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Corps orné et altérité : des pratiques « sauvages »

La femme-léopard. Histoire de la mode chez les amazones

Thomas Golsenne

Résumés

Le motif léopard est aujourd’hui omniprésent dans les vêtements et les accessoires de mode. Son histoire est très longue et complexe car elle croise l’histoire de la mode, des représentations de genre et de race, de la peinture et du travestissement. Je me propose ici d’en raconter les premiers moments. Chez les Grecs de l’Antiquité, il est associé aux amazones, pour les dénigrer en les rabaissant à l’état de bêtes. Mais au xvie siècle les amazones incarnent des valeurs plus positives, tandis que le motif léopard migre vers la déesse Diane. C’est en Diane-amazone que de nombreuses femmes de la noblesse se font représenter pendant les siècles suivants, parées d’une peau de léopard, devenu un signe positif de distinction, voire même d’émancipation.

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Texte intégral

Introduction

  • 1 Une de mes anciennes étudiantes, Julie Buffard-Moret, mène actuellement un travail de master à l’EH (...)

1Il est partout : dans la rue, dans le métro, à la maison. Il traverse tous les milieux, depuis la haute couture jusqu’à la mode punk, et s’applique à tous les objets, jupes, chaussures, valises, coques de téléphone ou vêtements pour bébés. Lui, c’est le motif léopard, cet imprimé aux connotations animales, africaines et érotiques à la fois, que la culture populaire contemporaine associe à Tarzan, aux « hommes-léopards » et aux pin-up. Le motif léopard apparaît comme une version domestiquée de la parure animale, dans le contexte de la colonisation en Europe au début du xxe siècle. Il véhicule les stéréotypes attachés aux « sauvages », particulièrement aux Africains, à l’époque : la bestialité et la puissance érotique. Mais il peut servir également à manifester l’exigence d’émancipation de femmes fortes qui le portent comme une armure et font de leur sex-appeal une arme de libération1.

  • 2 Je ne dirai rien ici des aspects ethnologiques du motif léopard, qui feront l’objet d’un autre trav (...)
  • 3 Dorénavant Amazone se rapportera à une représentante du peuple connu dans l’antiquité sous ce terme (...)

2Mais le motif léopard appliqué à la mode vestimentaire n’est pas une invention du xxe siècle : il remonte à l’Antiquité grecque et est présent, périodiquement, dans la culture visuelle et vestimentaire, presque à toutes les époques. Le dossier est énorme et je n’en donnerai ici qu’un aperçu rapide sur la longue durée2. Ce choix du survol chronologique a deux raisons : il permet de constater la permanence de certaines problématiques associées au motif léopard, des Grecs à aujourd’hui (son caractère genré –  associé aux femmes – par exemple), mais aussi ses changements de signification selon les périodes. Si, dans l’Antiquité, il est associé par les Grecs aux Amazones3, c’est-à-dire qu’il possède une charge négative, comme une sorte d’anti-parure, le motif léopard se charge positivement à partir du xvie siècle.

3Une note de méthode avant de commencer. Le motif léopard est un motif ornemental, c’est-à-dire que son mode d’existence est avant tout une image matérielle. Il est infra-symbolique : ce n’est pas un attribut (comme la peau de lion peut être un attribut d’Hercule) ni un symbole (qui aurait une signification stable, une origine textuelle précise, qui pourrait rentrer dans un dictionnaire par exemple). Autrement dit, aucune histoire, aucun mythe ne détermine son origine ; et sa signification est toujours restée en deçà du langage. Il n’est pas dit non plus que le savoir transmis sur l’animal, le léopard, par exemple dans les bestiaires, soit suffisant pour comprendre le phénomène du motif léopard dans la parure et le vêtement. Pour le dire autrement, le vêtement et la parure possèdent un sens propre, qui relève de la culture matérielle. Il n’est pas sûr que les femmes qui portent des escarpins ou des robes au motif léopard sachent s’il s’agit d’un animal d’Afrique ou d’Asie, si le bestiaire médiéval le considérait comme une bête hybride (lion pard, distinct du pard ou pardalis), etc. Le motif léopard a sa propre histoire en tant que motif ornemental.

  • 4 Georg Simmel, « Psychologie de la parure », dans La Parure et autres essais, trad. M. Collomb, P. M (...)

4Or, nous le verrons, l’histoire du motif léopard dans la parure et le vêtement a ceci de particulier qu’il s’agit avant tout d’une image, d’une représentation ; son histoire se transmet moins à travers des vêtements réels, des témoignages archéologiques, qu’à travers des reproductions, notamment des peintures. Même aujourd’hui, quand ce motif est bien présent sur des vêtements réels, il reste une image, dans la mesure où il est quasiment exclusivement un motif imprimé sur du tissu synthétique. Il faudra nous interroger sur la force fantasmatique, c’est-à-dire sur la puissance de cette image à susciter du désir : d’une part, parce que, comme toute parure, ainsi que Georg Simmel l’a montré4, le motif léopard est censé renforcer l’attraction de la personne qui l’arbore. D’autre part, il suscite du désir pour lui-même : c’est le motif léopard qui est l’objet du désir de celle qui le porte.

La parure amazone

  • 5 Une vaste bibliographie existe au sujet des Amazones. Lire notamment : Guyonne Leduc (dir.), Réalit (...)
  • 6 Homère, Iliade, VI, 186 ; Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, II, 43-46 (les Amazones en Sc (...)

