1Rappeler que le site de Port-Vendres (fig. 1), au regard du nombre d’épaves découvertes, est cher à tous les spécialistes d’archéologie maritime et du commerce antique aurait suffi à justifier la publication de cette petite note dans ce volume d’hommages à Marie-Brigitte Carre. Mais la plus anciennement fouillée de ces épaves, Port-Vendres 1, parle très certainement encore plus à notre collègue, ne serait-ce que par les traces de la pompe de cale qui y ont été retrouvées, dont elle avait repris l’étude (Carre, Jézégou 1984 ; Carre 2007), ou encore par l’évocation du hangar-laboratoire de Jean Bouis où étaient traités les bois de l’épave (Jézégou et al. 2017, § 9‑15), dont elle possède sans doute encore le souvenir, en visiteuse assidue du Fort Saint-Jean qu’elle était au début des années 1980.
Fig. 1 : Situation géographique de l’épave Port-Vendres 1 (fond de carte V. Dumas).
2C’est que Port-Vendres 1 fut l’une des rares épaves antiques, et la troisième au monde en 1974, à avoir été sortie de l’eau et son traitement entrepris, dont la suite logique devait être d’en organiser la présentation au public. Le projet d’un musée archéologique à Port-Vendres a ainsi vu le jour en 1985 et a été approuvé par le ministère de la Culture en 1994, en même temps qu’un programme de publication monographique placé sous la direction de Bernard Liou, avec une répartition des tâches entre divers spécialistes de l’architecture navale et du mobilier. C’est dans le cadre de ce programme que la présente étude a été réalisée, de 1994 à 1996.
3L’abandon du projet de musée au début des années 2000 (Jézégou et al. 2017, § 16) a entraîné celui de la publication monographique. Et si un nouveau projet de valorisation a été entrepris depuis 2015, avec une première exposition temporaire réalisée en 20221, la publication du mobilier a dû jusqu’ici se contenter d’articles ponctuels (Foy 1995, 2009 ; Martin 2005 ; Pasqualini, Tréglia 2003 ; Bonifay, Capelli 2016) qui, toutefois, peu à peu se complètent et rendent compte de la masse de mobilier exhumée. Le présent article s’inscrit dans la même logique. Il est consacré aux amphores africaines romaines tardives, encore un point commun avec l’activité scientifique multiforme de Marie-Brigitte Carre, même si les conteneurs céramiques qu’elle a eu l’habitude d’étudier jusqu’à présent sont d’origine plus septentrionale et de chronologie plus ancienne.
4Rappelons brièvement l’historique des fouilles et leur problématique. Localisée dans la passe du port, à faible distance du rivage, l’épave Port-Vendres 1 (ou « épave de l’anse Gerbal »), a été explorée dans des conditions difficiles, sous la pression des aménagements portuaires, tout d’abord en 1963‑1965 par Yves Chevalier et Claude Santamaria (Chevalier, Santamaria 1971), puis en 1973‑1974 sous la direction de Jean-Marie-Gassend (Liou 1974). La datation de l’épave vers 400 se fonde sur la découverte à même le bois de la coque d’un lot de monnaies dont les plus récentes datent des années 383‑392.
- 2 Les amphores Almagro 50, découvertes en position verticale, contenaient encore des restes de sardi (...)
5Après un temps d’hésitation, comparable à celui généré par la fouille des épaves du Grand Congloué à Marseille, il est apparu que le mobilier céramique recueilli lors de la fouille n’était pas synchrone (Parker 1992, p. 330). Une petite partie appartenait à la cargaison du navire, tandis que la grande masse des tessons relevait plus vraisemblablement d’un vaste dépotoir de mouillage « dont la chronologie s’échelonne de la fin de la République au viie s. apr. J.-C. » (Martin 2005, p. 133). On trouve ainsi dans ce dépotoir des céramiques à vernis noir, des céramiques sigillées italiques et sud-gauloises, des céramiques sigillées africaines (Martin 2005), des céramiques communes méditerranéennes (Pasqualini, Tréglia 2003) et du verre. Parmi les amphores, des types orientaux (LRA 1b, 2, 3, 4, 5/6 et Agora M273) et africains d’origine et de datation très hétérogène peuvent être attribués au dépotoir, tandis que plusieurs amphores entières de type Almagro 50, 51C et Sud-Lavezzi A, toutes d’origine lusitanienne et/ou bétique, proviennent sans aucun doute de la cargaison2.
6Au-delà de l’identification typologique précise de ces amphores, de la recherche de leurs lieux de production et de leurs contenus, objectifs de toute étude céramologique, la question principale posée par les amphores africaines de l’anse Gerbal était donc d’essayer de distinguer celles provenant de la fouille du dépotoir et celles pouvant avoir fait partie du chargement de l’épave.
- 3 Le premier signataire de cet article tient à remercier M. Michel Salvat, gestionnaire du dépôt de (...)
7Le lot d’amphores africaines issu de la fouille de l’anse Gerbal se compose de 111 fragments (aucune amphore complète), représentant un nombre minimum de 102 exemplaires différents (tabl. 1). L’approche de ce mobilier a été conduite avec des méthodes classiques d’inventaire et de documentation graphique, à l’occasion de plusieurs missions effectuées en 19943, comprenant également le prélèvement (non systématique) d’échantillons en vue d’observations à la loupe binoculaire. Le développement des recherches archéométriques sur les ateliers d’amphores africains entre 1998 et 2010 a ensuite permis d’exploiter de manière plus efficace ces échantillons, malgré l’altération des pâtes due au séjour en milieu marin, et même d’effectuer un certain nombre d’analyses pétrographiques en lames minces qui apportent les résultats les plus novateurs de cette étude.
