Corneilhan (Hérault). Saint-Sernin
Texte intégral
1Deux fouilles d’évaluation archéologique, portant sur une emprise cumulée de près de 9 ha, ont été réalisées sur le tènement de Saint-Sernin, où les prospections pédestres faisaient apparaître un établissement antique et médiéval. Un moule à méreaux daté autour de l’an Mil y avait été recueilli (M. Feugère 1992). Dès 1960, J. Giry revendiquait le site parmi les plus anciens lieux de culte chrétien du Biterrois. L’hagiographie nous apprend par ailleurs que sainte Céronne naquit au début du ve s. dans le pagus de Corneilhan, qui aurait fait partie de la dot de la reine Brunehaut et aurait été le siège d’une garnison franque ou bien un comptoir franc en territoire wisigothique. La villa Corneliano apparaît en tout cas dans les sources écrites en 975 par une mention du cartulaire du chapitre Saint-Nazaire de Béziers, tandis qu’en 1204, le cartulaire de Valmagne signale l’existence à Corneilhan d’un castrum. Ce dernier, qui a définitivement fixé le village médiéval, se situait aux abords de l’actuelle église Saint-Léonce, dont l’assise du clocher serait en fait le remploi d’une tour militaire relevant de la fortification.
2Outre de nombreux vestiges néolithiques et antiques, ces deux diagnostics ont révélé une dizaine de sépultures sans doute en « plein champ » puisque rien ne permet de situer une zone d’habitat et/ou un lieu de culte à proximité. Bénéficiant d’offrandes funéraires, les morts y sont enterrés le plus souvent selon une orientation NS qui est aussi celle d’un chemin creux (reconnu dans trois tranchées) déjà comblé dans l’Antiquité tardive ; certaines sépultures sont d’ailleurs implantées dans son comblement. Cette nécropole de la fin de l’Antiquité se trouve au nord du tènement de Saint-Sernin où, dès le haut Moyen Âge, un autre cimetière à inhumation se met en place, ce qui équivaut probablement selon M. Fixot à « un transfert du lieu d’inhumation en direction d’un lieu de culte chrétien nouvellement édifié ». L’hagiotoponyme indique en effet l’existence d’une chapelle consacrée au culte de Saturnus. Absente du paysage d’aujourd’hui, la cellam S. Saturnini de Corneliano aurait, selon certaines sources, été détruite au xive s. par les Anglais, et figure à la manière des églises de paroisses non actives sur la carte de Cassini, établie ici vers 1770. L’édifice n’a pas été retrouvé, mais sa présence dans l’emprise à l’étude paraît certaine.
3Dans le second groupe funéraire qu’il est fort tentant de considérer comme une partie du cimetière de la paroisse médiévale de Saint-Sernin, des tombes construites à l’aide de tegulae et donc datables au plus tard des viie-viiie s. côtoient des sépultures en pleine terre ou utilisant du mortier de chaux beige (bas Moyen Âge ?). L’occupation médiévale se traduit également par une zone d’habitat et d’exploitation du finage ; un modeste bâtiment et plusieurs fosses d’ensilage se tiennent en aval du cimetière et sont provisoirement datés entre les viie et xiie s.
4On se trouve apparemment ici dans le cas d’une occupation du haut Moyen Âge maintenue sur un domaine antique de type villa. Ce pôle de peuplement a pu rester actif durant tout le Moyen Âge jusqu’à la concentration définitive autour du castrum édifié sur le mamelon où se tient le centre du village actuel de Corneilhan. D’après un plan de compoix (vers 1760) concernant une parcelle mitoyenne, il semble que le cimetière soit resté plus longtemps en usage.
Pour citer cet article
Référence électronique
Bertrand Houix, « Corneilhan (Hérault). Saint-Sernin » [notice archéologique], Archéologie médiévale [En ligne], 36 | 2006, mis en ligne le 15 mai 2023, consulté le 10 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/archeomed/48588 ; DOI : https://doi.org/10.4000/archeomed.48588
Haut de pageDroits d’auteur
Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
Haut de page



