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Patrimoine et mémoire de l'industrie

Comment Mulhouse, inspirée par Manchester, a construit son modèle industriel et diffusé ses innovations en Europe et dans le monde

How Mulhouse, inspired by Manchester, built its industrial model and propagated its innovations across Europe and all over the world
Wie Mulhouse, angeregt durch Manchester, sein eigenes industrielles Modell gestaltet hat und seine Innovationen nach Europa und in die Welt ausgestreut hat
Pascale Nachez
p. 159-178

Résumés

Mulhouse est régulièrement présentée comme la « Manchester » française mais en étudiant les cités textiles de l’Europe du XIXe siècle on constate que de nombreuses villes racontent leur histoire en faisant référence à Manchester. Il en est ainsi pour Łódź la « Manchester » de l’Empire russe, Prato la « Manchester » toscane, Chemnitz la « Manchester » saxonne, Rouen et Roubaix pour la France, et bien d’autres encore. Toutes ces villes ont en commun d’avoir reproduit au XIXe siècle le modèle industriel remarquable de Manchester qui les devançait de quelques décennies. Nous retrouvons des ensembles de brique rouge plus ou moins monumentaux, associant fréquemment des structures métalliques imposantes ainsi que les sheds et cheminées qui caractérisent les anciennes dynasties de l’industrie textile aujourd’hui réinvesties.

Mais le patrimoine industriel a d’autres formes. À Mulhouse, dès 1822 la première école de chimie française a formé des ingénieurs qui rejoignaient ensuite les manufactures textiles européennes. Dans son laboratoire de chimie, on venait apprendre les techniques d’ennoblissement des textiles. Des ingénieurs et techniciens sont venus de Manchester à Mulhouse pour installer les machines achetées outre-Manche, et des Alsaciens se sont formés ou ont exercé à l’étranger. Les « Manchester » européens, Mulhouse en tête, d’abord nourris par leur modèle, ont ainsi tissé un réseau constituant un patrimoine industriel scientifique et technique immatériel dont l’influence reste prégnante dans ces villes et qui demande à être réinterrogé au XXIe siècle.

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Texte intégral

Comparer les « Manchester » du monde1

  • 1 . Pour aller plus loin sur l’analyse de l’histoire de Manchester : John Wilson, John Singleton, « L (...)
  • 2 . Clare Hartwell, Alan Kidd, Robina McNeil, Michael Nevell, Terry Wyke, Manchester, The World’s Fir (...)
  • 3 . Le dossier de 2005 sur lequel nous nous appuyons cite néanmoins Mulhouse parmi les villes qui ont (...)

1Il est intéressant de s’appuyer sur un dossier produit en 2005 par des enseignants chercheurs des Universités de Salford et de Manchester sous l’appellation « The world’s first industrial city2 », dans la perspective d’une éventuelle candidature à l’inscription de Manchester au patrimoine de l’Unesco. Dans ce cadre, un travail comparatif s’appuyant sur des critères ou archeological characterises a été réalisé. Il permet de lister les villes textiles mondiales pouvant être assimilées à Manchester. Nous avons reproduit ce tableau (fig. 4) en y ajoutant la ville de Mulhouse3.

Fig. 1. Vue de Mulhouse en 1836

Fig. 1. Vue de Mulhouse en 1836

Rudolf Huber (dessin), Godefroy Engelmann (lithographie), Vue de Mulhouse, 1836, Musée historique de Mulhouse.

Pierre Fluck (photo).

Fig. 2. Vue de Manchester depuis Kersal Moor (Salford) en 1820

Fig. 2. Vue de Manchester depuis Kersal Moor (Salford) en 1820

Sebastian Pether, View from Kersal Moor, Salford, 1820.

Salford Museum & Wikioo.org.

Fig. 3. Vue de Manchester depuis Kersal Moor (Salford) en 1852

Fig. 3. Vue de Manchester depuis Kersal Moor (Salford) en 1852

William Wyld, Manchester from Kersal Moor, 1852, Royal Collection Trust.

Her Majesty Queen Elizabeth II 2021. Accès : https://www.rct.uk/​sites/​default/​files/​collection-online/​a/​3/​846981-1543507370.jpg (autorisation d’utilisation du 5 mars 2021).

  • 4 . Nous nous interrogeons aussi sur l’absence d’autres sites reconnus internationalement pour leur h (...)
  • 5 . C.J. Watson, « Economic change and possible protoindustrialization in the parish of Standish in t (...)
  • 6 . Il est intéressant de noter que Lord Francis Egerton, qui a construit le Bridgewater Canal, avait (...)
  • 7 . Présentation de la Manchester medical society à l’adresse suivante : https://www.mms.org.uk/our-h (...)

2Parmi les 15 villes textiles ainsi listées et critérisées, 11 sont considérées comme les « Manchester » du monde. Notons que notre propos ici n’est pas de remettre en question cette liste, ni d’analyser la pertinence de ces choix (une étude plus détaillée est en cours4), mais de souligner l’absence de la ville de Mulhouse et de nous intéresser aux critères proposés. Parmi les critères qui symbolisent Manchester, citons la proto-industrie très présente dans le Lancashire avec la fabrication des futaines, essentiellement près de Blackburn et Bolton5, le commerce qui s’appuie sur le premier Royal Exchange (1729) et se développe avec le commerce maritime et les colonies britanniques, ou la connexion avec la mer via le Manchester Ship Canal mis en service en 1894. Manchester est aussi le symbole de la première banlieue industrielle planifiée au monde à Ancoats, aujourd’hui modèle de régénérescence dans le Grand Manchester, et de la première zone industrielle du monde, Trafford Park. Le transport est une autre caractéristique importante de Manchester qui s’appuie sur le Bridgewater Canal, première voie d’eau entièrement artificielle en Grande-Bretagne en 1761 (transport du charbon de Worsley à Manchester6), puis sur le Manchester Ship Canal déjà cité pour l’importation des matières premières et le commerce des produits finis, et enfin sur la première ligne ferroviaire commerciale en 1830 entre Manchester et Liverpool. Nous pouvons ajouter à cette description rapide le développement de la médecine qui s’organise autour de la création de la Manchester medical society7.