8Les amphores de tradition punique (fig. 2) ne sont représentées que par un seul fragment du type Tripolitaine II (1), dans sa variante classique des iie-iiie siècles. Bien que la pâte de ce tesson soit complètement altérée, cette identification est confortée par la position de l’anse, sa section sensiblement triangulaire et la présence d’une cannelure peu profonde sur sa face externe.
|
Catégorie
|
Type
|
Observations
|
TT
|
B
|
F
|
A
|
P
|
NMI
|
Catalogue
|
|
trad. punique
|
Tripolitaine II ?
|
|
1
|
|
|
1
|
|
1
|
1
|
|
Tripolitaine I
|
|
1
|
1
|
|
|
|
1
|
-
|
|
Africaine II A
|
dont 1 ex. précoce
|
2
|
2
|
|
|
|
2
|
2-3
|
|
Africaine II C
|
Nabeul
|
2
|
2
|
|
|
|
2
|
4-5
|
|
Africaine II D
|
1 ex. Salakta, poissé
|
3
|
3
|
|
|
|
3
|
6-8
|
|
romano-africaines
|
Africaine II
|
|
1
|
|
1
|
|
|
1
|
-
|
|
classiques
|
Africaine III A
|
1 ex. poissé
|
7
|
6
|
1
|
|
|
7
|
9-13
|
|
Africaine III B
|
Nabeul, poissé
|
1
|
1
|
|
|
|
1
|
14
|
|
Africaine III
|
4 ex. poissés
|
6
|
1
|
2
|
3
|
|
6
|
-
|
|
Africaine III C
|
poissés
|
3
|
2
|
1
|
|
|
3
|
15
|
|
spatheion 1
|
Nabeul, 4 ex. poissés
|
14
|
2
|
9
|
2
|
1
|
14
|
16-18
|
|
Keay 3B similis
|
cargaison du navire Port-Vendres 1 ?
|
16
|
11
|
1
|
1
|
|
14
|
19-24
|
|
Keay 8B
|
Byzacène méridionale
|
3
|
2 ?
|
1
|
|
|
3
|
25-26
|
|
romano-africaines
|
Keay 27
|
Zeugitane
|
4
|
2
|
2
|
|
|
4
|
27-29
|
|
tardives
|
Keay 36
|
Zeugitane
|
1
|
1
|
|
|
|
1
|
30
|
|
Keay 35B
|
Nabeul, 1 ex. poissé
|
4
|
4
|
|
|
|
4
|
31-32
|
|
Keay 55
|
Nabeul
|
1
|
1
|
|
|
|
1
|
33
|
|
Keay 57
|
Nabeul
|
1
|
1
|
|
|
|
1
|
34
|
|
Keay 55-57
|
1 ex. Nabeul, poissé
|
3
|
|
3
|
|
|
3
|
35
|
|
Albenga 11/12 ?
|
|
2
|
1
|
1
|
|
|
2
|
36-37
|
|
Keay 62
|
1 ex. Nabeul
|
3
|
|
3
|
|
|
3
|
38
|
|
Hr Chekaf II ou III
|
|
1
|
|
1 ?
|
|
|
1
|
39
|
|
romano-africaines
|
indéterminées
|
1 ex. poissé
|
23
|
5
|
11
|
3
|
4
|
16
|
40-44
|
|
imitations africaines de types non africains
|
Dressel 30 ?
|
|
6
|
2
|
3
|
1
|
|
6
|
45
|
|
imitations non africaines
de types africains
|
Africaine III
|
1 ex. poissé
|
2
|
2
|
|
|
|
2
|
46-47
|
|
Total
|
|
|
111
|
|
|
|
|
102
|
|
Tabl. 1 : Port-Vendres. Dépotoir de l’anse Gerbal et/ou chargement complémentaire de l’épave Port-Vendres 1. Inventaire des amphores africaines.
- 4 Voir par exemple Bonifay et al. 2011, fig. 9, no 19‑20.
9Peu abondantes, également, sont les amphores romano-africaines antérieures au milieu du iiie s. (NMI = 3) (fig. 2). Un col de type Tripolitaine I (non catalogué) côtoie deux fragments de bord de type Africaine II A (2 et 3). Après hésitation, le no 2 a été attribué à la variante précoce de ce type (Nacef 2015, p. 42, fig. 44 : type Sullecthum 6), datable de la deuxième moitié du iie s., plutôt qu’à une variante du type Keay 62Q4 du ve s., avec laquelle elle peut aisément être confondue. Parmi les types du milieu et de la seconde moitié du iiie s., à peine plus nombreux (NMI = 5), on distingue deux bords de la variante 2, tardive (fin iiie s.-début ive s.), du type II C (4 et 5), avec une pâte caractéristique de Nabeul, centre principal de production de cette amphore, et deux cols du type II D (6 et 7), le premier étant clairement originaire de Salakta. De même origine, le fragment no 8 a été rattaché à une variante particulière du type II D, connue sur les ateliers de cette cité (Nacef 2015, p. 151, fig. 94, H1/119 : type Sullecthum 9, variante 4) et datable, comme les variantes principales, de la deuxième moitié du iiie s. et du début du ive siècle.
