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Ateliers
Antiquités numériques (n° 3)

La base de données LEPOR

Jean-Louis Ferrary et Philippe Moreau
p. 231-234

Texte intégral

1La base de données LEPOR (LEges POpuli Romani), qui rassemblera à terme plus de 880 notices consacrées chacune à une lex rogata ou à un plébiscite, développée par une équipe internationale de recherche (franco-italo-britannique) dirigée par Jean-Louis Ferrary, Philippe Moreau et Yann Rivière dans le cadre de l’UMR 8210 ANHIMA, est désormais librement accessible au public, à l’adresse http://www.cn-telma.fr/​lepor/​introduction/​.

Du projet « Nouveau Rotondi » à la base LEPOR

2Le projet de constituer un corpus de notices consacrées chacune à une loi romaine, à un plébiscite ou à une rogatio effectivement présentée au vote (vie s. av. J.-C. – iie s. apr. J.-C.), dont l’existence est attestée par au moins une source antique, est né d’un précédent programme international, celui du Cambridge Group for the Revision of the Texts of Roman Laws, dirigé par Michael H. Crawford, qui a abouti en 1996 à la publication des deux volumes de Roman Statutes. Son objet était de donner une édition critique, accompagnée d’une traduction anglaise et d’un important commentaire historique, de toutes les lois dont le texte même avait été préservé par une ou plusieurs inscriptions ou par tradition manuscrite, lorsque, dans ce second cas, l’authenticité du texte était assurée.

3Plusieurs des participants à ce groupe (Paula Botteri, Jean-Louis Ferrary, Philippe Moreau) ont alors considéré que la suite logique de ce projet était d’envisager un recueil de notices concernant toutes les leges rogatae et tous les plébiscites, que leur texte ait été ou non conservé, à condition toutefois que l’existence de ces mesures normatives soit nettement attestée par au moins une source antique fiable, textuelle, épigraphique, papyrologique ou numismatique.

4Un instrument de travail conçu sur ce principe était déjà disponible, les Leges publicae populi Romani. Elenco cronologico con una introduzione sull’attività legislativa dei comizi romani de Giovanni Rotondi, initialement rédigé pour l’Enciclopedia giuridica Italiana éditée à Naples à partir de 1884, et publié en volume séparé à Milan en 1912, et depuis cette date constamment réédité sans mise à jour (en dernier lieu en 1990, par la Georg Olms Verlag, à Hildesheim). Cet ouvrage, malgré les services qu’il a rendus et la valeur de l’étude historique de la législation comitiale qui en constitue la préface, reposait sur les apports de l’érudition allemande du xixe s., essentiellement les Römische Alterthümer3 de Ludwig Lange, Berlin, 1876-1879 et les travaux de Mommsen, et était donc à bien des égards dépassé, même s’il continuait d’être largement cité (et sans doute utilisé plus largement encore).

5Aucune publication d’ensemble ne l’ayant remplacé, la rédaction d’un « Nouveau Rotondi » fut donc proposée au Centre Gustave Glotz (Paris I), qui l’inclut sous ce nom dans ses programmes collectifs de recherche. Le projet prévoyait un réexamen complet des sources antiques et de la bibliographie : la nature du matériel à élaborer (textes grecs et latins, littéraires et juridiques, inscriptions et papyrus) ainsi que la visée essentiellement historique du projet appelaient donc la constitution d’une équipe pluridisciplinaire associant à des historiens de Rome des juristes et des philologues, et l’ampleur prévisible de la tâche imposait un travail d’équipe. Une quinzaine d’universitaires britanniques, français (dont plusieurs avaient travaillé dans le Cambridge Group) et italiens acceptèrent de collaborer à l’entreprise. Le projet devait aboutir à une publication imprimée de type traditionnel, en plusieurs volumes. Le groupe se mit au travail et organisa pendant plusieurs années une réunion annuelle à Paris, consacrée à l’examen collectif et à la validation des projets de notice rédigés par les divers collaborateurs, qui avaient auparavant circulé à l’intérieur du groupe.

6Cependant, le développement de nombreuses bases de données concernant l’Antiquité classique incita les promoteurs du projet à envisager ce type de support et de diffusion pour le corpus en cours de constitution. Cette réorientation technique avait l’avantage de résoudre divers problèmes : le support informatique permettait de traiter quasiment sans limitation de dimensions une masse considérable d’informations et d’offrir divers modes d’interrogation, p. ex. par le nom, la date ou l’objet de la loi. Il rendait également possible au lecteur l’accès aux notices sans dépendre d’une organisation thématique, alphabétique ou chronologique (cette dernière rendue délicate par l’existence de lois imprécisément datées), entre lesquelles le support imprimé imposait de choisir. Le rapport du texte et des notes citant les sources pouvait d’autre part être modifié, en permettant au lecteur de faire apparaître à la demande dans une fenêtre pop-up le texte latin ou grec mentionné par sa référence, grâce à un lien hypertexte.

7Le passage au support informatique a été rendu possible par un financement de l’Agence nationale de la recherche, accordé en 2006 pour la période 2007-2010, prolongé d’un an en 2011, utilisé pour rémunérer des informaticiens chargés d’élaborer la structure de la base. Faute de compétence initiale dans ce domaine de la part des responsables du projet, cette phase d’élaboration a été longue et complexe, impliquant de nombreux allers et retours entre les chercheurs et les techniciens, par essais et erreurs, pour répondre progressivement à la demande de création de fonctionnalités supplémentaires, imaginées au fur et à mesure de l’utilisation de la base.

Présentation de la base

  • 1 Le XML (eXtensible Markup Language) est un langage informatique de description, qui permet de déc (...)

