La diaspora des brasseurs alsaciens au XIXe siècle
Résumés
Un trop-plein de brasseurs en Alsace et un vide relatif au sud d’une ligne Abbeville-Belfort créent les conditions d’un flux migratoire et d’un transfert de savoir-faire. On le repère dès les premières décennies du XIXe siècle à Lyon, Marseille, en Occitanie ou en Normandie. Il dépasse les frontières comme le montrent quelques réussites spectaculaires d’Alsaciens en Espagne, en Argentine ou aux États-Unis. La création de « tavernes alsaciennes » accompagne ce mouvement. Après 1870, dans un contexte de concentration accélérée des brasseries en Alsace, il se poursuit, alimenté par ceux qui veulent quitter le Reichsland mais aussi par les investisseurs et brasseurs industriels qui comprennent qu’il faut désormais fabriquer de la bière d’Alsace en France. En 1900, près de 30 % des patrons de brasseries au sud de la ligne Abbeville-Belfort portent un patronyme germanique qui atteste pour le moins d’une origine rhénane.
Plan
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- 1 . Michel Hau et Nicolas Stoskopf, Les Dynasties alsaciennes du XVIIIe siècle à nos jours, Paris, Pe (...)
1Le cas des brasseurs illustre une constante de l’histoire des migrants. Leur réussite, plus ou moins loin de leur terre natale, est globalement ignorée dans leur région de départ : qui connaît encore en Alsace les Damm, Graff, Karcher, Kreiss, Méja, Velten ? Le Nouveau Dictionnaire de biographie alsacienne (NDBA) n’a retenu que les Velten et repêché Joseph Damm dans un supplément. Pourtant, tous sont les fondateurs et les patrons d’importantes brasseries industrielles en France ou à l’étranger dont les marques ont été ou sont encore célèbres. Mais à côté de ces patrons d’entreprises qui émergent dans le dernier tiers du XIXe siècle, combien d’anonymes, dirigeants de ce qu’on appellerait aujourd’hui des PME, issus ou non de ce vivier de 353 brasseurs alsaciens vers 1845, eux-aussi anonymes pour la plupart ? Peut-on évaluer quantitativement cette diaspora, entendue ici comme une migration hors d’Alsace, en France ou à l’étranger, qui devient par la force des choses une émigration pour tous ceux qui passent de l’Alsace allemande à la France après 1870 ? Une autre question est d’en comprendre les raisons, les modalités, d’identifier les réussites qui laissent en général plus de traces que les échecs. Depuis les pages consacrées à ce sujet dans Les Dynasties alsaciennes du XVIIIe siècle à nos jours1, plusieurs travaux de recherche ont fait avancer les connaissances et les récits de trajectoires individuelles se sont multipliés. Celles-ci incitent à distinguer deux mouvements de part et d’autre de 1870, qui correspondent à deux moments de l’histoire de la brasserie, artisanale pour l’essentiel avant cette date, industrielle par la suite et, évidemment, à deux moments de l’histoire d’Alsace. Pour tenter d’aller plus loin qu’un repérage aléatoire au fil du temps, on se propose d’esquisser un bilan, au moins à l’échelle de la France, à la fin du siècle.
Une première diaspora de brasseurs avant 1870
- 2 . Charles-Henri Pouthas, La Population française pendant la première moitié du XIXe siècle, INED, c (...)
- 3 . Nicolas Stoskopf, La Petite Industrie dans le Bas-Rhin (1810-1870), Strasbourg, Société savante d (...)
- 4 . Ils se nomment Michel Richter (Herbitzheim), Philippe Scheuch (Oermingen), Joseph Kuntz (Weyershe (...)
2Une première diaspora avant 1870 s’inscrit dans la forte propension des Alsaciens à émigrer pour échapper au surpeuplement : le Bas-Rhin, quatrième département par la densité dans la première moitié du XIXe siècle, a en 1821 une densité double de la moyenne française, soit près de 110 habitants par km22. Moins liés à la terre que les agriculteurs, les artisans fournissent 40 % des émigrants en Amérique vers 18303. Or, cinq brasseurs seulement, célibataires et jeunes, sont mentionnés parmi les 2 300 chefs de famille et 7 700 personnes s’expatriant outre-Atlantique recensés dans le Bas-Rhin entre 1828 et 18374. C’est très peu alors que les meuniers sont beaucoup plus nombreux. Est-il inutile pour les brasseurs de partir aussi loin parce que le reste de la France leur fournit un exutoire commode ?
Aux origines de la migration des brasseurs
- 5 . Ministère de l’Agriculture et du Commerce, Statistique de la France : industrie, t. 7-10, 1847-18 (...)
3La carte des brasseries de 18465 montre qu’il y a deux France : une France brassicole autour de deux pôles, le Nord, avec 57 % des brasseries françaises dans cinq départements, et l’Est, avec 21 % des brasseries dont 263 dans le Bas-Rhin, troisième département, et 90 dans le Haut-Rhin ; au sud d’une ligne Abbeville-Belfort, on pénètre dans une France où la bière est en terre de mission, mais avec une répartition relativement homogène, sans véritables régions réfractaires à la consommation et donc avec un réel potentiel de développement.
- 6 . Romain Thinon, « Un Îlot brassicole »: brasseurs et brasseries à Lyon et dans le Rhône, fin XVIII(...)
4Ce différentiel crée les conditions d’un mouvement migratoire : d’un côté, il est nécessaire d’évacuer un trop-plein de jeunes gens qui peinent à s’employer sur place, de l’autre, il y a un appel d’air dont peuvent profiter ceux qui ont un savoir-faire à valoriser là où n’existe pas encore de tradition brassicole. Les perspectives d’installation et de développement sont attrayantes à condition de faire aimer et boire de la bière à ceux qui la connaissent peu ou mal. Le triplement de la consommation française entre 1850 et 1910, qui passe de de 10 à 30 litres par habitant, prouvera a posteriori la réalité de ce potentiel6.
- 7 . Pierre Tilly, « La Belgique, terre brassicole par excellence, entre modernité et tradition », Mar (...)
- 8 . Résultats statistiques du recensement des industries et professions (dénombrement général de la p (...)
- 9 . D’après la statistique de consommation de malt des brasseries d’Alsace-Lorraine en 1913 établie p (...)
- 10 . Décompte d’après Adolphe Seyboth, « Brasseries et brasseurs de Strasbourg du XIIIe siècle à nos j (...)
- 11 . Huit brasseries industrielles sont construites dans la banlieue de Strasbourg entre 1856 et 1863. (...)
5Or les Alsaciens (et les Lorrains) sont les mieux placés pour profiter de ce différentiel. Dans les départements du Nord en effet, le marché local reste porteur du fait de l’industrialisation et de l’augmentation de la population ouvrière, le consommateur demeure fidèle à la brasserie du village ou de quartier et à une bière de fermentation haute fabriquée de façon artisanale, le nombre des brasseries continue à augmenter dans la seconde moitié du siècle, comme en Belgique7, au point que les cinq départements du Nord comptent 2 057 brasseries en 1896 (contre 1855 en 1846), soit 76 % des établissements d’une France amputée de l’Alsace-Lorraine8. Comparativement, il ne reste plus, à la veille de la Grande Guerre, que 40 brasseries en Alsace qui a donc connu une concentration sans équivalent ailleurs9. À Strasbourg même, c’est dès 1833 que se situe l’apogée du nombre de brasseries avec 74 établissements et donc le point de départ de leur recul10. Mais c’est surtout à partir des années 1850-1860, avec la construction de brasseries-usines à Schiltigheim, Cronenbourg et Koenigshoffen marquant le triomphe de la fermentation à basse température, que la concentration s’accélère vraiment11. Nulle part, elle n’est aussi rapide, aussi forte et ne va aussi loin. De ces observations, il résulte qu’un candidat alsacien à la création d’une brasserie outre-Vosges n’a pas trop à craindre la concurrence de ses confrères du Nord, beaucoup moins incités à chercher fortune ailleurs. En revanche, il peut rencontrer, on le verra, des Lorrains, d’autres Rhénans ou plus largement des Allemands qui ont un savoir-faire analogue.
