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Opérations traductives dans les processus créatif et de conception en design

Translational Operations in the Creative and Design Process
Sophie Fétro

Résumés

Des micro-phénomènes de traduction sont présents dans le travail de conception en design, qui participent du travail créatif du designer, allant à l’encontre de l’idée d’une conception unilatérale, linéaire et concentrée dans le temps. En réalité, des phénomènes de traduction sont présents à une multitude de moments, à travers différents médias, lors de la fabrication, à travers le travail collaboratif. L’informatique est venue ajouter des espaces possibles d’interprétation notamment du fait du codage informatique et des changements de formats, mais aussi des procédures automatisées qui peuvent aussi avoir pour corollaire de réduire les moments d’intervention, de choix, d’interprétation du concepteur.trice. L’article propose ainsi de distinguer trois types de situations traductives et d’interroger ce que les méthodes de traduction mises en place, inventées ou déduites des techniques engagées, peuvent permettre sur le plan créatif, conduisant à penser que c’est l’ensemble des opérations traductives qui se trouve être constitutif du travail créatif des designers. C’est en distinguant trois types de traduction que cet article envisagera la notion et l’acte de traduction dans le champ de la conception et du design : 1/ traductions figurale et tridimensionnelle ; 2/ traductions matricielle et sous forme de graphes ; 3/ traductions logicielle et appareillée. Le processus traductif sous forme de matrices et de graphes que met en place Anthony Fröshaug, enseignant à la HfG d’Ulm, sera central et permettra d’articuler des modes plus classiques de traduction en design (dessins et maquettes) avec des processus de traduction informatique.

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Texte intégral

  • 1 De Piles Roger, Idée du Peintre parfait, Paris, Gallimard, 1993, chap. « Des desseins », p. 76 : «  (...)
  • 2 « La forme, c’est l’“idée”, pour peu qu’on se rappelle que le mot choisi par Platon pour désigner l (...)
  • 3 Si traduire est communément considéré comme étant la conduite qui permet le passage d’une langue à (...)
  • 4 Quant à l’ajout du suffixe -if, il renvoie à une situation active et dynamique. Traductif désigne a (...)
  • 5 https://www.cnrtl.fr/definition/transduction (consulté le 17 juillet 2020).
  • 6 « Opération consistant à transformer une information fournie dans un code donné en une information (...)
  • 7 Bazin André, « Pour un cinéma impur. Défense de l’adaptation », dans Qu’est-ce que le cinéma ?, Par (...)
  • 8 Simondon Gilbert, Du mode d’existence des objets techniques, Paris, Aubier, 2012, p. 185.
  • 9 Ovide, Les Métamorphoses. En ligne : https://nubis.univ-paris1.fr/web/lire-les-metamorphoses/accuei (...)
  • 10 Rubini Constance, Dessiner le design, Paris, Les arts décoratifs, 2009. Catalogue de l’exposition D (...)
  • 11 En ligne : https://madparis.fr/francais/musees/musee-des-arts-decoratifs/expositions/expositions-te (...)
  • 12 Rubini Constance, op. cit., p. 129.
  • 13 Ibid.
  • 14 Pensons ici à Ronan et Erwan Bouroullec dans le champ du design, à Jean Renaudie et à Henri Gaudin (...)
  • 15 Mathieu Lehanneur : « Je me méfie de la main et de ses réflexes. Je ne dessine presque pas, c’est l (...)
  • 16 Piano Renzo, « Le croquis », L’architecture d’aujourd’hui, n° 308, décembre 1996, p. 27-95. « Où qu (...)
  • 17 Konstantin Grcic : « Enfant, je dessinais plutôt bien et j’aimais ça. Mais dès que j’ai commencé à (...)
  • 18 Rubini Constance, op. cit., p. 66.

1Il s’opère dans le processus de conception en design des micro-phénomènes de traduction, lors des multiples phases de projet. Ce sont la diversité, la succession et la cohabitation simultanée de ces micro-phénomènes qui conduisent de façon non strictement linéaire à développer une proposition créative en design : telle pourrait être l’hypothèse à instruire. Le passage d’une idée, d’une représentation mentale vers une réalité dessinée constitue un premier phénomène traductif, que nous pourrions dire « classique » ou « commun » en design. Il relève d’un processus de schématisation qui opère le passage d’une représentation mentale, méditée1, souvent floue et approximative, vers une réalité figurée, elle aussi imparfaite et partielle, mais qui permet de visualiser une idée, une forme2, et de la partager avec autrui. D’autres moments traductifs ont lieu dans le processus de conception à chaque changement de réalité. Ce processus traductif implique un travail interprétatif3. On le retrouve également dans le passage d’une esquisse à la maquette ou d’une expérimentation plastique et physique vers une autre et qui vient encore se matérialiser autrement à travers un « modèle ». L’utilisation de ce néologisme, traductif4, renvoie bien sûr à l’idée de traduction mais aussi à la notion de transduction. Cette dernière, utilisée en médecine et en biologie, désigne le passage d’un état à un autre. En génétique la transduction est le « transfert génétique d’une souche donatrice à une souche réceptrice de bactéries, s’effectuant par l’intermédiaire d’un bactériophage5 ». Avec le développement de l’informatique, les modalités et les espaces de transductivité (par média interposé) et de traduction (travail interprétatif) se sont potentiellement multipliés, non seulement sur le plan de la représentation des formes mais aussi de leur matérialisation. Les logiciels, programmes, langages informatiques, supports, machines, appareils de captation, d’enregistrement, de visualisation et de fabrication (machines-outils à commande numérique CNC, imprimantes 3D), constituent des dispositifs intermédiaires – des médias – qui opèrent et rendent possible cette transductivité. La diversité des appareils et des programmes, leurs modalités d’usage, le fait qu’ils impliquent des langages informatiques, du code, des scripts et algorithmes, complexifient et opacifient les procédures désormais codées et cryptées ainsi que leur compréhension. Outre le travail de traduction qu’impliquent les procédures informatiques conduisant à passer d’un code à un autre – transcodage6, ce sont également les épiphénomènes de traduction qui nous intéressent. À leur endroit, il se joue à la fois de la perte, comme dans le cas de la traduction d’un texte ou dans le cas de l’adaptation cinématographique7, mais également potentiellement une sorte d’épiphanie8 favorisant l’apparition de quelque chose d’inédit. De l’inattendu peut survenir de ces moments, qui sera retenu, cultivé, exploré ou mis de côté, par les designers. Le caractère imparfait ou lacunaire de cette transduction va de pair avec le travail traductif et constitue une sorte de condition nécessaire à la survenue d’autre chose, car cette transduction ne relève pas d’une transposition à l’identique d’un premier état vers un deuxième strictement égal mais d’une métamorphose9. Dans ce contexte, et au regard de cette hypothèse, trois situations différentes vont être envisagées qui touchent, toutes trois, à des questions de design, de conception et de formalisation, afin de considérer les situations où le designer, le concepteur, l’artiste conduisent des opérations traductives à partir desquelles la qualité notamment esthétique des réalisations dépend et peut émerger. Traductions figurales et tridimensionnelles À travers l’exposition Dessiner le design10, la commissaire Constance Rubini s’était donné pour ambition d’appréhender la question du dessin dans le champ du design11 et avait eu l’occasion en 2007 d’exposer les traces et esquisses de designers. Dans le catalogue d’exposition qu’elle a dirigé, elle souligne que le dessin est affaire de passage : « Dessiner à la main, à l’ordinateur, construire une maquette, découper dans des couleurs, sont autant de modes de représentation qui permettent au designer de passer de l’idée à la forme matérielle12. » Les différents témoignages de designers qu’il regroupe montrent des usages très différents du dessin et de la finalité même de ce type de traduction : matérialiser une idée, vérifier une intuition, activer l’imagination, générer de la réflexion, préciser une piste créative, synthétiser une intention, définir un détail, apprécier une forme, mémoriser l’évolution du processus créatif, communiquer une idée, exposer une démarche, « transmettre des impressions13 », etc. Le dessin constitue un procédé technique qui implique des opérations de transduction via un médium graphique et un support, que vont plus ou moins investiguer les designers. Si pour certains14, le dessin s’avère essentiel et constitutif de leur méthode projective et créative participant de l’identité esthétique du résultat, pour d’autres15, il n’est pas le média privilégié, tandis que d’autres16 encore en font un outil d’exploration tout en se méfiant du beau dessin17 et de la tentation qu’il y aurait à penser qu’il donne la solution. Sa fiabilité est de fait mise en cause, le dessin n’étant jamais l’exacte retranscription d’une idée, d’une figuration mentale, transposée graphiquement. « Dessiner peut également être un moment d’incertitude18 », nous disent Erwan et Ronan Bourroullec.