5Cela n’a pas toujours été le cas. Le motif léopard est associé dans l’Antiquité grecque aux terribles Amazones5. Les Amazones sont décrites par les auteurs grecs (Hérodote, Homère, Diodore de Sicile, etc.)6, soit comme un peuple de femmes qui n’ont jamais connu d’hommes, soit comme un peuple de femmes qui s’est révolté contre les hommes. Elles viennent d’Orient (de Scythie, des bords du fleuve Thermodonte) ; ce sont des guerrières qui viennent parfois jusqu’en Attique se battre contre les Grecs. Du point de vue de ces auteurs, d’une culture grecque à la fois misogyne et xénophobe, les Amazones représentent un double cauchemar : ce sont des femmes qui jouent le rôle d’hommes, et des étrangères, des barbares, qui menacent l’ordre des cités.

6Les mythes grecs confrontent toujours la reine des Amazones à des héros qui les mettent en déroute et qui sont porteurs des valeurs de la civilisation : Thésée (fondateur d’Athènes) contre Hippolyte ou, comme sur ce vase attique, Achille contre Penthésilée qui avait pris parti pour les Troyens (fig. 1) Comme on le voit sur le vase d’Exechias, Penthésilée est caractérisée par sa peau blanche, qui la désigne comme femme, selon les codes de la peinture sur vase grecque, et habillée d’un vêtement parsemé de taches : le motif léopard. Cette identification est justifiée par un texte postérieur, la Description de la Grèce de Pausanias (XXXI, 6-10). Pausanias est en train de décrire une peinture de Polygnotos représentant Le sac de Troie, qui se trouve dans un bâtiment public au-delà du Cassotis, la source qui alimente Delphes. La reine amazone se trouve parmi les Troyens, non loin de Pâris qui est en train de frapper ses mains et semble l’appeler. « Penthésilée est là aussi, mais par l’air de son visage elle semble montrer un certain dédain et du mépris. En apparence Penthésilée est une jeune fille, elle porte un arc comme les arcs scythes, et une peau de léopard (pardaleôs derma) sur ses épaules. » (ma traduction) Notons déjà que la narration de Pausanias place d’emblée la peau de léopard dans le registre de la représentation : c’est la description d’une peinture d’histoire, ou plutôt de mythe, qu’il livre, et non l’observation d’une véritable tenue portée par une femme qu’il aurait devant les yeux.

Fig. 1. Exechias (peintre et/ou potier), amphore avec Achille tuant Penthésilée, 530-525 av. J.-C., h. 41 cm, l. 29 cm. Londres, British Museum.

Photo : British Museum

  • 7 Iaroslav Lebedynsky, Les Amazones. Mythe et réalité des femmes guerrières chez les anciens nomades (...)
  • 8 Sur ces connotations, lire François Lissarague et Pauline Schmitt-Pantel, « Amazones, entre peur et (...)

7Les archéologues ont en effet trouvé des tombes scythes avec des squelettes féminins accompagnés d’armes7 ; mais pas de peau de léopard. Dès l’origine, donc, l’existence du motif léopard dans la parure est picturale : on ne sait pas si des guerriers de l’Antiquité, a fortiori des Amazones, portaient réellement des peaux de léopard. Ce qu’on peut dire en revanche, c’est que l’association de ce motif avec la reine des Amazones possède trois connotations : 1. Elle la distingue – c’est une parure rare, de reine (chez les Égyptiens, le manteau en peau de léopard identifie les prêtres) ; 2. Elle la qualifie de chasseresse ou de guerrière ; 3. Elle lui confère une certaine animalité. Ce qui est une façon supplémentaire d’en faire une barbare, par opposition au porteur de la civilisation humaine – et masculine8.

Les nouvelles amazones

  • 9 Jean Boccace, Les Femmes illustres / De Mulieribus claris, texte établi par V. Zaccaria, trad. Jean (...)
  • 10 Christine de Pizan, Le Livre de la cité des dames, traduction et présentation T. Moreau et E. Hicks (...)
  • 11 Danièle James-Raoul, « Les Amazones au Moyen Âge, autres façons de penser la femme », dans D. James (...)
  • 12 Michel Pastoureau, Bestiaires du Moyen Âge, Paris, Seuil, 2011, p. 73-77.
  • 13 Dresde, Sächsische Landesbliothek – Staats – und Universitätsbibliothek, ms. Oc50 f. 40v ; Namur, B (...)
  • 14 Brigitte Buettner, Boccacio’s Des cleres et nobles femmes : Systems of Signification in an Illumina (...)

8On retrouve les amazones bien plus tard, dans un contexte tout différent, au xive siècle. Boccace consacre plusieurs courtes monographies aux reines amazones dans De mulieribus claribus (1361-1362)9. Il les inscrit dans la série des femmes illustres qu’il entend mettre en parallèle avec les hommes illustres dont la littérature est abondante. C’est peut-être la première fois que les amazones sont prises en aussi bonne part. Quand on sait que Christine de Pizan consacre, à son tour, de longues pages à l’histoire des Amazones dans sa Cité des dames de 1404-140510, on peut dater de cette époque le grand renversement qui fit des Amazones des figures positives, modèles pour les femmes de valeur, pour les féministes du futur11. Est-ce aussi le cas pour la parure léopard ? Bénéficie-t-elle par ricochet du même retournement des pôles ? La réponse demande des précisions. Dans les Bestiaires médiévaux, on distingue le léopard de la panthère, non selon nos classifications linnéennes, évidemment, mais sur une ligne physiologico-morale. La panthère jouit d’un prestige remarquable depuis Aristote : elle exhale une odeur délicieuse qui subjugue tous les animaux, qu’elle attire ainsi sans difficulté pour les dévorer ; le Moyen Âge rajoute qu’elle fait fuir les dragons et christianise l’animal : elle figure le Christ qui attire tous les humains et fait fuir le diable. Les images montrent la panthère revêtue d’une robe bariolée, parfois tachetée, multicolore (le nombre et la qualité des couleurs étant symbolique et ornementale à la fois). Le léopard, lui, est fourbe et sanguinaire : issu du croisement (ce qui est déjà mauvais en soi) du lion et du pard, il est parfois considéré comme un animal en soi, parfois comme le mâle maléfique de la panthère. Il est représenté comme un lion sans crinière, parfois pourvu de cornes, et il est rarement tacheté12. Dans les deux cas, la robe marron et fauve du léopard n’entre dans aucune des représentations de la panthère ou du léopard médiévaux. L’animal qui, dans les images médiévales, est parfois représenté le corps parsemé de taches noires, c’est la Bête de l’Apocalypse13. Les Amazones, pour leur part, sont représentées dans les miniatures des manuscrits du livre de Boccace comme des femmes en armure ; mais aucune peau de léopard ne les recouvre14.

