Nous tenons à remercier : les archéologues qui ont travaillé à Naples et qui nous ont signalé que les pieux étaient constitués de pièces de bateaux recyclées ; le photographe Marcello Merenda qui a réalisé avec Chiara Zazzaro la documentation de terrain ; Daniela Giampaola et Vittoria Carsana pour toutes les informations qui nous ont été gentiment fournies.
1Les fouilles archéologiques préventives de 2014‑2015 à l’emplacement du bassin portuaire antique de Naples à Piazza Municipio ont porté à la découverte d’un certain nombre d’éléments relatifs à la navigation. Notre modeste contribution au volume d’hommages dédié à notre amie et collègue Marie-Brigitte Carre, qui a consacré sa thèse à l’étude du gréement et de l’équipement des navires antiques (Carre 1983) et a publié de nombreux articles sur ces sujets (Carre, Jézégou 1984 ; Carre 2007 et 2018), portera donc sur l’étude de cette collection exceptionnelle et inédite.
2Inutile ici de rappeler les nombreuses découvertes qui ont permis d’esquisser un tableau assez complet du paysage littoral et portuaire napolitain et de ses évolutions depuis l’installation au viie siècle av. J.-C. sur le promontoire de Pizzofalcone d’un avant-poste de Cumes, Parthenope, et la fondation de Neapolis, entre la fin du vie et le début du ve siècle av. J.-C. Nous invitons le lecteur à se rapporter à l’ouvrage de 2022 de Daniela Giampaola et Emanuele Greco (Giampaola, Greco 2022). La bibliographie relative aux découvertes d’épaves est résumée dans Boetto, Poveda 2018.
- 1 Deux numéros d’inventaire ont été attribués à chaque pièce lors de la fouille : le premier se réfè (...)
3Notre étude concerne une collection de 32 pieux1 qui ont été façonnés en recyclant des pièces en provenance de petites embarcations. Ces pieux ont été mis au jour dans la zone A, une longue tranchée permettant de relier la station de la ligne 6 du métro de Naples à la station maritime (fig. 1).
Fig. 1 : L’emprise de fouille à Piazza Municipio avec la position des infrastructures portuaires, des édifices et des épaves d’époque romaine
L’encadré orange indique la zone où les pieux ont été découverts.
(Giampaola 2017, fig. 64)
4La plupart des pieux se rapportent à la phase tardive de l’anse du port (fin ive-début ve siècle apr. J.-C.), lorsque le comblement progressif du bassin a conduit à sa transformation en zone lagunaire et marécageuse. Seulement un petit nombre de pieux (7) ont été installés des siècles plus tôt, entre la période augustéenne et le iie siècle apr. J.-C.
5Selon une opinion communément admise, ces pieux auraient pu servir à amarrer de petits bateaux ou à fixer des engins de pêche, des filets ou des pièges. Enfin, certains présentent une extrémité retaillée à former une pointe et ainsi faciliter leur enfoncement dans les sédiments (fig. 2).
Fig. 2 : Piazza Municipio, Naples
Vue de la zone A en cours de fouille. Au premier plan, contrepoids d’aviron utilisé comme pieu.
(cliché Soprintendenza ABAP par l’Area Metropolitana di Napoli)
6Deux pieux (no 36 et no 39) peuvent être attribués avec certitude à des fragments de petits mâts (tab. 1 ; fig. 3 et 5).
Tab. 1 : Les mâts (les dimensions sont en cm)
|
N° id.
|
N° pieux
|
Identification
|
L. cons. (cm)
|
Diam. max. (cm)
|
Datation du remploi (T.A.Q.)
