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Archéologie des savoirs
Dossier Antiquaires & archéologues d’antan

Acquisition et transmission du savoir antiquaire à Athènes à la fin du xviiie et au début du xixe siècle : Fauvel et son réseau de sociabilité

Alessia Zambon
p. 79-105

Texte intégral

  • 1 A. Zambon, Aux origines de l’archéologie en Grèce. Fauvel et sa méthode, Paris, 2014.

1Louis François Sébastien Fauvel (1753-1838) passa près de cinquante ans sur le terrain dans l’Empire ottoman et se forma à la connaissance de l’Antiquité essentiellement en autodidacte à partir de ses découvertes archéologiques. Ce personnage un peu hors norme, auquel j’ai consacré une monographie1, devint l’un des antiquaires les plus représentatifs de son époque. En contact épistolaire avec de nombreux savants et amateurs d’antiquités, il fit circuler ses théories et découvertes archéologiques non seulement auprès des voyageurs qu’il côtoya à Athènes, mais aussi parmi les savants de l’Institut national des sciences et arts de Paris dont il était membre correspondant. L’analyse de ses archives permet de comprendre comment il parvint à se constituer un savoir et un savoir-faire archéologiques, avant même que la discipline ne soit érigée en véritable science, et d’évaluer l’impact de ses travaux sur ses contemporains.

De la peinture de chevalet aux travaux de terrain

  • 2 A. Zambon, « Luigi Beschi e Louis Fauvel : Vecchie ricerche e nuove individuazioni », in E. Greco (...)
  • 3 Fauvel avait déjà séjourné dans cette ville à plusieurs reprises entre 1780 et 1782 en compagnie (...)

2Artiste issu de l’Académie royale de Peinture et Sculpture, Fauvel travailla d’abord comme peintre d’histoire en France. En 1780, il fut engagé par le comte de Choiseul-Gouffier pour réaliser des vues pittoresques et des dessins de monuments des principaux sites de l’ancienne Grèce2. C’est en mai 1786, lors de son installation à Athènes3, que ses occupations évoluèrent. Le peintre fut alors chargé par le comte de lever des cartes et des plans topographiques des principaux sites de la Grèce, de réaliser des moulages des sculptures antiques, d’ouvrir des fouilles et de rechercher et enlever des antiquités. Pour répondre aux requêtes de son mentor, Fauvel s’appliqua à la tâche avec beaucoup d’énergie, surmontant les difficultés liées à son manque d’expérience dans ces domaines et affrontant les obstacles qui se présentaient au quotidien, y compris dans les relations avec les Turcs.

Relevés d’architecture et levés topographiques

  • 4 BnF, Département des Estampes et de la Photographie (dorénavant ES), Gb 15 Fol., Gb 15 a, Gb 15 b (...)
  • 5 BnF, Département des Manuscrits (dorénavant MS), ms. fr. 22877, I, f. 8 et 9.
  • 6 BnF, ES, Gb 15 Fol., f. 35 r., no 71. Cf. J.-C. Moretti et A. Zambon, « Fauvel à Délos », Monumen (...)
  • 7 Zambon, Aux origines de l’archéologie, p. 167.

3Pendant son long séjour dans l’Empire ottoman, Fauvel eut l’occasion de réaliser de nombreux relevés architecturaux. Les dessins qui se trouvent dans ses portefeuilles à la Bibliothèque nationale de France4 montrent que le peintre appliquait souvent la démarche comparative pour appréhender l’architecture antique. C’est ainsi par exemple qu’il réunit sur une même feuille les relevés des théâtres de Délos, Thorikos et Mélos ou qu’il compare dans ses notes archéologiques les stades d’Alexandrie, Olympie, Delphes et Athènes5. Sur une autre feuille, intitulée « Parallèles des Doriques », sont représentés les ordres de sept temples ayant tous « 7 diamètres de hauteur »6. D’autres documents graphiques7 relèvent de la même démarche, consistant à comparer entre eux les monuments selon leur type architectural : elle s’inscrit dans la pratique courante des architectes du xviiie siècle, qui proposaient des parallèles d’églises, théâtres et autres monuments. Fauvel avait donc intégré l’apport de ses prédécesseurs mais il sut en donner une application originale aux monuments de la Grèce, ouvrant la voie à des études décisives en la matière.

  • 8 C’est-à-dire la suite du Voyage Pittoresque de la Grèce dont le premier volume était paru en 1780
  • 9 Zambon, Une leçon de topographie, p. 110.
  • 10 Zambon, Aux origines de l’archéologie, p. 133-134.
  • 11 J.-J. Barthélemy, Voyage du jeune Anacharsis en Grèce, dans le milieu du quatrième siècle avant l (...)
  • 12 Plusieurs manuscrits donnent la liste de ses travaux : Archives Nationales, T 153/158 ; BnF, MS, (...)
  • 13 Seulement quelques-uns ont été publiés : un plan des ruines levées par Fauvel à Marathon a été a (...)

4À la demande de Choiseul-Gouffier, le peintre s’attache aussi à la topographie et à la cartographie. Il est en effet chargé de réaliser des cartes et des plans des principaux sites de la Grèce destinés à enrichir non seulement l’ouvrage du comte8, mais aussi l’atlas du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce de l’abbé Barthélemy, auquel travaillaient le géographe Barbié du Bocage et l’ingénieur Jacques Foucherot. C’est ce dernier qui sollicite Fauvel et lui transmet les instructions pour son travail dans une série de lettres détaillant la méthode topographique à suivre, fondée sur le rayonnement à partir de stations et sur l’intersection des visées ainsi que sur les mesures d’angles et de distances9. C’est donc par correspondance – et ensuite sur le terrain – que Fauvel apprend la méthode de relevé et qu’il la met rapidement en pratique avec succès. Pendant son tour du Péloponnèse en 1787, il effectue le tout premier relevé archéologique d’Olympie, il cartographie avec attention Sparte et Amyclées, Platées, Mantinée et sa plaine, Sicyone, Némée et Nauplie10. Tous ces documents restèrent finalement inédits car ils n’arrivèrent pas à temps pour intégrer l’ouvrage de l’abbé Barthélemy, paru en 178811. Fauvel de son côté continua jusqu’à la fin de sa vie à s’occuper de topographie et cartographie12. Ses relevés, pour la plupart encore inédits13, témoignent des liens étroits existant à l’époque entre la cartographie et l’archéologie grecque naissante. Pour son travail topographique, Fauvel eut recours à plusieurs instruments dont la boussole, la planchette, la lunette optique, le cordon, la toise, le pied du roi, le rapporteur et l’alidade, cette dernière permettant de mesurer les angles avec plus de précision. Il s’agit dans l’ensemble d’instruments assez simples, voire rudimentaires (il avait par exemple fabriqué lui-même sa planchette en suivant les instructions de Foucherot) mais il s’en servit en appliquant la méthode et les principes de l’époque. Fort de l’expérience acquise au fil des années, il s’attacha même à la réalisation de maquettes et de plans et cartes en relief. Tout en s’étant formé à la cartographie en autodidacte, Fauvel parvint à produire des cartes et des plans qui étaient à la hauteur des travaux de ses contemporains, spécialistes en la matière.

Fig. 1. Plan d’Athènes par Fauvel. BnF, CP, Ge DD 6378 (71). D’après A. Zambon, Aux origines de l’archéologie en Grèce : Fauvel et sa méthode, Paris, 2014, pl. V.

© BnF

  • 14 BnF, Département des Cartes et Plans (dorénavant CP), GE DD 6318 (71).
  • 15 G.-A. Olivier, Voyage dans l’Empire othoman, l’Égypte et la Perse fait par ordre du gouvernement, (...)
  • 16 Pour une analyse détaillée de ce plan, cf. Zambon, Aux origines de l’archéologie, p. 130- 131.
  • 17 G.-A. Olivier, Atlas pour servir au voyage dans l’Empire othoman, l’Égypte et la Perse, Paris, 18 (...)
  • 18 Athènes, Musée Benaki, portefeuille de Thomas Hope, vol. IV, f. 27227 ; ce plan a été reproduit p (...)

5Le plan d’Athènes est assurément le plus intéressant et le plus connu des travaux de Fauvel14 (fig. 1). Pour sa réalisation plusieurs années de levés et mesures sur le terrain furent nécessaires. J’ignore quand le peintre s’attela à sa réalisation, mais le plan était déjà fini en 1798, lorsque G.-A. Olivier passa par Athènes15. Ce plan est assurément plus précis que tous les relevés précédents. Il eut d’ailleurs un certain succès à l’époque et un réel impact sur la connaissance de la ville ottomane auprès des érudits européens16. En effet, Fauvel ne fut pas jaloux de son travail topographique : il communiqua son relevé d’Athènes à Guillaume-Antoine Olivier et à Robert Walpole pour publication17 ; il permit également à d’autres voyageurs, sans distinction de nationalité, d’en tirer des calques ou d’en faire des copies. C’est ainsi que des plans d’Athènes clairement dérivés de l’original de Fauvel se trouvent encore aujourd’hui parmi les papiers de l’Anglais Thomas Burgon (fig. 2) et du Hollandais Thomas Hope (fig. 3)18.

Fig. 2. Plan d’Athènes d’après Fauvel conservé dans les papiers de Thomas Burgon. British Library, Inv. 9537, Add. 37232, f. 49-50.

© British Library Board.

Fig. 3. Plan d’Athènes d’après Fauvel conservé dans les portefeuilles de Thomas Hope au Musée Benaki. D’après F. M. Tsigakou, Thomas Hope (1769-1831). Pictures from 18th Century Greece, Athènes, fig. 22 (détail).

Fig. 3. Plan d’Athènes d’après Fauvel conservé dans les portefeuilles de Thomas Hope au Musée Benaki. D’après F. M. Tsigakou, Thomas Hope (1769-1831). Pictures from 18th Century Greece, Athènes, fig. 22 (détail).