Des brasseurs alsaciens outre-Vosges
- 12 . Philippe Voluer, Bières de Meuse et de Lorraine, Jarville-la-Malgrange, Éditions de l’Est, 1991, (...)
6En dehors de statistiques administratives sur les mouvements de population, le départ d’artisans laisse peu de traces. Si celles-ci existent, elles restent enfouies dans des papiers de famille sous forme de correspondance ou de livrets d’ouvriers retraçant les pérégrinations de compagnons lors de leur tour de France. On sait par exemple qu’Antoni Moreau, le futur fondateur de la Brasserie de Vézelise, est passé par la Brasserie Amos de Wasselonne lors de son tour de France12. La mobilité des compagnons au XIXe siècle est un puissant facteur de migrations.
- 13 . Ce sont les deux seules brasseries françaises entrant dans la catégorie « de 201 à 500 employés e (...)
- 14 . Merci à Georges Strohl pour la communication de ses recherches généalogiques sur les familles Vel (...)
- 15 . Sur les Velten, voir les notices de Pierre Échinard dans Roland Caty, Éliane Richard et Pierre Ec (...)
- 16 . Laurence Turetti, notice « Jacques Marx » à paraître dans Patrick Cabanel et André Encrevé, Dicti (...)
7L’arrivée d’artisans et leur installation sont tout aussi mal documentés sauf si leur réussite les fait sortir de l’ordinaire : si on connaît Jean-Jacques Velten (1801-1870), fils aîné d’un brasseur brumathois, c’est que l’établissement qu’il fonde à Marseille en 1826 est appelé à un grand avenir en devenant sous la direction de son fils Eugène (1826-1908) une puissante société anonyme, les Brasseries de la Méditerranée, qui avec 500 salariés et une production de 100 000 hectolitres au début du XXe siècle dispute à la Brasserie Tourtel le premier rang en France13. Alors que son frère cadet, Geoffroy (1806-1869), prend à Brumath la succession de leur père à la tête de la brasserie familiale14, le fils de ce dernier, Geoffroy (1831-1915), titulaire d’un baccalauréat, rejoint Marseille en 1848, travaille chez son oncle, épouse sa fille et fonde sa propre brasserie en 1861 avant de se lancer dans une brillante carrière politique qui le mène au Sénat de 1885 à 191215. Un autre Brumathois, Jacques Marx (1835-1909), fils d’un fontainier, entame son tour de France à la suite d’un apprentissage en Alsace comme garçon-brasseur et s’arrête à Marseille en 1855 où il travaille probablement chez Jean-Jacques Velten. En 1858, il entre dans la famille Velten en épousant à Brumath Marie-Eugénie, sœur de Geoffroy. En 1876, il est le troisième Brumathois à fonder une brasserie à Marseille16. Les Velten et Marx sont ainsi les figures de proue d’une filière migratoire Brumath-Marseille qu’ont sans doute empruntée également des anonymes à la recherche de travail chez leurs compatriotes.
- 17 . Romain Thinon, « Un Îlot brassicole », op. cit., p. 1147-1150.
8Entre l’Alsace et Marseille, il y a Lyon et ce n’est pas un hasard si cet axe Rhin-Rhône est particulièrement fréquenté par les migrants. Romain Thinon, qui a consacré une thèse remarquable à cet « îlot brassicole », attire l’attention sur la « relève alsacienne » à partir des années 1830. Précédés par des Allemands qui forment les contingents les plus importants depuis le milieu du XVIIIe siècle jusque vers 1830, les Alsaciens représentent 21,6 % des brasseurs lyonnais entre 1830 et 1870, 32,3 % entre 1870 et 190017.
Tableau no1 : Relevé des brasseurs alsaciens mentionnés par Romain Thinon
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Brasseurs |
Dates et lieux de naissance |
Dates de décès |
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Jean-Frédéric Eissemann |
?, Strasbourg |
1793 |
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Jean-Michel Kopff |
?, Gueberschwihr |
Fin XVIIIe ? |
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Jean-Georges Hoffherr |
1795, Schiltigheim |
1873 |
|
Jean-Henry Musculus |
1797, Strasbourg |
1856 |
|
Jean-Philippe Aegerter |
1808, Zinswiller |
1854 |
|
Martin Busch |
1810, Entzheim |
1875 |
|
Ambroise Frédéric Muller |
1811, Strasbourg |
? |
|
Louis Ernest Rapp |
1814, Erstein |
1882 |
|
Jean-David Ebel |
1814, Wasselonne |
? |
|
Jacques Pfrimmer |
1815, Eckwersheim |
1890 |
|
Henri Karcher |
1821, Sarre-Union |
1890 |
|
Jean-Georges Lutzius |
1822, Oberhausbergen |
1893 |
|
Philippe Moritz |
1822, Pfaffenhoffen |
1884 |
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Charles Antoine Buzzini |
1823, Drulingen |
? |
|
Antoine Liechty |
1825, Turckheim |
? |
|
Mathias Umdenstock |
1828, Sundhoffen |
1897 |
|
Aloïse Reinbold |
1830, Minversheim |
? |
|
André Schmidt |
1834, Mittelbergheim |
? |
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Joseph Antoine Winckler |
1839, Champagnole (origine Seltz) |
1925 |
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Joseph et T. Ernst |
1851 et 1854, Ungersheim |
? |
|
Charles Eugène Oppermann |
1854, Haguenau |
? |
|
Geoffroy Baumann |
?, Brumath |
? |
- 18 . Ibid., p. 1167-1177, généalogie, p. 1460-1461. Voir également : Pierre Schneider, « La brasserie (...)
- 19 . Ibid., p. 1140-1165.
- 20 . Ibid., p. 1092-1093. Sur les Karcher, voir aussi Jean-Louis Wilbert, « Lorsque des Karcher se fon (...)
- 21 . Ibid., p. 1048-1049.
- 22 . Ibid., p. 1177-1185, généalogie, p. 1462.