Fig. 4. Les « Manchester » dans le monde.

Fig. 4. Les « Manchester » dans le monde.
  • 8 . Michel Hau, « Industrialisation et facteur culturel : le cas de l’Alsace », Revue géographique de (...)
  • 9 . Isabelle Ursch-Bernier, Négoce et industrie à Mulhouse au XVIIIe siècle (1696-1798), thèse de doc (...)
  • 10 . Achille Penot, « Notice nécrologique sur M. Nicolas Koechlin », Bulletin de la SIM, tome 24, no11 (...)

3Nous n’analysons pas l’ensemble des « Manchester » du monde, mais proposons de nous intéresser à Mulhouse, que le chimiste et glaciologue Daniel Dollfus-Ausset (1787-1870), fils aîné du fondateur de Dollfus-Mieg & Cie (DMC), considérait comme la seule ville véritablement comparable à Manchester. Si nous appliquons ces critères à Mulhouse, nous constatons que la proto-industrie est bien implantée en Alsace et les petits paysans alsaciens, reconnus pour la qualité de leur travail, complètent leurs revenus en produisant des articles vendus par l’intermédiaire des marchands fabricants8, comme dans le Lancashire. Concernant les transports, Mulhouse se distingue par la mise en service du canal du Rhône au Rhin dès 1830, l’objectif étant de relier les ports du nord (Hambourg et Rotterdam) avec la Méditerranée (Marseille) en passant par l’Allemagne. Le canal a néanmoins fortement souffert de l’annexion de l’Alsace-Lorraine. Une autre date clé pour les transports est la mise en service de la ligne de chemin de fer Mulhouse-Thann en 1839 qui aura dès le début une vocation à la fois industrielle (transport du charbon dans la vallée de la Thur) et commerciale. Par ailleurs, sans assimiler les périphéries de Mulhouse aux banlieues planifiées de Manchester, nous pouvons néanmoins noter que lorsque les terrains ont fait défaut dans la ville, les fils d’entrepreneurs ont choisi de s’éloigner, ce qui leur a permis de s’émanciper, de développer les surfaces tout en profitant de l’énergie hydraulique. Ils se sont installés à Wesserling dans la vallée de la Thur (Gros-Roman), à Cernay (Risler Frères & Dixon), à Guebwiller (Nicolas Schlumberger), ainsi qu’à Thann (André Koechlin). L’ampleur des réseaux commerciaux fait aussi partie des critères des « Manchester » du monde. Isabelle Bernier a illustré dans ses travaux9 les réseaux commerciaux de la fin du XVIIIe siècle pour quatre entreprises d’impression sur étoffe de Mulhouse qui s’étendent dans toute l’Europe, et particulièrement pour DMC en 1790, dans les villes portuaires de l’extrémité ouest de l’Europe (Manchester) à l’est (Riga), et au sud sur la côte française de la Méditerranée. Une autre source, la notice nécrologique de Nicolas Koechlin (1781-1852) par le Dr Achille Penot10, détaille les réseaux construits par l’industriel composés de succursales en France, mais aussi de « dépôts tenus par ses propres agents » sur le continent européen en Italie, à Moscou, à Bruxelles, mais aussi sur le continent américain (Antilles, New York, Mexico, Rio de Janeiro) et en Perse.

  • 11 . Florence Ott, La Société industrielle de Mulhouse 1826-1876 : ses membres, son action, ses réseau (...)
  • 12 . Doru Todericiu, La constitution de la chimie des colorants en France : le rôle exemplaire de la S (...)

4Notons que le dossier de 2005 comparant les « Manchester » n’aborde pas les réseaux scientifiques et techniques qui nous apparaissent néanmoins stratégiques pour compléter la description de ce qui peut définir les « Manchester » dans le monde. Parlons de Mulhouse et citons d’abord l’ouvrage de Florence Ott sur la Société industrielle de Mulhouse (SIM11) qui consacre un chapitre aux publications, et particulièrement au bulletin de la SIM et à sa diffusion au XIXe siècle. Véritable outil scientifique par le sérieux de sa réalisation, le bulletin était d’abord diffusé aux membres de la SIM, mais également transmis, par un système d’échange, à un grand nombre d’associations, d’académies, de sociétés industrielles, nationales ou internationales, qui en retour transmettaient à la SIM leurs propres publications et revues spécialisées. Florence Ott analyse et constate qu’un grand nombre d’articles concerne les techniques industrielles, et encore plus fortement les arts chimiques. Nous pouvons en déduire que les bulletins de la SIM, en circulant en Europe, ont contribué aux échanges de connaissances nouvelles et montré au monde la dynamique scientifique et technique qui a fait la réputation de Mulhouse dans le domaine de la chimie et de la teinture. Un autre témoignage de cette mise en réseau des connaissances ressort du travail de thèse de Doru Todericiu12 qui consacre une section entière à la SIM au titre très explicite « La Société industrielle de Mulhouse banc d’essai de la chimie des colorants et de la teinture ». à partir des prix décernés par le Comité de chimie de la SIM entre 1854 et 1880, Doru Todericiu relève que :

Parmi les producteurs « intéressants » auxquels la SIM accorde une attention bien suivie, s’inscrivent avec régularité les entreprises qui se sont distinguées à l’occasion des expositions universelles (internationales) qui avaient eu lieu depuis 1862.

