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Traditions du patrimoine antique
« La France au miroir de l'Antique »

Les langues et cultures de l’Antiquité dans la réforme du collège de 2016 : une volonté absolue d’interdisciplinarité

Guillaume Diana
p. 99-118

Résumés

La place des Langues et cultures de l’Antiquité au sein du Collège 2016 est multiple : à l’intérieur des disciplines telles que l’histoire, le français, les arts et l’histoire des arts, ou comme discipline propre dans le cas de l’option latin ou grec ancien. Le « Collège 2016 » avait pour ambition de redéfinir l’approche des Langues et cultures de l’Antiquité afin de rendre bien plus interdisciplinaires les enseignements, en les faisant se répondre. Cependant, à travers cette interdisciplinarité, les enseignants ont assisté à un effacement progressif des savoirs liés à l’Antiquité, noyés dans des projets parfois bien éloignés des attentes académiques.

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Texte intégral

De chaleureux remerciements sont adressés aux trois organisateurs de la journée d’étude. Qu’ils trouvent dans cet article l’expression de ma reconnaissance pour la confiance qu’ils m’ont accordée

  • 1 Loi n°2013-595 du 8 juillet 2013 d’orientation et de programmation pour la refondation de l’École (...)

1Une réforme du Collège a été initiée par la Loi de Refondation de l’École de 20131. En quelques dates, rappelons les principales étapes :

8 juillet 2013 : Loi de Refondation de l’École.

  • 2 Arrêté du 19 mai 2015 relatif à l’organisation des enseignements dans les classes de collège, en (...)

19 mai 2015 : Arrêté relatif à l’organisation des enseignements dans les classes de collège2.

  • 3 La réforme de l’École modifie l’organisation de la scolarité des élèves en cycles de trois années(...)

24 novembre 2015 : Parution des programmes des cycles 2, 3 et 43.

  • 4 Arrêté du 8 février 2016, en ligne.

16 mars 2016 : Parution du programme de Langues et cultures de l’Antiquité4.

1er septembre 2016 : Mise en place officielle de la Réforme dans les établissements secondaires publics.

  • 5 Arrêté du 16 juin 2017 modifiant l'arrêté du 19 mai 2015, en ligne.

16 juin 2017 : Arrêté modifiant l’organisation des enseignements dans les classes de collège5.

  • 6 Cf. les publications sur le site Eduscol.

2Les trois dates à considérer sont mises en évidence. Dans les programmes mis en application en 2016, le fonctionnement général est revu : les disciplines du collège intègrent la notion de « cycle », auparavant inusitée. L’on comprend ici l’idée d’un enseignement récurrent, spiralaire, afin d’offrir aux élèves la possibilité de mieux maîtriser les notions en les approfondissant au fil des années. L’interdisciplinarité et la pédagogie de projet deviennent les méthodes principales que les enseignants doivent adopter, et ces derniers sont invités par le programme lui-même, ainsi que par les ressources électroniques du ministère, à user de cette interdisciplinarité6. Dans les premiers programmes, les langues anciennes n’apparaissaient pas en tant que disciplines ayant un programme propre. C’est à partir de la parution de l’arrêté du 8 février 2016 que les Langues et cultures de l’Antiquité (LCA) sont mentionnées comme disciplines à part. L’étude des programmes de Français, d’Histoire et de LCA (latin comme grec ancien), et l’analyse des manuels de ces trois disciplines nous permettront de comprendre la place de l’Antiquité au sein du Collège 2016. Nous choisissons de ne pas traiter l’expérimentation sur le terrain, afin de ne focaliser notre attention que sur les directives officielles et l’exploitation des programmes par les éditeurs de manuels.

Une dilution de l’Antiquité comme thème d’étude de plusieurs disciplines

  • 7 Cf. les programmes applicables à la rentrée 2009 parus au Bulletin officiel spécial n°6 du 28 aoû (...)

3En premier lieu, nous nous demanderons quelle est la place des Langues et cultures de l’Antiquité au sein du collège. L’Antiquité faisait partie intégrante du programme de plusieurs disciplines, dont le Français, l’Histoire et les Arts plastiques dans les programmes antérieurs à ceux de 20167. La compréhension des références et des mondes antiques n’apparaissait pas toujours explicitement dans les textes officiels. Nous porterons notre analyse sur trois disciplines, Français, Histoire et Histoire des arts, et tout particulièrement sur leurs programmes d’enseignement.

  • 8 Cf. le programme des enseignements des cycles 2, 3 et 4, p. 170 sq.

4En classe de Sixième, en Histoire, les élèves revoient et approfondissent des notions déjà abordées plus tôt8. L’essentiel des efforts n’est porté, en primaire, que sur l’histoire de la France, depuis les premières tribus jusqu’à aujourd’hui, en étudiant la place des Gaulois, puis la romanisation de l’ensemble de la Gaule. Le programme invite à l’étude de l’histoire du pourtour de la Méditerranée, et l’Europe, principalement.

5Comparons tout d’abord les programmes d’Histoire applicables aux rentrées de 1996 et de 2009. Les programmes de 1995 donnaient des indications horaires précises : 1h15 hebdomadaire consacrée à l’histoire sur les trois heures de la discipline, soit 45 heures consacrées à l’histoire sur l’année.