Fig. 2 : Port-Vendres, dépotoir de l’anse Gerbal
Amphores africaines de tradition punique : Tripolitaine II (1). Romano-africaines classiques : Africaines II A précoce (2), Africaine II A (3), Africaines II C (4-5), Africaines II D (6-7), variante (8).
(dessins M. Bonifay)
- 5 L’absence de traces de poix ne signifie pas que l’amphore n’était pas poissée, l’huile ayant pu di (...)
10Toujours dans la catégorie des amphores romano-africaines classiques, le type Africaine III (= Keay 25) constitue un groupe important (NMI = 14) mais assez hétérogène dans le détail (fig. 3). La plupart des fragments se classent au sein du sous-type A, avec une variante probablement précoce (9), du début du ive s., et deux autres plus classiques (10 et 11) auxquelles se rattache peut-être la pointe à section à balustre no 12, datables des décennies centrales du siècle. Le no 13, en raison de son long col, pourrait être plus tardif. Au sous-type B a été attribué un seul fragment (14), avec une pâte typique des ateliers de Nabeul qui furent les principaux producteurs de cette amphore au milieu et dans la deuxième moitié du ive siècle. Six de ces amphores présentent des traces de poix, indices pour un contenu non oléagineux5, vin peut-être pour le sous-type A et salaisons de poissons pour le sous-type B (Woodworth et al. 2015 ; Bonifay 2021).
Fig. 3 : Port-Vendres, dépotoir de l’anse Gerbal
Amphores africaines romano-africaines classiques : Africaines III A (9-13), Africaine III B (14).
(dessins M. Bonifay)
- 6 Comme l’avait très bien démontré, de longue date, J.-P. Joncheray (1975, pl. II).
11Postérieures à la fin du ive s., les amphores romano-africaines tardives sont – et de loin – les plus nombreuses dans cet ensemble (NMI = 79). On signalera tout d’abord une série relativement abondante d’amphores Africaine III C et spatheion 1 (NMI = 17) (fig. 4). Constituant une évolution du type précédent et caractéristiques de la première moitié du ve s., ces deux types doivent être regroupés dans la mesure où ils sont souvent difficiles à distinguer les uns des autres, sinon par la taille6 (15, 16 et 17‑18). La majorité des exemplaires possède une pâte typique des ateliers de Nabeul (zone B) (Bonifay et al. 2010), zone de production principale de ces amphores. Cinq exemplaires portent des traces de poix mais le rôle actuellement attribué à ces amphores est celui d’un space filler, dont le contenu serait de fait interchangeable, dans des cargaisons de navires constituées essentiellement, à partir du ve s., d’amphores cylindriques de fort diamètre (Bonifay 2021, p. 292).
Fig. 4 : Port-Vendres, dépotoir de l’anse Gerbal
Amphores africaines romano-africaines tardives : Africaines III C (15), spatheion type 1 (16-18).
(dessins M. Bonifay)
12C’est à cette catégorie d’amphores dites « cylindriques de grandes dimensions » qu’appartiennent la plupart des autres conteneurs africains (NMI = 37) présents dans le contexte de l’anse Gerbal. On insistera tout d’abord sur le groupe sans doute le plus original de cet ensemble, auquel un article récent a été partiellement dédié (Bonifay, Capelli 2016, p. 537‑541), attribué au type Keay 3B similis (19‑24) (NMI = 14) (fig. 5). Parmi les amphores rangées par S. Keay dans son type 3B similis, seuls trois fragments (Keay 1984, fig. 39.4‑5 et 107.3) semblent directement correspondre aux amphores de Port-Vendres. Elles sont caractérisées par un bord épaissi et déversé, creusé d’une gorge interne, un col tronconique généralement orné d’un décor peigné, horizontal ou ondé, des anses massives et trapues à section relativement aplatie, et une panse dont le départ presque horizontal trahit le grand diamètre. On retrouve les mêmes ca-ractéristiques sur des exemplaires de Tarragone datés du second quart du ve s. (Remolà Vallverdú 2000, fig. 17.1‑9), tandis qu’à Port-Vendres deux exemplaires se distinguent par un décor peigné non pas sur le col mais sur l’épaulement. Sur la base de ces éléments et aidé par la découverte à Port-Vendres d’un fond attribuable à ce type (24), on a proposé de rapprocher ces fragments d’une amphore complète (h. 1,00 m ; diam. max. 0,44 m ; capacité env. 103 litres) exhumée à Tarquinia dans un contexte de la première moitié du ve s. (Aoyagi 1994, fig. 21 ; Bonifay 2004, fig. 70, type 34A, no 3). Les analyses pétrographiques (voir infra) montrent une bonne compatibilité entre les pâtes d’une part des différents exemplaires de Port-Vendres, y compris le col no 23, assez différent dans le détail du bord, et d’autre part de l’exemplaire de Tarquinia. L’origine de cette amphore reste incertaine (voir discussion infra), même si le territoire actuel de l’Algérie reste une possibilité. Enfin, l’homogénéité typologique, frappante par rapport aux autres amphores africaines du dépotoir, mais également la même décoloration grise que celle rencontrée sur les amphores hispaniques de l’épave, attribuable à l’altération secondaire dans les mêmes conditions (anaérobies) de déposition, plaident en faveur de l’appartenance de ce groupe d’amphores non pas au dépotoir de mouillage mais bien plutôt à la cargaison du navire.