5Il souligne encore :

Ambassadeurs du prestige scientifique et technique de la Société industrielle, ces prix décernés aux plus grands savants coloristes et techniciens coloristes de l’époque ont très largement contribué à l’enrichissement des relations internationales de la Société industrielle.

6Nous avons montré comment Mulhouse s’inscrit naturellement dans les critères qui définissent la liste des « Manchester » du monde, puis relevé à la lecture des ouvrages de Florence Ott et de Doru Todericiu, un autre critère traduisant l’effervescence de la période naissante de l’industrie, en particulier la circulation des découvertes techniques et scientifiques qui a contribué à la fois à transformer sur le modèle anglais les ateliers textiles en manufactures, et à diffuser au reste de l’Europe ces connaissances. Ces manufactures, qui rassemblent souvent toutes les étapes de fabrication des textiles, s’appuient non seulement sur les découvertes de la mécanique et de la chimie, mais aussi sur les hommes, ouvriers, mécaniciens, entrepreneurs, scientifiques qui capitalisent, organisent, innovent, et diffusent.

Les entrepreneurs, mécaniciens, coloristes mulhousiens à l’étranger

  • 13 . La notice bibliographique de Jean Daniel Dollfus a été réalisée par Raymond Oberlé (1985) et repr (...)
  • 14 . Le professeur Michel-Eugène Chevreul (1786-1889), est non seulement reconnu pour ses recherches d (...)

7De nombreux Alsaciens se sont formés ou ont exercé à l’étranger, souvent parce que cela faisait partie de leur apprentissage, aussi pour trouver de nouveaux débouchés et valoriser leurs compétences. Le chimiste Jean Daniel Dollfus (1823-186013), fils de Daniel Dollfus-Ausset, après des études à Mulhouse et à Paris, a été préparateur à la Faculté des Sciences de Strasbourg, avant de rejoindre en 1843 la manufacture d’indiennes de Thomas Hoyle à Manchester (Annexe 1). Il est revenu en 1844 comme coloriste chez DMC à Mulhouse et présida la SIM de 1849 jusqu’à sa mort, lors d’un voyage à Manchester... Théodore Schlumberger a travaillé deux ans pour les établissements de filatures et de tissage Mather & Platt à Manchester avant de poursuivre sa carrière dans l’entreprise familiale Schlumberger fils & Cie. Le chimiste et glaciologue Daniel Dollfus-Ausset, déjà cité plus haut, a étudié à Paris avec le Pr Chevreul14 avant de travailler dans l’entreprise familiale. Il a séjourné régulièrement en Angleterre et rapporté à la fois des procédés (blanchiment et teinture) et du matériel (machine à imprimer). Il faisait partie de la délégation mulhousienne à l’Exposition universelle de 1851 au Crystal Palace à Londres. Il en a rapporté des matériaux, des échantillons, ainsi que les daguerréotypes qu’il a personnellement réalisés, lui permettant d’illustrer devant les membres de la SIM les progrès dans les différentes industries.

  • 15 . https://www.chemnitz.de/chemnitz/fr/city-of-chemnitz/history/index.html.
  • 16 . Pierre Fluck, « Les cheminements parallèles de deux villes industrielles, Mulhouse (Alsace) et Ch (...)
  • 17 . Herbert Pönicke, « Bernhard, Carl Friedrich », Neue Deutsche Biographie 2, 1955, p. 119 : https:/ (...)
  • 18 . http://www.crdp-strasbourg.fr/data/patrimoine-industriel/mulhouse_patronat/patronat_progres.php.
  • 19 . Stéphane Jonas, Le Mulhouse industriel : un siècle d’histoire urbaine, 1740-1848, Paris, L’Harma (...)
  • 20 . Edouard Schwartz, « Sur la nature de la matière colorante de la garance. Mémoire lu à la séance d (...)
  • 21 . Iwan Schlumberger, « Rapport fait à la Société industrielle, au nom du comité de chimie, par M. I (...)
  • 22 . Nicolas Stoskopf, « Quitter l’Alsace pour faire fortune : le cas des entrepreneurs du XIXe siècle (...)
  • 23 . Raymond Oberlé, « Charles Albert Goerich », in Jean-Pierre Kintz (dir.), Nouveau dictionnaire de (...)
  • 24 . Michel Hau, L’industrialisation de l’Alsace, 1803-1939, Strasbourg, Presses universitaires de Str (...)