Fig. 4. Carte de l’Attique dressée par Fauvel en 1792. BnF, CP, S.H.M., xviiie siècle, portefeuille 93, division 9, pièce 4. © BnF. D’après A. Zambon, « La cartographie de l’Attique par L. F. Fauvel (1753-1838) », Cartes & Géomatique, 220 (2014), p. 23, fig. 3.

Fig. 4. Carte de l’Attique dressée par Fauvel en 1792. BnF, CP, S.H.M., xviiie siècle, portefeuille 93, division 9, pièce 4. © BnF. D’après A. Zambon, « La cartographie de l’Attique par L. F. Fauvel (1753-1838) », Cartes & Géomatique, 220 (2014), p. 23, fig. 3.

Fig. 5. Carte de l’Attique dressée par Fauvel après 1803. BnF, CP, Ge DD 6378 (23). D’après A. Zambon, La cartographie de l’Attique, p. 23, fig. 4.

© BnF

  • 19 A. Zambon, « La cartographie de l’Attique par L. F. Fauvel (1753-1838) », Cartes & Géomatique 220 (...)
  • 20 BnF, CP, Ge DD 6318 (23).
  • 21 BnF, CP, Ge A 206. Sur ce plan-relief, voir Zambon, La cartographie de l’Attique, p. 28, fig. 7.
  • 22 BnF, CP, Ge DD 6318, f. 10, 14, 16, 17 et 22. Pour l’analyse de ces documents, cf. Zambon, La car (...)
  • 23 BnF, MS, ms. fr. 22873, f. 199 r (lettre de Cockerell écrite de Florence le 13 mai 1816).

6Voyons encore, à titre d’exemple, ses relevés de l’Attique. Fauvel avait réalisé une première carte en 1792 (fig. 4) : sur une feuille de 102 cm de large pour 85 cm de hauteur sont représentées l’Attique et les côtes environnantes (la côte du Péloponnèse de Sicyone à Hydra et la côte de l’Eubée d’Euripos au Cap d’or)19. À partir de 1803, il se remit au travail et réalisa une nouvelle carte de l’Attique (fig. 5)20 : plus grande que la première en termes de dimensions (1,02 m de largeur sur 1,11m de hauteur), elle est moins étendue quant à la portion de territoire représentée, puisqu’elle est limitée à la péninsule de l’Attique. Fauvel considérait cette carte comme plus exacte que la précédente, et quelques années plus tard il s’en servit pour élaborer un plan-relief de cette région21. En comparant les deux cartes (fig. 4 et 5), on se rend compte que les corrections apportées après 1803 concernent surtout la côte nord occidentale de l’Attique, dans les parties faisant face à Salamine, ainsi que le contour de cette île ; la côte orientale de l’Attique, tout en gardant son profil presque inchangé, a été déplacée plus à l’est. Parmi les papiers du peintre, bien d’autres documents, qu’il n’est pas possible d’analyser ici, témoignent du travail cartographique relatif à l’Attique mené par Fauvel et rendent compte des changements qu’il apporta au contour de cette région au fil des années22. En effet, Fauvel retravaillait plusieurs fois ses dessins et vérifiait sans cesse ses mesures. Il songeait certes à publier une « géographie de l’Attique »23, mais cette étude ne fut pas davantage terminée que ses autres projets de publication.

Fig. 6. R. Tweddell, Remains of John Tweddell [...] being a selection of his Correspondence, a republication of his Prolusiones Juveniles, an appendix containing some account of the Author’s collections of Mss. Drawings and of their extraordinary disappearance, preceded by a Biographical Memoir of the Deceased and illustrated with portraits, picturesque views and maps, Londres, 1816, planche à la p. 288.

Fig. 6. R. Tweddell, Remains of John Tweddell [...] being a selection of his Correspondence, a republication of his Prolusiones Juveniles, an appendix containing some account of the Author’s collections of Mss. Drawings and of their extraordinary disappearance, preceded by a Biographical Memoir of the Deceased and illustrated with portraits, picturesque views and maps, Londres, 1816, planche à la p. 288.

Fig. 7. Détail de la carte de la Grèce réalisée par Jean-Denis Barbié du Bocage. D’après C. H. L. Pouqueville, Voyage en Grèce, Paris, 1821, V, p. 634.

  • 24 R. Tweddell, Remains of John Tweddell [...] being a selection of his Correspondence, a republicat (...)
  • 25 F. C. H. L. Pouqueville, Voyage en Grèce, Paris, 1821, V, p. 634.
  • 26 BnF, MS, ms. fr. 22873, f. 45 v° (lettre de Barbié du Bocage à Fauvel écrite de Paris le 11 avri (...)
  • 27 R. Chandler, Voyages dans l’Asie Mineure et en Grèce…, III, Paris, 1806 ; J.-D. Barbié du Bocage, (...)

7Même sans être publiés, les cartes et les plans de Fauvel circulèrent largement parmi ses visiteurs et correspondants. Comme nous l’avons vu pour le plan d’Athènes, le peintre partageait librement le résultat de ses recherches et il en fit de même pour la plupart de ses travaux. Ses cartes de l’Attique en sont un autre exemple marquant. Une copie de la première carte de l’Attique de Fauvel fut cédée par le peintre au voyageur britannique John Tweddell, qui décéda prématurément en Grèce : dans les mémoires posthumes publiées par le frère du voyageur on retrouve ainsi une gravure de l’Attique intitulée « A Topographical Sketch of Modern Attica after Fauvel »24 (fig. 6). Les informations cartographiques réunies par Fauvel furent également exploitées par Barbié du Bocage, à qui le peintre adressait régulièrement ses observations et ses croquis relatifs à la géographie et à la topographie des différents lieux de la Grèce. Dans le Voyage en Grèce de Pouqueville figure une « Carte de la Grèce » réalisée en 1821 par Jean-Denis Barbié du Bocage25 (fig. 7) : la légende nous apprend qu’elle a été « dressée sur les mémoires de Mr. Pouqueville et d’autres voyageurs et appuyée sur les observations de plusieurs navigateurs », mais rien dans le texte de l’ouvrage ne permet de connaître les noms des voyageurs ou des navigateurs dont les notes ont aidé le géographe dans la réalisation de ce travail. C’est en revanche dans sa correspondance privée que Barbié du Bocage avoue à Fauvel à propos de cette carte : « l’Attique est la réduction de la vôtre »26. Dès 1810 au moins, le géographe eut entre ses mains une copie de la première carte de Fauvel et il s’en servit d’ailleurs, d’après ses propres dires, dans plusieurs de ses travaux géographiques. Le commentaire de Barbié du Bocage à l’édition française du livre de Chandler et son mémoire sur Argos s’appuient en grande partie sur un mémoire transmis par Fauvel à l’Académie en 180227. D’autres cartes de la Grèce dressées par le géographe reposent également sur le travail du peintre. En 1803 Barbié lui écrivait :

  • 28 BnF, MS, ms. fr. 22873, f. 25 r (lettre de Barbié du Bocage écrite de Paris le 5 Messidor an 11 = (...)

8« Vous verrez que j’ai beaucoup profité de vos notes, de vos figures et je ne manquerai pas de le dire, dans mon analyse de cette Carte qui sera imprimée dans le Mémorial de la Guerre. Je me suis appuyé sur toutes les données que j’ai eu de vous, tant en Cartes qu’en notes »28.

9Et en 1809 :

  • 29 BnF, MS, ms. fr. 22873, f. 34 r (lettre de Barbié du Bocage écrite de Paris le 23 décembre 1809)  (...)

10« J’ai fait la première lecture de mon Mémoire sur la Plaine d’Argos et je vous enverrai incessamment une copie de la Carte qui l’accompagne. Dans le Mémoire qui ferait un vol. in 8° vous êtes cité à tous momens, car vos recherches font en grande partie la base sur laquelle il repose »29.

  • 30 Il s’agit du plan de Delphes levé par Fauvel en 1797. Cf. É. Pentazos, Les premiers signes d’inté (...)
  • 31 Le cas le plus emblématique est sans doute l’article sur Olympie publié par Choiseul-Gouffier, do (...)

11Une autre carte de Fauvel fut publiée dans la première planche du Voyage militaire dans l’Empire othoman (1829) de Félix de Beaujour30. Les résultats des nombreux levés topographiques faits par Fauvel en Grèce circulèrent donc abondamment à travers l’Europe savante déjà de son vivant. Toutefois, comme nous le verrons, les auteurs ayant exploité ses travaux ne furent pas toujours aussi prompts que Barbié du Bocage à reconnaître et à mentionner sa contribution31.

Moulages d’antiquités

12À son arrivée à Athènes en 1786, Fauvel dut s’attacher aussi à mouler les frises sculptées des principaux monuments de la ville pour la collection de son mentor. Comme il l’avoue lui-même, il n’était en rien préparé à cette tâche :

  • 32 Bibliothèque Gennadios, ms. 133 (3rd part), f. 1.

13« Je n’avois jamais moulé ni même vu mouler », écrit-il, « mais la pensée d’être le premier qui feroit passer dans sa patrie des chefs d’œuvres que l’on peut attribuer à Phidias, qui les sauveroit en quelque sorte de la destruction, me fit surmonter tous les obstacles qui se présentèrent »32.

  • 33 BnF, MS, ms. fr. 22877, I, f. 23 r° (notes archéologiques) ; ms. fr. 22873, f. 158 r (lettre de C (...)
  • 34 L. J. J. Dubois, Catalogue d’antiquités égyptiennes, grecques, romaines et celtiques formant la c (...)
  • 35 Bibliothèque Gennadios, ms. 133 (3rd part), f. 1. Sur les moulages du Parthénon exécutés par Fauv (...)
  • 36 Citons à titre d’exemple, M. L. J. A. Ch. de Martin du Tyrac, comte de Marcellus, Souvenirs de l’ (...)
  • 37 Cf. Chr. Pinatel, « Formation d’Ingres à Paris sur des moulages de la sculpture antique grecque a (...)
  • 38 F. G. Welcker, Das Akademische Kunstmuseum zu Bonn, Bonn, 1841, p. 103-105, n° 254-314 ; Beschi, (...)

