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La mer en partage

Essais de restitution de l’épave (fin du xviie – début du xviiie siècle) de Paragan, Bonifacio (Corse-du-Sud)

An attempt to reconstruct the Paragan shipwreck (late 17th – early 18th century) from Bonifacio, Southern Corsica
Éric Rieth

Résumés

L’épave de Paragan (Corse), datée de la fin du xviie – début du xviiie siècle, est celle d’un caboteur construit selon les méthodes traditionnelles en usage à l’époque moderne en Méditerranée. Compte tenu de la préservation de la seule partie inférieure de la coque, le choix a été fait de se limiter à des hypothèses de restitution minimum offrant une image simplifiée, mais considérée comme significative architecturalement, de l’ensemble du bateau. Ces hypothèses portent sur la forme des sections transversales du maître-couple et du couple de lof ainsi que du contour de l’élévation longitudinale de la coque. Elles permettent d’évaluer la capacité de charge, donnée essentielle pour situer le bateau de Paragan dans l’histoire des échanges maritimes régionaux. Une hypothèse de restitution de la coque gréée a été faite de manière à visualiser de façon plus complète, et plus pédagogique aussi, le caboteur de Paragan.

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Texte intégral

Je remercie l’historien de l’architecture navale Paul Bloesch de m’avoir autorisé à mentionner ses remarques inédites sur le tonnage du bateau de Paragan. Nos échanges sur l’histoire de l’architecture navale méditerranéenne ont par ailleurs contribué à enrichir cette étude.

  • 1  Après l’annulation de la campagne de 2020 liée à l’épidémie du Covid 19, celle de 2021 a été égale (...)

1Au terme1 de la fouille de l’épave de Paragan, il nous a semblé important de proposer un bilan des essais de restitution de l’épave de ce caboteur datée de la fin du xviie – début du xviiie siècle dont les vestiges des fonds, les seuls préservés jusqu’au niveau du bouchain sans déformations notables, s’étendent sur près de 17,30 m de long et 4,15 m de large au niveau de la zone du maître-couple.

  • 2  Fouille dirigée par Franca Cibecchini (Ministère de la Culture/Drassm) responsable du littoral Cor (...)

2Dans le cadre d’un programme pluriannuel de fouille (2017‑2019)2 faisant suite à une campagne d’évaluation de l’épave (2016), la stratégie de fouille a reposé sur un double choix (fig. 1). Premièrement, il a été décidé d’opérer par secteurs : en 2016 la zone Sud correspondant à l’arrière du navire, puis en 2017 la zone centrale correspondant à l’emplanture du mât et à la maîtresse-section, en 2018 et en 2019 la zone Nord correspondant à l’avant du navire. Ces zones de surface limitée apparaissaient cependant suffisamment représentatives sur le plan architectural pour fournir un tableau précis des caractéristiques architecturales générales de l’épave. Deuxièmement, le choix a été fait de ne pas réaliser de démontage d’éléments architecturaux à l’exception de deux secteurs limités autour de la maîtresse-section afin de réaliser une coupe transversale intégrale allant jusqu’au niveau du dos de la quille de cette partie particulièrement significative sur le plan morphologique et de l’extrémité avant au niveau du couple de balancement pour effectuer une demi-coupe transversale de ce secteur également très révélateur des formes. Il faut préciser en outre que ce choix était lié aux risques de dégradation des vestiges en cas de tempête en raison de la faible profondeur du site (3 m).

Fig. 1: L’épave de Paragan

Fig. 1 : L’épave de Paragan

(orthophoto D. Peloso, Ipso Facto)

  • 3  Merci à Paul Bloesch de cette précision sur le pan de Nice qui soulève la question de l’origine in (...)
  • 4  Les autres coupes transversales réalisées sans démontage du vaigrage ni des accotars ne traduisent (...)

3La documentation disponible pour élaborer les hypothèses de restitution de l’épave est de deux types. Elle concerne d’une part le relevé de l’ensemble conservé de la structure architecturale – construction à franc-bord de principe “sur membrure” – et, donnée essentielle pour la restitution, le relevé de la partie inférieure de l’étrave préservée sur 3,35 m de long qui présente la caractéristique rare d’avoir plusieurs marques de tirant d’eau gravées dans une de ses faces latérales. Rappelons à ce sujet que l’intervalle moyen de 26,2 cm entre chaque marque est très proche de la valeur de la palme sarde de Sassari et de Cagliari aux xviie et xviiie siècles, mais également du pan de Nice à l’époque de l’introduction du système métrique dans les États du duc de Savoie/roi de Sardaigne3. La documentation porte d’autre part sur deux coupes transversales allant jusqu’au niveau supérieur de la quille et aboutissant à un relevé de la forme transversale compris entre le dessus de la quille et le bouchain4.

4Au regard de cette documentation, le choix a été fait de se limiter à des hypothèses de restitution minimum c’est-à-dire offrant une image simplifiée, mais considérée comme significative architecturalement, de l’ensemble du bateau. Ces hypothèses sont circonscrites à la forme des sections transversales du maître-couple et du couple de lof et à celle de la figure de l’élévation longitudinale de la coque. Elles permettent notamment d’évaluer la capacité de charge, donnée essentielle pour situer le bateau de Paragan dans l’histoire des échanges maritimes régionaux. Une hypothèse de restitution de la coque gréée a par ailleurs été faite de manière à visualiser de façon plus complète, et plus pédagogique aussi, le caboteur de Paragan.