Fig. 5 : Port-Vendres, chargement complémentaire de l’épave Port-Vendres 1 (?)
Amphores africaines romano-africaines tardives : type Keay 3 similis (19-22, 24), variante (23) et exemplaire de comparaison de Tarquinia, Italie (Aoyagi 1994).
(dessins M. Bonifay)
- 7 Deux ateliers sont connus : Majoura (Nasr 2015) et Meknassi (Ben Moussa 2017). En revanche, il con (...)
- 8 Sur cet atelier, voir en dernier lieu Járrega Domínguez, Prevosti Monclús 2022.
13On énumérera rapidement les autres types d’amphores cylindriques de grandes dimensions présents sur le site (fig. 6‑7). Si l’attribution au type Keay 8B du fragment de bord no 25 est incertaine, le fond no 26 appartient lui sans aucun doute à ce type ou à son prédécesseur, le type Keay 59, comme l’indiquent sa longue pointe cylindrique et l’examen de la pâte, tous deux très significatifs. Ce sont des amphores originaires de Byzacène méridionale7, datées entre la fin du ive s. (Keay 59) et le milieu du vie s. (variantes les plus tardives du type Keay 8B), peut-être dédiées au transport de l’huile. Les types Keay 27 (27‑29) et 36 (30) sont également bien représentés, cette identification reposant à la fois sur la typologie très caractéristique de ces conteneurs (cols) et sur l’examen de la pâte (fonds). L’origine de ces amphores, bien attestées dans les contextes du ve s. (par ex. à Marseille : Bonifay et al. 2011, p. 241‑244, fig. 6 et 7), est présumée comme étant peu éloignée de Carthage (peut-être la basse vallée de la Méjerda) (Capelli, Bonifay 2023) et leur contenu reste incertain (huile ?). Comme cela est habituel dans les contextes du ve s. et de la première moitié du vie s., les amphores produites à Nabeul sont les plus nombreuses (NMI = 9) : col et bords de type Keay 35B (31 et 32), 55 (33) et 57 (34), fond attribuable à la série Keay 55‑56‑57 (35), identification confortée par l’examen de la pâte, compatible avec les ateliers de la zone B, notamment celui de Sidi Zahruni8. La présence de poix sur le no 32 conforte l’hypothèse pour le type Keay 35B d’un contenu non oléagineux, peut-être des salaisons de poissons (Bonifay 2021). Enfin, les séries plus tardives sont représentées par trois types qui se succèdent dans le temps : le type Albenga 11/12, de la fin du ve s. et de la première moitié du vie s., auquel nous proposons d’attribuer un bord et un fond (36 et 37), le type Keay 62 du vie s., dont un des fragments de fond à renflement annulaire (38) semble originaire de Nabeul, et le type Henchir Chekaf II ou III (Nacef 2015, p. 55‑56 [= Keay 61C et Bonifay 47]), de la fin du vie s. et de la première moitié du viie s., avec un unique fragment de fond à section « en diabolo » (39). Si cette dernière identification est exacte, nous tenons avec ce fragment l’un des témoins des plus tardifs des importations africaines du contexte de l’anse Gerbal.
Fig. 6 : Port-Vendres, dépotoir de l’anse Gerbal
Amphores africaines romano-africaines tardives : types Keay 8B (25 ?, 26), Keay 27 (27-29), Keay 36 (30).
(dessins M. Bonifay)
Fig. 7 : Port-Vendres, dépotoir de l’anse Gerbal
Amphores africaines romano-africaines tardives : types Keay 35B/85 (31), Keay 35B (32), Keay 55 (33), Keay 57 (34), Keay 55-57 (35), Albenga 11/12 (36, 37 ?), Keay 62 A-D (38), Henchir Chekaf II ou III (39 ?).
(dessins M. Bonifay)
14On terminera ce tour d’horizon en mentionnant la présence d’imitations d’amphores gauloises auxquelles il est convenu d’adresser le nom de Dressel 30 (NMI = 6), sans qu’il soit toujours possible d’en déterminer l’origine exacte (africaine, hispanique, autre) et dont seul un fragment de fond (45) a été pris en catalogue (fig. 9).
- 9 On citera en particulier les ateliers d’El Mojon, près de Carthagène (Berrocal Caparrós 2012).
- 10 L’examen des amphores de l’épave de Mandirac à Narbonne (ve s.), effectué en 2016 à la demande de (...)
15En revanche, une amphore de typologie résolument africaine (type Africaine III A) (46), dont on ne sait s’il faut l’attribuer à l’épave ou au dépotoir de mouillage, s’est révélée hispanique à l’analyse pétrographique, probablement de la région de Malaga-Carthagène (voir infra). L’imitation de types africains par les ateliers hispaniques, notamment à partir de la fin du ive s., est un phénomène bien connu (Bonifay 2014, p. 84‑859) mais son ampleur est sans doute à réévaluer encore à la hausse (Capelli, Bonifay 202310). C’est pourquoi la morphologie particulière du no 47 nous a incités par prudence, même en l’absence d’analyse pétrographique, à classer cet exemplaire comme une possible imitation (hispanique ?) du type Africaine III C ou spatheion, plutôt que comme une production africaine originale (fig. 9).
