- 1 Mazon 1884, p. 186-199 ; Girard 2002, p. 102-104 ; Bailly-Maître, Minvielle Larousse, Kammenthaler (...)
1Entre le Mont Lozère et la vallée du Chassezac, aux limites du Gard, de la Lozère et de l’Ardèche, de nombreux gisements argentifères ont fait l’objet d’exploitations au moins depuis l’Antiquité1. La concession de Villefort, dans ses limites actuelles, entre le lac de Villefort et le Chassezac, a connu une exploitation depuis le milieu de l’époque moderne jusqu’en 1931 (fig. 1). La société Recylex, propriétaire de la concession, souhaitant renoncer au titre minier, préalablement à la déclaration d’arrêt définitif des travaux et conformément au code minier, une expertise archéologique a été menée en 2011, avant la mise en sécurité des travaux.
Fig. 1 Limites de la concession de Villefort aux confins du Gard, de la Lozère et de l’Ardèche.
É. Kammenthaler
2Plus de vingt ouvrages miniers ont pu être observés, décrits, topographiés et photographiés lors de l’expertise. Il s’agit principalement de recherches menées sur quelques mètres, parfois sur plusieurs centaines de mètres. Quelques chantiers, généralement modestes, ont tout de même permis la production de métaux. Un ouvrage particulier avait attiré notre attention. Dans le chantier de Maulevrier du secteur de Peyrelade, des traces de fleurets semblaient correspondre aux premiers usages de la poudre dans les mines. Cet indice rarement observé nécessitait des investigations complémentaires. Une seconde opération archéologique, centrée sur la caractérisation de ces traces, s’est ainsi déroulée au printemps 2014.
3Le chantier de Maulevrier devant être rendu inaccessible dans le cadre de la mise en sécurité, le Service régional de l’archéologie souhaitait, dans un objectif de sauvegarde, que les caractéristiques des traces de tirs soient enregistrées. Par le biais d’une double approche, à la fois archéologique et historique, il s’agissait aussi de rattacher ces vestiges à une période chronologique précise et de comparer les éléments collectés aux données issues d’autres sites français et européens.
4Les investigations archéologiques se sont attachées à l’étude architecturale de la mine, au relevé précis des traces de fleuret et à l’étude statistique des caractéristiques des trous de fleuret. Des moulages en silicone et tirages en résine époxy des traces significatives ont été réalisés. En complément de ces investigations, la nécessité de réaliser une prospection sur d’autres filons autour de Villefort s’est imposée en cours d’étude. Il s’agissait de confronter certaines données textuelles avec le terrain. Parallèlement aux opérations archéologiques, une phase de dépouillement d'archives a été programmée afin de tenter de réunir des informations sur cette exploitation, d’ordre chronologique et technique notamment.
- 2 Vergani 2003.
- 3 Un document conservé dans la bibliothèque du Vatican rapporte une démonstration de mise en œuvre d (...)
5Dans l’histoire des sciences et techniques, la poudre noire occupe une place particulière. Apparue très tôt en Chine, vraisemblablement avant le xe siècle, elle est utilisée tardivement, au xviie siècle, dans les travaux miniers. Ce décalage chronologique résulte de la dangerosité du produit ainsi que de la difficulté d’élaborer un procédé de mise en œuvre efficace, praticable en situation souterraine. En dehors des applications militaires et des armes à feu, les utilisations en travaux publics ont précédé l’usage minier. Le principal usage civil se rencontre face à des difficultés de construction de voies en montagne. D’après R. Vergani, plusieurs cas de travaux d’élargissement de passages sont répertoriés en Italie au cours du xvie siècle2. Toujours à cette période, il faut noter le cas particulier de l’exploitation des carrières d’alun de Tolfa, situées près de Rome, dans le massif montagneux des Apennins3.
6D’une manière générale, la poudre, en raison de son effet de brisance incontrôlé lors de la déflagration, n’est pas utilisée en carrière pour produire des pierres de construction, seul un usage de dégagement de mort-terrain peut-être envisagé. Deux types d’effets sont à l’origine de l’usage de la poudre noire, tout d’abord l’effet de brisance résultant de l’action de l’onde de choc suivi de l’effet de poussée, conséquence de l’expansion du volume gazeux produit. Le résultat dépend ensuite du comportement et de la résistance des matériaux contenant la charge vis-à-vis de ces deux effets. L’application en mine nécessite la maîtrise de ces derniers.
7La raison de l’introduction de l’explosif en mine en complément puis en substitution des méthodes utilisant des outils métalliques, le marteau et la pointerolle, est la conséquence de la difficulté, voire de l’impossibilité de percer des galeries dans des roches très dures avec un coût acceptable4. L’utilisation en mine de la poudre « à canon » suppose la fabrication de nouveaux outils et la résolution de plusieurs problèmes de mise en œuvre de ce qui reste potentiellement un risque majeur.
- 5 Hollister-Short 1985 ; Karl-Heinz 1986 ; Hollister-Short 1994 ; Berg 1996 ; Wild 1996.
- 6 Hollister-Short 1985, p. 43.
- 7 Vozar 1977. Son étude, publiée en allemand en 1978 (Vozar 1978), résume la bibliographie de la zon (...)
8Certains auteurs se sont attachés à fournir la chronologie des occurrences dans la zone européenne5. Une étude critique a permis d’écarter d’abord deux dates légendaires : la première situant l’innovation aux mines de Rammelsberg dans le Harz au xiiie siècle, une confusion étant faite avec l’usage du feu, et la seconde dans les mines d’or de Transylvanie autour de 1395-13966. Par la suite, la date de 1613, rapportée par la tradition pour les mines de Freiberg en Saxe, a été contestée7. Enfin, à partir de la publication de J. Vozar, la date de 1627 pour l’utilisation de la poudre dans les mines de Schemnitz a été admise par les historiens. Toutefois, la documentation relative à cet événement présente pour chaque site des différences de qualité et de précision. L’histoire des techniques minières comporte des informations d’usages présumés de poudre en mine, car la grande majorité des sources consiste en une simple mention dans un texte. Ces mentions ne sont pas toujours explicites et ont donc souvent donné lieu à interprétations et discussions.
- 8 Pierre 1992 ; Pierre 1993a ; Pierre 1993b ; Pierre et Wéber 2013 ; Pierre 2014, Pierre 2015.
9La publication des résultats des recherches menées sur le site minier du Thillot (Vosges) ont modifié cet état de fait. Elles ont permis d’établir la précocité dans le contexte européen de l’achat de poudre noire, dès 1617, dix ans avant la date reconnue [de 1627] à Schemnitz8. Les données originales obtenues dans les Vosges sont le résultat d’une approche archéologique combinée à l’analyse de documents d’archives du domaine minier lorrain des xvie et xviiie siècles. Ces résultats étaient jusqu’alors pratiquement les seuls permettant de préciser les conditions opératoires au début du siècle. Les gestes du mineur, sa pratique et l’outillage liés à cette « révolution » technique avaient en effet été retrouvés sur le terrain par l’étude archéologique. C’est donc dans cette même perspective que s’est inscrite l’étude des exploitations à la poudre de Villefort.
10Les mines de la concession de Villefort sont situées en rive droite du Chassezac entre l’Altier, au nord, et les deux versants du valat de Chalondres, au sud, sur les communes de Villefort et Pied-de-Borne en Lozère et de Malons-et-Elze dans le Gard.
