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Haïti/Cuba : deux révolutions étranglées1

Haiti/Cuba: two strangled revolutions
Kouakou Laurent Lalekou

Résumés

Les révolutions haïtienne et cubaine sont deux épopées distantes dans l’histoire. Bien qu’elles aient eu lieu sur le continent Américain, l’une s’est déroulée à la fin du XVIIIe et au début XIXe siècle, et l’autre au XXe siècle. Elles ont toutes deux débouchés sur des ruptures radicales au plan à la fois social, économique et politique. Cependant, les espoirs ou expectatives suscitées chez les peuples respectifs contrastent aujourd’hui, avec l’aggravation de leurs conditions de vie. L’objectif de ce travail est de montrer pourquoi ces révolutions impensables dans leur contexte sont restées des promesses. L’hypothèse, ici, c’est qu’à ces épopées fondatrices, l’Occident a opposé un étouffement collectif. Cette étude, basée sur une analyse documentaire, s'articule autour de trois grands axes : la portée des révolutions haïtienne et cubaine, les méthodes occidentales pour leur asphyxie et les perspectives actuelles.

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Texte intégral

Introduction

  • 1 Projet européen Transatlantic Lab (101235830, HORIZON-MS CA-2024-SE-01), dirigé par la docteure Con (...)

1Les révolutions haïtienne et cubaine ont suscité d’énormes espoirs non seulement pour leurs peuples respectifs, mais aussi pour le monde aux regards du caractère fondateur de ces deux épopées dans l’hémisphère occidentale. Pour mieux comprendre la portée de ces révolutions dont l’une se situe à la fin du XVIIIe et au début XIXe siècle et l’autre au XXe siècle, il faut les placer dans leur contexte.

  • 2 Ici, même si la révolution, vue de l’extérieur, avait été menée par des esclaves, elle fut l’œuvre (...)

2La révolution haïtienne est intervenue à un moment où le « monde atlantique » reposaient sur trois piliers essentiels : la conquête, la colonisation et l'esclavage. Les Amériques furent les meilleurs exemples. Dans cette perspective, la révolution haïtienne, la première du genre, dans la mesure où elle avait été menée de bout en bout par des esclaves2, des personnes jusqu'alors considérées comme intrinsèquement soumises et incapables de se rebeller, était donc impensables (Armitage 2002). Elle se présentait comme un contre-modèle opposant, selon Marcus Rideker et Peter Linebaugh, « Hercule » à « L’Hydre aux mille têtes » (Rideker et Linebaugh, 2008). Le premier, dans le cadre haïtien, symbolisait la pérennité de l’ordre social colonial, capitaliste et esclavagiste. Le second, le désordre qu’incarnait cette révolution.

3Quant à la révolution cubaine, elle a eu lieu en pleine guerre froide dans un monde bipolarisé : d’un côté le bloc occidental et de l’autre le bloc communiste. Dans cet environnement où seules les dures réalités des blocs s’imposaient, une révolution à caractère socialiste à Cuba, dans l’hémisphère nord, à quelques encablures de la Floride, fut un séisme. La grande ile caribéenne, dans cet espace interaméricain marqué par l’hégémonie nord-américaine et un partage de pouvoir excluant les communistes, sera au cœur des tensions internationales.

4Les deux épopées révolutionnaires quoique distantes dans l’histoire, ont débouchés sur des ruptures radicales au plan à la fois social, économique et politique, suscitant énormément d’espoirs. Aujourd’hui, l’aggravation des conditions de vie dans ces États questionne les promesses révolutionnaires : Quelles furent les impacts et la résonnance de ces légendes latino-américaines ? Pourquoi malgré leur caractère inédit n’ont-elles été que des « mutations du statu quo » haïtien et cubain, voire du tiers monde ? Existe-il des perspectives actuelles de sortie de l’impasse ?

5L’objectif de ce travail est de montrer pourquoi ces révolutions impensables dans leur contexte ont tous deux produit leur contraire. Notre hypothèse est que face à ces révolutions épiques, l’Occident « dit civilisé » a opposé un étouffement collectif. Cette étude qui s’appuie sur une analyse documentaire, s'articule autour de trois grands axes : la portée des révolutions haïtienne et cubaine, les méthodes occidentales pour leur asphyxie et les perspectives actuelles.