1. Les hypothèses préliminaires de restitution (tab. 1)5

  • 5  Il faut souligner un aspect méthodologiquement important. À l’exception des dimensions relevées su (...)
  • 6  Pour ces hypothèses préliminaires de restitution : Cibecchini, Rieth 2020, p. 125‑159, 2021, p. 18 (...)

5Durant la campagne de fouille de 2018, un relevé transversal (Est-Ouest) complet de la partie conservée de la maîtresse-section a été effectué au niveau des membrures (« madiers-jumeaux ») F 210/F 211 et F 209/F 212 ainsi qu’un relevé de la demi-section de la varangue F 297 W du couple de lof (fig. 2 et 3). À partir du relevé de la partie inférieure de la maîtresse-section, une hypothèse de restitution du gabarit de la maîtresse-varangue a été élaborée caractérisée par une absence d’acculement, un relèvement au niveau du point « d’escoue » – au niveau des serres d’empatture STR 10 et STR 11 – de 3 cm et une longueur du plat entre les deux points “d’escoue” de 2,32 m (fig. 4). C’est sur la base de ce gabarit restitué de la maîtresse-varangue que les hypothèses de restitution du maître-couple ont été faites en limitant ces hypothèses à la ligne du fort correspondant à la plus grande largeur de la section. Il faut souligner que ces hypothèses préliminaires de restitution du maître-couple étaient, et sont toujours, à considérer avec un regard critique dans la mesure où les vestiges de l’épave sont conservés seulement jusqu’au-dessus du bouchain6.

Tab. 1 : Principales caractéristiques dimensionnelles des hypothèses préliminaires de restitution au maître-couple (les dimensions sont en m)

Type de dimension

Hypothèse

1

2

3

4

4bis

Longueur du plat de la varangue

2,32

2,32

2,32

2,32

2,32

Relèvement au « point d’escoue »

0,03

0,03

0,03

0,03

0,03

Largeur au fort hors membrure

4,52

5,30

5,40

6,50

6,10

Creux en cale (dessus quille/ligne droite du bau)

2,20

2,70

2,75

2,80

2,35

Fig. 2: Relevé de la maîtresse-section

Fig. 2 : Relevé de la maîtresse-section

(relevé S. Greck et DAO H. Botcazou, Ipso Facto)

Fig. 3 : Restitution du gabarit de la maîtresse-varangue et de la tablette

Fig. 3 : Restitution du gabarit de la maîtresse-varangue et de la tablette

(restitution É. Rieth, DAO H. Botcazou, Ipso Facto)

Fig. 4: Relevé de la varangue du couple de lof

Fig. 4 : Relevé de la varangue du couple de lof

(relevé S. Greck et DAO H. Botcazou, Ipso Facto)

1.1. Le maître-couple

  • 7  Voir Delacroix, Berti 1997, p. 36‑37 : plan de la Diligente ; p. 20 : plan extrait de l’ouvrage de (...)
  • 8  Le rapport retenu pour la restitution est de 1/3,2.

6La forme du maître-couple de l’hypothèse 1 (fig. 5 H1) a été restituée en n’apportant aucune correction à la construction géométrique du maître-gabarit selon la formule de Duhamel du Monceau (Duhamel du Monceau 1752, p. 186‑187, p. 204‑205, pl. XIII, fig. 4). La forme du maître-couple de l’hypothèse 2 (fig. 5 H2) a été faite en se basant sur le rapport d’allongement longueur/largeur relevé sur les plans de formes d’une famille de voiliers de cabotage explicitement désignée comme celle des tartanes. Il s’agit de plans datés des années 1740 à 1840, postérieurs par conséquent à l’épave7. Les quatre plans indiquent un rapport d’allongement à la flottaison compris entre 1/3,1 et 1/3,28. Dans cette hypothèse 2, la largeur au fort de 5,30 m semblerait un peu trop faible (tab. 1). Aux xviie et xviiie siècles dans les archives françaises et italiennes, la demi-largeur de la famille générique des « barques » apparaît en règle générale supérieure à la valeur du creux (pers. com. P. Bloesch).

Fig. 5: Restitutions au maître-couple des hypothèses préliminaires

Fig. 5 : Restitutions au maître-couple des hypothèses préliminaires

(restitution É. Rieth, DAO H. Botcazou, Ipso Facto)

7L’hypothèse 3 (fig. 5 H3) a été faite à partir des données du traité pratique de construction de Mazaudier et Lombard daté de 1848 (Mazaudier, Lombard 1848, vol. 1, p. 378‑379). Ce traité a la particularité, au-delà de sa dimension pratique, de fournir des indications précises et chiffrées sur les différentes catégories de navires de commerce. S’agissant de la catégorie des petits tonnages, la famille architecturale des tartanes est explicitement mentionnée. Le coefficient L/l est de 1/3 ou 0,33 et le creux est compris entre 1/3 et 1/2 de la largeur. Avec un rapport l/c de 1/2, la largeur au fort correspond au maître-couple le plus large, le plus profond, doté en conséquence des capacités de charge les plus importantes.

8Les deux autres hypothèses de restitution 4 et 4bis (fig. 5 H4 et H4bis) ont été faites sur la base de la maîtresse-section d’un voilier traditionnel méditerranéen, à savoir une felouque de 1758 (Fissore 2017). Ce modèle de maître-couple, différent de celui qualifiable de « général » des trois hypothèses précédentes, se caractérise principalement par une varangue plate (Rieth 2022, p. 159‑177) des flancs très ouverts, un faible creux et un pont doté d’un bouge marqué.