11La région est traversée par deux accidents tectoniques majeurs qui se croisent aux environs de Villefort : du nord au sud, la faille de Villefort, et d’est en ouest, la faille du mont Lozère. Ce croisement marque quatre zones géologiques distinctes : au nord-ouest, les terrains schisteux et mica-schisteux du Goulet ; au nord-est, le massif granitique de la Borne ; au sud-est, les séries schisteuses de la Cézarenque ; et, au sud-ouest, le massif granitique du Mont Lozère, intrusif dans les schistes des Cévennes (fig. 2).
Fig. 2 Carte géologique simplifiée de Villefort, Lozère.
É. Kammenthaler d’après Thirion 1933, Elmi et al. 1989
- 9 Elmi, Brouder, Berger et al. 1989.
12Dans la concession, les gisements métallifères exploités sont généralement des filons de quartz et baryte minéralisés en galène argentifère, chalcopyrite, pyrite et blende9.
- 10 Dupraz, Fraisse et Leclant 2001, p. 424.
- 11 Fabrié 1989 ; Provost 1999 ; Dupraz, Fraisse et Leclant 2001, p. 424‑425.
- 12 Fabrié 1989, p. 120.
- 13 Ibid., p. 48 ; Prassl 1997.
- 14 Voir à ce sujet Fabrié 1989.
13Les mines de la concession de Villefort s’inscrivent dans un secteur qui a livré de nombreux vestiges d’occupation, les plus anciens remontants à la Protohistoire10 et à la période gallo-romaine11. Dans le canton de Villefort même, les vestiges d’occupation sont ténus, mais ils marquent toutefois une présence importante et durable dès l’Antiquité. L’exploitation des gisements métallifères, principalement le plomb et l’argent, semble déjà importante : une lampe romaine aurait été trouvée dans une galerie de mine à Villefort12, des mines antiques sont connues à proximité du Bleymard13 et plusieurs auteurs attribuent des sites à scories à la période gallo-romaine14.
- 15 Hélas 1974 ; Le Blévec 1987 ; Bailly-Maître, Minvielle Larousse, Kammenthaler et al. 2013, p. 73‑7 (...)
- 16 Débax 2012, p. 147‑148.
- 17 Girard 2003 ; Ploquin, Allée, Bailly-Maître et al. 2010 ; Bailly-Maître, Minvielle Larousse, Kamme (...)
14La période médiévale est marquée par une densification de l’occupation des vallées du Chassezac et de l’Altier. Cet espace, situé entre les diocèses d’Uzès, de Mende et de Viviers était dominé au moins à partir du xie siècle par de puissants lignages laïques, en particulier les seigneurs du Tournel, de Randon et d’Anduze, tout en étant occupé par plusieurs ordres religieux comme les chanoines de Saint-Chaffre, les hospitaliers de Gap-Françès ou les templiers de Jalès15. Le castrum péager de la Garde-Guérin, sur le chemin de Regordane, en est certainement le témoin conservé le plus remarquable, dans la mesure où il révèle l’enjeu économique de ce secteur16. L’essor minier du xie siècle s’inscrit dans cette croissance ; on relève à proximité de Villefort d’importantes exploitations argentifères sur la rive gauche du Chassezac, à Largentière et autour du mont Lozère17.
- 19 AD Lozère, C 543.
- 20 AD Lozère, 3E 1190, Pierre Delapierre, fol.111.
- 21 AD Lozère, 3E 1190, Pierre Delapierre, fol. 262.
- 22 AD Lozère, C 543.
15La première mention d’une exploitation de mines sur le territoire de Villefort correspond à une autorisation du 1er juin 1640 donnée à Firmin Mazelet de chercher et travailler toutes les mines d’or, d’argent, cuivre, étain, plomb et tout autre métal et minéral et demi-minéral dans l’étendue des provinces de Languedoc et Rouergue, pour une durée de six années19. En 1641, un bail de bois de charbonnage précise que « le sieur Firmin Mazelet de Savage » faisait « travailler aux mines et minières de la paroisse du dit Villefor »20. L’existence des mines et minières de Mazelet sur la paroisse de Villefort est également confirmée en 164221. Cette exploitation semble avoir été stoppée en 164322.
- 23 AD Hérault, C 2705.
- 24 AD Hérault, C 2700.
16En 1649, le marquis de la Charce obtient une autorisation d’ouverture de mines en Languedoc et en Provence23. Puis, en 1705, une concession minière est accordée pour 30 ans à Victor Augustin de Mailly dans les provinces de Languedoc et de Rouergue24. Toutefois, nous n’avons aucune information sur d’éventuels travaux exécutés sur le territoire de Villefort durant ces périodes.
- 25 AD Hérault, C 2712.
- 26 AD Hérault, C 2712.
17Le 23 mai 1733, Brown, un Irlandais, obtient une autorisation pour l’exploitation de toutes les mines de la province de Languedoc et des Cévennes25. Dans un arrêt du conseil du 11 août 173926, il est précisé que Brown avait fait ouvrir des mines de plomb près de Villefort et d’Alès. Il avait en outre fait venir à grands frais d’Allemagne et d’Angleterre des mineurs, laveurs, fondeurs et affineurs expérimentés.
- 27 AD Hérault, C 2712, arrêt du 14 juillet 1738. AD34, C 1702.
18Au cours des années 1734-1741, une contestation oppose Brown à un certain Bonnet. Ce dernier revendique la découverte des mines du Grand Vialas, du Blaymard, Peyrelade ou Aydon, Bayard, Boivel, La Rouvière, où il aurait travaillé en 1734 et 1736. Au terme d’un procès, la concession est retirée à Brown en 175627.
19Plus tard, une correspondance de 1764 informe que les mines de plomb de Peyrelade, Villefort et autres du même genre, situées dans les Cévennes, avaient été concédées à un certain Ménard, que celui-ci a aussitôt abandonnées.
20Une autorisation d’exploitation des mines à Villefort est accordée le 15 juin 1769 à une compagnie dirigée par Pierre-Louis, marquis de Luchet. Un certain Maulevrier est associé à cette affaire.
21Un rapport de visite de Jars daté du 27 août 1771 donne l’état des travaux28. Le mémoire relève que les mines de Villefort sont en exploitation depuis 20 mois et que quatre filons sont en activité : Lagarde, un filon peu rentable commencé par la compagnie actuelle ; Bayard, filon anciennement exploité à différentes hauteurs de la montagne ; un chantier est en activité à Pierrelade, mais il demande beaucoup de main-d’œuvre et sa rentabilité est mise en doute ; et Masimbert, un filon prometteur que « les anciens n’avoient point attaqué ».
22En 1776, la concession de Villefort et Vialas est instituée pour 30 ans et passe dans les mains d’Antoine de Gensanne, qui s’appliqua d’abord à relever les travaux des mines de Peyrelade, du Fressinet et de Mazimbert29. Les travaux s’avérèrent difficiles sur les gisements de galène et des recherches furent entreprises en divers autres lieux de la concession, soit à Bayard, à la Garde, à Valcrouses, à la Devèze, à Charnier, à la Rouvière, etc.
23Gensanne, dans son Histoire naturelle de la Province de Languedoc précise, en 1778, que « tout ce qui est mineurs, c’est-à-dire, qui travaille à la poudre sur la roche, est étranger ; mais les manœuvres, la plupart jeunes gens, sont du lieu. »
- 30 AD Hérault, C 2703.
