu’elle épouse en 1876 malgré les réticences de leurs deux familles. La carrière professionnelle de son époux, d’abord libraire, puis journaliste, est marquée par une certaine instabilité financière. En 1879-1880, le couple emménage dans la campagne autrichienne pour y mener des activités agricoles. Dès 1883, Fischer-Dückelmann devient pigiste pour la rubrique de musique du Heidelberger Tageblatt. En 1885, le couple emménage à Francfort-sur-le-Main où Fischer-Dückelmann travaille avec son mari comme éditrice du magazine Volkswohl – Wochenzeitschrift für bildende und heitere Unterhaltung, Gesundheitspflege und soziale Fragen (Le bien du peuple – magazine hebdomadaire pour un divertissement formateur et joyeux, pour la santé et les questions sociales11), dont la publication s’arrête après seulement 52 numéros. Elle est alors également membre de la Freie Deutsche Hochstift für Wissenschaft, Kunst und höhere Bildung (Fondation allemande libre pour les sciences, les arts et les études secondaires) et de la société de gymnastique de Francfort-sur-le-Main. En 1886, le couple s’installe à Offenbach-sur-le-Main où Fischer-Dückelmann publie une brochure, Die Reform der weiblichen Kleidung (La réforme du vêtement féminin), sujet sur lequel elle tient quelques conférences à la même époque. En 1888, elle publie son premier livre, Neue Küchenlehre für Alle, die auf vernunft- und naturgemässer Grundlage kochen wollen (Nouveaux conseils culinaires pour tous ceux qui veulent davantage cuisiner en accord avec la raison et la nature).
Études en Suisse
- 12 P. Bochmann, Frauen in der Naturheilkunde (note 4), p. 54.
- 13 Ibid., p. 55.
- 14 Ibid.
- 15 Ilse Costas, « Die Öffnung der Universitäten für Frauen ‒ Ein internationaler Vergleich für die Ze (...)
- 16 Kristin Hoesch, « Die Bemühungen in Deutschland tätiger Ärztinnen um die Approbation von 1877-1900(...)
6À 34 ans, avec trois enfants à charge, elle entreprend des études de médecine. Après avoir préparé en Allemagne son admission à l’université de Zurich, elle part en Suisse avec ses enfants, mais sans son mari, sans que l’on sache vraiment pourquoi12. À cette époque, les études de médecine sont interdites aux femmes en Allemagne selon des arguments biologiques et pseudo-scientifiques. On considère en effet que les femmes ne sont pas capables de suivre un cursus exigeant en raison de leur prétendue faiblesse physique et intellectuelle13. Par ailleurs, certains médecins affirment que les études longues ont pour conséquence une « masculinisation » des femmes14. De plus, ces études en particulier seraient inadaptées aux femmes pour des raisons morales, puisqu’il leur faudrait suivre des cours d’anatomie incompatibles avec leur « modestie naturelle ». Cette situation s’inscrit enfin dans un cadre plus large de limitation des droits des femmes puisqu’elles ne sont autorisées ni à participer à des réunions ou à des organisations politiques, ni à publier des journaux seules15. La Suisse, en particulier Zurich et Berne, où les femmes ont le droit d’étudier la médecine depuis 1865, attire les femmes allemandes qui souhaitent poursuivre une carrière médicale16. À Zurich, Fischer-Dückelmann participe activement à la Alkoholgegnerbund (Ligue anti-alcool) et est membre du Guttempler-Orden, une organisation internationale qui lutte contre l’alcoolisme ainsi que l’usage de drogues et milite pour la paix.
Cabinet de praticienne à Dresde
- 17 Bernd Wedemeyer-Kolwe, Aufbruch. Die Lebensreform in Deutschland, Darmstadt, Philipp von Zabern, 2 (...)
- 18 Ibid., p. 85.
- 19 « Physiatrie » est utilisée au xixe et au début xxe siècle comme équivalent de médecine naturelle.
7Diplômée en 1895 après avoir écrit une thèse sur la fièvre puerpérale, Fischer-Dückelmann rentre en Allemagne. Quelques années après son retour, les femmes ayant étudié à l’étranger sont autorisées à demander une reconnaissance de leur diplôme. Les sources ne disent pas si Fischer-Dückelmann a demandé cette autorisation. On sait simplement qu’elle ne l’a pas obtenue puisqu’elle ne se présente pas comme médecin, mais comme hydrothérapeute, ayant obtenu son diplôme à Zurich. Elle se forme au massage thérapeutique et trouve un emploi dans l’institut de médecine naturelle (Naturheilanstalt) du célèbre médecin Friedrich Eduard Bilz (1842-1922), qui tire sa notoriété de l’ouvrage Das Neue Naturheilverfahren (La Nouvelle Médication Naturelle) vendu à 3,5 millions d’exemplaires et qui a connu dix-huit éditions entre 1888 et 190017. Quelques mois plus tard, elle ouvre son propre cabinet à Dresde, en Saxe, berceau de la médecine naturelle18. Elle publie en 1898 Die Geburtshilfe im physiatrischen Standpunkt für Ärzte und Gebildete aller Stände (L’obstétrique d’un point de vue physiatrique19 pour les médecins et les personnes instruites de toute condition) et Das Geschlechtsleben des Weibes (La vie sexuelle de la femme) en 1900. L’achat d’une maison bourgeoise dans un quartier particulièrement prisé de Dresde témoigne de sa réussite professionnelle. Elle y reste dix-neuf ans.
Activités professionnelles à Monte Veritá
- 20 Tobias Engelsing, « Vollpension mit Gartenfron », in : J. Radkau, V. Ulrich, T. Engelsing (dir.), (...)
- 21 Ibid.
- 22 Judith Baumgartner, « Die Anfänge der Obstbau-Kolonie “Eden” E.G.M.B.H. in Oranienburg (1893 bis 1 (...)
- 23 P. Bochmann, Frauen in der Naturheilkunde (note 4), p. 59.