8Le développement de la mécanique nous conduit naturellement à nous arrêter à Chemnitz, la « Manchester » saxonne15, décrite par Pierre Fluck dans une publication de 201116. La ville de Chemnitz a d’abord eu une activité de fonderies et de forges en lien avec les mines des Monts Métallifères mais le tissage, le blanchiment, et le commerce du textile s’y développent aussi rapidement à partie du XVe siècle (proto-industrie). En 1770, le blanchisseur et coloriste Georg Schlüssel lance à Chemnitz son entreprise d’impression sur calicots qui sera suivie d’autres manufactures d’indiennes. Les filatures mécanisées se sont multipliées entre 1780 et 1790, et on peut citer celle de Carl Friedrich et Ludwig Bernhard17 construite en 1798 à Harthau près de Chemnitz avec des machines anglaises (Moult et Watson). Evan Evans, rencontré par Carl Friedrich Bernhard lors de son séjour à Manchester, est recruté comme directeur d’usine et maître filateur. Parmi les Alsaciens, nous pouvons citer le chimiste Edouard Schwartz18, considéré par Stéphane Jonas comme « un des fondateurs de l’industrie de chimie à Mulhouse19 », et qui a été coloriste à Chemnitz (1819). Il reviendra à Mulhouse en 1821 dans la fabrique Schlumberger-Grosjean. Son frère cadet Léonard Schwartz, également chimiste, a travaillé pendant quelques années dans une entreprise de toiles peintes près de Moscou. De retour à Mulhouse, les frères Schwartz ont poursuivi leurs recherches scientifiques et publié des mémoires pour la SIM qui ont fait date : Edouard essentiellement sur la garance20, Léonard sur la vapeur et le garanceux21. Un autre alsacien, le taillandier Richard Hartmann (1809-1878) originaire de Barr, est souvent cité pour sa réussite spectaculaire. Installé à Chemnitz en 1832, il répare les machines anglaises avant de se lancer lui-même dans la fabrication de machines textiles, puis de locomotives à vapeur22. Il recrutera en 1850 David Gustav Diehl (1823-1903), originaire de Barr, qui sera à l’origine de l’entreprise de machines-outils toujours existante Union Chemnitz. Richard Hartmann a également recruté l’ingénieur Charles Albert Goerich (1842-1908) qui reviendra à Mulhouse chez André Koechlin en 1869 et produira des rapports pour la SIM dans le domaine de l’hydraulique23. Ajoutons l’exemple cité par Michel Hau24 des fils du teinturier Jean‑Gaspard Dollfus (1771-1840) qui ont créé des entreprises en Europe, à Chemnitz pour Jean-Georges et Jean-Ulric (Dollfus Frères), et à Bâle puis à Milan pour Jean-Gaspard Dollfus.

9Nous constatons à travers ces lignes l’intérêt des Mulhousiens, qu’ils travaillent dans le domaine de la chimie ou de la mécanique, qu’ils soient entrepreneurs, ingénieurs, mécaniciens ou coloristes, pour un séjour dans les manufactures de Manchester, dans le cadre de leur apprentissage ou de la mise à jour de leurs connaissances techniques. À Chemnitz, les Mulhousiens sont venus aussi en apprentissage, souvent pour développer leurs propres entreprises. Tous restent en contact avec Mulhouse.

Les ingénieurs civils ou mécaniciens anglais en France et à Mulhouse

  • 25 . Serge Chassagne, « L’innovation technique dans l’industrie textile pendant la Révolution », Histo (...)

10À la lecture de l’article de Serge Chassagne sur « l’innovation technique dans l’industrie textile pendant la Révolution25 » nous constatons le nombre conséquent de techniciens et mécaniciens anglais qui sont sollicités par les industriels, souvent avec le soutien de l’État français qui apporte les garanties ou les finances pour l’installation de machines anglaises sur le territoire, et contribue à la formation et au transfert de technologie pour la filature et le tissage pendant la décennie révolutionnaire et le Consulat (Jean-Antoine Chaptal est nommé ministre de l’Intérieur en 1801).

  • 26 . Stéphane JonasLe Mulhouse industriel…, op. cit.

11Stéphane Jonas a largement décrit l’apport des Anglais pour l’industrie mécanique alsacienne pendant le 2e take-off mulhousien (1810-1820). Il mentionne dans son ouvrage26 le chiffre de 1 400 travailleurs anglais en France en 1825 et estime à 10 % le nombre correspondant en Alsace. Le transfert de technologie est assuré par des ingénieurs mécaniciens, avec l’exemple de Job Dixon, d’abord dans l’atelier de réparation de machines de Nicolas Schlumberger, puis recruté dans la fabrique Risler Frères & Dixon. L’essentiel de la main-d’œuvre anglaise identifiée par Stéphane Jonas entre 1817 et 1833 est composée de mécaniciens, graveurs, forgerons, monteurs, constructeurs, tisserands qui resteront généralement sur une période courte pour le transfert de technologie. Stéphane Jonas décrit les parcours des entreprises Schlumberger et Risler Frères & Dixon en insistant sur la capacité des techniciens et patrons alsaciens à maîtriser rapidement les machines anglaises et à les améliorer. Un autre exemple est cité par Stéphane Jonas dans la même période avec l’entreprise André Koechlin & Cie (AKC) fondée en 1825 par André Koechlin (1789-1875) qui confiera le montage technique à Sharp, Roberts and Co de Manchester. Nous constatons dans ces exemples une gestion maîtrisée du développement des entreprises qui a permis à Mulhouse de faire le bond industriel nécessaire pour rester dans la concurrence européenne de la filature et du tissage.

Les élèves et collaborateurs de l’école de chimie de Mulhouse

  • 27 . Émilio Noelting a fait ses études à Paris et son doctorat au Polytechnicum de Zurich (section Chi (...)
  • 28 . Joseph Dépierre, Histoire de l’École de chimie de Mulhouse : publiée à l’occasion du 25e annivers (...)
  • 29 . Joseph Dépierre mentionne dans le rapport que certains Français ou Suisses sont Alsaciens d’origi (...)
  • 30 . La population russe, allemande et autrichienne comprend les Polonais qui sont 70 au total, soit 8 (...)

