Olivier Devillers et Breno Battistin Sebastiani (éds.), Sources et modèles des historiens anciens
Olivier Devillers et Breno Battistin Sebastiani (éds.), Sources et modèles des historiens anciens 2, Bordeaux, Ausonius Éditions, 2021, 585 p. / ISBN 9782356133700, 25 €
Texte intégral
1À la suite du premier ouvrage paru en 2018, Olivier Devillers et Breno Battistin Sebastiani livrent un deuxième opus et indiquent dans l’avant-propos que : « la diversité des approches est la marque de ce volume ». En effet, les 35 contributions qui forment ce volume élargissent considérablement le cadre méthodologique, temporel et géographique de cette enquête thématique portant désormais sur « tout domaine d’étude lié à un historien grec ou romain ». La dynamique internationale des projets soutenant cette deuxième publication est indubitable, avec seize contributions en anglais, neuf en italien, cinq en espagnol et cinq en français. Comme pour le premier volume, l’agencement proposé, sans chapitration, se veut strictement chronologique.
2Six contributions concernent les auteurs grecs de l’époque classique. Trois portent sur Thucydide, qui est tout d’abord analysé à la lumière de la dialectique compréhension / explication de P. Ricoeur par M. Soares. C. Sierra Martin propose ensuite une relecture freudienne de l’œuvre thucydienne, notamment autour de l’articulation individu / culture dans le cadre de la guerre du Péloponnèse. Enfin, A. Giannotti se concentre sur l’épisode de la bataille de Délion et essaie d’analyser l’intertextualité et les analogies proposées entre la version de Thucydide et celle d’Euripide. Trois contributions portent sur Xénophon. C. Bearzot questionne la méthodologie de ce dernier, notamment son rapport au pseudos et à l’aletheia, en dialogue avec Thucydide. L. De Martinis questionne lui l’utilisation de la religion traditionnelle et des interventions divines dans l’œuvre de l’historien. P. A. Tuci enfin, à travers l’exemple de Dercyllidas, montre comment Xénophon dresse le portrait à la fois public et privé d’un général lacédémonien qu’il a connu personnellement.
3J. H. Richardson fait la transition vers les auteurs de l’époque hellénistique et romaine – auxquels 22 contributions sont consacrées – en abordant notamment Suétone et Tite-Live, et cherchant les causes des usages de l’anachronisme chez les auteurs anciens. Une place notable est ensuite conférée à Polybe, abordé par quatre contributions. Tout d’abord, D. Barbo essaye de montrer comment l’œuvre de l’auteur se trouve en tension entre la tradition de l’histoire locale et du présent-passé d’une part, et une tendance nouvelle à l’histoire universelle tournée vers le futur du fait de l’influence romaine. Dans le même mouvement, J. Thornton replace, dans une nouvelle contribution, les réflexes explicatifs de Polybe vis-à-vis des courants historiographiques hellénistiques issus de la période classique. A. M. Moreno Leoni traite, lui, de la tension chez l’auteur entre cosmopolitisme, ethnocentrisme et savoirs locaux grecs et histoire universelle romaine. Enfin, E. Teytelbaum propose de mettre en avant la part d’approche morale et d’intérêt pour la stratégie militaire chez Polybe grâce aux évocations de sièges. V. Fabrizi en vient aux compromis proposés par Tite-Live sur l’épique, entre tradition grecque et limites romaines, ce à travers l’exemple des duels. J. Tomás García relit, lui, la psycho-généalogie de la dynastie des Orthagorides à travers un fragment de Nicolas de Damas. N. Horn s’intéresse à la représentation de la figure d’Alexandre le Grand chez Trogue Pompée / Justin qui sert de faire-valoir au portrait propagandaire d’Auguste. P. A. F. Almeida relit l’ethnographie originale et intéressée des Gaulois par César, revenant notamment sur l’ambiguïté civilisé / barbare. J. C. Iglesias Zoido analyse chez Flavius Josèphe la critique de la rhétorique excessive attribuée à Eléazar ben Yaïr qui conduit, lors du