8Deux ans avant de quitter Dresde, en 1913, Fischer-Dückelmann avait acheté une propriété à Ascona en Suisse afin d’y passer les mois d’été. Elle exerce au Monte Veritá, dans la même commune, une activité professionnelle dans le sanatorium fondé par les frères Gräser et repris alors par Henri Oedenhoven et Ida Hoffmann. Le Monte Veritá est un lieu de rencontres de réformateurs de la vie, d’artistes et d’écrivains, malades de la vie moderne, de « marginaux écopacifiques »20. Dans ce lieu où l’on prône un retour à la nature par le biais du naturisme, de l’alimentation végétarienne et où l’alcool et la nicotine sont interdits, se retrouve une bonne société bourgeoise qui bénéficie assez rapidement – et au grand dam de certains – de tout le confort moderne : salle de musique, bibliothèque, cabanons de repos où prendre des bains de soleil et d’« air » (Lichtlufthütten), verrière pour les bains de soleil hivernaux, salle des fêtes luxueuse, comme la Casa Anatta21. Les principes de l’établissement suivent ceux de la Réforme de la vie qui, elle-même, se situe dans la droite ligne du mouvement hygiéniste et se distingue par sa radicalité et l’ajout d’une forme de spiritualité. Les plus radicaux du mouvement se présentent comme des prophètes ou des patriarches, arborant une barbe et des cheveux longs, des vêtements amples en contradiction complète avec la mode qui a cours dans l’Empire allemand. Le mode de vie en communauté adopté au Monte Veritá prend modèle sur la colonie végétarienne Eden, près de Berlin22. Ici se pratique le mariage libre, l’éducation des enfants est mise en commun et l’on rêve d’une égalité parfaite entre les sexes. Fischer-Dückelmann y ouvre un local avec l’intention de prodiguer des conseils nutritionnels aux femmes et le projet d’y installer un refuge pour femmes pauvres. Les réclames pour le sanatorium de Monte Veritá affirment qu’elle y propose des soins spécifiques aux femmes23. Elle y est également appelée pour améliorer les menus et rétablir l’équilibre financier précaire de l’établissement. Son entreprise n’est pas couronnée de succès, les pensionnaires fortunés n’adhérant pas tous au régime végétarien. Elle partage alors son temps entre le sanatorium de Goßmann à Kassel et Monte Veritá, qu’elle ne quitte pas complètement, probablement en raison de son amitié pour Oedenkoven et du mode de vie proposé auquel elle adhère totalement. Elle semble avoir envisagé d’ouvrir un nouveau sanatorium dans le Tessin après la guerre, mais en 1917, à 62 ans, elle meurt d’une attaque à Ascona.
2. Réforme de la vie et médecine naturelle
Les femmes et la Réforme de la vie en Allemagne
- 24 A. Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin (note 1), p. 624.
- 25 Annegret Stopczyk, « Ehe und freie Liebe. Zur Frauenbewegung um 1900 », in : K. Buchholz, Die Lebe (...)
- 26 Ibid., p. 441.
- 27 Voir davantage de détails sur ce type de vêtements p. 14 (le pouvoir aux femmes).
- 28 Albert Merlio, « Die Reformbewegungen zwischen Progressismus und Konservatismus », in : Cluet/Repu (...)
- 29 Ibid., p. 66.
- 30 B. Wedemeyer-Kolwe, Aufbruch. Die Lebensreform in Deutschland (note 17).
9Les femmes tiennent une place importante dans la Réforme de la vie, qu’elles soient des épouses, des filles, des médecins, des artistes, des théoriciennes du mouvement ou des personnes qui contribuent simplement à en diffuser les préceptes. Certaines femmes du mouvement expriment des convictions féministes, refusant la domination masculine et réclamant des droits politiques pour les femmes, comme Fischer-Dückelmann, qui revendique la formation de femmes médecins pour soigner les femmes24, ou encore Ida Hoffmann qui se prononce en faveur à la fois du mariage libre, d’un meilleur accès des femmes à l’éducation et de ce fait d’un travail rémunéré afin de leur permettre de vivre libres25. Ces revendications ne sont pas propres à la Réforme de la vie mais se retrouvent également dans l’Allgemeiner Deutscher Frauenverein (ADF – Association générale des femmes allemandes) fondé par Louise Otto-Peters en 1869. Ainsi ses membres tentent-elles, avec l’assentiment et la participation de certains hommes, de façonner une nouvelle vision du mariage, une nouvelle image des femmes comme égales des hommes, en opposition avec la hiérarchie des sexes affirmée dans l’Empire allemand dans lequel les femmes étaient considérées comme mineures. Elles militent aussi pour une dissolution plus aisée des mariages malheureux26. Les nombreux écrits contre le corset et en faveur de la Reformkleid27 (« robe réformée ») sont également à replacer dans ce contexte, puisqu’ils revendiquent une libération du corps féminin de ses entraves vestimentaires pour une meilleure santé. Cependant, il ne faudrait pas considérer le mouvement dans son ensemble comme souhaitant l’émancipation des femmes. La Réforme de la vie ne défend ni un progressisme ni un conservatisme politiques28. Elle est à la fois une réaction au progrès et une proposition de progrès de l’individu puis de la société dans son ensemble29. Le mouvement est par nature hétérogène. Il présente ainsi un aspect provocateur, puisqu’il entend libérer les corps dans une société wilhelminienne qui en prône le dressage militaire, hisse les apparences, le respect de la hiérarchie et de la discipline au rang de vertus. Mais dans le même temps, ce mouvement peut être considéré comme un produit de la classe moyenne, tendant finalement à renforcer les valeurs bourgeoises de continence, de morale et d’autodiscipline favorisant l’ascension sociale de cette même bourgeoisie30. Ces contrastes se retrouvent dans la manière d’envisager la place des femmes : dans un cadre de vie, qui se veut en rupture avec celui de la société wilhelminienne dans bien des domaines, cohabitent ainsi des partisans d’une émancipation féminine novatrice, dont Fischer-Dückelmann fait partie, et des défenseurs d’un rôle plus traditionnel assigné aux femmes, alors chargées du soin des enfants et de l’époux. On ne peut donc affirmer que la Réforme de la vie, dans son ensemble, pense et prône l’accès des femmes au pouvoir, il s’agit plutôt d’un mouvement qui, à sa marge, peut favoriser de telles évolutions.
Médecine naturelle : principes et promotion
- 31 Robert Jütte, « Naturheilkunde », in : K. Buchholz, Die Lebensreform (note 9), p. 387.
- 32 B. Wedemeyer-Kolwe, Aufbruch (note 17), p. 73.
- 33 Maurice Garden, René Favier, Laurence Fontaine (dir.), Un historien dans la ville, Paris, Éditions (...)
- 34 Claudia Huerkamp, « Medizinische Lebensreform im späten 19. Jahrhundert. Die Naturheilbewegung in (...)
- 35 Anahita Grisoni, « De la Lebensreform à la naturopathie : quelle nature pour le changement social (...)
- 36 Michael Hau, The Cult of Health and Beauty in Germany : A Social History, 1890-1930, Chicago, Univ (...)