1.2. Le tonnage

  • 9  C’est la méthode la plus rigoureuse de définition des différentes caractéristiques hydrostatiques (...)
  • 10  Il est à noter que l’Ordonnance de 1681, livre troisième, article V, ne mentionne pas explicitemen (...)

9Ces dimensions ont servi à effectuer une première série de calculs portant sur la capacité de charge correspondant au port du bateau de Paragan. Il s’agit en effet d’une donnée essentielle pour situer le bateau dans l’économie des transports maritimes méditerranéens de la fin du xviie – début du xviiie siècle. Au stade actuel de l’étude, et dans l’attente de la restitution du plan des formes9, le principal moyen d’évaluer la capacité de charge du navire est d’appliquer les méthodes de calcul du tonnage contemporaines de la datation de l’épave dont la plus fréquemment utilisée en archéologie navale est celle de l’ordonnance française sur la marine de commerce datée de 1681 (Boudriot 1981, p. 6)10 qui s’établit comme suit : longueur de tête en tête multipliée par la largeur au maître-couple hors membrure multipliée par le creux en cale pris entre la ligne du maître-bau et le dessus de la quille, le tout divisé par 100.

10Les mesures sont à considérer en pieds du roi de 0,324 m et pouces de 0,027 m, et le résultat est en tonneaux de poids de 2 000 livres correspond à 0,978 tonneau.

11Il est nécessaire de rappeler que, selon la formule de 1681 destinée avant tout à la perception de droits d’ancrage notamment, le volume de la cale est assimilé à un parallélépipède rectangle régulier de forme développable qui ne correspond pas au volume réel d’une coque de forme gauche non développable et aboutit de ce fait à une surévaluation du port effectif dont il est difficile d’évaluer avec précision la valeur. À titre d’hypothèse de recherche, un coefficient de correction de 4/5 appliqué au résultat de la formule officielle de 1681 pourrait mieux rendre compte de la géométrie réelle de la carène et donc de la capacité de charge du navire. En appliquant ce coefficient, le port serait de l’ordre de 44 tonneaux (hypothèse 1), 63,3 tonneaux (hypothèse 2), 65,6 tonneaux (hypothèse 3), 80 tonneaux (hypothèse 4), 63,7 tonneaux (hypothèse 4bis). Si les résultats fournis par l’application de la formule de 1681 ont une valeur “officielle” plus forte que celle de la présumée capacité de charge “réelle” et utile du navire restituée à titre d’hypothèse par l’application d’un coefficient correctif, ils ont l’avantage toutefois de pouvoir être comparés aux chiffres des tonnages indiqués dans les sources historiques à condition que la formule utilisée soit celle de 1681. Or, des formules régionales particulières à un port (Marseille par exemple) peuvent aussi avoir été employées en prenant en compte des dimensions différentes (longueur de quille portant sur terre par exemple) et en référence à des systèmes dimensionnels régionaux (en pan, palme…). On le voit, cette question du tonnage n’est pas simple et a depuis des décennies donné lieu à des débats entre historiens et archéologues.

1.3. La capacité de charge (tab. 2)

  • 11  La largeur et le creux sont très probablement surévalués.
  • 12  Dans une note inédite, P. Bloesch a appliqué à l’hypothèse 2 les méthodes de calcul du port selon (...)

12À l’exception de l’hypothèse 1 dont le coefficient d’allongement Lt/l de l’ordre 1/4,2 apparaît nettement plus élevé que les quatre autres compris entre 1/2,9 et 1/3,5 et de l’hypothèse 4 dont le port de l’ordre de 100 tonneaux semble trop important au regard de la longueur de la coque11, les trois autres hypothèses 2, 3 et 4bis aboutissent à un résultat moyen non corrigé de l’ordre de 80 tonneaux et de l’ordre de 64 tonneaux avec l’application du coefficient de correction de 4/512. Il est à noter que ces moyennes renvoient aux deux modèles de maître-couple (méditerranéen et ponantais) et s’inscrivent dans la fourchette des capacités moyennes de charge des caboteurs méditerranéens de l’époque moderne comprises entre 50 et 80 tonneaux.

Tab. 2 : Capacités de charge selon les premières hypothèses de restitution

Hypothèse

Longueur (Lt) (m)

Largeur (m)

Creux (m)

Longueur (pied)

Largeur (pied)

Creux (pied)

Port (tonneaux)

Port (tonneaux coef. 4/5)

1

19

4,52

2,20

58,6

14

6,8

55

44

2

19

5,30

2,70

58,6

16,30

8,3

79,2

63,3

3

19

5,40

2,75

58,6

16,65

8,4

82

65,6

4

19

6,50

2,80

58,6

20

8,6

100

80

4 bis

19

6,10

2,35

58,6

18,75

7,25

79,6

63,7

1.4. L’élévation longitudinale (tab. 3)

13Une hypothèse préliminaire de restitution de l’élévation longitudinale de la coque avait été réalisée à partir du redressement de la partie inférieure de l’étrave en fonction des chiffres romains gravés correspondant aux marques de tirants d’eau d’une part et à partir d’une longueur de quille présumée de 14,40 m et d’une quête de l’étambot évaluée à 70° d’autre part.

Tab. 3 : Restitution préliminaire de l’élévation longitudinale selon les premières hypothèses de restitution (les dimensions sont en m)

Type de dimension

Dimensions

Longueur tête en tête

19

Longueur quille

14,40

Longueur flottaison en charge

17,80

Hauteur étrave

5,40

Hauteur étambot

5,60

Hauteur coque au maître-couple

4,15

2. Une nouvelle hypothèse de restitution

  • 13  Les galères sont les modèles de navires les plus longuement décrits.
  • 14  On peut supposer qu’en toute vraisemblance, il s’agit du pied vénitien de 0,347 m.

