Olivier Devillers et Breno Battistin Sebastiani (éds.), Sources et modèles des historiens anciens. 3
Olivier Devillers et Breno Battistin Sebastiani (éds.), Sources et modèles des historiens anciens. 3, Ausonius, Bordeaux, 2024, 442 p. / ISBN 9782356136107.
Texte intégral
1Troisième opus d’une série appelée à être encore élargie, le présent volume choisit de faire l’économie d’une introduction et, comme pour les volumes précédents, d’une chapitration. Vingt-deux contributions sont proposées – mais non résumées – toujours dans une grande variété de langues (anglais, italien, espagnol, français). L’organisation est chronologique, des historiens grecs classiques jusqu’à la fin de l’Antiquité, avec une contribution sur la réception des historiens grecs à l’époque moderne.
2Dans un premier article détaillé, M. Dahm actualise la liste et la chronologie des traités de stratégie militaire (tactica), de Démocrite à Arrien, évaluant également les interrelations entre ces différentes contributions issues de dix-neuf auteurs. P. Donoso Johnson revient sur l’argumentation de Thucydide en faveur d’une guerre irrégulière, voire anomique, au regard de la tradition grecque, plus particulièrement au sein du livre III de la Guerre du Péloponnèse. L. Sano s’intéresse elle aux rapports d’intertextualité et de citation entretenus entre Xénophon et Homère dans la Cyropédie, notamment à travers l’épisode de la guerre de Cyrus, roi ainsi placé dans la tradition héroïque grecque mais aussi face à ses limites. L. De Martinis aborde également l'œuvre de Xénophon et s’intéresse à la manière dont l’auteur transcrit le potentiel discours oral Des revenus vers l’écrit lors de son séjour corinthien, montrant les préoccupations politiques, économiques et morales de ce dernier. C. Bearzot présente et confronte ensuite le portrait traditionnel d’Alcibiade dressé par Thucydide et Xénophon à la tradition hellénistique postérieure, notamment à Diodore de Sicile qui opère plusieurs arbitrages historiographiques montrant une mise à distance des premiers témoignages. M. B. Savo revient sur l’auteur Phanodémos dont l'œuvre n’est que partiellement conservée. Après un état des lieux sur les trois ouvrages attribués à cet auteur, l’auteure conclut que, s’il n’est pas possible de dater avec précision ces travaux, un rapport d’intertextualité certain existe avec l’historien Callisthène. M. Franco San Román s’intéresse ensuite aux citations de Théopompe relatives aux démagogues afin de montrer comment les citations d’auteurs antérieurs actualisent, notamment au travers du champ lexical, la compréhension de cette catégorie et participent à la construction d’une mémoire discursive polysémique. E. Teytelbaum questionne la vingtaine de batailles (listées en appendice) identifiées dans les Histoires de Polybe afin d’en extraire les conceptions générales de l’auteur en termes de stratégie. À la croisée de la tradition grecque des tactica et de l’influence romaine, ce dernier introduit plusieurs considérations nouvelles à propos du commandement, de l'infanterie, ou du terrain de bataille.
3Ch. W. Oughton revient sur l’épisode de la bataille de Zama rapportée dans l’Histoire romaine de Tite-Live pour mieux montrer qu’à travers l’opposition d’Hannibal et Scipion, l’historien romain construit une narration intertextuelle et oppositionnelle avec la tradition historiographique grecque, notamment Polybe. S. Tufano aborde lui Denys d’Halicarnasse et les Antiquités romaines, revenant sur l’utilité de comprendre le fonctionnement de l’historien, notamment son utilisation de sources d’autorité de natures variées, dans le contexte d’écriture, notamment la question débattue des origines de l’Urbs. A. Filoni questionne avec érudition les mentions directes du grammairien Apollodore d’Athènes dans l'œuvre de Strabon et, par l’analyse de dix-sept passages, démontre comment le géographe se positionne par rapport à cette référence majeure mais perdue, qu’il utilise partiellement à son compte tout en la critiquant et en limitant la possibilité pour le lecteur de l’époque d’identifier ses sources de travail. G. Ch. Dos Santos choisit la thématique de la fin de la République romaine afin de comparer la conception historiographique de ce point de bascule majeur : en effet, les historiens anciens sont divisés sur les origines causales du changement qui, dans une comparaison de l’humain et de la cité, sont essentiellement perçues d’un point de vue éthique et moral. A. Damtoft Poulsen présente les rapports d’intertextualité entre la Conjuration de Catilina de Salluste et la description de la révolte gauloise de 21 apr. J.-C. chez Tacite. La reprise du modèle sallustien sert ainsi à l’auteur des Annales à établir une double hiérarchie morale entre les deux épisodes, à propos des barbares mais aussi des Romains de son époque. O. Devillers contextualise l’opposition entre Lepidus et Catulus au sein de la tradition historiographique du Haut-Empire. S. E. Peruch montre le parallèle proposé par Pausanias entre la prise de Delphes par les Celtes en 279 av. J.-C. et celle rapportée par Hérodote lors des guerres médiques, le tout dans le contexte d’une construction propagandaire de la part d’Antigone Gonatas.