12À Mulhouse, dès 1822 la première école de chimie française a formé des ingénieurs qui rejoignaient d’abord les manufactures textiles alsaciennes, puis françaises et européennes. Dans son laboratoire de chimie, on venait apprendre les techniques d’ennoblissement des textiles. L’installation en 1879 de l’école de chimie dans de nouveaux locaux (quai du Fossé), grâce au financement de la municipalité et des industriels, locaux, nationaux et étrangers, a été aussi le moment de la prise de la direction en 1880 par le Dr Émilio Noelting (1851-192227). La SIM (Joseph Dépierre) a réalisé en 1905, à l’occasion du jubilé organisé en l’honneur d’Émilio Noelting, un rapport historique sur le développement de l’école de chimie et sur l’œuvre de ce dernier retraçant ses 25 années d’activité28. Des données chiffrées sur les 1 500 étudiants, réguliers ou temporaires, qui ont fréquenté l’école pendant cette période, ainsi que leurs nationalités, nous donnent la répartition illustrée par la figure 5. Nous relevons la composition très européenne et internationale des étudiants sur cette période puisque seulement 38 % environ sont alsaciens29. Pour le reste, la population étudiante est essentiellement russe (15,60%30), allemande (9,16 %), autrichienne (8,06 %), suisse (7,47 %) et italienne (6,24 %). En proportion, il y a un nombre très faible d’étudiants anglais (2,40 %), américains (1,95 %) et espagnols (1,49 %). Parmi les étudiants autres nous pouvons citer les nationalités belge, chilienne, japonaise, serbe, suédoise et turque.

Fig. 5. Répartition des étudiants par nationalité, période 1879-1905

Fig. 5. Répartition des étudiants par nationalité, période 1879-1905

Extrait de : Joseph Dépierre, Histoire de l’École de chimie de Mulhouse, op. cit.

  • 31 . Joseph Dépierre, Histoire de l’École de chimie de Mulhouse, op. cit.
  • 32 . Les dates d’enregistrement à l’école de chimie se situent entre 1879 et 1894.
  • 33 . La domiciliation « école de chimie » est mentionnée pour 49 d’entre eux, ce qui sous-entend peut- (...)
  • 34 . Charles Dreyfus (1838-1935) a été formé à l’école de chimie et a travaillé chez Dollfus-Mieg & Ci (...)
  • 35 . Archives de l’état polonais : http://www.lodz.ap.gov.pl/art,57,lodzcy-fabrykanci.
  • 36 . https://pl.wikipedia.org/wiki/Stanis%C5%82aw_Lipkowski.
  • 37 . Nicolas Stoskopf. « Quitter l’Alsace pour faire fortune… », art. cit., p. 43-55.
  • 38 . Albert Hubner (1815-1890) a émigré à Moscou en 1844 et fonde sa manufacture d’indienne en 1846 av (...)

13Nous nous intéressons ensuite à la liste des élèves, anciens élèves et collaborateurs d’Émilio Noelting au 1er juillet 1905, publiée dans ce même rapport31. Cette liste nous permet d’identifier environ 814 personnes en lien avec Émilio Noelting sur une quinzaine d’années (période de 1879 à 189432). Pour ces 814 personnes, nous avons généralement la domiciliation33 et l’entreprise est renseignée pour un tiers environ, nous pouvons identifier treize Anglais, pour l’essentiel de Manchester ou du Lancashire. À titre d’exemple, E. Burger et le Dr Karl Bücker de l’entreprise Clayton Aniline Company34 ont suivi les cours de l’école de chimie respectivement en 1886 et 1902. En Pologne, sur une trentaine de personnes identifiées, une dizaine sont originaires de Łódź, la « Manchester » polonaise, et nous nous arrêtons sur trois entrepreneurs importants : en 1879 le teinturier Rudolf Biedermann (1836-1899) a fait un séjour à l’école de chimie35 ; la même année, Stanislaus Lipkowski36, directeur d’usine pour les Établissements de Karol Scheibler, et premier président de la branche de Łódź de la société chimique polonaise, était à Mulhouse ; et citons enfin en 1893 le Dr Mendel Kroll employé de l’entrepreneur Izrael Poznański, souvent nommé le « roi du coton ». En Allemagne, l’entreprise de colorants et teinture Cassella & Fils fondée par la famille Gans de Francfort-sur-le-Main enverra près d’une dizaine de salariés se former à l’école de chimie dans la période, de même pour les salariés du siège de la Badische Anilin- & Soda-Fabrik (BASF) à Ludwigshafen. Pour la Russie, de 1889 à 1904, huit élèves et collaborateurs de la manufacture d’indiennes d’Emile Zündel37 à Moscou se sont succédé, et entre 1879 et 1888 la manufacture d’indiennes d’Albert Hubner38 (1815-1890) a envoyé quatre élèves ou collaborateurs en formation à Mulhouse. Les figures 6 et 7 illustrent l’importance de la chimie dans cette entreprise. Nous pourrions poursuivre cette liste qui témoigne de l’intérêt des entrepreneurs européens pour les enseignements de l’école de chimie de Mulhouse.

Fig. 6. Le laboratoire de chimie de la manufacture d’indiennes Hubner de Moscou

Fig. 6. Le laboratoire de chimie de la manufacture d’indiennes Hubner de Moscou

Album de la fabrique vers 1880

Busim-Numistral, photo Scherer-Nabholz & Cie, Moscou.

Fig. 7. Les chimistes de la manufacture d’indiennes Hubner de Moscou

Fig. 7. Les chimistes de la manufacture d’indiennes Hubner de Moscou

Album de la fabrique vers 1880

Busim-Numistral, photo Scherer-Nabholz & Cie, Moscou.

  • 39 . Joseph Dépierre, Histoire de l’École de chimie de Mulhouse, op. cit.