10Après ses études à Zurich, Fischer-Dückelmann se tourne vers la médecine naturelle : son diplôme n’étant pas reconnu en Allemagne, elle n’est en effet pas autorisée à exercer la médecine de la faculté. À la fin du xixe et au début du xxe siècle, la médecine naturelle connaît un succès grandissant. Elle apparaît à Fischer-Dückelmann probablement comme un moyen de réaliser sa vocation dans un contexte relativement hostile. En 1900, le premier établissement de médecine naturelle dirigé par Ernst Schweninger (1850-1924), médecin de Bismarck, ouvre à Berlin-Lichterfelde31. Cette forme de médecine se fonde sur une réforme de l’alimentation, à tendance végétarienne, crue et complète (Vollkorn), sur un mode de vie sain fait de mouvements de gymnastique, de bains de soleil naturistes et de remèdes homéopathiques et phytothérapiques. Les tenants de la médecine naturelle s’entendent à utiliser le moins de médicaments possible et font de l’individu sa propre source de guérison32. La médecine naturelle du début du xxe siècle reprend à son compte la théorie des humeurs de l’Antiquité en mettant l’accent sur la prophylaxie. Dès le xixe siècle, les défenseurs de la médecine naturelle sont en conflit avec les médecins de la faculté33. Tandis que les médecins se professionnalisent, la médecine traditionnelle se fonde davantage sur les sciences naturelles, s’attachant à envisager de plus en plus les maladies d’un point de vue uniquement somatique34. Certains patients, confrontés à cette manière moderne d’exercer la médecine, vont alors rechercher au contraire une prise en charge plus globale et un discours plus accessible, qu’ils vont trouver dans la médecine naturelle. Cette dernière devient une concurrente de la médecine de la faculté. Tandis que la médecine naturelle reproche à la médecine de la faculté de manquer d’humanité, les médecins de la faculté considèrent les hydrothérapeutes comme des charlatans. La médecine naturelle est néanmoins tolérée, car elle permet d’assurer un suivi médical alors que le nombre de médecins est insuffisant pour couvrir les besoins de l’ensemble de la population35. En 1913 est inaugurée la première chaire de médecine naturelle à Berlin, ce qui contribue à l’institutionnalisation des savoirs dans ce domaine. La médecine naturelle est principalement soutenue par une population urbaine et bourgeoise. Pour les bourgeois de la société wilhelminienne, la santé tend à revêtir une importance capitale. Elle est la garantie du succès, le signe d’un soin de soi et d’une autodiscipline essentielle36. À travers l’exigence de santé favorisée par la médecine naturelle, la classe bourgeoise se crée une identité positive qui la différencie des aristocrates marqués par l’immoralité et la démesure.
- 37 Susanne Breuss, « Praktische Texte. Ratgeberliteratur für die alltägliche Lebensführung », in : K. (...)
- 38 Ibid., p. 375.
- 39 A. Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin (note 1), p. 778-779.
- 40 Ibid., Tafel 26 « Friedchen, das Vegetarierkind im Sonnenbad ».
11Les livres de Fischer-Dückelmann font explicitement partie des ouvrages de médecine naturelle. Son livre le plus connu, Die Frau als Hausärztin, se classe, en outre, dans la catégorie des guides pour bien vivre au quotidien qui se multiplient au début du xxe siècle37. Donnant à la fois des conseils et des informations dans tous les domaines de la vie quotidienne, ils transmettent également des normes pour mener sa vie selon un nouvel idéal, entraînant une nouvelle « codification du corps moderne »38. Fischer-Dückelmann propose un mode de vie qu’elle qualifie de « sain » impliquant le moins d’interventions chimiques possible – d’où son opposition de principe à la vaccination39. Elle prône par ailleurs un mode de vie végétarien en mettant en avant, par exemple, la photographie d’un enfant végétarien en parfaite santé40. Elle donne également des conseils sur la manière de rétablir une harmonie entre le corps et la nature, par le biais de bains de soleil et d’air (Luft- und Lichtbäder) en faisant référence à un mode de vie ancestral qu’elle érige en exemple :
- 41 Ibid., p. 125. On peut voir également à la page 128 un dessin illustrant un dispositif permettant (...)
« À l’état primitif, l’homme ne connaissait pas encore le fléau que représentent les vêtements ; la lumière et l’air enlaçaient constamment son corps, il ne souffrait pas encore de maladies de peau et d’atteintes nerveuses, qui semblent se jouer aujourd’hui de notre art de guérir. Avec la prise en compte croissante de l’importance réelle de la peau, on “découvrit” dans notre siècle les effets grandioses des bains d’air et de lumière et on leur accorda une place de choix dans les établissements de soin les plus reconnus »41.
- 42 Ibid. Les paragraphes « Bewegung und Gymnastik » (p. 172-176) et « Sportsübungen » (p. 180-184) pr (...)
- 43 M. Garden, Un historien dans la ville (note 33), p. 23.
- 44 Cornelia Klose-Lewerentz, « Der “ideale Körper” und seine “Herstellung” – Körperdiskurse der Leben (...)
- 45 Voir Kapitel Sechs, « Pflege der Schönheit », A. Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin (note (...)
12Fischer-Dückelmann se propose d’enseigner la pratique du massage thérapeutique et d’exercices physiques grâce à des photographies et des dessins explicites42. Le succès de son livre s’explique, d’une part, par les remèdes « naturels » qu’elle propose ainsi que par l’accessibilité de l’ouvrage, et, d’autre part, par les planches en couleur qui y sont insérées, dont certaines réalisées par l’autrice elle-même. On y voit des corps féminins et enfantins gracieux et beaux qui forment un contraste saisissant avec les livres de médecine habituels où l’on rencontre toutes sortes de pathologies monstrueuses43. Cette beauté correspond à celle qui est évoquée dans les livres des réformateurs de la vie en général : elle se fonde sur un modèle antique fait de proportions harmonieuses44. La recherche de la beauté corporelle va de pair avec la recherche de la santé dont cette même beauté dépend45.
3. L’émancipation des femmes par la connaissance du corps
Die Frau als Hausärztin, transmettre des connaissances taboues
- 46 Ibid., p. V.
- 47 S. Breuss, « Praktische Texte » (note 37), p. 376.
- 48 « Frei von der konventionellen Prüderie », Meraner Zeitung, 24.06.1903 ; « Die ersten Aerzte und d (...)
- 49 Ibid.
- 50 D. Oels, « Ein Bestseller der Selbstsorge » (note 2), p. 517.
13Les deux ouvrages principaux de Fischer-Dückelmann (Das Geschlechtsleben des Weibes et die Frau als Hausärztin) ont pour but une édification des femmes au sujet du fonctionnement de leur propre corps. Si le second ouvrage adopte une vision plus générale quant à la manière dont les femmes peuvent entretenir leur corps et leur santé ainsi que ceux de leurs proches, le premier se concentre sur le fonctionnement de leurs organes reproducteurs. Die Frau als Hausärztin, qui s’adresse aux femmes de manière explicite dans la préface, est représentatif de cette littérature wilhelminienne spécifiquement conçue pour les femmes, traitant des tâches qui leur sont généralement dévolues46. La nouveauté du livre consiste à orienter l’organisation du foyer selon les dernières connaissances scientifiques et des critères de rationalité, tout en étant conforme aux préceptes de la Réforme de la vie47. Die Frau als Hausärztin aborde certes des sujets considérés comme typiquement féminins, semblant renvoyer à première vue les femmes à la sphère privée, mais l’autrice y enseigne également à ces dernières, de manière très explicite, la façon dont fonctionne leur propre corps, ce qui est un aspect proprement transgressif de l’ouvrage. Ce dernier bénéficie d’une importante campagne de publicité dans les journaux berlinois notamment, dans lesquels il est décrit en des termes élogieux assortis de nombreux commentaires favorables émanant de médecins48. Certains journaux proposent même un bon de commande découpable afin de faciliter l’achat du livre49. Le succès des ventes est certainement dû en partie à la possibilité de l’acheter à crédit50.
