Mémoires d’un défi : historique de la revue Amerika 2010-2025
Résumés
Cet article a pour objectif d’introduire le colloque Quinze ans d’Amerika, tenu à Rennes 2, et, en même temps, de présenter ce numéro.
En effet, en 2025, Mme. la Professeure Anaïs Fabriol et moi-même avons organisé un colloque autour du quinzième anniversaire de la revue Amerika. Cette convocation a suscité un grand intérêt auprès de nos collaborateurs, qui sont venus à Rennes du monde entier (Argentine, Brésil, Écosse, Mexique …), pour nous apporter leurs témoignages et nous montrer leur savoir. Leurs présences constituent en elles-mêmes une preuve du rayonnement international de la revue.
Dans cet article, je trace la trajectoire d’Amerika. Nos projets utopiques, notre travail, nos doutes, nos réalisations concrètes.
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Les origines d’Amerika
1Au départ, le point d’origine a été ma nomination en tant que Professeur des Universités à Rennes 2 en 2000, au sein du département d’Espagnol. J’avais toujours souhaité créer une revue académique consacrée aux cultures et à l’histoire de l’Amérique Latine. A ce moment-là, une question s’est posée au sein de l’équipe ERIMIT 4382 (Équipe Interlangues Mémoires Identités Territoires) dont je faisais partie à l’époque : revue numérique ou revue en papier. Dans ces années 2000-2002, l’accueil de ma proposition au sein de l’équipe a été mitigée, voire négative. Mais en dépit de discussions, parfois virulentes, je me suis accroché à l’idée de départ.
2Avec le soutien du vice-président de recherche (M. Jean-Émile Gombert) et de la direction de l’Université, nous avons pu avancer dans le projet. Un groupe d’enseignants-chercheurs et de doctorants ont vite manifesté leur intérêt pour ce projet (Claire Sourp, Élodie Blestel, Élodie Hardouin, Orianne Guy, Rita Godet, Andrés Castro Roldán, Gérard Borras, parmi d’autres). Sans eux, ces idées de départ n’auraient pu jamais avancer, grandir et se concrétiser. Nous avons pu échanger, compléter le projet lors de Journées d’Études.
3Dans ce cadre, la visite de Fernando Aínsa en 2002, qui avait une large expérience en tant que responsable des éditions à l’UNESCO, a joué un rôle très important. Il nous a conseillé pour que la revue soit visible sur Internet et nous a suggéré le nom « Amerika ». Selon lui, c’était une façon d’avoir une visibilité et de figurer en tête de liste sur les recherches « Google ». Nous avons testé avec des informaticiens de l’Université et cela s’est avéré juste.
4Nous avons ensuite passé, après de nombreuses réunions de travail, à la définition du profil de la revue. L’idée de l’équipe de la future revue était de proposer une plateforme autour de certains objectifs fondateurs :
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Aire géographique : les Amériques (anglophone, lusophone, hispanophone, francophone)
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Pluridisciplinarité (littérature, arts plastiques, cinéma, théâtre, histoire, sociologie, etc.)
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Articles en anglais, espagnol, français, portugais
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Revue électronique
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Pour la couverture, nous avons sollicité des plasticiens du monde entier
5Ces propositions ont fait l’objet de nombreux débats. Les hispanistes spécialisés dans le domaine ibérique souhaitaient que les études sur la péninsule fassent partie du projet. Cette proposition, certes intéressante, nous éloignait de notre idée initiale d’une publication consacrée au monde américain, qui nous permettrait d’approfondir certains sujets sans nous disperser.
6Ensuite, l’équipe d’Amerika s’est renseignée pour produire une revue électronique de qualité. Dans ce cadre, la plateforme revues.org s’est avérée être le site idéal pour accomplir nos objectifs : format de revue prédéfini, formation gratuite des rédacteurs (maîtres de conférences, docteurs, doctorants).
7Pour lancer notre plan de communication, nous avons souhaité associer la ville de Rennes et les autorités de la Région, qui ont accueilli notre proposition avec beaucoup d’intérêt et nous ont accordé une participation financière pour les billets de train permettant la formation des rédacteurs (Paris, Toulon). L’équipe d’accueil ERIMIT nous a également aidés financièrement.