14Un autre document intéressant du même rapport liste les 23 usines qui ont souscrit pour l’organisation du jubilé en l’honneur d’Émilio Noelting. Parmi ces 23 usines, neuf sont françaises (Mulhouse, Nierdermorschwiller, Thann et Wissembourg), cinq suisses (Bâle et alentours), six russes (à Moscou et à Ivanovo, la « Manchester » russe), et trois allemandes (Francfort et Lörrach). En termes de domaine d’activité, il s’agit d’abord de la chimie, de la teinturerie, et du blanchiment, et plus largement de manufactures textiles. Il est impressionnant de noter que parmi ces quelques entreprises nous retrouvons les grands groupes chimiques et pharmaceutiques allemand (BASF), français (Sanofi) et suisses (Chemische Industrie Basel ou Ciba, Novartis, Sandoz). Notons enfin qu’Émilio Noelting, à l’origine d’un certain nombre de découvertes dans le domaine des matières colorantes, a publié dans de nombreuses revues, essentiellement allemandes et françaises, ainsi que pour la société savante British Science Association39.

Conclusion

  • 40 . Daniel Koechlin-Schouch, « Mémoire sur la nature du coton et sur une fibre particulière de ce vég (...)
  • 41 . E. Mathieu-Plessy, « Sur les acétates et autres composés de l’alumine, par Walter Crum, membre de (...)
  • 42 . Société industrielle de Mulhouse, Histoire documentaire de l’industrie de Mulhouse et environs au (...)

15Les hommes ont œuvré entre Manchester et Mulhouse pour la circulation des sciences et des techniques. La SIM y a contribué en publiant les travaux des mulhousiens largement diffusés par ses correspondants universitaires et industriels en Europe, rapportant les découvertes importantes, traduisant les rapports. Nous pouvons citer par exemple les travaux de Walter Crum40 41, chimiste écossais, qui a dirigé l’entreprise familiale d’impression de calicots, particulièrement connue pour son rouge d’Andrinople ou rouge turc. Les découvertes mulhousiennes sont regroupées avec les découvertes internationales dans l’histoire documentaire de Mulhouse au XIXe siècle42 et témoignent ainsi d’un ensemble totalement imbriqué.

16Les « Manchester » européens se sont appuyés sur leur modèle pour tisser un réseau humain d’entrepreneurs et de techniciens passionnés de sciences. Ce réseau remarquable constitue pour Mulhouse un patrimoine industriel scientifique et technique immatériel dont l’influence reste prégnante et s’inscrit dans la continuité de la circulation des connaissances du siècle des Lumières. Mulhouse a contribué aux progrès scientifiques et industriels qu’elle a à son tour diffusés plus à l’Est dans les « Manchester » d’Allemagne (Chemnitz), de Russie (Ivanovo) ou de Pologne (Łódź), en y construisant des usines ou en formant les chimistes.

  • 43 . Les critères de l’Unesco : https://whc.unesco.org/fr/criteres/.

17Le critère (ii) de sélection des sites du patrimoine de l’Unesco43 répond particulièrement à l’apport de Mulhouse pour le patrimoine scientifique et technique :

[…] témoigner d’un échange d’influences considérable pendant une période donnée ou dans une aire culturelle déterminée, sur le développement de l’architecture ou de la technologie, des arts monumentaux, de la planification des villes ou de la création de paysages.

18Les hommes du XVIIIe et XIXe siècle, entrepreneurs et techniciens, industriels et scientifiques, ont bâti ce patrimoine scientifique et technique, réseau de connaissances vivant, qui mériterait d’être utilisé et développé à Mulhouse, non seulement par les historiens, mais par les entrepreneurs et enseignants-chercheurs, pour inventer le « Manchester » du XXIe siècle.

  • 46 H. E. Tidmarsh (illustration), Manchester Old and New, vol. II, Cassell & Co.,1894.

Fig. 9. Vue des ateliers d’impression Hoyle de Mayfield (Manchester)46.

Fig. 9. Vue des ateliers d’impression Hoyle de Mayfield (Manchester)46.
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Annexe

Annexe 1 : Thomas Hoyle

Thomas Hoyle44, pionnier pour le blanchiment au chlore, a créé son entreprise en 1782. D’abord à Arwick, puis à Ancoats, il s’installe en 1797 à Mayfield, près de la rivière Medlock sous le nom de « Mayfield Print Works ». L’entreprise est connue pour la qualité de ses impressions et particulièrement le violet, jusqu’ici réservé aux classes privilégiées, qui est devenu au cours du XIXe très prisé par la classe moyenne. Le violet de Hoyle a été breveté en 1831 et les imprimés Hoyle & Sons sont devenus une véritable marque au milieu du XIXe siècle.

Fig. 8. Imprimé violet de Hoyle à partir d’un livre de motifs de la fin des années 183045.

Fig. 8. Imprimé violet de Hoyle à partir d’un livre de motifs de la fin des années 183045.
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Notes

1 . Pour aller plus loin sur l’analyse de l’histoire de Manchester : John Wilson, John Singleton, « Le district industriel de Manchester de 1750 à 1939 : grappes d’entreprises, réseaux et réalisations », Villes et districts industriels en Europe occidentale (XVIIe-XXe siècle), Tours, Presses universitaires François-Rabelais, 2002. Alan Kidd, Terry Wyke, Manchester, Making the modern city, Liverpool University Press, 2016.

2 . Clare Hartwell, Alan Kidd, Robina McNeil, Michael Nevell, Terry Wyke, Manchester, The World’s First Industrial City, for inclusion on the World Heritage List, 2005.

3 . Le dossier de 2005 sur lequel nous nous appuyons cite néanmoins Mulhouse parmi les villes qui ont représenté les centres les plus importants d’Europe de manufactures de coton.