14Cette nouvelle hypothèse 5 de restitution est basée sur le manuscrit daté de 1686 de Stefano de Zuanne et intitulé L’Architettura Navale (Zuanne 1686). Ce document de caractère technique est l’œuvre d’un maître-constructeur vénitien (vice proto de marangoni) qui énumère, de façon plus ou moins détaillée selon les cas13, les caractéristiques de différents types architecturaux. Chaque modèle de bâtiment est accompagné d’un certain nombre de dessins avec une échelle graphique en pieds14, dont ceux figurant le maître-couple (corba maistra) et les couples de balancement avant (cao di sesto da proa) et arrière (cao di sesto da popa). Un des modèles décrit dans le manuscrit est celui d’une « tartana di piedi 42 in colomba », c’est-à-dire d’une tartane de 42 pieds de quille (Zuanne 1686, f° 44/51‑46/53). Sur le dessin de la maîtresse-section sont indiquées les positions du centre de la quille et des deux points « d’escoue » (fig. 6). Sur le dessin des sections de balancement sont figurées les positions du milieu de la quille et d’un des points « d’escoue » ainsi que le tracé de la tablette d’acculement identifié par le terme de « stella », forme vénitienne de « l’estelle » française synonyme d’acculement. Ces indications traduisent en toute vraisemblance l’usage de la méthode du maître-gabarit et de la tablette (Rieth 1996). Deux autres informations viennent confirmer le recours à cet emploi de cette méthode méditerranéenne d’origine médiévale. En premier lieu, la comparaison graphique entre les arcs de construction des figures du maître-couple et des couples de balancement montre une concordance entre les tracés et une absence de modification de la figure géométrique des sections qui est l’une des caractéristiques révélatrices de la méthode du maître-gabarit. En outre, les trois sections témoignent d’une absence apparente de trébuchement du maître-gabarit au niveau des couples de balancement. En deuxième lieu, la page de titre du manuscrit de Zuanne mentionne « li dissegni e dichiarazioni per formare li sesti di partizioni per fabricare », le terme vénitien de « sesti » renvoyant explicitement au maître-gabarit comme instrument de conception des membrures prédéfinies et celui de « partizioni » au procédé géométrique de division (diminution du plat et de l’acculement) par progression arithmétique propre à la méthode du maître-gabarit.

Fig. 6: Maîtresse-section et sections de balancement de la « tartana » de S. de Zuanne

Fig. 6 : Maîtresse-section et sections de balancement de la « tartana » de S. de Zuanne

15Deux raisons principales ont justifié ce choix de la « tartana » de Zuanne que celui-ci définit comme un « bastimento picciolo » à gréement latin. La première est une longueur de quille portant sur terre de 14,57 m très proche de celle de l’épave de Paragan estimée à 14,40 m. Or cette dimension sert souvent de référence ou d’étalon dimensionnel aux autres dimensions principales, en particulier la longueur de tête en tête, la largeur au maître-couple, le creux. La deuxième raison est la date du document qui est proche de la datation de l’épave (fin xviie – début du xviiisiècle).

  • 15  Cf. à ce sujet, Bloesch 1998.

16S’agissant du modèle architectural de la « tartana » de Zuanne, il faut rappeler que le terme de tartane définit une large famille architecturale de voiliers méditerranéens de commerce et de pêche à gréement latin composée de familles régionales pouvant présenter des différences de forme (arrière en pointe, arrière plat à tableau ou écusson), de taille et de gréement latin (nombre, position et inclinaison des mâts, coupe de la voile latine…). De ce fait, le modèle de la « tartana » de Zuanne dont, note-t-il, plus d’un exemplaire a été construit à Venise, présente deux caractéristiques particulières : un arrière plat à tableau ou écusson et un élancement de l’étrave important (de l’ordre de 4,50 m). Il s’agit là de caractéristiques, notamment l’arrière à tableau, absentes des tartanes construites à la même époque en Ligurie, Provence, Corse ou Sardaigne et qui rapprocheraient la « tartana » de Zuanne de la famille méditerranéenne des barques latines15.

17Le maître-couple de la « tartana » se caractérise par une varangue plate, sans aucun acculement. La longueur du plat entre les deux points « d’escoue » est de près de 2,30 m. Le relèvement aux points « d’escoue » est de l’ordre de 16 cm. Le creux est de 2,94 m pour une largeur au fort de 5,72 m. Le pont (coperta) se situe à environ 44 cm de la ligne du fort et le plat-bord à 1,38 m au-dessus du pont.