- 31 Ramon 1798, p. 651.
- 32 Dolomieu 1854.
24Les travaux sur les gisements de Mazimbert et Peyrelade cessent en 1781 pour se concentrer sur les filons du Villaret et Malfrèzes. La mine de cuivre du Fressinet eut plus de succès jusqu’en 178130. En 1790, la compagnie de Villefort semble toujours en activité31, mais, en 1796, les mines, elles, sont à l’abandon32.
- 33 Cette reprise est mentionnée par Marrot 1824, mais les rapports de visite des années 1821 à 1825 n (...)
25Après plusieurs modifications de l’emprise de la concession, les travaux ne reprennent que vers 1821, mais les recherches sur les filons de Peyrelade et Mazimbert sont très modestes33. En 1872, après la fusion de plusieurs concessions, de nouvelles recherches sont entreprises à Peyrelade.
- 34 Archives DREAL Alès, rapports de visite des 9 août 1930, 29 septembre 1930, 7 janvier 1931 et 11 a (...)
26Le 7 août 1883, la Compagnie des Mines des minerais de fer magnétique de Mokta-el-Hadid devient concessionnaire. À la suite de l’épuisement du gisement de Vialas, le 13 octobre 1909, la Compagnie Mokta-el-Hadid obtient la réduction du périmètre de la concession de Villefort et Vialas à 3 563 ha. Ces nouvelles limites correspondent à l’actuelle concession de Villefort. Après quelques années de recherche, Mokta-el-Hadid renonce au titre minier en 1919, au profit de M. Joosten. Entre juin 1930 et le début de 1931, les derniers travaux sont entrepris dans le quartier du Chambon et à Mazimbert34. Se succèdent ensuite une multitude de concessionnaires dont Recylex SA sera le dernier titulaire.
27Parmi les vestiges de ces travaux, seul le filon de Maulevrier présentait des traces d’abattage particulières. Il appartient à un groupe de quatre filons quartzo-barytiques à galène, verticaux et parallèles, encaissés dans les schistes micacés. Ces formations affleurent sur un versant redressé du Serre de Peyrelade, en rive gauche du Valat de Chalondres. Le filon de Maulevrier, de direction 65° N , vertical, est principalement minéralisé en quartz et baryte, fluorine et galène, pour une puissance généralement décimétrique pouvant localement atteindre le mètre.
Fig. 3 Plan et coupes du chantier de Maulevrier.
É. Kammenthaler
28Les travaux menés sur ce gisement ont été démarrés à l’affleurement par un chantier à ciel ouvert. Ce dernier s’ouvre vers 640 m d’altitude, en amont de l’ancien chemin des Aydons aux Balmelles (fig. 3). La partie à ciel ouvert forme une tranchée verticale de 33,5 m de long pour une largeur limitée à la zone minéralisée, variant de 1,2 à 2 m, et une hauteur accessible de plus de 8 m, le fond du chantier étant encombré de gravats (fig. 4). Au-delà, l’exploitation se poursuit en souterrain sur 42 m pour des largeurs et hauteurs similaires.
Fig. 4 Chantier d’abattage à ciel ouvert sur le filon de Maulevrier.
Cl. É. Kammenthaler
29La partie à ciel ouvert présente les traces de trois niveaux d’attaque superposés, qui forment des gradins exploités par tranches horizontales du haut vers le bas. Au jour, vers le milieu de la partie à ciel ouvert, les bancs de schistes de l’éponte sud-est ont été percés en travers-bancs à ciel ouvert, pour donner accès au sommet du chantier. Les stériles de l’exploitation, jetés à l’aval du travers-banc, forment une halde s’étalant au-delà du chemin. Dans le prolongement du travers-banc et immédiatement en amont de celui-ci, deux amas de cailloutis correspondent aux rejets de deux aires de cassage installées au sortir de la mine.
30La partie souterraine présente trois niveaux d’exploitation superposés. Le niveau inférieur se développe à l’horizontale sur une quarantaine de mètres et s’achève sur un front de taille. À une vingtaine de mètres de l’entrée de la partie souterraine, un puits a été foncé à la base du niveau inférieur au croisement du filon et d’une faille. Ce puits, actuellement noyé, présente une section rectangulaire de 3 x 1,5 m.
31L’ensemble de la partie souterraine a été ouvert à l’explosif par abattage de tranches superposées. Les nombreuses traces de tir observées, régulièrement réparties dans le réseau, présentent toutes les mêmes caractéristiques : diamètre 23-27 mm, fréquemment 25-27 mm, fond plat, longueurs conservées sur 15-25 cm. Aucune trace d’abattage à la pointerolle n’a été observée.
32À 12 m en aval de l’entrée du chantier à ciel ouvert, s’ouvre, dans l’axe du filon et à 627 m d’altitude, une galerie d’allongement. Cette galerie percée depuis le bord d’un ruisseau permet d’atteindre, après un parcours de 30 m en zone stérile, un secteur riche situé à la verticale du chantier à ciel ouvert. Un éboulement barre l’accès à la suite de l’exploitation. Il semblerait que cet éboulement provienne de stériles stockés dans le chantier. Cette galerie est entièrement percée à l’explosif. Les mesures effectuées sur les trous de fleuret dévoilent l’utilisation d’outils à tranchant plat de 25-27 mm de diamètre. Les similitudes qui existent entre ce niveau et l’extrémité du réseau supérieur, tant au niveau de la section des galeries que des outils employés, montrent que la galerie de base et les travaux dans la partie souterraine du réseau supérieur sont contemporains.
33Des traces de fleuret nombreuses et différentes sont visibles dans la partie à ciel ouvert du chantier de Maulevrier. Une trace de fleuret correspond à la partie du trou qui n’a pas sauté lors de l’explosion de la charge.
34L’étude et la caractérisation de ces traces visent à déterminer quels outils étaient employés et selon quel mode opératoire. Une méthode d’acquisition spécifique a été développée sur la base de celle utilisée dans le sud des Vosges, afin de permettre la comparaison des résultats. Outre le relevé précis de toutes les traces conservées sur la paroi (tirs, empreintes de crochet de lampe, encoches de boisage, abattage ou rectification à la pointerolle), chaque trace de fleuret a fait l’objet d’observations et de mesures.
35Ont ainsi été relevés : la hauteur du tir, l’angle du trou, le diamètre du trou à 3, 13, 23, 33, 43 et 53 cm du fond, la longueur conservée du trou, la rectitude, la présence ou l’absence d’encoche pour la mise en place d’un porte-fleuret, l’existence ou non d’une préparation à la pointerolle et le cas échéant ses dimensions et la forme du fond du trou. Une section du fond des trous a été relevée au conformateur lorsque l’état de conservation et l’accessibilité le permettaient.
36Le corpus d’étude comprend 57 traces de tir réparties sur une surface de 80 m² (fig. 5 et annexe 1). 55 des 57 tirs sont localisés sur la paroi nord du chantier. Cette paroi correspond au toit du filon, plus dur que le mur, qui est fissuré et composé d’une roche plus facile à fracturer.
Fig. 5 Détail du relevé de la paroi nord du chantier de Maulevrier.
É. Kammenthaler
- 35 Ce trou fait partie des deux seuls trous observés en paroi droite.
