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Transferts techniques, iconographiques et culturels entre l’Égypte et la cité de Tarse (Cilicie) : l’exemple des figurines de terre cuite. Remarques préliminaires

Estelle Galbois et Isabelle Hasselin Rous
p. 1-22

Résumés

Le croisement de nos travaux de recherche respectifs portant sur l’étude des figurines en terre cuite gréco-romaines d’Égypte et de Tarse (Cilicie), a révélé de grandes similitudes entre ces deux corpus. Tant la mise en œuvre technique des figurines que l’utilisation de certains motifs iconographiques, tels que le répertoire isiaque ou celui d’Héraclès, mettent en exergue une relation privilégiée entretenue par ces deux régions aux époques hellénistique et romaine.
Cet article présente les résultats préliminaires de cette enquête qui s’appuie aussi sur une réflexion portant sur les modalités d’échanges et de transferts techniques, iconographiques et culturels entre l’Égypte et la cité de Tarse dans l’Antiquité.

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Texte intégral

Pour l’envoi de documents et les échanges stimulants que nous avons eus, nous avons le plaisir de remercier : Marianna Castiglione, Adi Erdlich, Maria Joanna Mossakowska et Simona Russo.

Introduction

  • 1 Pour une première approche : Ballet, 2020, 21-25.
  • 2 Voir Muller, 2010, 100, 101.

1Les figurines de terre cuite moulées en creux ont été introduites en Égypte suite aux conquêtes d’Alexandre le Grand et à l’implantation de clérouques, grecs et macédoniens, qui a suivi. Avant la venue des Grecs, les artisans-mouleurs (ou coroplathes) avaient recours au moulage partiel, réservé pour la confection de l’avers des statuettes1. L’introduction de la technique du moulage intégral a donc transformé en profondeur l’artisanat coroplathique et a entraîné une production de masse à partir du IVe s. avant J.-C. En Asie mineure, la situation est différente puisque les artisans ont utilisé beaucoup plus tôt ce mode de production qu’en Égypte. Empruntée au Proche-Orient, la technique du moulage a en effet été adoptée dès le VIIe siècle av. J.-C., en particulier dans l’île de Samos2.

  • 3 Goldman, 1950 ; Hasselin Rous, 2019 ; 2023.
  • 4 Les figurines découvertes par Langlois en 1852 sont conservées au Musée du Louvre, et celles mises (...)

2Les terres cuites fabriquées à Tarse3, une cité renommée de la région de la Cilicie, en Asie Mineure, présentent de fortes similitudes avec les figurines produites et mises au jour en Égypte tant du point de vue technique qu’iconographique. La confrontation de ces deux corpus de figurines trouvées, pour celles de Tarse, dans les fouilles de Langlois en 1852 et celles de Goldman des années 1934-19494, permet d’initier une réflexion sur les modalités d’échanges et de transferts techniques, iconographiques et culturels entre les deux régions. Dans cette contribution, nous présenterons les résultats préliminaires de notre enquête.

Remarques sur les procédés de fabrication

  • 5 Voir les communications rassemblées dans Muller, 1997. Sur les procédés de fabrication des terres c (...)
  • 6 Pour une étude sur les dactyliotypes des artisans : voir Muller, 2023.

3Toutes les figurines que nous étudions ont été façonnées selon la technique du moulage intégral. Les grandes étapes de la mise en œuvre de ces terres cuites (ou chaîne opératoire) sont désormais bien connues5. La première étape consiste à modeler le prototype à partir duquel on fabrique les moules, qui seront nécessaires pour confectionner les figurines. Après démoulage, celles-ci seront ensuite séchées puis cuites, avant d’être peintes. Un examen attentif des documents plastiques permet de repérer des traces d’outils ou des gestes techniques imprimés dans la matière. Si ces gestes sont ceux d’individus en particulier6, ils sont aussi révélateurs de pratiques d’ateliers différentes. La prise en compte de ces données, et leur étude, désormais incontournables, font apparaître des spécificités propres à chaque atelier, du moins à des zones de production. La confrontation des terres cuites d’Égypte et de Tarse aboutit à des résultats importants sur les outils utilisés par les artisans-coroplathes, mais aussi sur les matériaux utilisés (argile, gypse et matières colorantes).

Moule bivalve

  • 7 Toulouse, Musée Saint-Raymond, inv. D.69.2.78. Picaud, 2003, 94, no 180.
  • 8 Toulouse, Musée Saint-Raymond, inv. D.69.2. 80. Picaud, 2003, 90-91, no 170.
  • 9 Louvre, Tarse 69. Besques, 1972, 281, E-D 2271, pl. 352 e.

4En Égypte comme à Tarse, les coroplathes ont privilégié l’utilisation du moule bivalve – le moule trivalve étant réservé en Égypte à la fabrication des figurines de chiens maltais (Fig. 1)7. Le moule d’avers comprend la tête, le corps et la base de l’objet, et le moule de revers est lisse et bombé, le plus souvent dépourvu de décor en relief. Sur certaines terres cuites, quelques détails sont néanmoins indiqués de manière sommaire comme la chevelure, la colonne vertébrale ou encore les fesses (Fig. 2a-b)8. Rares sont les témoignages de revers détaillés à Tarse et seul un exemplaire de notre corpus montre le dos bien détaillé d’un Harpocrate tenant la corne d’abondance9.

Fig. 1. Chien maltais. Toulouse, Musée Saint-Raymond (D. 69.2.78)

Fig. 1. Chien maltais. Toulouse, Musée Saint-Raymond (D. 69.2.78)

© Milena Perraud.

Fig. 2a-b. Orante (avers et revers). Toulouse, Musée Saint-Raymond (D.69.2.80)

Fig. 2a-b. Orante (avers et revers). Toulouse, Musée Saint-Raymond (D.69.2.80)

© Milena Perraud.

Une faible utilisation des abattis

  • 10 Kassab Tezgör, 2007, 119-120, no. 134, pl. 46.
  • 11 Voir l’exemple d’un Attis de Tarse ayant perdu son abattis insuffisamment collé, dans Hasselin Rous (...)

5Les ateliers de ces deux régions semblent assez peu avoir fait usage d’abattis, c’est-à-dire des éléments en projection, comme les bras, les jambes ou les ailes, fabriqués à part et rapportés sur la figurine. En effet, les membres sont le plus souvent moulés avec le corps. En Égypte, les coroplathes se servent très rarement des moules à pièces – les sirènes funéraires découvertes dans les nécropoles hellénistiques d’Alexandrie font figure d’exception10. Cependant, à Tarse, on a trouvé un certain nombre d’abattis de bras en particulier qui étaient prêts à être rapportés sur un corps d’après les traces de guillochage (Fig. 3a-b). Celles-ci étant recouvertes de barbotine liquide, permettaient d’accroître l’adhérence de l’élément à rapporter sur le corps11.

Fig. 3a-b. (a) Exemple d’un abattis de bras gauche avec ses traces de guillochage. Louvre (Tarse 436) ; (b) Trace de barbotine pour l’ajout d’un abattis sur le bras droit d’un Attis dansant. Paris, Musée du Louvre (Tarse 56).

Fig. 3a-b. (a) Exemple d’un abattis de bras gauche avec ses traces de guillochage. Louvre (Tarse 436) ; (b) Trace de barbotine pour l’ajout d’un abattis sur le bras droit d’un Attis dansant. Paris, Musée du Louvre (Tarse 56).

© Isabelle Hasselin Rous.

Emploi de moules en plâtre

  • 12 Kassab Tezgör, 2007, 224 et nos 167, 225, 231, 235-236, 239, 271. Voir également Edgar, 1903 ; Rabe (...)
  • 13 Kassab Tezgör, 2007, 224.
  • 14 Voir Goldman, 1950, 34-35.
  • 15 Hasselin Rous, 2019, 92-93. La fouille de cette fosse a à peine débuté dans les années 2010 et se p (...)

6En Égypte, la grande majorité des figurines de terre cuite de la fin du IVe s. avant J.-C. au IIIe s. après J.-C., ont été moulées en creux à l’aide de moules bivalves, généralement en plâtre. Les coroplathes d’Alexandrie sont les premiers, semble-t-il, à avoir utilisé les moules en plâtre dès la fin du IIIs.-début du IIe s. avant J.-C.12. À Athènes, par exemple, les artisans ne s’en sont servis couramment que dans la seconde moitié du IIe s. avant J.-C.13. Alors que l’emploi des moules en plâtre en Asie Mineure est fort rare, leur utilisation est majoritaire à Tarse et ce, dès la fin de l’époque hellénistique au Ier s. av. J.-C.14. Seize moules en plâtre, dont celui d’une sirène grotesque (Fig. 4a-b), ont été découverts par H. Goldman dans le « complexe 5m20 » daté, par la stratigraphie et le matériel mis au jour, du IIe s. et du début du IIIs. après J.-C. Déposés avec des lampes et des moules de lampes, ils constituent le fonds d’un atelier artisanal produisant tant des figurines que des lampes. Les fouilles récentes d’A. Özyar dans le même secteur ont juste commencé à révéler une profonde fosse remplie de figurines et de lampes, située près d’un four et des restes d’un probable bassin de décantation15. Les figurines et lampes exhumées par A. Özyar ont été datées entre le IIs. et le IVe s. après J.-C. Nous avons probablement affaire à un autre atelier artisanal ; gageons que les fouilles qui seront menées dans les années à venir mettront au jour d’autres moules en plâtre.