Ronan et Erwan Bouroullec, Vegetal chair : Growing 2008. Variations dessinées.

© Studio Bouroullec.

Ronan et Erwan Bouroullec, Vegetal chair : Growing, Vitra, Suisse, 2008. Dessins de recherche.

© Studio Bouroullec.

Ronan et Erwan Bouroullec, Vegetal chair : Growing, Vitra, Suisse, 2008. Maquette échelle 1 :1.

© Studio Bouroullec.

Ronan et Erwan Bouroullec, Vegetal chair : Growing, Vitra, Suisse, 2008. Chaise réalisée en polyamide injecté.

© Studio Bouroullec.

  • 19 Jasper Morrison : « Le dessin est un moteur de réflexion, il est l’expression d’une pensée, l’étape (...)
  • 20 Nancy Jean-Luc, « Le plaisir au dessin », op. cit., p. 17.
  • 21 Rubini Constance, Dessiner le design, op. cit., p. 60.
  • 22 Brayer Marie-Ange, Entre art et architecture : la maquette comme objet d’expérimentation au xxe siè (...)
  • 23 Dans le champ du design, un « monstre » est une maquette plus ou moins grossière, échelle 1:1 d’un (...)
  • 24 Marchiaro Christel, « La fin de l’hégémonie du plan dans la conception architecturale ? », Cahiers (...)
  • 25 J’emploie ici le mot transduction, plutôt que traduction, car le plan peut être cet élément intermé (...)
  • 26 Carsalade Laure, « La maquette numérique à l’ère du BIM », Le Moniteur architecture, n° 232, avril (...)
  • 27 Senneth Richard, Ce que sait la main. La culture de l’artisanat, Paris, Albin Michel, 2010, p. 265- (...)

2Mais ce caractère faillible est loin d’être inopérant. Il se joue lors de l’acte de dessiner un processus complexe de va-et-vient19 entre l’esprit du dessinateur et son dessin, de sorte que le résultat se trouve sans cesse contrarié par celui qui le réalise, tandis que ses plans se trouvent infléchis par ce qu’il voit. Le plaisir que procure le dessin20 à celui qui le produit et la beauté qui en ressort participent de sa conduite et de ce qui est représenté. Des bifurcations ont lieu, des ajustements se produisent, un écart se manifeste entre ce que le dessinateur imagine, visualise et projette mentalement et ce qu’il obtient sur le papier. Cette opération, pleine de mouvement, que l’on peut déjà considérer comme traductive, atteste qu’à travers elle, quelque chose se perd par rapport à une image mentale d’ailleurs fluctuante et jamais totalement arrêtée et quelque chose de nouveau apparaît, de sorte que de la surprise peut avoir lieu. Le designer Benjamin Graindorge indique : « Le dessin n’est pas juste une représentation, c’est déjà une création. Pour montrer une idée, dont la forme est nébuleuse, on doit tenter de la clarifier et cela passe par le dessin. Il agit comme un premier filtre, on perd des éléments, mais on en gagne également21. » Différemment, mais impliquant également des conduites traductives, la maquette22 est elle aussi une autre formalisation sujette à interprétation. Des designers comme Ronan et Erwan Bouroullec ou Konstantin Grcic, familiers du travail de conception par la maquette, attestent combien le passage de l’esquisse au volume peut également s’avérer un espace d’exploration privilégié, de choix, d’essais, de tests nécessaires à l’évolution d’une proposition, à la validation fonctionnelle d’une pièce (encombrement, résistance, volumétrie, ergonomie), et à l’affirmation de l’identité esthétique d’une chose. Sans ces multiples tests tridimensionnels, la proposition n’aurait jamais pris la forme qu’on lui connaît. Non seulement cette étape ne donne pas lieu à une seule maquette mais à de multiples prototypes, maquettes de principes, « monstres23 », qui constituent des outils exploratoires singuliers, et se combinent avec d’autres modes opératoires (dessin, modélisation 3D, etc.) Ce sont donc des mouvements multiples, incidents et non prévus à l’avance, qui se jouent dans ces instants de recherche créative faits d’interférences, d’interprétations des impensés du dessin vers le volume, et du volume vers le dessin. Le travail traductif bat donc son plein dans le processus créatif, par bribes et par micro-interventions, contribuant à préciser un résultat et à lui conférer son identité, jusque sa saveur. Le choix du médium employé est ainsi déterminant dans la façon de conduire un travail de conception et induit un certain type de pensée, de rapports et de formes. Dans l’article « La fin de l’hégémonie du plan dans la conception architecturale24 ? », Christel Marchiaro s’intéresse aux limites de la pensée architecturale par plan et à l’impossibilité parfois à représenter par ce biais une organisation spatiale. Dans ce cas, le plan ne constitue pas le mode de représentation – de transduction25 – le plus adéquat. Ainsi, le changement d’outil de progettazione se justifie aussi par les limites mêmes du médium utilisé, appelant de ce fait le recours à d’autres modes de visualisation et de formalisation. Traduire un espace physique par plan, pour autant que ce mode de représentation, normalisé, constitue un langage universel partageable et admis, n’est donc pas nécessairement toujours le meilleur moyen de traduire une spatialité. La maquette se trouve ainsi une alternative à la pensée par plan plus à même de traduire l’espace. Aujourd’hui, la modélisation 3D offre d’autres possibilités : promenades architecturales dynamiques, visualisation des espaces intérieurs, calcul de formes complexes, assistance au projet, paramétrage des données (Building Information Modelling26), etc. Ces changements d’état dont sont familiers les designers et architectes, à force d’être reconduits, finissent parfois, l’habitude s’étant installée, par ne plus être interrogés. Or, lorsque les outils, considérés comme médias et médiateurs, font l’objet d’une attention et d’un examen critique, ils peuvent devenir force de suggestion et d’interprétation, source de création, « outils d’éveil27 ». Richard Senneth, auteur de cette formule, indique :

  • 28 Ibid., p. 290.

Des instruments tant limités que polyvalents peuvent nous permettre d’effectuer les sauts imaginatifs nécessaires pour réparer la réalité matérielle ou nous guider vers ce que nous pressentons dans une réalité inconnue, riche en possibilités latentes28.

Ce sont sans doute ces « possibilités latentes » que le designer peut être amené à découvrir, à apprécier et à explorer.