37Les mesures montrent une grande variation du diamètre des trous allant de 23 à 50 mm. La distribution du diamètre des trous mesuré à 3 cm du fond présente deux groupes distincts. Le premier, qui comprend les trous de plus petit diamètre, montre une dispersion de 6 mm entre 23 et 28 mm et le second, formé par les trous de gros diamètre, avec une mesure parasite à 33 mm35, présente une dispersion de 7 mm (35-40 mm). L’ensemble des mesures montre, en outre, une discontinuité de 4 mm située au-delà d’un maximum, 28 mm, atteint après 31 valeurs jointives.
Tableau 1 Distribution du diamètre des trous mesuré à 3 cm du fond.
38Les fleurets laissent en fond de trou une empreinte qui varie selon la forme du taillant. Dans le chantier de Mauleuvrier, deux types ont été identifiés. Le type 1 correspond à un fleuret à arêtes multiples se rejoignant en pointe, le type 2 correspond à un fleuret à tranchant plat légèrement arrondi. L’observation du fond des trous montre que l’ensemble de trous dont la forme du taillant a laissé une section type 2 appartient au groupe des trous de petit diamètre. Inversement, tous les fonds de trou de type 1 appartiennent à des trous du deuxième groupe.
39Ces premiers résultats permettent d’affirmer qu’il existe deux ensembles de tirs, effectués avec des outils différents. Le groupe de petit diamètre comprend ainsi 35 trous et le groupe de gros diamètre, 21.
- 36 Ou 29 mm si l’on considère le diamètre à l’entrée des trous.
- 37 Dans le cas d’une valeur cible dont les variations sont dues aux imprécisions de fabrication, il e (...)
40L’ensemble des fonds de trou conservés révèlent l’utilisation d’un fleuret à taillant plat ou en ciseau, légèrement arrondi. Les mesures montrent systématiquement un diamètre à l’entrée du trou plus important qu’au fond. Ces variations, faibles, pourraient correspondre à l’utilisation de fleurets plus « anciens », usés, dont le taillant serait légèrement moins large à mesure de l’avancement de la foration. La distribution du diamètre des fleurets de petit diamètre montre en effet une dissymétrie qui peut être attribuée aux forgeages ou aiguisages successifs qui provoquent une usure et donc une diminution de diamètre. Le pic à 28 mm36 correspond au diamètre initial déterminé par les caractéristiques des barres métalliques achetées pour la forge37.
41L’observation des traces de fleurets de petit diamètre permet de déterminer que la longueur des trous était d’environ 35 à 40 cm.
42La rectitude ou la régularité du percement des trous de petit diamètre est assez bonne. En effet, 16 trous ont été qualifiés comme ayant une rectitude très bonne, 14 comme ayant une rectitude bonne.
43Sur les 35 trous observés, seuls 6 % ont conservé une partie intacte du trou après l’action de la poudre. Cette très faible représentation montre une bonne maîtrise du plan de tir, de la quantité de poudre utilisée et du bourrage.
Fig. 6 Dynamique d’exploitation dans le chantier de Maulevrier.
É. Kammenthaler
44Les diamètres des traces de fleuret de gros diamètre varient de 35 à 50 mm pour une moyenne au fond du trou de 38,3 mm et de 40,9 mm à l’entrée. La longueur se situe entre 35 et 57 cm dont plus de la moitié ont une longueur supérieure à 50 cm.
45Les trous ont tous été percés vers le bas avec une inclinaison de 40 à 90°. La répartition des tirs dans le chantier montre qu’ils avaient comme principale vocation d’approfondir les travaux, avec un léger élargissement à l’allongement (fig. 6). Ces tirs sont généralement parallèles à l’éponte du filon et n’entrent que très peu dans le schiste stérile.
Fig. 7 Détail du plan de tir de la paroi nord du chantier de Maulevrier.
É. Kammenthaler
Fig. 8 Traces de fleuret de gros diamètre avec préparation à la pointerolle.
É. Kammenthaler
46La rectitude du percement des trous de gros diamètre est très variable. Généralement, les trous ne sont pas lisses et certains présentent des griffades hélicoïdales caractéristiques d’une foration manuelle irrégulière.
47Quinze traces présentent une préparation réalisée à la pointerolle. Cette préparation permet de dégager l’espace nécessaire au démarrage de la foration (fig. 7, 8). Elle permet en effet de positionner le taillant au départ du percement, mais offre également un dégagement pour le passage de la main de l’ouvrier qui tient le fleuret. Cet aménagement est particulièrement nécessaire avec des outils à arêtes multiples ayant un fort diamètre. Les préparations, ainsi conservées, ont des dimensions variables.
Tableau 2 Dimensions des préparations à la pointerolle.
48Certaines de ces préparations présentent, à la verticale de l’entrée du trou, des saignées de quelques millimètres de profondeur. Ces saignées permettent de dévier les eaux de ruissellement de la paroi et d’éviter que l’eau ne pénètre dans le trou, ce qui gênerait l’évacuation des poussières de foration et la mise à feu (fig. 8). Aucun autre aménagement lié soit à la foration du trou (encoche pour porte-fleuret), soit au fonctionnement du tir (bourre) n’a été observé.
Fig. 9 Relevés des fonds des trous de gros diamètre.
É. Kammenthaler
49Le fond des trous de gros diamètre est assez mal conservé et seuls huit d’entre eux ont pu être observés. Ces cas montrent l’utilisation d’un taillant dont les arêtes forment une section ogivale aplatie (fig. 9). Le trou n°23 présente en outre l’empreinte des derniers impacts de l’outil, un outil à arêtes multiples qui forme une croix (fig. 10).
Fig. 10 Impacts d’un fleuret à tranchant multiple au fond d’un trou.
Cl. É. Kammenthaler
50Les trous de gros diamètres sont généralement mieux conservés que les petits, ainsi, plus de la moitié des traces de fleuret permettent de mesurer la longueur totale du forage. Un quart des trous de gros diamètre conservent, en outre, une partie du forage intacte après l’effet de la poudre. Cette forte proportion montre une maîtrise imparfaite de la technique sur le choix de la quantité de poudre, du bourrage ou du plan de tir.
51La répartition spatiale des deux groupes de tirs montre l’existence de deux phases chronologiques distinctes au sein du chantier (fig. 6).
52La première phase, la plus ancienne, a été exécutée depuis l’affleurement, à l’aide de fleurets de gros diamètre du haut vers le bas. Cette phase est limitée à un chantier à ciel ouvert d’une dizaine de mètres de long pour environ 8 m de profondeur.
53L’orientation à la verticale, vers le bas et parallèlement aux épontes, des tirs visibles au toit du filon, témoigne de l’existence, au centre du chantier, d’une saignée ou d’un vide préalable. Le filon a donc été attaqué par le mur et a ensuite été défruité jusqu’au toit. L’absence de trace de tir ou de trace de pointerolle au mur ne permet pas de déterminer si l’attaque initiale a été faite manuellement ou à l’explosif.
54La deuxième phase correspond à une reprise de l’exploitation. Elle a permis d’une part d’approfondir le chantier, et d’autre part, de reconnaître le filon à l’allongement. La galerie basse ouverte en bordure du ruisseau est venue en assistance à l’exploitation pour faciliter l’exhaure et le travail à la base du chantier à ciel ouvert. L’ensemble des travaux de cette phase a été exécuté à l’aide de fleurets de petit diamètre à taillant en ciseau.