|
|
36
|
10
|
Pieds de mât
|
118
|
8
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
|
39
|
90
|
Tête de mât
|
80
|
6,2
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
Fig. 3 : Le pied de mât no 36
(dessin Ch. Zazzaro et P. Poveda ; cliché M. Merenda)
Fig. 4a : Vues de détail du tenon et des trous à la base du mât no 36
(clichés M. Merenda)
Fig. 4b : Vues de détail du tenon et des trous à la base du mât no 36
(clichés M. Merenda)
7Le pieu no 36, découvert en deux fragments et d’un diamètre maximal de 8 cm, est conservé sur 118 cm (fig. 3). Cette pièce, qui se termine en un tenon large de 2,5 cm taillé sur toute la longueur suivant l’axe antéropostérieur, correspond au pied d’un petit mât (fig. 4). La partie arrière du tenon prolonge la face arrière du mât et mesure à cet endroit 6 cm de hauteur. Vers l’avant, cette hauteur diminue progressivement, la face inférieure du tenon ayant un profil curviligne. Deux trous de 2,7 et 2,2 cm de diamètre, espacés de 6,2 cm, sont percés à une distance de 7 cm de la base du mât. On peut supposer que ces deux trous faisaient partie d’un système de maintien du mât, mais il est impossible d’en savoir plus dans l’état actuel des connaissances. Le profil du tenon de notre petit mât devait s’adapter parfaitement à la forme d’une mortaise creusée dans l’emplanture placée sur la charpente transversale du bateau. Un pied de mât avec un tenon au profil proche du nôtre, mais de dimensions bien plus importantes, provient du navire Dramont E qui a fait naufrage sur la côte varoise près de Saint-Raphaël entre la fin du ive et le début du ve siècle apr. J.-C. (Santamaria 1984, p. 110, fig. 3‑5). Quoi qu’il en soit, la partie postérieure droite et allongée du tenon de notre mât no 36 venait se caler contre le bord postérieur, plus profondément creusé, de la mortaise de l’emplanture. La forme curviligne du tenon vers l’avant permettait de faire pivoter le pied du mât dans la mortaise de l’emplanture et, ainsi, d’abattre le mât vers l’arrière, comme attesté dans un certain nombre de documents figurés antiques (Basch 1987, fig. 1035, 1036, 1096, 1106 et 1108).
Fig. 5 : La tête du mât no 39
(dessin Ch. Zazzaro et P. Poveda ; cliché M. Merenda)
Fig. 6a : Vues de détail de l’extrémité supérieure du mât no 39
(clichés M. Merenda)
Fig. 6b : Vues de détail de l’extrémité supérieure du mât no 39
(clichés M. Merenda)
8Le pieu no 39, conservé sur 80 cm de longueur et d’un diamètre maximal de 6,2 cm, correspond à la tête d’un mât (fig. 5). L’extrémité supérieure est échancrée (h. 4 cm ; diam. 4,5 cm) et percée d’une mortaise rectangulaire perpendiculaire qui mesure 7,5 cm de haut et 2,1 cm de large (fig. 6). Une pièce de bois de couleur plus foncée que le mât, plus haute d’un côté que de l’autre et épaisse de 2 cm, est insérée à la base de la mortaise. Cette cale, arrondie sur sa partie supérieure, est maintenue en place par une cheville (diam. 1 cm) qui traverse de part en part la tête du mât. Dans cette mortaise devait passer une manœuvre courante, probablement la drisse de vergue. La cale, sans doute fabriquée dans une essence plus dure que le mât, permettait de protéger la base de la mortaise du frottement. Elle facilitait également le passage de la drisse. La seule comparaison connue provient du complexe portuaire de Fizine en Istrie nord-occidentale, actuellement en Slovénie. Il s’agit, comme à Naples, d’un pieu issu du recyclage d’un petit mât à l’époque tardive. Ici la mortaise pour l’étai est munie d’une poulie (Gaspari et al. 2024, p. 655, fig. 4b).
9Morphologiquement, les deux fragments de mât no 36 et no 39 pourraient appartenir au même élément dont la hauteur peut être restituée entre 3,5 m et 5 m (fig. 7). Toutefois, nous n’avons pas les résultats des identifications xylologiques qui seraient en mesure de confirmer cette hypothèse.
Fig. 7 : Restitution hypothétique d’un mât à partir des deux éléments no 36 et no 39
(dessin P. Poveda)
10Vingt-un pieux ont été fabriqués en recyclant des avirons, notamment les parties qui correspondent à la poignée, au manche mais aussi, parfois, au fût ou à la pelle (tab. 2 ; fig. 8, 10 et 11).