14Les difficultés liées à l’inexpérience initiale de Fauvel, furent rapidement dédoublées d’autres problèmes : la maladresse de ses collaborateurs, la difficulté à se procurer les cordages et le bois nécessaires à construire les échafaudages, le manque de plâtre, qu’il fallait faire venir de Constantinople33. Malgré toutes ces entraves, Fauvel parvint à mener à bien sa mission. Il prit l’habitude de réaliser les moules en argile, matériau plus facilement disponible sur place. Le plâtre, dont la qualité n’était pas excellente, une fois coulé dans le moule était consolidé avec du bois ou des tiges de fer. Cela explique que les moulages étaient à la fois très lourds et très fragiles. Parmi les moulages exécutés pour Choiseul-Gouffier figurant dans le catalogue de vente de la collection du comte34, on retrouve plusieurs monuments athéniens dont la frise du Parthénon, des métopes et une partie de l’entablement du même temple, deux caryatides de l’Érechthéion, des bas-reliefs du temple d’Athéna Nikè, la frise et les métopes de l’Héphaisteion, quelques portions de la frise de la tour des vents, la frise du monument de Lysicrate. « Je moulai aussi des parties d’architecture, chapiteaux, ornemens », écrit Fauvel dans ses notes, « je crus ne devoir rien négliger de ce qui pouvoit tourner au profit des arts »35. Après 1804, Fauvel s’attacha également à mouler pour sa propre collection les sculptures plus intéressantes qu’il ne pouvait pas acquérir. Il moula ainsi par exemple les statues d’Égine découvertes par Haller von Hallerstein, Cockerell, Foster et Linckh en 1811. Les hôtes de Fauvel hébergés dans sa maison sur l’agora d’Athènes ne manquent pas de décrire sa riche collection de moulages en plâtre36. De tous ces moulages, seuls ceux réalisés pour Choiseul-Gouffier arrivèrent à bon port à Paris et presque rien n’a survécu de nos jours. Ces moulages furent d’abord exposés dans les galeries du Louvre, où ils furent admirés par les artistes et les amateurs. C’est ainsi par exemple qu’Ingres eut l’occasion de découvrir et de dessiner les sculptures des métopes et de la frise du Parthénon bien avant que les marbres originaux ne soient ramenés à Londres par lord Elgin37. Certains moulages de Fauvel furent achetés par le Louvre en 1818 à la vente qui suivit la mort de Choiseul-Gouffier. Parmi les plâtres du Louvre moulés sur les monuments athéniens et aujourd’hui conservés aux Petites Écuries de Versailles, il n’est d’ailleurs souvent plus possible de distinguer les originaux provenant de Fauvel des tirages postérieurs exécutés par l’atelier de moulages du Louvre dès 1819. Ces plâtres furent en effet rapidement reproduits par l’atelier de moulages du musée et diffusés dans d’autres collections européennes. On retrouve ainsi par exemple plusieurs de ces surmoulages à la gypsothèque de Bonn dès 182038. Par ses moulages, Fauvel contribua donc à faire connaître l’art grec en Europe : d’abord à travers les sculptures moulées pour Choiseul-Gouffier et arrivées en France dès 1787 ; ensuite grâce aux plâtres réunis dans sa maison-musée d’Athènes et largement exposés aux voyageurs jusqu’en 1823 ; enfin, à travers les nombreux surmoulages de ses plâtres réalisées et diffusés par l’atelier du Louvre au fil du xixe siècle.

Fouilles et observation du sol

  • 39 Zambon, Aux origines de l’archéologie, p. 193-198.

15La formation archéologique de Fauvel ne se fit pas du jour au lendemain. C’est à travers diverses étapes qu’il parvint à se forger une solide pratique de terrain dont peu d’explorateurs pouvaient alors se prévaloir en Grèce. Au début, son expérience se fit par l’observation du travail d’autrui. L’ouverture de tumuli entreprise par les hommes de Choiseul-Gouffier en Troade entre 1784 et 1787 constitue pour le peintre un modèle dont il s’inspire plus tard pour ses propres explorations en Attique39. C’est en effet en ouvrant des tumuli qu’il eut l’occasion d’observer la stratification du sol sans parvenir toutefois à appliquer une véritable méthode stratigraphique dans ses fouilles. Mais c’est par des fouilles architecturales visant à dégager les monuments en vue de leur relevé que Fauvel débute véritablement sa carrière de fouilleur. Pour ouvrir des fouilles de manière officielle dans les territoires de l’Empire ottoman, il était tout d’abord nécessaire d’obtenir un firman. Avant d’entamer le travail sur le terrain, il convenait donc de mener une série de démarches bureaucratiques. Seuls les sondages les plus petits pouvaient éventuellement être conduits de manière clandestine.

  • 40 BnF, MS, ms. fr. 22873, f. 157 (lettre de Choiseul à Fauvel écrite de Constantinople le 2 août 1 (...)
  • 41 J. M. Paton et G. Stevens, The Erechtheum, Cambridge, 1927, p. 545.

16En août 1786, Choiseul-Gouffier lui obtient un firman pour faire fouiller sur l’Acropole, mais c’est seulement à partir de janvier 1787 que Fauvel s’en sert à cette fin40. Il commence par fouiller l’Érechthéion : il remarque alors les altérations subies par le monument à l’époque chrétienne. Lors de fouilles ultérieures, exécutées en janvier 1789, il fait déblayer entièrement le portique des Caryatides dont il découvre l’entrée orientale et les marches menant au Prostomiaion41. Par ses observations et ses relevés architecturaux, Fauvel use de la fouille comme d’un instrument de connaissance des monuments antiques. Ses travaux prolongent en ce sens l’entreprise de Stuart, Revett et Le Roy, autant qu’ils rejoignent la fouille architecturale qui se met en place vers la même époque en Italie et en France. La méthode qu’il adopte lors de ses premiers déblaiements sur l’Acropole sera reprise dans les fouilles ultérieures, même quand ces dernières visent prioritairement à l’acquisition d’antiquités pour la collection du comte. Indépendamment des objets mis au jour, Fauvel a fait preuve tout au long de sa vie d’un grand intérêt pour les monuments eux-mêmes et les données architecturales que peut en retirer un archéologue.

  • 42 BnF, MS, ms. fr. 22877, II, f. 40 r : « J’ai fait des fouilles à Santorin où je suis resté 3 mois (...)
  • 43 Zambon, Aux origines de l’archéologie, p. 212-219.
  • 44 BnF, MS, ms. fr. 22871, f. 19 r (brouillon d’une lettre à Mongez écrite d’Athènes le 18 octobre 1 (...)
  • 45 BnF, ES, Gb 15 d boîte Fol., f. 154 r.

17Dans ses fouilles suivantes, Fauvel met en place une méthode remarquable. À Santorin par exemple, il explore le site, il en identifie le périmètre, il ouvre des sondages, il dessine la carte de l’île avec ses nivellements, il sonde la profondeur du golfe et il lève le plan des monuments d’architecture mis au jour à l’issue de ses fouilles42. Il fait aussi les dessins des différentes trouvailles. Mais si, pendant ses années au service du comte, il dispose de l’argent et des autorisations nécessaires et peut ainsi ouvrir des fouilles de grande envergure, il n’en fut pas de même par la suite. Toutefois, en dépit de la concurrence grandissante et des difficultés financières et diplomatiques, Fauvel continue, au moins jusqu’en 1821, à effectuer des fouilles, même de faible ampleur. Le but premier de ces excavations est souvent l’acquisition d’antiquités, mais Fauvel ne cesse jamais de s’intéresser aux données historiques, anthropologiques ou topographiques livrées par la fouille. En effet, son travail est beaucoup plus méthodique qu’il n’y paraît à première vue. Par exemple, dans sa description d’une tombe ouverte en Attique, il donne la longueur du sarcophage en pierre et du cercueil en bois, la hauteur des vases et le diamètre d’un anneau en métal entreposés parmi le mobilier funéraire, ce qui montre qu’il avait l’habitude de mesurer tous les éléments mis au jour lors de la fouille. Il indique également l’emplacement exact des trouvailles à l’intérieur du cercueil, la position du squelette dans la tombe, ainsi que son orientation43. Sa méthode de fouille était donc appréciable, d’autant plus qu’elle a évolué avec le temps. La découverte d’une petite pièce d’argent dans un tombeau en 1809 l’incita à chercher systématiquement la présence de « l’obole de Charon » dans les sépultures. Il prit ainsi l’habitude de tamiser la terre des fouilles et les cendres des urnes44. La fouille ne se réduit pas pour Fauvel à dégager les vestiges du sol ; si elle constitue un moyen pour comprendre l’agencement des monuments partiellement ensevelis, elle permet également de formuler de multiples considérations, tirées d’une observation attentive du sol. Lors des fouilles de tombes, la déposition du mort lui suggère parfois des hypothèses sur les pratiques funéraires des Anciens. Il est également attentif à la dentition et à la taille des os, deux éléments dont il se sert pour déduire l’âge et le sexe du défunt. Même si la démarche est correcte, il ne possédait vraisemblablement pas les connaissances anthropologiques nécessaires pour effectuer des identifications incontestables. Parmi ses papiers se trouve le dessin d’un fragment de fémur et d’une clavicule dont les dimensions sont précisées : ceci montre que le peintre – du moins de manière occasionnelle – s’était également attaché à relever les restes humains mis au jour lors de ses explorations du sol45. Ses travaux sur le terrain sont toujours accompagnés par de nombreuses observations et relevés architecturaux, visant à la compréhension des monuments antiques mis au jour. C’est notamment grâce aux fouilles que le peintre parvient à saisir certaines transformations endurées par l’Érechthéion à travers les siècles. Plus que ses prédécesseurs ou ses contemporains passés par la Grèce, Fauvel se sert de la fouille comme d’un véritable instrument de connaissance. Il documente d’ailleurs ses fouilles par des plans et des levés topographiques dont l’exactitude reste encore aujourd’hui appréciable.