8Le codage des textes Word fournis par les collaborateurs scientifiques en langage XML1 s’effectue au moyen d’une feuille de codage, qui simplifie cette saisie, laquelle est assurée par notre collaborateur informaticien, Jeremy Bernardi.

Les pages

9La page Introduction2 présente les caractéristiques techniques de la base, la page Conseils de recherche3 présente les diverses procédures d’accès à l’information (interrogation par chaîne de caractères, dans tous les champs, par nom du rogator, par date (exacte, terminus ad quem ou ante quem, fourchette), par thème, par référence d’une source antique. La page Rechercher4 donne accès à ces diverses procédures. La page Notices5 donne la liste alphabétique des notices actuellement accessibles, au nombre de 178, de dimensions très variables (avec une numérotation conventionnelle à usage interne). La page Thèmes de lois indique les thèmes (p. ex. Droit privé, Guerre et paix, Lois sur les magistratures et les promagistratures) et sous-thèmes (p. ex. Lois réprimant des délits : Ambitus, Calumnia, Délits sexuels) auxquels une loi peut appartenir. Enfin, la page Abréviations6 donne la liste des abréviations des noms d’auteurs et d’œuvres antiques, avec leurs éditions de référence, celle des divers corpus (épigraphiques, juridiques, papyrologiques, textes littéraires) ainsi que la liste des abréviations des titres d’ouvrages modernes les plus fréquemment cités (avec leurs références bibliographiques).

Les notices

10Chaque notice présente :

- le nom de la loi ;

- la date de la loi, qu’il s’agisse d’une datation précise, d’une fourchette chronologique, ou d’un simple terminus ante ou post quem ;

- le nom du (ou des) rogator(es) ;

- le (ou les) thème(s) au(x)quel(s) se rattache la loi (cf. supra) ;

- une liste complète des références des sources antiques mentionnant expressément la loi ou s’y rapportant de manière non explicite mais certaine. Ces références sont pourvues de liens hypertextes qui permettent d’afficher le texte des sources dès que le pointeur est positionné sur elles. Cette procédure d’affichage est également possible dans le champ « Commentaire » (cf. infra), qu’il s’agisse des sources précédemment indiquées ou d’autres sources aidant à l’interprétation historique de la loi. L’utilisateur peut trouver, dans la rubrique « Abréviations » de la page d’accueil, une liste des abréviations des noms d’auteurs et des titres d’œuvres antiques, ainsi que des éditions de référence utilisées (cf. supra) ;

- une bibliographie, sélective mais n’hésitant pas à remonter si nécessaire jusqu’à la période antérieure à Lange et à Mommsen, et ne privilégiant pas systématiquement les publications récentes ;

- un « Commentaire » exposant le contenu normatif de la loi, la signification de son adoption dans son contexte politique, et son devenir (mesures complémentaires, abrogation totale ou partielle). Dans le cas des notices longues, un plan préalable de la notice ainsi que la numérotation des paragraphes en faciliteront la consultation. Les notices sont majoritairement rédigées en français, mais certaines le sont en italien et d’autres le seront en anglais ;

- les noms de l’auteur ou des auteurs de la notice, du ou des collaborateurs ayant effectué sa saisie, la date de saisie initiale et celles des révisions ;

- la manière de faire référence à cette notice dans une publication.

Les collaborateurs

11Actuellement, l’équipe comprend les membres suivants : Clara Berrendonner (Paris I), Tim Cornell (Manchester), Michael Crawford (University College London), Marianne Coudry (Mulhouse), Julien Dubouloz (Aix-Marseille), Jean-Louis Ferrary (EPHE), Michel Humbert (Paris Panthéon Assas), Michel Humm (Strasbourg), Dario Mantovani (Collège de France), Philippe Moreau (Paris-Est-Créteil), Sylvie Pittia (Paris I), Luigi Pellecchi (Pavie), Yann Rivière (EHESS), John Scheid (Collège de France).

La gestion administrative et le support technique

12La base est développée depuis 2010 dans le cadre de l’UMR n° 8210 ANHIMA7 et LEPOR est un des programmes de l’Axe 4 « Corpus et constitution des savoirs » de ses projets de recherche.

13Elle est hébergée par la plate-forme de services et de diffusion TELMA8 qui gère un grand nombre de corpus documentaires concernant toutes les périodes historiques. La saisie et la correction des notices est assurée par Jeremy Bernardi, informaticien et doctorant d’ANHIMA.

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Notes

1 Le XML (eXtensible Markup Language) est un langage informatique de description, qui permet de décrire et de structurer un ensemble de données grâce à un système de balises définies au préalable. Il est actuellement plébiscité pour l’ensemble des avantages qu’il présente (standardisation, facilitation des échanges de données, personnalisation possible…).

2 ² http://www.cn-telma.fr/lepor/introduction/.

3 http://www.cn-telma.fr/lepor/rechercher/.

4 http://www.cn-telma.fr/lepor/leporsearch/.

5 http://www.cn-telma.fr/lepor/notices/.

6 http://www.cn-telma.fr/lepor/bibliographie/.

7 CNRS, Paris I, Paris VII, EPHE, EHESS, http://www.anhima.fr.

8 http://www.cn-telma.fr.

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Pour citer cet article

Référence papier

Jean-Louis Ferrary et Philippe Moreau, « La base de données LEPOR »Anabases, 32 | 2020, 231-234.

Référence électronique

Jean-Louis Ferrary et Philippe Moreau, « La base de données LEPOR »Anabases [En ligne], 32 | 2020, mis en ligne le 20 octobre 2022, consulté le 16 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/anabases/11332 ; DOI : https://doi.org/10.4000/anabases.11332

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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