2.1. Le maître-couple (fig. 7 A)

18L’élaboration de cette nouvelle hypothèse 5 (tab. 4) de restitution du maître-couple du bateau de Paragan a pris appui sur le modèle géométrique constitué par la figure d’ensemble du maître-couple de la « tartana » de Zuanne présentant une varangue plate sans acculement, une caractéristique importante et commune aux deux maîtres-couples. Bien évidemment, les dimensions de la « tartana » de Zuanne ont été corrigées en fonction de celles connues du bateau de Paragan soit une longueur du plat de la maîtresse-varangue de 2,32 m (pour 2,30 m dans le cas de la tartane de Zuanne) et un relèvement de la maîtresse-varangue de 3 cm (pour 17 cm dans le cas de la tartane de Zuanne). La largeur au fort a été directement définie en suivant le contour du modèle du maître-couple de la « tartana » de Zuanne soit 5,30 m (pour 5,72 m dans le cas de celui de Zuanne). Le niveau du pont du bateau de Paragan a été déterminé par rapport à la ligne de flottaison en charge maximum estimée, en fonction des marques de tirant d’eau gravées dans l’étrave, à 2,60 m. L’étude de plans et de représentations de tartanes de la fin du xviisiècle, en particulier pour ces dernières celles de l’album de Jouve de 1679 (Vergé-Franceschi, Rieth 1992, p. 78‑80), a montré en effet que le niveau du pont au niveau du maître-couple se situait en règle générale légèrement au-dessus de la ligne de flottaison. Dans le cas du bateau de Paragan, une hauteur de 10 cm au-dessus de la ligne de flottaison (soit 2,70 m) a semblé une dimension cohérente pour le niveau du pont aboutissant à un creux de 2,50 m pris du dessus de la quille haute de 20 cm à la ligne droite du bau. Enfin, la hauteur de la lisse du plat-bord a été estimée à environ 1 m sur la base des documents iconographiques. Cette hauteur a semblé compatible, par ailleurs, avec une ergonomie adaptée aux manœuvres effectuées à partir du pont.

19Tab. 4 : Principales caractéristiques dimensionnelles de l’hypothèse de restitution 5 (H 5) au maître-couple (les dimensions sont en m)

Type de dimension

Dimensions

Longueur du plat de la varangue

2,32

Relèvement au « point d’escoue »

0,03

Largeur au fort hors membrure

5,30

Creux en cale (dessus quille/ligne droite du bau)

2,50

Fig. 7: Restitution au maître-couple

Fig. 7 : Restitution au maître-couple

(A) et au couple de lof (B) de l’hypothèse 5 (H 5).

(restitution É. Rieth, DAO H. Botcazou, Ipso Facto)

20Les différences les plus significatives entre les deux maîtres-couples (Zuanne et Paragan) se situent au niveau du relèvement nettement plus important de la varangue (14 cm de différence), du creux beaucoup plus élevé (36 cm de différence) et de la plus forte largeur (38 cm de différence) de la « tartana » de Zuanne dont la figure générale apparaît ainsi plus fine et moins porteuse dans les fonds que celle de Paragan. Ajoutons que le maître-couple du bateau de Paragan présente une forme très comparable à celle du maître-couple restitué par Paul Bloesch d’une barque latine française du xviie siècle (Bloesch 1998, p. 119).

2.2. Le couple de lof (fig. 7 B)

21Suivant la méthode du maître-gabarit et l’absence apparente de trébuchement du couple de lof de la « tartana » de Zuanne, le couple de balancement avant du bateau de Paragan a été tracé, sans modification de la figure géométrique générale du maître-couple par diminution de la longueur du plat de 56 cm, dimension relevée sur l’épave, soit 1,20 m de longueur du plat, et par augmentation de l’acculement de 20 cm, dimension également relevée sur l’épave. Le relèvement de la varangue aux points « d’escoue » de 3 cm demeure quant à lui inchangé par rapport à la ligne du plat du gabarit de la maîtresse-varangue. Par rapport au couple de lof de la « tartana » de Zuanne, la grande différence se situe au niveau de l’acculement qui est de près 30 cm soit 10 cm de plus que dans le cas du bateau de Paragan. En revanche, la longueur du plat est relativement proche, 1,16 m dans le cas de la « tartana » et 1,20 m dans le cas du bateau de Paragan dont le couple de lof s’inscrit dans un choix de forme plus porteuse et analogue à celle du maître-couple.

2.3. L’élévation longitudinale (fig. 8)

22La nouvelle hypothèse de restitution de l’élévation longitudinale de la coque (tab. 5) a été réalisée sur les mêmes bases que la précédente à savoir un redressement de la partie inférieure de l’étrave en fonction des chiffres romains gravés correspondant aux marques de tirants d’eau, une longueur de quille présumée de 14,40 m et une quête de l’étambot estimée à 70°. Les corrections ont porté principalement sur le creux, le niveau du pont et celui du plat-bord dont la tonture a été par ailleurs accentuée.

Fig. 8: Restitution du profil de la coque et de la voilure de l’hypothèse 5 (H 5)

Fig. 8 : Restitution du profil de la coque et de la voilure de l’hypothèse 5 (H 5)

(restitution É. Rieth, DAO H. Botcazou, Ipso Facto)

23Tab. 5 : Restitution de l’élévation longitudinale (les dimensions sont en m)

Type de dimension

Dimensions

Longueur tête en tête

19

Longueur quille

14,40

Longueur flottaison en charge

17,80

Hauteur étrave

4,90

Hauteur étambot

5,40

Hauteur totale coque au maître-couple depuis dessous de la quille

3,70

  • 16  Paul Bloesch note que le rapport L/l des barques latines se situe ente 1/3,4 et 1/3,6. Le rapport (...)

24Le rapport d’allongement Lt (longueur tête en tête)/l est de l’ordre de 1/3,516 et celui, plus significatif, Lflo (longueur flottaison)/l est de l’ordre de 1/3,35. Dans les deux cas de figure, le choix d’un voilier à coque relativement élancée semble avoir conduit le projet architectural du bateau de Paragan.

2.4. Le tonnage

25C’est la formule de 1681 qui en toute logique a été reprise (tab. 6) : longueur de tête en tête multipliée par la largeur au maître-couple hors membrure multipliée par le creux en cale pris entre la ligne du maître-bau et le dessus de la quille, le tout divisé par 100.