18Fauvel ne délaisse aucun détail et il fait figure de précurseur sur plusieurs points. Il s’intéresse par exemple à la géologie, à l’anthropologie physique et à l’ethnologie comparée : ces trois disciplines dont les rapports à l’archéologie sont d’ordinaire tenus pour récents sont déjà au centre des réflexions de Fauvel. L’analyse du sol, des trouvailles, des restes humains, l’observation des monuments dans leur contexte de découverte et enfin la mise en perspective avec les pratiques modernes : tout cela constitue pour lui autant d’indices pour essayer de comprendre les pratiques des Anciens. Si ses conclusions ne sont pas toujours exactes, il surprend souvent par ses intuitions ou ses déductions ingénieuses. C’est ainsi qu’il acquit une solide réputation de fouilleur auprès de ses contemporains, comme le montre ce que Pierre David, consul de France à Smyrne, écrivait de lui en 1834 :

  • 46 P. David, « Lettre à Monsieur Frédéric Galeron, auteur de l’Histoire de Falaise », in F. Galeron, (...)

19« Le vénérable Fauvel, qui fut pendant cinquante ans notre consul et notre guide à Athènes, avait tellement l’instinct ou, plutôt, la science des fouilles, que les habitans de l’Attique disaient de lui : “Cet homme voit sous la terre”. En effet, il avait tant étudié le génie des Anciens dans le choix de leurs emplacemens, dans les proportions de leur architecture, dans les distributions de leurs édifices ; il connaissait si bien les ondulations du terrain, produites par les ruines qu’il couvre, que lorsqu’il disait aux terrassiers en posant sa canne sur un point : “Fouillez ici, il y a des colonnes, là, il y a un aqueduc ; plus loin, il y a des autels et des statues”, on ne manquait jamais de trouver ce qu’il avait annoncé »46.

De l’antiquaire au collectionneur

20La carrière de Fauvel en tant qu’« antiquaire » – et j’entends par ce mot à la fois le marchand d’antiquités et l’avant-coureur de l’archéologue – dura plus de cinquante ans, et ne cessa qu’à sa mort, en 1838. Nous avons vu jusqu’ici son travail archéologique. Mais Fauvel s’occupa aussi d’acquisitions et de commerce d’antiquités. Quelles stratégies mit-il en œuvre pour parvenir à ses fins ? Et quelle fut son attitude face aux monuments antiques ?

  • 47 La base de données est pour le moment accessible sur un serveur privé à l’adresse www.fauvel.free (...)

21Pour répondre à ces questions, il fallait tout d’abord rassembler et analyser l’ensemble des objets passés entre les mains du peintre. À cette fin, j’ai donc constitué, sous la forme d’un site internet, un catalogue qui compte à ce jour 1 517 fiches47. Il s’apparente à un musée virtuel, en ce qu’il regroupe l’ensemble des pièces ayant appartenu à Fauvel ou décrites par celui-ci et je l’ai d’ailleurs intitulée le Musée Fauvel. En bref, le peintre est le dénominateur commun de tous ces objets, éparpillés à travers les collections et musées d’Europe, ou tout simplement perdus à jamais. En interrogeant cette base de données relationnelle, on peut obtenir des données précises concernant les acquisitions et les transactions de Fauvel. En plus d’une analyse systématique des modes d’acquisition, quelques exemples significatifs permettent d’illustrer les stratégies utilisées par Fauvel et de comprendre si, pour enrichir la collection du comte et constituer la sienne, il s’est livré à des spoliations « sauvages » (à l’instar de lord Elgin) ou s’il a néanmoins fait preuve d’un certain respect pour les monuments antiques.

Modes d’acquisition

  • 48 BnF, MS, ms. fr. 22873, f. 157 r (lettre de Choiseul-Gouffier à Fauvel écrite de Constantinople (...)
  • 49 BnF, MS, ms. fr. 22873, f. 164 (lettre de Choiseul-Gouffier à Fauvel écrite de Constantinople le (...)

22Dès son installation à Athènes, Fauvel fut sans cesse poussé par Choiseul-Gouffier à s’emparer du plus grand nombre d’antiquités. Le comte était prêt à tout pour obtenir des pièces pour sa collection et ses lettres adressées au peintre sont sans ambiguïté : « Ne négligez rien, je vous en prie, pour avoir quelques beaux marbres », écrit-il en août 1786 ; « Je voudrais bien qu’il [le firman] put vous servir de prétexte pour enlever quelques beaux bas-reliefs ; puisque vous êtes si bien avec le disdar cela devroit vous être facile ; pourquoi ne pourries-vous pas enlever une cariatide, s’il y en a une bien conservée ? »48. « Ne négligez aucun moyen, mon cher Fauvel, de piller dans Athènes et son territoire tout ce qu’il y a de pillable [...] continuez, n’épargnez ni les morts ni les vivans », écrit-il encore en 178949. Dans l’intention du comte, le « pillage » auquel il incitait son émissaire n’excluait donc pas une intervention destructrice ou menée par la force. Cependant, nous le verrons, Fauvel ne suivit pas à la lettre les ordres de son supérieur.

23À partir des informations réunies dans le catalogue en ligne, j’ai pu isoler quatre catégories qui rendent compte des modes d’acquisition employés par Fauvel : enlèvement, achat, échange / don, fouille. La légitimité des fouilles et des enlèvements, réalisés avec ou sans permis officiel, constitue en outre un second paramètre qui nuance ces deux catégories.

24L’enlèvement, tel que je l’ai considéré, consiste à prendre des monuments visibles, détachés, encore en place ou remployés. Pour ne citer que quelques noms, parmi ceux qui eurent recours à cette pratique bien avant Fauvel figurent notamment sir Thomas Roe, Jacob Spon, le marquis de Nointel et Michel Fourmont. Fauvel n’est ainsi que l’un des nombreux « pilleurs » qui se sont succédé sur le sol grec.

25L’achat n’est, quant à lui, qu’une variante de l’enlèvement, lui-même souvent monnayé d’une manière ou d’une autre. Dans la catégorie des achats, je n’ai en fait réuni que les objets obtenus par Fauvel en échange d’une somme d’argent donnée aux « propriétaires » – il s’agissait le plus souvent de paysans qui avaient découvert ces pièces dans leurs champs – ou à des marchands d’antiquités. Les vendeurs n’étaient évidemment pas les propriétaires légitimes de ces monuments mais cela n’empêcha jamais Fauvel de conclure un marché. Parmi les monuments achetés pour le comte, qui avait le bras long et des moyens conséquents, se trouvent ainsi plusieurs marbres et stèles de grandes dimensions, tandis que les achats de Fauvel postérieurs à décembre 1792, date à laquelle Choiseul-Gouffier quitta son ambassade de Constantinople pour se réfugier en Russie, comprennent pour l’essentiel des antiquités de petite taille ou des monnaies.

  • 50 Voir par exemple G. Koutzakiotis, « À la recherche du royaume antique. Les investigations de Choi (...)

26La même inégalité se remarque pour les dons. C’est ainsi que plusieurs pièces furent offertes à l’ambassadeur par des subordonnés cherchant à obtenir sa bienveillance50. En revanche, je n’ai pas repéré de dons offerts à Fauvel pour sa propre collection.

27Quant aux échanges, l’essentiel des trocs effectués par Fauvel porte sur des monnaies. Sa correspondance avec Esprit Marie Cousinéry et Louis Allier de Hauteroche, numismates passionnés, montre qu’ils s’échangeaient régulièrement des « médailles ». Dans quelques cas, Fauvel n’hésita pas à se séparer de ses antiquités pour en faire hommage aux illustres voyageurs qui passaient par sa maison – tels Chateaubriand, la princesse Caroline de Galles ou le colonel Rottiers – ou pour obtenir, en échange, des livres récemment parus en France. Il est évident que ces dons de Fauvel n’étaient pas non plus désintéressés. Par ce biais, le peintre voulait se constituer une sorte de clientèle, qui lui permettrait de se positionner dans la société des savants, des hommes de lettres ou des gens de pouvoir.

28Environ un quart des objets recensés dans mon catalogue a été découvert en fouille par Fauvel. Les fouilles exécutées pour Choiseul-Gouffier étaient pour l’essentiel autorisées par les autorités turques grâce aux pressions exercées par l’ambassadeur à Constantinople. Resté seul, le peintre eut beaucoup plus de mal à obtenir des firmans et il fouilla parfois même en absence de permis. C’est aussi la raison pour laquelle les fouilles entreprises lorsqu’il n’était plus au service du comte concernent pour l’essentiel l’ouverture de tombes et ne rapportèrent que quelques vases et autres petits objets. Plus d’une fois, les frais engagés et les fatigues éprouvées par le peintre pour une fouille ne furent payés qu’avec de bien maigres trouvailles, voire aucune.

  • 51 A. Zambon, « Fauvel et le monument de Lysicrate », in M. Lambert-Bresson et A. Térade (éd.), Arch (...)

29Par ses nombreux enlèvements d’antiquités, Fauvel figure parmi les principaux spoliateurs de la Grèce. Il faut reconnaître que, dans sa quête d’objets, il fit parfois preuve d’une moralité discutable : il n’hésitait pas à enfreindre les lois pour effectuer des fouilles clandestines ou des enlèvements qui s’apparentent souvent au vol. Pourtant, à sa manière, il respecta les monuments, suivant des règles précises : il ne s’empara que des marbres déjà déplacés de leur contexte d’origine et, contrairement aux instructions reçues par son mentor, n’endommagea jamais les monuments encore debout, qu’il contribua même, dans certains cas, à préserver et à restaurer. Le peintre était en effet attentif à la conservation des ruines et fut même à l’origine du premier acte de protection d’un monument antique reconnu par les autorités ottomanes en Grèce. C’est en effet grâce à son action que les vestiges de la stoa d’Attale furent épargnées de la destruction en 1812 et que le monument de Lysicrate fut restauré en 182451.