Fig. 4a-b. Moule à clés en plâtre de Tarse d’une sirène grotesque (Goldman 633) et tirage moderne (disparu).

Fig. 4a-b. Moule à clés en plâtre de Tarse d’une sirène grotesque (Goldman 633) et tirage moderne (disparu).

© Isabelle Hasselin Rous / Goldman.

7Dans le corpus étudié ici, la nature de ces moules peut être identifiée grâce à la présence de petites billes en argile à la surface des objets : il s’agit de bulles d’air emprisonnées dans le gypse du moule qui apparaissent en positif sur les statuettes en argile (Fig. 5).

Fig. 5. Tête d’enfant : très nombreuses billes d’argile sur le côté gauche du visage sur le front. Raté de fabrication ? H. : 4,7 cm (T 105, mission de fouilles de Tarsus - Gözlükule, inédite)

Fig. 5. Tête d’enfant : très nombreuses billes d’argile sur le côté gauche du visage sur le front. Raté de fabrication ? H. : 4,7 cm (T 105, mission de fouilles de Tarsus - Gözlükule, inédite)

© Isabelle Hasselin Rous.

Utilisation du plâtre pour compléter ou consolider les figurines

  • 16 Il conviendrait de faire des analyses en laboratoire de ce matériau pour en connaître la nature.
  • 17 Breccia, 1934, pl. CIV-CVI, no 602-614.
  • 18 Louvre, Tarse 293. Besques, 1972, 332, E/D 2853, pl. 410 f.
  • 19 Voir à ce sujet Abbou et Bernard, 2023, 122-124. Les auteures parlent de « mortier blanc » et non d (...)
  • 20 Voir Bouquillon et al., 2023, 131-132.

8Dans certains cas, des éléments en « plâtre »16 pouvaient être ajoutés à la figurine. C’est ce qu’indiquent des traces visibles sur la surface de terres cuites découvertes en Égypte. Des éléments en plâtre viennent parfois compléter les figurines. Ceux-ci ont la plupart du temps disparu, mais les traces d’arrachement attestent leur existence. Cette technique semble avoir été surtout utilisée pour les représentations du cercle dionysiaque, comme le dieu Priape ou les satyres, dotés d’un sexe hypertrophié et en érection. Une figurine du British Museum montre clairement que le phallus de Priape a été fabriqué à part, puis fixé avec du « plâtre » (Fig. 6)17. Toutefois, cette technique est plus fréquente à Tarse et semble indiquer la volonté du coroplathe de compléter ainsi sa figurine. Voici l’exemple d’une tête d’Héraclès dont le revers lisse et bombé est réalisé intentionnellement en plâtre et recouvert de restes de polychromie rose (Fig. 7a-d)18. Sur certaines figurines de Tarse, le plâtre semble être utilisé pour façonner un attribut ou bien pour servir de renfort à un endroit de fragilité de la figurine19. L’analyse chimique et minéralogique récente de ces ajouts en plâtre sur des figurines de Tarse a déterminé qu’il s’agissait de gypse20.

Fig. 6. Priape. Londres, British Museum, 1982,0408.8.

Fig. 6. Priape. Londres, British Museum, 1982,0408.8.

© The Trustees of the British Museum.

Fig. 7a-d. Tête d’Héraclès. Paris, Musée du Louvre (Tarse 293).

Fig. 7a-d. Tête d’Héraclès. Paris, Musée du Louvre (Tarse 293).

© 2019 Musée du Louvre / Bertrand Leroy / Anne Chauvet.

Trou d’évent et/ou base ouverte

9Le revers des terres cuites, en Égypte comme à Tarse, se caractérise aussi le plus souvent par la présence d’un trou d’évent de forme circulaire (Fig. 8a-b). Cette ouverture prévenait l’éclatement de la pièce lors de la cuisson en permettant l’évacuation de la vapeur d’eau contenue dans l’argile. Lorsqu’il n’y a pas de trou d’évent, la base de la figurine est ouverte. Elle est soit de forme rectangulaire, soit de forme semi-circulaire (Fig. 9a-b), quasiment toujours circulaire à Tarse. Si les terres cuites d’Égypte comprennent généralement un trou d’évent et une base ouverte, c’est systématiquement le cas sur les figurines de Tarse.

Fig. 8a-b. (a) Revers d’une figurine de joueuse de tambourin, Toulouse, musée Saint-Raymond (D.69.2.79) ; (b) revers d’une tête d’Harpocrate. Louvre (S 3583).

Fig. 8a-b. (a) Revers d’une figurine de joueuse de tambourin, Toulouse, musée Saint-Raymond (D.69.2.79) ; (b) revers d’une tête d’Harpocrate. Louvre (S 3583).

(a) © Milena Perraud ; (b) © Isabelle Hasselin Rous.

Fig. 9a-b. (a) Base de forme semi-circulaire d’une figurine de Bès. Auch, musée des Amériques (985.203) ; (b) Base circulaire d’une figurine d’enfant. Mission de fouilles de Tarsus - Gözlükule (35.299).

Fig. 9a-b. (a) Base de forme semi-circulaire d’une figurine de Bès. Auch, musée des Amériques (985.203) ; (b) Base circulaire d’une figurine d’enfant. Mission de fouilles de Tarsus - Gözlükule (35.299).

(a) © Milena Perraud ; (b) © Isabelle Hasselin Rous.

Mise en couleur des figurines

  • 21 Voir récemment Bourgeois et Jeammet, 2020, 9-10.
  • 22 En Attique ou en Béotie, une argile blanche de type kaolinite entrait fréquemment dans la compositi (...)
  • 23 Des analyses menées par Philippe Sciau (CEMES, CNRS) sur une terre cuite du musée Saint-Raymond de (...)
  • 24 Voir Bouquillon et al., 2023, 133.
  • 25 Centre de Recherches et de Restauration des Musées de France.
  • 26 Voir supra n. 24.
  • 27 Voir supra n. 24, 133-135.

10Les figurines, une fois cuites, étaient recouvertes d’une couche de préparation opaque et blanchâtre, parfois très épaisse21. La nature de cet apprêt variait selon la localisation des centres de production22. En Égypte, les analyses physico-chimiques ont révélé qu’il s’agissait de « gypse »23, alors qu’à Tarse, les artisans ont utilisé aussi bien du gypse que de la calcite ou de la huntite24. C’est bien le gypse qui a été employé sur cette figurine d’Harpocrate chevauchant une oie de Tarse (Fig. 10a-c). Ce traitement de surface améliorait l’accroche des pigments naturels et apportait de l’éclat. On appliquait les couleurs, chatoyantes et contrastées, au pinceau, sans beaucoup de soin dans la majorité des cas. La palette chromatique, assez large à Tarse, comportait du jaune, de l’orange, du noir, du rouge, du brun, du bleu égyptien et du rose. Il est intéressant d’observer sur un groupe dionysiaque de Tarse la manière dont le peintre a procédé pour sa mise en couleur grâce à l’étude stratigraphique qui a été faite par Yannick Vandenberghe du C2RMF25 : il a d’abord peint les corps des personnages en débordant très largement sur le fond du groupe, puis il est venu délimiter plus proprement ces corps en apposant la peinture bleue du fond et en cernant les jambes (Fig. 11a-b)26. Les restes de polychromie conservés sur le corpus isiaque de Tarse sont assez ténus et ne permettent guère d’entrer dans le détail, mais il est fort probable que la palette chromatique devait être la même que celle utilisée couramment pour l’ensemble de la production coroplathique27.

Fig. 10a-c. Harpocrate chevauchant une oie de Tarse. Restes de préparation blanche analysés au C2RMF comme étant du gypse. Paris, Musée du Louvre (Tarse 68).

Fig. 10a-c. Harpocrate chevauchant une oie de Tarse. Restes de préparation blanche analysés au C2RMF comme étant du gypse. Paris, Musée du Louvre (Tarse 68).

© Frédérique Berson / Yannick Vandenberghe, C2RMF.