Haïti et Cuba : deux grands séismes révolutionnaires

6La révolution haïtienne de 1791 à 1804 est le tout premier soulèvement d'esclaves qui a abouti. Ce succès a bouleversé l'ordre colonial, entrainant une rupture absolue avec le système esclavagiste. En ce sens, ce fut une révolution anti-systémique dirigée contre le système-monde capitaliste. Cependant, la singularité de l'exemple haïtien ne réside pas tant dans le changement introduit dans le monde atlantique, mais en ce qu’elle ait été l’œuvre d'esclaves. Cela d’autant plus que le système esclavagiste, au cours de l’histoire était semblable à une forteresse (Gliech, 2008).

7Il reposait sur une asymétrie de pouvoir entre maîtres et esclaves, et un appareil répressif fourni par les ressources militaires de l’État colonial qui permettait le contrôle social sur les plantations, rendant ainsi le système esclavagiste quasiment inattaquable et stable (Aptheker 1983). L’histoire épique du triomphe d’anciens esclaves sur leurs maitres dans la colonie caraïbéenne, possession la plus riche de l’époque, traduisait l’affaiblissement, puis l’effondrement du « pouvoir blanc », des couches dirigeantes de Saint-Domingue (Garran de Coulon 1797-99 : I, 6).

8Elle fut synonyme de décolonisation et d’abolition de l'esclavage. Désormais le mot « noir », qui autrefois signifiait esclave dans le vocabulaire colonial, prit le sens d'être humain : nèg nwa, homme noir en créole haïtien. Cela révélait un changement de paradigme : une transformation radicale dans le statut des personnes avec l’éradication de l’esclavage, une mutation dans la politique et la gouvernance de l’État. Dans cette nouvelle ontologie de l'histoire, les esclaves passent d’« être pour l'autre » à « être pour soi-même ».

9Le succès de la révolution haïtienne, au-delà d’avoir mis fin à l'ordre colonial et esclavagiste de l’époque, fut marquée par les victoires remportées contre les grandes puissances européennes telles que l'Espagne, l'Angleterre et la France. L’Angleterre a été vaincue par l'armée de Toussaint Louverture, la contraignant à la signature d’un armistice le 30 mars 1798 et à un retrait total de l’ile le 31 août 1798. Cette même armée d’esclaves a défait les troupes napoléoniennes à Vertières le 18 novembre 1803. C’était un exploit militaire majeur pour deux raisons symboliques : d’une part, elle fut à l’origine de la première abolition de l’esclavage et d’autre part, parce que pour la première fois dans l’histoire du monde, une armée d’indigènes, plus particulièrement d’esclaves noirs, est parvenue à se décoloniser. Cette révolution irréversible a inspiré de nombreux mouvements de libération dans le monde.

  • 3 La crise des missiles qui a opposé les États-Unis et l’URSS en 1962.

10Comme la révolution haïtienne, celle de Cuba un siècle et demi plus tard fit trembler le monde en devenant d’abord l’épicentre de la guerre froide3 et le symbole de l’anti-impérialisme mondial. Fidel Castro et ses hommes à travers le renversement de la dictature de Rubén Fulgencio Batista y Zaldívar soutenue par Washington, au-delà du caractère héroïque des combats de la Sierra Maestra, constituait un défi à l'hégémonie américaine en tant que superpuissance. La Révolution cubaine à l’image de David contre Goliath, devient le symbole d'une petite nation qui fait face à une plus grande, un modèle de résistance anti-impérialiste

  • 4 La théorisation du modèle révolutionnaire cubain à travers le « guévarisme » ou « foquisme », montr (...)

11Cuba, première révolution socialiste d’Amérique latine, hormis le séisme suscité dans le monde occidental, fut un défi en ce sens qu’il représentait un contre-modèle, rendant possible un autre système social. Il s’agissait d’empêcher que cette révolution reposant sur le « guévarisme » ou le « foquisme »4, trouve écho dans d’autres endroits du monde capitaliste, soit par son influence, soit par son action ou soutien aux guérillas latino-américaines et africaines. Les révolutions cubaine et haïtienne ont marqué des tournants, différents points d’inflexion dans l'histoire. Chacune a eu une signification symbolique puissante et irréfutable (Brion Davis 2021)

  • 5 États-Unis, France, Grande-Bretagne et Espagne.