  • 15 Julie Laurenge, « Les aumônières de forme trapézoïdale à partie supérieure arrondie dans la product (...)
  • 16 Sophie Desrosiers, Soieries et autres textiles de l’Antiquité au xvie siècle : catalogue du Musée n (...)
  • 17 Julie Laurenge, op. cit., p. 86. Voir aussi Monique Blanc, « Le sac de prestige au Moyen Âge », in (...)
  • 18 Michael Camille, L’Art de l’amour au Moyen Âge, trad. A. Sautier-Greening et B. de Brimont, Paris, (...)

9Une image-objet fait peut-être exception. C’est une aumônière (c’est-à-dire un sac à la ceinture) du xive siècle conservée au musée de Cluny (fig. 2), à Paris : au-dessus, sur le rabat, un ange ou un amour, de face, bras ouverts, regard vers le bas, tenant une flèche dans chaque main. En dessous, un griffon surmonté d’une femme qui le chevauche en amazone et à l’envers – ce qui est mauvais signe. La femme tient un arc et s’apprête à décocher une flèche sur un petit lapin blanc aux pieds de sa monture. Les habits que portent le personnage ailé et la femme sont intéressants. Le premier « porte un surcot mi-partie or, mi-partie de soie rouge strié de jumelles horizontales métalliques alternant avec des besants. La femme possède une cotte réalisée entièrement de soie rouge striée de jumelles horizontales métalliques alternant avec des besants »15. Ce qui signifie, en clair, que la femme porte une robe parsemé de ronds sombres, de même que l’être ailé, du moins pour la moitié de son habit. Rien ne permet d’affirmer qu’il s’agit – enfin – d’une représentation de peau de léopard, voire de panthère, conçue comme vêtement, car la précision mimétique n’est pas suffisante pour le dire. D’ailleurs aucun•e historien.ne de l’art ou du textile qui a étudié cette aumônière n’a émis cette hypothèse. Il s’agirait plutôt d’une référence à des textiles arabes ou perses, des velours décorés de motifs géométriques, comme des cercles, qui étaient très appréciés dans les milieux aristocratiques latins au xive siècle16. Les aumônières étaient à propos dites « sarazinoises » (sic) dans le livre des métiers d’Étienne de Boileau (1271) ; elles avaient la réputation des produits de l’Orient, luxueux et exotiques, mais au xive siècle leur production était européenne17. Portées par les hommes ou les femmes, elles montraient la noblesse et la richesse par le don qu’elles promettaient (l’aumône, contenue dans le sac, du moins à l’origine), par l’art raffiné qu’elles exhibaient et par les images osées qu’elles offraient au regard. Le plus souvent, en effet, les images brodées sur les aumônières sont constituées de figures hybrides ou monstrueuses et de scènes allégoriquement grivoises, qui les assimilent aux drôleries des marges des manuscrits enluminés ou au décor des miroirs et des coffres de dame, c’est-à-dire à des images marginales et intimes18.

Fig. 2. Aumônière brodée dite d’une comtesse de Bar, vers 1340, velours de soie, soie, fils de soie polychromes, fils métalliques or et argent, monture métallique à charnières, 34 x 29,6 cm

Paris, Musée national du Moyen Âge – Thermes de Cluny, inv. Cl. 17788.

10Dans le cas qui nous intéresse, on a pu interpréter l’image comme un ange lançant à la Vertu des flèches divines pour terrasser la Luxure (le petit lapin). Plus vraisemblablement (car il est impossible que la Vertu monte à l’envers le griffon – monter à l’envers une monture au Moyen Âge est une pratique infamante, souvent associée aux démons dans les images), il s’agit de Cupidon qui transmet à la dame luxurieuse le désir de chasser le lapin, con en ancien français, petit nom du sexe féminin, c’est-à-dire de succomber à l’amour charnel. Les brodeuses ont peut-être ainsi utilisé le langage héraldique (même si l’armoirie n’a pas été identifiée) pour suggérer la filiation de la figure ailée, en haut, jusqu’à la figure à cheval, en bas. Mais on peut aller plus loin. Si cette iconographie et si cet objet avaient un air oriental, pour les gens de cette époque qui pouvaient avoir accès à de tels accessoires de luxe, le motif de ronds sombres y participait plus que par une simple citation de textiles orientaux : il pouvait exprimer une association avec la Bête de Babylone, cité orientale s’il en fut, elle-même héritière, peut-être, de la peau de léopard que les Grecs anciens attribuaient à leurs ennemis d’Orient.