Fig. 11a-b. Jambes de Dionysos et d’un satyre : sur préparation blanche, peintures orange, rose pour les chairs, brune pour le thyrse, débordantes, et fond bleu venant délimiter les corps (Louvre, Tarse 315).

Fig. 11a-b. Jambes de Dionysos et d’un satyre : sur préparation blanche, peintures orange, rose pour les chairs, brune pour le thyrse, débordantes, et fond bleu venant délimiter les corps (Louvre, Tarse 315).

© Frédérique Berson-2016 Musée du Louvre / Bertrand Leroy / Anne Chauvet.

  • 28 Ce corpus, très largement inédit, est en cours de publication. Voir Ballet, 1997 ; Galbois, 2019.

11Les traces de polychromie encore visibles sur les figurines d’Égypte donnent une idée assez précise de la palette chromatique employée par les artisans pour peindre les figurines. À Tebtynis, une petite ville du Fayoum qui a livré un riche corpus de terres cuites gréco-romaines28, on observe que les teintes utilisées sont les suivantes : rose, rouge, orange, blanc, ocre jaune, bleu, vert, noir et gris. Les visages sont dans la majorité des cas recouverts d’une peinture rose, plus rarement orange. Les traits du visage sont généralement peints en noir (sourcils, paupières, contour de l’œil, iris, pupilles) ou en rouge (sourcils, paupières, bouche). Le noir est habituellement employé pour la chevelure et la pilosité (barbe, triangle du pubis). Le jaune ou le rouge peuvent être utilisés par les peintres pour colorer les cheveux. Les vêtements ont des teintes roses dans la majorité des cas, plus rarement rouges, jaunes ou vertes. Les clavi des tuniques sont peints en noir. Les couronnes florales sont toujours colorées en rose, les bourgeons de lotus peuvent être de couleur verte, et il arrive que les lemnisques, c’est-à-dire les extrémités textiles des couronnes, soient soulignées de noir. Le pot que tient Harpocrate est systématiquement rouge. Quant aux animaux, les chevaux ont d’ordinaire une robe ocre ou ocre jaune, avec une queue et une crinière jaune. Les ânes se signalent par leur pelage gris, tandis que les dromadaires arborent un pelage ocre ou ocre-jaune. Le harnachement des animaux, chevaux et dromadaires, est de couleur rouge. Les chiens peuvent avoir un pelage noir et être parés d’un collier rouge doté de pendentifs jaunes. Le champ des reliefs est rehaussé de noir, notamment entre les jambes des personnages et des chevaux, et entre les pattes des animaux.

  • 29 Camagna-Pagès, 2012 ; Ballet, 2020, 43.
  • 30 Ce pigment vert de la base, analysé par Y. Vandenberghe, est atypique et relève de la famille des z (...)

12Si les peintres se sont rarement servis de la couleur verte en Égypte29, ceux de Tarse l’ont plus fréquemment employée, notamment pour peindre les bases de figurines, comme en atteste par exemple l’Harpocrate chevauchant une oie (Fig. 10a)30.

13La confrontation des terres cuites d’Égypte et de Tarse montre d’importantes similitudes dans le choix des procédés de fabrication mis en œuvre, ce qui est révélateur de stratégies communes mises en place au sein des ateliers de ces deux régions. Les artisans ont en effet privilégié l’emploi de moules bivalves en plâtre comportant la tête, le corps et les membres de la future figurine, et avec un revers peu ou non détaillé. Le recours d’éléments en plâtre pour compléter ou consolider les artefacts s’observe dans les productions de ces deux régions, même si c’est dans des proportions différentes. L’application d’une couche d’apprêt de couleur blanchâtre, servant à harmoniser les surfaces et à faciliter l’adhérence des couleurs, s’observe dans les deux corpus. Enfin, les artisans aiment à peindre leurs figurines avec des teintes franches et chatoyantes.

14Ces choix reflètent des stratégies d’ateliers visant une sorte d’économie de moyens. Ils nous renseignent aussi, de manière indirecte, sur l’organisation des ateliers et les compétences techniques des artisans chargés de fabriquer ces objets. La recherche de la simplicité pour façonner ces artefacts exige moins de technicité que la production d’objets complexes nécessitant l’emploi de moules à pièces. Cela révèle aussi sans doute une forme d’« industrialisation » de la production coroplathique où l’on confectionne ainsi plus rapidement les séries de figurines.

Le répertoire iconographique

15Outre les nombreuses similitudes techniques que nous avons relevées dans les deux corpus, il apparaît que des thèmes et des types iconographiques se retrouvent tant en Égypte qu’à Tarse.

16Les dieux de la famille isiaque, composée d’Isis, de Sarapis et d’Harpocrate, et le héros Héraclès sont en effet représentés de manière similaire dans les corpus de ces deux aires géographiques.

  • 31 Voir Bouquillon, Doublet, Maigret, et Vandenberghe, 2023, 130-131.

17Il convient de préciser que les figurines de Tarse présentées ici sont bien des productions locales et non des importations égyptiennes trouvées dans la cité cilicienne. L’analyse archéométrique de l’argile des pièces du Louvre notamment, a bien confirmé cette production locale avec une pâte riche en silice (47 %) et en calcium (21 %) avec 13 % d’alumine. La couleur brun-rouge des figurines produites à Tarse est liée à la teneur en oxyde de fer (7 %) et se retrouve pour l’ensemble de notre corpus étudié31.

Le répertoire isiaque

18À Tarse, on trouve dès l’époque hellénistique des figurines aux effigies d’Harpocrate et, plus rarement, d’Isis et de Sarapis. Très présentes dans le répertoire coroplathique à l’époque impériale, ces divinités égyptiennes sont bien reconnaissables à leurs attitudes et surtout à leurs attributs spécifiques.

Harpocrate

  • 32 Plutarque, Sur Isis et Osiris, 19 et 65.

19Né de l’union posthume d’Osiris avec Isis, Harpocrate est décrit par Plutarque comme un enfant venu avant terme32. Le dieu-enfant se substituant à Horus est considéré comme le nouveau soleil du matin (d’où le port du disque solaire sur sa tête). En Égypte, Harpocrate est l’une des divinités les plus souvent représentées dans la terre cuite à partir de l’époque ptolémaïque. Sa forte popularité s’explique par le fait qu’il est non seulement l’un des protecteurs de l’enfance, mais aussi l’un des garants de la fécondité et de la fertilité. À Tebtynis (Fayoum), par exemple, beaucoup de figurines du dieu-enfant ont été retrouvées dans les maisons.

  • 33 De nombreux exemples sont illustrés dans Boutantin, 2014. Pour des parallèles montrant Harpocrate c (...)
  • 34 Voir également Malaise, 2000 ; 2011.
  • 35 Varron, Sur la langue latine, V, 10, 1 and Antiquitates rerum humanarum et divinarum fgt 10, ap. Au (...)

20Son iconographie mêlant styles grec et égyptien est très variée. Harpocrate apparaît avec de nombreux attributs. Beaucoup de figurines le montrent aussi chevauchant différents animaux, parmi lesquels des chevaux, des béliers, des chiens et des oies33. Le dieu-enfant se reconnaît à sa nudité, à la mèche de l’enfance qui orne sa tempe en s’enroulant autour de son oreille (dans l’iconographie égyptienne surtout) et au geste qu’il fait en portant sa main à la bouche pour sucer son doigt34. Ce geste fut mal interprété par les auteurs grecs et latins35 : décrit comme un symbole de discrétion et de silence, il sera surtout le symbole de l’ésotérisme égyptien.

21En Égypte, il est généralement figuré assis avec un pot rond dans lequel il plonge la main droite, et dont le contenu a des vertus thérapeutiques. Hors d’Égypte, l’attribut du dieu est souvent la corne d’abondance, parfois double, soulignant son caractère de divinité de la fertilité et de la prospérité, qui en fait aussi un dieu agraire (Fig. 12).

Fig. 12. Harpocrate avec le pschent et la corne d’abondance. Auch, Musée des Amériques (985.203).

Fig. 12. Harpocrate avec le pschent et la corne d’abondance. Auch, Musée des Amériques (985.203).

© Milena Perraud.

22Dans le corpus tarsiote, Harpocrate est reconnaissable au pschent, la couronne de Haute et de Basse Égypte qu’il porte sur sa tête, à l’index qu’il pose sur sa bouche et à son visage aux traits poupins (Fig. 13).

Fig. 13. Têtes d’Harpocrate issues du même moule, Tarse, époque hellénistique. Mission de fouilles de Tarsus - Gözlükule (Tarse 206 et 167).

Fig. 13. Têtes d’Harpocrate issues du même moule, Tarse, époque hellénistique. Mission de fouilles de Tarsus - Gözlükule (Tarse 206 et 167).

© Isabelle Hasselin Rous.