12Ces deux révolutions ont respectivement suscité des réactions ambivalentes : admirations chez les mouvements de libération ; peur, inquiétude et indignation dans le monde occidental. Ainsi à ces épopées révolutionnaires, les puissances occidentales5 vont y opposer un étouffement collectif par l’isolement économique et politique, le silence assourdissant de l’histoire (Trouillot, 1995). Ce sont des révolutions que l’histoire n’a voulues ni voir, ni écouter pour sa transmission.

Les méthodes occidentales d’asphyxie

13La Révolution haïtienne, une insurrection d’esclaves déboucha sur la création de la première République noire indépendante le 1ᵉʳ janvier 1804. Cette surprenante victoire qui bouleversait l’ordre colonial a entraîné la stupeur au sein des puissances esclavagistes de l’époque (France, Espagne, Angleterre, États-Unis). Pour empêcher que l’héroïsme haïtien soit un exemple et n’attise des soulèvements d’esclaves d’autres colonies, il fut simplement ignoré, réduit au silence.

14Pire le triomphe révolutionnaire a exposé Haïti à une contre-révolution : isolement diplomatique sur la scène internationale, coup d’Etat, imposition de rançon en échange de la liberté et l’indépendance. La révolution haïtienne n’a pas reçu la reconnaissance qu’elle méritait dans le monde, surtout de la part des puissances coloniales. La marginalisation de la nouvelle république s’est traduite par l’établissement tardif des relations diplomatiques avec beaucoup de pays.

15Tableau no 1 : les premières relations diplomatiques post-révolution

País

Año

Colombia

1824

Francia

1825

Venezuela

1825

Brasilia

1828

Panamá

1854

Estados-Unidos

1862

Reino Unido

1966

México

1882

Chile

1898

España

1939-1945

Canadá

1954

16Source : Kouakou Laurent Lalekou, 2025, «Haití: modelo negro o contramodelo en las Américas», Amerika, 31/2026, URL: http://journals.openedition.org/​amerika/​22933; consulté le 13 mars 2026

17En dehors de l’ostracisation internationale dont Haiti fut victime, il eut le coup d’État contre le gouvernement de Jean-Jacques Dessalines. Il avait pour but de bloquer le processus de confiscation au profit de l’État haïtien, des terres des anciens colons. Ce coup de force qui a entraîné l’assassinat de Dessalines le 17 octobre 1806 marquait une scission majeure dans la vie de la jeune république. Rupture non seulement politique, mais territoriale entre les auteurs et bénéficiaires du coup d’État : Henri Christophe au nord et Alexandre Pétion à l’ouest et au sud.

18Ce fut le début d’une période d’instabilité qui a fragilisé durablement l’État naissant, ouvrant la voie à l’ordonnance française de 1825. Cette ordonnance de rançonnement du peuple haïtien faisait partie d’un processus de contre-révolution. À travers ces indemnités compensatoires, il s’agissait pour la France d’un côté, de prolonger l’effet du coup de force de 1806 et de l’autre, d’endetter Haïti afin de rendre irréalisable tout projet révolutionnaire. Cette autre colonisation par la dette sur fond de chantage, d’ultimatum de guerre et d‘extorsion de ressources a entraîné le pays dans « une spirale d’endettement qui a paralysé le pays pendant plus d’un siècle » (Slavicek, 2022). Aujourd’hui, Haïti fait partie des pays les plus pauvres du monde.

19Les puissances coloniales pour lutter contre le syndrome haïtien l’ont intentionnellement transformé en un « mauvais exemple ». Cette stratégie de contrôle social par la dissuasion a été beaucoup employée dans l’histoire coloniale. Un exemple fut Carlota Lucumí, une esclave d’origine africaine. Elle fit partie des personnes qui ont dirigé le soulèvement de Triunvirato à Cuba en 1843. Une fois capturée, elle fut attachée les pieds et les mains à quatre chevaux qui l’ont tirée dans des directions opposées pour la démembrer. Par ce châtiment impitoyable, les propriétaires d'esclaves voulaient donner une leçon à ses partisans ( López-Trigo, 2020).

  • 6 Cf. Loi Torricelli (1992), loi Helms-Burton (1996), etc.