Fauvel, collectionneur ou marchand ?

  • 52 www.fauvel.free.fr, consulté le 4 mai 2019.
  • 53 A. Zambon, « Fauvel et la constitution de la collection Choiseul-Gouffier », in O. Cavalier (dir. (...)

30Le « Musée Fauvel » permet également de suivre le devenir des antiquités acquises par Fauvel et d’analyser les relations qu’il entretint avec les collectionneurs. Un premier bilan peut être dressé à partir de l’interrogation de la base de données. Des 1517 fiches qui la composent à ce jour52, 1067 concernent des objets acquis par Fauvel ou moulés par lui (47), 360 des pièces qui ne furent pas enlevées par le peintre, tandis que 90 autres fiches décrivent des pièces dont l’acquisition par Fauvel reste douteuse. Le Musée Fauvel réunit en effet non seulement les antiquités que Fauvel parvint à enlever, mais aussi celles qu’il vit pendant ses périples et qui sont simplement décrites ou dessinées dans ses papiers. Dans cette deuxième catégorie figurent surtout des inscriptions (environ 300) – dont le peintre a copié le texte, en esquissant parfois un croquis de la pierre – mais aussi plus d’une centaine de statues et de bas-reliefs admirés pendant les voyages en Grèce ou en Égypte. Certains des objets laissés sur place par Fauvel furent pris par les voyageurs suivants ou détruits. La description du peintre apporte donc des informations précieuses pour la connaissance de ces pièces ou de leur contexte de provenance. Quel fut en revanche le devenir des objets enlevés par Fauvel ? L’interrogation du Musée Fauvel offre des éléments de réponse. Environ 300 objets entrèrent dans la collection de Choiseul-Gouffier, à la constitution de laquelle Fauvel travailla de 1786 à 179253. Notons que le catalogue de la vente Choiseul-Gouffier ne répertorie que 237 objets provenant de Fauvel. Les informations réunies dans le Musée Fauvel m’ont permis d’ajouter à ce chiffre 62 autres objets ayant quitté la collection du comte avant sa mort, qui ne figuraient donc pas dans ce catalogue posthume.

  • 54 BnF, MS, ms. fr. 22877, I, f. 69 r° (notes archéologiques).
  • 55 Musée Benaki, ms. 146.271, f. 1 (lettre à Cousinéry écrite d’Athènes le 7 avril 1795).
  • 56 Ibidem.
  • 57 Institut de France, ms. 4730, lettre à Allier de Hauteroche à Fauvel du 12 Pluviôse an XII (3 fév (...)

31Plus de 750 fiches du Musée Fauvel recensent les antiquités entrées dans la collection personnelle du peintre. Il faut préciser que le nombre d’objets composant cette collection dépassait largement ce chiffre, car j’ai réuni dans des fiches cumulatives les suites de monnaies ou des pièces pour lesquelles il n’était pas toujours possible de donner une description précise. Ainsi, par exemple, les 2159 monnaies que comptait son médailler à la fin de sa vie, n’occupent qu’une seule fiche. C’est au contact de Cousinéry, consul de Salonique et numismate passionné chez qui il séjourna pendant 8 mois en 1793, que Fauvel se mua progressivement en collectionneur, s’adonnant tout d’abord, comme son hôte, à rechercher les monnaies54. « Souvenez-vous, mon ami », écrivait-il à Cousinéry quelques années plus tard, « que vous m’avez fait antiquaire ; je crains la manie des médailles, c’est une maladie contagieuse »55. Fauvel commença ainsi à collectionner des « médailles », mais aussi d’autres antiquités. Il parvint au fil des années à se constituer une belle collection, admirée par tous les voyageurs qui passaient par Athènes. Il se tourna également vers le commerce d’antiquités, vendant une partie de ses trouvailles. La plupart de ses transactions semble avoir été dictée par le besoin, car après la fuite de son mentor en Russie il se trouva dans des conditions financières précaires. « Je suis jaloux de reformer ma collection d’Athènes », écrivait-il en 1795 après avoir vendu par nécessité un choix de ses monnaies56. En 1804, étant à court d’argent à cause de plusieurs mois de salaire impayés, Fauvel vendit son médailler au collectionneur écossais lord Aberdeen. Il justifiait ainsi avec Allier de Hauteroche cette « douloureuse » transaction : « Je devois, j’étois sans argent et je voulois être en mesure d’éviter l’arrestation qui paroissoit imminente […] À qui emprunter ? les Français sont dépouillés et misérables et il nous est défendu, sous peine de cassation, d’emprunter des gens du pays, et ce ne seroit qu’à 20%. Je porte le deuil de toutes mes médailles, jamais je ne referai la collection d’Athènes, j’en ai fait 3000 piastres »57. D’autres justifications similaires reviennent dans sa correspondance :

  • 58 BnF, MS, ms. fr. 22871, f. 162 bis (brouillon d’une lettre sans date ni nom du destinataire).

32« Mes appointements ne me permettant pas de satisfaire ma passion pour les arts et l’Antiquité, je me vois obligé de me défaire des objets après en avoir joui, pour avoir les moyens d’en découvrir d’autres et de jouir encore. […] J’ai trouvé, j’ai vendu pour trouver encore, n’étant point assez riche pour conserver »58.

  • 59 R.-M. Le Rouzic, « Le voyage dans le Levant de Louis-Auguste de Forbin, peintre, directeur du mus (...)
  • 60 Sur ces ventes, voir A. Zambon, « Fauvel et les vases grecs », JSav (janvier-juin 2006), p. 3-63 (...)
  • 61 BnF, MS, ms. fr. 22873, f. 263 r° (lettre de Cousinéry à Fauvel écrite de Constantinople le 16 oc (...)
  • 62 Voir L. Beschi et I. Travlos, « La casa di L. S. Fauvel, primo museo ateniese », AEphem 140 (2001 (...)

33Ces mots montrent qu’il se considérait avant tout comme un collectionneur et que la vente de ses antiquités ne se fit pas sans souffrance. D’autres ventes suivirent néanmoins dans les années suivantes : entre 1809 et 1813 il vendit un peu plus de 40 vases à Thomas Burgon ; en 1817 il vendit 13 objets (essentiellement des sculptures) au comte de Forbin pour le Musée royal du Louvre59 et 42 autres au comte James de Pourtalès ; vers 1820, ou peu avant, il fournit encore environ 25 vases à Edme Durand et à la même date il envoya à Paris une quarantaine de pièces, essentiellement des vases, suppliant son ami Morel d’Arleux de l’aider à les vendre. Enfin, en 1822 il adressa dans le même but une quinzaine de vases et « autres objets curieux » à son ami Jean-Louis Famin à Marseille60. Il faut encore mentionner quelques monnaies envoyées à Paris pour la collection d’Emmanuel Louis Joseph d’Hermand, inspecteur général du commerce et des consulats à qui Fauvel devait sa nomination en tant que vice-consul d’Athènes61. Le reste des antiquités entrées dans la collection de Fauvel restèrent en sa possession jusqu’au bout : 54 caisses renfermant environ 300 antiquités, furent ensevelies dans l’écroulement de sa maison athéniennes en 1825 ; 87 autres objets, réunis par Fauvel après son déménagement à Smyrne en 1823, furent vendus aux enchères à Paris après sa mort62. Enfin, j’ignore le devenir de 248 autres objets, dont on perd la trace après leur entrée dans la collection du vice-consul.

  • 63 Pour une liste exhaustive, cf. le document explicatif sur le site du Musée Fauvel intitulé « Cons (...)
  • 64 Voir Zambon, Fauvel et les vases grecs, p. 20-50.

34Au final, outre la vente de ses monnaies, pratique à laquelle il eut recours dans les moments d’extrême besoin, ou la cession de quelques objets offerts ou échangés avec les voyageurs, Fauvel n’effectua que très peu de transactions d’antiquités – au moins d’après les informations disponibles dans la base de données. Il s’agit en tout de six ventes, pour un nombre total de 178 objets. Or, le catalogue du Musée Fauvel a été compilé à partir du dépouillement intégral des manuscrits et des archives de Fauvel ; il a été alimenté aussi par le dépouillement des plusieurs catalogues de vente et d’inventaires de musées63. Il offre donc un aperçu fiable de l’attitude de Fauvel face aux antiquités et sur son commerce ; si d’autres transactions furent probablement effectuées par le peintre entre 1793 et 1838, elles ne doivent pas avoir été bien nombreuses si aucune trace n’est attestée dans la documentation réunie à ce jour. La poursuite de la recherche fournira peut-être de nouveaux indices pour combler ces lacunes. Il faut néanmoins souligner que pendant son long séjour à Athènes Fauvel eut l’occasion de côtoyer un très grand nombre de voyageurs et collectionneurs à qui il aurait pu facilement revendre des antiquités. La plupart du temps il se limita en revanche à ouvrir largement sa collection aux visiteurs – qui l’immortalisèrent dans leurs dessins ou dans leurs récits64 – et à partager avec eux les connaissances engendrées par ses découvertes. L’acquisition d’antiquités était en effet pour Fauvel un moyen pour accroitre non seulement sa collection, mais aussi sa connaissance du passé.

Sociabilité et libéralité savantes

  • 65 Fauvel fut nommé en février 1796 comme membre non résident de la IVe section (Antiquités et Monum (...)