Programme de 1995

Programme de 2008

Introduction : la naissance de l’agriculture
et de l’écriture (2 à 3 h)

I. L’Égypte : le pharaon, les dieux et les hommes (4 à 5 h)

II. Le peuple de la Bible : les hébreux (4 à 5 h)

I – L’Orient ancien (10%)

L’Orient ancien au iiie millénaire av. J.-C. :

premières écritures et premiers états

III. La Grèce (9 à 10 h)

1. Naissance d’une culture, d’une organisation politique, de croyances

2. Athènes au ve siècle av. J.-C.

3. Alexandre le Grand

II – La civilisation grecque (25%)

Thème 1 – Au fondement de la Grèce : cités, mythes, panhellénisme

Thème 2 – La cité des Athéniens (veive siècle) : citoyenneté et démocratie

Thème 3 – (au choix)

-Alexandre le Grand

-La Grèce des savants

IV. Rome : de la république à l’empire
(9 à 10
 h)

1. La cité et son expansion

2. L’empire romain

III – Rome (25%)

Thème 1 – Des origines à la fin de la république : fondation, organisation politique, conquêtes

Thème 2 – L’empire : l’empereur, la ville,
la romanisation

V. Les débuts du christianisme (3 à 4 h)

IV – Les débuts du judaïsme et
du christianisme (20%)

Thème 1 – Les débuts du judaïsme

Thème 2 – Les débuts du christianisme

VI. Conclusion : la fin de l’empire romain
d’occident et les héritages de l’Antiquité
(2 à 3 h)

V – Les empires chrétiens du haut moyen-âge (10%)

VI – Regards sur des mondes lointains (10%) au choix

Thème 1 – La Chine des Han à son apogée

Thème 2 – L’Inde classique aux ive et ve siècles

6Le passage des programmes de 1995 à 2008 a vu baisser le nombre d’heures consacrées à l’Orient ancien, passant de deux thèmes propres à un thème au choix (Égypte ou Mésopotamie). L’Antiquité centrée sur le pourtour méditerranéen est dépassée, laissant la place à l’Extrême Orient (Chine ou Inde) à l’apogée de chaque civilisation. La préhistoire est laissée de côté pour focaliser l’attention des élèves sur les civilisations humaines. Le haut Moyen Âge n’est étudié que dans les programmes de 2008.

7Le programme de 2016 est bien plus large d’un point de vue chronologique. Les trois thèmes d’Histoire portent sur la préhistoire et sur l’Antiquité :

Thème 1 – La longue histoire de l’humanité et des migrations
• Les débuts de l’humanité
• La « révolution » néolithique
• Premiers États, premières écritures

Thème 2 – Récits fondateurs, croyances et citoyenneté dans la Méditerranée antique au Ier millénaire avant J.-C.
Le monde des cités grecques
• Rome du mythe à l’histoire
• La naissance du monothéisme juif dans un monde polythéiste

Thème 3 – L’empire romain dans le monde antique
• Conquêtes, paix romaine et romanisation
• Des chrétiens dans l’Empire
• Les relations de l’empire romain avec les autres mondes anciens : l’ancienne route de la soie et la Chine des Han

  • 9 Ibid., p. 177. Nous mettons en évidence les deux verbes.
  • 10 La comparaison a été effectuée sur les spécimens de manuels préparés pour la rentrée 2016.

8Le premier thème recoupe à la fois la préhistoire et les premières grandes civilisations. À l’intérieur de ce thème, on lit une seule phrase sur les premières cités, développement réduit en comparaison du point sur les débuts de l’humanité et la révolution néolithique : « L’étude des premiers États et des premières écritures se place dans le cadre de l’Orient ancien et peut concerner l’Égypte ou la Mésopotamie9. » L’étude de ces deux types de civilisations fait donc l’objet d’un choix de la part du professeur : il semble désormais presque impossible de transmettre des savoirs liés à l’Égypte et à la Mésopotamie à une même classe. Comparons le traitement des différents thèmes par les manuels d’Histoire en Sixième10.

Fig. 1. Répartition des sujets dans les manuels d’Histoire en classe de Sixième.

9Les sous-thèmes font chacun l’objet d’un chapitre dans les manuels : les premiers États et les premières écritures ont ainsi droit à une dizaine de pages. Il n’est donc plus pertinent, selon ce programme, de proposer d’étude longue, par exemple, de la civilisation égyptienne. L’ensemble est balayé rapidement, à travers les édifices principaux (tels que les grandes Pyramides), et l’aspect politique. La naissance de l’écriture fait également l’objet d’un développement propre, souvent en deux ou trois pages. Quelques thèmes sont traités plus longuement : les civilisations grecque et romaine.

  • 11 Collectif, Histoire Géographie Enseignement moral et civique, Paris, Nathan, 2016, p. 50-51.

10Quant à la mise en œuvre dans les manuels, prenons en exemple un manuel édité chez Nathan11.

Fig. 2. Pages extraites du manuel de l’éditeur Nathan, p. 50-51.

11Sur la double page, l’ensemble est traité rapidement : on peut considérer qu’en une séance d’une heure, l’étude de la cité d’Ur est abordée. La région mésopotamienne dans son ensemble est peu présente dans les activités, afin de se concentrer sur le cas d’une cité. Il en va de même pour les études suivantes où l’Égypte ancienne est traitée en deux pages.

12La variété des documents donne un aperçu de la civilisation égyptienne, en reprenant des éléments culturels et historiques qui sont de l’ordre de la connaissance commune. L’emplacement de l’Égypte ou des pyramides sur une carte n’a plus d’importance : les repères chronologiques et spatiaux sont tout à fait négligés dans ces chapitres.

  • 12 Cette diminution est progressive sur l’ensemble des réformes des programmes.

