Ioannis Deligiannis (éd.), Cicero in Greece, Greece in Cicero. Aspects of Reciprocal Reception from Classical Antiquity to Byzantium and Modern Greece
Ioannis Deligiannis (éd.), Cicero in Greece, Greece in Cicero. Aspects of Reciprocal Reception from Classical Antiquity to Byzantium and Modern Greece, Berlin et New York, De Gruyter, 2024, 282 p. / ISBN 9783111215891. Également en ligne, en accès libre : ISBN électronique 9783111292779, doi:10.1515/9783111292779.
Texte intégral
1Cet ouvrage comporte deux parties : la première étudie, à partir de quelques cas, la présence de la Grèce (langue, rhétorique, philosophie) dans l’œuvre de Cicéron ; la deuxième porte sur la réception de Cicéron en Grèce par le biais de traductions, depuis l’époque byzantine jusqu’à nos jours.
2La première partie est constituée de quatre contributions. D’abord Georgia Tsouni (p. 11-29) analyse la façon dont Cicéron étend la notion politique romaine d’auctoritas au domaine intellectuel et à l’héritage d’Athènes (paysages, monuments, œuvres). Ensuite Gabriel Evangelidou (p. 31-53) envisage les plaintes de Cicéron et son espoir d’être rappelé à Rome dans ses lettres expédiées lors de son exil à Thessalonique. De son côté, Ximing Lu (p. 55-71) commente, dans le De Officiis, la formule mercatura bonarum artium, qui renvoie à un commerce intellectuel fondé sur l’étude de la rhétorique et de la philosophie lors de séjours en Grèce. Enfin Matilde Oliva (p. 73-94) commente la formule ministrae comitesque sapientiae appliquée à la dialectique et l’éloquence dans le De partionibus oratoriae, et illustrant la conviction de Cicéron selon laquelle l’éloquence doit servir la philosophie.
3La deuxième partie débute par l’étude de Fernando Maffei (pp. 103-121) portant sur quatre papyrus bilingues (latin, grec) des Catilinaires (ive-vie siècles) lesquels, comme d’autres documents, témoignent de la nécessité pour les jeunes hellénophones de la moitié orientale de l’Empire Romain d’apprendre le latin s’ils voulaient faire carrière dans l’administration impériale.
4L’étude suivante (Tiziano Ottobrini, p. 123-137) concerne la présence de Cicéron dans la Bibliothèque du patriarche Photios (ca. 820-ca. 891), qui se réduit à quelques citations de la Vie de Cicéron de Plutarque (codex 245) et à quelques mots sur la mort de Cicéron dans Ptolémée Héphestion (codex 190). Cette discrétion témoigne du repli de la Grécité sur elle-même, à la différence de l’Antiquité tardive et surtout des derniers siècles de Byzance (xiiie-xive siècles) où les contacts consécutifs à l’occupation franque (1204-1261) amenèrent des savants grecs à traduire nombre de textes latins, un des plus remarquables étant Maxime Planude (ca. 1255-ca. 1305) qui traduisit en particulier les commentaires de Macrobe au Songe de Scipion qui figurait à la fin du livre VI de la République.
5On aborde l’époque contemporaine avec l’étude de Vasileios Pappas (pp. 139-170) sur les traductions de Cicéron en grec au cours du xixe siècle. La majorité des traductions porte sur des discours judiciaires, souvent retraduits au cours du siècle, par des enseignants utilisant un grec puriste (katharevousa) assez simple et accessible aux élèves des gymnasia. Quelques traductions en démotique des œuvres philosophiques furent produites par des lettrés des îles Ioniennes, où l’occupation vénitienne avait habitué à l’étude du latin et à l’utilisation d’un vernaculaire moderne, et qui visaient à rehausser le niveau culturel de la jeune nation grecque. Au contraire, à Constantinople, on produisit quelques traductions en grec ancien, comme à l’époque de Maxime Planude, s’adressant à des universitaires et autres savants.
6Une dernière contribution (Ioannis Deligiannis, p. 171-201) concerne la première traduction du traité De Republica, publiée anonymement à Athènes en 1839, et attribuée à juste titre par le savant corfiote Andreas Moustoxydis à son compatriote Viaros Kapodistrias, frère de Ioannis Kapodistrias, gouverneur de la Grèce assassiné en 1831. Dans une adresse au lecteur, l’auteur analyse le traité de Cicéron en faisant des allusions à la situation politique de la Grèce depuis Corfou où il s’est réfugié à la suite de l’assassinat de son frère. Il mentionne aussi la découverte du palimpseste par Angelo Mai en 1819, qui aboutit à l’editio princeps de 1822, ainsi que la traduction du Songe de Scipion par Maxime Planude. L’analyse de la traduction par Deligiannis établit qu’elle fut faite en s’aidant de la traduction française figurant dans l’édition d’Abel François Villemain publiée en 1823 et signalée aux lettrés grecs dès 1829 par le savant Ioannis Kokkônis. Le lecteur intéressé peut lire ces deux ouvrages sur internet : par exemple le site Remacle, pour le français, et pour le grec, le remarquable site Anemi de l’Université de Crète. Sur un point particulier le traducteur grec s’écarte de Villemain. Vers la fin du livre I, Cicéron traduisait en latin un passage de la République de Platon en déclarant que c’était une entreprise difficile (nam difficile factu est). Au lieu de continuer à traduire en grec moderne, l’auteur cite le texte même de Platon. Ce caprice est dû à une illusion propre aux lettrés grecs et fondée sur la ressemblance superficielle du grec moderne puriste et du grec ancien. En fait le grec de Platon, difficile pour Cicéron, l’était aussi pour la plupart des éventuels lecteurs de Kapodistrias, à l’exception d’un petit nombre de savants grecs ayant des compétences analogues à celles de leurs prédécesseurs byzantins.
7Un appendice (p. 203-226) donne, après une brève présentation de la place du latin dans l’enseignement grec, une liste des traductions de Cicéron depuis le xixe siècle jusqu’au début du xxie siècle. Parmi ces traductions, une mention spéciale doit être faite à la traduction des Catilinaires publiée en 1968 par Konstantinos Tsatsos, président de la République grecque (1975-1980) : des discours relatifs à une défense de la constitution républicaine contre une conjuration entraient en résonance avec la situation de la Grèce lors de la dictature des colonels (1967-1974).
Pour citer cet article
Référence papier
Alain Ballabriga, « Ioannis Deligiannis (éd.), Cicero in Greece, Greece in Cicero. Aspects of Reciprocal Reception from Classical Antiquity to Byzantium and Modern Greece », Anabases, 43 | 2026, 255-256.
Référence électronique
Alain Ballabriga, « Ioannis Deligiannis (éd.), Cicero in Greece, Greece in Cicero. Aspects of Reciprocal Reception from Classical Antiquity to Byzantium and Modern Greece », Anabases [En ligne], 43 | 2026, mis en ligne le 01 mai 2026, consulté le 04 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/anabases/22796 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16ihk
Haut de pageDroits d’auteur
Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
Haut de page