35Malgré les nombreuses études qu’il se promettait de « donner au public », Fauvel ne publia jamais aucun livre. Ses idées circulèrent néanmoins au sein d’un groupe plus ou moins large de savants. De ce fait, ses échanges s’inscrivent dans ce que l’on peut appeler la sociabilité savante. En février 1796, il fut nommé membre correspondant de l’Institut et, à partir de cette date, il envoya régulièrement le compte rendu de ses découvertes et de ses observations archéologiques à ses confrères65. La relation de Fauvel avec les autres membres de l’Académie consistait à échanger non seulement des informations et des idées sur l’Antiquité, mais aussi des nouvelles, des services, des recommandations et parfois même des objets archéologiques. Un extrait d’une lettre de Barbié du Bocage témoigne des demandes diversifiées que Fauvel recevait de ses correspondants en France :

  • 66 BnF, MS, ms. fr. 22873, f. 34 r (lettre de Barbié du Bocage écrite de Paris le 23 décembre 1809).

36« Petit-Radel qui vous dit bien des choses nous lit toujours des Mémoires sur ses monumens cyclopéens et il profite beaucoup de vos renseignemens. Clavier, que nous avons reçu de l’Institut, vous recommande les Inscriptions ; d’autres comme Visconti et les antiquaires verront avec plaisir vos descriptions de tombeaux, de vases et de statues et pour moi je vous recommande toujours l’emplacement des ruines »66.

  • 67 L. C. F. Petit-Radel, Recherches sur les Monuments cyclopéens et description de la collection des (...)
  • 68 Cf. par exemple E. Q. Visconti, « Mémoire sur deux inscriptions grecques trouvées à Athènes », Hi (...)

37En effet, Petit-Radel tira profit du travail de Fauvel pour ses recherches sur les constructions en appareil cyclopéen : les notes et les dessins du peintre lui servirent pour décrire ou illustrer les constructions en appareil cyclopéen de Mycènes, Tirynthe, Milo, Éleuthères, Delphes, Mégare, Hysies, Salamine, Midée, Tropodicus, Thèbes, Éleusis, Anagyrus, la Pnyx d’Athènes et Rhamnonte67. Ennio Quirino Visconti et Étienne Clavier publièrent en les expliquant quelques inscriptions transmises par Fauvel68. Le peintre était sollicité de toutes parts pour effectuer des vérifications et des observations concernant, selon les cas, la sculpture, la céramique, l’architecture, la topographie ou l’épigraphie. Parfois, conscient de ses limites, il n’hésitait pas à demander lui aussi à ses correspondants quelques conseils ou éclaircissements sur des sujets dépassant ses connaissances. L’échange n’était donc pas à sens unique :

  • 69 Magasin Encyclopédique (1808), t. VI, p. 365 (lettre à Barbié du Bocage écrite d’Athènes le 24 ao (...)

38« Vous y avez vu », écrivait Fauvel à Barbié du Bocage en 1808, « que je tire parti de tout le monde : je puis dire que les voyageurs, à leur tour, me mettent à contribution ; au moins ne me reprochera-t-on pas de me donner les gants de leurs découvertes. Ce n’est que par une communication mutuelle que l’on peut agrandir le cercle des connoissances »69.

39Nous avons vu plus haut comment le travail cartographique de Fauvel fut utilisé par Barbié du Bocage et par d’autres. Et c’est en effet surtout grâce au réseau tissé avec les membres de l’Institut que les recherches de Fauvel furent connues et exploitées par ses contemporains :

  • 70 BnF, Manuscrits, ms. fr. 22875, f. 81 r (lettre de Mongez à Fauvel écrite de Paris le 11 décembre (...)

40« Je vous dirai d’abord », écrivait Mongez à Fauvel en 1809, « que je lis toutes vos lettres à notre classe de l’Institut ; qu’elles y font grand plaisir ; que M. Petit-Radel en extrait tout ce qui lui convient ; et que M. Millin, notre confrère, insère dans son Magazin Encyclopédique tout ce qu’il y a d’important, à fin que vos découvertes soient connues de l’Europe savante »70.

  • 71 G. Tolias, La médaille et la rouille, Paris-Athènes, 1997.
  • 72 W. Haygarth, Greece, A Poem, in Three Parts, with Notes, Classical Illustrations and Sketches of (...)
  • 73 L. Ross, Archäologische Aufsätze, Leipzig, 1855, p. 28-33.
  • 74 J. G. Legrand, Galerie antique, Paris, 1808, p. 32-34 et passim.
  • 75 Les Antiquités d’Athènes mesurées et dessinées par J. Stuart et N. Revett, peintres et architecte (...)
  • 76 W. Wilkins, Atheniensia: or Remarks on the Topography and Buildings of Athens, Londres, 1816, p.  (...)
  • 77 Les Antiquités d’Athènes, IV, p. 66 et 70. Certains de ces dessins ont récemment refait surface e (...)

41Plusieurs lettres de Fauvel furent en effet imprimées dans les Mémoires de l’Institut et dans le Magasin Encyclopédique, qui devint ensuite la Revue Encyclopédique. Un mémoire relatif à son voyage en Grèce de 1780 parut en outre dans le Bulletin de la Société de Géographie en 1827. C’est du reste à juste titre que Mongez évoque « l’Europe savante », car l’audience de ces périodiques – qui offrent d’ailleurs un écho de l’apport grandissant de l’archéologie à la réflexion de l’époque en matière d’art grec71 – dépassait effectivement les frontières de la France. Quelques-unes des lettres de Fauvel furent même traduites en anglais et publiées dans le Monthly Magazine et dans l’Analectic Magazine72. Un mémoire de Fauvel rendant compte de ses voyages et de ses entreprises fut publié en 1795 dans la Décade Philosophique, puis en traduction allemande dans la revue Minerva en 1797. D’autres lettres enfin furent reproduites dans l’ouvrage de Ludwig Ross73. Les idées et les découvertes de Fauvel eurent donc une certaine influence en dehors de la France. Des remarques détaillées sur les monuments d’Athènes furent transmises par le peintre à J. G. Legrand, qui les publia dans sa Galerie antique74. Or, le chapitre de ce livre relatif au Parthénon, où l’opinion de Fauvel est citée sur chaque point, fut ensuite repris à l’identique dans la traduction française des Antiquities of Athens de Stuart et Revett75. On y apprend du reste (p. 58, n. 2) que des notes de Fauvel relatives au Parthénon avaient été transmises par Legrand au général Miranda. Le voyageur anglais William Wilkins eut en main des notes semblables, qu’il reçut de Richard Walpole et dont il se servit pour son livre sur Athènes76. Les éditeurs des Antiquités d’Athènes parlent en outre de plusieurs dessins de Fauvel qui étaient en possession de Hawkins et qui étaient connus en Angleterre77.

  • 78 Au retour de son premier voyage en Grèce, en 1782, Fauvel avait eu l’occasion de fournir plusieur (...)
  • 79 Bibliothèque Gennadios, ms. 133 (3rd part), f. 23.
  • 80 A. Zambon, « Les premiers voyageurs et la dorure du Parthénon. Mise au point sur une controverse (...)

42Les travaux de Fauvel circulèrent donc largement parmi ses correspondants de l’Institut, qui en firent abondamment usage. D’autres savants, comme l’abbé Barthélemy, Sainte-Croix ou Millin, ont profité de manière plus ou moins importante de ses renseignements78. Mais, à la différence de Petit-Radel, de Legrand ou de Barbié du Bocage, ils ne furent pas toujours prêts à citer leur source. Par exemple, les remarques du peintre sur la polychromie de l’art antique, communiquées à l’Académie des Inscriptions dans un mémoire présenté en 180279, furent reprises par Millin. Ce dernier se garda pourtant bien de citer le nom de Fauvel et passe ainsi pour le premier à avoir attiré l’attention des savants sur la question80.

43Au final, le nom et les idées de Fauvel reviennent dans plusieurs publications, mais, à l’exception de quelques articles ou quelques lettres, aucun ouvrage ne parut sous son nom. Sans se soucier de perdre ainsi l’honneur de ses découvertes, Fauvel continua à communiquer, avec une grande générosité, non dépourvue d’une certaine vanité, toutes ses idées à ses correspondants à Paris, mais aussi aux voyageurs rencontrés en Orient. Son extrême libéralité lui était d’ailleurs reprochée par son ami Lechevalier :

  • 81 BnF, MS, ms. fr. 22873, f. 117 r/v (lettre de Lechevalier écrite de Paris le 13 janvier 1810).

44« Cette célébrité est sans doute très flatteuse, mais désormais si vous m’en croyez, vous ramasserez soigneusement tous les chef-d’œuvres [sic] qui vous tomberont dans les mains et vous ne les publierez qu’à votre retour en France, de cette manière vous serez assuré d’en jouir. Autrement, en adressant comme vous le faites vos observations et vos monuments au tiers et au quart, vous les éparpillez, vous les galvaudez. Les bavards, les charlatans s’en emparent […] et ne vous font pas même l’honneur de prononcer votre nom. Vous les attraperez mon ami si vous suivez le conseil que je vous donne »81.

  • 82 Une aquarelle du Parthénon a été adjugée à elle seule pour 30.000 livres sterling : http://www.so (...)

45Inutile de dire que ce conseil fut vain. En l’absence d’une publication de sa part, tout en ayant participé au renouveau de l’histoire de l’art grec et à l’émergence de l’archéologie en Grèce, Fauvel fut finalement relégué à un rôle marginal et il ne parvint jamais à obtenir de son vivant la reconnaissance officielle à laquelle il aspirait pour ses découvertes. C’est seulement de nos jours que ses travaux ont été pleinement reconnus à leur juste valeur. Fauvel mourut d’ailleurs dans la misère, accablé par les dettes. Quelle triste conclusion pour une vie entièrement vouée à l’Antiquité ! Et dire qu’en 2016, la vente de huit aquarelles de Fauvel a rapporté chez Sotheby’s un total de 142 250 livres sterling82...