- 51 Anne Carol, « La nudité au xixe siècle. Quelques pistes de réflexion pour l’histoire des pratiques (...)
- 52 Berliner Volks-Zeitung, 15.12.1900.
14L’objet des deux ouvrages – le corps des femmes, leur sexualité, la nudité – a pu par certains côtés paraître scandaleux. En effet, au xixe siècle, la nudité n’est tolérée que dans des circonstances très codifiées en dehors desquelles elle tombe sous le coup de l’immoralité51. Reproduire des photographies qui, pourtant dans un ouvrage médical, n’ont qu’une valeur d’illustration, soulève des soupçons d’immoralité. Les journaux qui publient des réclames pour ces ouvrages tentent de devancer les critiques, comme le Berliner Volks-Zeitung qui souligne la « délicatesse » avec lequel le livre Das Geschlechtsleben des Weibes est rédigé, ce qui le rend acceptable pour toutes les lectrices52. Malgré tout, dans les années 1908-1909, Die Frau als Hausärztin fait l’objet d’une campagne de dénigrement par voie de presse de la part des autorités ecclésiastiques. Ainsi, on peut lire dans un journal du Sud du Tyrol :
- 53 Brixener Chronik, 29.10.1908.
« Nous mettons en garde les gens contre l’achat de cet ouvrage vendu très cher, d’une part, parce qu’un tel livre ne devrait pas être placé entre les mains d’une honnête femme au foyer et, d’autre part, parce qu’il n’a pas sa place dans un foyer chrétien décent. Nous recommandons aux femmes de mettre les colporteurs à la porte en raison de la manière dont ils vendent ce livre médical »53.
15L’article continue avec l’histoire d’une jeune épouse d’ouvrier confrontée aux méthodes de vente douteuses d’un colporteur juif. Ce récit mêle donc antisémitisme et respect de la pudeur féminine pour déconseiller l’achat du livre de Fischer-Dückelmann. Un an plus tard, un récit analogue est publié dans le même journal, si ce n’est que le colporteur juif est maintenant une femme, Regina Löwy de Vienne, qui tente de vendre ce livre, qualifié cette fois d’« immoral et [de] non-scientifique ». Le journaliste ajoute, avant d’encourager à la méfiance envers les colporteurs juifs :
- 54 Brixener Chronik, 29.06.1909.
« [L]’absence de morale de ce livre est sans limite. Il n’est illustré que pour éveiller les plus basses passions car pour éduquer à la santé les illustrations sont tout à fait superflues, ce qui est illustré se comprend de soi-même. Le texte du livre – qui n’est en grande partie que du bavardage – enseigne à blasphémer contre les lois de la nature, il est la porte ouverte à tous les vices si bien que les personnes ainsi “éduquées” sont tuées à petit feu »54.
- 55 Der Burggraefler, 29.06.1909.
16La campagne contre le livre de Fischer-Dückelmann gagne en virulence dans Der Burggraefler, qui décrit le livre, en 1909, comme « indécent et immoral et [pouvant] causer dans les familles des dégâts imprévisibles »55. On y use de nombreuses phrases exclamatives pour appeler les lecteurs à mettre les vendeurs ambulants à la porte :
- 56 Ibid.
« donc attention à ces ennemis de la morale ! Ne laisser entrer ce livre impudique dans aucune maison ! Dans les maisons où cependant il aurait déjà pu pénétrer, rendez-le inoffensif. Qui souhaiterait prendre la responsabilité des dégâts qu’il peut causer sur les âmes immortelles ? »56.
- 57 Der Burggraefler, 07.07.1909.
- 58 Tiroler Volksblatt, 29.05.1909.
- 59 Ibid.
Un mois plus tard, le même journal revient sur le sujet sur un ton tout aussi virulent57. Le Tiroler Volksblatt va même jusqu’à affirmer que la lecture de ce type de livre favoriserait l’hypocondrie des lecteurs58. L’auteur explique cette fois clairement que le problème principal de cet ouvrage réside dans la représentation de femmes nues : « Donc le tout va jusqu’au culte de la nudité. D’abord cela doit débarrasser notre peuple aux mœurs pures de sa pudeur, puis le reste suivra de lui-même »59.
- 60 P. Meyer, « Physiatrie and German Maternal Feminism » (note 10), p. 156.
17Ainsi, le livre de Fischer-Dückelmann s’emploie à briser des tabous en livrant aux femmes des connaissances médicales, et plus précisément anatomiques, dont elles étaient en grande partie dépourvues jusque-là60. Cela ne va pas sans conflits avec une part de la population qui, principalement en raison de convictions religieuses, rejette à la fois la transmission de ces connaissances et la manière dont elles sont mises en scène, notamment la représentation de la nudité dont on estime qu’elle éveillerait les plus bas instincts du lectorat. Le corps féminin et plus précisément la maîtrise de sa fécondité est, dans la société wilhelminienne et à plus grande échelle dans le couple, un enjeu de pouvoir. En donnant aux femmes des connaissances dans ce domaine, Fischer-Dückelmann leur octroie un pouvoir de décision inédit sur leur propre vie.
Émanciper les femmes
- 61 « In der Hand der Frauen liegt so vieles, vor allem die Regelung des Familienlebens, die Regelung (...)
18Dès la préface de Die Frau als Hausärztin, Fischer-Dückelmann entend apporter aux femmes une meilleure connaissance de leur corps ; par cette connaissance intime d’elles-mêmes et une forme d’autonomie (Selbsthilfe) en matière de santé, elle restitue aux femmes une forme de pouvoir dont elles n’ont le plus souvent pas conscience61. Avec Das Geschlechtsleben des Weibes, elle s’attache à apporter des connaissances aux femmes sur leur sexualité à une époque où l’accès à ce type de savoir était très limité, notamment pour les femmes bourgeoises qui composent le lectorat visé.
19Le fait qu’elle soit elle-même une femme est décrit par ceux qui veulent vendre son livre comme un avantage pour ce projet. L’argument de la clarté issue d’un discours de femme à femmes se retrouve dans les réclames pour son livre. Ainsi on peut lire dans le Berliner Volks-Zeitung du 11.09.1917 :
- 62 Berliner Volks-Zeitung, 11.09.1917.