11Le processus d’inversion des valeurs du motif tacheté est abouti au xviiie siècle. Les plus grandes dames de la cour se font représenter par les meilleurs peintres avec une peau de léopard. De la Régence (1715) jusqu’au début du xixe siècle, le motif léopard connaît son premier âge d’or en Europe. Il est devenu un motif à la mode, du moins en peinture – c’est-à-dire qu’il s’est dégagé de sa connotation négative. Un des symptômes de ce renversement de valeur : le motif léopard n’est plus associé à la reine des Amazones, mais à la déesse Diane, la vierge chasseresse, comme dans ce portrait mythologique de Nicolas de Largillière (fig. 3). Que s’est-il passé ? Comment s’est opérée cette substitution ?

Fig. 3. Nicolas de Largillière, Portrait de femme en Diane, 1714, huile sur toile, 134,9 x 107,2 cm.

Pau, Musée des Beaux-Arts. Photo : Alfred Teckel

121. Les deux figures, l’Amazone et Diane, ont des points communs : elles sont issues de la mythologie antique ; ce sont des femmes chasseresses ; leur rapport avec les hommes est difficile (elles les fuient ou les chassent).

  • 19 Sylvie Steinberg, La Confusion des sexes. Le travestissement de la Renaissance à la Révolution, Par (...)
  • 20 Frédérique Villemur, « De l’air ! Les amazones de Claude Deruet », dans G. Leduc (dir.), Réalité et (...)
  • 21 Sylvie Steinberg, op. cit., p. 228-37.

132. À l’époque moderne, la figure de l’Amazone a complètement changé de sens, par rapport à l’Antiquité. Déjà au xvie siècle, les Amazones sont devenues des figures positives, à une époque où flamboient des figures de femmes guerrières véhiculées par les épopées à la mode : Roland furieux (Bradamante), La Jérusalem délivrée (Clorinde). Primatice avait décoré la chambre de la duchesse d’Étampes avec une fresque représentant la rencontre de Thalestris et d’Alexandre, et une autre avec Thalestris montant dans le lit du roi de Macédoine. Louise Labé, engagée au siège de Perpignan aux côtés du Dauphin Henri, se décrit dans un poème comme un chevalier vaillant, comme Penthésilée la reine amazone amie d’Hector19. Au xviie siècle en Lorraine, Claude Deruet devient le spécialiste de ces Amazones femmes fortes20 (fig. 4). À cette époque, se vêtir « en amazone » signifie, pour une femme, s’habiller en homme. L’expression est surtout employée pour les cavalières. Mais, au-delà de la tenue vestimentaire, il s’agit de désigner un comportement viril. L’amazone perd son genre féminin et devient dans le même temps chaste et masculine. Il n’y a plus de rapport, ici, avec la sauvagerie ni avec l’animalité. Certaines dames de la noblesse et même de la famille royale peuvent endosser le costume de l’amazone, dans des circonstances politiques particulières où elles peuvent incarner tour à tour la Fronde (Madame de Chevreuse, la Grande Mademoiselle), le parti royaliste (Marie de Médicis), l’Église militante (Madame de Saint-Balmont)21.

Fig. 4. Claude Deruet, Portrait équestre de Madame de Saint-Baslemont, 1646, huile sur toile, 374 x 408 cm.

Nancy, Musée lorrain. Photo : Musée lorrain.

  • 22 Françoise Bardon, Diane de Poitiers et le mythe de Diane, Paris, P.U.F., 1963.

143. Parallèlement, la figure de Diane est aussi récupérée par les peintres et les poètes pour faire le portrait de femmes contemporaines (Diane de Poitiers)22. Mais, si Diane est chaste et constitue un modèle positif pour ces femmes, elle est néanmoins tout le contraire d’une femme virile. Diane est séduisante pour le regard masculin qui se porte sur elle, parfois à ses dépens. Dans le tableau du cavalier d’Arpin (fig. 5), Diane et les nymphes sont entièrement nues et surprises par le chasseur Actéon, qui est instantanément transformé en cerf. À remarquer la peau de léopard qu’Actéon porte à la ceinture : elle vise probablement à le désigner comme chasseur de bêtes sauvages, pour renforcer encore l’ironie de son sort, puisqu’il va bientôt être dévoré par ses propres chiens.

Fig. 5. Giuseppe Cesari, dit le Cavalier d’Arpin, Diane et Actéon, 1603-1606, huile sur cuivre, 50 x 69 cm.

Budapest, Szépmûvészeti Múzeum. Photo : Web Gallery of Art.

  • 23 La magnificence des triumphes faictz à Rome pour la nativité de Monseigneur le duc d’Orléans second (...)

15Je n’ai pas trouvé de représentation picturale de Diane avec une peau de léopard datant du xvie siècle. Cependant la description d’un spectacle donné à Rome en 1549 atteste que cet accessoire pouvait s’accorder avec le costume de la déesse23. Il s’agit de la représentation archéologique de Diane, hommage à la favorite du roi, Diane de Poitiers :

Elle avait une lune d’argent sur le front, et la chevelure tressée et par le bas éparse sur les épaules, couverte dessus la tête d’un chapeau de branche de laurier entrelacée de fleurs : et au demeurant était ceinte sus son habit nymphal troussé, sur lequel était entrelacé un fin crèpe, tout pourfilé d’or, traversant de part et d’autre pour se renouer sur l’épaule gauche, et se joindre à une peau de léopard naïvement tachée.

  • 24 Vincenzo Cartari, Le vere imagini degli dei delli antichi, Padoue, Pietro Paolo Tozzi, 1615, p. 102 (...)

16D’autres représentations associent Diane au léopard. Par exemple, le mythographe Vincenzo Cartari décrit, d’après Pausanias, une statue de Diane se trouvant à Olympie, tenant dans la main droite un léopard et dans la gauche un lion (fig. 6). Il ajoute ce commentaire décevant pour nous : « Pausanias dit qu’il en ignore la signification, et je n’aurai pas honte de dire que je l’ignore également, n’ayant trouvé aucun auteur qui en parle »24.