Traductions matricielles et sous forme de graphes

  • 29 Danto Arthur, Transfiguration du banal, Paris, Seuil, 1989.
  • 30 Fröshaug évoque cette question de la traduction en matrice, dans le cadre du cours fondamental, et (...)
  • 31 Ibid., p. 57.
  • 32 Il est à signaler que le projet Curutchet est placé doublement sous les auspices de la traduction c (...)
  • 33 Voir le récit de la construction et les conditions de réalisation du bâtiment. Lapunzina Alejandro, (...)

3Outre les traductions figurales et volumiques, la traduction matricielle et sous forme de graphes peut constituer une autre façon d’appréhender une réalité et en quelque sorte de la « transfigurer ». La notion de transfiguration n’est pas ici de même nature que la « transfiguration du banal29 » d’Arthur Danto, lequel l’utilise pour parler de ces situations artistiques de déplacement de l’objet courant dans l’espace de la galerie, lui conférant un nouveau statut, celui d’œuvre d’art. Elle a plutôt à voir avec l’idée d’un changement d’état, de forme et de format. Dans ulm 4, 4e numéro de la revue de la Hochschule für Gestaltung (avril 1959), Anthony Fröshaug, typographe anglais de formation et enseignant à la HfG d’Ulm, propose, pour le cours fondamental (grundlehre, 1re année de formation de l’école), de mettre en place une « méthodologie visuelle30 » fondée en partie sur la traduction sous forme de graphes et de matrices d’une situation ou d’un problème : « Par graphe, on entend un système de points et de lignes reliant ces points les uns aux autres31 ». Dans cet article, il va s’intéresser à trois situations d’étude : le plan de circulation d’une habitation de Le Corbusier (la Maison Curutchet32, 194933, La Plata, Argentine), le réseau routier central de Zurich et le réseau du métro parisien.

Plan de la villa Curutchet de Le Corbusier, La Plata, Argentine, 1949. Dans ulm 4, 4e numéro de la revue de la Hochschule für Gestaltung (avril 1959), Anthony Fröshaug, p. 62.

  • 34 Fröshaug, Anthony, « Méthodologie visuelle », op. cit., p. 61.

4Il formule ainsi la méthodologie de travail qu’il propose aux étudiants : « La description des exemples comporte toujours trois étapes : l’exposé du matériel initial ; sa traduction en matrice ; la recherche d’une solution qui satisfasse aussi complètement que possible aux conditions préalables (2.1) à (2.5)34. » C’est donc le deuxième point évoqué dans cet extrait qui nous intéresse ici tout particulièrement, à savoir : la traduction d’un matériel initial sous forme de matrice. Si le plan constitue déjà une traduction normalisée de l’espace sous forme dessinée, rendant manifestes les éléments architecturaux, organisation spatiale et aménagements intérieurs ; la traduction proposée ici par Fröshaug franchit un pas supplémentaire d’abstraction mentale et de schématisation. Elle permet de mettre en évidence les « conditions de circulation […] entre les différents locaux d’un bâtiment » et ce qu’il appelle « les relations topologiques », autrement dit les relations d’échanges ou de non-relation des espaces entre eux. Fröshaug justifie sa méthode, en procédant à une critique en bonne et due forme de l’approche de Le Corbusier, qui de fait n’apparaît pas si rationnelle que cela :

  • 35 Ibid., p. 62.

5Une fois la construction achevée, on s’aperçut que la distribution des locaux choisie n’était pas rationnelle. Il fallut transformer la maison. Si l’on avait commencé par se représenter clairement les conditions de circulation, on aurait pu éviter sans peine une reconstruction35.

Matrice obtenue par Fröshaug à partir de la lecture du plan de circulation de la villa Curutchet de Le Corbusier. Dans ulm 4, 4e numéro de la revue de la Hochschule für Gestaltung (avril 1959), Anthony Fröshaug, p. 63.

  • 36 Fröshaug, Anthony, « Méthodologie visuelle », op. cit., p. 64. Cette idée de « lire du premier coup (...)
  • 37 Il énumère ainsi 3 problèmes majeurs : « Sur ce graphe, on peut voir que : 1. Le seul chemin qui co (...)

6Sans entrer dans le débat critique de la modernité qui transparaît à travers le choix de cet exemple (ceci pourrait faire l’objet d’un article à part entière), cette « transfiguration » sous forme de matrice et de deux graphes de la maison Curutchet permet de comprendre par exemple que l’espace 4 (l’espace couvert d’entrée) est un espace fortement connecté car en relation directe avec l’entrée principale (1), la porte de garage (2), le garage (3), la buanderie (5). Le nombre maximum de connexions d’un espace avec d’autres est de 5 comme l’indique la colonne Si, ce qui permet de déterminer le modèle de grille adéquat. Il est intéressant de noter que la matrice proposée par Fröshaug s’engage sur le terrain du design, notamment du design graphique, lorsqu’il remplace les rencontres nulles entre abscisse et ordonnée par des points, et non des zéros, afin d’en clarifier la lecture. Ainsi la matrice revêt une dimension graphique qui la sort du seul statut d’outil d’analyse en introduisant des questions de lisibilité, voire d’esthétique pour autant que cette question s’avère à la HfG d’Ulm sujette à discussions et à désaccords. Les deux graphes qui en découlent et qui s’appuient sur un modèle de grilles tridimensionnelles permettent « de lire du premier coup d’œil et sans difficultés ces schémas de circulation ainsi que tous les autres trajets possibles36 » et par ce biais, de faire comprendre le plan de circulation du bâtiment et d’en déduire ses incohérences fonctionnelles37.

Graphe obtenu par Fröshaug à partir de la lecture du plan de circulation de la villa Curutchet de Le Corbusier. Dans ulm 4, 4e numéro de la revue de la Hochschule für Gestaltung (avril 1959), Anthony Fröshaug, p. 64.

  • 38 Ibid.
  • 39 Ibid., p. 61.

7Dans ce passage de la matrice vers le graphe, lequel en est une version schématique et graphique simplifiée, la traduction est affaire de correspondance, car il s’agit de trouver le modèle de trame ou de grille le plus approprié au regard du contexte initial : « parmi les possibilités restant en jeu, c’est le type (3.6) qui convient le mieux. Le graphe correspondant (6.6) se présente ainsi38. » La méthode qu’il propose consiste ainsi à partir de l’existant, à en déduire la trame ou la grille adaptée, puis à traduire sous forme de matrice et ou de graphe la situation de départ étudiée, dans le but non seulement de pouvoir en donner une représentation rationnelle rigoureuse, mais aussi, possiblement de produire un outil d’analyse critique (même si dans le cadre de son cours, il indique le limiter à un moyen de représentation et d’analyse). Toutefois, si la traduction sous forme matricielle et de graphes peut constituer un outil d’analyse pertinent et d’« appréciation critique39 », elle comporte aussi ses propres limites. Fröshaug, n’en est pas dupe, et indique qu’elle n’est pas toujours signifiante et parfaitement intelligible ; c’est ce qu’il montre à travers le graphe du métro parisien :

  • 40 À souligner toutefois : l’intérêt didactique de ce type d’exercice qui « ont avant tout pour but d’ (...)

8Alors que, dans les exemples précédents, la transformation en un graphe possédant les propriétés requises avait un sens dans la mesure où elle augmentait l’intelligibilité, dans ce cas-ci l’avantage est douteux40.