  • 36 Ballet, 1980, 359-371, no. 714-742 ; Besques, 1972, 281-282, E/D 2270-2279, 329, E/D 2812-2817 ; Go (...)

23Statistiquement, on dénombre vingt-cinq figurines d’Harpocrate à Tarse, soit plus de 70 % du corpus des dieux égyptiens représentés dans cette cité36. Les types iconographiques retenus sont les mêmes que ceux diffusés en Égypte.

24Certaines têtes, clairement issues du même moule (Tarse 206 et 167), témoignent de cette forme d’industrialisation de la production. À Tarse, le dieu enfant porte toujours sur la tête une couronne de feuilles de lierre associée au pschent. Le type évolue peu entre l’époque hellénistique (Fig. 13) et l’époque romaine (Fig. 14) à ceci près qu’à l’époque romaine, les pupilles des yeux sont incisées, la chevelure présente des mèches en accroche-cœur très soignées, et le visage semble s’élargir. Par ailleurs, on observe que le pschent a été modifié à l’époque romaine, puisque, dans certains cas, la couronne de Basse-Égypte s’est transformée en une double volute.

Fig. 14. Tête d’Harpocrate, Tarse, époque romaine. Mission de fouilles de Tarsus - Gözlükule (37.491).

Fig. 14. Tête d’Harpocrate, Tarse, époque romaine. Mission de fouilles de Tarsus - Gözlükule (37.491).

© Isabelle Hasselin Rous.

  • 37 Ballet, 1998, 223-226 ; 2020, 148.
  • 38 Inv. 37.490, mission de fouilles de Tarsus-Gözlükule (Goldman, 1950, 326, no. 122).

25Sur quelques exemplaires, Harpocrate est doté de la corne d’abondance, un type iconographique sans doute créé à Alexandrie dès l’époque hellénistique (Fig. 15)37. Il apparaît généralement nu, parfois vêtu38. En Égypte, les deux versions coexistent également.

Fig. 15. Harpocrate à la corne d’abondance, Tarse. Musée archéologique d’Adana (38.359).

Fig. 15. Harpocrate à la corne d’abondance, Tarse. Musée archéologique d’Adana (38.359).

© Isabelle Hasselin Rous.

26On signalera aussi une belle représentation d’Harpocrate chevauchant une oie dans le corpus de Tarse (Fig. 10 a).

  • 39 Paris, Musée du Louvre, inv. Tarse 40. Ballet, 2020, 103-104, fig. 85 ; Besques, 1972, 276, E/D 220 (...)

27Le corpus compte aussi un Harpocrate-Dionysos debout avec une grappe de raisin. Coiffé du pschent et couronné de feuilles de lierre, le dieu à la corpulence enfantine est vêtu d’une chlamyde qu’il retrousse de la main gauche. Dans la main droite, il tient une grappe de raisin39.

  • 40 On signalera qu’une figurine provenant de Myrina montre Harpocrate à la corne d’abondance avec une (...)

28Enfin, sur quelques exemplaires d’époques hellénistique et romaine, le pschent a été remplacé au profit de la couronne hathorique à plumes (Fig. 16)40.

Fig. 16. Tête d’Harpocrate à couronne hathorique, Tarse. Musée du Louvre (S 3663).

Fig. 16. Tête d’Harpocrate à couronne hathorique, Tarse. Musée du Louvre (S 3663).

© Isabelle Hasselin Rous.

Isis

29Sœur et épouse d’Osiris, mère d’Horus et d’Harpocrate, Isis joue le rôle d’épouse et de mère aimantes et est à ce titre l’une des déesses les plus populaires du panthéon égyptien, y compris à l’époque romaine. Elle est célébrée pour ses dons de magicienne puisque, pour concevoir Horus, elle dût ramener à la vie Osiris après avoir reconstitué son cadavre. Elle porte diverses coiffures dont le disque solaire entre les cornes hathoriques, des plumes droites ou encore des plumes d’autruche. Le sistre est l’un de ses attributs. Au IIe s. ap. J.-C., son culte se répand dans toute la Méditerranée et on lui érige des temples (jusqu’à Rome).

  • 41 Barker, 1853, 191, no. 11 ; Besques, 1972, 285, E/D 2309, 329, D 2818-2819 ; Goldman, 1950, 335, no (...)
  • 42 Mission archéologique de Tarse (inv. 35-1303), voir Goldman, 1950, 335, no. 182.
  • 43 Louvre (Tarse 177). Besques, 1972, 329, E/D 2818. Début de l’époque impériale ?
  • 44 Louvre (Tarse 411). Besques, 1972, 285, E/D 2309.
  • 45 Voir notamment Tran Tam Tinh, 1973, 8, pl. VII, fig. 10-11.

30Moins représentée qu’Harpocrate dans le corpus de Tarse (huit exemplaires seulement), la présence de la déesse est attestée par quelques figurines fragmentaires41. Sur le fragment le mieux conservé, Isis est vêtue à la grecque et couronnée de ce qui semble être une couronne hathorique ; elle tient un sistre dans la main droite et vraisemblablement une situle dans la main gauche (Fig. 17)42. Une tête portant une couronne hathorique, dont les cornes ont été remplacées par une double volute43, et une main droite tenant le sistre44, évoquent également la divinité. Le type iconographique montrant Isis agitant le sistre est assez populaire en Égypte (Fig. 18), même si c’est celui de l’Isis lactans (ou Isis allaitant Harpocrate) qui est le plus répandu45.

Fig. 17. Isis, Tarse. Mission de fouilles de Tarsus - Gözlükule (35.1303).

Fig. 17. Isis, Tarse. Mission de fouilles de Tarsus - Gözlükule (35.1303).

© Isabelle Hasselin Rous.

Fig. 18. Isis agitant le sistre. Université de Lorraine, dépôt du Musée du Louvre (348).

Fig. 18. Isis agitant le sistre. Université de Lorraine, dépôt du Musée du Louvre (348).

© Musée du Louvre / Antiquités égyptiennes.

Sarapis

  • 46 Sur les charismes de Sarapis, se référer notamment à Veymiers, 2009.

31Principale divinité d’Alexandrie, le dieu Sarapis dont la création remonte au tout début de la dynastie lagide et remplace Osiris, forme la triade isiaque avec Isis et Harpocrate. Son culte se développe surtout à partir du Ier s. de notre ère en même temps que les cultes isiaques. Divinité chtonienne, empruntant son caractère funéraire à Osiris, il règne sur le monde souterrain. Il est aussi le dieu de la fertilité comme en témoigne le port du calathos sur sa tête, servant à mesurer le grain46. Il a également des talents de guérisseur. Toujours barbu, on le reconnaît à son abondante chevelure et à ses cinq mèches frontales.

  • 47 Besques, 1972, 330-331, D 2830-2833 ; Goldman, 1950 ; 338-339, no. 203 ; Kater-Sibbes, 1973 ; no. 3 (...)
  • 48 Louvre (S 2851). Besques, 1972, 330, D 2831, pl. 408 b. Deux autres têtes se trouvent dans la colle (...)
  • 49 Louvre (Tarse 181). Besques, 1972, 286, E/D 2320, pl. 357 a.
  • 50 Ballet, 2020, 140, fig. 123.

32À l’instar d’Isis, cette divinité est peu fréquente dans les figurines de Tarse (cinq exemplaires)47. Les types iconographiques adoptés par les coroplathes sont ceux qui ont été créés en Égypte et ont été repris à l’identique. On retrouve ainsi Sarapis avec le calathos48 dont l’origine remonte probablement au tout début de l’époque hellénistique, mais qui est surtout attestée à partir du IIe s. avant J.-C. (Fig. 19). Avec cette couronne, le dieu apparaît comme le protecteur des activités agricoles et de façon générale comme le garant de la prospérité du royaume riche en ressources frumentaires. Le corpus de Tarse compte aussi une image de Sarapis siégeant en majesté (Fig. 20)49. C’est une image que l’on rencontre aussi dans le répertoire égyptien50.

Fig. 19. Tête de Sérapis d’époque hellénistique. Musée du Louvre (S 2851).

Fig. 19. Tête de Sérapis d’époque hellénistique. Musée du Louvre (S 2851).

© 2020 Musée du Louvre / Antiquités grecques, étrusques et romaines.

Fig. 20. Sarapis trônant, époque hellénistique. Paris, Musée du Louvre (Tarse 181).

Fig. 20. Sarapis trônant, époque hellénistique. Paris, Musée du Louvre (Tarse 181).

© Isabelle Hasselin Rous.

  • 51 Néanmoins l’importance du monnayage frappé à Tarse et plusieurs inscriptions témoignent bien du sta (...)