13C’est donc par touches successives que sont étudiés les grandes civilisations, et les grands peuples de l’Antiquité. Si l’on compare les programmes d’Histoire du début du xxe siècle avec ceux de la rentrée 2016, l’on se rend compte de la perte de contenu étudié : les manuels d’Histoire s’intitulaient « L’Orient et la Grèce », qui représentaient le cœur de la matière historique de Sixième12. Avec neuf sous-thèmes à traiter en histoire, auxquels il faut adjoindre le programme de géographie et d’enseignement moral et civique, les enseignants ne peuvent pas consacrer beaucoup de temps à « Rome du mythe à l’histoire » ou « Le monde des cités grecques ». Les notions sont donc survolées sans faire l’objet d’approfondissements : les programmes d’Histoire ne proposent plus l’étude de l’Antiquité avant la classe de Seconde, où préhistoire et Antiquité forment deux des cinq thèmes annuels. Pourtant, l’intérêt primordial des cours d’Histoire et en Géographie n’est-il pas de donner de nombreux repères dans le temps et dans l’espace, adjoints à une connaissance de différentes civilisations ?

Fig. 3. Pages extraites du manuel de l’éditeur Nathan, p. 52-53.

14Les programmes de Français fonctionnent différemment : avant 2016, la progression en littérature suivait en grande partie le programme d’Histoire, laissant par exemple une grande place à l’Antiquité en Sixième et au Moyen Âge en Cinquième.

15Les programmes de 1995 présentent une partie « Sources culturelles : l’héritage antique » dont l’idée principale est de « découvr[ir] l’Antiquité dans ses deux grandes dimensions : la Bible pour l’héritage judéo-chrétien, et pour l’héritage, gréco-romain, l’Odyssée d’Homère, l’Énéide de Virgile et les Métamorphoses d’Ovide. » En lien avec le programme d’histoire, la littérature antique est privilégiée, et les programmes invitent à « combiner l’approche du texte antique et du genre épique ».

  • 13 Deux œuvres apparaissent en plus de celles du programme précédent : Le Récit de Gilgamesh pour le (...)

16Dans les programmes de 2008, une seule entrée est fléchée sur la littérature antique : « 1. Textes de l’Antiquité », dans laquelle apparaît simplement la liste des œuvres proposées à la lecture13. Dans le domaine lexical, le vocabulaire des religions doit être étudié dans le cadre des « croyances et pratiques religieuses dans l’Antiquité ». La partie V du programme concernant l’histoire des arts est explicite quant à la place des savoirs et œuvres antiques : « La priorité est accordée à l’Antiquité, l’étude des textes fondateurs permettant de mettre en valeur la thématique "Arts, mythes et religions". C’est l’occasion de sensibiliser les élèves au fait religieux et de leur faire découvrir, en liaison avec la lecture des textes, des œuvres d’art antique et moderne, leur attention se portant principalement sur les sujets et des figures mythiques. » L’Antiquité est donc présentée comme un socle culturel, littéraire et linguistique sur lequel se bâtit l’ensemble de la littérature postérieure.

  • 14 Programme des cycles 2, 3 et 4, p. 123-124.

17À partir de la rentrée 2016, la progression est thématique, et l’approche des textes change quelque peu. À l’intérieur des cinq thèmes du programme de Sixième, l’Antiquité est mentionnée14 :

Le monstre, aux limites de l’humain

On étudie […] des extraits de L’Odyssée et/ou des Métamorphoses et […] des récits adaptés de la mythologie et des légendes antiques […].

Récits de création ; création poétique

On étudie […] un extrait long de La Genèse dans la Bible (lecture intégrale) ; des extraits significatifs de plusieurs des grands récits de création d’autres cultures […]

Résister au plus fort : ruses, mensonges, masques

On étudie […] une pièce de théâtre (de l’Antiquité à nos jours) ou un film sur le même sujet (lecture ou étude intégrale).

  • 15 « En 6e : trois ouvrages de littérature de jeunesse contemporaine et trois œuvres classiques », P (...)

18Les œuvres à étudier ne sont plus imposées : en face d’une œuvre antique comme l’Odyssée ou l’Énéide, que les programmes invitaient fortement à lire en lecture intégrale (abrégée ou non) dans les programmes de 2009, on retrouve « des extraits de l’Odyssée et/ou des Métamorphoses et […] des récits adaptés de la mythologie ». Avec l’entrée remarquée des livres de littérature jeunesse dans le programme du cycle 3, donc en Sixième15, la fréquentation des œuvres antiques semble moins utile, moins attendue. Les enseignants doivent créer leur progression annuelle littéraire en prenant en compte ce nouveau type de littérature, jusque-là cantonné au primaire.

19Dans le thème « Récits de créations ; création poétique », on note la présence d’un « extrait long de La Genèse », entre autres. Ce thème est pourtant double, puisqu’il demande d’aborder à part la création poétique, donc le poète en pleine création, et la création du monde dans les récits religieux. L’Antiquité a sa place dans ce thème, sans pour autant en être le centre.

20Pour le thème « Résister au plus fort », la mention d’Antiquité permet seulement de délimiter l’arc temporel dans lequel l’enseignant doit piocher la pièce de théâtre, ou offrir l’étude d’un film sur le même sujet. On comprend que l’Antiquité n’est parfois utilisée dans les programmes que comme prétexte pour n’exclure aucune période historique ou littéraire.

21Le programme de Français du cycle 4 invite moins les enseignants de Lettres à travailler la matière antique. Cependant, on note qu’un espace a été aménagé dans chaque année du cycle.

  • 16 Ibid., p. 246.
  • 17 Ibid., p. 247.
  • 18 Ibid., p. 249.

Année du cycle 4

Cinquième

Quatrième

Troisième

Entrée :

Agir sur le monde

Se chercher,

se construire

Vivre en société, participer à la société

Questionnement :

Héros / héroïnes et héroïsmes16

Dire l’amour17

Dénoncer les travers de la société18

Corpus proposé :

On étudie :

• en lien avec la programmation annuelle en histoire […], des extraits d’œuvres de l’époque médiévale, chansons de geste ou romans de chevalerie et » des extraits d’œuvres épiques, de l’Antiquité au xxie siècle.

On étudie :

• un ensemble de poèmes d’amour, de l’Antiquité à nos jours.