9Le plus célèbre d’entre eux est Jean-Georges Hoffherr, fondateur en 1836 de la fameuse Brasserie Georges à Lyon-Perrache et patriarche d’un « clan » qui intègre les Lutzius et les Umdenstock. Avant de venir à Lyon à la suite du décès de sa première épouse, Frédérique Ehrhardt en février 1835, il a été brasseur à Strasbourg au Sternenberg (1821-1824), au Vogelsang (1824-1827) ainsi qu’à Schiltigheim18. D’autres au contraire n’ont pas de passé brassicole, mais s’intègrent par leur travail d’abord, puis par mariage : c’est le cas de Jean-Henry Musculus, fils d’un officier, qui s’installe à Vaise comme garçon-brasseur et épouse en 1827 la fille de son patron avant de prendre sa succession à la tête d’une brasserie fondée un siècle plus tôt par un Allemand19. De même, Henri Karcher, fils d’un cultivateur, est garçon-brasseur à Lyon en 1842 où il fonde une brasserie en 1848 avec son beau-frère Pierre Schrimpf, d’origine hessoise, deux mois après avoir épousé sa sœur. À la dissolution de la société en décembre 1861, il part s’installer à Mâcon, puis à Marseille dans les années 1870. On retrouvera son fils aîné à Paris (infra), tandis que le cadet devient brasseur à Bar-le-Duc20. La mobilité est également de mise pour Philippe Moritz, fils de tanneur, brasseur à Chalon-sur-Saône en 1853, à Mauriac en 1862, puis à Lyon en 186621 ou encore pour Joseph Antoine Winckler : issu d’une famille de brasseurs de Seltz, il hérite en 1861 d’une brasserie en faillite fondée par son père à Champagnole, tente sa chance à Paris, revient créer une brasserie à Morez puis s’installe à Lyon vers 1870 où il fait fortune. À la fin du siècle, trois de ses enfants lient leur destinée avec la famille des frères Lumière22.
- 23 . Laurence Turetti, « Cap au Sud sous l’étoile des brasseurs », Saisons d’Alsace, no 92, mai 2022, (...)
10D’autres travaux récents signalent des implantations réussies : ainsi Laurence Turetti s’est intéressée au Pays d’Oc et à l’arrivée de brasseurs allemands ou alsaciens dont la prospérité sur trois ou quatre générations a marqué leurs villes d’accueil23.
Tableau no 2 : Brasseurs alsaciens mentionnés par Laurence Turetti
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Brasseurs |
Lieux de naissance |
Villes d’accueil |
dates |
|
Michel Heim |
Wintzenheim |
Montauban |
1820-1829 |
|
Philippe Lauth |
Strasbourg |
Carcassonne |
1838 |
|
Charles Lauth |
Strasbourg |
Castres |
1844 |
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Georges-Henri Sammuller |
Munster |
Bagnères-de-Luchon |
1844 |
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Fritz Haffner |
? |
Toulouse |
1844-1855 |
Dans la colonne « dates », la première est celle de l’arrivée, la seconde, celle de la direction effective d’une brasserie.
- 24 . Jean-Claude Delcroix, « Les brasseurs alsaciens et la brasserie alsacienne d’Elbeuf », Bulletin d (...)
11À Rouen et Elbeuf, trois familles se succèdent à la tête de la même entreprise24 : Gérard Küss (1804-1859), originaire de Bouxwiller, exploite vers 1850 la Brasserie du Croisset à Canteleu et débite sa bière à Rouen. Son fils Eugène lui succède mais meurt à 31 ans en 1870. L’affaire est rachetée par Émile Wagner (1827-1890), un Mulhousien qui opte pour la France avec sa famille. Son fils Édouard ouvre à la fin du siècle un débit de bière à Elbeuf, repris à la suite d’une faillite par Charles Reibel (1867-1931), originaire de Goxwiller.
12Ces noms s’ajoutent à ceux déjà connus, Émile Kuhn à Chamalières, Gustave Amos à Metz, pour n’en citer que deux, mais la liste a évidemment vocation à s’allonger. Il suffit d’ailleurs de consulter Gallica pour moissonner des informations inédites sous formes d’articles de presse ou de petites annonces impossibles à dénicher avant que n’existent de puissants moteurs de recherche. Ainsi en 1846 :
BRASSERIE ALSACIENNE à vendre ou à affermer à Auch.
Cette jolie et belle brasserie près de la ville, offre […] toutes les commodités désirables pour l’exécution d’un grand travail avec économie. Un beau jardin entouré de haies vives et de murs, attire par son agrément de nombreux consommateurs.
- 25 . Le Constitutionnel, 20 août 1846 (Gallica.bnf.fr).
Il y a deux chaudières, l’une de 31,8 hl, l’autre de 10,18 hl ; les pompes et conduits en cuivre prennent l’eau dans le bâtiment même où sont des sources fort abondantes. Le germoir, les rafraichissoirs, les greniers vastes sont construits et établis de telle sorte qu’ils ne laissent rien à désirer25.
… Et dans le monde
- 26 . Merci à Christian Wolff pour ses précisions généalogiques. À noter qu’il faut attendre 1878 pour (...)
13La réussite des brasseurs alsaciens ne se limite pas à l’Hexagone. Certains franchissent les frontières. À Barcelone, on fait encore grand cas aujourd’hui de la bière Moritz, « la bière chérie des Barcelonais » : « Commander une Moritz, c’est être dans le 100 % local car c’est à Barcelone qu’est née cette célèbre bière, transformée aujourd’hui en véritable icône de la bière catalane » peut-on lire sur le site de « Barcelona autrement ». Charles-Louis Moritz (1830-1920), cousin issu de germain du brasseur lyonnais26, quitte Pfaffenhoffen à 21 ans, s’installe à Barcelone où il travaille d’abord chez un brasseur français avant de fonder sa propre entreprise en 1864. Récompensée par une médaille d’or à l’exposition universelle de 1888 à Barcelone, l’entreprise familiale est collectivisée au moment de la guerre civile, redémarre dans les années 1960 pour être finalement fermée à la fin des années 1970. Mais la famille conserve la propriété de la marque, relance la fabrication en 2004 et confie à… Jean Nouvel la rénovation de la Fabrica Moritz.
- 27 . Philippe Edel, « Émile Bieckert (1837-1913), le premier grand brasseur d’Argentine », L’Alsace da (...)
14L’histoire d’Émile Bieckert (1837-1913) présente certaines similitudes : fils de brasseur, il quitte Barr à 18 ans pour Buenos-Aires où il est embauché par un brasseur local. Il fonde en 1860 sa propre entreprise qui devient rapidement la première du pays mais la revend à un consortium anglais en 1889. Il investit alors dans l’immobilier, puis rentre en France en 1900, s’installe à Nice et meurt à Paris. La marque Bieckert, très connue en Argentine, continue cependant à être exploitée, disparaît en 2012 avant de renaître en 2022 grâce à un groupe chilien qui lance la Bieckert BAPA (Buenos-Aires Pale Ale)27.
- 28 . Philippe Edel, « Michael K. Goetz (1833-1901), le grand brasseur de Kansas City (USA) », L’Alsace (...)
15Michael Goetz (1833-1901), originaire d’une famille paysanne d’Ingenheim, débarque à New York à 21 ans en 1854, puis se fixe, après diverses péripéties, à Saint-Joseph dans le Missouri où il fonde avec un associé une brasserie en 1859. Il devient l’unique propriétaire de la M.K Goetz Brewing Company, gérée ensuite par ses descendants qui construisent une grande brasserie à Kansas City, inaugurée en 1936. La famille vend l’entreprise en 1961 à un concurrent qui continue à exploiter la marque Goetz28.
- 29 . https://www.metzger1848.com/ ; https://boowiki.info/art/entreprises-fondee-en-1848/metzger-beer.h (...)
- 30 . « La folie d’un millionnaire », La Croix, 12 avril 1900 (Gallica.bnf.fr).