33Pour conclure sur ce corpus de figurines de la triade isiaque, on note la très grande fortune des images d’Harpocrate. Le jeune dieu sauveur, protecteur de l’enfance et de la fertilité, remporta la faveur populaire d’où la présence de ces terres cuites en nombre, en particulier en contexte domestique. À Tarse, aucun temple consacré à Isis ou à Sarapis n’a encore été mis au jour, ce qui peut expliquer aussi la rareté de leur image dans la coroplathie51.

Héraclès dans les corpus tarsiote et égyptien

34Dion de Pruse, sous le règne de Trajan (98-117), nous apprend dans un discours qu’il adresse aux Tarsiens, que la ville a été fondée par Héraclès et Persée :

  • 52 Chuvin, 1981, 305.

Persée, Héraclès, le trident d’Apollon, les oracles rendus, le fait que vous êtes Grecs, Argiens, mieux encore et que vous avez pour fondateurs des héros et des demi-dieux, ou plutôt des Titans52.

  • 53 Hasselin Rous, 2019, 99-100, fig. 27-30.

35Héraclès jouit donc à Tarse d’un culte local et ancien, parfois associé au dieu hittite Sandès figuré debout sur un lion (également animal attribut du héros). Ainsi, naturellement, l’image du héros Héraclès, fondateur de la cité, connaît une grande fortune à Tarse dès l’époque hellénistique et particulièrement dans les figurines en terre cuite. Il est représenté dans la force de l’âge et reconnaissable à ses attributs : la léonté et la massue. Il porte sur la tête la couronne de feuilles de lierre, comme toutes les divinités de Tarse : (Fig. 7 a-d). Les deux types statuaires créés par le bronzier Lysippe à la fin du IVe s. av. J.-C., l’Héraclès Farnèse et l’Héraclès Epitrapézios, très copiés dans la grande et la petite plastique de l’époque impériale, ont connu aussi un grand succès auprès des coroplathes tarsiotes qui les ont fréquemment représentés53.

  • 54 Ballet, 2020, 118-120.

36En Égypte, les images d’Héraclès vieillissant sont semblables à celles de Tarse (Fig. 21). Le héros tient une place particulière en Égypte, à l’époque ptolémaïque, car il est l’un des ancêtres divins de la dynastie lagide (ou archégète). De même, c’est à Alexandrie, sous le règne de Ptolémée III, qu’Apollonios de Rhodes compose les Argonautes, qui comptent Héraclès parmi les héros. Celui-ci occupe donc dans ce royaume une place singulière et bénéficie d’une grande popularité. L’imagerie d’Héraclès se décline en deux groupes iconographiques principaux54 : le type de l’Héraclès Farnèse et les représentations hybrides associant dieux enfants égyptiens et Héraclès. Une figurine du British Museum (1888,090.29) peut être comprise comme une variante de l’Héraclès au repos de Lysippe ; dans la chevelure, on constate la présence de la couronne de feuillage.

Fig. 21. Lampe plastique avec Sarapis trônant. Auch, Musée des Amériques (985.120).

Fig. 21. Lampe plastique avec Sarapis trônant. Auch, Musée des Amériques (985.120).

© Milena Perraud.

37Que déduire de la confrontation de ces deux corpus ? D’une part, les figurines isiaques sont finalement peu nombreuses au regard de la petite plastique de terre cuite mise au jour sur le site de Tarse. D’autre part, si les coroplathes reprennent à l’identique certains types iconographiques créés en Égypte, ils prennent quelques libertés dans la conception des couronnes des divinités, et ce dès l’époque hellénistique. En effet, la couronne rouge du pschent se transforme sur quelques pièces en double volute. Parfois, cette couronne est même remplacée par la couronne hathorique surmontée de deux hautes plumes. S’agit-il d’une mauvaise compréhension des artisans-modeleurs de Tarse ou bien d’une volonté délibérée de proposer une formule différente de ces coiffes et de se démarquer du corpus égyptien ? Par ailleurs, sur les représentations d’Harpocrate, on observe la présence sur de nombreux exemplaires d’une couronne de lierre associée au pschent. Ce feuillage est également figuré sur les images d’Harpocrate et d’Isis dans la coroplathie égyptienne. Il apparaît aussi sur des terres cuites représentant des divinités grecques à Tarse, ce qui n’est pas le cas en Égypte, en dehors des figurines d’Héraclès. Dans ces conditions, il est fort probable que cette couronne de lierre, caractérisant l’ensemble des représentations divines de la production coroplathique de Tarse, soit une invention des artisans de cette cité ; elle se serait par la suite propagée en Égypte, comme l’attestent des figurines d’Harpocrate ou d’Héraclès. Il semble donc que les influences n’ont pas été unilatérales (de l’Égypte à Tarse), mais qu’elles ont été au contraire réciproques.

Les liens entre l’Égypte et la Cilicie

  • 55 Sur la cité de Tarse à l’époque hellénistique, voir notamment Welles, 1962.

38Comment expliquer les similitudes techniques et dans une moindre mesure, iconographiques, entre les figurines de Tarse et les figurines d’Égypte ? Les sources littéraires et épigraphiques, les monnaies et les vestiges archéologiques attestent la présence lagide en Cilicie, dès l’époque hellénistique55. La documentation à disposition révèle par ailleurs l’existence d’échanges commerciaux entre ces deux régions, qui se poursuivent et s’intensifient à la période romaine, ainsi que les mobilités humaines.

La Cilicie : une région stratégique pour les Lagides

  • 56 Schiavo, 2021.
  • 57 Tempesta, 2010, 15.
  • 58 Tempesta, 2010, 16.
  • 59 Tempesta, 2010, 17.
  • 60 Tempesta, 2010, 18.
  • 61 Tempesta, 2010, 18.
  • 62 Plutarque, Vie d’Antoine, 36.1-7.

39Il convient de rappeler que la Cilicie fut une région particulièrement convoitée au IIIe s. avant J.-C. par les Lagides et les Séleucides56. Dans son Éloge XVII, Théocrite, poète à la cour d’Alexandrie, liste la Cilicie parmi les possessions de Ptolémée II Philadelphe, suite à la victoire lagide lors de la première guerre de Syrie (274-271 avant J.-C.)57. La première phase d’occupation de la Cilicie occidentale s’est limitée à quelques années, car au cours de la deuxième guerre de Syrie (261-253), Ptolémée II est contraint à renoncer à ses positions micro-asiatiques58. La Cilicie fut cependant rapidement reconquise, sous Ptolémée III, à l’issue de la troisième guerre de Syrie (246-241)59. La domination lagide s’étend alors à la Coélie-Syrie, la Phénicie, le port de Séleucie de Piérie, la Pamphilie et l’Ionie. La situation dans cette région est stabilisée jusque dans les années 202-195 avant J.-C., c’est-à-dire au moment de la cinquième guerre de Syrie qui dépossède le royaume lagide de la Coélé-Syrie, de la Palestine, de la Cicilie occidentale, de la Pamphilie et de la Lycie60. En 38/7 Antoine accorde à Cléopâtre la souveraineté de la Phénicie, la Coélé-Syrie, Chypre et la Cilicie, lors de leur rencontre à Tarse61, relatée avec force détails par Plutarque62. Le royaume lagide exerce de nouveau une certaine influence dans cette région.

  • 63 De façon générale, les possessions lagides en Asie Mineure sont restreintes aux régions côtières et (...)
  • 64 Diodore (19.59.5) et Strabon (14.5.3.6). Voir aussi Tempesta, 2010, 21.
  • 65 Jones et Habicht, 1989.
  • 66 Tempesta, 2010, 19.

40La présence lagide dans cette région est localisée principalement sur la façade maritime63, ce qui lui permet d’assurer des communications avec Chypre, toute proche, l’Égypte et les territoires environnants sous influence lagide. L’implantation lagide dans cette région est stratégique, puisque l’arrière-pays montagneux de la Cilicie occidentale est particulièrement riche en ressources métallifères et forestières. Le bois, notamment le cèdre et le sapin, sont utilisés pour la construction des bateaux de la flotte royale64. On compte aussi plusieurs fondations de colonies portant des noms directement liés à la dynastie comme Ptolémaïs, Arsinoé de Pamphilie, Arsinoé de Cilicie ou encore Bérénice. De ces quatre colonies dynastiques, on sait peu de choses. Une inscription découverte à Arsinoé de Cilicie, aujourd’hui disparue, a livré des informations sur les choix qui ont présidé à l’implantation de ces colonies65. Celles-ci étaient situées sur des promontoires rocheux, permettant une défense naturelle, et à proximité de vallées fluviales assurant la liaison avec l’arrière-pays66. Pour évoquer plus spécifiquement la cité de Tarse, celle-ci occupe une place stratégique sur les routes reliant la côte égéenne aux villes de l’Orient et du Levant, mais aussi vers le sud du bassin méditerranéen et donc vers l’Égypte par son accès à la mer.