  • 41 Cette approche qui peut préfigurer des méthodes de datavisualisation, implique un travail de traduc (...)
  • 42 Fröshaug Anthony, op. cit., p. 68.
  • 43 Estevez Daniel, Dessin d’architecture et infographie. L’évolution contemporaine des pratiques graph (...)
  • 44 « Dans notre méthodologisme à outrance, dont nous soupçonnions déjà à l’époque les implications nég (...)

9Nous pouvons souligner en plus de ce défaut d’intelligibilité qui apparaît parfois, trois limites supplémentaires : la nécessité d’un temps de familiarisation avec la logique qui régit cette transformation ; la production de résultats infructueux ou insatisfaisants, voire une pré-orientation du résultat en fonction de ce qui veut être montré et signifié ; le risque de considérer ces données et ces résultats comme le reflet de la réalité alors même que les informations traitées n’embrassent pas, de fait, sa complexité41. Malgré les limites qu’il perçoit, Fröshaug termine toutefois son article sur le possible caractère opératoire de cette méthode de représentation – de transduction – et d’analyse quant « aux possibilités d’application constructive qu’elles offrent dans les problèmes de création formelle42 ». Répondant à la fois à la fonction descriptive (pour rendre visible), prescriptive (pour construire) et spéculative (pour connaître et concevoir) du dessin d’architecture, pour reprendre la terminologie de Daniel Estevez43, la traduction matricielle et sous forme de graphes constitue une méthode rigoureuse du traitement de l’information, qui ne vaut malgré tout que lorsque le projet de design et la démarche de création qu’il implique sont considérés sous l’angle de la résolution de problème. Typique de l’approche préconisée à la HfG d’Ulm, cette approche rationnelle de la conception de formes et d’objets qui prend appui sur les méthodes scientifiques portait en elle ses propres limites44. Or si cette méthode vaut dans le processus de rationalisation de la démarche de conception et peut mettre en rapport divers aspects d’un problème, elle s’avère nettement plus limitée dès lors que l’on sort de cette conception, notamment lorsque le design est considéré précisément comme ce qui déborde du rationnel et ne se réduit pas à une approche méthodique et logique d’une situation mais est envisagée de façon plus intuitive et sensible. En réalité, le mérite de son approche réside davantage, pouvons-nous dire aujourd’hui, dans la préfiguration de méthodes utilisées actuellement dans l’organisation et la visualisation de données. Bien qu’il ne soit pas encore question ici avec Fröshaug d’informatique (bien que la logique binaire 1/0 soit présente dans la matrice), plutôt d’un protocole d’interprétation rationnelle d’une réalité spatiale, sa traduction matricielle constitue déjà les prémisses de la datavisualisation et d’une logique de matérialisation informatique des données opérant le passage de données analogiques observées sur le terrain en données numériques suivi d’une schématisation.

Traductions logicielles et appareillées

10Depuis le développement de l’informatique et son usage comme outil d’aide à la conception et visualisation et de production, ses pratiques occasionnent de nouvelles situations et modalités transductives. La proposition de Matteo Nasini « Sparkling Matter » [matière scintillante] interroge la matérialisation de phénomènes imperceptibles, ici, les ondes cérébrales d’un dormeur.

Matteo Nasini, Sparkling Matter, 2017. Sleep concert during the exhibition Intuition, curated by Daniela Ferretti e Axel Vervoordt, co-curated by Dario Dalla Lana, Davide Daninos and Anne-Sophie Dusselier, Palazzo Fortuny, Venice.

11Au lieu de les visualiser uniquement sur un écran, comme cela peut être le cas à l’aide d’un appareil médical de type électroencéphalogramme (EEG), l’artiste italien propose de leur conférer plusieurs réalités perceptives : tout d’abord sous forme d’expérience sonore à travers ce qu’il a appelé un « concert de sommeil Sparkling Matter », donné le 7 avril 2016. Comme il l’indique dans le magazine Makery : 

  • 45 Catala Laurent, « La nuit je rêve en céramique », Makery (revue en ligne), 20 février 2018. En lign (...)

Durant la performance, le dormeur porte un casque EEG avec seize aimants qui transmettent les ondes cérébrales à mon ordinateur sous forme d’électroencéphalogramme. Ces datas sont interprétées via une interface composée de seize canaux qui créent chacun une onde sonore. La composition suit les hauts et les bas de l’activité du cerveau et alterne des sonorités monotimbrales et multitimbrales alignées sur les seize timbres correspondant aux seize aimants45.

Matteo Nasini indique :

  • 46 Ibid.

Pendant le sommeil, le cerveau a une activité variable et je dois donc garder un œil sur l’EEG pour accorder les sources des canaux. Quand vient le sommeil paradoxal, l’activité s’accélère, l’EEG devient fou et la musique suit à tel point que je dois baisser le volume46 !

12Une intervention de l’artiste a donc lieu. Un processus de transmission et d’interprétation est mis en place, qui ne repose pas seulement sur une conversion directe et automatisée de l’onde cérébrale en son. En réalité, une multitude de choix sont opérés : définition du nombre d’aimants, positionnement de ces aimants sur le crâne du dormeur, association d’un timbre à chaque aimant, procédure d’accordement des sources des canaux, réduction ou augmentation du volume lorsque cela s’avère nécessaire, etc. Il s’ensuit une véritable performance musicale sous la forme d’une écoute simultanée et collective (biennale de Venise 2017) lors de laquelle l’artiste agit avec la matière fluctuante sonore qu’il module. Outre cette session musicale qui a constitué une première étape de traduction, Nasini a voulu prolonger le travail et matérialiser les ondes sonores ainsi produites et perçues à travers la production de formes en céramique imprimées en 3D.

Matteo Nasini, Sparkling Matter, 2017. Production de céramiques obtenues à partir de la captation des ondes cérébrales de dormeurs. During the working of the sculptures.

Sans être le cœur de Sparkling Matter, qui est essentiellement musical, ces sculptures en sont un aspect fondamental. Ce ne sont pas des “objets” décoratifs, mais des “rêves” décoratifs. Leur forme est la conséquence directe des ondes cérébrales du performeur. Elles m’ont aussi intéressé par la relation qu’elles induisaient entre deux process : le travail produit par un esprit humain (la composition musicale en l’occurrence), et le travail produit par une machine, l’imprimante 3D.

  • 47 Ibid.

13Exposées lors de l’exposition « La belle vie numérique » (Fondation EDF, 2018), « ces traces de rêves en céramique47 » suivent un cheminement d’interprétation multiple et complexe, qui ne se fait pas sans l’accompagnement de l’artiste. La dernière étape, fruit d’une collaboration avec Nicola Miele pour l’impression 3D et de Ruggero Carlesso, artisan céramiste, renforce encore le processus interprétatif, ajoutant des espaces possibles d’’intervention et de choix sur le plan créatif et formel : choix de la forme circulaire, épaisseur de la matière, algorithme de formalisation permettant la traduction des ondes musicales en formes, choix de la matière céramique, cuisson, choix de l’émaillage, etc. Ces aspects, qui sont souvent peu renseignés, semblent encore relever du secret de l’atelier. Pour autant, ils transparaissent bel et bien en creux à travers le résultat. Si l’on procède à la décomposition des différentes étapes de conception et de production, ce ne sont pas moins de 12 étapes qui conduisent au résultat de formalisation en céramique :

- captation des ondes cérébrales à l’aide d’électroaimants
- transformation des informations analogiques électriques en données numériques (changement de format, signal en Hertz, vers un codage numérique)
- visualisation infographique des ondes électriques (espace logiciel) par pistes (ici 16 pistes séparées)
- choix et association des sonorités multitimbrales et monotimbrales pour chaque piste
- régulation des intensités sonores et ajustement des sources des canaux
- performance et expérience sonore collective
- transposition des données numériques sonores en modèles 3D : choix d’outil de modélisation 3D, paramétrage des formes
- passage du modèle 3D à travers un Slicer permettant la découpe sous forme de couches du modèle 3D : paramétrages divers
- choix de la machine, choix de la matière
- impression 3D du modèle
- émaillage
- cuisson

  • 48 Cette idée d’adaptation, que l’on retrouve au cinéma, amène celui qui en assure la conduite à la fo (...)