20L’élimination de cette esclave répondait à une double stratégie. Il s’agissait d’un côté, de décaper sur le moment le mouvement et de l’autre, d’étouffer métaphoriquement tous les soulèvements de ce type. La mort d’un leader peut permettre d’empêcher la structuration et réalisation d’un projet social. Cela explique les 638 tentatives d’assassinat de Fidel Castro par la CIA après le succès retentissant de la révolution cubaine en 1959 (Bougon, 2021). Parallèlement à cela, les États Unis ont essayé différentes autres approches en vue d’asphyxier le nouveau régime : Operation Mongoose, financement de contre-révolutionnaires cubains vivant sur leur sol, comme ce fut le cas lors de l’assaut sur la Baie des Cochons en avril 1961 ; embargo commercial, celui qui a le plus duré dans le monde et qui, avec le temps, s’est transformé en sanctions économiques, commerciales et financières6 (Amnistía Internacional, 2009 : 7)

  • 7 Doctrine Monroe, qui dissuadait toute nouvelle intervention ou colonisation de puissances européenn (...)

21On pourrait se demander pourquoi après l’effondrement du bloc soviétique, l’embargo états-unien contre l’île n’a-t-il pas été levé ? Le problème entre les États Unis et Cuba n’était pas la guerre froide dont l’île était devenue à un moment donné l’épicentre, mais le système communiste cubain qui aux frontières américaines, se présente toujours comme un contre-modèle. Il faut noter que, de la même manière depuis James Monroe7, les États-Unis ont fait de l’Amérique latine leur « zone d'influence exclusive », il voulait empêcher l'expansion du communisme, en d’autres termes, l’exportation du modèle révolutionnaire cubain aux pays du sous-continent.

  • 8 Quelques exemples sont: Noriega et Omar Torrijos (Panama) ; Leopoldo Galtieri, Roberto Viola et Vid (...)

22Ils ont donc formé les militaires latino-américains à la répression et au renseignement8. Dans la foulée de la Révolution cubaine, le centre d'entraînement américain crée à Panama en 1946, a été rebaptiser l'École des Amériques en 1963 (Perspective Monde, 2026 ; Resche, 2013). Cette institution antérieurement vectrice de l’influence américaine, s’est muée en une autre dont la mission fut prioritairement la lutte anti-communiste et la protection des intérêts américains dans la région.

23La révolution cubaine et avant elle, celle d’Haïti, un siècle et demi plus tôt furent des triomphes majeurs et inédits au plan à la fois militaire et humain. La révolution haïtienne a conduit à l’abolition de l’esclavage. La révolution cubaine quant à elle fut la marque d’une indépendance retrouvée face aux États-Unis. Cependant, ces révolutions, malgré leur caractère structurant, ont été très vite étouffées par des grandes puissances qui en ont fait des États économiquement exsangues.

La multipolarité : une chance à saisir

24Haïti et Cuba, après la révolution ont vu leur avenir spolié par les grandes puissances impérialistes (France, Espagne, Angleterre, États-Unis). Cependant, sur le continent américain, les États-Unis ont toujours été la puissance hégémonique. Cette omniprésence dominatrice étatsunienne au plan à la fois régional et global est aujourd’hui contestée par d’autres : la Chine et la Russie.

25Un changement d'équilibre qui demande de sortir des relations de domination héritées du passé colonial et impose une réflexion critique sur sa place afin de se positionner désormais en tant qu’acteur et non pas spectateur dans le concert des nations. Et ce d’autant plus qu’à la vision hégémonique unique d’hier tend à se substituer un monde pluriel en termes de partenariats, de possibilités et d’opportunités. En ce sens, Haïti et Cuba pourraient intégrer de grands ensembles internationaux comme les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), l’Alliance bolivarienne, l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et la CELAC (Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes). Ces réseaux internationaux pourraient offrir à ces petites nations des opportunités de financement diversifiées.

26Ce monde en recomposition propose d’autres technologies aussi innovantes que variées pour le développement d’infrastructures modernes. Selon Calherbe Monel, représentant Haïti au VIe Forum Municipal International des pays du BRICS des 27 et 28 août 2024 à Moscou et ambassadeur désigné par cette même organisation,

La collaboration avec ce groupe ouvre des perspectives stratégiques considérables pour Haïti, notamment dans les domaines de l’éducation, de la culture et de la recherche scientifique. Il a mis en avant la mise en place de programmes d’échanges universitaires, de projets de recherche conjoints, et l’attribution de bourses d’études, propulsant Haïti au cœur de secteurs-clés tels que l’innovation, la santé, le tourisme et la modernisation technologique (Martinez Claircidor, 2024).