siège de Massada par les Romains, au suicide collectif des soldats révoltés. J. Peltonen montre que l’évocation de la prostitution babylonienne chez Quinte-Curce est à la fois une évocation d’Hérodote et une critique de la prostitution romaine de son époque. E. Berti compare quant à lui les reconstitutions des discours d’Alexandre le Grand de Quinte-Curce et Arrien au regard du rapport de la tradition hellénistique et des apports des deux auteurs. N. H. T. Baptista et L. Ribeiro Leite commentent la construction du discours épidictique propre à la figure de Domitien chez les auteurs latins. V. E. Pagán évoque les objectifs moraux de Tacite dans sa description du Massacre de Terracina lors de l’opposition entre Vespasien et Vitellius. S. Audano revient sur la construction historique de la gestion du deuil de Tibère suite à la mort de son fils Drusus. Fr. Porte propose une relecture de la stratégie de Pompée face à César chez Plutarque et Appien à la lumière de l’exemplum du Cunctator Q. Fabius Maximus. F. Nasti questionne l’histoire romaine originale laissée indirectement par Sextus Pomponius par le filtre du juridique. J. J. Swist aborde la réécriture idéalisante de la période monarchique livienne par Florus. N. Simões Rodrigues analyse l’utilisation de l’agon chez Dion Cassius et questionne son origine historiographique. K. Laporte présente les usages, par Hérodien, des portraits moraux qui puisent leurs schémas dans la littérature antérieure. B. Girotti propose de saisir l’usage et l’évolution des valeurs impériales de l’auaritia, de l’ambitio et de la cupiditas chez les auteurs de la fin de l’Antiquité.
4Quatre contributions portent sur l’Antiquité tardive. M. Antiqueira interroge la question d’un parti pris pour Julien chez l’historien Aurelius Victor, après avoir contribué sur le bréviaire de Festus dans le premier volume. M. Dahm synthétise les conseils militaires à Valens donnés dans le Breviarium de Festus et en déduit qu’il ne s’agit pas d’une simple œuvre compilatoire. J. Pigoń traite de l’usage de la prolepse chez Ammien Marcellin qui semble différer de l’usage fait par Tacite. F. Petorella aborde la question du rapport entre écrits hagiographiques et histoire politique réaliste ou vraisemblable chez plusieurs biographes de la fin de l’Antiquité. I. Matijašić revient sur l’idée de cycle historique et de liste des historiens, polythéistes et chrétien, chez Evagre le Scholastique.
5Trois contributions de réceptions postérieures à l’Antiquité clôturent le volume. G. Flamerie de Lachapelle se penche sur les études françaises consacrées à Florus entre 1756 et 1876, faisant suite à une contribution dans le premier volume. Br. B. Sebastiani propose de présenter un exemple de réception extra-européenne et indirecte d’Hérodote chez Gandhi. Enfin, P. Donoso Johnson traite un exemple de réception et de traduction chilienne de Thucydide et ses implications socio-politiques contemporaines.
6L’ensemble des références est regroupé via une dense bibliographie (p. 505-556), et un index des œuvres cités (p. 557-576) et des noms (p. 577-585) permet une circulation ciblée entre les contributions. On peut déplorer en revanche l’absence de résumés. À nouveau, les auteurs montrent toute la richesse des auteurs anciens et l’intérêt d’une relecture permanente à travers ce nouveau volume très dense et inspirant.
Pour citer cet article
Référence papier
Arnaud Saura-Ziegelmeyer, « Olivier Devillers et Breno Battistin Sebastiani (éds.), Sources et modèles des historiens anciens », Anabases, 41 | 2025, 379-380.
Référence électronique
Arnaud Saura-Ziegelmeyer, « Olivier Devillers et Breno Battistin Sebastiani (éds.), Sources et modèles des historiens anciens », Anabases [En ligne], 41 | 2025, mis en ligne le 01 mai 2025, consulté le 16 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/anabases/20639 ; DOI : https://doi.org/10.4000/1430m
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