  • 67 Muller, 2006, 159 ; Schiavo, 2021, 110. Les possessions ptolémaïques à travers la mer Égée et le lo (...)

41Dans le territoire cilicien sous domination lagide, sont installées des garnisons de militaires, tandis que des structures politiques et administratives au service de l’administration royale sont mises en place. On peut imaginer, dans un tel contexte, que des colons venus d’Égypte se sont installés dans cette région. Cet afflux d’hommes a probablement constitué un facteur de cohésion important entre les différents territoires de la thalassocratie ptolémaïque67.

Des frappes monétaires lagides à Tarse

  • 68 Newell, 1941, 220-223.
  • 69 Davesne et Le Rider, 1989, 7-11. Le vase A comportait 2298 pièces, le vase B1786 et le vase C 1131.
  • 70 Davesne et Le Rider, 1989, 16.
  • 71 Davesne et Le Rider, 1989, 16.
  • 72 Davesne et Le Rider, 1989, 216.

42L’abondante documentation numismatique, mise au jour en Cicilie, nous renseigne aussi sur l’occupation lagide dans cette région. Des tétradrachmes ont ainsi été frappés au nom de Ptolémée II à Tarse, en 261/0 avant J.-C. – à partir de 259 avant J.-C., cependant, l’atelier de Tarse a émis des monnaies pour le compte d’Antiochos II68. Plusieurs trésors monétaires composés de pièces de monnaies lagides ont par ailleurs été mis au jour lors de fouilles archéologiques. À Meyddencikale, un trésor de plusieurs milliers de pièces, réparti dans trois vases, a été exhumé, dans les vestiges d’un bâtiment officiel public qui a dû jouer un rôle important dans la cité69. Les monnaies ptolémaïques représentent 44,1 % du trésor, soit 2158 monnaies70. Elles ont été frappées sous les règnes de Ptolémée Ier à Ptolémée III71. Les pièces 5189-5190 ont été frappées à Tarse, peut-être sous le règne de Ptolémée III72.

  • 73 Voir Picaud et Podvin, 2011, 220 et n. 133.

43Sur les dix-sept cités de Cilicie à avoir frappé des monnaies à thèmes isiaques, c’est celle de Tarse qui en montre la plus grande variété à l’époque impériale73. La triade isiaque apparaît sur une émission tarsiote de Maximin au IIIe s. ap. J.-C. tandis qu’Harpocrate est représenté debout, nu et tenant la corne d’abondance sur une monnaie de Pupien (en 238 de notre ère).

Les échanges commerciaux : l’exemple des amphores vinaires

  • 74 Il s’agit d’amphores AE 3 et AE 4 : Senol, 2008, 119.
  • 75 Senol, 2008, 119.

44L’implantation lagide en Cilicie s’explique aussi par des raisons d’ordre économique. Les fouilles archéologiques ont permis de mettre en évidence des échanges et des réseaux commerciaux entre l’Égypte et la Cilicie, en particulier Tarse. En Égypte, on a découvert des amphores vinaires provenant de Cilicie, ce qui atteste l’existence d’échanges commerciaux dès le IIIe s. siècle avant J.-C. Si les trouvailles se limitent à quelques fragments et timbres amphoriques à Alexandrie, les échanges s’intensifient à partir de l’époque impériale. En parallèle, des amphores vinaires ont été retrouvées en Cilicie : là encore elles sont beaucoup plus fréquentes à l’époque impériale74 qu’à l’époque hellénistique. Selon les dernières découvertes, l’intérêt pour le vin égyptien en Cilicie est particulièrement sensible au cours du Ier et du début du IIe siècle après J.-C.75.

L’implantation des cultes isiaques en Cilicie

  • 76 Bricault, 2001, 70-71.
  • 77 L. Bricault dresse une liste de quelques objets à sujets isiaques : Bricault, 2001, 72-73.
  • 78 Dunand, 1973, 10-14.

45À l’époque hellénistique, les cultes isiaques se sont sans doute développés dans cette région par le biais des garnisons égyptiennes, et se sont intensifiés à la période romaine.76 L’émergence des cultes orientaux pratiqués par l’empereur lui-même, tel Septime-Sévère avec le culte à Sarapis, n’a fait que renforcer les liens entre la Cilicie et l’Égypte. Outre les figurines de terre cuite, des monnaies, une bague et des lampes avec des sujets isiaques ont été retrouvés à Tarse77. La plupart de ces documents sont d’époque impériale. Isis, Sarapis et Apis apparaissent ainsi sur des lampes de fabrication locale pouvant dater du milieu du IIe s. après J.-C.78. Sur le revers des monnaies impériales de Tarse apparaissent Harpocrate, Isis et Sarapis.

La mobilité des hommes : des Égyptiens à Tarse et des Tarsiotes en Égypte

  • 79 Borgia, 2020, 70.
  • 80 Borgia, 2020, 70.

46La Cilicie est une région multiculturelle, comme le révèlent les sources épigraphiques. Grecs, Syriens, individus originaires d’Asie Mineure (Cappadoce, Éphèse, Sinope, Bithynie), mais aussi Romains et Italiens habitent dans cette région. Quelques inscriptions font plus spécifiquement référence à des Égyptiens établis en Cilicie. Une inscription datée du Ier ou du IIe s. après J.-C. découverte à Anazarbe a été dédiée par une femme, Claudia, à son mari, un joueur de flûte, originaire d’Alexandrie d’Égypte selon Emanuela Borgia (à moins qu’il ne s’agisse d’Alexandrie d’Issos, en Cicilie)79. Par ailleurs, un texte plus tardif, daté du début de l’époque byzantine, mentionne un certain Eudaimon originaire d’Égypte80.

  • 81 Jouguet, 1928, 381-390 ; Robert, 1963, 420-428.
  • 82 Foraboschi, 2003, 183.
  • 83 Voir Picaud et Podvin, 2011, 212.
  • 84 Foraboschi, 2003, 183 ; Launey, 1949-1950, 478.
  • 85 Dross-Krüpe, 2011, 100-101 ; Wild, 1969.
  • 86 Voir Ruffing, 2008, 771 (tableau).
  • 87 Dross-Krüpe, 2011, 100.

47Dans le royaume lagide, des inscriptions et des papyri témoignent dans le même ordre d’idée de la présence de nombreux mercenaires ciliciens au service des Ptolémées aux IIIe et IIe s. avant J.-C.81. La Cilicie est en effet une importante région en termes de recrutements pour l’armée lagide82. Des Tarsiotes, présents à Philaé vers 100 av. J.-C., ont laissé un acte d’adoration à Isis en l’honneur de Ptolémée X Alexandre Ier, ce qui montre bien leur sensibilité aux cultes isiaques dès cette époque83. Dans le nome arsinoïte (Fayoum), on compte également une importante communauté cilicienne84. La documentation papyrologique fait, en outre, état de « tisserands de Tarse », les tarsikarioi, spécialisés dans la confection de tuniques en lin et implantés en Égypte85. Les rares attestations de cet artisanat spécifique sont datées du IIIe s. après-J.-C. et proviennent d’Hermonthis et d’Oxyrhynchos86. En dehors de l’Égypte, on ne trouve aucune trace de tisserands spécialisés dans ce type de textile. La prise de Tarse par les Sassanides en 260 après J.-C. pourrait expliquer la présence de ces artisans en Égypte, qui y auraient trouvé refuge87.

  • 88 Picaud et Podvin, 2011, 221.

48Enfin, citons la présence d’un certain Olympios, prêtre de Sarapis et philosophe originaire de Cilicie, parmi les derniers païens du Sarapieion d’Alexandrie. On sait l’importance des écoles philosophiques à Tarse, où cet Olympios fut peut-être formé. Lors de la destruction du temple en 391, il s’enfuit ensuite en Italie88.

Conclusion

  • 89 Pour un état des lieux : Podvin, 2015.
  • 90 Information que nous devons à Adi Erlich.
  • 91 Erlich et Kloner, 2008, pl. 6, no. 25 and pl. 7, no. 27-29.
  • 92 Castiglione, 2022, 498-499.

