Histoire culturelle des patrimoines artistiques en Europe, xviiie-xxe siècle (chaire internationale)
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Histoire culturelle des patrimoines artistiques en Europe XVIIIe-XXe siècle, chaire pluriannuellePlan
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La série de cours « Histoire mondiale du Louvre » est disponible en audio et vidéo, sur le site internet du Collège de France (https://www.college-de-france.fr/site/benedicte-savoy/course-2020-2021.htm), ainsi que le colloque « Le musée comme archive » (https://www.college-de-france.fr/agenda/colloque/le-musee-comme-archive).
Texte intégral
Enseignement
Cours – Une histoire mondiale du Louvre
Cours 1 – Introduction
1Icône de la culture populaire et scientifique mondiale actuelle, le musée du Louvre occupe une place de choix dans les imaginaires collectifs à travers le globe depuis que se sont multipliés, au début du xixe siècle, les récits de voyageurs étrangers qui en ont symboliquement transposé le souvenir dans leurs pays d’origine. En partant de ce constat, ce cours souhaite esquisser une histoire de l’établissement dans ses relations avec les autres régions du monde, dans une logique non pas de rayonnement à sens unique mais d’interdépendance entre différents pôles. À rebours d’une histoire hégémonique de l’institution muséale placée au centre d’un système unidimensionnel, il s’agit, par un jeu de champs/contre-champs, de rendre compte d’une multiplicité de points de vue sur le Louvre et de mettre en miroir des sources historiques, une iconographie et des débats qui ne sont généralement pas pensés ensemble ni même nécessairement connectés à l’histoire du musée.
Cours 2 – Lieux
2Dans l’introduction de son ouvrage témoignage sur L’Invention du Grand Louvre coécrit avec Ieoh Ming Pei et Émile Biasini (Paris, Odile Jacob, 2001), Jean Lacouture rappelle qu’au fil de son histoire, « vingt monarques, trente architectes (dont quatre ou cinq étrangers) illustres ou obscurs, inspirés ou malavisés […] ont transfiguré le Louvre ». La lecture croisée des parcours de trois de ces architectes étrangers – en l’occurrence Gian Lorenzo Bernini, dit « Le Bernin » (1598-1680), Louis Visconti (1791-1853) et I.M. Pei (1917-2019) – et l’étude des polémiques suscitées par leurs projets respectifs – qu’ils aient vu le jour ou non – permet d’éclairer la façon dont, à plusieurs siècles d’écart, la part étrangère de l’institution s’est inscrite dans son architecture même.
Cours 3 – Regards
3L’attachement pour le public étranger est un élément central de l’identité du musée du Louvre depuis sa création. En témoignent notamment les nombreuses mises en scène de figures d’« étrangers », personnages célèbres ou visiteurs anonymes, qui constituent un motif privilégié des vues du musée dès le xixe siècle. Si elles sont souvent relayées par la presse populaire pour illustrer la défiance du public parisien envers le tourisme de masse, ces images nous invitent également à voir combien le dialogue et l’échange autour des œuvres peuvent être utiles pour donner une réelle universalité à l’institution. Des événements aussi différents a priori que le tournage d’un clip du couple de musiciens Beyoncé et Jay Z face à la Joconde, une manifestation de militantes Femen devant la Vénus de Milo ou une action conduite par la photographe Nan Goldin contre le mécénat de la famille Sackler montrent ainsi que le musée est aujourd’hui un lieu de cristallisation d’enjeux liés à la globalisation.
Cours 4 – Écoles « étrangères »
4Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la vocation universelle du musée du Louvre ne constitue pas une donnée invariable de son histoire. Au milieu du xxe siècle, son directeur Georges Salles en circonscrivait l’horizon aux « différentes civilisations qui nous ont donné naissance » ou à notre seule « aire familiale » (Au Louvre : scènes de la vie du musée, Paris, Domat, 1950). Avant cela, une même vision euro-centrée de l’histoire des arts avait présidé, sur les cimaises du musée et dans ses catalogues, à la distinction entre peinture française et peinture étrangère, en dépit de la stérilité d’une telle opposition et des hiérarchies implicites entre différentes productions nationales qu’elle suggère.
5L’importance du sous-texte idéologique qui a accompagné la création de l’établissement n’empêche pas, au demeurant, de poser la question de la présence des lointains dans ses collections. L’étude des représentations de « l’étranger » ou d’œuvres « françaises » que l’histoire récente connecte à d’autres régions du monde sont des pistes fructueuses pour entreprendre une histoire transcontinentale et coloniale du Louvre.