On étudie :

• des œuvres ou textes de l’Antiquité à nos jours, relevant de différents genres ou formes littéraires (particulièrement poésie satirique, roman, fable, conte philosophique ou drolatique, pamphlet) et

• des dessins de presse ou affiches, caricatures, albums de bande dessinée.

Fig. 4. Extrait des programmes de Français du cycle 4.

22Dans ces questionnements, l’enseignant a le choix de ne pas traiter d’œuvre antique dans son propre corpus : celles qui sont inscrites au programme ne sont souvent que des propositions d’étude. Les éditeurs de manuels, quant à eux, ont pris le parti de laisser systématiquement une place à l’Antiquité dans leurs ouvrages. Afin de traiter de cet usage, nous étudierons à titre d’exemple les manuels du niveau Cinquième qui, à travers le questionnement des « Héros/héroïnes et héroïsmes », laisse une place plus naturelle à l’étude des textes et mythes antiques que les autres. Comparons le nombre de pages consacrées aux LCA chez les différents éditeurs (toutes thématiques confondues).

Éditeur

Collection

MAGNARD

Jardin des lettres

HATIER

Colibris

BORDAS

Sillages

HACHETTE

Fleurs d’encre

LE ROBERT

Le passeur de

textes

NATHAN

Terre des Lettres

BELIN

L’envol des Lettres

LELIVRE-SCOLAIRE
.FR

Pages sur les LCA

15 p.

9 p.

8 p.

28 p.

27 p.

12 p.

19 p.

2 p.

Total manuel

351 p.

378 p.

360 p.

384 p.

347 p.

399 p.

383 p.

367 p.

Étude littéraire

241 p.

263 p.

263 p.

253 p.

282 p.

313 p.

283 p.

209 p.

Statistiques

(1) total

(2) culturel

4,27 %

6,22 %

2,38 %

3,42 %

2,22 %

3,04 %

7,29 %

11,06 %

7,78 %

9,57 %

3 %

3,83 %

4,96 %

6,71 %

0,54 %

0,95 %

Fig. 5. Nombre de pages consacrées aux LCA dans les manuels de Français de Cinquième.

23Notons d’emblée que trois manuels se détachent de l’ensemble : celui du nouvel éditeur Lelivrescolaire.fr, avec moins d’1 % de son ouvrage consacré à l’Antiquité (tout du moins dans la partie culturelle), Bordas avec 3 % du culturel, et Hatier avec moins de 3,5 %. D’autres éditeurs ont pris le parti de l’intégrer au mieux : Hachette ou Le Robert dépassent de loin leurs concurrents. Pour Bordas, il faut noter que dans la liste des collègues participants, aucun n’enseigne les Lettres classiques. Peut-être est-ce une explication à la chute des pourcentages, pourtant, à l’inverse, Lelivrescolaire.fr fait intervenir plusieurs dizaines d’enseignants de Lettres.

  • 19 En ce qui concerne les manuels de Langues anciennes, il faut savoir que la situation est particul (...)

24La quantité des pages traitant de l’Antiquité ne montre que la face visible du problème. Si l’on entre dans le détail de chaque éditeur, il apparaît que certains ont suivi les recommandations interdisciplinaires du Ministère, proposant eux-mêmes des activités à exploiter en Enseignements pratiques interdisciplinaires, d’autres mettent à l’honneur l’Antiquité pour faire des passerelles avec le monde moderne. Le traitement est donc très divers. La collection « L’envol des Lettres » chez Belin a choisi, dans sa ligne éditoriale, d’intégrer en fin de séquence, dès que possible, une double page dénommée « L’Antiquité et nous », qui était déjà présente dans les anciennes éditions de manuels. Ainsi, les éditeurs offrent un vivier de projets interdisciplinaires à mener en classe, projets conduits et aboutis19.

25En ce qui concerne l’étude de la langue, une nouvelle question se pose : comment mettre à profit les langues anciennes pour que les élèves progressent en maîtrise de la langue ? Dans « étude de la langue », il faut entendre grammaire, orthographe et lexique. L’étude de la langue invite fortement à utiliser les connaissances langagières des élèves pour mieux comprendre la structure et la cohérence des langues vivantes, dont le français. Les langues anciennes interviennent dans cette partie de maîtrise de la langue à travers, surtout, l’étymologie, qui tient une place toute particulière en Sixième, et un traitement plus rapide dans les classes supérieures. Dans la partie « Étude de la langue » des manuels de Français, l’étymologie tient la même place que tous les autres sujets, parfois complétés par l’étude lexicale des préfixes et suffixes. L’apprentissage se fait surtout à travers des listes de préfixes ou de radicaux classés par langue d’origine, puis par ordre alphabétique.

Fig. 6. Extrait du manuel Lelivrescolaire.fr, Français Cinquième, p. 225-226.

  • 20 Ibid., passim.

26Dans ce manuel, on note le manque de logique dans l’apprentissage : les activités demandent que le professeur fasse un tri important dans les différentes listes. Les élèves peinent à s’en imprégner. Les leçons sont généralement expédiées en deux pages. Les exercices, eux, sont bien plus ciblés sur certains préfixes, mais, on le voit, ils peuvent être assez vite réalisés. On se pose donc la question de l’efficacité d’une telle démarche, surtout lorsque les difficultés des élèves se multiplient au passage à l’écrit. Pour pallier en partie le problème de l’expression française, et la question de la maîtrise de la langue, les programmes demandent à ce que chaque discipline évalue l’expression écrite et orale en Français20 : cette notion se retrouve dans les compétences à valider en fin de cycles 3 et 4, intitulées « Langue française à l’écrit et à l’oral » (prise en compte au Diplôme national du Brevet).

  • 21 Ibid., p. 287.