14Ce processus fondé sur une succession de moments traductifs, de micro-choix, de phases de tests, d’adaptation48, s’avère décisif pour parvenir à ces résultats. La traduction qui passe par médias interposés implique des procédures de conversion. Pour autant, il ne s’agit pas de changements d’état qui n’auraient aucune conséquence sur le phénomène et les formes. Si l’on prend l’étape relative à l’impression 3D, l’utilisation et le paramétrage d’un « slicer », qui sert à générer le découpage d’un modèle 3D sous forme de strates, a un rôle essentiel dans la mise en forme et l’aspect du résultat. Bien souvent considéré comme un passage technique obligé, ce moment n’est guère interrogé pour son potentiel créatif, or le sous-estimer conduit à réduire son potentiel et son rôle dans la détermination de la qualité esthétique d’une réalisation. Il permet notamment de déterminer l’épaisseur de la matière, de définir la vitesse de l’impression, la répartition de la matière, son chemin, etc. Généralement, cette opération met en relation le temps d’impression avec la finesse du résultat : plus les couches sont épaisses, plus le temps d’impression est rapide ; plus les couches sont fines, plus le temps d’impression est lent. Par habitude et selon une logique de marché, la résolution fine est privilégiée, conduisant à considérer un résultat lisse comme plus optimal qu’un résultat où les strates et le dépôt de matière sont visibles, mais ces variations peuvent en réalité faire l’objet d’appréciations diverses. La Endless Chair de Dirk Van Der Kooij montre combien une épaisseur importante de matière peut participer de l’identité esthétique du résultat et remettre ainsi en question le postulat de résolution généralement admis considérant la finesse des couches et ainsi une haute résolution comme meilleure et plus désirable qu’une basse résolution.

15La démarche de Nasini a, quant à elle, le mérite de montrer par la succession des étapes de production que quelque chose peut avoir lieu en ces endroits et lors de ces moments de changement de média sans que tout soit prévu d’avance. À l’instar de la traduction figurale (le cas du dessin mental), de la traduction volumique, ces traductions appareillées et logicielles ont ceci de commun de rendre tangible quelque chose qui soit n’est pas immédiatement et facilement perceptible (comme le temps49), soit est perceptible par un autre sens (les données environnementales50, des données locales51, etc.), soit fluctue (comme le souffle52 d’une personne, le vent53, un taux d’hygrométrie54, des fluides55 ou des flux de déplacement56 ou de trafic automobile57). Traduire équivaut alors ici à conférer une matérialité à ce qui est invisible ou occulté (sciemment ou inconsciemment), à faire exister autrement quelque chose. Cet autre qui n’est jamais un double exact, une traduction à la lettre d’un premier phénomène, accepte de la différance58. Au regard de ce rapport à l’altérité, les machines mises au point par le studio de design Mischer’Traxler, sont des dispositifs qui permettent d’opérer ce passage vers une autre matérialité avec une sensibilité pour les évènements locaux et terrestres.

Mischer’Traxler Studio, The idea of a tree, depuis 2008.

© Mischer’Traxler studio. Image montrant les conditions de production d'un objet en fonction du degré d'ensoleillement d'une journée dans un milieu spécifique.

Mischer’Traxler Studio, The idea of a tree, depuis 2008.

© Mischer’Traxler studio. Objet produit en une journée avec indication de lecture des variations météorologiques associées.

  • 59 La notion de traduction est directement présente dans le texte descriptif en anglais présent sur le (...)
  • 60 « Reacting to its audience, the process translates the flow of people into an object. » En ligne : (...)

16Que ce soit The Idea of a Tree (2008) qui « traduit l’intensité du soleil59 » à travers la production d’un objet grâce à un appareil mécanique, Collective Works (2011), qui « traduit le flux de personnes60 » à travers la confection d’un panier qui se constitue au gré de l’attention du public, ou bien encore Drawing Time (2011), cette installation murale qui enregistre et restitue sous forme spirographique le temps qui passe : tous ces dispositifs procèdent par captation et restitution du milieu dans lequel elles se trouvent. Tout l’enjeu du travail de ce collectif de designers allemands est non seulement d’avoir conçu de telles machines, mais aussi d’avoir envisagé l’association des facteurs d’interaction entre eux ainsi que les moyens et la manière de restituer ces évènements. Là réside leur talent, l’intérêt et la qualité esthétique, poétique et critique de leur proposition. Car ces machines sont autant une façon d’interroger le monde matériel que le rapport de l’être humain à son milieu et aux éléments naturels, qu’à la finalité même des machines et les relations humaines qui se nouent avec elles. Elles sont aussi l’occasion de mettre l’accent sur des rapports problématiques actuels : la question de l’attention, la difficulté à écouter les saisons et à entrer en relation avec le monde physique, et à considérer autrement le temps qui passe. Traduire devient ainsi ici l’occasion de développer une démarche critique et de mettre en évidence ce qui passe habituellement inaperçu.

Le design comme traductions opérantes du monde

  • 61 Benjamin Walter, « L’auteur comme producteur » (1934), dans Essais sur Brecht, Paris, La fabrique, (...)
  • 62 Ibid., p. 126.
  • 63 Cette idée renvoie à la distinction que fait Walter Benjamin entre les « producteurs », l’« écrivai (...)
  • 64 Henri Meschonnic, Poétique du traduire, Paris, Verdier/poche, 1999. « Traduire met en jeu la représ (...)