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Notes

1 A. Zambon, Aux origines de l’archéologie en Grèce. Fauvel et sa méthode, Paris, 2014.

2 A. Zambon, « Luigi Beschi e Louis Fauvel : Vecchie ricerche e nuove individuazioni », in E. Greco (éd.), Giornata di studi nel ricordo di Luigi Beschi. Hμερίδα είς Μνήμην του Luigi Beschi. Italiano, Filelleno, Studioso Internazionale, (Tripodes 17), Athènes, 2017, p. 45-83.

3 Fauvel avait déjà séjourné dans cette ville à plusieurs reprises entre 1780 et 1782 en compagnie de l’ingénieur Foucherot. Cf. A. Zambon, « Une leçon de topographie par correspondance. Les lettres de l’ingénieur J. Foucherot et les levés du peintre L. F. S. Fauvel en Grèce », Le Monde des cartes 207 (mars 2011), p. 107-124.

4 BnF, Département des Estampes et de la Photographie (dorénavant ES), Gb 15 Fol., Gb 15 a, Gb 15 b, Gb 15 c et Gb 15 d boîte fol.

5 BnF, Département des Manuscrits (dorénavant MS), ms. fr. 22877, I, f. 8 et 9.

6 BnF, ES, Gb 15 Fol., f. 35 r., no 71. Cf. J.-C. Moretti et A. Zambon, « Fauvel à Délos », Monuments Piot 86 (2007), p. 165-190, partic. p. 178, fig. 6.

7 Zambon, Aux origines de l’archéologie, p. 167.

8 C’est-à-dire la suite du Voyage Pittoresque de la Grèce dont le premier volume était paru en 1780.

9 Zambon, Une leçon de topographie, p. 110.

10 Zambon, Aux origines de l’archéologie, p. 133-134.

11 J.-J. Barthélemy, Voyage du jeune Anacharsis en Grèce, dans le milieu du quatrième siècle avant l’ère vulgaire, Paris, 1788 et J. D. Barbié du Bocage, Recueil de Cartes géographiques, plans, vues et médailles de l’ancienne Grèce, relatifs au voyage du jeune Anacharsis, précédé d’une analyse critique des cartes, Paris, 1788.

12 Plusieurs manuscrits donnent la liste de ses travaux : Archives Nationales, T 153/158 ; BnF, MS, ms. fr. 22877, I, f. 25-26 et 147-148.

13 Seulement quelques-uns ont été publiés : un plan des ruines levées par Fauvel à Marathon a été analysé par A. A. J. Milchhöfer, Karten von Attika, Berlin, 1881-1900, fasc. III-VI, p. 44-45 ; un brouillon du plan de Nauplie par Fauvel a été publié par A. Koumarianou, « Fauvel και Αθήνα », Τόπος και Είκονα 7 (1986), p. 9-73, fig. 6. Pour le plan d’Alexandrie, cf. Zambon, Luigi Beschi et Louis Fauvel, pl. II, fig. 1. Pour les plans d’Athènes, de Sparte et d’Olympie, cf. Zambon, Aux origines de l’archéologie, pl. II, III et V.

14 BnF, Département des Cartes et Plans (dorénavant CP), GE DD 6318 (71).

15 G.-A. Olivier, Voyage dans l’Empire othoman, l’Égypte et la Perse fait par ordre du gouvernement, pendant les six premières années de la République, Paris, 1801-1807, t. III (1804), p. 517.

16 Pour une analyse détaillée de ce plan, cf. Zambon, Aux origines de l’archéologie, p. 130- 131.

17 G.-A. Olivier, Atlas pour servir au voyage dans l’Empire othoman, l’Égypte et la Perse, Paris, 1801, pl. XLIX ; R. Walpole (dir.), Memoirs Relating to European and Asiatic Turkey, Londres, pl. en regard de la p. 481.

18 Athènes, Musée Benaki, portefeuille de Thomas Hope, vol. IV, f. 27227 ; ce plan a été reproduit par F. M. Tsigakou, Thomas Hope (1769-1831). Pictures from 18th Century Greece, Athènes, fig. 22 et par Zambon, Aux origines de l’archéologie, fig. 5.

19 A. Zambon, « La cartographie de l’Attique par L. F. Fauvel (1753-1838) », Cartes & Géomatique 220 (2014), p. 19-30 et p. 23, fig. 3 ; BnF, CP, S.H.M., xviiie s., portefeuille 93, division 9, pièce 4.

20 BnF, CP, Ge DD 6318 (23).

21 BnF, CP, Ge A 206. Sur ce plan-relief, voir Zambon, La cartographie de l’Attique, p. 28, fig. 7.

22 BnF, CP, Ge DD 6318, f. 10, 14, 16, 17 et 22. Pour l’analyse de ces documents, cf. Zambon, La cartographie de l’Attique, p. 20-23.

23 BnF, MS, ms. fr. 22873, f. 199 r (lettre de Cockerell écrite de Florence le 13 mai 1816).

24 R. Tweddell, Remains of John Tweddell [...] being a selection of his Correspondence, a republication of his Prolusiones Juveniles, an appendix containing some account of the Author’s collections of Mss. Drawings and of their extraordinary disappearance, preceded by a Biographical Memoir of the Deceased and illustrated with portraits, picturesque views and maps, Londres, 1816, planche à la p. 288.

25 F. C. H. L. Pouqueville, Voyage en Grèce, Paris, 1821, V, p. 634.

26 BnF, MS, ms. fr. 22873, f. 45 v° (lettre de Barbié du Bocage à Fauvel écrite de Paris le 11 avril 1820).

27 R. Chandler, Voyages dans l’Asie Mineure et en Grèce…, III, Paris, 1806 ; J.-D. Barbié du Bocage, Description topographique et historique de la plaine d’Argos et d’une partie de l’Argolide avec carte et figures, Paris, 1834.

28 BnF, MS, ms. fr. 22873, f. 25 r (lettre de Barbié du Bocage écrite de Paris le 5 Messidor an 11 = 24 juin 1803) ; C. W. Clairmont, Fauvel : The First Archaeologist in Athens and his Philhellenic Correspondents, Zurich, p. 107.

29 BnF, MS, ms. fr. 22873, f. 34 r (lettre de Barbié du Bocage écrite de Paris le 23 décembre 1809) ; Clairmont, Fauvel, p. 119.

30 Il s’agit du plan de Delphes levé par Fauvel en 1797. Cf. É. Pentazos, Les premiers signes d’intérêt en Grèce (1829-1863), in La Redécouverte de Delphes, Athènes, 1992, p. 13-54, partic. p. 23.

31 Le cas le plus emblématique est sans doute l’article sur Olympie publié par Choiseul-Gouffier, dont les plans s’appuient sur les levés faits sur place par Fauvel sans toutefois le mentionner : M. G. F. A. de Choiseul-Gouffier, « Mémoire sur l’Hippodrome d’Olympie », Mémoires de littérature tirés des registres de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres 49 (1808), p. 222-238.

32 Bibliothèque Gennadios, ms. 133 (3rd part), f. 1.

33 BnF, MS, ms. fr. 22877, I, f. 23 r° (notes archéologiques) ; ms. fr. 22873, f. 158 r (lettre de Choiseul-Gouffier écrite de Constantinople le 2 août 1786).

34 L. J. J. Dubois, Catalogue d’antiquités égyptiennes, grecques, romaines et celtiques formant la collection de feu M. le comte de Choiseul Gouffier, Paris, 1818, n° 309-316.

35 Bibliothèque Gennadios, ms. 133 (3rd part), f. 1. Sur les moulages du Parthénon exécutés par Fauvel, L. Beschi, « L. S. Fauvel e il Partenone », in E. Berger (éd.), Parthenon–Kongress Basel, Mayence, 1984, I, p. 319-323.

36 Citons à titre d’exemple, M. L. J. A. Ch. de Martin du Tyrac, comte de Marcellus, Souvenirs de l’Orient, Paris, 1839, t. II, p. 351-353 et F. C. H. L. Pouqueville, Voyage dans la Grèce, Paris, 1820, t. IV, p. 73-78.

37 Cf. Chr. Pinatel, « Formation d’Ingres à Paris sur des moulages de la sculpture antique grecque au début du xixe siècle », Bulletin du Musée d’Ingres 82 (2010), p. 41-78.

38 F. G. Welcker, Das Akademische Kunstmuseum zu Bonn, Bonn, 1841, p. 103-105, n° 254-314 ; Beschi, L. S. Fauvel e il Partenone, II, p. 450, n. 10 ; D. Willers, « Ergänzungen an Fauvels Gipsabgüssen vom Parthenonfries », in E. Berger (éd.), Parthenon-Kongress Basel, Mayence, 1984, I, p. 343-344, II, p. 458.

39 Zambon, Aux origines de l’archéologie, p. 193-198.

40 BnF, MS, ms. fr. 22873, f. 157 (lettre de Choiseul à Fauvel écrite de Constantinople le 2 août 1786). Le 3 octobre 1786, Fauvel avait déjà reçu ce firman, puisque Foucherot lui écrivait : « Puisque vous avez le pouvoir de faire fouiller... » (BnF, MS, ms. fr. 22877, I, f. 27 v).

41 J. M. Paton et G. Stevens, The Erechtheum, Cambridge, 1927, p. 545.

42 BnF, MS, ms. fr. 22877, II, f. 40 r : « J’ai fait des fouilles à Santorin où je suis resté 3 mois, j’ai levé un plan exact de cette isle volcanique je l’ai nivelée et sondé son golfe ». Sur la fouille de Fauvel à Santorin, L. Beschi, « Vecchie ricerche a Thera », in N. Stambolidis (dir.), Φως κυκλαδικóν. Tιμητικóς τóμoς στη μνήμη τoυ Nίκoυ Ζαφειρóπoυλoυ, Athènes, p. 384-393.