« [un livre] passionnant et clair pour toute femme, [écrit] d’une manière dont seule une femme a le talent. Mme le docteur Anna Fischer-Dückelmann traite tous les aspects de la vie des femmes et de la vie conjugale et enseigne tout ce qu’il faut savoir à chaque femme qui veut être à la hauteur des défis que présente le mariage »62.
Si la réclame évoque les normes de son temps – il s’agit de vivre, grâce à ce livre, un mariage heureux et donc d’avoir un comportement qui correspond à ce qui est attendu d’une jeune épouse –, le fait de délivrer des informations précises et claires sur le fonctionnement de l’acte sexuel, et donc de permettre aux femmes d’avoir une certaine maîtrise sur leur propre corps, est en soi émancipateur.
- 63 A. Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin (note 1), p. 232. Dans ce passage, l’autrice appell (...)
- 64 M. Hau, The Cult of Health and Beauty in Germany (note 36), p. 72.
- 65 Uwe Heyll, Wasser, Fasten, Luft und Licht : Die Geschichte der Naturheilkunde in Deutschland, Fran (...)
20Les écrits de Fischer-Dückelmann sont résolument féministes63. Contrairement à nombre de ses contemporaines et contemporains, même au sein de la Réforme de la vie, elle ne voit pas de différences physiques essentielles entre les femmes et les hommes. Si elle concède que les femmes ont des os plus légers et plus fragiles, elle affirme que la différence de masse musculaire est essentiellement due au manque d’exercice auquel il est impératif de remédier64. Fischer-Dückelmann considère les femmes comme les égales physiques des hommes, leur soi-disant faiblesse n’étant que le résultat de choix de société auxquels elle s’oppose. Ainsi, contre l’avis des médecins de la faculté, l’autrice encourage les femmes à pratiquer la gymnastique suédoise. Cette dernière consiste à faire des exercices de musculation et de kinésithérapie non seulement pour acquérir une musculature harmonieuse et une posture favorisant la bonne santé, mais aussi pour lutter contre les effets négatifs d’une vie sédentaire65.
- 66 Gertrud Pfister, Thierry Terret, « Activités physiques, santé et construction des différences de g (...)
- 67 Ibid., p. 55.
- 68 A. Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin (note 1), p. 183.
- 69 Voir ce qu’elle écrit par exemple sur la natation, ibid., p. 181.
21Au début du xixe siècle, les associations de gymnastiques (Turnenvereine), créées principalement par et pour des hommes, se multiplient sur le territoire germanique ; elles mêlent patriotisme et culte de la santé dans une perspective de dressage militaire66. Les femmes en sont dans un premier temps exclues par principe. Les médecins débattent encore sur la nécessité, ou même la possibilité pour les filles de pratiquer la gymnastique et plus généralement le sport. À partir de 1894 toutefois, l’activité physique devient obligatoire dans les établissements secondaires pour filles en Prusse67, mais on a tendance à leur imposer des activités spécifiques censées correspondre davantage au corps féminin. Ce n’est pas ce que propose Fischer-Dückelmann qui encourage les filles à pratiquer le football, l’aviron, tandis qu’elle considère la danse comme une activité peu saine68. La pratique du sport qu’elle recommande diffère néanmoins des objectifs sportifs du début du xxe siècle, qui sont fondés sur une forme de rationalisation, d’instrumentalisation du corps ainsi que sur la compétition et la valorisation des records. L’autrice voit, pour sa part, le sport comme une manière d’atteindre un état de bonne santé physique et mentale et un moyen de permettre aux femmes d’accéder à une vigueur dont elles étaient jusque-là privées69.
- 70 Elle écrit « Schönheit ist Macht ». A. Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin (note 1), p. 18 (...)
- 71 Georges Vigarello, Le corps redressé. Histoire d’un pouvoir pédagogique, Paris, Jean-Pierre Delarg (...)
- 72 Voir Viertes Kapitel, le paragraphe « Unsere Kleidung », A. Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausä (...)
- 73 P. Meyer, « Physiatrie and German Maternal Feminism » (note 10).
- 74 Astrid Ackermann, « Kleidung, Sexualität und politische Partizipation der Lebensreformbewegung », (...)
- 75 A. Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin (note 1), p. 150.
- 76 Ibid. p. 151-159.
- 77 A. Fischer-Dückelmann, Über die Reform der weiblichen Kleidung, Berlin/Leipzig, Verlag von Max Bre (...)
- 78 M. Hau, The Cult of Health and Beauty in Germany (note 36), p. 56.
22Afin d’émanciper les femmes en leur permettant d’avoir un corps plus sain et par là même plus beau, selon elle70, Fischer-Dückelmann participe à une lutte contemporaine menée contre le corset71, accessoire qu’elle critique fortement, à l’aide d’illustrations montrant la compression exagérée des organes, tout en proposant des sous-vêtements plus adaptés à la santé féminine72. Elle affirme avoir conscience que le corset est utilisé par les femmes pour corriger des défauts physiques, mais soutient que la pratique de la gymnastique ainsi qu’un régime alimentaire adapté permettent de corriger ces défauts d’une manière plus saine73. En cela, elle s’inscrit dans les revendications féministes qui tentent de faire accepter le sport féminin dès la fin du xixe siècle. Pour des raisons hygiéniques, elle encourage l’utilisation de la Reformkleid, qui correspond mieux au corps naturel et permet donc de préserver la santé74, ainsi que de chaussures qui ne déformeraient pas les pieds75. Rares sont cependant les femmes qui porteront cette robe en contradiction complète avec la mode du début du xxe siècle, une robe ample au niveau de la taille, qui n’enserre pas la poitrine et permet de faire de larges enjambées76. Cette lutte contre le corset n’est pas nouvelle pour Fischer-Dückelmann qui avait déjà écrit une brochure à ce sujet en 189077 et elle est également assez répandue chez les réformateurs et les réformatrices de la vie féministes78.
- 79 A. Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin (note 1), p. 248.
- 80 Ibid., p. 228.
- 81 Ibid., p. 249-256.
- 82 Ibid., p. 247.
- 83 Kirsten Leng, « Culture, Difference, and Sexual Progress in Turn-of-the-Century Europe : Cultural (...)
- 84 M. Hau, The Cult of Health and Beauty in Germany (note 36), p. 77.