26Tab. 6 : Restitution du tonnage selon la formule de 1681

Longueur

(Lt) (m)

Largeur (m)

Creux (m)

Longueur (pied)

Largeur (pied)

Creux (pied)

Port (tonneaux)

Port (tonneaux coef. 4/5)

19

5,30

2,50

58,6

16,3

7,7

73,5

58,8

27En appliquant le coefficient de correction de 4/5, le tonnage s’établit alors à 58,8 tonneaux pour une moyenne légèrement supérieure de 64,2 tonneaux dans le cas de l’hypothèse basse des hypothèses restitution 2, 3 et 4bis.

28À titre de comparaison, deux autres formules ont été employées. La première est celle du constructeur de l’arsenal de Rochefort Pierre Morineau mentionnée dans son traité manuscrit de 1752‑1763 (Morineau 1752, f° 344). Elle s’exprime comme suit (tab. 7) : longueur du dehors de l’étrave au dehors de l’étambot multipliée par la largeur au maître-couple hors membrure multipliée par la demi-largeur au maître-couple, le tout divisé par 90 dans le cas de fonds « pleins » ou de 100 en cas de fonds « un peu amaigry ». Le résultat est en tonneaux de poids de 2 000 livres. Morineau apporte une précision importante. Il indique que le tonnage d’arrimage ou d’encombrement exprimé en tonneaux de 42 pieds cubes (1,44 m3) est égal aux 3/4 du port en tonneaux de poids soit un tonnage de 60 et 67 tonneaux.

Tab. 7 : Restitution du tonnage selon la formule de P. Morineau de 1752

Longueur (HT) (m)

Largeur

(m)

Demi-largeur (m)

Longueur

(pied)

Largeur (pied)

Demi-largeur (pied)

Port

(tonneaux diviseur 90)

Port

(tonneaux diviseur 100)

19,60

5,30

2,65

60,4

16,3

8,17

89,3

80,4

  • 17  Formule citée par Mazaudier, Lombard 1848, vol. 1, p. 348.

29La deuxième formule est celle du 12 nivôse de l’an II17. Dans le cas d’un navire à un seul pont, ce qui est le cas du bateau de Paragan, la formule est la suivante (tab. 8) : plus grande longueur multipliée par la largeur au maître-couple multipliée par le creux, le tout divisé par 94. Le résultat est en tonneaux de poids de 2 000 livres.

30Tab. 8 : Restitution du tonnage selon la formule du 12 nivôse de l’an II

Longueur (Lt) (m)

Largeur (m)

Creux (m)

Longueur (pied)

Largeur (pied)

Creux (pied)

Port (tonneaux)

19

5,30

2,50

58,6

16,3

7,7

78,25

31Si l’on exclut la valeur de 89,3 tonneaux, sans doute surévaluée par rapport aux dimensions du bateau, la moyenne de ces formules (entre 73,5 et 80,4 tonneaux) s’établit autour de 77,3 tonneaux de port maximum et de 61,8 tonneaux en appliquant le coefficient correctif de 4/5. Cette seconde valeur est proche de celle de la formule corrigée de 1681 qui est de 58,8 tonneaux.

  • 18  Et aussi de dénomination différente selon les secteurs nautiques considérés (Provence, Ligurie, Co (...)

32Dans tous les cas ces deux nouvelles moyennes s’inscrivent dans celle, comprise entre 50 et 80 tonneaux, de la vaste famille de la tartane, voilier de cabotage emblématique, sous des formules régionales variées (Forfait 1788, p. 124)18, de la Méditerranée occidentale à l’époque moderne que l’historien Gilbert Buti qualifie de « bâtiment à tout faire » (Buti 2019, p. 27). G. Buti précise par ailleurs que dans la deuxième moitié du xviiisiècle, 47 % des échanges entre Marseille et la Corse étaient effectués par des tartanes.

2.5. Le gréement (fig. 8)

  • 19  La longueur est prise à la flottaison du dehors de l’étrave au dehors de l’étambot. La largeur est (...)

33Le choix d’un gréement à seul mât (« arbre de mestre » méditerranéen) repose sur deux arguments. Le premier est d’ordre archéologique. Les seuls vestiges d’une emplanture, au demeurant très bien conservés, sont ceux de l’emplanture du grand mât. Aucun indice archéologique de l’emplanture d’un mât de « trinquet » dans la zone fouillée entre l’extrémité de la quille et le couple de balancement avant, soit une longueur de près de 2,60 m, n’a été observé. Or, si une emplanture d’un mât de trinquet, sous la forme la plus probable d’un fourcat couché, avait existé, elle se serait située logiquement dans cette zone de l’épave. De même, aucun vestige d’une éventuelle emplanture d’un mât de « méjane » n’a été préservé sur l’arrière de l’épave. Le second argument est d’ordre documentaire. Le choix d’un gréement à seul mât suit, en effet, les principes des traités de gréement dont celui de Forfait qui, bien que postérieur à la datation du bateau de Paragan, reprend en toute probabilité des usages plus anciens. Forfait précise que « La voile unique à antenne devient trop grande, aussitôt que la largeur des tartanes excède 19 à 20 pieds, et leur longueur 60 pieds »19. L’hypothèse de restitution du bateau de Paragan se situe donc en dessous de ces limites dimensionnelles. La marge est de l’ordre de 5 pieds (1,62 m) pour la longueur à la flottaison et d’environ 3 (0,97 m) à 4 pieds (1,29 m) pour la largeur.