49Dès l’époque hellénistique, des contacts ont eu lieu entre l’Égypte et la Cilicie. Bien que la domination lagide sur ce territoire ait été de courte durée, les liens tissés se sont révélés durables. Les échanges commerciaux entre ces deux régions se sont poursuivis, voire intensifiés sous l’Empire. De même, les cultes étrangers, notamment isiaques, ont été adoptés en Cilicie, comme ce fut aussi le cas pour d’autres régions proches géographiquement et dont les terres cuites sont une des expressions. Des terres cuites isiaques ont en effet été découvertes sur plusieurs sites d’Asie Mineure (Amisos, Troie, Parion Cyzique, Pergame, Myrina, Smyrne, Éphèse, Xanthos, Pergè)89. Le site d’Akko Ptolémaïs a livré quelques figurines isiaques, encore inédites90. Des figurines d’Isis et/ou de ses adeptes, ainsi que des fragments d’Isis-Aphrodite ont été exhumés à Maresha (l’antique Marise), cité sous contrôle lagide au IIIe s. avant J.-C.91. À Kharayeb, de nombreuses figurines de terre cuite représentant Harpocrate seul ou avec Isis, Bès, des démones bienfaisantes, Ptah-Pathèque ou Apis ont été mises au jour92. Ces découvertes sur des sites de la Phénicie hellénistique et romaine traduisent là aussi la grande popularité des dieux égyptiens dans cette partie du monde.

  • 93 Castiglione, 2019, 360.

50La circulation des hommes et des marchandises entre la Cilicie, l’Égypte et la Phénicie sous domination lagide, à partir du IIIe s. avant J.-C., a perduré à la période romaine. Il semble qu’une culture ptolémaïque se soit mise en place dans ces territoires93. De ce point de vue, les coroplathes de Tarse s’inscrivent dans cette mouvance, puisqu’ils ont adopté les techniques de façonnage des coroplathes égyptiens et se sont inspirés de l’iconographie des dieux isiaques. La confrontation des corpus tarsiote et égyptien révèle par ailleurs que les artisans ont aussi influencé les coroplathes égyptiens. Ces derniers ont, en effet, intégré dans leur répertoire la couronne de feuilles de lierre et le type iconographique de l’Héraclès vieillissant, propres à la production tarsiote. Ces différents éléments techniques et iconographiques, associés aux données historiques, sont bel et bien révélateurs d’échanges forts et nourris entre Tarse et l’Égypte.

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Notes

1 Pour une première approche : Ballet, 2020, 21-25.

2 Voir Muller, 2010, 100, 101.

3 Goldman, 1950 ; Hasselin Rous, 2019 ; 2023.

4 Les figurines découvertes par Langlois en 1852 sont conservées au Musée du Louvre, et celles mises au jour par Goldman entre 1934 et 1949 sont conservées au dépôt de la mission de fouilles de Tarsus-Gözlükule de l’Université de Boğaziçi (fouilles dirigées par Aslı Özyar).

5 Voir les communications rassemblées dans Muller, 1997. Sur les procédés de fabrication des terres cuites en Égypte à la période gréco-romaine : Galbois, 2024.

6 Pour une étude sur les dactyliotypes des artisans : voir Muller, 2023.

7 Toulouse, Musée Saint-Raymond, inv. D.69.2.78. Picaud, 2003, 94, no 180.

8 Toulouse, Musée Saint-Raymond, inv. D.69.2. 80. Picaud, 2003, 90-91, no 170.

9 Louvre, Tarse 69. Besques, 1972, 281, E-D 2271, pl. 352 e.

10 Kassab Tezgör, 2007, 119-120, no. 134, pl. 46.

11 Voir l’exemple d’un Attis de Tarse ayant perdu son abattis insuffisamment collé, dans Hasselin Rous, 2019, 93, 94, fig. 8.

12 Kassab Tezgör, 2007, 224 et nos 167, 225, 231, 235-236, 239, 271. Voir également Edgar, 1903 ; Rabe, 2011 ; Seif el-Din, 1998 ; Wild, 2021.

13 Kassab Tezgör, 2007, 224.

14 Voir Goldman, 1950, 34-35.

15 Hasselin Rous, 2019, 92-93. La fouille de cette fosse a à peine débuté dans les années 2010 et se poursuivra dans les années à venir.

16 Il conviendrait de faire des analyses en laboratoire de ce matériau pour en connaître la nature.

17 Breccia, 1934, pl. CIV-CVI, no 602-614.

18 Louvre, Tarse 293. Besques, 1972, 332, E/D 2853, pl. 410 f.

19 Voir à ce sujet Abbou et Bernard, 2023, 122-124. Les auteures parlent de « mortier blanc » et non de plâtre.

20 Voir Bouquillon et al., 2023, 131-132.

21 Voir récemment Bourgeois et Jeammet, 2020, 9-10.

22 En Attique ou en Béotie, une argile blanche de type kaolinite entrait fréquemment dans la composition de la préparation blanchâtre : Bourgeois et Jeammet, 2020, 9.

23 Des analyses menées par Philippe Sciau (CEMES, CNRS) sur une terre cuite du musée Saint-Raymond de Toulouse (D.69.2.89) ont révélé que la couche de préparation blanchâtre comportait du gypse et de la calcite. Deux techniques non invasives ont été utilisées : la spectroscopie Raman (Spectromètre XploRa (Horiba) ; les analyses ont été réalisées en utilisant un laser vert 532 nm et les objectifs x50 et x100) et la diffraction des RX (Diffractomètre D8 discover (Bruker) équipé d’une microsource Co et d’un détecteur 2D (Vantec 500). Les mesures ont été réalisées en utilisant des collimateurs de 1 mm et 0,5 mm).

24 Voir Bouquillon et al., 2023, 133.

25 Centre de Recherches et de Restauration des Musées de France.

26 Voir supra n. 24.

27 Voir supra n. 24, 133-135.

28 Ce corpus, très largement inédit, est en cours de publication. Voir Ballet, 1997 ; Galbois, 2019.

29 Camagna-Pagès, 2012 ; Ballet, 2020, 43.

30 Ce pigment vert de la base, analysé par Y. Vandenberghe, est atypique et relève de la famille des zéolithes (voir supra n. 27).

31 Voir Bouquillon, Doublet, Maigret, et Vandenberghe, 2023, 130-131.

32 Plutarque, Sur Isis et Osiris, 19 et 65.

33 De nombreux exemples sont illustrés dans Boutantin, 2014. Pour des parallèles montrant Harpocrate chevauchant une oie, voir Bailey, 2008, 36, no. 3074, pl. 13 ; Dunand, 1990, 90, no. 193 ; Fischer, 1994, 177-178, no. 617, pl. 64 ; Galbois, 2019, 139, no. 82 ; Török, 1995, 76-77, no. 84, pl. XLVII.

34 Voir également Malaise, 2000 ; 2011.

35 Varron, Sur la langue latine, V, 10, 1 and Antiquitates rerum humanarum et divinarum fgt 10, ap. Augustin, La cité de Dieu, XVIII, V.

36 Ballet, 1980, 359-371, no. 714-742 ; Besques, 1972, 281-282, E/D 2270-2279, 329, E/D 2812-2817 ; Goldman, 1950, 326-327, no. 121-129.

37 Ballet, 1998, 223-226 ; 2020, 148.

38 Inv. 37.490, mission de fouilles de Tarsus-Gözlükule (Goldman, 1950, 326, no. 122).

39 Paris, Musée du Louvre, inv. Tarse 40. Ballet, 2020, 103-104, fig. 85 ; Besques, 1972, 276, E/D 2201. Les analyses de Y. Vandenberghe ont mis en évidence la présence d’une feuille d’étain posée sur la grappe de raisin afin de lui donner cette couleur noire brillante : Vandenberghe et al. 2023, 135-136, fig. 10).

40 On signalera qu’une figurine provenant de Myrina montre Harpocrate à la corne d’abondance avec une couronne analogue. La pièce est conservée au Musée des Moulages de l’université Paul Valéry – Montpellier 3. Ballet, 2020, 155, fig. 132.

41 Barker, 1853, 191, no. 11 ; Besques, 1972, 285, E/D 2309, 329, D 2818-2819 ; Goldman, 1950, 335, no. 180-182. Voir Picaud et Podvin, 2011, 213 pour une description détaillée des types.

42 Mission archéologique de Tarse (inv. 35-1303), voir Goldman, 1950, 335, no. 182.

43 Louvre (Tarse 177). Besques, 1972, 329, E/D 2818. Début de l’époque impériale ?

44 Louvre (Tarse 411). Besques, 1972, 285, E/D 2309.

45 Voir notamment Tran Tam Tinh, 1973, 8, pl. VII, fig. 10-11.

46 Sur les charismes de Sarapis, se référer notamment à Veymiers, 2009.

47 Besques, 1972, 330-331, D 2830-2833 ; Goldman, 1950 ; 338-339, no. 203 ; Kater-Sibbes, 1973 ; no. 383-388 et Laffaye, 1884, 273, no. 30.

48 Louvre (S 2851). Besques, 1972, 330, D 2831, pl. 408 b. Deux autres têtes se trouvent dans la collection du Louvre (MNB 1073 et Tarse 17), dans Besques, 1972, 330, E/D 2830, E/D 2832, pl. 408 c et a.