23Rendre aux femmes le pouvoir sur leur propre corps, c’est aussi pour Fischer-Dückelmann, alors qu’on assiste à cette même époque aux débuts de la sexologie, les aider à comprendre le fonctionnement de leur sexualité pour maîtriser leur fécondité : « L’ignorance concernant certains processus naturels est chez les femmes si grande que le médecin a toujours pour tâche de donner des explications et de mettre en garde »79. Dans Die Frau als Hausärztin, elle reconnaît aux femmes un désir sexuel équivalent à celui des hommes : « une femme aimante désire l’homme de son choix aussi fort que l’homme aimant désire la femme qu’il a choisie »80. Après avoir décrit l’acte sexuel sans s’embarrasser de métaphores, elle liste et décrit les différents moyens de contraception à la disposition des femmes81, ce qui est probablement une des explications à la campagne de dénigrement menée par l’Église catholique. Elle affirme que ces moyens de contraception, qui sont illustrés avec précision, permettent d’éviter des familles trop nombreuses que les parents ne peuvent pas nourrir et de protéger les femmes dont le corps est affaibli après de trop nombreuses grossesses82. L’intérêt de Fischer-Dückelmann pour la sexualité féminine et son épanouissement n’est pas un fait isolé. Est ainsi fondé en 1905 en Allemagne le Bund für Mutterschutz und Sexualreform (Ligue pour la protection des mères et la réforme sexuelle) qui a pour but une émancipation de la sexualité, notamment féminine, et un contrôle de sa propre fécondité dans un but d’émancipation des femmes et de plus grand progrès de l’humanité. Cette ligue se fonde sur les écrits de Helene Stöcker, devenus ensuite l’objet de débats car leur autrice sera considérée comme précurseuse des idées nazies sur l’eugénisme83. De son côté, Fischer-Dückelmann cultive son esprit critique : tout en y étant favorable, elle redoute que la contraception n’achève de soumettre les femmes à leurs époux qui n’auraient alors plus de raison de ne pas les solliciter sexuellement84.
Rendre le pouvoir aux mères
- 85 P. Meyer, « Physiatrie and German Maternal Feminism » (note 10), p. 159.
24Die Frau als Hausärztin entreprend donc de rendre une forme de pouvoir aux femmes, plus spécifiquement aux mères dans la manière de vivre leur sexualité, mais aussi leur grossesse et l’éducation de leurs enfants, enfants auxquels est consacrée toute la troisième partie du livre, soit environ 150 pages. Fischer-Dückelmann enseigne ainsi aux femmes comment les élever en s’appuyant sur les dernières connaissances médicales en la matière, non sans s’opposer parfois aux médecins de la faculté. C’est pourquoi, elle est qualifiée par P. Meyer de « féministe maternelle »85.
- 86 Ibid., p. 155.
- 87 P. Bochmann, Frauen in der Naturheilkunde (note 4), p. 40.
- 88 A. Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin (note 1), p. 398. À l’entrée « Datteln », l’autrice (...)
- 89 E. Barlösius, Naturgemäße Lebensführung (note 8), p. 193.
- 90 Voir l’article § 1354 du BGB : « dem Manne steht die Entscheidung in allen das gemeinschaftliche e (...)
- 91 Voir l’article § 1363 du BGB.
- 92 A. Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin, Tafel 27 (note 1), p. 787-788.
- 93 Ibid., p. 745.
- 94 Ibid., p. 782. L’autrice propose le schéma d’un parcours de motricité pour l’enfant dans la nurser (...)
- 95 Ibid., p. 799.
25La prophylaxie est ce qui lui semble le plus important : des femmes fortes et en bonne santé font selon elle de bonnes mères86. Dans cette perspective, le végétarisme joue un rôle important pour les mères mais aussi pour l’éducation des enfants aux yeux de l’autrice, elle-même végétarienne convaincue. En cela, elle n’est pas une exception au sein de la Réforme de la vie. Cependant, alors que dans les milieux de la médecine naturelle beaucoup voient le végétarisme comme un moyen de soigner tous les maux, Fischer-Dückelmann considère simplement que ce régime permet un mode de vie sain87 et met en garde contre le « fanatisme » de certains végétariens88. Jusque-là, les théoriciens du végétarisme étaient surtout des hommes qui tentaient de prendre la main sur la préparation des repas qui était alors une prérogative féminine. Les prophètes du végétarisme se donnaient ainsi pour objectif d’expliquer aux femmes la meilleure manière de tenir leur ménage89. Fischer-Dückelmann souhaite par son livre redonner le pouvoir aux femmes sur le fonctionnement de leur propre maison, dans le sens où elle leur fournit les informations qu’elle juge nécessaires à la prise de décision autonome, aussi bien en matière de nutrition, d’éducation que d’organisation générale de la maison, le tout selon les préceptes novateurs de la Réforme de la vie. En effet, depuis 1900, le Bürgerliches Gesetzbuch (le code civil) accorde l’autorité parentale au père qui a le dernier mot pour tout ce qui touche l’éducation des enfants et leur avenir90. Par le mariage, les femmes de l’Empire allemand sont donc dépossédées de leur fortune et soumises aux décisions de leur époux91. Dans ce contexte, Fischer-Dückelmann s’adresse aux mères pour partager avec elles sa vision de la manière la plus appropriée de prendre elles-mêmes soin de leurs enfants et de prendre des décisions éclairées les concernant : ainsi, elle enseigne en détail aux femmes comment s’occuper de leurs nouveau-nés, comment les porter de manière physiologique92, à quelle fréquence les allaiter93, comment aménager leur maison pour qu’elle soit favorable aux progrès de l’enfant, notamment lors de l’acquisition de la marche94. Fischer-Dückelmann explique également aux mères comment initier leurs enfants à la reproduction humaine au moyen d’exemples tirés du monde animal95. Cette façon de s’adresser aux mères pour les rendre maîtresses de leur maison peut être considérée comme une forme d’empowerment : émancipées de la tutelle de leur époux par le savoir, elles sont les interlocutrices privilégiées de leurs enfants.
- 96 P. Meyer, « Physiatrie and German Maternal Feminism » (note 10).
26Pour les femmes médecins dans l’Allemagne wilhelminienne, il n’y avait que deux voies possibles selon P. Meyer : il leur fallait soit trouver une niche et s’y engouffrer pour se faire accepter, soit s’opposer aux médecins en place96. Il semblerait que Fischer-Dückelmann ait choisi ces deux options : elle s’est à la fois concentrée sur la médecine naturelle par conviction personnelle, mais aussi parce qu’elle n’a pas obtenu d’équivalence de diplôme lui permettant de porter le titre de médecin, et elle s’est opposée à de nombreuses théories délivrées par les médecins de la faculté (gymnastique pour les femmes, contraception, opposition à la vaccination infantile). Pour s’imposer dans le monde de la médecine principalement masculin au début du xxe siècle, elle a donc choisi de s’intéresser à une nouvelle forme de médecine alternative et de se concentrer sur un public féminin. Si son sexe lui a valu des critiques teintées de stéréotypes sexistes, il lui a aussi conféré une position d’autorité, en fournissant une forme de « garantie » à ses lectrices qui avaient davantage confiance en un discours « de femme à femmes ». Cette approche, à l’avant-garde à l’époque, était promise à un bel avenir ; des années 1960 à nos jours, les discussions autour de la non-mixité dans les groupes féministes ne sont toujours pas épuisées.