16On est moins bien renseigné sur Karl Metzger, fondateur en 1848 d’une brasserie à Turin dont il devient l’unique propriétaire en 1862. Exploitée par son fils jusqu’en 1914, elle est fermée en 1975, mais la marque, symbolisée par un M à longs jambages, est remise sur le marché en 2015 par un entrepreneur turinois qui prétend appliquer la recette originale29. De même, c’est seulement à cause de « la folie d’un millionnaire » que l’on entend parler dans la presse parisienne en 1900 de Louis-Paul Ober : arrivé à Boston en 1857, il travaille d’abord dans une brasserie allemande, ouvre un restaurant alsacien, l’Ober’s, qui devient le restaurant fashionable de la ville et place ses économies dans une grande brasserie industrielle. En 1900, la perte de deux millions de dollars en Bourse lui fait aussi perdre la raison au point d’être interné30.
17Il y a de fortes chances que ces quelques noms connus ne soient que la partie émergée d’un iceberg. Quant à la partie immergée des anonymes et de leurs réussites modestes, seules des recherches familiales de nature généalogique permettraient d’en prouver l’existence.
Premières « brasseries » et autres « tavernes alsaciennes »
- 31 . Le Tintamarre, 13 juin 1858 (Gallica.bnf.fr).
- 32 . Ginette Hell-Girod, L’esprit des brasseries, Paris, Éditions du Chêne, 1995, p. 69.
- 33 . Félix Ribeyre, « La maison Gruber et Reeb de Koenigshoffen », Annales de l’Exposition maritime du (...)
- 34 . Horace Bertin, Histoire anecdotique des cafés de Marseille, Marseille, 1869, p. 74-76 (Gallica.bn (...)
- 35 . La Liberté, 3 août 1869 (Gallica.bnf.fr).
18On ne peut exclure de cette recherche les « brasseries » au sens de simples restaurants où l’on boit de la bière. La confusion sémantique avec les lieux de production est en elle-même significative. La première « brasserie alsacienne » de Paris remonterait à 1836, située rue Hautefeuille et dirigée par un certain Andler31. Plus connu, Frédéric Bofinger, originaire de Colmar, crée sa brasserie à la Bastille en 1864. Il est le premier à installer une pompe à bière qui lui permet de faire goûter aux Parisiens la bière de Strasbourg fraichement arrivée par train de bière32. Les brasseurs de Koenigshoffen, Gruber et Reeb, comprennent également tout le parti qu’ils peuvent tirer d’un label alsacien. Ils créent à la fin des années 1860 plusieurs « tavernes alsaciennes » à Paris, Bordeaux, Marseille, Lyon, Rochefort et même à l’étranger, à Bruxelles, Anvers et Rotterdam33. Ils en confient la gérance à des Alsaciens comme Constant Muller à Marseille où l’ouverture en septembre 1866 est un événement : « Presque tout Marseille est déjà venu à la Taverne Alsacienne », écrit un chroniqueur, « plusieurs membres de la presse y viennent aussi, le soir, goûter la charcuterie de Strasbourg et lorgner les joues roses des Alsaciennes34. » Une mode est lancée si bien que d’autres tavernes alsaciennes sont ouvertes, par exemple à Montpellier, sans qu’on puisse l’attribuer à Gruber35.
19Les trains de bière entre Strasbourg et Paris, quotidiens à partir de 1865, ne font que renforcer la réputation de la bière d’Alsace, des brasseurs alsaciens et des tavernes alsaciennes, déjà largement répandue avant même 1870. Pour conserver ce capital de sympathie, du moins en France, après le traité de Francfort, il faudra impérativement franchir la frontière et ne pas rester allemand…
Continuité et changements après 1870
- 36 . C’est le cas de la brasserie construite en 1860 par Rodolphe Ehrhardt à Schiltigheim. Rachetée en (...)
20En soi, 1870 n’est pas une rupture. D’un point de vue brassicole, celle-ci se situe plutôt une quinzaine d’années auparavant avec l’adoption des méthodes munichoises et viennoises de fermentation basse. Dès lors, la brasserie artisanale n’a plus d’avenir. La création d’entreprises nouvelles reste évidemment possible à condition de disposer des capitaux nécessaires36 d’autant que la crise du phylloxera pousse à développer les alternatives à la consommation du vin. Mais 1870 crée évidemment un contexte nouveau, pour les personnes qui ne veulent pas devenir ou rester allemandes, comme pour le produit qui ne peut pas éviter d’être désormais estampillé allemand. Quelles en sont les répercussions ?
Nouveaux départs après 1870
- 37 . Alfred Wahl, L’Option et l’émigration des Alsaciens-Lorrains (1871-1872), Paris, Ophrys, 1974, p. (...)
- 38 . Merci à Christian Wollf pour ces précisions, d’après Généanet : né à Strasbourg le 9 juin 1841, i (...)
- 39 . Divers sites internet sur la Brasserie Graff de Rennes.
- 40 . Philippe Edel, « Joseph Damm (1844-1907), fondateur de la première brasserie indépendante d’Espag (...)
21On trouve évidemment des brasseurs parmi les optants et émigrants à la suite du traité de Francfort, particulièrement nombreux parmi les artisans37. Jean-Joseph Graff (1841-1888) en fait partie : d’une famille originaire d’Oberschaeffolsheim, mais né à Strasbourg où il est négociant en vin comme son père38, il achète en 1872 avec des associés un terrain à Rennes pour y construire une brasserie et en devient seul propriétaire en 1878 avec son frère Émile. Gérée par la famille jusqu’en 1950, celle-ci est alors intégrée à de grands groupes jusqu’à sa fermeture en 2003 décidée par… Kronenbourg39. Joseph Damm (1844-1907), issu d’une famille de tonneliers de Sélestat, rejoint en 1872 son cousin Auguste Kuentzmann à Barcelone pour exploiter une brasserie sur les Ramblas qui produit de la Strassburger Bier. Transmise à ses trois enfants et transformée en société anonyme en 1910, elle connaît, toujours sous direction familiale, un formidable développement au XXe siècle : en 2011, c’est un groupe de 3 000 salariés aux activités diversifiées, mais la production de plus de 8 millions d’hectolitres de bière sur quatre sites de production le place au premier rang en Espagne40.
- 41 . Nicolas Stoskopf, Les Hatt… op. cit., p. 86-89.
22Un cas très particulier est la vente au printemps 1873 par Philippe-Jacques Hatt de la Brasserie de l’Espérance à Schiltigheim à des investisseurs bâlois qui fondent l’Aktien-Brauerei Basel-Strassburg. La transaction entraîne également un transfert de savoir-faire puisque les fils Hatt, Louis et Jean-Jacques, sont chargés de superviser la construction et la direction d’une brasserie moderne à Bâle. Ses débuts sont difficiles. Comme Louis s’est installé en France en 1883 et que Jean-Jacques rentre à Schiltigheim pour prendre sa succession, les Bâlois décident en 1884 de créer deux sociétés séparées et de se passer à Bâle de l’expérience des Hatt41.
- 42 . Daniel Zimmer, Les Zimmer, une toile d’araignée familiale, publication familiale, p. 46-50.
23Quant à la mode des « brasseries alsaciennes », elle ne faiblit pas. C’est au lendemain de la guerre de 1870 que Philippe Zimmer (1844-1903), originaire de Brumath, fonde sa première brasserie parisienne, 28, rue Blondel, suivie de quatre autres dont, en 1896, la célèbre Brasserie Zimmer du Châtelet42. Léonard Lipp, originaire de Goldbach, crée en 1880 boulevard Saint-Germain la Brasserie des bords du Rhin.
