Navigation – Plan du site

AccueilNuméros43Traditions du patrimoine antiqueL’imaginaire de la trace dans la ...

Traditions du patrimoine antique

L’imaginaire de la trace dans la réception de la tragédie grecque depuis 1980 (Heiner Müller, Tony Harrison, Kae Tempest)

Léonore Finck
p. 63-85

Résumés

L’article se propose d’analyser l’évolution de la réception de la tragédie grecque à partir des années 1980, en s’appuyant sur la trace comme outil d’interprétation. Chère à la pensée postmoderne, cette notion permet de penser une des tendances de fond des réécritures contemporaines : alors que la conception classique, notamment héritée de l’idéalisme allemand, considère les tragédies comme un héritage lisible à imiter et perpétuer, la réception tend, depuis l’après-guerre, à voir dans les textes grecs des fragments opaques d’une réalité perdue. Lire ou représenter une tragédie grecque serait donc moins une plongée maîtrisée dans le passé que le pistage d’un objet qui se dérobe, dont les réécritures et mises en scènes exhibent alors le caractère incertain. Après avoir rappelé les fondements historiques de ce tournant dans la réception – à chercher dans les multiples « déconstructions » postmodernes (fin des grandes idéologies, atomisation de la société, émiettement des communautés, multiplication des moyens de communication, crise du sens) et dans l’émergence du théâtre post-dramatique, nous en étudierons l’évolution, grâce à l’étude de trois réécritures. La première (le triptyque Medeamaterial de Heiner Müller, 1983) exploite le « paradigme de la trace » à la fois comme une modalité particulière de réception – l’hypotexte imprime sa marque dans l’hypertexte comme « survivance » d’un affect – et comme contenu possible du tragique, que l’auteur est-allemand associe à l’abandon, au ressassement et à la décomposition. La deuxième (The Trackers of Oxyrhynchus de Tony Harrison, 1988) questionne les dynamiques de pouvoir à l’œuvre dans l’interprétation des fragments antiques. La dernière (Paradise de Kae Tempest, 2021), tout en faisant fond sur le même imaginaire, illustre une sortie possible de ce paradigme, arrivé à une forme de stagnation : plutôt que de creuser l’ornière du passé, la pièce ouvre la voie à une forme d’utopie, sous la forme d’un chœur de femmes qui s’ancre résolument dans le présent et l’avenir.

Haut de page

Extrait du texte

Ce document sera publié en ligne en texte intégral en mai 2028.

Plan

Heiner Müller et les traces du pouvoir 
Éloge du pistage : The Trackers of Oxhyrynchus de Tony Harrison
Fixation thématique de la trace : ruines, spectres et déchets
Paradise ou la trace vivante

Aperçu du texte

La tragédie grecque antique entretient une certaine affinité avec la notion de trace. Désignant toute marque laissée par le passage de quelqu’un ou de quelque chose, la trace présente au moins trois caractéristiques essentielles dont on peut trouver des équivalents dans les pièces écrites au ve siècle avant J.-C. par Eschyle, Sophocle et Euripide. Premièrement, la trace crée un télescopage temporel : en conservant l’empreinte d’un être, elle rend présente son absence, et force le présent à se référer au passé. Deuxièmement, sa matérialité la distingue du signe : la trace ne représente pas sur le mode de la ressemblance ou de la convention, mais témoigne, comme indice muet, d’une présence passée. Enfin, elle n’existe, comme le signe, que dans l’œil d’un observateur attentif qui puisse la lire et lui donner son sens.

Les tragédies grecques articulent de manière comparable décalage temporel, présence matérielle et dimension herméneutique. Elles portent d’abord les traces de multiples t...

Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Léonore Finck, « L’imaginaire de la trace dans la réception de la tragédie grecque depuis 1980 (Heiner Müller, Tony Harrison, Kae Tempest) »Anabases, 43 | 2026, 63-85.

Référence électronique

Léonore Finck, « L’imaginaire de la trace dans la réception de la tragédie grecque depuis 1980 (Heiner Müller, Tony Harrison, Kae Tempest) »Anabases [En ligne], 43 | 2026, mis en ligne le 01 mai 2028, consulté le 04 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/anabases/21908 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16igi

Haut de page

Auteur

Léonore Finck

Université de Tours
UR 6297 - Interactions Culturelles et Discursives (ICD)
leonore.finck@gmail.com

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search