55Les recherches menées dans les Vosges ont permis de suivre l’évolution des caractéristiques des traces de fleuret subsistant en parois et une typologie de l’outil utilisé pour la foration a été élaborée. Les paramètres discriminants ont été : le diamètre du trou, sa longueur, la forme de sa section, la forme du fond de trou, la rectitude de la trace et l’état de la surface intérieure. L’analyse statistique des données a permis de montrer une évolution par étapes du diamètre et de la forme du fond de trou. Les traces de la technique d’origine (à partir de 1617) présentent un diamètre important (35/40 mm) et une extrémité particulière, de forme conique. Les traces de la fin du xviie siècle présentent un diamètre réduit (inférieur à 30 mm), puis au siècle suivant, la forme du fond du trou change en présentant une légère convexité.
56Les outils concordant aux différentes périodes d’exploitation ont été découverts en fouille. Un fleuret a été trouvé en mine dans un secteur correspondant au début de l’utilisation de la poudre. Ce fleuret est une courte barre de fer de quelques dizaines de centimètres dont l’extrémité est forgée puis aiguisée selon une forme présentant quatre arêtes taillantes. (fig. 11).
Fig. 11 Fleuret à taillant quadrangulaire découvert au Thillot.
Cl. F. Pierre
57On note dans les premiers usages du fleuret de fort diamètre, une amorce conique du trou à l’aide de la pointerolle. Les possibles ruissellements d’eau en paroi sont déviés au-dessus du trou par de petites saignées.
58L’obturation du trou, afin de confiner la charge de poudre, est obtenue à l’aide d’une cheville en bois munie d’un méplat permettant l’introduction d’une « mèche » de mise à feu. Cette cheville, dont la longueur correspond à la moitié de la profondeur du trou, doit être introduite en force de manière à opposer une résistance suffisante à la poussée des gaz.
Tableau 3 Comparaison des éléments techniques entre les mines de Freiberg-Kraslice, Le Thillot et Peyrelade.
59Les données vosgiennes coïncident avec les résultats de l’étude des traces conservées dans le chantier à ciel ouvert sur le filon de Maulevrier. Ainsi, la première phase de l’exploitation de ce filon pourrait être attribuée par analogie aux débuts de l’usage de la poudre dans les mines vosgiennes, c’est-à-dire vers le début du xviie siècle, tandis que la deuxième phase correspondrait à l’outillage en usage après le début du xviiie siècle.
- 38 La totalité des ouvrages miniers sur le filon Bayard n’a pas été observée, une partie semble être (...)
60Comme nous l’avons vu, les premières mentions de l’existence de travaux miniers dans les environs de Villefort se rapportent aux travaux de Mazelet entre 1640 et 1643. L’objectif étant de déterminer si le chantier de Maulevrier a été attaqué sous Mazelet, il était nécessaire de déterminer la nature et la chronologie des ouvrages réalisés sur tous les filons exploités autour de Villefort. L’ensemble des vestiges reconnus et leur confrontation avec les données textuelles ne désignent que deux endroits pouvant avoir été exploités sous Mazelet : Bayard et Peyrelade38.
61Le rapport de visite de Jars du 27 août 1771 apporte un élément complémentaire39. Il est dit qu’on connaît dans la montagne de Peyrelade « plusieurs veines ou filons dont quelques uns ont été attaqués par les Anciens, mais mal exploités. C’est sur une de ces veines que les interessés ont établis leurs recherches – soit par l’approfondissement d’un puit soit en galerie sur la direction du filon et ouvrages en échellons (…). »
62Le résultat de l’étude des ouvrages de Peyrelade permet d’affirmer que cette description fait référence à Maulevrier40. Qui sont donc les « Anciens » dont parle ce texte ? Des mineurs ayant fait un puits qui avait été approfondi et élargi en direction du filon au xviiie siècle ? Ces travaux des « Anciens » correspondent vraisemblablement aux travaux réalisés à l’aide des fleurets de gros diamètre.
63D’après les données d’archives actuellement connues, il n’existe que deux périodes durant lesquelles une activité minière a été menée autour de Villefort avant 1771 : la première sous Mazelet, entre 1640 et 1643, la seconde sous Brown, entre 1733 et 1741. Le type de fleuret utilisé dans le chantier de Maulevrier ne pouvant pas correspondre à la période Brown, tous les indices s’accordent pour attribuer les tirs de gros diamètre aux années 1640-1643.
- 41 Seul un travers-banc situé en aval des affleurements des filons de Peyrelade a été percé plus réce (...)
64La chronologie de la reprise d’exploitation peut aussi être fixée. Les travaux ont été initiés par Luchet fin 1769 et se poursuivent jusqu’en 1774. Puis Gensanne, entre 1776-1781, poursuit des travaux à Peyrelade, sans plus de précisions sur le lieu. Aucune reprise postérieure n’y sera jamais plus menée. Tous les ouvrages à ciel ouvert et souterrains de Peyrelade effectués à l’aide de fleurets de petit diamètre devraient donc appartenir à la période 1769-178141.
- 42 Sur Claude de Buillon, se référer à Le Guillou 2001.
- 43 AD Lozère, C 543, fol. 155 r et v ; Vic et Vaissète 1874, t. 13, p. 167-168.
65Au début du xviie siècle, toutes les mines du Languedoc et du Rouergue avaient été concédées à Firmin Mazelet par Claude de Buillon, alors surintendant des finances et réformateur général des mines et minières de France42. La concession, officieuse au 1er juin 1640, a été confirmée peu après par lettres patentes du 11 septembre, pour une durée de six années, et les travaux débutèrent dans les diocèses de Mende et d’Uzès, précisément aux environs de Villefort43.
- 44 Benoît 1988, p. 75‑76.
- 45 Pour un accès synthétique aux principaux auteurs miniers des xvie et xviie siècles, il est possibl (...)
- 46 Beausoleil 1632 ; Beausoleil 1640 ; Boissonnade 1909, p. 171‑172 ; Routhier 1987.
- 47 La mention de travaux de lyonnais à Villefort a été ajoutée à la Restitution de Pluton dans l’édit (...)
66Cette vaste concession intervenait dans un entre-temps pour la production minière du royaume. La timide reprise que l’on observait au xve siècle fit long feu, en raison des maigres filons restés exploitables et, peut-être, des guerres de Religion. Le contexte était d’autant moins favorable au siècle de Richelieu que les métaux du Nouveau Monde commençaient à inonder l’Ancien, déjà bien alimenté par la production germanique44. Malgré tout, l’administration royale encourageait les initiatives minières et minéralogiques. Une forme de nostalgie semblait guider nombre d’auteurs et de prospecteurs qui voyaient toujours entre les Pyrénées et les Alpes des terres renfermant mille et un métaux45. Le Cardinal aussi s’y est laissé prendre. Il a soutenu entre 1626 et 1635 le baron et la baronne de Beausoleil qui, après être allé se former dans les mines germaniques, auraient prospecté la France entière avant de tomber en disgrâce46. Firmin Mazelet a-t-il eu connaissance de ces ouvrages ? Plus prosaïquement, ce pourrait être davantage d’éventuelles tentatives effectuées au début du xviie siècle par des Lyonnais sur certains filons de Villefort (Bayard, Pourcharesse) qui l’auraient conduit à s’intéresser au secteur47.
- 48 AD Gard, E 586 : 20 juillet 1622 - Obligé de 3 250 livres pour les consuls de Nîsmes contre Samuel (...)
- 49 AD Lozère, 3E 1191, fol. 123 v°.