27Pour le cas de l’Histoire des arts21, le problème est encore différent : il n’existe pas de poste dans cette discipline, ni d’horaires dédiés : les collègues spécialistes d’autres enseignements doivent intégrer l’Histoire des arts dans leur progression disciplinaire.

Attendus de fin de cycle 4 – Thématiques, objets d’étude possibles

1. Arts et société à l’époque antique et au haut Moyen Âge

De la ville antique à la ville médiévale.
Formes et décor de l’architecture antique.
Les mythes fondateurs et leur illustration.
La représentation de la personne humaine. […]

Croisements entre enseignements

La thématique « Langues et cultures de l’Antiquité » est reliée à l’ensemble de la thématique 1, mais aussi aux objets d’étude portant sur les reprises de sujets ou de formes issus de l’antique ; […].

28Le premier thème concerne l’Antiquité (et le haut Moyen Âge) : il est centré sur un pôle propre à l’architecture et un pôle lié aux mythes et à leur illustration. Dans la veine du programme de Sixième, où les élèves devaient être capables d’identifier et connaître des figures mythologiques à leurs attributs, il est désormais temps de savoir réutiliser toutes les connaissances acquises en mythologie et légendes anciennes en vue de l’analyse d’œuvres d’art.

  • 22 Se pose aussi le problème des enseignants hors Lettres classiques qui sont amenés à assurer des c (...)

29L’Antiquité revêt donc au fil des programmes l’aspect d’un socle commun de connaissances à acquérir et n’a plus le statut d’une somme de savoirs particuliers qui devaient être étudiés longuement et avec précision. Les références à l’Antiquité deviennent anecdotiques et l’étude de l’Antiquité elle-même ne requiert plus de spécialistes22.

Mettre les LCA au cœur des pédagogies de projet

30L'interdisciplinarité dont nous parlons nous permet de revenir sur la pédagogie de projet : il s’agit d’une méthode de travail qui consiste à fixer aux élèves des objectifs clairs et des buts palpables et concrets dans les enseignements qu’ils reçoivent. Cette méthode vise à leur permettre de devenir de véritables acteurs de leur savoir. La Réforme du Collège a apporté un nouvel acronyme au glossaire du Ministère de l’Éducation Nationale : EPI, pour « Enseignement pratique interdisciplinaire ».

31Sans parodier les discours qui ont été tenus au fil des mois, on retrouve dans ces EPI le cœur même des « IDD » (les itinéraires de découverte), où les disciplines intervenaient autour d’un même thème pour l’aborder avec un regard nouveau. Le concept de « discipline », ou de « matière » finit d’ailleurs par devenir obsolète. La différence principale entre EPI et IDD est l’intégration dans l’emploi du temps des élèves et des enseignants : les IDD demandaient des heures supplémentaires à l’emploi du temps, les EPI sont intégrés aux heures d’enseignement. Ils sont régis par des thématiques, au nombre de huit :

Corps, santé, bien-être, sécurité ;
Culture et création artistiques ;
Transition écologique et développement durable ;
Information, communication, citoyenneté ;
Langues et cultures de l’Antiquité ;
Langues et cultures étrangères ou, le cas échéant, régionales ;
Monde économique et professionnel ;
Sciences, technologie et société.

  • 23 Dans le cas du collège Henri Sellier de Suresnes, pour l’année scolaire 2016-2017, l’EPI LCA offr (...)

32Notons que la thématique choisie par l’équipe pédagogique n’induit pas forcément qu’une discipline qui y est naturellement rattachée participe véritablement au projet : ainsi, un EPI Langues et cultures de l’Antiquité peut ne pas compter dans son équipe enseignante de collègue de Lettres classiques (ni même de Lettres modernes). Cette organisation tient à l’autonomie des établissements, qui se veut accrue au fil des années. Le traitement même des EPI dépend des projets des équipes pédagogiques, des services d’enseignement et de l’utilisation des moyens de l’établissement. L’autonomie et la « créativité » des EPI sont censées être assurées par des moyens horaires, utilisés dans les différents projets. Plusieurs possibilités s’offrent aux enseignants : dédoublement de classe entre plusieurs collègues, sur une même heure ; co-animation de séance, avec deux enseignants ou plus dans la même salle pour une classe entière23.

  • 24 Cf. note 4.

33La relecture des programmes donne des pistes de projets interdisciplinaires, à travers une nouvelle partie « Croisement des enseignements » qui propose déjà des projets d’EPI à mettre en place sur un niveau donné, en rappelant l’intervention de plusieurs disciplines. Le programme de LCA, publié bien après les autres24, reprend les « pistes d’EPI Langues et cultures de l’Antiquité » par grand domaine. Ici, Français, Histoire, Éducation physique et sportive, ainsi que les Sciences, ont tous droit à une place dans l’interdisciplinarité. Le Français permet d’étudier notamment les mythes et l’évolution de la langue, bien que le Moyen âge et les périodes plus récentes aient pris bien plus de place que l’Antiquité. Un long paragraphe introduit les sujets interdisciplinaires proposés :

  • 25 Ibid., p. 251.

L’enseignement du français rencontre à tout moment les langues anciennes ; elles permettent de découvrir des systèmes graphiques et syntaxiques différents ; elles fournissent des sujets de réflexion sur l’histoire de la langue, la production du vocabulaire et le sens des mots ; elles ouvrent les horizons et les références culturelles qui n’ont jamais cessé de nourrir la création littéraire, artistique et scientifique. Elles sont donc au carrefour de l’enseignement de la langue française et des langues romanes, du programme d’histoire, de l’histoire des arts (peinture, sculpture, architecture, art lyrique, théâtre...) et des enseignements artistiques. Elles sont des ressources de lectures autour de l’étude des mythes, des croyances et des héros. Elles permettent de constituer des collections d’œuvres, de s’en inspirer pour des réécritures personnelles ou l’étude de transpositions modernes des vieux mythes (théâtre, cinéma, roman, poésie) ; elles peuvent aussi donner lieu à l’exploration du patrimoine archéologique local25.