- 11 Tenir compte cependant de la date (1994) de constitution du catalogue, sans retour depuis au matér (...)
16Enfin, on retiendra que les fragments, notamment de fonds (40‑44), dont il n’a pas été possible d’identifier le type, restent nombreux (NMI = 16) dans ce contexte11 (fig. 8).
Fig. 8 : Port-Vendres, dépotoir de l’anse Gerbal
Amphores africaines romano-africaines tardives : types indéterminés (40-44).
(dessins M. Bonifay)
Fig. 9 : Port-Vendres, dépotoir de l’anse Gerbal ou chargement complémentaire de l’épave Port-Vendres 1 (46 ?)
Imitation africaine de type non africain : Dressel 30 (45). Imitations non africaines de types africains : type Keay 25 (46-47).
(dessins M. Bonifay)
- 12 Nous remercions M. le Professeur Aoyagi et notre collègue Tomoo Mukai pour nous avoir fourni un éc (...)
17Quatre cols du type Keay 3B similis de Port-Vendres (19‑22), auxquels ont été ajoutés le col no 23 et le fragment de fond no 24, ont été analysés en lames minces et comparés avec un échantillon de l’amphore complète de Tarquinia12. Bien que celles des amphores provenant de l’épave soient très altérées, toutes les pâtes peuvent être attribuées à un seul groupe (légèrement variable) caractérisé par la prévalence d’inclusions de quartz assez bien classées, à distribution bimodale. La fraction majeure, moins fréquente, est composée de quartz arrondi (éolien) plutôt grossier (jusqu’à 0,8 mm sauf dans le no 5 : <0,5 mm), occasionnellement associé à des fragments de grès à quartz, de calcaire et de mollusques. Dans la fraction mineure (essentiellement <0,2 mm), moyennement ou plutôt abondante, on note dans plusieurs cas (spécialement quand la pâte est moins cuite et/ou moins altérée) d’abondants microfossiles (foraminifères) associés au quartz (fig. 10).
Fig. 10 : Port-Vendres, chargement complémentaire de l’épave Port-Vendres 1 (21, 22 ; 46 ?)
Microphotographies de pâtes (Nx).
(clichés C. Capelli)
18Ces analyses font ainsi apparaître une assez bonne homogénéité pétrographique des cols d’amphores Keay 3B similis de Port-Vendres entre eux (19‑22) et avec le fond no 24 dont l’attribution typologique est désormais confirmée. La pétrographie du col no 23 est légèrement différente mais reste compatible avec les précédents échantillons. Enfin, il y a également une compatibilité générale des pâtes de Port-Vendres avec elle de l’exemplaire de Tarquinia. On est donc dans un cas assez favorable où les analyses pétrographiques permettent de conforter les attributions typologiques. La question de l’origine de cette production est plus difficile à résoudre. La présence de rares fragments de grès à quartz, compatibles avec le Flysch numidien, pourrait indiquer une origine africaine plutôt septentrionale (Capelli, Bonifay 2014). La Tripolitaine et la côte orientale de la Tunisie semblent exclues, également pour des raisons archéologiques (très faible diffusion dans cet espace), tandis qu’une provenance algérienne n’est pas impossible.
- 13 La possibilité d’une provenance de l’Algérie du nord, caractérisée par de roches crystallines simi (...)
19Par ailleurs, l’analyse pétrographique en lame mince du col no 46 a révélé la composition suivante : fragments de quartz-micaschistes (de dimensions jusqu’à 1,3 mm, en prévalence <0,5 mm), quartz et abondants micas (< 0,2 mm). Dans la fraction fine se trouvent également d’assez nombreux microfossiles (foraminifères) et d’occasionnels fragments de roches non schisteuses (subintrusives ?) à plagioclase et amphibole (fig. 10). Cette composition permet d’exclure une provenance tunisienne, tandis qu’elle est bien compatible avec la géologie et les pâtes de référence de l’Espagne du sud et de la zone de Malaga-Carthagène en particulier (Capelli, Bonifay 2014 et 202313).
20Amphores de tradition punique
– 1 : type Tripolitaine II (?), épaulement et anse ; pâte grise (décoloration uniforme), inclusions de quartz, traces de mica ; Afrique indéterminée (Tripolitaine) (Inv. A84). Dépotoir de mouillage ?
21Amphores romano-africaines classiques
– 2 : type Africaine II A précoce (Sullecthum 6) (?), bord (Inv. A58). Dépotoir de mouillage ?
– 3 : type Africaine II A, bord ; pâte grise (décoloration uniforme), inclusions de quartz ; présence de poix ; Afrique indéterminée (Inv. A75). Dépotoir de mouillage ?
– 4 : type Africaine II C2, bord ; pâte orange clair, petites inclusions de quartz et petites taches jaunes ; présence de poix ; Nabeul (zone A) pas exclu (Inv. A23). Dépotoir de mouillage ?
– 5 : bord Africaine II C2 ou 3, bord ; pâte brune (décolorée ?), compacte, petites inclusions de quartz éolien, nombreuses taches jaunes ; Afrique indéterminée, Nabeul (zone A) pas exclu (Inv. A77). Dépotoir de mouillage ?
– 6 : type Africaine II D1, col ; timbre anépigraphe : deux demi-cercles adossés ; pâte bicolore orange et grise, très nombreuses petites inclusions de quartz et blanches ; présence de poix ; Salakta probable (Inv. A19). Dépotoir de mouillage ?
