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Comptes rendus

Anthony A. Barrett, Rome brûle. Néron et l’incendie qui a mis fin à une dynastie

Catherine Valenti
p. 239-240
Référence(s) :

Anthony A. Barrett, Rome brûle. Néron et l’incendie qui a mis fin à une dynastie, Québec, Presses de l’Université Laval, 2025, 441 p. / 979-1037042118.

Texte intégral

1Spécialiste de l’Antiquité romaine, Anthony A. Barrett revient ici sur un épisode central de l’histoire de Rome : en l’an 64 de notre ère, dans la nuit du 19 juillet, un incendie s’est déclaré dans le secteur du Circus Maximus et s’est rapidement propagé à l’ensemble de la ville ; sévissant pendant six jours et sept nuits, il a totalement détruit trois des quatorze quartiers que comptait alors la capitale de l’Empire romain. Comme le rappelle l’auteur, la responsabilité du sinistre a longtemps été attribuée à Néron, et a fortement contribué à la légende noire du successeur de Claude. Suétone, historien romain de la fin du premier siècle, est un de ceux qui ont le plus violemment stigmatisé Néron : dans ses Vies des douze Césars, il dépeint l’incendie comme l’un des nombreux « actes horribles de méchanceté » (immania) de l’empereur, conforme selon lui à la nature profonde de ce dernier (non abhorrentia a natura sua). Les Flaviens, montés sur le trône après la mort de Néron, ont encore contribué à noircir le tableau, ayant tout intérêt à entacher la mémoire du dernier souverain de la dynastie judéo-claudienne. De l’Antiquité jusqu’à nos jours, l’image d’un Néron pyromane a été constamment reprise, et l’auteur analyse les nombreuses résurgences de cette légende noire au fil des siècles. L’une de celles qui ont le plus marqué l’imaginaire contemporain est sans doute la performance de Peter Ustinov dans Quo Vadis en 1951 : dans cette adaptation cinématographique du célèbre roman de Sienkiewicz, l’acteur campe en effet un Néron à la fois puéril et pervers, aussi grotesque que terrifiant.

2Toutefois Anthony A. Barrett s’emploie moins ici à réhabiliter Néron qu’à faire l’histoire de l’incendie de 64, événement majeur qui a modifié en profondeur l’histoire de Rome, notamment en mettant fin à une dynastie, celle des Julio-Claudiens – ainsi que cela est évoqué dans le titre même de l’ouvrage. L’incendie est d’abord replacé dans un contexte plus large, l’auteur rappelant que les villes de l’Antiquité vivaient dans la crainte constante d’un départ de feu. Avant 64, Rome avait d’ailleurs déjà été affectée par des sinistres plus ou moins virulents, tel celui qui avait accompagné le pillage de la ville par les Gaulois en 390 avant notre ère. Si beaucoup de ces incendies sont peu ou mal documentés, ce n’est évidemment pas le cas de celui de 64 pour lequel les sources sont au contraire pléthoriques, ainsi que l’indique Anthony A. Barrett : aux sources littéraires de la période julio-claudienne – Tacite, Suétone et Dion Cassius –, il faut ajouter des informations indirectes provenant de Pline l’Ancien, et surtout un vaste corpus de données archéologiques et épigraphiques spécialement mobilisées pour cet ouvrage.

3Pourtant, et c’est là le paradoxe soulevé à juste titre par l’auteur, cette abondance de sources ne permet pas de se faire une idée plus précise de ce qui s’est réellement passé. Les écrits des historiens antiques sont vagues ou partiaux, et seuls peuvent être formellement établis la date et le lieu d’origine de l’incendie. Pour ce qui est de sa propagation et du chemin parcouru par le feu, les preuves archéologiques demeurent incertaines, Néron ayant mis en œuvre à la suite du sinistre une opération efficace et méthodique de nettoyage, au cours de laquelle la plupart des preuves matérielles ont été détruites. Mais Anthony A. Barrett ne voit pas là une volonté de Néron d’effacer d’éventuelles traces de sa culpabilité : il s’attache au contraire à démontrer, de façon convaincante, que l’empereur tant décrié n’est pas responsable de l’incendie de 64. Tout d’abord, il semble impossible qu’un seul individu puisse déclencher un feu capable de détruire toute une ville, a fortiori l’immense capitale de l’Empire romain. Par ailleurs, contrairement à une rumeur persistante, Néron n’avait nul besoin de détruire Rome pour obtenir les terrains nécessaires à la construction de la Domus aurea, l’extravagant palais qu’il fera édifier en 65. Enfin et surtout, Néron était absent de Rome au moment du déclenchement du sinistre, ce qui semble définitivement l’exonérer de toute responsabilité.

4Ainsi, si Néron reste un personnage passablement controversé de l’histoire romaine, il n’est sans doute pas responsable du grand incendie qui a ravagé Rome et mis fin à une dynastie dont il fut malgré lui le dernier représentant.

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Pour citer cet article

Référence papier

Catherine Valenti, « Anthony A. Barrett, Rome brûle. Néron et l’incendie qui a mis fin à une dynastie »Anabases, 43 | 2026, 239-240.

Référence électronique

Catherine Valenti, « Anthony A. Barrett, Rome brûle. Néron et l’incendie qui a mis fin à une dynastie »Anabases [En ligne], 43 | 2026, mis en ligne le 01 mai 2026, consulté le 02 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/anabases/22681 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16igp

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Droits d’auteur

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