27La Nouvelle Banque de Développement (NBD) ou Banque des BRICS pourrait financer des projets haïtiens. Les BRICS offriraient d’énormes débouchés aux exportations haïtiennes et les investissements directs étrangers (IDE). Une autre opportunité est l’Alliance Agricole par exemple des BRICS+ qui dans le cas de Haïti serait une chance inespérée pour moderniser son secteur agricole et renforcer sa souveraineté alimentaire. Aujourd’hui, l’adhésion d’un État comme Cuba aux BRICS+ et à leur système d’échange financier en tant que pays officiellement partenaire, ouvre « une perspective intéressante pour échapper aux dollars et donc au blocus » étatsunien (Roger Grevoul, 13 septembre 2025 ).

  • 9 Le blocus économique des États-Unis s’est aggravé sous Donald Trump, avec 243 nouvelles sanctions p (...)

28Cela est la preuve que Cuba se réinvente malgré les difficultés dans le Sud Global et montre dans un monde multipolaire en formation, la voie à suivre. L’île caribéenne soumise à un blocus économique renforcé par les États Unis depuis 1961, en intégrant les BRICS+ marque une historique. Face à l’asphyxie de ses circuits financiers et aux nouvelles sanctions sous Donald Trump9, Cuba, à travers la résilience de sa diplomatie, parvient à les contourner discrètement et efficacement en se repositionnant dans un monde en recomposition.

29Il rejoint avec le soutien actif de la Chine, de la Russie et du Brésil « un écosystème économique alternatif, fondé sur l’usage des monnaies nationales et le financement de projets via la Nouvelle Banque de Développement (NDB) » (Poly, 16 août 2025). Les BRICS+ deviennent le nouveau levier stratégique, un espace de partenariat élargie, et un réseau de coopération Sud-Sud permettant de donner un nouveau souffle à son économie. C’est aussi une fenêtre d’opportunité qui donne à Cuba la possibilité de faire désormais valoir ses capacités logistiques et son expertise médicale. Cette « diplomatie du savoir-faire » basée sur la coopération internationale et des alliances stratégiques est l’outil de redynamisation et développement industriel.

30Tableau no: Les jeux de pouvoir entre le « Sud global » et le monde occidental sous les BRICS+

BRICS+

Monde occidental

BRICS PAY

SWIFT/ Dollar américain

Nouvelle Banque de développement (NDB)

FMI / Banque mondiale

BRICS+

G7

45 % de la population mondiale et plus de 35 % du PIB mondial

10% de la population mondiale et 44 à 46 %du PIB mondial

31Source : Tableau réalisé par l’auteur

32Les BRICS+ rendent possible un autre monde. Ce monde multipolaire offre des alternatives au dictat des structures du monde unipolaire comme des contre-poids ou une fenêtre économique.

Conclusion

33La révolution haïtienne a marqué la première abolition de l’esclavage et celle de Cuba, la première révolution socialiste dans le bloc capitaliste pendant la guerre froide. Face à leur résonance à la fois régionale et mondiale, l’on va très vite leur opposer une contre-révolution : isolement diplomatique et « dette d’indépendance » dans le cas haïtien ; un embargo, le plus long de l’histoire, de 1961 à nos jours pour ce qui concerne Cuba. Face à ces stratégies d’asphyxie économique et d’étouffement collectif qui constituent le modus operandi d’un monde unipolaire dominé depuis 1990 par les États Unis puissance hégémonique d’alors, les Groupes tels que les BRICS, l’Alliance bolivarienne, l’Organisation de coopération de Shanghai et la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes offrent à ces deux pays, d’autres leviers pour un repositionnement dans un monde pluriel et de plus en plus multipolaire.

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Bibliographie

Amnesty International, (2009), El embargo estadounidense contra cuba su impacto en los derechos económicos y sociales, Madrid, Editorial Amnistía Internacional (EDAI).

Aptheker, Herbert, 1983, American Negro Slave Revolts, New World Paperbacks, New York.

Bougon, François, 2016, Ces 638 fois où la CIA a voulu se débarrasser de Fidel Castro, Le Monde, 26 novembre, https://www.lemonde.fr/

Brion, Davis, 2001, « Impact of the French and Haitian revolutions », Geggus, David, dir. The impact of the Haitian Revolution in the Atlantic World, Columbia, University of South Carolina Press, pp. 3-9.