Fig. 6. Vincenzo Cartari, Le vere imagini degli dei delli antichi, Padoue, Pietro Paolo Tozzi, 1615, p. 100

Photo : Linda Hall Library Digital Collections

  • 25 Giambattista della Porta, De humana physiognomonia libri IIII, Vici Aequensis, Apud Iosephum Cacchi (...)

17Pour en rester au discours savant, il faut mentionner que Giambattista Della Porta, qui a écrit un célèbre traité sur la Physiognomonie humaine (1576), établit une analogie (déjà présente au Moyen Âge) entre l’homme et le lion d’une part, la femme et la panthère d’autre part25. Cependant, le texte ne parle ni des taches de l’animal, ni des Amazones et perpétue probablement le point de vue médiéval et négatif sur la panthère, sans mentionner le léopard.

18Au xvie siècle donc, les Amazones deviennent des figures positives, tandis que la déesse Diane commence à être associée à la peau de léopard. Mais celui-ci n’est pas encore entré dans le bestiaire savant. La peau de léopard apparaît comme un signifiant flottant, dont la signification, négative dans la culture grecque antique, est devenue mystérieuse, et va s’inverser totalement deux siècles plus tard.

Diane des Lumières

  • 26 Le mythe des Amazones est revivifié par l’exploration des jungles d’Amérique du Sud et la découvert (...)

19Quoiqu’il en soit, au xviiie siècle, la peau de léopard d’Actéon migre sur Diane (fig. 7). Il est possible que, d’une certaine manière, l’Amazone et Diane se soient échangé certains de leurs attributs : l’Amazone aurait donné à Diane sa peau de léopard, et Diane, sa nudité à l’Amazone. En effet, à la même époque, l’Amazone n’est plus la guerrière cuirassée, l’héroïne masculine du siècle passé, mais une Diane exotique, américaine26. La représentation de l’Amérique dans l’Atlas maior du cartographe et éditeur Joan Blaeu (fig. 8) est représentative de cette évolution : l’Amérique est une femme à la peau brune, presque nue, seulement vêtue d’une jupe de plumes d’oiseaux multicolores et d’une coiffe assortie ; elle porte surtout un carquois rempli de flèches tout aussi bariolées et un arc, l’arme préférée des Amazones. Sous son pied droit, une tête d’homme barbu décapitée montre sa férocité, tandis qu’un varan (?) semble vouloir faire son repas de cette triste dépouille. Inversant l’iconographie traditionnelle du triomphe des saint•e•s sur le démon, figuré sous forme de dragon, l’image de l’Amérique montre que le continent n’est pas encore civilisé, c’est-à-dire christianisé. De l’autre côté, une chaîne d’ouvriers portent et déposent aux pieds de cette terrible guerrière des paniers remplis de pépites d’or. Autre inversion : c’est la femme qui gouverne les hommes. Heureusement, dans le ciel, se prépare un avenir meilleur pour le continent : l’Église envoie son armée (représentée par un conquistador) défaire le démon pour répondre aux prières d’Indiens masculins et christianisés.

Fig. 7. François Boucher, Diane après le bain, huile sur toile, 37 x 52 cm.

Paris, Musée Cognacq-Jay. Photo : Web Gallery of Art.

Fig. 8. Joan Blaeu, « America », in Atlas maior sive cosmographia Blauiana…, Amstelaedami, Labore & sumptibus Ioannis Blaeu,1662, vol. 7.

Photo : University of Virginia Library.

20Il existe, à mon avis, deux raisons qui expliquent le retour de la peau de léopard au xviiie siècle et son association à Diane.

  • 27 Chantal Nadeau, Fur Nation. From the Beaver to Brigitte Bardot, Londres & New York, Routledge, 2001
  • 28 On le constate en lisant Cesare Vecellio, Habiti antichi et moderni du tutto il Mondo, Venise, Sess (...)
  • 29 Steinberg, op. cit., p. 240-247 ; Gary Kates, Monsieur d’Eon Is a Woman. A Tale of Political Intrig (...)

211. La première, c’est le commerce de la fourrure qui s’est intensément développé, notamment avec le Canada ; la France est le pays le plus consommateur de fourrure du monde à l’époque27. Depuis le xvie siècle en Europe, en plus de protéger efficacement du froid, la fourrure est un signe de richesse, ostentatoire, elle entre dans les accessoires vestimentaires de la noblesse qui se distingue par sa garde-robe28. Elle magnifie le corps qui est érotisé, elle amplifie la peau qui devient la surface d’inscription des désirs tant masculins que féminins (fig. 9). Pour résumer, le corps suscite le désir parce qu’il incarne le pouvoir. Si le pouvoir féminin passe par le sexe, celui de l’homme passe par la guerre, et dans les deux cas, sa manifestation peut passer par la fourrure : les armées du xviiie siècle sont de grandes consommatrices de fourrure. L’exemple de la représentation du chevalier d’Éon (fig. 10) avec sa toque en fourrure tachetée de capitaine des dragons nous intéresse, parce que ce personnage à la vie palpitante est formidable pour comprendre le réseau de sens qui associe et distingue Diane et l’Amazone au siècle des Lumières. Il est bien connu que la question du sexe du chevalier d’Éon a suscité d’énormes débats durant sa vie : homme ou femme ? Ceci d’autant plus que, dans la première partie de sa vie (en Angleterre), il s’habillait en homme mais laissait croire qu’il était une femme ; tandis que, revenu en France, à la cour de Louis XVI, il s’habille en femme tout en affichant une certaine masculinité29. Mais il revendique surtout alors, dans ses écrits, l’héritage de femmes guerrières, comme Jeanne d’Arc ou les Amazones. Par ailleurs, il avait la réputation de n’avoir aucune aventure charnelle. En somme, le chevalier d’Éon reprend la figure ancienne de la femme chaste et guerrière (fig. 11), mais en y ajoutant un goût pour le travestissement, c’est-à-dire le « déguisement » (Dictionnaire de l’Académie, 1762), qui est typique de son époque, une dimension transgenre et un engagement pré-féministe.