Notes
1 Anna Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin. Ein ärztliches Nachschlagebuch für die Frau, Stuttgart, Süddeutsches Verlags-Institut, 1905. L’édition utilisée pour cette étude sera celle de 1905, la 2e édition augmentée du livre.
2 David Oels, « Ein Bestseller der Selbstsorge : Der Ratgeber “Die Frau als Hausärztin” », Zeithistorische Forschungen/Studies in Contemporary History, no 10 (2013), p. 515.
3 Dès 1913, on atteint le premier million d’exemplaires vendus. En 1929, on en compte 3 millions. Ibid.
4 Patrick Bochmann, Frauen in der Naturheilkunde : Anna Fischer-Dückelmann und Klara Muche. ihre Lebenswege, medizinischen und insbesondere frauenheilkundlichen Auffassungen, Hambourg, Verlag Dr. Kovac, 2018.
5 On notera par exemple cet ouvrage récent qui propose un point bibliographique sur l’autrice : Annette Kerckhoff, Wichtige Frauen in der Naturheilkunde : Ihr Leben – Ihr Werk – Ihre Schriften, Berlin/Heidelberg, Springer, 2020.
6 Marc Cluet, « La Lebensreform ou la dynamique sociale de l’impuissance politique », Revue de l’Institut français d’histoire en Allemagne, no 3 (06.02.2011), p. 69-74.
7 Ibid. ; Marc Cluet, « Le naturisme “fonctionnel” sous Weimar », Germanica, no 9 (31.12.1991), p. 271-290 ; Marc Cluet, Catherine Repussard (éd.), « Lebensreform ». Die soziale Dynamik der politischen Ohnmacht. La dynamique sociale de l’impuissance politique, Tübingen, Francke Verlag, 2013.
8 Eva Barlösius, Naturgemäße Lebensführung. Zur Geschichte der Lebensreform um die Jahrhundertwende, Francfort-sur-le-Main/New York, Campus Verlag, 1997.
9 Kai Buchholz, Rita Latocha, Hilke Peckmann, Klaus Wolbert (éd.), Die Lebensreform. Entwürfe und Neugestaltung von Leben und Kunst um 1900, 2 vol., Darmstadt, Verlag Häusser, 2001.
10 Paulette Meyer, « Physiatrie and German Maternal Feminism : Dr. Anna Fischer-Dückelmann Critiques Academic Medicine », Canadian Bulletin of Medical History, 23/1 (2006), p. 145-182, ici p. 151.
11 Sauf mention contraire, les titres et les citations sont traduits par l’autrice de l’article.
12 P. Bochmann, Frauen in der Naturheilkunde (note 4), p. 54.
13 Ibid., p. 55.
14 Ibid.
15 Ilse Costas, « Die Öffnung der Universitäten für Frauen ‒ Ein internationaler Vergleich für die Zeit vor 1914 », Leviathan, 23/4 (1995), p. 496-516. Cette loi est supprimée en 1908.
16 Kristin Hoesch, « Die Bemühungen in Deutschland tätiger Ärztinnen um die Approbation von 1877-1900 », Medizinhistorisches Journal, 30/4 (1995), p. 353-376.
17 Bernd Wedemeyer-Kolwe, Aufbruch. Die Lebensreform in Deutschland, Darmstadt, Philipp von Zabern, 2017, p. 88.
18 Ibid., p. 85.
19 « Physiatrie » est utilisée au xixe et au début xxe siècle comme équivalent de médecine naturelle.
20 Tobias Engelsing, « Vollpension mit Gartenfron », in : J. Radkau, V. Ulrich, T. Engelsing (dir.), Anders leben : Wilder denken, freier lieben, grüner wohnen – Jugendbewegung, und Lebensreform in Deutschland um 1900, Hambourg, Zeitverlag Gerd Bucerius, 2013, p. 32.
21 Ibid.
22 Judith Baumgartner, « Die Anfänge der Obstbau-Kolonie “Eden” E.G.M.B.H. in Oranienburg (1893 bis 1914) », Zeitschrift für Unternehmensgeschichte, 35/3 (01.01.1990), www.degruyter.com/view/j/zug.1990.35.issue-3/zug-1990-0302/zug-1990-0302.xml, consulté le 04.06.2020.
23 P. Bochmann, Frauen in der Naturheilkunde (note 4), p. 59.
24 A. Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin (note 1), p. 624.
25 Annegret Stopczyk, « Ehe und freie Liebe. Zur Frauenbewegung um 1900 », in : K. Buchholz, Die Lebensreform (note 9), p. 129.
26 Ibid., p. 441.
27 Voir davantage de détails sur ce type de vêtements p. 14 (le pouvoir aux femmes).
28 Albert Merlio, « Die Reformbewegungen zwischen Progressismus und Konservatismus », in : Cluet/Repussard, « Lebensreform » (note 7), p. 63.
29 Ibid., p. 66.
30 B. Wedemeyer-Kolwe, Aufbruch. Die Lebensreform in Deutschland (note 17).
31 Robert Jütte, « Naturheilkunde », in : K. Buchholz, Die Lebensreform (note 9), p. 387.
32 B. Wedemeyer-Kolwe, Aufbruch (note 17), p. 73.
33 Maurice Garden, René Favier, Laurence Fontaine (dir.), Un historien dans la ville, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2008.
34 Claudia Huerkamp, « Medizinische Lebensreform im späten 19. Jahrhundert. Die Naturheilbewegung in Deutschland als Protest gegen die naturwissenschaftliche Universitätsmedizin », VSWG : Vierteljahrschrift für Sozial- und Wirtschaftsgeschichte, 73/2 (1986), p. 159.
35 Anahita Grisoni, « De la Lebensreform à la naturopathie : quelle nature pour le changement social ? », Recherches germaniques, HS 11 (19.07.2016), p. 201-218.
36 Michael Hau, The Cult of Health and Beauty in Germany : A Social History, 1890-1930, Chicago, University of Chicago Press, 15.04.2003, p. 11.
37 Susanne Breuss, « Praktische Texte. Ratgeberliteratur für die alltägliche Lebensführung », in : K. Buchholz, Die Lebensreform (note 9), p. 373.
38 Ibid., p. 375.
39 A. Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin (note 1), p. 778-779.
40 Ibid., Tafel 26 « Friedchen, das Vegetarierkind im Sonnenbad ».
41 Ibid., p. 125. On peut voir également à la page 128 un dessin illustrant un dispositif permettant de prendre des bains de soleil nu dans son jardin à l’abri des regards du voisinage.