49 Louvre (Tarse 181). Besques, 1972, 286, E/D 2320, pl. 357 a.

50 Ballet, 2020, 140, fig. 123.

51 Néanmoins l’importance du monnayage frappé à Tarse et plusieurs inscriptions témoignent bien du statut officiel du culte à Isis et à Sarapis en Cilicie. Sur ce point, consulter : Picaud et Podvin, 2011, 219-221.

52 Chuvin, 1981, 305.

53 Hasselin Rous, 2019, 99-100, fig. 27-30.

54 Ballet, 2020, 118-120.

55 Sur la cité de Tarse à l’époque hellénistique, voir notamment Welles, 1962.

56 Schiavo, 2021.

57 Tempesta, 2010, 15.

58 Tempesta, 2010, 16.

59 Tempesta, 2010, 17.

60 Tempesta, 2010, 18.

61 Tempesta, 2010, 18.

62 Plutarque, Vie d’Antoine, 36.1-7.

63 De façon générale, les possessions lagides en Asie Mineure sont restreintes aux régions côtières et quelques îles, comme Samos ou Lesbos (Mueller, 2006, 54).

64 Diodore (19.59.5) et Strabon (14.5.3.6). Voir aussi Tempesta, 2010, 21.

65 Jones et Habicht, 1989.

66 Tempesta, 2010, 19.

67 Muller, 2006, 159 ; Schiavo, 2021, 110. Les possessions ptolémaïques à travers la mer Égée et le long de la côte d’Asie Mineure étaient très étendues et éloignées d’Alexandrie, ce qui représentait une difficulté, soulignée par Polybe (5.35.10). Le trafic et les communications maritimes étaient donc une condition préalable à la cohésion du royaume ptolémaïque.

68 Newell, 1941, 220-223.

69 Davesne et Le Rider, 1989, 7-11. Le vase A comportait 2298 pièces, le vase B1786 et le vase C 1131.

70 Davesne et Le Rider, 1989, 16.

71 Davesne et Le Rider, 1989, 16.

72 Davesne et Le Rider, 1989, 216.

73 Voir Picaud et Podvin, 2011, 220 et n. 133.

74 Il s’agit d’amphores AE 3 et AE 4 : Senol, 2008, 119.

75 Senol, 2008, 119.

76 Bricault, 2001, 70-71.

77 L. Bricault dresse une liste de quelques objets à sujets isiaques : Bricault, 2001, 72-73.

78 Dunand, 1973, 10-14.

79 Borgia, 2020, 70.

80 Borgia, 2020, 70.

81 Jouguet, 1928, 381-390 ; Robert, 1963, 420-428.

82 Foraboschi, 2003, 183.

83 Voir Picaud et Podvin, 2011, 212.

84 Foraboschi, 2003, 183 ; Launey, 1949-1950, 478.

85 Dross-Krüpe, 2011, 100-101 ; Wild, 1969.

86 Voir Ruffing, 2008, 771 (tableau).

87 Dross-Krüpe, 2011, 100.

88 Picaud et Podvin, 2011, 221.

89 Pour un état des lieux : Podvin, 2015.

90 Information que nous devons à Adi Erlich.

91 Erlich et Kloner, 2008, pl. 6, no. 25 and pl. 7, no. 27-29.

92 Castiglione, 2022, 498-499.

93 Castiglione, 2019, 360.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1. Chien maltais. Toulouse, Musée Saint-Raymond (D. 69.2.78)
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Titre Fig. 2a-b. Orante (avers et revers). Toulouse, Musée Saint-Raymond (D.69.2.80)
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Titre Fig. 3a-b. (a) Exemple d’un abattis de bras gauche avec ses traces de guillochage. Louvre (Tarse 436) ; (b) Trace de barbotine pour l’ajout d’un abattis sur le bras droit d’un Attis dansant. Paris, Musée du Louvre (Tarse 56).
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Titre Fig. 4a-b. Moule à clés en plâtre de Tarse d’une sirène grotesque (Goldman 633) et tirage moderne (disparu).
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Titre Fig. 5. Tête d’enfant : très nombreuses billes d’argile sur le côté gauche du visage sur le front. Raté de fabrication ? H. : 4,7 cm (T 105, mission de fouilles de Tarsus - Gözlükule, inédite)
Crédits © Isabelle Hasselin Rous.
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Titre Fig. 6. Priape. Londres, British Museum, 1982,0408.8.
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Titre Fig. 7a-d. Tête d’Héraclès. Paris, Musée du Louvre (Tarse 293).
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Titre Fig. 8a-b. (a) Revers d’une figurine de joueuse de tambourin, Toulouse, musée Saint-Raymond (D.69.2.79) ; (b) revers d’une tête d’Harpocrate. Louvre (S 3583).
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Titre Fig. 9a-b. (a) Base de forme semi-circulaire d’une figurine de Bès. Auch, musée des Amériques (985.203) ; (b) Base circulaire d’une figurine d’enfant. Mission de fouilles de Tarsus - Gözlükule (35.299).
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Titre Fig. 10a-c. Harpocrate chevauchant une oie de Tarse. Restes de préparation blanche analysés au C2RMF comme étant du gypse. Paris, Musée du Louvre (Tarse 68).
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Titre Fig. 11a-b. Jambes de Dionysos et d’un satyre : sur préparation blanche, peintures orange, rose pour les chairs, brune pour le thyrse, débordantes, et fond bleu venant délimiter les corps (Louvre, Tarse 315).
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Crédits © Frédérique Berson-2016 Musée du Louvre / Bertrand Leroy / Anne Chauvet.
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Titre Fig. 12. Harpocrate avec le pschent et la corne d’abondance. Auch, Musée des Amériques (985.203).
Crédits © Milena Perraud.
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Titre Fig. 13. Têtes d’Harpocrate issues du même moule, Tarse, époque hellénistique. Mission de fouilles de Tarsus - Gözlükule (Tarse 206 et 167).
Crédits © Isabelle Hasselin Rous.
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Titre Fig. 14. Tête d’Harpocrate, Tarse, époque romaine. Mission de fouilles de Tarsus - Gözlükule (37.491).
Crédits © Isabelle Hasselin Rous.
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Titre Fig. 15. Harpocrate à la corne d’abondance, Tarse. Musée archéologique d’Adana (38.359).
Crédits © Isabelle Hasselin Rous.
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Titre Fig. 16. Tête d’Harpocrate à couronne hathorique, Tarse. Musée du Louvre (S 3663).
Crédits © Isabelle Hasselin Rous.
URL http://journals.openedition.org/anatoliaantiqua/docannexe/image/4621/img-27.jpg
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Titre Fig. 17. Isis, Tarse. Mission de fouilles de Tarsus - Gözlükule (35.1303).
Crédits © Isabelle Hasselin Rous.
URL http://journals.openedition.org/anatoliaantiqua/docannexe/image/4621/img-28.jpg
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Titre Fig. 18. Isis agitant le sistre. Université de Lorraine, dépôt du Musée du Louvre (348).
Crédits © Musée du Louvre / Antiquités égyptiennes.
URL http://journals.openedition.org/anatoliaantiqua/docannexe/image/4621/img-29.jpg
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Titre Fig. 19. Tête de Sérapis d’époque hellénistique. Musée du Louvre (S 2851).
Crédits © 2020 Musée du Louvre / Antiquités grecques, étrusques et romaines.
URL http://journals.openedition.org/anatoliaantiqua/docannexe/image/4621/img-30.jpg
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Titre Fig. 20. Sarapis trônant, époque hellénistique. Paris, Musée du Louvre (Tarse 181).
Crédits © Isabelle Hasselin Rous.
URL http://journals.openedition.org/anatoliaantiqua/docannexe/image/4621/img-31.jpg
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Titre Fig. 21. Lampe plastique avec Sarapis trônant. Auch, Musée des Amériques (985.120).
Crédits © Milena Perraud.
URL http://journals.openedition.org/anatoliaantiqua/docannexe/image/4621/img-32.jpg
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Pour citer cet article

Référence papier

Estelle Galbois et Isabelle Hasselin Rous, « Transferts techniques, iconographiques et culturels entre l’Égypte et la cité de Tarse (Cilicie) : l’exemple des figurines de terre cuite. Remarques préliminaires »Anatolia Antiqua, XXXIII | 2025, 1-22.

Référence électronique

Estelle Galbois et Isabelle Hasselin Rous, « Transferts techniques, iconographiques et culturels entre l’Égypte et la cité de Tarse (Cilicie) : l’exemple des figurines de terre cuite. Remarques préliminaires »Anatolia Antiqua [En ligne], XXXIII | 2025, mis en ligne le 01 mai 2026, consulté le 09 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/anatoliaantiqua/4621 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16bgj

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