Tab. 2 : Les avirons (les dimensions sont en cm)
|
No id.
|
No pieu
|
Identification
|
L. cons.
|
Poignée
|
Manche
|
Fût
|
Pelle
|
Datation du remploi (T.A.Q.)
|
|
24
|
70
|
Poignée et manche
|
82,5
|
L. 12,5 ; diam. 3
|
L. 68 (cons.) ; L. 6,5 ; ép. 4,4
|
|
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
|
26
|
78
|
Poignée et manche
|
82,5
|
L. 10 ; l. 3,5 ; ép. 2,3
|
L. 23 (cons.) ; l. 6,5 ; ép. 5,5
|
|
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
|
29
|
63
|
Poignée et manche avec marque N
|
86
|
L. 9,5 ; l. 3 ; ép. 2
|
L. 76 (cons.) ; l. 7 ; ép. 5
|
|
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
|
30
|
47
|
Poignée et manche
|
90
|
L. 9,5 (cons.) ; l. 3,4 ; ép. 2
|
L. 75 (cons.) ; l. 7 ; ép. 4,6
|
|
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
|
31
|
118
|
Poignée et manche avec encoche
|
80
|
L. 16 ; l. 3,4 ; ép. 3
|
L. 65 (cons.) ; l. 6,2 ; ép. 5,2
|
|
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
|
32
|
105
|
Poignée et manche
|
46
|
L. 9,5 (cons.) ; diam. 3
|
L. 38 (cons.) ; l. 7,5 ; ép. 5
|
|
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
|
40
|
8
|
Poignée, manche et fût
|
120
|
L. 12 ; l. 3,5 ; ép. 3
|
L. 104 ; l. 7,5 ; ép. 4,9
|
|
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
|
41
|
155
|
Fût
|
95
|
|
|
l. 6,5 ; ép. 2,2
|
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
|
50
|
36
|
Poignée, manche avec marque X et fût
|
120
|
L. 6,5 (cons.) ; l. 4,3 ; ép. 2
|
L. 104 ; l. 7,4 ; ép. 4,3
|
L.10 (cons.) ; l. 5.5 ; ép. 3
|
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
|
51
|
35
|
Poignée et manche
|
46
|
L. 8,5 (cons.) ; diam. 3,8
|
L. 37,5 (cons.) ; l. 7 ; ép. 3,7
|
|
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
|
54
|
199
|
Pelle
|
40,5
|
|
|
|
l. 6,2 ; ép. 1,9
|
iie s. apr. J.-C.
|
|
55
|
60
|
Poignée et manche
|
122
|
L. 16 ; l. 4 ; ép. 3
|
L. 107 ; l. 7,2 ; ép. 4,6
|
|
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
|
57
|
149
|
Poignée et manche avec marque X
|
124
|
L. 12 (cons.) ; l. 6,4 ; ép. 4
|
L. 112 ; l. 9,3 ; ép. 5,5
|
|
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
|
61
|
112
|
Poignée et manche
|
115
|
L. 19 ; diam. 1,8
|
l. 6,5 ; ép. 4,2
|
|
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
|
84
|
262
|
Manche
|
112
|
|
l. 8 ; ép. 7,5
|
|
|
ier s. apr. J.-C.
|
|
92
|
293
|
Pelle
|
60,5
|
|
|
fût souligné par deux lignes gravées
|
L. 57,5 (cons.) ; l. 12,5 ; ép. max. 2,5
|
iie s. apr. J.-C.
|
|
94
|
319
|
Manche avec marque X au milieu, et fût
|
92
|
|
l. 9 ; ép. 8
|
l. 6,5 ; ép. 3,5
|
|
Époque augustéenne
|
|
104
|
214
|
Manche et fût
|
132
|
|
l. 8,5 ; ép. 6,5
|
diam. 6
|
|
ier s. apr. J.-C.
|
|
106
|
291
|
Fût
|
62
|
|
|
diam. 5,2
|
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
|
107
|
346
|
Fût et pelle
|
122
|
|
|
|
l. 8,3 ; ép. 4
|
Époque augustéenne
|
|
116
|
268
|
Fût et pelle
|
129
|
|
|
diam. 4,3
|
L. 29 (cons.) ; ép. 2,9
|
ier s. apr. J.-C.
