Bieber Pierre Henri, Regards croisés. Entre récit et brûlot, que dire des protestants alsaciens de 1940 à 1944 ?
Bieber Pierre Henri, Regards croisés. Entre récit et brûlot, que dire des protestants alsaciens de 1940 à 1944 ?, Strasbourg, Éditions Salde, 2024, 302 p.
Texte intégral
1C’est le feuilleton du début des années 2020. Après la polémique historiographique ayant nécessité la publication de la Revue d’Alsace, 149, 2023, titrée Alsace ou Alsaces, ligne de partage, histoire partagée, voici que s’en présente une autre évoquant l’attitude des protestants alsaciens pendant la Seconde Guerre mondiale.
2À l’origine de la polémique, la parution quasi simultanée de deux ouvrages grand public, La demeure du silence, par le pasteur Gérard Janus en 2020, puis Ces protestants qui ont acclamé Hitler, par le pasteur Michel Weckel en 2022. Ils font sensation, provoquant d’abord un débat dans la sphère protestante, puis dans le monde intellectuel, quand le FEC (Foyer de l’étudiant catholique) organise une conférence-débat. La tension y est palpable. Pour crever l’abcès, Christian Albecker, alors président de l’UEPAL, charge le pasteur Marc Lienhard d’organiser un colloque historique sur ce thème au Palais universitaire. Le débat y est parfois vif. Le compte rendu de ce colloque dans la presse, par Catherine Piettre, provoque un abondant courrier des lecteurs dans les DNA du 31 décembre 2023. L’affaire n’en reste pas là. Michel Weckel publie un deuxième ouvrage, en 2024, Entre silence et non-dits. Les protestants face au nazisme.
3On aurait pu en rester là, mais voici que paraît, encore en 2024, un quatrième opus sur le même thème, vraisemblablement le plus intéressant par son érudition sûre et bienvenue, bien que rédigé parfois de manière un peu vive, avec quelques inutiles redites. Laissons de côté le caractère abrasif pour aller à l’essentiel. S’appuyant sur un dépouillement précis et précieux de sources et d’archives ouvertes depuis quelques années à tout un chacun, s’appuyant sur une bibliographie choisie et pertinente, P. H. Bieber fait véritablement œuvre d’historien, calant les faits de manière irréfutable et pourfendant les approximations. Ce modèle d’honnêteté intellectuelle est à recommander, d’autant plus que l’auteur ose aborder son ego-histoire dans ce sujet sensible et douloureux.
4Au-delà de ce compte-rendu, surgit une remarque sur la fabrique d’Histoire en Alsace, particulièrement sur la Seconde Guerre mondiale. Alfred Wahl avait déjà remarqué que le terme de résistance posait problème en Alsace, son sens était plus à comprendre selon la terminologie allemande que l’explication de texte française. Dans ce débat, reprenons le début. Il est indéniable qu’une chape de plomb et de silence s’est posée en Alsace au moment de l’épuration que Jean-Laurent Vonau a bien analysée. L’omerta n’était pas seulement pratiquée par les seuls protestants, mais par la société alsacienne dans sa globalité. Soit une attitude ressemblant plus à ce qui s’est passé en Allemagne qu’en France. Si le traumatisme de l’annexion de 1940 à 1944-1945 est attesté, y aurait-il un prolongement traumatique contemporain dans et par la fabrique d’Histoire ?
Pour citer cet article
Référence papier
Claude Muller, « Bieber Pierre Henri, Regards croisés. Entre récit et brûlot, que dire des protestants alsaciens de 1940 à 1944 ? », Revue d’Alsace, 151 | 2025, 411-412.
Référence électronique
Claude Muller, « Bieber Pierre Henri, Regards croisés. Entre récit et brûlot, que dire des protestants alsaciens de 1940 à 1944 ? », Revue d’Alsace [En ligne], 151 | 2025, mis en ligne le 01 février 2026, consulté le 14 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/alsace/6728 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15nkr
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