17Le point de convergence de ces trois types de traduction – 1/ traductions figurales et tridimensionnelles ; 2/ traductions matricielles et sous forme de graphes ; 3/ traductions logicielles et appareillées – repose sur un travail interprétatif. Les logiciels, la programmation et les dispositifs de production comme l’impression 3D offrent à n’en pas douter de nouvelles possibilités d’exploration pour les designers. Toutefois, les procédures d’automatisation de la conception et de la production qu’ils incluent rendent souvent plus difficile le travail exploratoire et réduisent parfois les espaces d’intervention spontanée car ils impliquent des connaissances spécifiques, des apprentissages et des capacités de décryptage et de codage conséquents. Pour autant, s’immiscer dans ces procédures devient un travail à part entière, identifier et connaître pour le designer ses moyens d’action s’avère déterminant dans le résultat obtenu, de même qu’il s’avère indispensable de savoir les orienter artistiquement, ou plutôt les désorienter de leurs usages courants imposés bien souvent par l’industrie. La plupart du temps ces moments sont souvent considérés comme des opérations techniques restant dans l’ombre des agences et des ateliers. Parfois, ils ne sont tout simplement pas clairement identifiés comme des espaces-temps propices à la création. Or, le travail du designer réside sans aucun doute dans sa capacité à encourager les moments qui favorisent les opérations de traduction ; et, lorsqu’ils font défaut, à les créer ou à leur ménager une place plus conséquente. Les termes anglais translate et translation, qu’emploie d’ailleurs le collectif Mischer’Traxler pour parler de son travail, fait mieux ressentir l’idée de passage qu’implique la notion de traduction en français. Lors de ces passages, des opérations sont à l’œuvre qui consistent à faire librement des choix. Walter Benjamin, dans « L’auteur comme producteur61 », se réfère à l’écrivain et poète russe Sergueï Tretiakov, lequel « distingue l’écrivain opérant de l’écrivain informant. Sa mission, dit-il, n’est pas de rédiger des comptes rendus, mais de combattre ; elle n’est pas de jouer le spectateur, mais d’intervenir activement62 ». De façon similaire, il devient possible dans le champ du design d’identifier des traductions qui relèvent de la conversion d’informations (l’équivalent des comptes rendus) des traductions opérantes qui consistent à « intervenir activement » avec les machines et systèmes. Le design-opérant est en cela bien différent du design-informant. Considérer le designer comme producteur – nous dirions comme traducteur – consiste alors à opérer activement des passages. Il se pourrait que, comme en littérature, certains designers se contentent d’« approvisionner l’appareil sans le transformer simultanément » tandis que d’autres parviennent à « approvisionner l’appareil » de production en agissant avec lui. Lors du processus de traduction, certains résultats peuvent s’avérer inintéressants, faibles, générer du bruit, d’autres en revanche peuvent être d’une grande force expressive, permettant d’exposer quelque chose qu’aucune autre technique ne parvenait jusque-là à faire exister ainsi. Les résultats les plus heureux apparaissent lorsque précisément le designer évite de se positionner en tant qu’« agent routinier63 » qui traite des données sans les interpréter sensiblement, mais bel et bien comme producteur au sens où l’entend Walter Benjamin, autrement-dit comme traducteur-poète du monde, impliquant ce que Henri Meschonnic appelle à propos des traductions littéraires une « poétique du traduire64 ».

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Bibliographie

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Notes

1 De Piles Roger, Idée du Peintre parfait, Paris, Gallimard, 1993, chap. « Des desseins », p. 76 : « Les Desseins dont on veut parler ici, sont les Pensées que les Peintres expriment ordinairement sur du papier pour l’exécution d’un Ouvrage qu’ils méditent. »

2 « La forme, c’est l’“idée”, pour peu qu’on se rappelle que le mot choisi par Platon pour désigner les modèles intelligibles du réel – idea – ne signifiait pour lui rien d’autre que “forme visible” ». Nancy Jean-Luc, « Le plaisir au dessin », dans Le plaisir au dessin, Paris, Hazan, 2007, p. 14.

3 Si traduire est communément considéré comme étant la conduite qui permet le passage d’une langue à une autre (https://www.cnrtl.fr/etymologie/traduire), interpréter consiste à démêler, à éclaircir, à « expliquer ce qu’il y a d’obscur dans un récit » (https://www.cnrtl.fr/etymologie/interpr %C3 %AAter). Si cette nuance peut être apportée, il n’en demeure pas moins que la traduction appelle un travail interprétatif, ce qui de ce fait conduit à associer et parfois confondre les deux termes. Sites consultés le 17 juillet 2020.

4 Quant à l’ajout du suffixe -if, il renvoie à une situation active et dynamique. Traductif désigne ainsi l’action de traduire engendrée et encouragée par l’opération elle-même de traduction.

5 https://www.cnrtl.fr/definition/transduction (consulté le 17 juillet 2020).

6 « Opération consistant à transformer une information fournie dans un code donné en une information équivalente codée différemment (Nouv. Technol. Commun. 1984). » Source : https://www.cnrtl.fr/definition/transcodage (consulté le 30 mai 2020).

7 Bazin André, « Pour un cinéma impur. Défense de l’adaptation », dans Qu’est-ce que le cinéma ?, Paris, éditions du Cerf, 1987, p. 81-106.

8 Simondon Gilbert, Du mode d’existence des objets techniques, Paris, Aubier, 2012, p. 185.

9 Ovide, Les Métamorphoses. En ligne : https://nubis.univ-paris1.fr/web/lire-les-metamorphoses/accueil.html (consulté le 30 mai 2020).

10 Rubini Constance, Dessiner le design, Paris, Les arts décoratifs, 2009. Catalogue de l’exposition Dessiner le design du 22 octobre 2009 au 10 janvier 2010, Musée des Arts Décoratifs, Paris.

11 En ligne : https://madparis.fr/francais/musees/musee-des-arts-decoratifs/expositions/expositions-terminees/dessiner-le-design/ (consulté le 24 mai 2020). « L’exposition présente aussi bien leurs études préparatoires d’un projet, les dessins d’atmosphères, les recherches formelles, les dessins de communication, que leurs œuvres les plus intimes. Il s’agit d’évoquer la place du geste dans la pensée d’un créateur, la naissance d’une idée et le début de ses développements mais aussi d’envisager le dessin comme un langage. »

12 Rubini Constance, op. cit., p. 129.

13 Ibid.

14 Pensons ici à Ronan et Erwan Bouroullec dans le champ du design, à Jean Renaudie et à Henri Gaudin dans le champ de l’architecture.

15 Mathieu Lehanneur : « Je me méfie de la main et de ses réflexes. Je ne dessine presque pas, c’est la phase mentale qui compte, j’ai le concept de l’objet, le « machin », en tête. Je fais juste quelques croquis pour le communiquer à mes assistants, qui le passent tout de suite en 3D. » Dans Rubini Constance, op. cit., p. 6.

16 Piano Renzo, « Le croquis », L’architecture d’aujourd’hui, n° 308, décembre 1996, p. 27-95. « Où que j’aille, je tiens des bouts de papier sur lesquels je note les réflexions qui me passent par la tête. Ce sont des feuilles que je plie en huit, et sur lesquelles je griffonne. Cela s’assimile à de la sténographie, à des hologrammes fixés sur le papier, à des idées aplaties. Je me méfie du beau dessin et du risque qu’il y a à en tomber amoureux, du danger qu’il y aurait à penser que le dessin donne la solution. Quand la feuille est dépliée, cela part dans tous les sens. Je le fais exprès : il n’y a plus d’ordre. Ces croquis renvoient ainsi à une accumulation vagabonde, désordonnée. Les choses qui ne sont pas bonnes se perdent d’elles-mêmes. Après viennent d’autres pratiques, celles de l’agence : dessiner au mur pour changer d’échelle, ou vérifier dans le dessin des proportions, un espace. »

17 Konstantin Grcic : « Enfant, je dessinais plutôt bien et j’aimais ça. Mais dès que j’ai commencé à étudier le design, j’ai volontairement arrêté de faire de “jolis” dessins, des dessins pour le dessin. » Dans Rubini Constance, op. cit., p. 10.

18 Rubini Constance, op. cit., p. 66.

19 Jasper Morrison : « Le dessin est un moteur de réflexion, il est l’expression d’une pensée, l’étape d’un aller et retour avec l’esprit. De la feuille, l’idée revient en tête et le dessin suivant est un peu différent. La réflexion se poursuit ainsi, elle pourrait être infinie. » Dans Rubini Constance, op. cit., p. 26.

20 Nancy Jean-Luc, « Le plaisir au dessin », op. cit., p. 17.

21 Rubini Constance, Dessiner le design, op. cit., p. 60.

22 Brayer Marie-Ange, Entre art et architecture : la maquette comme objet d’expérimentation au xxe siècle, thèse de doctorat sous la direction d’Éric Michaud, EHESS, Paris, 2016.