Fig. 9. Louis Bosse (d’après Sigmond Freudeberg), La matinée (l’heureuse union), après 1789, gravure, second état, 42, 1 x 33,3 cm. New York, Metropolitan Museum of Art.

Photo : Metropolitan Museum of Art.

Fig. 10. Jean-Baptiste Bradel, Le Chevalier d’Éon en capitaine des dragons, 1779, gravure, 37,3 x 23,6 cm. Londres, British Museum.

Photo : British Museum.

Fig. 11. Le Chevalier d’Éon en Pallas, Ludgate-Hill, S. Hooper, 20 mars 1773, mezzotinte, 38 x 27,7 cm. Londres, Museum.

Photo : British Museum.

  • 30 Aileen Ribeiro, Dress in Eighteenth-Century Europe 1715-1789, Yale University Press, NH et Londres, (...)

222. La seconde raison qui explique le retour du motif léopard au xviiie siècle, c’est le goût pour l’Antiquité30. C’est surtout vrai pour la fin du siècle, où l’archéologie et la philologie se sont beaucoup développées, et où la Grèce et Rome se sont également emparées des costumes, des coutumes, des mœurs. Plusieurs atlas du costume antique sont publiés entre 1770 et 1800. On s’inspire des vases grecs, même si on se doute qu’il ne s’agit pas de représentation exacte des vêtements qui étaient réellement portés. Un témoignage intéressant de cette attention portée aux costumes des figures sur les vases grecs est fourni par un article du Mercure de France de 1803, qui décrit la collection d’Aubin Millin, conservateur des antiques et des médailles à la Bibliothèque nationale :

  • 31 « Collection d’antiques d’Aubin L. Millin, conservateur des antiques, médailles et pierres gravées (...)

Peinture d’un vase grec. Thésée est représenté au moment où il perce de sa lance l’amazone Hippolyte, que Dinomachè, autre amazone, s’efforce en vain de secourir. Rien ici n’est donné à la conjecture, car le peintre a eu l’ingénieuse attention d’écrire le nom de chaque personnage au-dessus de sa tête. Ce vase est intéressant, parce qu’il fournit des notions sur le costume que les artistes donnaient aux amazones. Dinomachè est vêtue d’une tunique de fourrure, dont M. Millin ne détermine pas l’espèce. Il me semble, à la forme et à la disposition des taches, que c’est peut-être une peau de léopard31.

23Et de citer le texte de Pausanias auquel j’ai fait référence. Ce même Aubin Millin est l’auteur d’un Dictionnaire des beaux-arts (1806), qui possède une entrée « Peaux » à laquelle on peut lire ceci :

  • 32 Aubin L. Millin, Dictionnaire des beaux-arts, Paris, Desray, 1806, vol. 3, p. 139.

Pausanias dit qu’on voyoit dans le temple de Jupiter olympien une Diane tenant de la main droite une peau de léopard, et de la gauche une peau de lion. Diane d’Ephèse portoit sur les bras des peaux de ces animaux ; mais cette déesse paroit aussi couverte d’une peau de cerf, animal qui lui étoit spécialement consacré32.

24Nous avons déjà lu la description de cette statue de Diane chez Cartari ; mais Aubin a substitué aux figurines animales les peaux des mêmes bêtes. Ce changement est révélateur : il n’indique pas qu’Aubin est meilleur philologue et lecteur du grec que Cartari (il se trompe en parlant du temple de Jupiter olympien) ; il indique que les peaux de bêtes sauvages, et notamment celle du léopard, se sont imposées dans les esprits.

25Revenons aux portraits mythologiques des dames de la noblesse costumées en Diane (fig. 12). Il s’agit bien là encore de travestissement. Pourquoi les dames se travestissent-elles en Diane à cette époque ?

Fig. 12. Jean-Marc Nattier, Portrait de Jeanne-Antoinette Poisson, marquise de Pompadour, 1746, huile sur toile, 101 x 82 cm. Versailles, musée du château de Versailles.

Photo : Wikimedia Commons.

26- Diane est une figure plus acceptable que l’Amazone pour la haute société (les Amazones existent vraiment, ce sont de vraies sauvages, tandis que Diane est une déesse chaste).

  • 33 A. Ribeiro, Dress in Eighteenth-Century Europe, op. cit., p. 248-258 ; Évelyne Lever, Madame de Pom (...)

27- Une raison plus générale : la vogue du portrait mythologique est liée au goût pour le théâtre, aux bals masqués, surtout en France à partir de la Régence, où les mœurs de la haute société se détendent. Madame de Pompadour est emblématique de cette tendance : favorite de Louis XV, elle crée à Versailles le « Théâtre des Petits cabinets » (1747) dans laquelle elle joue elle-même, ainsi que des dames et des hommes de la cour, pour le plaisir du roi. Mieux : les chroniqueurs racontent que c’est au cours d’un bal masqué, en février 1745, que la duchesse d’Étiolles (future Madame de Pompadour) aurait séduit Louis XV, habillée en Diane33.