- 43 . Site de la bière Paillette.
24Incontestablement, l’Alsace fait vendre à condition d’arborer une cocarde tricolore comme cette Alsacienne avec coiffe qui vante sur une affiche la bière Paillette du Havre : assise sur un tonneau qui flotte dans les airs au coucher du soleil sur fond d’océan et de transatlantique, elle lève son verre de bière mousseuse fabriquée par la « Grande Brasserie alsacienne43 »… Or, ni Jacques Louer, qui a racheté la brasserie en 1832, ni son gendre Paillette n’ont le moindre lien familial avec l’Alsace…
Fondation par des Alsaciens de brasseries industrielles en France
- 44 . Nicolas Stoskopf, Les Hatt… op. cit., p. 92-94 et 114.
25Haro en revanche sur cette bière allemande fabriquée en Alsace ! Avec une mauvaise foi évidente, les brasseurs français protestent au début des années 1880 contre l’augmentation des importations de bière allemande depuis 1870 et orchestrent une campagne contre les « rois de la bière chimique » et le « poison allemand ». Louis Hatt, en tant que membre du Syndicat des brasseurs de Strasbourg, prépare une note d’information destinée aux parlementaires français pour leur expliquer que sur les 320 000 hectolitres importés par la France, 240 000 viennent en réalité d’Alsace-Lorraine. Peine perdue ! Le dénigrement et l’augmentation des droits de douane provoquent l’effondrement de l’exportation des bières d’Alsace-Lorraine au cours des années 188044. Il est vrai qu’elle s’explique aussi par une riposte mise en œuvre très rapidement, qui n’est pas sans rappeler celle des industriels mulhousiens : fabriquer en France.
- 45 . Sur Ernest Méja, la meilleure source est son dossier sur la base Léonore. Article en préparation (...)
- 46 . Nicolas Stoskopf, Les Hatt…, op. cit., p. 118. Sur la dynastie Kreiss, voir Patrick Cabanel et An (...)
- 47 . Philippe Voluer, Le Grand Livre de la bière en Alsace, Place Stanislas, 2008, p. 122 ; Pierre Gui (...)
- 48 . Elle fusionne en 1930 avec la Brasserie Karcher pour former l’Union de brasseries (UB) avant d’êt (...)
26Dès novembre 1881, deux Strasbourgeois, Gustave de Bussierre et Ernest Méja, fondent à Châlons-sur-Marne la Brasserie de la Comète, une société anonyme au capital de 8 millions de francs qui se propose de promouvoir la « bière française45 ». Quelques années plus tard, Adelshoffen acquiert en 1887 la Brasserie franco-strasbourgeoise Paul Seyboth & Cie à Bar-le-Duc, puis en 1890 la Brasserie de Sèvres pour les regrouper sous la direction du Strasbourgeois Adolphe Kreiss (1854-1931), jusqu’alors directeur d’Adelshoffen, dans une nouvelle société française, les Brasseries de la Meuse, qui deviendra le premier groupe brassicole français dans les années 192046. Gruber achète en 1888 la brasserie de Melun, fondée en 1816, mais gérée depuis 1825 par le Haut-Rhinois Cyriaque Walter, puis par son gendre Frédéric Barthel : elle devient la succursale française de Gruber47. Les Hatt de l’Espérance, forts de leur expérience bâloise, choisissent plutôt de construire en 1888 une nouvelle brasserie à Ivry, cédée en novembre 1891 à une société française au capital d’1,6 million de francs dont 25 % apportés par la Banque Staehling-Valentin. En 1898, elle passe sous la présidence de Jules-Achille Birr (1847-1938) qui a quitté Strasbourg depuis 1892 pour éviter que ses fils ne fassent leur service militaire en Alsace48.
Poursuite de l’émigration dans les années 1880-1890
- 49 . Divers sites internet.
- 50 . Pierre Guingamp, Histoire des brasseries… de Paris…, op. cit., passim.
27Ces investissements de nature capitaliste sont complétés par des initiatives d’entrepreneurs dont les motivations ne sont pas différentes, à savoir fabriquer en France de la bière d’Alsace. On constate encore des départs dans les années 1880-1890 : Albert Hornung, fils d’un brasseur de Wintzenheim, achète en 1880 une féculerie à Chartres qu’il transforme en brasserie, exploitée par ses descendants jusqu’en 197549. Plus significatif encore, les nouvelles impulsions données par des Alsaciens à des brasseries parisiennes : Jean-Jacques Wohlhütter, négociant strasbourgeois en houblon, reprend en 1890 la Gallia dans le XIVe arrondissement de Paris et en fait la Nouvelle Gallia. En 1891, Henri Karcher rachète une brasserie d’origine alsacienne du XXe arrondissement et en fait la première de la capitale en 1900. Enfin, Auguste Thiébaut quitte l’Alsace vers 1895, sauve deux vies lors de l’incendie du Bazar de la Charité, ce qui lui vaut un petit capital lui permettant d’acheter un entrepôt de boissons, première étape avant l’acquisition en 1910 de la Brasserie de la Glacière dans le XIIIe arrondissement qu’il rebaptise en Brasserie de Lutèce50.
28Que ce soit du temps de l’artisanat ou de l’industrie, de l’Alsace française ou de l’Alsace allemande, force est de constater la continuité d’un flux nourrissant la diaspora des brasseurs alsaciens. À défaut de pouvoir en mesurer les variations, peut-on en dresser un bilan ?
Combien de brasseurs alsaciens en 1901 ?
- 51 . Georges Gras (dir.), Annuaire des brasseurs et des malteurs de 1901, chez l’auteur, Valenciennes.
- 52 . Résultats statistiques… (dénombrement de 1896), op. cit. Voir la ligne 4.13 (brasseries) dans « é (...)
- 53 . Plus précisément, le nombre de brasseries a augmenté depuis le début du XIXe siècle dans le Nord, (...)
29L’Annuaire des brasseurs et des malteurs de 1901 recense par départements et par communes 2 772 brasseries de France et 26 en Algérie51. La fiabilité de cette source est confortée par la comparaison avec le dénombrement professionnel de 1896 qui comptabilise 2 709 « établissements composés de plus d’une personne52 ». Non seulement cette différence de 2,3 % est négligeable, mais elle peut correspondre à quelques entreprises unipersonnelles négligées par le dénombrement. Inversement, c’est une époque où le nombre des brasseries est en plein reflux à l’exception des départements du Nord qui concentrent alors 80 % des brasseries françaises (2 241)53. Ailleurs les brasseries sont passées de 919 à 531 de 1846 à 1896, soit un recul de 42 %, moins prononcé toutefois qu’en Alsace.
- 54 . Laurence Turetti, « Cap au Sud…, art. cit.
- 55 . Nicolas Stoskopf, Les Hatt…, op. cit., p. 99.
- 56 . Fanette Laubenheimer, La Brasserie Laubenheimer à Nérac (Lot-et-Garonne). Une histoire de famille (...)