Garran de Coulon, Jean-Philippe (1797-99) : Rapport sur les troubles de Saint Domingue, fait au nom de la commission des colonies, des comités de Salut Public, de législation et de la marine, 4 vols, Imprimerie Nationale, Paris.

Gliech, Oliver, 2008, « L’insurrection des esclaves de Saint-Domingue et l’effondrement du pouvoir blanc. Réflexions sur les causes sociales d’une « révolution impensable » (1789-1792) », Haïti 1804 – Lumières et ténèbres. Impact et résonances d'une révolution, Léon-François Hoffmann, Frauke Gewecke et Ulrich Fleischmann (dir.), Iberoamericana

Grevoul Roger, 13 septembre 2025, « Cuba donne une réponse historique aux USA et rejoint les BRICS », Initiative communiste, https://www.initiative-communiste.fr/

Kouakou Laurent Lalekou, 2025, «Haití: modelo negro o contramodelo en las Américas», Amerika, 31/2026, URL: http://journals.openedition.org/amerika/22933; consulté le 13 mars 2026. 

Martinez Claircidor, Jude, 15 septembre 2024, Haïti au VIe Forum Municipal International des BRICS, https://www.rhinews.com/actualites/

López-Trigo Pedro Ríoseco, 2020, «Carlota, la esclava que honramos en Angola», granma, (órgano oficial del comité central del partido comunista de CUBA), https://www.granma.cu/cuba/

Perspective Monde, 12 ,ars 2026, Création de l'École militaire des Amériques, Perspective Monde, Outil pédagogique des grandes tendances mondiales depuis 1945, École de politique appliquée, Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke, Québec, Canada,
https://perspective.usherbrooke.ca/

Poly Herve, 16 août 2025, « Cuba, une île qui se réinvente au cœur du Sud Global »,  Internationale,  https://lepcf.fr/

Trouillot, Michel-Rolph, 1995, Silencing the Past: Power and the Production of History, Boston, Beacon Press.

Slavicek Marie, 23 mai 2022, « Haïti : comment la France a obligé son ancienne colonie à lui verser des indemnités compensatoires », Le monde, https://www.lemonde.fr/, 14/03/2026.Accueil  articles  3-INTERNATIONAL

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Notes

1 Projet européen Transatlantic Lab (101235830, HORIZON-MS CA-2024-SE-01), dirigé par la docteure Consuelo Naranjo Orovio (Institut d'histoire - CSIC)

2 Ici, même si la révolution, vue de l’extérieur, avait été menée par des esclaves, elle fut l’œuvre d’esclaves en grande majorité, mais aussi de mulâtres et de noirs libres.

3 La crise des missiles qui a opposé les États-Unis et l’URSS en 1962.

4 La théorisation du modèle révolutionnaire cubain à travers le « guévarisme » ou « foquisme », montre qu’il est possible avec un petit noyau de combattants armés, d’obtenir la victoire.

5 États-Unis, France, Grande-Bretagne et Espagne.

6 Cf. Loi Torricelli (1992), loi Helms-Burton (1996), etc.

7 Doctrine Monroe, qui dissuadait toute nouvelle intervention ou colonisation de puissances européennes en Amérique à partir de 1823.

8 Quelques exemples sont: Noriega et Omar Torrijos (Panama) ; Leopoldo Galtieri, Roberto Viola et Videla (Argentine); Juan Velasco Alvarado (Pérou); Rios Montt (Guatemala); Hugo Banzer (Bolivie); Pinochet (Chili), Somoza (Nicaragua), Stroessner (Paraguay), Juan Melgar Castro et Policarpio Paz Garcia (Honduras), Carlos Humberto Romero (Salvador) …

9 Le blocus économique des États-Unis s’est aggravé sous Donald Trump, avec 243 nouvelles sanctions parmi lesquelles la réinscription Cuba sur la liste des États soutenant le terrorisme.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Kouakou Laurent Lalekou, « Haïti/Cuba : deux révolutions étranglées »Amerika [En ligne], 32 | 2026, mis en ligne le 04 août 2026, consulté le 15 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/amerika/24151 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16p4i

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Auteur

Kouakou Laurent Lalekou

Maître de Conférences CAMES, Département d’Études Hispaniques et Lusophones (DEHL), Université Félix Houphouët-Boigny (Abidjan/Cocody), Fohundy08042013@gmail.com / lmoyerlk@yahoo.fr

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