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Comptes rendus

Tiphaine Annabelle Besnard, L’Odyssée de l'art néo-néo. Quand l’Antiquité grecque et romaine inspire l’art contemporain

Annaïg Caillaud
p. 240-241
Référence(s) :

Tiphaine Annabelle Besnard, L’Odyssée de l'art néo-néo. Quand l’Antiquité grecque et romaine inspire l’art contemporain, Pessac et Pau, Presses universitaires de Pau et des Pays de l’Adour, 2024, 308 p. / ISBN 9782353111742. Également en ligne, en libre accès : https://una-editions.fr/odyssee-art-neo-neo/.

Texte intégral

1L’Odyssée de l’art néo-néo. Quand l’Antiquité grecque et romaine inspire l’art contemporain, de Tiphaine Annabelle Besnard, est une étude fouillée d’un phénomène encore peu exploré : les usages de l’Antiquité gréco-romaine dans l’art contemporain entre 1980 et 2017. Issu de sa thèse de doctorat soutenue en 2021 à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, cet ouvrage propose ainsi de révéler la présence d’une nouvelle utilisation de l’Antiquité dans la création contemporaine, d’où le titre de « néo-néo ».

2Besnard rassemble un corpus d’envergure, composé d’œuvres qui mobilisent des formes antiques, et interroge les mécanismes de ces reprises dans un contexte artistique globalisé. L’objectif n’est pas de mesurer la fidélité aux sources, mais de comprendre comment quelques images iconiques de l’Antiquité continuent de nourrir l’imaginaire visuel contemporain. Évitant l’écueil de l’européocentrisme, en allant chercher bon nombre d’artistes américains ou extrême-orientaux, la recherche suit un parcours allant des mondes anciens méditerranéens au monde contemporain global, sans suivre un plan strictement chronologique.

3Dès l’introduction, Besnard rappelle que « la représentation de l’Antiquité est toujours en partie une reconstitution imaginaire » (p. 25). Ce constat fonde son approche : l’Antiquité n’est jamais un bloc stable, mais un ensemble de signes circulants, interprétés et réinterprétés selon les époques. Pour saisir cette dynamique, l’autrice emploie la notion de « matière antique », qui désigne l’ensemble des formes, motifs et fragments disponibles pour la création actuelle. Cette matière peut être « fluide et discrète ou, au contraire, solide et explicite » (p. 20-21), ce qui permet de penser une gradation des usages, depuis la citation immédiate jusqu’aux réminiscences atténuées. Ce sujet, à la croisée de l’histoire de l’art contemporain et des études de réception de l’Antiquité, n’avait jusqu’ici fait l’objet que de rares recherches systématiques : Besnard souligne d’emblée que la littérature sur la question est « peu abondante » et son livre vient combler ce manque.

4La première partie consacrée aux artistes permet à l’autrice de dresser une typologie des opérations plastiques : reprises directes, hybridations, greffes, variations d’échelle ou de matériau. L’enquête montre la prédominance de quelques œuvres « superstars » de l’Antiquité, comme la Vénus de Milo, qui fonctionnent comme socle commun. Leur iconicité, nourrie par l’histoire de l’art et la culture visuelle mondialisée, assure une reconnaissance instantanée. Besnard ne cherche alors pas à dresser un panorama exhaustif, mais à montrer comment ces images structurent une grammaire de la reprise. L’autrice préfère en effet parler de « reprises » plutôt que de « citations » pour qualifier ces emprunts à l’Antiquité, ce dernier terme lui paraissant trop étroit et inadéquat dès lors que l’œuvre contemporaine modifie toujours son modèle. On appréciera les parties « arrêt sur la démarche artistique » de différents artistes, permettant un focus bienvenu sur la création contemporaine. Dans le même esprit, s’inspirant des théories de Gérard Genette sur l’hypertextualité, Besnard qualifie les œuvres contemporaines faisant référence à l’Antiquité de « pratiques hyperartistiques », soulignant par là qu’il s’agit d’art au second degré, conscient de s’inscrire dans un dialogue avec des créations antérieures.

5La deuxième partie s’intéresse au spectateur, acteur essentiel de ces réceptions. Les œuvres peuvent ainsi être appréciées par un regard savant ou néophyte. Les registres sont variés : jeu sur le fragment, détournement humoristique, décontextualisation, glissement esthétique. L’autrice interroge le vocabulaire critique traditionnel (citation, parodie, influence) et souligne qu’il n’est pas toujours adapté pour décrire des pratiques qui relèvent davantage de circulations visuelles que de gestes théoriques. La réception devient alors une activité située : elle dépend des contextes, des habitudes perceptives et des attentes. Mais on comprend que le rire et l’humour sont une part importante du travail des artistes, créant des incongruités ou des décalages non seulement entre l’œuvre et la réalité, mais aussi entre les époques.

6Dans une troisième partie, Besnard adopte une perspective plus globale. Le phénomène « néo-néo » apparaît comme un ensemble de pratiques transnationales, nourries par la diffusion numérique des images et par les dispositifs muséographiques contemporains. L’Antiquité cesse d’être un héritage strictement européen pour devenir un répertoire commun accessible à des artistes de cultures diverses, qui l’emploient pour interroger leurs propres préoccupations sociales ou politiques. L’étude de ces circulations éclaire la constitution d’un espace visuel mondial où les motifs antiques se recomposent et se stabilisent en nouveaux signes.

7L’ouvrage se distingue par sa clarté conceptuelle et par sa capacité à articuler description des œuvres et réflexion théorique. L’autrice insiste sur la pluralité des modes d’appropriation et sur la nécessité de penser la réception comme un ensemble de processus. Elle rappelle ainsi : « Nous avons envisagé non pas une étude de la réception de l’Antiquité, mais des réceptions de l’Antiquité dans l’art contemporain post-1980 » (p. 279). Cette formulation résume la portée de l’ouvrage : restituer la diversité des acteurs, des opérations et des contextes qui participent aujourd’hui à la vitalité des formes antiques dans l’art.

8Par l’ampleur de son corpus et la précision de son analyse, L’Odyssée de l’art néo-néo offre une contribution importante aux études de réception. Cette recherche éclaire la manière dont quelques images, devenues paradigmatiques, continuent de structurer notre présent visuel et fournit un cadre solide pour comprendre les dynamiques d’appropriation qui traversent l’art des dernières décennies comme l’ont également montré les dernières expositions de Toulouse, Caen et Lillebonne.

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Pour citer cet article

Référence papier

Annaïg Caillaud, « Tiphaine Annabelle Besnard, L’Odyssée de l'art néo-néo. Quand l’Antiquité grecque et romaine inspire l’art contemporain »Anabases, 43 | 2026, 240-241.

Référence électronique

Annaïg Caillaud, « Tiphaine Annabelle Besnard, L’Odyssée de l'art néo-néo. Quand l’Antiquité grecque et romaine inspire l’art contemporain »Anabases [En ligne], 43 | 2026, mis en ligne le 01 mai 2026, consulté le 04 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/anabases/22692 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16igr

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Droits d’auteur

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