– 7 : type Africaine II D2, col ; bord intérieur fortement épaissi, attache supérieure de l’anse en tenon (Inv. A78). Dépotoir de mouillage ?
– 8 : type Africaine II D (?), Sullecthum 9, variante 4, bord ; pâte jaune orangé à cœur brun (décolorée ?), nombreuses petites inclusions de quartz et blanches ; Salakta probable (Inv. A76). Dépotoir de mouillage ?
– 9 : type Africaine III A, col ; variante précoce (?) ; présence de poix (Inv. A36). Dépotoir de mouillage ?
– 10 : type Africaine III A, col ; bord timbre anépi-
graphe : cercle ; présence de poix (Inv. A35). Dépotoir de mouillage ?
– 11 : type Africaine III A, bord ; présence de poix (Inv. A26). Dépotoir de mouillage ?
– 12 : type Africaine III A (?), fond ; pâte brun orangé (décolorée ?), petites inclusions de quartz éolien, silt à quartz (?) décoloré gris ; présence de poix ; Nabeul (zone B) possible (Inv. A30). Dépotoir de mouillage ?
– 13 : type Africaine III A (?), col ; variante tardive (?) ; présence de poix (Inv. A34). Dépotoir de mouillage ?
– 14 : type Africaine III B, bord ; pâte orange, compacte, légèrement feuilletée, inclusions de quartz éolien petit et moyen ; présence de poix ; Nabeul possible (Inv. A31). Dépotoir de mouillage ?
22Amphores romano-africaines tardives
– 15 : type Africaine III C, fond ; pâte gris orangé (décolorée), légèrement feuilletée, quartz éolien petit et moyen ; présence de poix ; Afrique indéterminée (Inv. A39). Dépotoir de mouillage ?
– 16 : type spatheion 1, bord ; pâte brun orangé (décolorée ?), inclusions de quartz moyen et petit, silt à quartz ; présence de poix ; Nabeul (zone B) probable (Inv. A66). Dépotoir de mouillage ?
– 17 : type spatheion 1, bord ; pâte orange, compacte, inclusions de quartz éolien, silt à quartz altéré (gris), quelques stries blanc jaunâtre ; présence de poix ; Nabeul (zone B) probable (Inv. A46). Dépotoir de mouillage ?
– 18 : type spatheion 1, fond ; pâte orange, compacte, quartz, silt à quartz décoloré gris, inclusions ferrugineuses ; présence de poix ; Nabeul (zone B) probable (Inv. A43). Dépotoir de mouillage.
– 19 : type Keay 3B similis, col ; trois lignes espacées de peignage sur le col au niveau de l’attache supérieure de l’anse ; pâte grise (décolorée), surface beige-gris ; pas de trace de poix. Lame mince 11676 : groupe majoritaire, voir description ci-dessus (Inv. A1). Cargaison de l’épave ?
– 20 type Keay 3B similis, col ; treize lignes groupées de peignage sur le col au niveau de l’attache supérieure de l’anse ; pâte grise (décolorée), surface beige-gris ; pas de trace de poix. Lame mince 11677 : groupe majoritaire, voir description ci-dessus (Inv. A2). Cargaison de l’épave ?
– 21 : amphore africaine, type Keay 3B similis, col ; sept lignes groupées de peignage sur l’épaulement au niveau de l’attache inférieure de l’anse ; pâte grise (décolorée), surface beige-gris ; pas de trace de poix. Lame mince 11679 : groupe majoritaire, voir description ci-dessus (Inv. A6). Cargaison de l’épave ?
– 22 : type Keay 3B similis, col ; deux lignes ondées de peignage sur le col au niveau de l’attache supérieure de l’anse ; pâte grise (décolorée), surface beige-gris ; pas de trace de poix. Lame mince 11678 : groupe majoritaire, voir description ci-dessus (Inv. A5). Cargaison de l’épave ?
– 23 : type apparenté au type Keay 3B similis (= Bonifay 34B), col ; sept lignes groupées de peignage sur l’épaulement au niveau de l’attache inférieure de l’anse ; pâte grise (décolorée), surface beige-gris ; pas de trace de poix. Lame mince 11680 : groupe majoritaire, variante plus fine, voir description ci-dessus (Inv. A11). Cargaison de l’épave ?
– 24 : type Keay 3B similis (?), fond ; pâte grise (décolorée), surface beige-gris ; pas de trace de poix. Lame mince 11681 : groupe majoritaire, voir description ci-dessus (Inv. A14). Cargaison de l’épave ?
– 25 : type Keay 8B (?), bord (Inv. A68). Dépotoir de mouillage ?
– 26 : type Keay 59/8B, fond ; pâte brun-gris (décolorée), très fine, très petites inclusions de quartz éolien, mica (?) ; compatible avec la pâte classique des types Keay 59/8B, Byzacène méridionale (Inv. A85). Dépotoir de mouillage ?
– 27 : type Keay 27, col (Inv. A53). Dépotoir de mouillage ?
– 28 : type Keay 27 (?), fond ; pâte gris orangé (décolorée), matrice pure, inclusions de quartz, stries brunes (décolorées ?) ; compatible avec la pâte classique des types Keay 27/36, Zeugitane (basse vallée de la Méjerda ?) (Inv. A13). Dépotoir de mouillage ?