8Afin d’assurer la qualité académique d’Amerika, nous avons constitué un comité scientifique intégré par des experts (université partenaires, membres de l’Institut des Amériques, écrivains et artistes) du monde entier (États-Unis, Canada, Mexique, Colombie, Brésil, Uruguay, Argentine, France, Belgique, Espagne, Allemagne…). Certains de ces membres éminents sont décédés au cours de ces quinze dernières ans. Nous avons une pensée émue pour eux (Michel Lafon, Paul Verdevoye, Fernando Aínsa, Noé Jitrik, Ricardo Melgar, Ricardo Piglia).
9De même, pour garantir la qualité de langue (nos articles sont publiés en anglais, espagnol, français et portugais), nous avons constitué une équipe de correcteurs et reviseurs (Deri Santana, Céline Guérot, Rodolphe Robin, Nathanial Gardner, Luciane Boganika, Mireille Garcia).
10Le défi continuait : quelle allait être la thématique retenue pour notre premier numéro ?
11Après des débats fructueux, la proposition de Gérard Borras fut finalement choisie : « La culture populaire et ses représentations esthétiques en Amérique latine », faisant suite à un colloque de l’ERIMIT tenu à Rennes 2, dans le cadre des objectifs de recherche de l’équipe : mémoires, identités, territoires.
12L’internationalisation de la revue était en marche. Au cours de ces quinze ans, des collaborations en provenance de quatre-vingt pays nous sont parvenues (États-Unis, Canada, Mexique, Guatemala, Nicaragua, El Salvador, Costa Rica, Panama, Honduras, Cuba, République Dominicaine, Jamaïque ; France (métropole, plus Guadeloupe, Martinique, Saint-Martin, Guyane française, Espagne (y compris les Îles Canaries), Portugal, Écosse, Angleterre, Belgique, Allemagne, Suisse, Pologne, Bulgarie, Italie, Pays-Bas, etc. ; Venezuela, Colombie, Équateur, Pérou, Chili, Bolivie, Paraguay, Brésil, Argentine, Uruguay; Nouvelle Zélande, Australie; Algérie, Maroc, Arabie Saoudite, Israël, Sénégal, Cameroun, Côte d’Ivoire, Afrique du Sud, Mozambique…).
13Quand on se lance dans une aventure semblable, on s’interroge sur l’accueil que la revue pourra recevoir auprès des lecteurs. On se prend à espérer un lectorat nombreux, varié voire international. La réalité a largement dépassé nos expectatives : la réception internationale d’Amerika, dès le premier numéro, fut excellente, comme en témoignent les premières statistiques. Notre campagne de communication a bien marché : rien n’aurait pu être possible sans le relais de la Société des Hispanistes Français (SHF à l’époque), des sociétés d’hispanistes du monde entier, Fabula, universités, d’autres revues internationales, qui ont largement diffusé nos appels et nos invitations à collaborer. Au jour d’aujourd’hui, nous avons environ 12.000 visites du site par mois, avec un record d’environ 20.000 visites pour le numéro 18, Colombie 2017.
14En conclusion : notre défi initial, utopique, a finalement pris corps dans la réalité. Amerika se caractérise, quinze ans après sa création, par une riche diversification des thèmes abordés eux-mêmes proposés par des canaux variés (universités partenaires, candidatures spontanées, colloques). Quelques exemples: La mémoire et ses représentations esthétiques en Amérique latine (deux numéros, car trop de propositions); Imaginaire et réalité dans les Amériques, mémoire, identité et politique sexuelle; Villes américaines du XXI siècle: réalités et représentations sociales, cultures et linguistiques; Monstres et monstruosités dans les représentations esthétiques et sociales; Écritures scéniques et dramatiques d’Amérique latine: quelles émancipations; Mémoires dans la Caraïbe et l’Amérique latine: entre tradition, modernité et post-modernité. 1920-2020 : un siècle de capitalisme ; des numéros thématiques : Manuel González Prada, Jorge Amado ; hommage à Rémi Le March’adour (Université de Lorient). Qui plus est, l’intégration de nouvelles collègues (comme Anaïs Fabriol, aujourd’hui directrice de la publication, des collègues du CELLAM, comme Charline Pluvinet, spécialiste du monde anglophone) sont la preuve du renouvellement et de nouvelles ambitions.
15Le défi du début est, aujourd’hui, une prometteuse réalité.
Pour citer cet article
Référence électronique
Néstor Ponce, « Mémoires d’un défi : historique de la revue Amerika 2010-2025 », Amerika [En ligne], 32 | 2026, mis en ligne le 10 juillet 2026, consulté le 15 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/amerika/23510 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16p49
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