67Nous ne possédons que peu d’informations sur ce personnage. Firmin Mazelet, sieur de Sauvage, était vraisemblablement un entrepreneur local originaire du hameau éponyme de la vallée du Lot, situé entre le Bleymard et le Tournel. La proximité avec Villefort, distant à l’est d’une vingtaine de kilomètres seulement, pourrait expliquer sa connaissance des ressources et son choix d’y venir travailler alors qu’il avait l’ensemble du Languedoc et du Rouergue à sa disposition. Pour mener à bien son entreprise, il s’est associé à Samuel Genestet et à François Desmaretz, deux marchands montpelliérains. Le premier, huguenot languedocien, était en affaires à Nîmes et à Montpellier dans les décennies précédentes48. L’aventure minière semble avoir été l’une de ses dernières activités, car, malade, il teste à Villefort en 1644 et disparaît de la documentation49. Quant à François Desmaretz, il est malheureusement resté dans l’ombre de nos recherches.
- 50 AD Lozère, 3E 1190, fol. 8.
- 51 AD Lozère, 3E 1190, fol. 262
- 52 AD Lozère, 3E 1190, fol. 84.
68La formation de l’entreprise Mazelet et Cie a été rapide (Fig. 12). Le 7 février 1641, le sieur de Sauvage s’installait à Villefort50. Il louait un logement pour lui et ses associés ainsi qu’un domaine complet composé d’une maison et de ses dépendances (jardin, pré, coteaux, terres labourées), afin de construire les infrastructures métallurgiques : martinet, fours, fourneaux51. En parallèle, les mineurs étaient déjà à pied d’œuvre dans la paroisse. À la fin du mois de mai, la fonderie devait être proche de l’achèvement et les premiers stocks de minerais arrivés, car Mazelet organisa l’approvisionnement en charbon. Il a contacté pour cela les principaux propriétaires fonciers de la région, à savoir Jacques Izard, seigneur de Crussol, et les coseigneurs de Villefort, Jacques Plaou et Charles de Morangiès. Ces derniers lui ont vendu le 27 mai un bois de hêtres à charbonner au terroir du Courrel, situé dans la vallée de Pailhers, non loin de Costeillade52.
Fig. 12 Carte des activités de Mazelet et Cie dans les environs de Villefort.
N. Minvielle Larousse, IGN : BD Alti ; BD Carthage, DAO N. Minvielle
- 53 AD Lozère, C 543, fol. 155 r et v ; Vic et Vaissète 1874, t. 13, p. 167-168.
69Huit mois seulement après les patentes royales, le projet s’était donc concrétisé. Les quatre premiers mois ont probablement été consacrés à la formation d’un capital, au recrutement des ouvriers, à l’achat des diverses fournitures et matériaux et aux prospections minières, si toutefois elles n’avaient pas été réalisées avant. Les quatre derniers mois ont vu le début effectif de l’exploitation et la construction, ex nihilo, semble-t-il, des infrastructures. Celles nécessaires à l’enrichissement du minerai ne sont pas citées, elles ont sans doute été installées par les mineurs à proximité immédiate des chantiers d’abattage. Nous ne connaissons pas la totalité de l’investissement réalisé par les associés, seulement qu’il fut particulièrement important, d’après l’un des procès-verbaux des États du Languedoc53. La location du domaine de Villefort coûtait à Firmin Mazellet 110 livres par an, plus une quantité à estimer de châtaignes blanches (on est dans les Cévennes !). L’achat du bois lui a coûté 120 livres. Bien entendu, ces deux postes de dépenses n’étaient qu’accessoires au regard des coûts des infrastructures, des fournitures et de la main-d’œuvre, non documentés.
- 54 La concurrence entre les pratiques agropastorales et minières était courante ; d’autant plus lorsq (...)
- 55 AD Lozère, 3E 1190, fol.111.
70Rondement mise en marche, l’entreprise connut tout aussi rapidement ses premières difficultés. Les coupes de bois et le charbonnage en cours ne plaisaient visiblement pas aux habitants de Costeillade qui s’en sont plaints au seigneur de Crussol. Ils avaient en effet leurs habitudes au bois du Courrel, tant pour le pâturage de leurs bêtes que pour leurs usages. Nous ne connaissons pas les détails de cette contestation somme toute assez classique54. Quoi qu’il en soit, le 15 juillet 1641, sur la proposition du seigneur de Crussol, Firmin Mazelet accepte d’échanger le premier bois concédé contre un second, présenté comme bien meilleur, moyennant une petite rallonge de 30 livres55. Il s’agit toujours d’un bois de hêtres, nommé Costalade, situé non loin du faux (bois) des Armes. L’étendue à charbonner est en outre soigneusement délimitée afin d’éviter toute contestation future. Il n’y en eut pas, ou du moins, elle n’a pas eu le temps d’éclore. En effet, un autre contentieux, bien plus grave, était intervenu entre la compagnie Mazelet et un concurrent.
- 56 AD Lozère, C 543, fol. 155rv ; Vic et Vaissète 1874, t. 13, p. 167-168. Nous n’avons pas pu appren (...)
- 57 AD Lozère, 3J 423 (chartrier du Champ) : arrêt du conseil privé du 19 novembre 1641 confirmant à P (...)
- 58 AD Lozère, 3E 1191, fol. 40 v.
- 59 AD Lozère, C 543, fol. 155 r et v ; Vic et Vaissète 1874, t. 13, p. 167-168. « En suite desquelles (...)
- 60 AD Lozère, 3E 4144, fol. 236. Il s’agit d’un bail à bois passé le 5 septembre 1647 par François De (...)
- 61 AD Hérault, C 2705 : Lettres patentes de Louis XIV par lesquelles il concède au marquis de la Char (...)
71Le 28 septembre 1641, une seconde concession minière valable pour les diocèses de Nîmes, Uzès, Viviers et Mende, avait été promulguée par lettres patentes en faveur des héritiers du marquis de Coislin, qui l’auraient aussitôt rétrocédée à un seigneur gévaudanais, Pierre de Malbosc, sieur de la Vernède et de Miral, sorte de deus ex machina dans cette affaire56. De fait, elle remplaçait la concession obtenue par Firmin Mazelet une année plus tôt. Une première procédure intervint immédiatement et, le 19 novembre, un arrêt du Conseil privé du roi confirma les droits du sieur de la Vernède57. À Villefort, les activités de Mazelet et Cie se poursuivaient malgré ce conflit judiciaire. Il culmina en avril 1643, moment où Mazelet et ses associés eurent à produire un mémoire de défense et durent envoyer quelqu’un plaider leur cause à Paris58. Rien n’y a fait. Pierre de Malbosc fit saisir les outils des mineurs, engendrant la cessation d’activité, effective dès l’automne 164359. La procédure se poursuivit encore quelque temps ; mais avec la mort de Samuel Ginestet en 1644 et les nombreux frais engagés, il ne semble pas que l’exploitation s’en soit remise, malgré une ultime tentative en 1647 par François Desmaretz, désormais seul60. Une troisième concession, établie en 1649 en faveur d’un tiers montre, s’il en était encore besoin, l’échec final de Mazelet et Cie, tout comme celui de Pierre de Malbosc61.
- 62 Thirion 1934 ; Bouchard 1985 ; Dumas 2011.
- 63 AD Lozère, C 543, fol. 155 r et v ; Vic et Vaissète 1874, t. 13, p. 167-168.
