Taillebourg et Port-d’Envaux (Charente-Maritime)
Texte intégral
1Le site de Taillebourg-Port d’Envaux, dans son emprise actuelle, a été découvert en 2001 au cours d’une plongée effectuée pour vérifier l’hypothèse d’un point de franchissement de la Charente en amont de Taillebourg.
2La prospection qui suivit la découverte du site avait pour objectif la topographie des premières pirogues mais aussi l’évaluation du contexte général dans lequel elles s’inscrivaient. Elle livra dix pirogues, une épave assemblée, du mobilier (céramique, armes, outils…) et des alignements de pieux.
3Dès cette découverte, une bathymétrie fût réalisée, à notre demande, par le service d’hydrographie maritime de la DDE. Elle confirma la présence de trois seuils entrevus lors des plongées.
4La campagne 2002 engagea une prospection systématique sur le premier des trois seuils (S1). Elle permit d’augmenter le corpus d’épaves et de mettre au jour sur ce seuil des vestiges (alignement de pieux et bois travaillés) liés à un aménagement.
5La campagne 2003 poursuivit ce travail vers le second seuil (S2) : un alignement de pieux et un empierrement (remplissage) furent topographiés. Cet ouvrage, certainement une digue, rétrécit le chenal en amont de la principale concentration de pirogues, cinquante mètres avant le seuil 3. On peut noter que ces second et troisième seuils barrant le chenal à partir de la rive droite, forment un bassin dans lequel s’inscrit l’alignement des pirogues.
6La campagne 2004 a été engagée sur le seuil 3 et la zone des dernières pirogues (pg 5 et pg 6). Elle a livré un important mobilier métallique en rive gauche. Les armes, dont une épée carolingienne, confirment la période chronologique des campagnes précédentes. Des plombs (lests de filets) ainsi que de nombreuses pierres de lest, topographiés sur le seuil, indiquent une activité de pêche. Deux sondages ponctuels ont livré six exemplaires de plombs en connexion avec du mobilier médiéval, rattachant ces pièces de façon probable au début du Moyen Âge.
7Au cours de la campagne 2005, l’action entreprise en 2004 à partir du seuil 3, a été poursuivie vers l’amont. Les corpus d’armes d’époque carolingienne et de plombs se sont enrichis de nouveaux spécimens. Une nouvelle pirogue (pg 17), a été dégagée du sédiment meuble, dans l’axe des pirogues pg4 et pg3. Elle s’inscrit dans une zone de concentration de bois naturels ou travaillés, certainement constitutifs d’autres épaves (planches à trous, membrures…).
8À l’issue de ces quatre campagnes, le site compte trois épaves assemblées, quinze pirogues (soit dix-huit épaves connues, topographiées et conservées). Elles se répartissent aux abords de cinq seuils dans une portion du fleuve longue d’1 km, mais la plus forte concentration d’épaves compte quinze exemplaires alignées sur trois cents mètres.
9Les datations placent cinq embarcations dans la fourchette viie-ixe s., sept autres dans la fourchette fin viie-xe s. Deux sont antérieures à ces deux groupes : la pirogue pg9 qui se place entre le ve et le début viie s., et l’épave assemblée EP1 qui est datée entre 145 cal AD – 420 cal AD (cal. à 2 sigma, ARC 2213). Enfin, deux structures (S1 et S2) sont datées par dendrochronologie entre le milieu du ixe s. et le début du xe s.
10À l’issue de ces cinq années de prospection, le site de Taillebourg peut être identifié comme un aménagement portuaire antérieur à l’an Mil. L’exploitation spatiale des seuils par l’implantation de structures, les épaves inscrites entre les hauts-fonds, le mobilier témoin de pratiques halieutiques et de batellerie ainsi que l’homogénéité chronologique de l’ensemble, plaident en faveur de cette hypothèse. Enfin, la découverte d’objets scandinaves sur ce site permet le réexamen de l’histoire des intrusions « vikings » dans notre région.
Pour citer cet article
Référence électronique
Jean-François Mariotti, « Taillebourg et Port-d’Envaux (Charente-Maritime) » [notice archéologique], Archéologie médiévale [En ligne], 36 | 2006, mis en ligne le 15 mai 2023, consulté le 07 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/archeomed/48374 ; DOI : https://doi.org/10.4000/archeomed.48374
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