23 Dans le champ du design, un « monstre » est une maquette plus ou moins grossière, échelle 1:1 d’un objet. Il est l’équivalent volumique du brouillon ou de l’ébauche en dessin, permettant d’apprécier un encombrement, une volumétrie, mais sa facture reste approximative et « bricolée », de sorte qu’il peut être composite et fait d’assemblages hétéroclites, d’où cette terminologie qui l’assimile à un être peu avenant et informe. Il évoque également l’idée de monstration, de sorte qu’il permet d’exposer une chose, d’en montrer les caractéristiques principales. Le monstre revêt de plus une dimension merveilleuse qui fait que derrière cette chose parfois inaboutie se cache une chose admirable.

24 Marchiaro Christel, « La fin de l’hégémonie du plan dans la conception architecturale ? », Cahiers thématiques : architecture, histoire, conception, n° 17, décembre 2017, p. 109-121.

25 J’emploie ici le mot transduction, plutôt que traduction, car le plan peut être cet élément intermédiaire qui assure le passage d’une réalité vers une autre.

26 Carsalade Laure, « La maquette numérique à l’ère du BIM », Le Moniteur architecture, n° 232, avril 2014, p. 18-19. Desmoulins Christine, « La promesse et les menaces de la maquette numérique (BIM) », D’architectures, n° 231, novembre 2014, p. 22-23.

27 Senneth Richard, Ce que sait la main. La culture de l’artisanat, Paris, Albin Michel, 2010, p. 265-290.

28 Ibid., p. 290.

29 Danto Arthur, Transfiguration du banal, Paris, Seuil, 1989.

30 Fröshaug évoque cette question de la traduction en matrice, dans le cadre du cours fondamental, et de ce qu’il appelle une « méthodologie visuelle » afin de familiariser les étudiants avec « des techniques de représentation exactes » spécifiques à l’approche scientifique et rationnelle préconisée à Ulm (« en lieu et place, dit-il, d’exercices de dessins ») : « Il faut amener les étudiants à ne pas se contenter d’aborder les problèmes par l’intuition seule, mais, dans la mesure du possible, à les étudier systématiquement afin d’acquérir ainsi quelques connaissances méthodologiques. […] Ils ont avant tout pour but d’exercer les techniques de représentation et une manière méthodique de procéder. » Dans Fröshaug Anthony, « Méthodologie visuelle », ulm, n° 4, avril 1959.

31 Ibid., p. 57.

32 Il est à signaler que le projet Curutchet est placé doublement sous les auspices de la traduction car la façon dont l’habitation fut construite a été le fruit d’un partenariat entre Le Corbusier et Amancio Williams qui a suivi le chantier de construction et assuré sa conduite. Cette relation entre l’architecte suisse et son conducteur de travaux a été relatée et étudiée dans l’ouvrage de Merro Johnston Daniel, El autor y el interprete Le Corbusier y Amancio Williams en la Casa Curutchet, Buenos Aires, 1/100 edicionces, 2011.

33 Voir le récit de la construction et les conditions de réalisation du bâtiment. Lapunzina Alejandro, « Le Corbusier et l’Argentine », eaV (éducation, architecture, ville), vol. 4, 1998, p. 62-72, et sur le site : https://www.latitud-argentina.com/blog/le-corbusier-argentine-curutchet/ (consulté le 31 mai 2020).

34 Fröshaug, Anthony, « Méthodologie visuelle », op. cit., p. 61.

35 Ibid., p. 62.

36 Fröshaug, Anthony, « Méthodologie visuelle », op. cit., p. 64. Cette idée de « lire du premier coup d’œil et sans difficultés » une situation complexe, rencontre des enjeux spécifiques au design des données : « Face à la difficulté de se forger une représentation ne serait-ce que mentale de la collection, en raison de son ampleur, de son hétérogénéité et de sa dispersion, un modèle par points a été imaginé afin d’embrasser d’un seul regard la totalité de la collection et d’en révéler la structure en cinq parties, telle qu’elle était en 1711. […] Le modèle par points répond au désir de Gaignières d’appréhender la collection visuellement « pour trouver tout d’un coup toutes les matières qu’il contenoit et dont la multitude étoit immense », et rejoint ainsi des préoccupations toutes contemporaines relatives aux mégadonnées (big data) et à ce que l’on appelle désormais la datavisualisation. » Fétro, Sophie, Ritz-Guilbert, Anne, « Collecta : archive numérique de la collection Gaignières », dans Fétro, Sophie et Ritz-Guilbert, Anne (dir.), Collecta. Des pratiques antiquaires aux humanités numériques, Paris, École du Louvre, 2016, p. 27-28.

37 Il énumère ainsi 3 problèmes majeurs : « Sur ce graphe, on peut voir que : 1. Le seul chemin qui conduise de la chambre de bonnes (14) à la cuisine (20) passe par l’entrée du cabinet (10), par la rampe (9) à l’air libre, par le palier (8), l’entrée de l’appartement (15), la montée des escaliers (16) jusqu’au palier (17) et par l’antichambre (19) ; 2. De la cuisine (20), on passe par l’office (21) dans la salle à manger (22) ; un second chemin conduit de la cuisine, par l’antichambre (19) et le palier (17), dans le salon (23, 24) et, de là, dans la salle à manger ; 3. De la chambre à coucher (30), on parvient dans la salle de bains (29) par la chambre à coucher (28) ou dans la salle de bains (32) par le couloir (27) et la chambre à coucher (31) ; quand les chambres à coucher (28, 31) sont habitées, les occupants de la chambre à coucher (30) ont naturellement la possibilité de se rendre aux toilettes (18) qui se trouvent à l’étage en dessous. » Dans Fröshaug Anthony, « Méthodologie visuelle », op. cit., p. 64.

38 Ibid.

39 Ibid., p. 61.

40 À souligner toutefois : l’intérêt didactique de ce type d’exercice qui « ont avant tout pour but d’exercer les techniques de représentation et une manière méthodique de procéder. Les solutions peuvent fournir les éléments d’une appréciation critique des objets démontrés. » Ce deuxième aspect va aussi dans le sens d’une convergence avec l’utilisation actuelle de la datavisualisation qui peut certes servir à visualiser des données (notamment quantitatives) mais aussi constituer un outil d’analyse et permettre d’exposer des faits occultés ou invisibles. Fröshaug Anthony, op. cit., p. 66.

41 Cette approche qui peut préfigurer des méthodes de datavisualisation, implique un travail de traduction et d’adaptation qui repose avant tout sur une sélection et une extraction de l’information relatives à une dimension du problème ou à la situation étudiée. Elle n’en est qu’une matérialisation sommaire, et l’on aurait tort de penser qu’elle appréhende la situation dans toute sa complexité. Elle est volontairement et nécessairement sélective : cette sélection étant la condition de lisibilité de ce que le concepteur veut montrer.

42 Fröshaug Anthony, op. cit., p. 68.

43 Estevez Daniel, Dessin d’architecture et infographie. L’évolution contemporaine des pratiques graphiques, Paris, CNRS, 2001.

44 « Dans notre méthodologisme à outrance, dont nous soupçonnions déjà à l’époque les implications négatives, une méthodolâtrie néfaste, il y avait aussi de “fortes” intuitions que le développement de la technologie informatique, surtout après 1963, a amplement confirmées. » Maldonado Tomás, « Ulm, Retrospective », dans L’école d’Ulm : textes et manifestes, Paris, Centre Pompidou, 1988, p. 70.