72Éphémère, l’entreprise Mazelet et Cie s’était pourtant bien préparée. Le potentiel minier de Villefort était loin d’être négligeable. Les travaux ultérieurs, au xviiie siècle, avec la période de Gensanne et au xixe siècle, avec les chantiers de Vialas, l’ont démontré62. Ensuite, Firmin Mazelet avait construit des réseaux efficaces, que ce soit à la cour, ne serait-ce que pour avoir décroché le privilège royal, ou dans le monde économique languedocien pour s’être associé à Genestet et Desmaretz. Quant aux financements, les trois entrepreneurs en avaient, aucun indice durant ces trois années n’a montré de difficultés en ce domaine. Enfin, c’est peut-être le point le plus remarquable, Firmin Mazelet se « seroit mi a en grandz fraix pour faire venir des ouvriers d’allemagne »63.
- 64 Benoît 1997, p. 78‑80.
- 65 Seraincourt 1847, p. 23‑24.
- 66 En Languedoc, la totalité des noms de mineurs connus entre les xiie et xive siècles est locale : B (...)
- 67 Gobet 1779, t. 1, p. 350.
- 68 AD Lozère, C 2705. Mémoire sur les mines non daté (écriture du xviiie siècle).
- 69 Allemands, Hongrois, Alsaciens, Suédois, etc. Les archives de l’intendance mentionnent régulièreme (...)
73L’immigration dans le royaume de mineurs germaniques n’est certes pas une nouveauté. Au xve siècle, la mine de Pampailly employait déjà quelques Allemands et Hongrois, lorsqu’elle était sous la direction de Jacques Cœur64. Au xvie siècle en Rouergue, les entreprises minières de Raymond Gauthier avaient également été renforcées par des « Allemans scavant à la mine »65. Original par rapport aux siècles antérieurs, ce phénomène restait encore ponctuel66. En revanche, à partir du xviie siècle, les initiatives de ce genre se sont multipliées : le baron de Beausoleil serait ainsi revenu prospecter en France « avec un nombre d’ouvriers et mineurs Hongrois et Alemans »67. D’ailleurs, peut-être le baron était-il précisément ce mineur présenté comme fort habile que Richelieu a fait venir d’Allemagne quelque temps avant sa mort, pour parcourir le royaume68. L’usage était ainsi lancé et tout au long des xviie et xviiie siècles, on rencontrait très fréquemment des travailleurs d’outre-Vosges dans les mines languedociennes69.
74Si Mazelet est ainsi un homme de son temps, peut-on préciser l’origine des mineurs qu’il a embauchés ? Les possibilités sont nombreuses, mais peut-être n’a-t-il pas eu à les chercher jusqu’en Hongrie. Dans la première moitié du xviie siècle, en effet, toutes les régions de l’est de la France subissaient les événements guerriers de la guerre de Trente Ans. Les conquêtes de territoires avaient pour conséquences la prise de possession des gîtes métallifères avec toutes leurs infrastructures, mais les passages répétés des diverses troupes engagées dans le conflit étaient aussi source de destructions, initiant un processus d’abandon des exploitations.
75Dans l’optique de trouver des migrations éventuelles de mineurs, il est possible d’examiner la situation des deux principaux districts miniers du versant méridional du massif vosgien, Château-Lambert et Giromagny. Les mines de Château-Lambert, situées en territoire Comtois, sous l’autorité espagnole depuis Charles Quint (1530), n’étaient guère florissantes et, en 1633, les investisseurs ne s’y précipitaient pas. Des mineurs étaient donc susceptibles de chercher fortune ailleurs. Le cas de Giromagny dans la seigneurie du Rosemont mérite d’être examiné de plus près.
76À la veille de la guerre, ce territoire, riche producteur de cuivre et d’argent, était encore dans une période de prospérité, avec les Habsbourg comme seigneurs du Rosemont, l’une des cinq seigneuries du comté de Belfort, partie occidentale de « l’Autriche Antérieure ». L’ouvrage très documenté de F. Liebelin, Mines et mineurs du Rosemont, fournit des éléments de compréhension de l’évolution sociale et économique durant la période de troubles pour les mines de Giromagny. Trois secteurs miniers constituaient, avec 35 à 40 mines, le district de Giromagny, Auxelles, Giromagny-Lepuix et Lamadeleine-Rougemont70. La production annuelle d’argent atteignait 830 kg en 1631, celle de cuivre 40 à 47 tonnes pour la période 1612-1630. Ces productions ont décru durant les conflits et, à la reprise en 1656, ces chiffres étaient d’environ 500 kg d’argent et 15 tonnes de cuivre.
77Durant le conflit, avec l’entrée en guerre de la France, le comte de la Suze s’était emparé de Belfort en 1636. Dans le chapitre intitulé : « Les années terribles 1633-1638 », François Liebelin égrène les événements militaires, les mouvements de troupes et les destructions d’installations minières. En 1637, durant la période française, les charbonniers non payés ne fournissaient plus de charbon de bois et pour terminer, en 1638, le dernier juge des mines autrichien Christophe Mitterhofer a été suspendu pour incompétence. On lui reprochait notamment d’avoir favorisé la fuite de mineurs et fondeurs en raison de la fermeture de quatre mines importantes71.
- 72 Les dates des premières utilisations de la poudre en contexte minier dans les Vosges sont établies (...)
78Si l’on considère donc la disponibilité de mineurs, maintenant en territoire français, il est possible de faire l’hypothèse d’un déplacement pour rechercher du travail dans d’autres secteurs du royaume en besoin de main-d’œuvre qualifiée. Or, ces mineurs vosgiens étaient détenteurs de la technicité nouvelle : l’usage du tir à la poudre se généralise, dans le secteur, à partir des années 162072.
79Les mémoires du xviie siècle sur les mines n’évoquent presque jamais le détail des compétences qu’étaient censés posséder ces mineurs germaniques. Les techniques minières qu’ils utilisent sont ainsi passées sous silence, alors même qu’elles étaient en partie à l’origine de leur attrait. À Villefort, les textes connus ne font pas exception, et une anecdote du procès-verbal des États du Languedoc aurait pu passer inaperçue si les chantiers d’abattage n’avaient pas été analysés : le sieur de la Vernède avait fait saisir tous les outils des mineurs. Ne pourrait-on pas envisager qu’il s’agissait en particulier des fleurets, des masses et de la poudre achetés par Mazelet, voire apportés par les mineurs allemands ? Malheureusement, le procès-verbal est muet sur ce point. Tout au plus pouvons-nous supposer que la confiscation d’outils liés à la poudre aurait été plus handicapante, étant donné leur spécificité.
- 73 Buchanan (dir.) 1996 ; Benoît 1998, p. 296‑297 ; Vergani 2003.
- 74 Hollister-Short 1985 ; Pierre 1993a ; Vergani 2003.
80Nous avons en tout cas à Villefort l’une des premières exploitations minières utilisant la poudre et, en l’état actuel de la recherche, la première de France méridionale. Connu en Europe dès le xiiie siècle, l’usage de la poudre s’était développé à partir du xive siècle dans le domaine militaire. Quant à son usage civil (démolition, mines, carrières), il intervint surtout à la fin du xve siècle73. L’apparition de cette technique en mine s’observe ponctuellement à partir de 1574 en Vénétie, puis se systématise dans les premières décennies du xviie siècle, que ce soit dans les Vosges, en Corse, en Toscane et dans certaines exploitations d’Europe centrale74. Mais, jusqu’ici, son emploi dans ces périodes précoces s’arrêtait à l’ouest aux Vosges et aux Alpes (Fig. 13). L’exemple de Villefort complète donc notre connaissance de sa diffusion, et si les textes ne permettent pas d’en avoir la preuve, l’étude des traces de fleurets dans les travaux de Maulevrier semble le démontrer.
