Résumés
Si le zoroastrisme contemporain revendique fermement sa place parmi les monothéismes, son historiographie révèle un tableau plus contrasté, avec des variations en faveur du polythéisme ou du dualisme. Cet article vise à mettre en lumière trois moments charnières de cette construction théologique qui témoignent de ces évolutions : d’abord la polémique anti-monothéiste des théologiens zoroastriens (ixe-xe s. de notre ère), puis, bien plus tard, l’influence déterminante de l’orientaliste oxonien Thomas Hyde sur une interprétation monothéiste (début du xixe s.) et, enfin, l’intégration définitive du monothéisme au cœur de l’identité moderne des Parsis (à partir de la seconde moitié du xviie s.). Une réévaluation des sources de Hyde est également envisagée : plutôt que le catéchisme persan du xve s., le Sad Dar-e Nazm, ce serait Le livre des religions et des sectes d’al-Shahrastānī (xiie s.) qui lui aurait inspiré quelques-unes de ses grandes idées, notamment le schéma évolutif d’un monothéisme vers un dualisme, en passant par un polythéisme. Bien que les courants intellectuels des xviie s. et xviiie s. aient coulé l’ancien polythéisme iranien dans un moule monothéiste, l’intensité des débats encore vifs au sein de la communauté (et même parmi les chercheurs) révèle que cette religion tend généralement à se soustraire à ces cloisonnements théologiques traditionnels.
While contemporary Zoroastrianism asserts its position among the monotheistic traditions, its historiography discloses a far more complex picture, marked by fluctuations toward polytheistic or dualistic configurations. The present study aims to elucidate three pivotal junctures in the elaboration of this theological construct: first, the anti-monotheistic polemics articulated by Zoroastrian theologians (9th–10th centuries CE); second, the formative role of the Oxford orientalist Thomas Hyde in advancing a monotheistic interpretation (early 17th century); and third, the definitive incorporation of monotheism into the core of modern Parsi identity (from the latter half of the 19th century onward). A reconsideration of Hyde’s sources is also undertaken: rather than the fifteenth-century Persian catechism Sad Dar-e Nazm, it appears more plausible that al-Shahrastānī’s Book of Religions and Sects (12th century) provided the inspiration for several of his major propositions, including the evolutionary schema tracing a trajectory from monotheism to dualism, mediated by polytheism. Although the intellectual currents of the seventeenth and eighteenth centuries sought to recast the ancient Iranian polytheistic heritage within a monotheistic framework, the persistence of vigorous debates within the community itself (and even among scholars) underscores the extent to which this religious tradition resists neat assimilation into conventional theological categories.
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Extrait du texte
Ce document sera publié en ligne en texte intégral en mai 2028.
Plan
Introduction
La polémique anti-monothéiste des zoroastriens (ix-xe s.)
Le paradigme de Thomas Hyde : un zoroastrisme abrahamique
Sad Dar-e Nazm ou la source « authentique »
Évolution du monothéisme vers le polythéisme, d’après les sources de Thomas Hyde
Muḥammad ibn ‘Abd al-Karīm al-Shahrastānī, la source oubliée
Martin Haug et le monothéisme gāthique
John Wilson et la controverse de la conversion
« Back to the Gāthās ! »
Les satrapes d’Ahura Mazdā
Aperçu du texte
Introduction
En 1987, l’université hébraïque de Jérusalem accueillait une conférence Irano-Judaica à laquelle les organisateurs, Shaul Shaked et Amnon Netzer, avaient convié des spécialistes du judaïsme antique, des études zoroastriennes et, plus largement, de l’iranologie. Lors d’une session présidée par Guy Stroumsa, un débat passionné opposa deux hautes figures du zoroastrisme contemporain : d’un côté, Khojeste P. Mistree, grand intellectuel parsi de Mumbai et cofondateur de nombreuses organisations éducatives zoroastriennes indiennes et internationales, et de l’autre, le charismatique Dastur Firoze M. Kotwal, autorité religieuse majeure de la même ville et savant parsi formé à la SOAS (School of Oriental and African Studies) à Londres. Alors que Kh. Mistree affirmait que le zoroastrisme est un dualisme qui a influencé les religions juives et chrétiennes, Dastur Kotwal réfutait vivement cette définition de la religion iranienne en arguant qu’elle ne pouvait qu’être qualifiée de mo...
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Pour citer cet article
Référence papier
Samra Azarnouche, « Le monothéisme zoroastrien : généalogie d’un mythe moderne », Anabases, 43 | 2026, 141-165.
Référence électronique
Samra Azarnouche, « Le monothéisme zoroastrien : généalogie d’un mythe moderne », Anabases [En ligne], 43 | 2026, mis en ligne le 01 mai 2028, consulté le 04 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/anabases/22195 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16igm
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