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Chronique des fouilles médiévales en France en 2005
I. – Constructions et habitats civils - environnement rural et urbain

Introduction à la rubrique

Texte intégral

1Avec à peine plus d’une quarantaine de sites représentés dans la rubrique, le paysage des fouilles d’habitat civil paraîtrait moins varié qu’il ne l’était ces dernières années si ne s’étaient peu à peu imposés les résultats de nouvelles approches élaborées dans le cadre de prospections thématiques. Les recherches portant sur la montagne d’Entveig sont en mesure de proposer et de dater un schéma d’évolution des aménagements de versants mettant en évidence une exploitation agricole en terrasses, la montagne n’étant pas vouée depuis les origines au pastoralisme. En Auvergne et dans le Cantal, plusieurs sites d’habitats dispersés permanents sont explorés en relation avec les voies de circulation et les chailles de transhumance. L’apport très riche des études des paléosols et des techniques d’analyse des vestiges botaniques laissent arguer la réussite d’autres prospections moins avancées sur l’habitat médiéval du Finistère ou les granges monastiques de Franche-Comté. Le pari d’une archéologie pluridisciplinaire faisant appel à toutes les sciences, y compris celles de la nature, paraît ici tenu. De telles recherches à grande échelle viennent équilibrer une fouille qui reste pour l’essentiel de diagnostic et d’urgence.

2Une fois de plus, et on doit le déplorer, les notices de sites publiées ici ne constituent qu’un échantillonnage. Elles ne sauraient donc rendre compte de l’intégralité des recherches en matière d’habitat civil. Alors que l’archéologie du bâti semble confirmer sa relative stagnation, elle offre toutefois des résultats remarquables (Orléans) ; les fouilles archéologiques complétées par des enquêtes documentaires dans les sources écrites continuent de marquer le pas. Les thématiques restent diverses et concernent des milieux naturels et sociaux variés. Quant aux milieux naturels, la tendance se confirme et vient s’associer aux recherches paléo-environnementales de grande ampleur : l’attention est plus que jamais focalisée sur le traitement de l’eau, avec les ponts (celui, carolingien, de Dieulouard, avec ses piles de pierre et son tablier de bois, ou celui, en usage de l’Antiquité au xviiie siècle, à Viviers) ; un aqueduc (San Nicolao) ; des aménagements hydrauliques (Fléard) ou de berges – pêcherie peut-être (Vaucouleurs) –, et même une étude des fluctuations d’un fleuve (Saint-Benoît). En comparaison, l’archéologie des jardins (Chennevières, Montmorency, Nîmes) ne connaît pas cette année de réel développement, et les industries rurales ne sont saisies que dans la mesure où elles sont immédiatement connectées à ces structures ou au réseau fluviatile, ainsi la forge de San Nicolao, les scories de fer de Vieille-Toulouse, ou le moulin à tan ou à foulon de Pennedepie.

3Les orientations actuelles tendent par conséquent à privilégier largement le milieu rural, qui s’impose avec une trentaine de sites, alors que seules une dizaine de villes sont représentées. La ville est logiquement envisagée sous l’angle du commerce, avec ses halles et sa place du marché aux grains (Béthune), ses maisons nobles (Marmande, Thiviers), ou celle d’un marchand, en bordure de place (Mont-Saint-Jean) ; elle est construite en pan de bois (Orléans), en briques ou en pierre (maison de faubourg à Douai). En milieu urbain comme en milieu rural, s’affiche l’omniprésence des structures liées à l’alimentation (stockage, conservation, cuisson). L’habitat civil tout entier est régi par le souci d’approvisionnement, qu’il s’agisse des granges de Franche-Comté ou des simples caves de pierre ou de bois des maisons de ville, des fours domestiques ou des batteries de silos des périodes mérovingienne et carolingienne : la vie médiévale tourne autour de l’obsession de manquer.

4En ville comme en milieu rural, la périodisation permet cette année le repérage de structures surtout des trois derniers siècles médiévaux (pas moins de 14 sites), avec deux exemples seulement intéressant les xe-xiie siècles. Les périodes mérovingienne et carolingienne, une fois n’est pas coutume, sont moins bien représentées que les années précédentes : elles comptent à elles deux autant de sites que le bas Moyen Âge. S’agit-il d’un hasard ou d’un intérêt moindre accordé à un paysage archéologique désormais bien connu, avec le modèle type du village à bâtiments excavés ou sur poteaux et ses batteries de silos ? La remontée en puissance d’un intérêt pour les sites agricoles de la fin du Moyen Âge est un signe satisfaisant d’un rééquilibrage des forces entre ces deux grandes périodes des temps médiévaux. Déséquilibrée, en revanche, est la répartition géographique des fouilles : la France du nord de la Loire paraît sur-représentée cette année. Mais nul doute qu’il ne s’agisse là que de la conséquence du faible nombre de notices proposées.

5Danièle Alexandre-Bidon et Françoise Piponnier

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Pour citer cet article

Référence électronique

« Introduction à la rubrique », Archéologie médiévale [En ligne], 36 | 2006, mis en ligne le 15 mai 2023, consulté le 08 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/archeomed/49285 ; DOI : https://doi.org/10.4000/archeomed.49285

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