– 29 : type indéterminé (Keay 27 ?), fond ; pâte orange clair brunâtre (décoloré), matrice pure, petites inclusions de quartz éolien, quelques stries jaunâtres ; compatible avec la pâte classique des types Keay 27/36, Zeugitane (basse vallée de la Méjerda ?) (Inv. A81). Dépotoir de mouillage ?
– 30 : type Keay 36, col (Inv. A52). Dépotoir de mouillage ?
– 31 : type Keay 35B, col ; pâte orange, compacte, légèrement feuilletée, quartz éolien, sil à quartz décoloré gris, inclusions ferrugineuses ; Nabeul (zone B) probable (Inv. A48). Dépotoir de mouillage ?
– 32 : type Keay 35B/85, bord ; pâte orange brun, nombreuses inclusions de quartz éolien, silt à quartz (?) décoloré jaune ; présence de poix ; Nabeul ou autre zone d’atelier du cap Bon pas exclu (Inv. A50). Dépotoir de mouillage ?
– 33 : type Keay 55, col ; pâte orange, compacte, inclusions de quartz, silt à quartz décoloré gris ; Nabeul (zone B) probable (Inv. A79). Dépotoir de mouillage ?
– 34 : type Keay 57, col ; pâte orange à franges grises (décolorée ?), inclusions de quartz éolien moyen et petit, silt à quartz décoloré jaune ; Nabeul (zone B) probable (Inv. A55). Dépotoir de mouillage ?
– 35 : type Keay 55‑57, fond ; pâte orange, compacte, nombreuses petites inclusions de quartz, silt à quartz décoloré jaune ; Nabeul (zone B) probable (Inv. A17). Dépotoir de mouillage ?
– 36 : type Albenga 11/12 (?), bord (Inv. A67). Dépotoir de mouillage ?
– 37 : type Albenga 11/12 (?), fond (Inv. A69). Dépotoir de mouillage ?
– 38 : type Keay 62 A-D, fond ; pâte orange, compacte, inclusions de quartz éolien et silt à quartz, quelques stries blanc jaunâtre ; Nabeul (zone B) probable (Inv. A57). Dépotoir de mouillage ?
– 39 : type Henchir Chekaf II ou III (?), fond (Inv. A71). Dépotoir de mouillage ?
– 40 : type indéterminé, fond ; graffito avant cuisson, sous le fond : onde ; pâte brun orangé, nombreuses petites inclusions de quartz arrondi, surface ext. grise ; Afrique indéterminée (Inv. A80). Dépotoir de mouillage ?
– 41 : type indéterminé (Keay 27/36 ?), fond ; pâte orange à franges grises (décoloration ?), matrice pure, nombreuses petites inclusions de quartz éolien ; Afrique indéterminée (Zeugitane ?) (Inv. A82). Dépotoir de mouillage ?
– 42 : type indéterminé (Keay 41 ?), fond (Inv. A15). Dépotoir de mouillage ?
– 43 : type indéterminé, fond ; pâte orange, matrice pure, nombreuses très petites inclusions de quartz, argilites, coquillage ; présence de poix ; Afrique indéterminée (Inv. A18). Dépotoir de mouillage ?
– 44 : type indéterminé, fond ; pâte brun orangé (décolorée ?), légèrement feuilletée, très grosses inclusions de quartz (anguleux et arrondi) et de calcaire ; présence de poix ; Afrique (?) indéterminée (Inv. A70). Dépotoir de mouillage ?
23Imitations africaines de types non africains
– 45 : type Dressel 30 (?), bord ; pâte brun orangé, inclusions de quartz anguleux et arrondi, altérations grises ; Afrique indéterminée (Inv. A73). Dépotoir de mouillage ?
24Imitations non africaines de types africains
– 46 : imitation hispanique du type africain Keay 25.1, col ; pâte beige à inclusions grises ; pas de trace de poix. Lame mince 11687 : la pâte se distingue par l’absence de quartz éolien et la présence dominante d’inclusions métamorphiques compatible avec une origine hispanique (région de Malaga ?), voir description ci-dessus (Inv. A47). Épave ou Dépotoir de mouillage ?
– 47 : imitation hispanique (?) du type Keay 25, col ; présence de poix (Inv. A45). Dépotoir de mouillage ?
- 14 Castellvi et al. 2006, p. 47 : « Portus Veneris n’aurait été dans l’Antiquité qu’un simple mouilla (...)
- 15 Alors que celles des iie-ive s. l’ont été à Ostie… on aurait pu tout aussi bien le faire à Marseil (...)