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Fig. 8 : Poignées et manches
(dessins Ch. Zazzaro et P. Poveda ; clichés M. Merenda)
11Les poignées mesurent entre 19 cm (no 61) et 12 cm (no 40) de longueur. Elles affichent soit une section circulaire de 2 à 4 cm de diamètre, soit une section ovale avec une largeur maximale de 4,3 cm et une épaisseur de 2‑3 cm. Les manches, de section rectangulaire, mesurent, en moyenne, 7,4 cm de large et 5,3 cm d’épaisseur. Agissant comme un contrepoids qui déplace le centre de gravité de l’aviron vers le tolet, le manche permet de faciliter le maniement de l’aviron lors de la nage. Seuls deux avirons (no 55 et 57) conservent la longueur d’origine de leurs manches, respectivement 107 cm et 112 cm.
12Le manche de l’aviron no 31 est percé d’une mortaise de forme quadrangulaire de 3 cm de côté, profonde de 3,5 cm. L’évidement est traversé d’une cheville (diam. 1,2 cm), légèrement en saillie sur un côté. Cette cheville semble avoir maintenu en place une pièce de bois dont un petit fragment est encore visible à l’intérieur de l’encoche (fig. 9). La fonction de cet aménagement demeure incertaine : éventuellement, il pourrait s’agir du point de fixation d’une poignée placée transversalement au manche afin de faciliter la rotation de la rame dans certains usages.
Fig. 9 : Vue de détail de l’encoche creusée dans le manche de l’aviron no 31
(cliché M. Merenda)
13On notera aussi que des marques à la pointe sèche sont visibles sur une des faces des manches de trois avirons. Les avirons no 50 et no 57 portent le numéral X, alors que sur l’aviron no 29 a été gravée une marque en forme de N qui pourrait se développer dans le numéral IV avec ligature (fig. 8 et 11). Ces chiffres pourraient avoir indiqué la position des avirons sur le bateau.
14Le pieu no 107, brisé aux extrémités et conservé sur 122 cm de longueur, correspond au fût de l’aviron (fig. 10). Plus large (8,3 cm) qu’épais (4 cm), cette pièce montre bien que les fûts de nos avirons tendent à s’aplanir en direction de la pelle. Le passage entre le fût et la pelle n’est pas marqué par un fort collet comme dans les avirons modernes mais continu sur la longueur.
Fig. 10 : Le fût n° 107 et la pelle n° 92
(dessins Ch. Zazzaro et P. Poveda ; clichés M. Merenda)
Fig. 11 : Manches dont l’extrémité a été retaillée en forme de pointe pour faciliter l’insertion dans les sédiments
(dessins Ch. Zazzaro et P. Poveda)
15Dans notre collection, les pelles ne sont conservées que dans trois cas. La pelle no 54, large de 6,2 cm et épaisse de 1,9 cm, n’est pas complète mais elle est seulement conservée sur 40,5 cm de longueur. La pelle no 92 est conservée sur 60 cm (fig. 10). Large de 12,5 cm, elle présente une section de forme ogivale (ép. max. 2,5 cm). Enfin, la pelle no 116, conservée sur 129 cm, a une épaisseur maximale de 2,9 cm. Le collet et une partie du fût (ép. 4,3 cm) sont conservés.
- 2 D’un point de vue morphologique, ces trois éléments fonctionnent bien ensemble, mais ils ne provie (...)
- 3 À titre d’exemple, sur la réplique navigante Gyptis, d’une longueur de 9,85 m et d’une largeur de (...)
16Une tentative de restitution à partir de trois pièces (no 40, no 107 et no 922) permet de “réassembler” un aviron d’environ 3,35 mètres qui devait être utilisé sur des embarcations de taille modeste (fig. 12)3.