  • 26 Ibid., p. 298.
  • 27 Ibid., p. 337-338.

34Ce paragraphe redonne aux langues anciennes plus de corps que dans le reste des programmes du cycle 4, dont elles étaient absentes. Cependant, aucune activité, aucune thématique n’est évoquée : seule apparaît la volonté de leur donner davantage de place dans l’étude de la langue française. Le programme d’histoire rappelle aussi la notion de parcours, une des nouveautés apportées par la réforme. Deux sont très utiles pour les Langues et cultures de l’Antiquité : le Parcours d’Enseignement Artistique et Culturel et le Parcours citoyen, où chaque discipline prend sa part. En ce sens, l’Olympisme fait même son entrée dans la partie « Éducation physique et sportive »26, pour redonner le goût de la compétition aux élèves. Les sciences ne sont pas en reste puisqu’elles proposent de recouper le programme de langues anciennes sur l’histoire des sciences et des grandes découvertes27, ce qui était déjà le cas dans les programmes de latin et de grec.

  • 28 Un groupe thématique de l’académie de Versailles offre des ressources pédagogiques sur un site ac (...)

35Les projets d’EPI ont fleuri pendant toute l’année de préparation de la Réforme : les Rectorats, par le biais des Inspecteurs d’Académie-Inspecteurs pédagogiques régionaux (les IA-IPR) et des chefs d’établissement, ont demandé à ce que les projets soient peaufinés avant la rentrée 2016, pour faciliter la mise en place de la réforme28. Les manuels ont donc proposé de fournir des projets « clés en main » aux enseignants en manque d’idées : l’exemple du manuel de Physique-Chimie 4e de l’éditeur Lelivrescolaire.fr montre presque le côté artificiel de ces recherches.

Fig. 7. Extrait du manuel Lelivrescolaire.fr, Physique-Chimie Quatrième, p. 224-225.

36Les huit thématiques sont traitées, avec l’EPI LCA qui ouvre sur « Raconter l’Univers », pour lequel la production finale laisse une place peu pertinente aux Langues et cultures de l’Antiquité. À l’inverse, latin et grec sont absents du projet suivant sur « Le vocabulaire des scientifiques » (inséré dans « Langues et cultures étrangères ou régionales »).

37Les enseignants de Lettres classiques n’ont eu de cesse de répéter que les Langues et cultures de l’Antiquité forment à elles seules un vivier d’inter­disciplinarité. Lorsque sont traités des thèmes aussi variés que les guerres puniques, la mythologie grecque, la géographie de l’empire romain, les sciences et la magie dans l’Antiquité, ou les manières de chanter l’amour à Rome, les cours sont naturellement interdisciplinaires.

Du « Latin pour tous » à l’enseignement de complément : les langues anciennes à proprement parler

38Le programme de grec et de latin peine à s’intégrer dans les programmes du cycle 4, pourtant au cœur de l’« enseignement de compléments » qui vient en binôme avec un EPI dont la thématique est « Langues et cultures de l’Antiquité ». À tel point qu’ils sont absents du document officiel de 383 pages, avant l’arrêté spécifique. Pourtant, certaines rubriques « Croisements entre enseignements » présentent les LCA comme des disciplines à part entière dès le programme de 2015. Ici apparaît le souci de logique générale dans ces programmes : comment lier un enseignement à un autre qui n’a pas de programme ? Par ailleurs, comment peut-on donner une cohérence aux projets d’EPI sans connaître les points du programme de latin ou de grec ? Les élèves ne participant pas à l’enseignement de complément peuvent-ils suivre un EPI LCA complet ? Comparons le nombre d’heures de langues anciennes au fil des arrêtés :

Arrêté

(rentrée)

1978

(r.1979)

1996

(r.1997)

2004

(r.2005)

2015

(r.2016)

2017

(r.2017)

Latin 5e

néant (r.1978)

2h

---

« dans la limite d'une heure hebdomadaire »

« dans la limite
d’une heure
 »

Latin 4e

3h

3h

---

« dans la limite […] de deux heures hebdomadaires »

« dans la limite
de trois heures
 »

Latin 3e

[3h]

---

3h

« dans la limite […] de deux heures hebdomadaires »

« dans la limite
de trois heures
 »

Grec 4e

3h

néant

--- 

néant

néant

Grec 3e

[3h]

---

3h

« dans la limite […] de deux heures hebdomadaires »

« dans la limite
de trois heures
 »

Fig. 8. Évolution des horaires hebdomadaires de latin et de grec au collège.

39On note une fluctuation importante du nombre d’heures, en particulier autour de la Réforme : une heure a été retranchée sur les trois niveaux au moment de la réforme, avant un rééquilibrage en 2017. Pourtant, les horaires ne sont plus arrêtés. L’organisation de cet enseignement de complément dépend donc des choix de répartitions de services, votées en Conseil d’administration au sein de chaque établissement. Le programme se veut d’emblée rassurant :

L’enseignement des langues et cultures de l’Antiquité commence dès le cycle 3. En français au cours de ce cycle, les élèves ont découvert les bases latines et grecques du vocabulaire français et lu des récits tirés de la mythologie et des œuvres ou des extraits d'œuvres antiques traduites. En histoire, en début de cycle, ils ont observé les traces de civilisations antiques, celtes, gauloises, grecque, romaine, dans leur environnement proche et ont étudié les contacts entre elles, particulièrement entre les Gaules et la civilisation romaine. 