4 . Nous nous interrogeons aussi sur l’absence d’autres sites reconnus internationalement pour leur histoire et leur patrimoine industriel textile comme la ville de Norrköping (Suède) ou la région du Vorarlberg (Autriche).

5 . C.J. Watson, « Economic change and possible protoindustrialization in the parish of Standish in the late seventeenth century: The evidence from wills and inventories, 1671-1680 », The Historic Society of Lancashire & Cheshire, Transactions of the historic society of Lancashire and Cheschire, no155, 2006, p. 35-63.

6 . Il est intéressant de noter que Lord Francis Egerton, qui a construit le Bridgewater Canal, avait visité le Canal du Midi alors considéré comme très innovant.

7 . Présentation de la Manchester medical society à l’adresse suivante : https://www.mms.org.uk/our-history/.

8 . Michel Hau, « Industrialisation et facteur culturel : le cas de l’Alsace », Revue géographique de l’Est, Régions d’Europe, tome 29, no2, 1989, p. 129-137.

9 . Isabelle Ursch-Bernier, Négoce et industrie à Mulhouse au XVIIIe siècle (1696-1798), thèse de doctorat en histoire moderne, Besançon, Université de Franche-Comté, 2005.

10 . Achille Penot, « Notice nécrologique sur M. Nicolas Koechlin », Bulletin de la SIM, tome 24, no118, 1852, p. 193-217.

11 . Florence Ott, La Société industrielle de Mulhouse 1826-1876 : ses membres, son action, ses réseaux, thèse de doctorat en histoire, Paris, EHESS, 1999.

12 . Doru Todericiu, La constitution de la chimie des colorants en France : le rôle exemplaire de la Société industrielle de Mulhouse, thèse de doctorat ès lettres, Paris IV, 1985.

13 . La notice bibliographique de Jean Daniel Dollfus a été réalisée par Raymond Oberlé (1985) et reprise sur le site de la Fédération des sociétés d’histoire et d’archéologie d’Alsace (https://www.alsace-histoire.org/netdba/dollfus-jean-daniel/).

14 . Le professeur Michel-Eugène Chevreul (1786-1889), est non seulement reconnu pour ses recherches dans le domaine de la chimie, mais aussi pour son travail sur les teintures et la perception des couleurs. Il a été entre autres directeur de la manufacture des Gobelins.

15 . https://www.chemnitz.de/chemnitz/fr/city-of-chemnitz/history/index.html.

16 . Pierre Fluck, « Les cheminements parallèles de deux villes industrielles, Mulhouse (Alsace) et Chemnitz (Saxe) », in Anne Immelé, Twin cities 2, Mulhouse, la Kunsthalle, 2012, p. 47-59.

17 . Herbert Pönicke, « Bernhard, Carl Friedrich », Neue Deutsche Biographie 2, 1955, p. 119 : https://www.deutsche-biographie.de/pnd13554520X.html#ndbcontent.

18 . http://www.crdp-strasbourg.fr/data/patrimoine-industriel/mulhouse_patronat/patronat_progres.php.

19 . Stéphane Jonas, Le Mulhouse industriel : un siècle d’histoire urbaine, 1740-1848, Paris, L’Harmattan, 1994.

20 . Edouard Schwartz, « Sur la nature de la matière colorante de la garance. Mémoire lu à la séance du 30 Janvier 1856 par M. Edouard Schwartz », Bulletin de la SIM, tome 27, no 135, 1855, p. 342-345.

21 . Iwan Schlumberger, « Rapport fait à la Société industrielle, au nom du comité de chimie, par M. Iwan Schlumberger, à l’assemblée générale du 18 Décembre 1844 », Bulletin de la SIM, tome 18, no89, 1844, p. 316-320.

22 . Nicolas Stoskopf, « Quitter l’Alsace pour faire fortune : le cas des entrepreneurs du XIXe siècle. Diasporas. Circulations, migrations, histoire », Presses Universitaires du Midi, 2006, p. 43-55.

23 . Raymond Oberlé, « Charles Albert Goerich », in Jean-Pierre Kintz (dir.), Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, Strasbourg, Fédération des sociétés d’histoire et d’archéologie d’Alsace, fasc. 13, 1988 : https://www.alsace-histoire.org/netdba/goerich-charles-albert/.

24 . Michel Hau, L’industrialisation de l’Alsace, 1803-1939, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 1987.

25 . Serge Chassagne, « L’innovation technique dans l’industrie textile pendant la Révolution », Histoire, économie et société, Entreprises et révolutions, 12e année, no1, 1993, p. 51-61.

26 . Stéphane JonasLe Mulhouse industriel…, op. cit.

27 . Émilio Noelting a fait ses études à Paris et son doctorat au Polytechnicum de Zurich (section Chimie) sous la direction de Charles-Emile Kopp. Il a ensuite travaillé dans l’usine de teinture de soies de MM. Renard, Villet et Bunand à Lyon puis dans l’usine de matières colorantes de MM. P. Monnet et Reverding à La Plaine, près de Genève.

28 . Joseph Dépierre, Histoire de l’École de chimie de Mulhouse : publiée à l’occasion du 25e anniversaire d’enseignement de M. le Dr. Émilio Noelting (1880-1905), Strasbourg, Imprimerie alsacienne anct. G. Fischbach, 1905.

29 . Joseph Dépierre mentionne dans le rapport que certains Français ou Suisses sont Alsaciens d’origine.

30 . La population russe, allemande et autrichienne comprend les Polonais qui sont 70 au total, soit 8,72%.

31 . Joseph Dépierre, Histoire de l’École de chimie de Mulhouse, op. cit.