45 Catala Laurent, « La nuit je rêve en céramique », Makery (revue en ligne), 20 février 2018. En ligne : https://www.makery.info/2018/02/20/la-nuit-je-reve-en-ceramique/ (consulté le 20 mai 2020).

46 Ibid.

47 Ibid.

48 Cette idée d’adaptation, que l’on retrouve au cinéma, amène celui qui en assure la conduite à la fois à faire avec la situation donnée (l’équivalent du roman dans l’adaptation cinématographique par exemple), mais aussi à inventer les moyens et les façons d’en restituer l’esprit, de manifester une ambiance : quelque chose passe d’un état à l’autre, en se transformant, sans tout à fait se perdre.

49 Mischer’Traxler Studio, Drawing Time, 2011. En ligne : http://mischertraxler.com/ (consulté le 27 mai 2020).

50 Mischer’Traxler Studio, The Idea of a Tree, 2008. En ligne : https://mischertraxler.com/projects/the-idea-of-a-tree-process/ (consulté le 27 mai 2020).

51 Wassink Sander et van Herpt Olivier, Adaptive Manufacturing A Sensory Machine That Feels Its Environment, 2014. La machine sensorielle mise au point pour réaliser ces formes est munie de capteurs qui permettent de transcrire des phénomènes externes en lien avec l’environnement local. Ainsi cette machine détecte son environnement local et l’intègre au processus de production.

52 Brument François, What’s Wind Drawing?, proposition créative développée au sein du Random-lab de l’École supérieure d’art et design de Saint-Étienne, 2010.

53 Viégas Fernanda et Wattenberg Martin, Wind Map, 2012. En ligne : http://hint.fm/wind/ (consulté le 27 mai 2020).

54 Menges Achim, Hygroskin - Meteorosensitive Pavilion, collection permanente, Frac Centre Orléans, France, 2012.

55 Diaz Federico, Resonance, 2007, coll. FRAC Centre (http://www.frac-centre.fr/collection-art-architecture/diaz-federico/resonance-64.html?authID=351&ensembleID=1180, consulté le 26 juin 2020).

56 Mischer Traxler Studio, Collective works, 2011. En ligne : http://mischertraxler.com/ (consulté le 27 mai 2020).

57 Hubcab, the MIT seanseable City Lab, 2014. Figuration du trafic de taxis new-yorkais. En ligne : http://hubcab.org/#13.00/40.7250/-73.9484 (consulté le 16 juillet 2020).

58 Derrida Jacques, Marges de la philosophie, Paris, Minuit, 1972, p. 1-29.

59 La notion de traduction est directement présente dans le texte descriptif en anglais présent sur leur site : « the idea of a tree is an autonomous production process which combines natural input with a mechanical process. It is driven by solar energy and translates the intensity of the sun through a mechanical apparatus into one object a day. » Cette notion de « translation », présente aussi en langue française, trouve son origine dans le mot latin translatum signifiant « porter d’un lieu à un autre ». Le préfixe « trans- » met l’accent sur l’idée de déplacement. En ligne : http://mischertraxler.com/projects/the-idea-of-a-tree-process/ (consulté le 27 mai 2020).

60 « Reacting to its audience, the process translates the flow of people into an object. » En ligne : http://mischertraxler.com/projects/collective-works/ (consulté le 27 mai 2020).

61 Benjamin Walter, « L’auteur comme producteur » (1934), dans Essais sur Brecht, Paris, La fabrique, 2003, p. 122-144.

62 Ibid., p. 126.

63 Cette idée renvoie à la distinction que fait Walter Benjamin entre les « producteurs », l’« écrivain opérant » qui intervient activement, et les « agents », lesquels sont routiniers.

64 Henri Meschonnic, Poétique du traduire, Paris, Verdier/poche, 1999. « Traduire met en jeu la représentation du langage tout entière et celle de la littérature. Traduire ne se limite pas à être l’instrument de communication et d’information d’une langue à l’autre, d’une culture à l’autre, traditionnellement considéré comme inférieur à la création originale en littérature », p. 15. De même qu’en littérature, le passage d’une langue à une autre engage pleinement l’auteur et l’amène à faire des choix de formulation, interrogeant par là même la langue et la littérature ; dans le champ du design, la question des moyens et des formes se posent. Il n’est pas alors seulement affaire de style, mais d’un passage, d’une conduite, qui loin d’être froide et automatique, implique tact, sensibilité et créativité.

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Table des illustrations

Légende Ronan et Erwan Bouroullec, Vegetal chair : Growing 2008. Variations dessinées.
Crédits © Studio Bouroullec.
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Légende Ronan et Erwan Bouroullec, Vegetal chair : Growing, Vitra, Suisse, 2008. Dessins de recherche.
Crédits © Studio Bouroullec.
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Légende Ronan et Erwan Bouroullec, Vegetal chair : Growing, Vitra, Suisse, 2008. Maquette échelle 1 :1.
Crédits © Studio Bouroullec.
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Légende Ronan et Erwan Bouroullec, Vegetal chair : Growing, Vitra, Suisse, 2008. Chaise réalisée en polyamide injecté.
Crédits © Studio Bouroullec.
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Légende Plan de la villa Curutchet de Le Corbusier, La Plata, Argentine, 1949. Dans ulm 4, 4e numéro de la revue de la Hochschule für Gestaltung (avril 1959), Anthony Fröshaug, p. 62.
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Légende Matrice obtenue par Fröshaug à partir de la lecture du plan de circulation de la villa Curutchet de Le Corbusier. Dans ulm 4, 4e numéro de la revue de la Hochschule für Gestaltung (avril 1959), Anthony Fröshaug, p. 63.
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Légende Graphe obtenu par Fröshaug à partir de la lecture du plan de circulation de la villa Curutchet de Le Corbusier. Dans ulm 4, 4e numéro de la revue de la Hochschule für Gestaltung (avril 1959), Anthony Fröshaug, p. 64.
URL http://journals.openedition.org/appareil/docannexe/image/4652/img-7.png
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Légende Matteo Nasini, Sparkling Matter, 2017. Sleep concert during the exhibition Intuition, curated by Daniela Ferretti e Axel Vervoordt, co-curated by Dario Dalla Lana, Davide Daninos and Anne-Sophie Dusselier, Palazzo Fortuny, Venice.
URL http://journals.openedition.org/appareil/docannexe/image/4652/img-8.png
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Légende Matteo Nasini, Sparkling Matter, 2017. Production de céramiques obtenues à partir de la captation des ondes cérébrales de dormeurs. During the working of the sculptures.
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Légende Mischer’Traxler Studio, The idea of a tree, depuis 2008.
Crédits © Mischer’Traxler studio. Image montrant les conditions de production d'un objet en fonction du degré d'ensoleillement d'une journée dans un milieu spécifique.
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Légende Mischer’Traxler Studio, The idea of a tree, depuis 2008.
Crédits © Mischer’Traxler studio. Objet produit en une journée avec indication de lecture des variations météorologiques associées.
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Pour citer cet article

Référence électronique

Sophie Fétro, « Opérations traductives dans les processus créatif et de conception en design »Appareil [En ligne], 24 | 2022, mis en ligne le 22 juillet 2022, consulté le 09 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/appareil/4652 ; DOI : https://doi.org/10.4000/appareil.4652

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Auteur

Sophie Fétro

Maîtresse de conférences en Design, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, membre de l’Institut ACTE (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Axe Design, Arts, Médias ; sophie.fetro@univ-paris1.fr

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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