40Selon le programme, donc, les LCA sont bien présentes dès le cycle 3, et représentent en elles-mêmes une interdisciplinarité incontournable. On remarque en lisant les programmes de LCA que deux pôles apparaissent, brisant quelque peu la dynamique de cycle initiale : un premier bloc formé des classes de Cinquième et Quatrième en latin, et un second liant latin et grec en classe de Troisième. Et les liens entre les deux langues et cultures sont particulièrement poussés : les élèves doivent être initiés au grec et à la culture grecque dans les cours de latin. Le programme affirme que « dans l’Antiquité, le dialogue entre les deux cultures, latine et grecque, a été constant. Le contact avec la culture antique conduit aujourd’hui à mettre en regard, chaque fois que possible, ses expressions latine et grecque. » Les manuels se sont plus ou moins emparés de ce principe : prenons le cas de Via Latina, chez Hachette. Chaque chapitre compte une double page qui met en parallèle le monde romain, avec un texte original en latin, et le correspondant en civilisation grecque.

Fig. 9. Extrait du manuel Via Latina, manuel de cycle 4, Paris, Hachette, 2016, p. 138-139.

41Dans la leçon sur Dura lex sed lex (Quatrième), loi romaine et invention de la démocratie à Athènes sont mises en parallèle. Le grec est vu comme un apport linguistique, surtout étymologique. Les programmes de LCA indiquent même certains thèmes qui devraient faire discuter Latin et Grec : citons, entre autres, les légendes de fondation, les assemblées dans le monde antique, les maîtres et esclaves, l’éducation, la religion, le théâtre et les loisirs, ou encore les conflits entre cités. Les programmes de Latin et de Grec en Troisième sont mis en parallèle sous la forme d’un tableau, avec des entrées qui peuvent se répondre : « Empire romain » face à « La Grèce dans son unité et sa diversité » et surtout une thématique commune « Le monde méditerranéen » qui met en lien Rome et la Grèce à travers les échanges, les influences, les pratiques argumentatives et les transmissions culturelles jusqu’à la Renaissance. L’interdisciplinarité est rappelée dans l’ultime partie du programme dans la rubrique annexe « Rappel des pistes pour la thématique « Langues et cultures de l’Antiquité » des EPI » (déjà présente dans le programme du cycle 4).

Conclusion

42La Réforme du collège de 2016 a finalement changé le regard porté sur les enseignements classiques et a remanié l’organisation générale des établissements scolaires. Quand les établissements se sont bien approprié la réforme, les enseignants ont pu proposer aux élèves de nombreux projets interdisciplinaires, parfois extrêmement aboutis. Pour d’autres, la réforme n’a pas eu le même résultat et a vu considérablement chuter le nombre d’heures de Langues et cultures de l’Antiquité, voire simplement l’accès à l’Antiquité. Dans tous les cas, les programmes n’invitent plus les enseignants à passer du temps sur les sujets antiques sans les balayer du regard en un petit nombre de séances.

  • 29 Les associations d’enseignants de langues anciennes, dont la CNARELA, coordination nationale, cri (...)

43Le tableau est donc très contrasté : le manque de moyens fléchés29, l’autonomie des établissements quant à la mise en place d’EPI, les programmes et les heures fluctuants au gré des rentrées ne permettent pas de pérenniser l’enseignement des Langues et cultures de l’Antiquité. Pourtant, les élèves sont censés être au contact de l’Antiquité tout au long de leur scolarité, par touches successives. Ce procédé général permettra-t-il aux élèves d’asseoir leurs connaissances des mondes anciens et de développer leur curiosité culturelle ? Le cœur de l’enseignement en Langues et cultures de l’Antiquité doit être prodigué par les enseignants de Lettres classiques qui ont reçu une triple formation en français et en littérature française et comparée, en latin et en littérature latine de l’Antiquité au néo-latin de la Renaissance, ainsi qu’en grec et en littérature grecque depuis les textes homériques jusqu’aux romans et épopées de l’époque tardive. Ce sont ces enseignants qui mènent au quotidien les séances pour entrer dans le programme officiel. La pérennité de leurs services dans les établissements est mise en péril par le manque d’assurance d’heures de latin comme de grec, sans cesse soumises aux volontés des chefs d’établissement et des concertations du Conseil d’administration.

44Lors du changement de majorité présidentielle, des arrêtés ont été pris par le nouveau Ministre de l’Éducation nationale : l’un d’entre eux a concerné les LCA, en proposant de nouvelles heures. Le tableau qui a été dressé ici sur le Collège 2016 est donc valable principalement pour l’année scolaire d’entrée en vigueur de la réforme : un ensemble contrasté qui, sous couvert de multiplier l’interdisciplinarité, finit par vider l’Antiquité et les savoirs qui lui sont liés de leur substance.

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Notes

1 Loi n°2013-595 du 8 juillet 2013 d’orientation et de programmation pour la refondation de l’École de la République.

2 Arrêté du 19 mai 2015 relatif à l’organisation des enseignements dans les classes de collège, en ligne.

3 La réforme de l’École modifie l’organisation de la scolarité des élèves en cycles de trois années : cycle 1 de la petite section de maternelle à la grande section de maternelle, le cycle 2 comprenant le CP, CE1 et CE2, le cycle 3 comprenant le CM1, CM2 et la classe de Sixième, et le cycle 4 comprenant les classes de Cinquième, Quatrième, Troisième. Cf. arrêté du 9 novembre 2015, J.O.R.F. du 24 novembre 2015, B.O. du 26 novembre 2015, Programmes pour les cycles 2 3 4 mis en ligne par le Ministère de l’Éducation nationale, en ligne.