32 . Les dates d’enregistrement à l’école de chimie se situent entre 1879 et 1894.

33 . La domiciliation « école de chimie » est mentionnée pour 49 d’entre eux, ce qui sous-entend peut-être que l’adresse véritable n’est pas connue.

34 . Charles Dreyfus (1838-1935) a été formé à l’école de chimie et a travaillé chez Dollfus-Mieg & Cie avant d’immigrer à Manchester où il a fondé en 1876 Clayton Aniline Company.

35 . Archives de l’état polonais : http://www.lodz.ap.gov.pl/art,57,lodzcy-fabrykanci.

36 . https://pl.wikipedia.org/wiki/Stanis%C5%82aw_Lipkowski.

37 . Nicolas Stoskopf. « Quitter l’Alsace pour faire fortune… », art. cit., p. 43-55.

38 . Albert Hubner (1815-1890) a émigré à Moscou en 1844 et fonde sa manufacture d’indienne en 1846 avec du personnel essentiellement français. In Numistral : https://www.numistral.fr/fr/tresors/societe-de-la-manufacture-dindiennes-albert-hubner-moscou-album-de-la-fabrique.

39 . Joseph Dépierre, Histoire de l’École de chimie de Mulhouse, op. cit.

40 . Daniel Koechlin-Schouch, « Mémoire sur la nature du coton et sur une fibre particulière de ce végétal, non susceptible de prendre la teinture, traduit de l’anglais de Walter Crum, et accompagné de notes », Bulletin de la SIM, tome 23, 1851.

41 . E. Mathieu-Plessy, « Sur les acétates et autres composés de l’alumine, par Walter Crum, membre de la Société royale, président de la Société philosophique de Glasgow, etc., traduit de l’anglais par M. E.-Mathieu Plessy », Bulletin de la SIM, tome 25, 1853.

42 . Société industrielle de Mulhouse, Histoire documentaire de l’industrie de Mulhouse et environs au XIXe siècle, Mulhouse, 1902.

43 . Les critères de l’Unesco : https://whc.unesco.org/fr/criteres/.

46 H. E. Tidmarsh (illustration), Manchester Old and New, vol. II, Cassell & Co.,1894.

44 . Sources : https://commercialoverprints.com/thomas-hoyle-sons-limited/ et https://mayfieldmanchester.co.uk/history/.

45 Source : https://www.art.mmu.ac.uk/profile/psykas/projectdetails/52.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Vue de Mulhouse en 1836
Légende Rudolf Huber (dessin), Godefroy Engelmann (lithographie), Vue de Mulhouse, 1836, Musée historique de Mulhouse.
Crédits Pierre Fluck (photo).
URL http://journals.openedition.org/alsace/docannexe/image/5059/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 904k
Titre Fig. 2. Vue de Manchester depuis Kersal Moor (Salford) en 1820
Légende Sebastian Pether, View from Kersal Moor, Salford, 1820.
Crédits Salford Museum & Wikioo.org.
URL http://journals.openedition.org/alsace/docannexe/image/5059/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 584k
Titre Fig. 3. Vue de Manchester depuis Kersal Moor (Salford) en 1852
Légende William Wyld, Manchester from Kersal Moor, 1852, Royal Collection Trust.
URL http://journals.openedition.org/alsace/docannexe/image/5059/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 608k
Titre Fig. 4. Les « Manchester » dans le monde.
URL http://journals.openedition.org/alsace/docannexe/image/5059/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 544k
Titre Fig. 5. Répartition des étudiants par nationalité, période 1879-1905
Crédits Extrait de : Joseph Dépierre, Histoire de l’École de chimie de Mulhouse, op. cit.
URL http://journals.openedition.org/alsace/docannexe/image/5059/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 364k
Titre Fig. 6. Le laboratoire de chimie de la manufacture d’indiennes Hubner de Moscou
Légende Album de la fabrique vers 1880
Crédits Busim-Numistral, photo Scherer-Nabholz & Cie, Moscou.
URL http://journals.openedition.org/alsace/docannexe/image/5059/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 480k
Titre Fig. 7. Les chimistes de la manufacture d’indiennes Hubner de Moscou
Légende Album de la fabrique vers 1880
Crédits Busim-Numistral, photo Scherer-Nabholz & Cie, Moscou.
URL http://journals.openedition.org/alsace/docannexe/image/5059/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 528k
Titre Fig. 9. Vue des ateliers d’impression Hoyle de Mayfield (Manchester)46.
URL http://journals.openedition.org/alsace/docannexe/image/5059/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 694k
Titre Fig. 8. Imprimé violet de Hoyle à partir d’un livre de motifs de la fin des années 183045.
URL http://journals.openedition.org/alsace/docannexe/image/5059/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 536k
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Pour citer cet article

Référence papier

Pascale Nachez, « Comment Mulhouse, inspirée par Manchester, a construit son modèle industriel et diffusé ses innovations en Europe et dans le monde »Revue d’Alsace, 147 | 2021, 159-178.

Référence électronique

Pascale Nachez, « Comment Mulhouse, inspirée par Manchester, a construit son modèle industriel et diffusé ses innovations en Europe et dans le monde »Revue d’Alsace [En ligne], 147 | 2021, mis en ligne le 01 novembre 2022, consulté le 18 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/alsace/5059 ; DOI : https://doi.org/10.4000/alsace.5059

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Auteur

Pascale Nachez

Diplômée de l’École de journalisme de Strasbourg, titulaire d’un master en économie de l’Université de Grenoble, doctorante en archéologie industrielle à l’Université de Haute-Alsace (CRESAT)

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Droits d’auteur

CC-BY-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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