Fig. 12 : Reconstruction d’un aviron à partir de trois éléments découverts à Naples, Piazza Municipio
(dessin P. Poveda)
17Malgré leur préservation très partielle, les avirons objet de cette étude témoignent d’une homogénéité morphologique certaine : les poignées, de section circulaire, précèdent les manches de section rectangulaires. Au niveau de l’attache au tolet, le manche s’amenuise à former le fût de l’aviron et change de forme passant à une section ovale. Le fût maintient une forme plus large qu’épaisse jusqu’à la pelle. La transition entre le fût et la pelle n’est pas marquée par un collet.
- 4 C’est ici qu’a été découverte la deuxième barque d’Herculanum.
- 5 Dans ce pavillon est également conservée l’épave Ercolano 1, mise au jour en 1982 sur la plage prè (...)
18Les avirons de Naples sont très similaires aux six avirons qui ont été découverts entre la fin des années 1990 et le début des années 2000 à proximité des thermes de l’Insula nord-occidentale de la ville d’Herculanum. Au moment de l’éruption de 79 apr. J.-C., ces thermes étaient désaffectés et étaient utilisés pour l’entretien et l’entreposage de bateaux et de matériel lié aux activités maritimes (Guidobaldi et al. 2009, p. 96, fig. 52 ; Camardo et al. 2014, p. 76‑77 ; De Simone, Ruffo 2017, p. 817)4. Les six avirons, avec les autres objets issus des fouilles, sont actuellement exposés dans un pavillon à l’intérieur du parc archéologique d’Herculanum5.
19Une autre comparaison provient de la fresque du Porto Fluviale découverte à Rome dans les années 1940 et actuellement conservée au Museo Nazionale Romano (fig. 13). Les avirons figurés sur cette fresque présentent toutes les caractéristiques décrites dans les lignes précédentes, notamment le manche et l’absence de collet entre le fût et la pelle (Tella 1998, fig. 52). Ce modèle d’aviron typiquement méditerranéen, n’a finalement que peu évolué et demeure encore en usage sur de nombreux bateaux traditionnels provençaux (Vence 1897, p. 54‑55).
Fig. 13 : La barque de droite figurée sur la fresque du Porto Fluviale
(dessin P. Poveda)
20Cinq pieux (no 25, no 27, no 47, no 56 et no 60) présentent une échancrure plus ou moins marquée au niveau de l’extrémité conservée (tab. 3 ; fig. 14). Ces éléments allongés et droits ne présentent pas d’autres caractéristiques particulières. L’échancrure à section circulaire de 2,2 cm à 4 cm et d’une longueur allant de 4,3 cm à 7,8 cm, est trop courte pour pouvoir y identifier la poignée d’un aviron. Par ailleurs, toutes les pièces ne sont pas munies de manche et affichent une section circulaire uniforme allant de 3 cm à 7 cm, alors que les fûts des avirons sont plus larges qu’épais.
Tab. 3 : Les espars (les dimensions sont en cm)
|
No id.
|
No pieu
|
Identification
|
Long. cons.
|
Diam. max.
|
Échancrure
|
Datation du remploi (T.A.Q.)
|
|
25
|
95
|
Espar muni d’une échancrure
|
98
|
4,5
|
L. 4,3 ; diam. 2,5
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
|
27
|
80
|
Espar muni d’une échancrure
|
77
|
5
|
L. 7,8 ; diam. 2,7
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
|
47
|
16
|
Espar muni d’une échancrure
|
90
|
4,4
|
L. 4,5 ; diam. 2,2
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
|
56
|
69
|
Espar muni d’une échancrure
|
227
|
3,1
|
L. 7,5 ; diam. 4,5
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
|
60
|
125
|
Espar muni d’une échancrure
|
79
|
7
|
L. 6 ; diam. 4
|
iie s. apr. J.-C.