4 Arrêté du 8 février 2016, en ligne.

5 Arrêté du 16 juin 2017 modifiant l'arrêté du 19 mai 2015, en ligne.

6 Cf. les publications sur le site Eduscol.

7 Cf. les programmes applicables à la rentrée 2009 parus au Bulletin officiel spécial n°6 du 28 août 2008.

8 Cf. le programme des enseignements des cycles 2, 3 et 4, p. 170 sq.

9 Ibid., p. 177. Nous mettons en évidence les deux verbes.

10 La comparaison a été effectuée sur les spécimens de manuels préparés pour la rentrée 2016.

11 Collectif, Histoire Géographie Enseignement moral et civique, Paris, Nathan, 2016, p. 50-51.

12 Cette diminution est progressive sur l’ensemble des réformes des programmes.

13 Deux œuvres apparaissent en plus de celles du programme précédent : Le Récit de Gilgamesh pour le monde mésopotamien, et l’Iliade, pour compléter le cycle épique homérique.

14 Programme des cycles 2, 3 et 4, p. 123-124.

15 « En 6e : trois ouvrages de littérature de jeunesse contemporaine et trois œuvres classiques », Programme des cycles 2, 3 et 4, p. 108.

16 Ibid., p. 246.

17 Ibid., p. 247.

18 Ibid., p. 249.

19 En ce qui concerne les manuels de Langues anciennes, il faut savoir que la situation est particulière. Les moyens offerts par le Ministère pour renouveler les manuels ne concernaient, pour la rentrée 2016, que certaines disciplines : Français, Mathématiques et Histoire-Géographie-Enseignement moral et civique. Les éditeurs ont donc concentré leurs efforts sur ces disciplines. Aucun moyen n’a jamais été fléché en direction des Langues anciennes, ou de quelque autre discipline. Les éditeurs ont donc été plus modérés dans leur production d’outils pédagogiques. Parmi eux, il en est qui ont pris en compte les nouveaux cycles de trois ans : plusieurs ont décliné, pour les disciplines qui s’y prêtaient, une version « cyclée » de leur manuel. Il en va de même pour le Latin : on l’a déjà vu, le programme invite à penser l’enseignement de complément LCA comme un cycle débutant en Cinquième et aboutissant en Troisième. Deux éditeurs ont donc proposé un manuel de cycle : Hatier et Hachette. Afin de compléter cette collection, Hachette reprend même l’idée de l’éditeur Nathan et son manuel Dixit ! pour proposer un cahier d’activités. Le manuel est ainsi décliné en cahier dans lequel l’élève peut directement écrire les réponses. Avec l’exemple d’Hachette, on se rend compte que les éditeurs s’emparent assez mal de la partie cyclique (ou cyclée) des programmes : les enseignants deviennent plus encore artisans de leur programme et des progressions pluriannuelles. La partie étude de la langue peut être étudiée à part, en fin de manuel, pour une progressivité plus adaptative, ou bien au fil des chapitres, requérant de suivre davantage les activités proposées.

20 Ibid., passim.

21 Ibid., p. 287.

22 Se pose aussi le problème des enseignants hors Lettres classiques qui sont amenés à assurer des cours de Latin, voire de Grec ancien, dans leur établissement, après une formation en langue et en culture antiques somme toute assez rapide et qui n’a souvent pas été contrôlée par l’inspection. Pour pallier le manque d’enseignants en langues anciennes et contrôler davantage les intervenants en classe, le Ministère de l’Éducation nationale a ouvert une certification complémentaire Langues et cultures de l’Antiquité pour la rentrée 2018 : ce type de certification, comme en Histoire des arts ou en Théâtre, permet à l’origine à des enseignants de prendre en charge des séances dans des disciplines n’ayant pas de concours propre.

23 Dans le cas du collège Henri Sellier de Suresnes, pour l’année scolaire 2016-2017, l’EPI LCA offrait à tous les élèves de Cinquième, sur leur cours d’Éducation musicale, la présence de deux enseignants (l’un en Éducation musicale et chant choral, l’autre en Lettres classiques) pour travailler des chants en latin depuis le Dies Irae jusqu’à l’introduction du jeu vidéo de Nintendo Super Smash Bros. Brawl. Les élèves ont donc eu l’équivalent de 30 minutes de latin par semaine, dans ce mélange avec l’éducation musicale, sans étude de langue ou d’épisodes antiques.

24 Cf. note 4.

25 Ibid., p. 251.

26 Ibid., p. 298.

27 Ibid., p. 337-338.

28 Un groupe thématique de l’académie de Versailles offre des ressources pédagogiques sur un site académique dédié : en ligne.

29 Les associations d’enseignants de langues anciennes, dont la CNARELA, coordination nationale, critiquent ce traitement aléatoire des LCA en collège. Certains enseignants ont gagné en temps d’intervention en classe, en proposant même une initiation efficace de plusieurs heures de cours en Sixième, d’autres, bien plus nombreux, signalent perdre des groupes de latin et assister à la disparition du grec ancien dans leur établissement. Cf. les rapports réguliers des associations d’enseignants de Langues anciennes.

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Pour citer cet article

Référence papier

Guillaume Diana, « Les langues et cultures de l’Antiquité dans la réforme du collège de 2016 : une volonté absolue d’interdisciplinarité »Anabases, 31 | 2020, 99-118.

Référence électronique

Guillaume Diana, « Les langues et cultures de l’Antiquité dans la réforme du collège de 2016 : une volonté absolue d’interdisciplinarité »Anabases [En ligne], 31 | 2020, mis en ligne le 27 juin 2022, consulté le 14 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/anabases/10643 ; DOI : https://doi.org/10.4000/anabases.10643

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Auteur

Guillaume Diana

Certifié de Lettres classiques
Collège Auguste Renoir,
Asnières-sur-Seine
Académie de Versailles
42 rue de l’Aqueduc
75010 Paris
guillaume.diana@gmail.com

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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