42 Ibid. Les paragraphes « Bewegung und Gymnastik » (p. 172-176) et « Sportsübungen » (p. 180-184) proposent des conseils pour pratiquer la gymnastique et la photographie d’un appareil de musculation. Le paragraphe « Praktische Anwendungen fürs Haus » (p. 176-180) décrit aux lectrices des techniques de massage thérapeutique illustrées par des schémas et des photographies.
43 M. Garden, Un historien dans la ville (note 33), p. 23.
44 Cornelia Klose-Lewerentz, « Der “ideale Körper” und seine “Herstellung” – Körperdiskurse der Lebensreformbewegung zwischen Utopie und Normativität », in : Cluet/Repussard, « Lebensreform » (note 7), p. 148.
45 Voir Kapitel Sechs, « Pflege der Schönheit », A. Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin (note 1), p. 185-216.
46 Ibid., p. V.
47 S. Breuss, « Praktische Texte » (note 37), p. 376.
48 « Frei von der konventionellen Prüderie », Meraner Zeitung, 24.06.1903 ; « Die ersten Aerzte und die größten Zeitungen empfehlen das Werk rückhaltlos. In 18 Sprachen auf der ganzen Welt verbreitet », Berliner Volks-Zeitung, 16.12.1918.
49 Ibid.
50 D. Oels, « Ein Bestseller der Selbstsorge » (note 2), p. 517.
51 Anne Carol, « La nudité au xixe siècle. Quelques pistes de réflexion pour l’histoire des pratiques et des sensibilités », Rives méditerranéennes, 30 (2008), p. 25-37.
52 Berliner Volks-Zeitung, 15.12.1900.
53 Brixener Chronik, 29.10.1908.
54 Brixener Chronik, 29.06.1909.
55 Der Burggraefler, 29.06.1909.
56 Ibid.
57 Der Burggraefler, 07.07.1909.
58 Tiroler Volksblatt, 29.05.1909.
59 Ibid.
60 P. Meyer, « Physiatrie and German Maternal Feminism » (note 10), p. 156.
61 « In der Hand der Frauen liegt so vieles, vor allem die Regelung des Familienlebens, die Regelung des Geschlechtslebens, die Erziehung der Jugend – das man sagen könnte, sie haben die Zukunft in ihrer Hand, und sie kennen den Umfang ihrer Macht gar nicht. » A. Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin (note 1), p. 217 (je souligne).
62 Berliner Volks-Zeitung, 11.09.1917.
63 A. Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin (note 1), p. 232. Dans ce passage, l’autrice appelle de ses vœux une réforme du mariage dans lequel mari et femme seraient égaux et où les femmes pourraient exercer une profession en toute liberté.
64 M. Hau, The Cult of Health and Beauty in Germany (note 36), p. 72.
65 Uwe Heyll, Wasser, Fasten, Luft und Licht : Die Geschichte der Naturheilkunde in Deutschland, Francfort/New York, Campus Verlag, 2006, p. 77.
66 Gertrud Pfister, Thierry Terret, « Activités physiques, santé et construction des différences de genre en Allemagne », Clio. Femmes, Genre, Histoire, 23 (2006), p. 51.
67 Ibid., p. 55.
68 A. Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin (note 1), p. 183.
69 Voir ce qu’elle écrit par exemple sur la natation, ibid., p. 181.
70 Elle écrit « Schönheit ist Macht ». A. Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin (note 1), p. 185.
71 Georges Vigarello, Le corps redressé. Histoire d’un pouvoir pédagogique, Paris, Jean-Pierre Delarge, 1978.
72 Voir Viertes Kapitel, le paragraphe « Unsere Kleidung », A. Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin (note 1), p. 129-140. Encore une fois, le chapitre est richement illustré afin de démontrer les dangers du corset pour l’ossature et les organes des femmes. Elle écrit : « Steckt man im Panzer drin, so vermeidet man instinktiv solche Tiefatmung, und die Folge ist natürlich bleibende Verengerung der unteren Brustgegend und der Leibesmitte sowie mangelhafte Lungenlüftung », p. 139.
73 P. Meyer, « Physiatrie and German Maternal Feminism » (note 10).
74 Astrid Ackermann, « Kleidung, Sexualität und politische Partizipation der Lebensreformbewegung », in : Cluet/Repussard, « Lebensreform » (note 7), p. 165.
75 A. Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin (note 1), p. 150.
76 Ibid. p. 151-159.
77 A. Fischer-Dückelmann, Über die Reform der weiblichen Kleidung, Berlin/Leipzig, Verlag von Max Breitkreuz, 1890.
78 M. Hau, The Cult of Health and Beauty in Germany (note 36), p. 56.
79 A. Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin (note 1), p. 248.
80 Ibid., p. 228.
81 Ibid., p. 249-256.
82 Ibid., p. 247.
83 Kirsten Leng, « Culture, Difference, and Sexual Progress in Turn-of-the-Century Europe : Cultural Othering and the German League for the Protection of Mothers and Sexual Reform, 1905-1914 », Journal of the History of Sexuality, 25/1 (2016), p. 62-82.
84 M. Hau, The Cult of Health and Beauty in Germany (note 36), p. 77.
85 P. Meyer, « Physiatrie and German Maternal Feminism » (note 10), p. 159.
86 Ibid., p. 155.
87 P. Bochmann, Frauen in der Naturheilkunde (note 4), p. 40.
88 A. Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin (note 1), p. 398. À l’entrée « Datteln », l’autrice relate sur un ton très critique le cas d’une Hollandaise qui tomba gravement malade après n’avoir consommé que des dattes, des figues, des noix et des pommes.
89 E. Barlösius, Naturgemäße Lebensführung (note 8), p. 193.
90 Voir l’article § 1354 du BGB : « dem Manne steht die Entscheidung in allen das gemeinschaftliche eheliche Leben betreffenden Angelegenheiten zu ».
91 Voir l’article § 1363 du BGB.
92 A. Fischer-Dückelmann, Die Frau als Hausärztin, Tafel 27 (note 1), p. 787-788.
93 Ibid., p. 745.
94 Ibid., p. 782. L’autrice propose le schéma d’un parcours de motricité pour l’enfant dans la nurserie.
95 Ibid., p. 799.
96 P. Meyer, « Physiatrie and German Maternal Feminism » (note 10).
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Référence papier
Stéphanie Chapuis-Després, « Anna Fischer-Dückelmann. Le pouvoir aux femmes par la médecine naturelle et la Réforme de la vie », Revue d’Allemagne et des pays de langue allemande, 53-1 | 2021, 47-62.
Référence électronique
Stéphanie Chapuis-Després, « Anna Fischer-Dückelmann. Le pouvoir aux femmes par la médecine naturelle et la Réforme de la vie », Revue d’Allemagne et des pays de langue allemande [En ligne], 53-1 | 2021, mis en ligne le 21 juin 2022, consulté le 10 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/allemagne/2635 ; DOI : https://doi.org/10.4000/allemagne.2635
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