30Une méthode empirique et approximative pour repérer les brasseurs alsaciens est de relever les patronymes germaniques (voir tableau no3 en annexe). Elle présente évidemment deux inconvénients, l’un, majeur, de ne pas distinguer les Alsaciens des Allemands ou… des Mosellans, l’autre, mineur, de ne pas retenir des Alsaciens au patronyme français, comme Blin, Drion, Thiébaut, etc. Sans mésestimer l’objection principale, on peut néanmoins faire observer, à l’instar de Laurence Turreti54, que certains de ces migrants sont nés français dans les départements du Mont-Tonnerre ou de Rhin-et-Moselle, qu’ils réalisent le même transfert de savoir-faire « rhénan » que leurs confrères alsaciens et surtout que par leurs affinités culturelles, religieuses, en l’occurrence protestantes, et professionnelles et les mariages qu’ils concluent au sein de leurs familles respectives, ils finissent par former une même communauté, indistincte aux yeux des Français et parfois même à leurs propres yeux. Ainsi, les trois frères Heïd, brasseurs à Pau de quatrième génération, sont bien les arrière-petits-fils de Jules Heïd, originaire de Roedelsheim, près de Francfort, mais aussi les petits-fils par leur mère de Philippe-Jacques Hatt55. Quant aux Laubenheimer, brasseurs à Nérac sur cinq générations, ils se croyaient d’origine alsacienne jusqu’à ce que Fanette Laubenheimer, archéologue de profession, ne se penche sur l’histoire de sa famille et ne découvre que son aïeul, Johannes Laubenheimer (1799-1865), fondateur de la brasserie, était né à Schwabsburg, dans le Mont-Tonnerre, aujourd’hui en Rhénanie-Palatinat56.
31À défaut donc de pouvoir dénombrer les brasseurs alsaciens, on relève 168 patronymes germaniques dans l’annuaire de 1901, 158 en dehors des cinq départements du Nord sur 531, c’est-à-dire près de 30 %. C’est une proportion significative qui démontre la réalité du rôle des brasseurs « rhénans » dans le développement de la brasserie française au XIXe siècle. Notons encore qu’ils sont 15 sur 26 en Algérie avec une probabilité d’origines alsaciennes sans doute plus élevée qu’en métropole. Pour aller plus loin, il faut attendre de nouvelles monographies locales ou lancer une recherche prosopographique sur ces brasseurs en exercice en 1901.
- 57 . Merci à Anne Pingeot pour sa recherche malheureusement infructueuse dans les archives du Musée d’ (...)
- 58 . Compte rendu de La France au travail de Blandine Ollivier, Le Petit Parisien, 11 juin 1935 (Galli (...)
- 59 . Ce que reconnaît d’ailleurs Georges Bischoff, « L’Invention de l’Alsace », Alsace imaginaire. Sym (...)
32Tout au long du XIXe siècle, la bière de Strasbourg (peut-être davantage que la « bière d’Alsace »), la brasserie alsacienne et le brasseur alsacien se sont peu à peu imposés aux yeux des Français et parfois à l’étranger. Au Salon de 1874, Le sculpteur Jean-Louis Chenillion expose une statuette en plâtre intitulée Brasseur alsacien. On aimerait savoir s’il l’a représenté en travailleur ou en millionnaire et à quoi on le reconnaissait comme alsacien, mais il n’a pas été possible de retrouver une photographie de l’œuvre57. Pour les uns en effet, c’est l’archétype du millionnaire, pour d’autres, il incarne la France au travail cette « France ingénieuse, obscure, surprenante qui va du pâtre et du pétrolier (?) méditerranéen au filateur flamand, du brasseur alsacien à l’inscrit maritime breton58 ». Avant de connaître les 5 C de l’Alsace (cathédrale, cigogne, coiffe, choucroute, colombages), nombreux sont les buveurs de bière, en France ou à l’étranger, à avoir apprécié ses 3 B59 !
Tableau no 3 : Patronymes germaniques parmi les brasseurs français en 1901
|
Départements |
N.B. |
N. PG |
Patronymes des brasseurs |
|
Ain |
2 |
0 |
|
|
Aisne |
179 |
1 |
Moschenross |
|
Allier |
13 |
4 |
Quiri, Kissel, Weltz, Schneider |
|
Basses-Alpes |
5 |
1 |
Gunz |
|
Ardèche |
4 |
2 |
Scharff, Amann |
|
Ardennes |
215 |
3 |
Loos, Pennemann, Manderfeld |
|
Ariège |
4 |
2 |
Stahl, Feursinger |
|
Aube |
5 |
3 |
Henimann, Stremler, Schmidt |
|
Aude |
7 |
3 |
Lauer, Lauth, Armbruster |
|
Aveyron |
2 |
1 |
Luthringer |
|
Bouches-du-Rhône |
5 |
2 |
Velten, Marx |
|
Calvados |
7 |
2 |
Meyer, Meyer |
|
Cantal |
2 |
0 |
|
|
Charente |
4 |
1 |
Boeckel & Moriz |
|
Charente-inf. |
5 |
1 |
Walch |
|
Cher |
3 |
0 |
|
|
Corrèze |
8 |
2 |
Schneider, Bautz |
|
Côte d’Or |
17 |
6 |
Gerber, Messner, Henimann, Henimann, Schwab, Moritz |
|
Côtes-du-Nord |
4 |
0 |
|
|
Creuse |
6 |
1 |
Kissel |
|
Dordogne |
5 |
3 |
Gsell, Gangloff, Trapp |
|
Doubs |
7 |
1 |
Willig |
|
Eure |
6 |
3 |
Bieth, Haffner, Wagner |
|
Eure-et-Loir |
3 |
3 |
Hornung, Weil, Weinmann |
|
Finistère |
16 |
1 |
Herr |
|
Gard |
6 |
2 |
Hoffherr, Fresch |
|
Haute-Garonne |
12 |
6 |
Debs, Haffner, Bruker, Haffner, Sammuller, Jehl |
|
Gers |
1 |
1 |
Mangel |
|
Gironde |
10 |
5 |
Wicker, Walch, Brukl, Host, Becker |
|
Hérault |
5 |
2 |
Rott-Zimmer, Kayser |
|
Ille-et-Vilaine |
2 |
1 |
Graff & Richter |
|
Indre |
3 |
0 |
|
|
Indre-et-Loire |
4 |
1 |
Webel |
|
Isère |
7 |
2 |
Backess, Windeck |
|
Jura |
9 |
5 |
Buck, Gysin, Erb, Erb, Hubscher |
|
Landes |
2 |
1 |
Huttner |
|
Loir-et-Cher |
2 |
0 |
|
|
Loire |
4 |
2 |
Mosser, Oppermann |
|
Haute-Loire |
5 |
1 |
Mosser |
|
Loire-inférieure |
5 |
3 |
Diebold, Rothenbach, Schaeffer |
|
Loiret |
3 |
1 |
Lurck |
|
Lot |
5 |
0 |
|
|
Lot-et-Garonne |
2 |
1 |
Laubenheimer |
|
Lozère |
4 |
1 |
Muller |
|
Maine-et-Loire |
2 |
0 |
|
|
Manche |
4 |
0 |
|
|
Marne |
24 |
8 |
Pfender, Ricklin, Mosser, Schiff, Schmitt, Wagner, Wagner, Veith |
|
Haute-Marne |