Cours 5 – Le Louvre et la Bible
6Tout au long du xixe siècle et jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, l’archéologie biblique a conduit les principales puissances européennes à rechercher des traces de l’histoire sainte au Moyen-Orient, dans une double logique d’échange entre savants et de concurrence entre nations. L’efficacité de ces campagnes de fouilles, dont les résultats sont aujourd’hui visibles tant au Louvre qu’au British Museum et dans les musées de Berlin, invite à interroger la façon dont se sont opérés les contacts entre les archéologues européens et les personnes, les cadres politiques et les systèmes de croyances à l’œuvre dans les régions explorées. Les récits qu’ont livrés les responsables de ces missions archéologiques, les films et les photographies documentaires d’époque peuvent nous aider à comprendre l’organisation matérielle des chantiers autant qu’ils nous renseignent sur la violence des logiques d’extraction du passé auxquelles ont été soumises les populations locales.
Cours 6 – Géopolitique des fouilles
7L’histoire du département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du musée du Louvre est d’abord liée à l’histoire des collections aristocratiques et royales françaises qui, avant la Révolution, sont essentiellement constituées d’œuvres romaines et ne présentent pas ou très peu d’œuvres de provenance grecque directe.
8Ce cours s’intéresse à l’ambitieuse politique d’enrichissement des collections menée sous la Restauration pour combler ces lacunes, dont l’acquisition d’une partie de la collection du comte de Choiseul-Gouffier, ancien ambassadeur de France dans l’Empire ottoman, et le prélèvement de pièces archéologiques lors de l’expédition de Morée constituent deux épisodes marquants. L’arrivée, à la même époque, de la Vénus de Milo et de la Victoire de Samothrace a également nourri une littérature abondante qui continue d’agir dans la mémoire collective et qui a participé, par-delà leur propre histoire, à élever ces pièces exceptionnelles au rang de symbole de paix et de liberté.
Cours 7 – Dedans dehors
9Loin de ne concerner que l’art européen, l’accroissement des collections du Louvre dans les trois décennies qui ont suivi la chute de l’Empire s’est opéré sans distinction et sans hiérarchie entre les productions occidentales et les arts dits « du lointain ». Pendant près d’un demi-siècle, les salles du palais ont ainsi accueilli un musée des Antiquités américaines, un musée d’ethnographie et un musée africain, dont les collections ont été déplacées vers le musée du Trocadéro et le Palais de la Porte dorée au tournant du xxe siècle. Ce cours explore les enjeux intellectuels et politiques à l’œuvre dans le mouvement de ces objets, de leur destination initiale à leur retour médiatisé au Louvre dans les années 2000, à l’occasion de l’inauguration du pavillon des Sessions.
Cours 8 – Guerres mondiales
10La guerre franco-prussienne de 1870 et les risques de confiscation qu’elle a fait subir aux œuvres du musée a donné lieu à la mise en place des premières mesures d’évacuation des collections du Louvre. Renouvelées selon des modalités différentes au cours des deux guerres mondiales, ces opérations de mises à l’abri, désormais largement documentées et illustrées, ont joué un rôle essentiel dans l’élaboration d’un langage de propagande international qu’il est intéressant de comparer à la publicité faite autour de l’acquisition d’objets d’art en contexte de guerre.
Cours 9 – Fécondations
11Si les exemples d’appropriation esthétique d’objets conservés au Louvre sont légion dans l’histoire de l’art, le dernier cours met la lumière sur l’histoire récente de l’établissement et plus particulièrement sur la politique menée par Henri Loyrette dans les années 2000 pour l’ouvrir à des mondes qu’il a longtemps négligés. La manière dont un artiste comme William Kentbridge peut s’approprier des œuvres des antiquités égyptiennes du Louvre et les mettre en relation avec l’histoire de son propre pays, l’Afrique du Sud, mais aussi, plus largement, avec l’histoire coloniale ou avec l’histoire des sciences, ou celle dont Toni Morrison, invitée en 2006 à travailler sur la question de « l’étranger chez soi », fait parler les œuvres du Louvre d’un point de vue politique, montrent que le musée n’est pas seulement dépositaire d’œuvres qui racontent cette histoire politique, mais qu’il est lui-même, en tant qu’institution, un lieu d’inclusion et d’exclusion, un lieu de définition de ce qui est « nous » et de ce qui ne l’est pas.
Colloque – Le musée comme archive (en partenariat avec le musée du Louvre)
6 et 7 mai 2021
12En posant la question du musée comme archive, cette double journée d’études, organisée conjointement par le musée du Louvre et le Collège de France, vise autant à réfléchir à la place de l’archive au musée qu’à interroger la façon dont l’institution muséale incarne une certaine mémoire collective des objets, des savoirs et des politiques d’acquisition qui leur sont liés.
13Envisager le musée comme archive équivaut ainsi à inscrire l’histoire de ses collections dans un contexte politique, social et culturel précis. Si les recherches de provenance constituent une voie privilégiée de l’étude du musée à la source, celle-ci est également un terrain de recherche inestimable pour l’histoire des pratiques scientifiques. En témoignent le nombre de travaux qui s’intéressent au rôle du musée dans la professionnalisation des disciplines historiques, à l’action des différents agents engagés dans ce mouvement ou encore aux enjeux intellectuels à l’œuvre dans la production, la présentation et la transmission d’un savoir déterminé par le cadre muséal.