34La restitution du plan de la voilure a été faite par homothétie de celui de la tartane de pêche dessinée par Jouve dans son album de 1679 (Vergé-Franceschi, Rieth 1992 p. 78). Les tartanes de commerce de Jouve sont gréées à deux mâts (« trinquet » et « mestre ») et correspondent sans doute à des unités plus grandes que celle de Paragan. C’est la raison pour laquelle le choix s’est porté sur le dessin de la tartane de pêche gréée d’un seul grand mât (tab. 9).

Tab. 9 : Restitution du plan de voilure

Hauteur mât (m)

Longueur antenne (m)

Longueur éperon/bout-dehors (m)

Surface voile (m2)

Surface foc (m2)

Surface totale (m2)

16

24,50

5

161,5

48

209,5

35Cette restitution reste purement théorique. Elle devra être contrôlée bien évidemment par les calculs d’hydrostatique et de stabilité qui seront faits après la réalisation du plan des formes. Un premier indice de cohérence de cette restitution de la voilure du bateau de Paragan peut cependant être fourni par le traité de voilure du milieu du xixe siècle de B. Consolin selon lequel l’étendue « … de la surface totale [de la voilure] doit être en rapport avec la stabilité. Celle-ci dépend de la forme, du poids et du chargement de l’embarcation. Pour mettre la surface de la voilure en rapport avec la stabilité de forme, on prend ordinairement pour unité le rectangle circonscrit à la flottaison, c’est-à-dire celui dont la longueur et la largeur seraient celles de la flottaison (…). Ensuite, on cherche combien la voilure pourra renfermer de ces unités (…). Cela s’exprime en disant que, pour régler la surface de la voilure, on commence par déterminer le rectangle circonscrit à la flottaison, puis on multiplie ce rectangle par un facteur que des considérations accessoires servent à fixer, mais qui ne doit pas dépasser certaines limites » (Consolin 1866, p. 12).

  • 20  Sans doute la surface maximum.

36B. Consolin indique ainsi que dans le cas d’un petit bâtiment de mer naviguant toujours avec du lest, la surface de la voilure20 peut être égale à quatre à cinq fois la surface du rectangle circonscrit à la flottaison prise comme unité de référence. Le rectangle circonscrit à la flottaison du bateau de Paragan étant de l’ordre de 97,5 m2, le rapport à la surface totale de la voilure est de l’ordre 1/2,5 et semblerait donc correspondre à un plan de voilure relativement moyen, ni sous-voilé, ni surtoilé, qui apparaît équilibré en correspondance avec les capacités véliques demandées à un voilier de travail.

3. Conclusion

37Cette nouvelle hypothèse de restitution du bateau de Paragan, un présumé modèle de tartane de cabotage de Méditerranée occidentale, fournit un portrait architectural d’un voilier de 19 m de longueur de tête en tête, de 5,30 m de large au maître-couple, de 2,50 m de creux, d’un port maximum en charge compris entre 77,3 tonneaux (hypothèse haute sans correction de 4/5) et 58,8 tonneaux (hypothèse basse avec coefficient de 4/5), gréé d’une voile de « mestre » et d’un foc « polacre » de 209,5 m2 de surface totale. Ce voilier d’architecture de tradition purement méditerranéenne est anonyme. Construit peut-être en Sardaigne ou dans le Comté de Nice, il a une histoire dont on ignore en réalité la plus grande partie. Les deux seuls évènements connus sont ceux de son naufrage dans le fond de la baie de Paragan à la fin du xviie – début du xviiie siècle et de sa découverte en 2015 suivie de sa fouille programmée de 2016 à 2019. Mais même si bien des interrogations demeurent, l’étude des données archéologiques a permis toutefois de faire de cette épave anonyme, suivant la belle formule de l’ethnologue François Beaudouin, un « acteur et témoin d’histoire », d’une histoire plurielle aux plans technique, économique, social et culturel. Cet « acteur et témoin d’histoire » incarné par l’épave de Paragan a aussi participé plus largement à l’enrichissement de l’histoire de la cité de Bonifacio et de son « paysage culturel maritime » pour reprendre ici l’expression si significative de l’archéologue suédois Christer Westedahl (2011, p. 233‑762).

38Mémoire d’un naufrage sans nom, l’épave de Paragan fait désormais partie du patrimoine de Bonifacio.

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Bibliographie

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Zuanne S. de
1686 L’Architettura Navale, Venise, British Library.

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Notes

1  Après l’annulation de la campagne de 2020 liée à l’épidémie du Covid 19, celle de 2021 a été également annulée pour les mêmes raisons.

2  Fouille dirigée par Franca Cibecchini (Ministère de la Culture/Drassm) responsable du littoral Corse, et codirigée par l’auteur de l’article. Cette fouille a été l’un des deux chantiers de formation des étudiants du Master of Maritime and Coastal Archaeology (MoMArch) d’Aix Marseille Université et du Drassm.

3  Merci à Paul Bloesch de cette précision sur le pan de Nice qui soulève la question de l’origine insulaire (sarde) ou continentale (duché de Savoie) du bateau de Paragan.

4  Les autres coupes transversales réalisées sans démontage du vaigrage ni des accotars ne traduisent pas la forme des fonds de carène et ne sont guère utilisables, par conséquent, au niveau de la restitution de la forme générale de la coque.

5  Il faut souligner un aspect méthodologiquement important. À l’exception des dimensions relevées sur l’épave et celles provenant de sources écrites imprimées comme manuscrites, toutes les dimensions restituées ont une valeur relative et indicative.