6 |
1 |
Becker |
|
Mayenne |
2 |
0 |
|
|
Meurthe-Moselle |
32 |
6 |
Greff, Kiffer, Bannvarth, Rauch, Baumgarten, Welker |
|
Meuse |
27 |
4 |
Beck, Hauck, Pfalzgraf, Ottmann |
|
Morbihan |
8 |
2 |
Duringer, Schmitt |
|
Nièvre |
3 |
1 |
Schneider |
|
Nord |
1 211 |
1 |
Wetzel |
|
Oise |
24 |
4 |
Burgermeister, Hoffer, Munck, Stremler |
|
Pas-de-Calais |
524 |
1 |
Diesbach |
|
Puy-de-Dôme |
4 |
2 |
Keller, Riehle |
|
Basses-Pyrénées |
2 |
2 |
Heïd, Schmidt |
|
Hautes-Pyrénées |
1 |
1 |
Muller |
|
Rhône |
6 |
3 |
Umdenstock et Lutzius, Rinck, Winckler |
|
Haute-Saône |
4 |
0 |
|
|
Saône-et-Loire |
7 |
1 |
Jacob |
|
Sarthe |
3 |
1 |
Strantz |
|
Savoie |
1 |
0 |
|
|
Haute-Savoie |
2 |
2 |
Blaes, Gratz |
|
Seine |
28 |
12 |
Lohmiller, Wohlhüter et Klein, Grimmeissen, Himmelspach, Karcher et Biedermann, Reichardt, Schmitz, Wendling, Riester, Heimerdinger et Lürck, Zollmann, Hatt |
|
Seine-Inférieure |
15 |
1 |
Wagner |
|
Seine-et-Marne |
3 |
1 |
Gruber |
|
Seine-et-Oise |
10 |
3 |
Stener, Kreiss, Schott |
|
Deux-Sèvres |
5 |
0 |
|
|
Somme |
112 |
4 |
Hartmann, Schacher, Hausauer, Karcher |
|
Tarn |
6 |
3 |
Flad, Flad, Haffner |
|
Tarn-et-Garonne |
2 |
1 |
Heim |
|
T. Belfort |
4 |
3 |
Schmidt, Hauer, Wehle et Diringer |
|
Vaucluse |
3 |
1 |
Mortz |
|
Vendée |
9 |
1 |
Diebold |
|
Vienne |
6 |
2 |
Schwaller et Weber, Gaucker et Lux |
|
Haute-Vienne |
7 |
0 |
Burg, Grasser, Seidenbinder |
|
Vosges |
35 |
13 |
Hermann, Schoch, Fehr, Haselvander, Hohmer, Winterer, Hanus, Lobstein, Thumann et Kleiber, Albrecht, Wald, Schott, Thumann |
|
Yonne |
5 |
2 |
Messner, Schmidt |
|
Total métropole |
2772 |
168 |
|
|
Alger |
8 |
6 |
Kling, Vollhardt, Berlebach, Huck, Jungmann, Jungmann |
|
T. commandement |
1 |
1 |
Renner |
|
Constantine |
8 |
6 |
Wolf, Bapst, Kessler, Kessler, Schmitt, Kraft |
|
Oran |
9 |
2 |
Hummel, Meyer |
|
Total Algérie |
26 |
15 |
N.B. = nombre de brasseries par départements ; N. PG = nombre de brasseries dont le ou les patrons portent un patronyme germanique ; italiques : brasseurs que l’on sait d’origine allemande.
Notes
1 . Michel Hau et Nicolas Stoskopf, Les Dynasties alsaciennes du XVIIIe siècle à nos jours, Paris, Perrin, 2005, p. 206-208 ; Nicolas Stoskopf, « Quitter l’Alsace pour faire fortune », Diasporas. Histoire et sociétés, 2006, no9, p. 46-47.
2 . Charles-Henri Pouthas, La Population française pendant la première moitié du XIXe siècle, INED, cahier no25, Paris, 1956, p. 175 sqq.
3 . Nicolas Stoskopf, La Petite Industrie dans le Bas-Rhin (1810-1870), Strasbourg, Société savante d’Alsace et des régions de l’Est, t. 30, 1987, p. 138.
4 . Ils se nomment Michel Richter (Herbitzheim), Philippe Scheuch (Oermingen), Joseph Kuntz (Weyersheim), Antoine Fritsch (Marlenheim) et Geoffroi Zabern (Wasselonne). Manquent les données de l’arrondissement de Wissembourg, Archives d’Alsace, site de Strasbourg (AA-S, 3 M 703. À noter que l’émigration de brasseurs alsaciens en Algérie de 1850 à 1855 n’est pas plus significative avec deux individus seulement de 1850 à 1855 (AA-S, 3 M 698).
5 . Ministère de l’Agriculture et du Commerce, Statistique de la France : industrie, t. 7-10, 1847-1852, cartographie : Benjamin Furst.
6 . Romain Thinon, « Un Îlot brassicole »: brasseurs et brasseries à Lyon et dans le Rhône, fin XVIIIe siècle-1914, thèse Lyon, 2016, p. 61, en ligne sur HAL-SHS.
7 . Pierre Tilly, « La Belgique, terre brassicole par excellence, entre modernité et tradition », Marché et organisations, 2017/3 (no30), p. 188-190.
8 . Résultats statistiques du recensement des industries et professions (dénombrement général de la population du 29 mars 1896), Paris, Imprimerie nationale, t. 1, 1899-1901 (Gallica.bnf.fr).
9 . D’après la statistique de consommation de malt des brasseries d’Alsace-Lorraine en 1913 établie par l’Elsass-Lothringische Brauerbund, AA-S, 80 J 34. Voir notre carte, Nicolas Stoskopf, Les Hatt, une dynastie de brasseurs strasbourgeois de 1664 aux années 1980, Pontarlier, Vandelle Éditions, 2018, p. 157, en ligne sur HAL-SHS.
10 . Décompte d’après Adolphe Seyboth, « Brasseries et brasseurs de Strasbourg du XIIIe siècle à nos jours », Bulletin de la Société des sciences, agriculture et arts de Basse-Alsace, fascicule 4, avril 1898.
11 . Huit brasseries industrielles sont construites dans la banlieue de Strasbourg entre 1856 et 1863. Nicolas Stoskopf, Les Hatt…, op. cit., p. 58.
12 . Philippe Voluer, Bières de Meuse et de Lorraine, Jarville-la-Malgrange, Éditions de l’Est, 1991, p. 51.
13 . Ce sont les deux seules brasseries françaises entrant dans la catégorie « de 201 à 500 employés et salariés » dans les Résultats statistiques… (dénombrement de 1896), op. cit., t. 1 et 2.
14 . Merci à Georges Strohl pour la communication de ses recherches généalogiques sur les familles Velten et Marx.
15 . Sur les Velten, voir les notices de Pierre Échinard dans Roland Caty, Éliane Richard et Pierre Echinard, Les Patrons du Second Empire, t. 5, Marseille, Paris, Picard/Cenomane, 1999, p. 301-305, ainsi que celles du NDBA.
16 . Laurence Turetti, notice « Jacques Marx » à paraître dans Patrick Cabanel et André Encrevé, Dictionnaire biographique des protestants français de 1787 à nos jours, Paris, Les Éditions de Paris Max Chaleil, t. 4.
17 . Romain Thinon, « Un Îlot brassicole », op. cit., p. 1147-1150.
18 . Ibid., p. 1167-1177, généalogie, p. 1460-1461. Voir également : Pierre Schneider, « La brasserie Georges de Lyon ou l’extraordinaire destin d’un petit brasseur de Schiltigheim… », Bulletin du Cercle généalogique d’Alsace, 1455, 2004, p. 14-20.