- 75 Pour une synthèse récente des problématiques relatives à la circulation des techniques aux époques (...)
- 76 Vergani 2003 : « La prima dice che è ormai venuto il momento di sostituire l’ipotesi unilineare, b (...)
81Mécanisme complexe, la circulation des techniques est le plus souvent difficile à identifier75. Concernant la poudre, les premières hypothèses avaient été de voir un foyer slovaque unique (autour de Chemnitz) et ensuite une diffusion rayonnante en Europe. Les recherches ont remis en cause cette vision trop linéaire, pour privilégier maintenant de multiples foyers d’apparition, certains simultanés, d’autres décalés dans le temps76. Seule la multiplication d’études archéométriques confrontées aux données textuelles permettrait de retracer réellement les liens de parenté entre les différents foyers (fig. 13).
Fig. 13 Apparition de l’usage de la poudre noire en mine en Europe occidentale, des premières mentions à 1640.
N. Minvielle Larousse, Fond de carte : ArcheOnline, DAO : N. Minvielle
- 77 Bailly-Maître et Benoît 1997.
- 78 Ploquin, Allée, Bailly-Maître et al. 2010.
- 79 Colbert 1861, t. IV, p. 584.
- 80 Gobet 1779, t. 1, p. 300.
- 81 Nous rejoignons l’hypothèse de Rafaello Vergani, qui observait que la plupart des espaces miniers (...)
82Dans ce contexte, la situation du Languedoc amène deux observations : quelles ont été tout d’abord les conditions qui ont favorisé cet apport et quelles ont été ensuite ses modalités. Paradoxalement, la perte de tradition minière dans la région, bien développée pourtant entre les xie et xive siècles77, y est pour beaucoup. On ne « cultivait » plus les mines que sporadiquement, ce qui a entraîné la disparition du savoir-faire des mineurs des grands districts méridionaux comme celui tout proche du Mont-Lozère78. Progressive, elle fut néanmoins bien effective au xviie siècle, si l’on en croit les mémoires alarmants des intendants79 et même la baronne de Beausoleil, qui conseillait charitablement aux auteurs d’ouvrages miniers (François Garrault, Jean de Malus, etc.) d’aller plutôt « servir les officiers des mines de Hongrie, à Scheminis, et là à faire leur apprentissage dans la mine du Bibertollen, à huict cents toises de profondeur »80. Ainsi, cet espace était peut-être culturellement plus ouvert à l’innovation, étant alors sans conservatisme ni inerties dans les pratiques minières81. Facilités, ces apports extérieurs pouvaient même être indispensables pour qui avait l’ambition de mener une exploitation rentable, si les compétences faisaient à ce point défaut.
- 82 Peut-être que Samuel Ginestet, protestant de Montpellier, avait eu des liens avec le monde germani (...)
- 83 La paix d’Alès de 1629 clôt les révoltes protestantes en Languedoc qui se succédaient depuis 1620. (...)
- 84 Sur la définition de l’entrepreneur médiéval et moderne, se reporter par exemple à Aymard 1991. Su (...)
83Quant à ses modalités, nous ne pouvons réfléchir pour le moment qu’à partir du cas de Villefort. Les développements précédents tendent à montrer que l’abattage à la poudre n’a pas été mis au point sur place, mais a été importé. Le rôle de Mazelet et de ses associés a donc été fondamental. Ils sont allés chercher des compétences82, ils ont accepté que ces spécialistes utilisent leurs techniques, et se sont occupés de financer l’ensemble. L’accès à la poudre n’était de surcroît pas aisé83. En somme, l’utilisation de la poudre à Villefort en 1640 serait principalement le fait d’entrepreneurs84.
- 85 Nous reprenons ici les propositions de Philippe Braunstein pour qualifier l’innovation : Braunstei (...)
- 86 Astruc 1737, p. 366.
84Il s’agissait cependant plus d’un « essai aventureux » que de l’origine d’une pratique courante85. En l’état de nos connaissances, l’utilisation de la poudre dans les mines languedociennes a mis longtemps à s’imposer, et encore, seulement pour les travaux les plus importants. Dans la première moitié du xviiie siècle, le médecin montpelliérain Jean Astruc constatait d’ailleurs la permanence, sinon le retour complet de l’abattage par le feu : « on avoit accoutumé autrefois de faire sauter ce rocher par la mine, mais la cherté de la poudre, et surtout la difficulté d’en avoir dans les Cevennes, où les fréquens soulevemens ne permettent pas d’en confier aux paisans, sont cause qu’on emploie aujourd’hui un moien un peu plus long, mais aussi beaucoup moins cher »86. Le procédé existait et était connu, mais sa mise en œuvre encore peu compétitive. Ainsi, en Languedoc au moins, l’introduction de la poudre en mine s’apparente davantage à un processus qu’à une rupture.
85Villefort a été une étape dans la diffusion de la poudre en Europe. Qu’elle ait été précurseur [en Languedoc], ou qu’elle ait suivi d’autres initiatives régionales, l’entreprise de Firmin Mazelet s’insère dans ce long processus d’innovation caractérisé par l’utilisation d’un nouveau procédé technique. L’utilisation de la poudre permet en effet de reprendre des exploitations abandonnées ou de découvrir de nouveaux filons en purgeant plus facilement les morts-terrains. Elle permit enfin d’atteindre des gisements qui jusque-là étaient inaccessibles.
- 87 Les exigences liées à l’emploi de la poudre sont nombreuses, de la préparation du trou à la mise à (...)
86Malgré ces apports, son emploi a été progressif, différencié, et n’a pas bouleversé en une décennie l’art de la mine. En raison des difficultés de mise en œuvre, la permanence de l’abattage par l’outil et le feu semble être une réalité au cours des xviie et xviiie siècles87.
- 88 On classe traditionnellement les travaux miniers en deux catégories : avant l’utilisation de la po (...)
87Dès lors se pose un problème. De la fin du xvie siècle au plus tôt à la fin du xviiie siècle, voire jusqu’au xixe siècle selon les régions, s’ouvre une période de transition durant laquelle les travaux dits « anciens » côtoyaient des travaux dits « modernes »88. Autrement dit, l’absence de traces de fleurets dans les ouvrages miniers ne suffit pas pour indiquer un terminus ante quem seulement fixé à la fin du xvie siècle ou au début du xviie siècle. En fait, on constate qu’au-delà de la question de son apparition en mine, ce sont surtout les rythmes, les lieux et les modalités de l’utilisation de la poudre qui sont problématiques. L’image actuelle de la diffusion de cette technique est, à n’en pas douter tronquée par une connaissance archéologique imparfaite. Le cas de Villefort n’est très certainement pas isolé et seule l’observation des mines de la période moderne (xvie-xviiie siècles) dans leur ensemble permettra d’engager l’enquête.
88Bien que récentes, les exploitations modernes, même modestes, participent donc à l’histoire des activités minières. Lorsqu’il doit être envisagé de condamner ou de sécuriser certains ouvrages, les vestiges méritent d’être observés attentivement et ne doivent plus être détruits simplement parce qu’ils semblent être postérieurs à l’apparition de la poudre.