4L. M. Frenkel évoque la traduction des travaux d’Eusèbe de Césarée en langue syriaque et les enjeux du bilinguisme dans la formation des traditions littéraires chrétiennes à la fin de l’Antiquité. À propos du même auteur, D. J. DeVore interroge la préface de l’Histoire ecclésiastique pour montrer comment ce dernier se positionne vis-à-vis des auteurs de son temps, recherchant une histoire universelle et rejoignant sur ce point Diodore de Sicile. C. Bay compare l'œuvre attribuée au pseudo-Hégésippe Sur la destruction de Jérusalem avec l’Histoire auguste et les écrits d’Ammien Marcellin afin de les positionner dans le même environnement historiographique, notamment via la lexicologie et les références. E. Manzo aborde lui les travaux de Paul Orose, Histoires contre les Païens, et comment ce dernier relit sélectivement l’histoire grecque en rapport avec le développement de l’empire romain et l’avènement du Christ. C’est ensuite la question de la représentation du désert occidental égyptien que N. De Troia détaille à travers l'œuvre fragmentaire d’Olympiodore de Thèbes, zone que l’historien décrit de manière cohérente avec les mutations en cours à son époque. Enfin, L. Ficulle Santini aborde synthétiquement les modèles classiques et postérieurs utilisés par Agathias le Scolastique, continuateur de Procope de Césarée, pour la rédaction de ses Histoires, rappelant l’utilité scientifique de travailler sur des auteurs longtemps déconsidérés. Enfin, Louis Autin analyse la réception de Tacite chez les commentateurs européens du xvie siècle, ce qui le conduit à considérer l’exercice de la traduction et du commentaire politique comme des pratiques non fixées et qui laissent présager la forme des traités.
5Les références citées sont regroupées dans une bibliographie finale (p. 359-395) précédant un index thématique (p. 397-411) et un index des sources littéraires citées (p. 413-442). Ce volume montre à nouveau l’utilité de la relecture contextuelle des historiens anciens en systématisant la double – le temps du récit et le temps de l’écriture –, voire la triple analyse, ce en incluant les questions de réception dans les périodes postérieures. Toutefois, ce volume ne peut être véritablement compris qu’en tenant compte des deux productions précédentes, sans lesquelles il paraîtrait quelque peu aride et anomique. Les contributions restent inégales, allant de moins de dix pages à quasiment une cinquantaine. Plus que l’intertextualité, la contextualisation est l’objectif recherché, si l’on généralise à l’ouvrage les conclusions d’O. Devillers : « ce n’est pas tant la généalogie des témoignages en soi qui compte que les motivations et la nature des choix propres à chacun » (p. 253). La grande variété des thématiques traitées rend à nouveau utile au plus grand nombre cette nouvelle publication.
Pour citer cet article
Référence papier
Arnaud Saura-Ziegelmeyer, « Olivier Devillers et Breno Battistin Sebastiani (éds.), Sources et modèles des historiens anciens. 3 », Anabases, 43 | 2026, 249-251.
Référence électronique
Arnaud Saura-Ziegelmeyer, « Olivier Devillers et Breno Battistin Sebastiani (éds.), Sources et modèles des historiens anciens. 3 », Anabases [En ligne], 43 | 2026, mis en ligne le 01 mai 2026, consulté le 04 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/anabases/22762 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16igy
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