25L’étude archéologique et archéométrique des amphores africaines de l’anse Gerbal confirme tout d’abord que l’essentiel du matériel doit vraisemblablement être attribué à un dépotoir qui s’est progressivement formé dans ce point de mouillage14. Les amphores africaines antérieures à la date présumée du naufrage de Port-Vendres 1 sont peu nombreuses et très fragmentées. Le seul contexte réellement décelable s’inscrit dans la période de la deuxième moitié du iiie s. et du début du ive s., le synchronisme avec les célèbres épaves à chargement hispano-africain sur le modèle de Cabrera 3 (Bost et al. 1992 ; Bonifay, Tchernia 2012, p. 320), n’étant peut-être pas complètement fortuit. La grande masse des amphores africaines est postérieure à la datation de Port-Vendres 1, avec une surreprésentation des conteneurs du ve s. et du premier tiers du vie siècle. Il s’agit d’un moment charnière dans l’organisation du commerce en Méditerranée occidentale, Rome cessant d’être le hub de la majorité des échanges, les lignes directes au départ de l’Afrique vers les cités se multipliant, avec des chargements optimisés grâce à l’invention de nouveaux types d’amphores, tels les spatheia que l’on glisse entre les larges amphores cylindriques qui constituent la majorité des amphores africaines retrouvées dans ce contexte. Ce n’est sans doute pas un hasard si les amphores africaines cylindriques de grandes dimensions du ve s. ont été tout d’abord classifiées hors de Rome, en Catalogne (Keay 198415). En revanche, on peine dans ce contexte à trouver des amphores africaines postérieures aux décennies centrales du vie siècle. Tout se passe comme si le dépotoir de l’anse Gerbal se faisait l’écho de phases de “crise” (au sens neutre du terme) de la circulation des marchandises africaines entre le milieu du iiie s. et l’époque byzantine. Cette hypothèse serait à tester plus avant, en lien avec le matériel retrouvé en milieu terrestre dans la région roussillonnaise.
- 16 Étude et renseignement Dominique Pieri.
- 17 Celle de la Chrétienne D (Joncheray 1997) présente quelques analogies qui ne sont toutefois pas co (...)
26Si l’hypothèse de l’appartenance des amphores Keay 3B similis à son chargement est exacte, l’épave Port-Vendres 1 pourrait fournir un nouvel exemple de cargaison hispano-africaine, avec une nette bipolarisation des origines : d’une part la Lusitanie et/ou la Bétique pour la cargaison principale d’amphores à salsamenta Almagro 50, 51 et Sud-Lavezzi A, et d’autre part une région d’Afrique homogène, peut-être non tunisienne (?), pour les amphores Keay 3B similis et apparentée. On doit cependant relever plusieurs difficultés. Tout d’abord sa chronologie est beaucoup plus tardive que celle des autres épaves classées dans cette catégorie et généralement datées entre le milieu du iiie s. et les premières décennies du ive siècle. Par ailleurs, il n’est pas tout à fait exclu qu’une troisième famille d’amphores ait fait partie du chargement : ce pourrait être le cas des amphores LRA 1a de Cilicie représentées sur ce site par une série de cols montrant la même décoloration grise uniforme que celles des amphores hispaniques et des amphores Keay 3B similis16. Enfin, une différence essentielle avec les autres cargaisons hispano-africaines réside dans l’homogénéité de la provenance des amphores africaines, même si cette zone de production n’est pas précisément localisée. On ne sait donc pas comment interpréter ce chargement pour lequel on peine à trouver des comparaisons précises parmi les autres épaves de l’Antiquité tardive de Méditerranée nord-occidentale17.
27Enfin, un problème éclairci par cette étude est celui du type Keay 3B similis qu’il convient désormais de considérer comme un type à part entière, avec de possibles variantes (col no 23). Il appartient clairement à la famille des conteneurs de grandes dimensions et date de la première moitié du ve s. comme le montrent les exemplaires de Tarragone, de Tarquinia et du Marduel (Py, Raynaud 1982, fig. 26, no 26). La faible diffusion de ce type en Tunisie et en Méditerranée centrale, sa bonne représentation dans les contextes catalans et enfin des caractéristiques pétrographiques relativement homogènes plaident en faveur d’une origine africaine nord-occidentale : nord-ouest de la Tunisie ou Algérie (?). On ne possède pas d’indications sur son contenu mais le fait que les fragments de Port-Vendres 1 ne présentent pas de traces de poix incite à ne pas exclure l’huile.
28Comme indiqué en introduction, cette brève note n’a pas d’autre ambition que de compléter la publication progressive du matériel récolté lors des fouilles de l’anse Gerbal entre 1964 et 1974. Par touches successives, ces études de mobilier dressent peu à peu un tableau inédit de la fréquentation d’un mouillage de Catalogne septentrionale, à tiers chemin entre les ports majeurs de Narbonne et de Tarragone, qu’il conviendrait de confronter avec les données de l’archéologie terrestre.
- 18 Sur ces contacts, voir en dernier lieu Amraoui, Quevedo Sanchez 2022.
29À propos de l’épave Port-Vendres 1 elle-même, cette étude semble pouvoir introduire la possibilité d’un chargement complémentaire africain (d’huile ?) aux côtés d’une cargaison principale hispanique (de salsamenta) dans une chronologie inhabituelle pour ce type de chargement mixte, étant toutefois observé que les amphores africaines en question peuvent provenir d’une région traditionnellement en contact avec la péninsule Ibérique18. Cette épave est donc un jalon de plus en vue de la réévaluation du commerce des provinces les plus occidentales de l’Afrique romaine.
30Enfin, il est un point de chronologie à relever, contemporain cette fois, qui montre combien les archéologues, habitués à travailler sur le temps long, sont eux-mêmes très souvent embarqués dans des périples au long cours. L’étude de l’épave de Port-Vendres 1 et de la fouille de l’anse Gerbal en est un parfait exemple, avec une série d’interventions sur zone entre 1964 et 1974, des études de mobiliers qui s’étalent sur plus d’un demi-siècle, des évolutions de méthodes et de paradigmes mais une persévérance jamais démentie, à l’échelle d’une ou plusieurs carrières successives.