6  Pour ces hypothèses préliminaires de restitution : Cibecchini, Rieth 2020, p. 125‑159, 2021, p. 181‑186.

7  Voir Delacroix, Berti 1997, p. 36‑37 : plan de la Diligente ; p. 20 : plan extrait de l’ouvrage de Chapman ; p. 23 : plan d’une tartane de 1789 ; p. 24‑25 : plan du constructeur d’Agde Jean Méric, 1843.

8  Le rapport retenu pour la restitution est de 1/3,2.

9  C’est la méthode la plus rigoureuse de définition des différentes caractéristiques hydrostatiques (poids de la coque vide, déplacement lège – coque équipée et gréée –, déplacement en charge, port maximum, tirant d’eau lège, en charge). Il est entendu que la restitution du plan des formes implique un nombre de données archéologiques suffisantes pour mener à bien l’étude.

10  Il est à noter que l’Ordonnance de 1681, livre troisième, article V, ne mentionne pas explicitement la formule. Celle-ci est une extrapolation plus tardive.

11  La largeur et le creux sont très probablement surévalués.

12  Dans une note inédite, P. Bloesch a appliqué à l’hypothèse 2 les méthodes de calcul du port selon la formule utilisée à Marseille au xviiie siècle et selon celle de E. Pézenas (1749) qui toutes les deux font appel à la longueur de la quille portant sur terre. La formule de Marseille aboutit ainsi à un port de 68 tonneaux et celle de Pézenas à un port de 64 tonneaux. Ces deux valeurs du port sont proches de celle obtenue avec la formule de 1681 corrigée par l’application du coefficient de 4/5 soit 63,3 tonneaux.

13  Les galères sont les modèles de navires les plus longuement décrits.

14  On peut supposer qu’en toute vraisemblance, il s’agit du pied vénitien de 0,347 m.

15  Cf. à ce sujet, Bloesch 1998.

16  Paul Bloesch note que le rapport L/l des barques latines se situe ente 1/3,4 et 1/3,6. Le rapport d’allongement de la « tartana » de Zuanne est de 1/3,62 (Bloesch 1998, p. 120).

17  Formule citée par Mazaudier, Lombard 1848, vol. 1, p. 348.

18  Et aussi de dénomination différente selon les secteurs nautiques considérés (Provence, Ligurie, Corse, Sardaigne…).

19  La longueur est prise à la flottaison du dehors de l’étrave au dehors de l’étambot. La largeur est mesurée hors membrures au niveau du maître-couple. Forfait précise que dans le cas de dimensions supérieures, un second mât est nécessaire. La voile de « mestre » est alors complétée par une voile de « méjane » disposée sur l’arrière. Cette voile comparable à un artimon se substitue à l’ancienne voile de « trinquet » du xviie siècle.

20  Sans doute la surface maximum.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 : L’épave de Paragan
Crédits (orthophoto D. Peloso, Ipso Facto)
URL http://journals.openedition.org/archaeonautica/docannexe/image/4414/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 715k
Titre Fig. 2 : Relevé de la maîtresse-section
Crédits (relevé S. Greck et DAO H. Botcazou, Ipso Facto)
URL http://journals.openedition.org/archaeonautica/docannexe/image/4414/img-2.png
Fichier image/png, 102k
Titre Fig. 3 : Restitution du gabarit de la maîtresse-varangue et de la tablette
Crédits (restitution É. Rieth, DAO H. Botcazou, Ipso Facto)
URL http://journals.openedition.org/archaeonautica/docannexe/image/4414/img-3.png
Fichier image/png, 121k
Titre Fig. 4 : Relevé de la varangue du couple de lof
Crédits (relevé S. Greck et DAO H. Botcazou, Ipso Facto)
URL http://journals.openedition.org/archaeonautica/docannexe/image/4414/img-4.png
Fichier image/png, 98k
Titre Fig. 5 : Restitutions au maître-couple des hypothèses préliminaires
Crédits (restitution É. Rieth, DAO H. Botcazou, Ipso Facto)
URL http://journals.openedition.org/archaeonautica/docannexe/image/4414/img-5.png
Fichier image/png, 354k
Titre Fig. 6 : Maîtresse-section et sections de balancement de la « tartana » de S. de Zuanne
URL http://journals.openedition.org/archaeonautica/docannexe/image/4414/img-6.png
Fichier image/png, 154k
Titre Fig. 7 : Restitution au maître-couple
Légende (A) et au couple de lof (B) de l’hypothèse 5 (H 5).
Crédits (restitution É. Rieth, DAO H. Botcazou, Ipso Facto)
URL http://journals.openedition.org/archaeonautica/docannexe/image/4414/img-7.png
Fichier image/png, 110k
Titre Fig. 8 : Restitution du profil de la coque et de la voilure de l’hypothèse 5 (H 5)
Crédits (restitution É. Rieth, DAO H. Botcazou, Ipso Facto)
URL http://journals.openedition.org/archaeonautica/docannexe/image/4414/img-8.png
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Pour citer cet article

Référence électronique

Éric Rieth, « Essais de restitution de l’épave (fin du xviie – début du xviiie siècle) de Paragan, Bonifacio (Corse-du-Sud) »Archaeonautica [En ligne], 22 | 2024, mis en ligne le 07 avril 2025, consulté le 04 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/archaeonautica/4414 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14o96

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Auteur

Éric Rieth

LaMOP (UMR 8589) Université de Paris I Panthéon – Sorbonne/CNRS, Membre de l’Académie de marine, Musée national de la Marine (eric.rieth.cnrs[at]gmail.com)

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