28Pour résumer, depuis le xvie siècle la figure de Diane condense deux aspects contradictoires de la féminité : la chasteté et la puissance érotique. Soit Diane est appréciée comme figure de femme imprenable, voire masculine, amazone (à l’instar du chevalier d’Éon) ; soit elle est reconnue comme figure érotique (telle Madame de Pompadour) inspirant le désir des hommes (comme Actéon, les satyres ; le roi). La sauvagerie associée à la peau de léopard par les Grecs se retourne en attribut positif : le travestissement provocateur est un indice d’émancipation, 1. De l’aristocratie par rapport aux règles de la convenance vestimentaire et éthique ; 2. Des femmes, eu égard à la domination masculine. Pas étonnant, dès lors, de trouver des peintres qui vont peindre des Amazones en tenue léopard (fig. 13). La sauvage, qui effrayait les Grecs et représentait le contraire de la civilisation, est devenue une figure de la féminité héroïque, et la peau de léopard, la marque de sa puissance. On comprend pourquoi cette figure sera reprise par les féministes du début du xxe siècle. Mais ceci est une autre histoire.

Fig. 13. Jean-Jacques Monanteuil, Amazone, 1830, huile sur toile, 61 x 50 cm. Le Mans, Musée de Tessé.

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Notes

1 Une de mes anciennes étudiantes, Julie Buffard-Moret, mène actuellement un travail de master à l’EHESS sur les aspects contemporains de ce motif.

2 Je ne dirai rien ici des aspects ethnologiques du motif léopard, qui feront l’objet d’un autre travail. Les Africains portaient-ils des peaux de léopard en guise de vêtements, avant la colonisation ? Les « hommes-panthères » existaient-ils vraiment ? Pour des premiers éléments de réponse, lire Paul Ernest Joset, Les Sociétés secrètes des hommes-léopards en Afrique noire, Paris, Payot, 1955.

3 Dorénavant Amazone se rapportera à une représentante du peuple connu dans l’antiquité sous ce terme ; amazone, comme substantif, à toute personne appelée ainsi par métaphore.

4 Georg Simmel, « Psychologie de la parure », dans La Parure et autres essais, trad. M. Collomb, P. Marty et F. Vinas, Paris, éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1998, p. 79-88.

5 Une vaste bibliographie existe au sujet des Amazones. Lire notamment : Guyonne Leduc (dir.), Réalité et représentations des amazones, Paris, L’Harmattan, 2008.

6 Homère, Iliade, VI, 186 ; Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, II, 43-46 (les Amazones en Scythie, sur les rives du fleuve Thermodon ; combats des Amazones contre Hercule et Achille) ; IV, 16 (Hercule et Hippolyte) et IV, 28 (Thésée et les Amazones). Hérodote, Histoire, IV, 110-117 : les Amazones de Scythie. Lysias, Oraison funèbre, 4-6 ; Plutarque, Vie de Thésée, 26-28.

7 Iaroslav Lebedynsky, Les Amazones. Mythe et réalité des femmes guerrières chez les anciens nomades de la steppe, Paris, Errance, 2009.

8 Sur ces connotations, lire François Lissarague et Pauline Schmitt-Pantel, « Amazones, entre peur et rêve », dans G. Leduc (dir.), Réalité et représentations des Amazones, op. cit., p. 43-64.

9 Jean Boccace, Les Femmes illustres / De Mulieribus claris, texte établi par V. Zaccaria, trad. Jean-Yves Boriaud, Paris, Les Belles Lettres, 2013 : Anthiopé, Lampéto, Marpésie, Orythie et Penthésilée.

10 Christine de Pizan, Le Livre de la cité des dames, traduction et présentation T. Moreau et E. Hicks, Paris, Stock, 2005, p. 71-80.

11 Danièle James-Raoul, « Les Amazones au Moyen Âge, autres façons de penser la femme », dans D. James-Raoul et C. Thomasset (dir.), En quête d’utopies, Paris, Presses universitaires de Paris-Sorbonne, 2004, p. 210, p. 228 ; Sophie Cassagnes-Brouquet, « Penthésilée, reine des Amazones et preuse, une image de la femme guerrière à la fin du Moyen Âge », Clio. Histoire, femmes et sociétés, 20, 2004, p. 169-179 ; Eliane Viennot, « Les Amazones dans le débat sur la participation des femmes au pouvoir à la Renaissance », dans G. Leduc (dir.), Réalité et représentations des Amazones, op. cit., p. 113-130. Pour une histoire sur la longue durée du personnage littéraire de Penthésilée, Anne Robin, « Le féminin dit la parole d’une révolte. “Programme-Penthésilée : Entraînement pour la bataille finale” de Lina Prosa », dans C. Dumoulié, A. Robin et L. Salza (dir.), Croisement d’écritures France-Italie. Hommage à Jean-Paul Manganaro, Sesto San Giovanni, Mimesis, 2015, p. 183-197.

12 Michel Pastoureau, Bestiaires du Moyen Âge, Paris, Seuil, 2011, p. 73-77.

13 Dresde, Sächsische Landesbliothek – Staats – und Universitätsbibliothek, ms. Oc50 f. 40v ; Namur, Bibliothèque du Grand séminaire, ms. 77, f. 63.

14 Brigitte Buettner, Boccacio’s Des cleres et nobles femmes : Systems of Signification in an Illuminated Manuscript, Seattle, College Art Association in association with University of Washington Press, 1996. Voir par exemple le ms. Fr. 598, Paris, BNF, f. 46r (Penthésilée en robe rouge, portant arc et flèches, chevauchant « en amazone » parmi deux autres Amazones et un chevalier)

15 Julie Laurenge, « Les aumônières de forme trapézoïdale à partie supérieure arrondie dans la production brodée du xive siècle : une étude de cas, les deux aumônières dites d’une comtesse de Bar du Musée de Cluny (inv. N° Cl. 11787 et Cl. 11788) », mémoire de master 1, dir. Marc Gil, Université Lille 3, 2014, p. 41.