|
Fig. 14 : Les espars
(dessins Ch. Zazzaro et P. Poveda ; cliché M. Merenda)
21Le seul exemple antique comparable provient de Fizine qui a été identifié, de façon générique, avec le terme d’espar (Gaspari et al. 2024, p. 655, fig. 4a). Ce terme indique une longue pièce de bois servant « à faire des mâts, des vergues d’embarcations, des bouts-dehors, des mâts de bôme, etc. » (Bonnefoux, Pâris 1999, p. 299). Nos cinq éléments pourraient également entrer dans cette catégorie. Il se pourrait qu’ils aient servi à établir des voiles à livarde (Bonnefoux, Pâris 1999, p. 417). Les livardes sont des voiles de forme carrée, tenues au mât par l’un de leurs côtés et déployées à l’aide d’une perche grée à 45°, le baleston (Cadoret et al. 2009, p. 82). Ce type de gréement est figuré sur quelque relief d’époque gréco-romaine et devait être assez communément employé pour des barques de petites dimensions (Basch 1987, p. 473‑474, fig. 1078, 1079, 1081 et 1082).
22Entrent dans cette catégorie quatre pieux (no 37, no 38, no 49 et no 58) de difficile attribution (tab. 4).
Tab. 4 : Les éléments d’identification incertaine (les dimensions sont en cm)
|
No id.
|
No pieu
|
Identification
|
Long. cons.
|
Diam. max.
|
Caractéristiques
|
Datation du remploi (T.A.Q.)
|
|
37
|
9
|
Tête de mât ?
|
116
|
6,5
|
Extrémité à pans recoupés ; mortaise rectangulaire ouverte : H. 5,5 ; ép. 2,5
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
|
38
|
180
|
Mèche de rame-gouvernail ?
|
56
|
7
|
Extrémité en forme de pommeau : L. 6,9 ; diam. 4,4/6 ; mortaise ouverte : H. 3,3 ; ép. 3,4
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
|
49
|
100
|
Tête de mât ou tangon ?
|
115
|
6,4
|
Extrémité en forme de pommeau : L. 6 ; diam. 5,5/6,5
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
|
58
|
65
|
Tête de mât ou tangon ?
|
107
|
6,5
|
Extrémité en forme de pommeau : L. 6,4 ; diam. 6/6,6
|
Fin ive-début ve s. apr. J.-C.
|
23Trois se terminent en pommeau (fig. 15), mais seulement l’élément no 38 présente près de l’extrémité conservée une mortaise traversante de forme quadrangulaire (3,3 × 3,4 cm). Toutes proportions gardées, la comparaison la plus immédiate provient de la tête de la mèche du rame-gouvernail du premier navire de Nemi (Ucelli 1950, fig. 72). Toutefois, à Nemi l’encoche pour insérer le clavus (la barre transversale) est en pente (Ucelli 1950, fig. 179), alors que dans notre élément l’encoche est perpendiculaire à son axe. L’identification possible avec un gouvernail semble confortée par la présence de mortaises similaires à la nôtre sur les gouvernails axiaux découverts à Bevaix dans le lac de Neuchâtel (Arnold 1974, p. 138, 1992, p. 95) et dans le Rhône (Marlier 2014, p. 215, fig. 270‑271), et sur les rames-gouvernails de Zwammerdam (De Weerd 1978, p. 17‑20, fig. 24), Bruges et Newstead (Marsden 1994, p. 74‑75, fig. 67‑68).
Fig. 15 : Les éléments d’identification incertaine
(dessins Ch. Zazzaro et P. Poveda)
24Les autres deux éléments avec pommeau (no 49 et no 58) sont dépourvus de mortaises et pourraient très bien entrer dans la catégorie d’espars (cf. supra).
25Enfin, l’élément no 37 montre une extrémité à pans recoupés et est percé à 12 cm du sommet d’une mortaise rectangulaire ouverte (5,5 × 2,5 cm). Il pourrait s’agir d’un petit mât, à l’image de la tête de mât no 39, ou alors d’une mèche de rame-gouvernail.
26L’étude des pieux mis au jour lors des fouilles à Naples, Piazza Municipio, nous offre un aperçu d’une catégorie d’éléments de marine rarement attestés par l’archéologie. Pour certains d’entre eux, l’identification demeure incertaine et il est possible que d’autres recherches ou découvertes puissent apporter de nouvelles informations en mesure de valider ou infirmer nos hypothèses.