14L’ambition de cette rencontre est de mettre à l’honneur la diversité des approches qu’autorise l’exploration des fonds d’archives du musée du Louvre en faisant dialoguer les chercheurs et les chercheuses qui pratiquent ces documents au quotidien.
Jeudi 6 mai 2021, musée du Louvre
Conférence inaugurale
Edhem Eldem, université de Boğaziçi, Istanbul/Collège de France
Table ronde 1 – L’histoire des collections ou la vie des œuvres à travers les archives
Participants : Elisabeth David (musée du Louvre), Néguine Mathieux (musée du Louvre), Pascal Riviale (Archives nationales), Neville Rowley (Gemäldegalerie, Bode-Museum, musées d’État de Berlin) ; modération : Krzysztof Pomian (CNRS).
15Cette première table ronde s’est intéressée au rôle des archives dans le renouvellement des questionnements traditionnels de l’histoire des collections et des institutions. Elle a présenté certaines orientations récentes de la recherche sur les pratiques d’acquisition, la provenance et le statut des collections actuelles ou disparues.
Vendredi 7 mai 2021(Collège de France)
Introduction
Jean-Luc Martinez (musée du Louvre) et Bénédicte Savoy (Technische Universität Berlin/Collège de France)
Table ronde 2 – Les fouilles et leurs traces : pour une étude de l’archéologie à la source
Participants : Étienne Blondeau (musée du Louvre), Yannick Lintz (musée du Louvre), Clélia Paladre (musée du Louvre), Ariane Thomas (musée du Louvre) ; modération : Dominique Charpin (Collège de France)
16Les collections photographiques et les archives écrites (notes, carnets de fouilles, correspondance, etc.) de voyageurs, d’archéologues, d’historiens et d’historiennes de l’art constituent des sources essentielles pour étudier le patrimoine archéologique autant que pour comprendre l’évolution des pratiques scientifiques aux xixe et xxe siècles. Longtemps méconnue, dispersée et/ou peu accessible, cette documentation fait aujourd’hui l’objet de plusieurs projets de recensement et de mise en valeur, dont ont été examinés ici les apports à la recherche sur la redécouverte des contextes.
Table ronde 3 – Les figures du musée : l’histoire des métiers et des publics (re)vue par les archives
Participants : Arnaud Bertinet (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Charlotte Foucher-Zarmanian (Centre national de la recherche scientifique), Anne Krebs (musée du Louvre), Julie Verlaine (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) ; modération : Françoise Mardrus (musée du Louvre)
17Si l’histoire professionnelle des conservateurs de musées est aujourd’hui bien connue grâce, notamment, aux nombreuses enquêtes biographiques qui ont été menées au cours des dernières décennies, qu’en est-il de l’étude des autres facettes de l’activité muséale ? Cette table ronde a exploré la façon dont les archives contribuent à l’essor de nouvelles problématiques qui réévaluent l’action des grandes figures de l’institution et prennent en compte les carrières féminines, les métiers invisibilisés ou encore la diversité des publics du musée.
Table ronde 4 – Archives et muséographie : l’exposition et la mise en scène des œuvres
Participants : Victor Claass (Institut national d’histoire de l’art), Cecilia Griener-Hurley (École du Louvre, université de Neuchâtel), Laurent Haumesser (musée du Louvre), Michela Passini, Centre national de la recherche scientifique ; modération : Dominique de Font-Réaulx (musée du Louvre)
18Il s’est agi ici de mettre l’accent sur la vie des objets au sein du musée, d’analyser ce que les archives disent de l’évolution des accrochages ou des risques auxquels ils sont soumis dans les salles, d’évoquer la façon dont les musées prennent (ou ne prennent pas) en charge le contexte de création des œuvres dans leurs dispositifs muséographiques, ou encore de confronter les pratiques d’expositions temporaires et permanentes dans leur mise en valeur.
Publications
19Savoy B., Afrikas Kampf um seine Kunst: Geschichte einer postkolonialen Niederlage, Munich, C.H. Beck, 2021.
Savoy B., Lagatz M. et Sissis P., Beute. Ein Bildatlas zu Kunstraub und Kulturerbe, Berlin, Matthes & Seitz Berlin, 2021.
Savoy B., Dolezalek I. et Skwirblies R., Beute. Eine Anthologie zu Kunstraub und Kulturerbe, Berlin, Matthes & Seitz Berlin, 2021.
Pour citer cet article
Référence papier
Bénédicte Savoy, « Histoire culturelle des patrimoines artistiques en Europe, xviiie-xxe siècle (chaire internationale) », L’annuaire du Collège de France, 121 | 2024, 565-570.
Référence électronique
Bénédicte Savoy, « Histoire culturelle des patrimoines artistiques en Europe, xviiie-xxe siècle (chaire internationale) », L’annuaire du Collège de France [En ligne], 121 | 2024, mis en ligne le 01 octobre 2024, consulté le 15 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/annuaire-cdf/19680 ; DOI : https://doi.org/10.4000/12kuo
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