16 Sophie Desrosiers, Soieries et autres textiles de l’Antiquité au xvie siècle : catalogue du Musée national du Moyen Âge – Thermes de Cluny, Paris, RMN, 2004, p. 318-319.

17 Julie Laurenge, op. cit., p. 86. Voir aussi Monique Blanc, « Le sac de prestige au Moyen Âge », in Farid Chenoune (dir.), Le Cas du sac. Histoires d’une utopie portative, Hermès / Union centrale des arts décoratifs / Le passage, 2004, catalogue de l’exposition au Musée de la Mode et du Textile à Paris, 6 octobre 2004 – 20 février 2005, p. 206-207.

18 Michael Camille, L’Art de l’amour au Moyen Âge, trad. A. Sautier-Greening et B. de Brimont, Paris, Könemann, 2000, p. 18-19.

19 Sylvie Steinberg, La Confusion des sexes. Le travestissement de la Renaissance à la Révolution, Paris, Fayard, 2001, p. 221-228.

20 Frédérique Villemur, « De l’air ! Les amazones de Claude Deruet », dans G. Leduc (dir.), Réalité et représentations des amazones, op. cit., p. 65-88.

21 Sylvie Steinberg, op. cit., p. 228-37.

22 Françoise Bardon, Diane de Poitiers et le mythe de Diane, Paris, P.U.F., 1963.

23 La magnificence des triumphes faictz à Rome pour la nativité de Monseigneur le duc d’Orléans second fils du Roy tres chrestien Henry deuxième de ce nom, traduite d’italien en français, Paris, 1549, p. 3v.

24 Vincenzo Cartari, Le vere imagini degli dei delli antichi, Padoue, Pietro Paolo Tozzi, 1615, p. 102 : « Pausania, quando descrive l’arca di Cipsello Tiranno di Corinto posta quivi nel tempio di Giunone, dice ; che vi erano scolpite, & intagliate molte figure d’oro, & e di avorio, & che frà queste vi era Diana con le ali a gli homeri, laquale porgeva con la destra mano un Pardo, & un Lione con la sinistra, & che non sà renderne alcuna ragione : onde io non mi vergognerò di dire il medesimo, non havendo trovato fin qui, chi ne habbi scritto. » Cartari fait allusion à Pausanias, Description de la Grèce, livre V, 19, 5.

25 Giambattista della Porta, De humana physiognomonia libri IIII, Vici Aequensis, Apud Iosephum Cacchium, 1586, livre I, p. 22 : c’est à la fois sur le plan physique et sur le plan moral que la femme peut être comparée à la panthère, pardalis ; sur ce dernier plan, « son esprit est mou, efféminé, irascible, insidieux et mensonger, à la fois timide et audacieux. »

26 Le mythe des Amazones est revivifié par l’exploration des jungles d’Amérique du Sud et la découverte de certaines tribus de femmes « sauvages ». Lire S. Steinberg, op. cit., p. 229.

27 Chantal Nadeau, Fur Nation. From the Beaver to Brigitte Bardot, Londres & New York, Routledge, 2001.

28 On le constate en lisant Cesare Vecellio, Habiti antichi et moderni du tutto il Mondo, Venise, Sessa, 1598. Vecellio décrit plusieurs vêtements doublés de fourrure de martre, zibeline, hermine, parfois des manteaux ou chapeaux de peaux d’ours, de loups. Pas une seule fois il ne parle de peau d’animal tacheté comme le léopard. S’agissant des « Maures nègres de zanguebar en Afrique », il les décrit comme simplement recouverts de « tissus colorés et de peaux de bêtes sauvages, qu’ils laissent pendre à terre pour leur beauté » (livre X, p. 439).

29 Steinberg, op. cit., p. 240-247 ; Gary Kates, Monsieur d’Eon Is a Woman. A Tale of Political Intrigue and Sexual Masquerade, New York, Basicbooks, 1995 ; Evelyne et Maurice Lever, Le Chevalier d’Eon. « Une vie sans queue ni tête », Paris, Fayard, 2009.

30 Aileen Ribeiro, Dress in Eighteenth-Century Europe 1715-1789, Yale University Press, NH et Londres, 1987, 2nd édition 2002, p. 272-274 et The Art of Dress. Fashion in England and France 1750 to 1820, Yale University Press, New Haven et Londres, 1995, p. 135-221.

31 « Collection d’antiques d’Aubin L. Millin, conservateur des antiques, médailles et pierres gravées de la Bibliothèque nationale », Mercure de France, vol. XV, 1803, p. 267.

32 Aubin L. Millin, Dictionnaire des beaux-arts, Paris, Desray, 1806, vol. 3, p. 139.

33 A. Ribeiro, Dress in Eighteenth-Century Europe, op. cit., p. 248-258 ; Évelyne Lever, Madame de Pompadour, Paris, Perrin 2000, 2e édition 2003, p. 24-27.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Thomas Golsenne, « La femme-léopard. Histoire de la mode chez les amazones », Apparence(s) [En ligne], 8 | 2018, mis en ligne le 17 décembre 2018, consulté le 15 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/apparences/1649 ; DOI : https://doi.org/10.4000/apparences.1649

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Auteur

Thomas Golsenne

Maître de conférences en histoire de l’art et culture visuelle modernes
IRHiS-UMR 8529, Université de Lille

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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