43 Zambon, Aux origines de l’archéologie, p. 212-219.

44 BnF, MS, ms. fr. 22871, f. 19 r (brouillon d’une lettre à Mongez écrite d’Athènes le 18 octobre 1808).

45 BnF, ES, Gb 15 d boîte Fol., f. 154 r.

46 P. David, « Lettre à Monsieur Frédéric Galeron, auteur de l’Histoire de Falaise », in F. Galeron, Lettres sur les Antiquités romaines trouvées à Vaton en 1834 et sur les origines de la ville de Falaise, Falaise, 1834, p. 17-19, partic. p. 17. Voir aussi BnF, MS, ms. fr. 22874, f. 92 (lettre de Pierre David à Fauvel écrite le 31 mars 1834).

47 La base de données est pour le moment accessible sur un serveur privé à l’adresse www.fauvel.free.fr, protégée par un mot de passe (username : Foucherot ; password : Smyrne1838), mais elle bénéficiera bientôt d’un hébergement institutionnel dans le cadre d’un projet sur le « Musée Fauvel » en cours avec l’École française d’Athènes.

48 BnF, MS, ms. fr. 22873, f. 157 r (lettre de Choiseul-Gouffier à Fauvel écrite de Constantinople le 2 août 1786).

49 BnF, MS, ms. fr. 22873, f. 164 (lettre de Choiseul-Gouffier à Fauvel écrite de Constantinople le 27 février 1789).

50 Voir par exemple G. Koutzakiotis, « À la recherche du royaume antique. Les investigations de Choiseul-Gouffier et ses collaborateurs en Macédoine (1787-1792) », Ο Ερανιστής, 25 (2005), p. 119-155.

51 A. Zambon, « Fauvel et le monument de Lysicrate », in M. Lambert-Bresson et A. Térade (éd.), Architectures urbaines, formes et temps. Mélanges en l’honneur de Pierre Pinon, Paris, 2014, p. 245-250. Voir aussi A. Zambon, « Fauvel pilleur ou sauveur des monuments antiques ? », in I. Apostolou et A. Zambon (éd.), Du pillage à la conscience patrimoniale en Grèce et dans l’Empire ottoman : le rôle des Français et des autres Occidentaux, Bordeaux, (à paraître).

52 www.fauvel.free.fr, consulté le 4 mai 2019.

53 A. Zambon, « Fauvel et la constitution de la collection Choiseul-Gouffier », in O. Cavalier (dir.), Le voyage en Grèce du comte de Choiseul-Gouffier, Avignon 2007, p. 62-83.

54 BnF, MS, ms. fr. 22877, I, f. 69 r° (notes archéologiques).

55 Musée Benaki, ms. 146.271, f. 1 (lettre à Cousinéry écrite d’Athènes le 7 avril 1795).

56 Ibidem.

57 Institut de France, ms. 4730, lettre à Allier de Hauteroche à Fauvel du 12 Pluviôse an XII (3 février 1804).

58 BnF, MS, ms. fr. 22871, f. 162 bis (brouillon d’une lettre sans date ni nom du destinataire).

59 R.-M. Le Rouzic, « Le voyage dans le Levant de Louis-Auguste de Forbin, peintre, directeur du musée royal du Louvre (1816-1841) en mission pour les antiques (1817-1818) », JSav (janvier-juin 2015), p. 139-182.

60 Sur ces ventes, voir A. Zambon, « Fauvel et les vases grecs », JSav (janvier-juin 2006), p. 3-63 et « Fauvel et les vases grecs. Un catalogue retrouvé », JSav (juillet-décembre 2006), p. 185-196.

61 BnF, MS, ms. fr. 22873, f. 263 r° (lettre de Cousinéry à Fauvel écrite de Constantinople le 16 octobre 1808). Sur d’Hermand voir A. V. Arnault et al., Biographie nouvelle des contemporains..., Paris, 1823, t. IX, p. 475-476.

62 Voir L. Beschi et I. Travlos, « La casa di L. S. Fauvel, primo museo ateniese », AEphem 140 (2001), p. 72-120.

63 Pour une liste exhaustive, cf. le document explicatif sur le site du Musée Fauvel intitulé « Constitution et exploitation d’un catalogue » : http://www.fauvel.free.fr/fauvel/webroot/files/instructions.pdf.

64 Voir Zambon, Fauvel et les vases grecs, p. 20-50.

65 Fauvel fut nommé en février 1796 comme membre non résident de la IVe section (Antiquités et Monuments) de l’Institut national des sciences et arts de Paris. En janvier 1803, avec la réforme de l’Institut, il devint correspondant de la troisième classe (Histoire et Littérature anciennes).

66 BnF, MS, ms. fr. 22873, f. 34 r (lettre de Barbié du Bocage écrite de Paris le 23 décembre 1809).

67 L. C. F. Petit-Radel, Recherches sur les Monuments cyclopéens et description de la collection des modèles en relief composant la Galerie Pélasgique de la bibliothèque Mazarine, Paris, 1841, p. 64 et p. xxv, 28-29, 63, 101, 229, 238, 252, 255, 259, 317.

68 Cf. par exemple E. Q. Visconti, « Mémoire sur deux inscriptions grecques trouvées à Athènes », Histoire et Mémoires de l’Institut Royal de France, Classe d’Histoire et de Littérature ancienne 1 (1815), p. 230-240 et P. C. F. Daunou, « Mémoire sur les oracles des anciens, par M. Clavier », JSav (1818), p. 296-304, partic. p. 303.

69 Magasin Encyclopédique (1808), t. VI, p. 365 (lettre à Barbié du Bocage écrite d’Athènes le 24 août 1808).

70 BnF, Manuscrits, ms. fr. 22875, f. 81 r (lettre de Mongez à Fauvel écrite de Paris le 11 décembre 1809).

71 G. Tolias, La médaille et la rouille, Paris-Athènes, 1997.

72 W. Haygarth, Greece, A Poem, in Three Parts, with Notes, Classical Illustrations and Sketches of the Scenery, Londres, 1814, p. 211 et p. 256, n. 5.

73 L. Ross, Archäologische Aufsätze, Leipzig, 1855, p. 28-33.

74 J. G. Legrand, Galerie antique, Paris, 1808, p. 32-34 et passim.

75 Les Antiquités d’Athènes mesurées et dessinées par J. Stuart et N. Revett, peintres et architectes, Paris, 1822, IV, p. 58-60.

76 W. Wilkins, Atheniensia: or Remarks on the Topography and Buildings of Athens, Londres, 1816, p. 101, n.*. L. Beschi, L. S. Fauvel e il Partenone, I, p. 319.

77 Les Antiquités d’Athènes, IV, p. 66 et 70. Certains de ces dessins ont récemment refait surface en passant en vente publique chez Sotheby’s les 5 et 6 juillet 2016 (lots 147 à 154) : http://www.sothebys.com/en/auctions/2016/old-master-british-drawings-l16040.html (consulté le 29 avril 2019).

78 Au retour de son premier voyage en Grèce, en 1782, Fauvel avait eu l’occasion de fournir plusieurs renseignements à Barthélemy qui préparait alors son Voyage du jeune Anacharsis et utilisa les informations transmises par Fauvel sur Thèbes et Éleusis. Cf. BnF, CP, Ge DD 6318 (74), f. 1 r. G.-E.-J. de Sainte-Croix, Examen Critique des Anciens Historiens d’Alexandre-le-Grand, Paris, 18102 ; cf. P.-E. Legrand, « Biographie de Louis François Sébastien Fauvel, antiquaire et consul (1753-1838) », RA 31 (1897), p. 94-103 et 185-223, partic. p. 196.

79 Bibliothèque Gennadios, ms. 133 (3rd part), f. 23.

80 A. Zambon, « Les premiers voyageurs et la dorure du Parthénon. Mise au point sur une controverse ancienne », RA 53 (2012), p. 41-61.

81 BnF, MS, ms. fr. 22873, f. 117 r/v (lettre de Lechevalier écrite de Paris le 13 janvier 1810).

82 Une aquarelle du Parthénon a été adjugée à elle seule pour 30.000 livres sterling : http://www.sothebys.com/en/auctions/ecatalogue/2016/old-master-british-drawings-l16040/lot.148.html (consulté le 29 avril 2019).

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Titre Fig. 3. Plan d’Athènes d’après Fauvel conservé dans les portefeuilles de Thomas Hope au Musée Benaki. D’après F. M. Tsigakou, Thomas Hope (1769-1831). Pictures from 18th Century Greece, Athènes, fig. 22 (détail).
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Titre Fig. 4. Carte de l’Attique dressée par Fauvel en 1792. BnF, CP, S.H.M., xviiie siècle, portefeuille 93, division 9, pièce 4. © BnF. D’après A. Zambon, « La cartographie de l’Attique par L. F. Fauvel (1753-1838) », Cartes & Géomatique, 220 (2014), p. 23, fig. 3.
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Titre Fig. 6. R. Tweddell, Remains of John Tweddell [...] being a selection of his Correspondence, a republication of his Prolusiones Juveniles, an appendix containing some account of the Author’s collections of Mss. Drawings and of their extraordinary disappearance, preceded by a Biographical Memoir of the Deceased and illustrated with portraits, picturesque views and maps, Londres, 1816, planche à la p. 288.
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Pour citer cet article

Référence papier

Alessia Zambon, « Acquisition et transmission du savoir antiquaire à Athènes à la fin du xviiie et au début du xixe siècle : Fauvel et son réseau de sociabilité »Anabases, 32 | 2020, 79-105.

Référence électronique

Alessia Zambon, « Acquisition et transmission du savoir antiquaire à Athènes à la fin du xviiie et au début du xixe siècle : Fauvel et son réseau de sociabilité »Anabases [En ligne], 32 | 2020, mis en ligne le 20 octobre 2022, consulté le 09 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/anabases/11292 ; DOI : https://doi.org/10.4000/anabases.11292

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Auteur

Alessia Zambon

Maître de conférences en Histoire des arts et Patrimoine
Université Paris-Saclay,
UVSQ, DYPAC,
78000 Versailles, France

alessia.zambon@uvsq.fr

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