19 . Ibid., p. 1140-1165.
20 . Ibid., p. 1092-1093. Sur les Karcher, voir aussi Jean-Louis Wilbert, « Lorsque des Karcher se font brasseurs », DNA, 19 juillet 2012.
21 . Ibid., p. 1048-1049.
22 . Ibid., p. 1177-1185, généalogie, p. 1462.
23 . Laurence Turetti, « Cap au Sud sous l’étoile des brasseurs », Saisons d’Alsace, no 92, mai 2022, p. 100-103 ; id., « Lauth, famille de brasseurs », Patrick Cabanel et André Encrevé, Dictionnaire…, op. cit., t. 3, p. 645-647.
24 . Jean-Claude Delcroix, « Les brasseurs alsaciens et la brasserie alsacienne d’Elbeuf », Bulletin de la Société de l’histoire d’Elbeuf, no76, novembre 2021, p. 42-49.
25 . Le Constitutionnel, 20 août 1846 (Gallica.bnf.fr).
26 . Merci à Christian Wolff pour ses précisions généalogiques. À noter qu’il faut attendre 1878 pour qu’il y ait une Brasserie Moritz à Pfaffenhoffen, fondée en 1824 par Jacques Helmstetter, grand-père de Jacques Moritz (1850-1910) (NDBA).
27 . Philippe Edel, « Émile Bieckert (1837-1913), le premier grand brasseur d’Argentine », L’Alsace dans le monde, no73, printemps 2023, p. 21. Voir également la notice d’André Stehlé dans le NDBA.
28 . Philippe Edel, « Michael K. Goetz (1833-1901), le grand brasseur de Kansas City (USA) », L’Alsace dans le monde, no47, printemps 2015, p. 5.
29 . https://www.metzger1848.com/ ; https://boowiki.info/art/entreprises-fondee-en-1848/metzger-beer.html. Ces sites ne donnent aucune précision sur l’état civil de Charles Metzger.
30 . « La folie d’un millionnaire », La Croix, 12 avril 1900 (Gallica.bnf.fr).
31 . Le Tintamarre, 13 juin 1858 (Gallica.bnf.fr).
32 . Ginette Hell-Girod, L’esprit des brasseries, Paris, Éditions du Chêne, 1995, p. 69.
33 . Félix Ribeyre, « La maison Gruber et Reeb de Koenigshoffen », Annales de l’Exposition maritime du Havre, Le Havre, 1868, p. 226-227.
34 . Horace Bertin, Histoire anecdotique des cafés de Marseille, Marseille, 1869, p. 74-76 (Gallica.bnf.fr).
35 . La Liberté, 3 août 1869 (Gallica.bnf.fr).
36 . C’est le cas de la brasserie construite en 1860 par Rodolphe Ehrhardt à Schiltigheim. Rachetée en 1868 par ses lointains cousins, Gustave et Émile Ehrhardt, elle devient la Brasserie d’Adelshoffen en 1883. Nicolas Stoskopf, Les Hatt…, op. cit., p. 95-97.
37 . Alfred Wahl, L’Option et l’émigration des Alsaciens-Lorrains (1871-1872), Paris, Ophrys, 1974, p. 110-111 et 160-161.
38 . Merci à Christian Wollf pour ces précisions, d’après Généanet : né à Strasbourg le 9 juin 1841, il épouse à Wangen le 20 janvier 1880 Catherine Strohl et meurt à Bordeaux le 19 septembre 1888.
39 . Divers sites internet sur la Brasserie Graff de Rennes.
40 . Philippe Edel, « Joseph Damm (1844-1907), fondateur de la première brasserie indépendante d’Espagne », L’Alsace dans le monde, no 39, été 2012, p. 6.
41 . Nicolas Stoskopf, Les Hatt… op. cit., p. 86-89.
42 . Daniel Zimmer, Les Zimmer, une toile d’araignée familiale, publication familiale, p. 46-50.
43 . Site de la bière Paillette.
44 . Nicolas Stoskopf, Les Hatt… op. cit., p. 92-94 et 114.
45 . Sur Ernest Méja, la meilleure source est son dossier sur la base Léonore. Article en préparation à paraître dans les mélanges offerts à Dominique Barjot.
46 . Nicolas Stoskopf, Les Hatt…, op. cit., p. 118. Sur la dynastie Kreiss, voir Patrick Cabanel et André Encrevé (dir.), Dictionnaire…, op. cit., t. 3, p. 502-504.
47 . Philippe Voluer, Le Grand Livre de la bière en Alsace, Place Stanislas, 2008, p. 122 ; Pierre Guingamp, Histoire des brasseries et des bières de Paris et sa région, Saint-Nicolas-de-Port, Musée français de la brasserie, 2016, p. 206-210.
48 . Elle fusionne en 1930 avec la Brasserie Karcher pour former l’Union de brasseries (UB) avant d’être fermée en 1940. Nicolas Stoskopf, Les Hatt…, op. cit., p. 119-124.
49 . Divers sites internet.
50 . Pierre Guingamp, Histoire des brasseries… de Paris…, op. cit., passim.
51 . Georges Gras (dir.), Annuaire des brasseurs et des malteurs de 1901, chez l’auteur, Valenciennes.
52 . Résultats statistiques… (dénombrement de 1896), op. cit. Voir la ligne 4.13 (brasseries) dans « état détaillé par industries et professions », par départements (t. 1 à 3) et pour la France entière (t. 4, p. 340-341). Les t. 1 et 2 sont accessibles sur Gallica.bnf.fr, le t. 4 sur le site de la Bibliothèque numérique patrimoniale de l’université Grenoble Alpes.
53 . Plus précisément, le nombre de brasseries a augmenté depuis le début du XIXe siècle dans le Nord, l’Aisne et les Ardennes, il a diminué légèrement dans le Pas-de-Calais, plus nettement dans la Somme.
54 . Laurence Turetti, « Cap au Sud…, art. cit.
55 . Nicolas Stoskopf, Les Hatt…, op. cit., p. 99.
56 . Fanette Laubenheimer, La Brasserie Laubenheimer à Nérac (Lot-et-Garonne). Une histoire de famille (1799-1958), Nérac, Éditions d’Albret, 2018.
57 . Merci à Anne Pingeot pour sa recherche malheureusement infructueuse dans les archives du Musée d’Orsay.
58 . Compte rendu de La France au travail de Blandine Ollivier, Le Petit Parisien, 11 juin 1935 (Gallica.bnf.fr).
59 . Ce que reconnaît d’ailleurs Georges Bischoff, « L’Invention de l’Alsace », Alsace imaginaire. Symboles, fantasmes et rêves, Saisons d’Alsace, no119, printemps 1993, p. 54.
Haut de pageTable des illustrations
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|---|---|
| Titre | Nombre de brasseries par département en 1846 |
| URL | http://journals.openedition.org/alsace/docannexe/image/6203/img-1.png |
| Fichier | image/png, 125k |
Pour citer cet article
Référence papier
Nicolas Stoskopf, « La diaspora des brasseurs alsaciens au XIXe siècle », Revue d’Alsace, 150 | 2024, 55-77.
Référence électronique
Nicolas Stoskopf, « La diaspora des brasseurs alsaciens au XIXe siècle », Revue d’Alsace [En ligne], 150 | 2024, mis en ligne le 01 décembre 2025, consulté le 16 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/alsace/6203 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15n1x
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