Pennedepie (Calvados). Embouchure du ruisseau de Pennedepie
Texte intégral
1Le site de Pennedepie (Calvados), découvert sur l’estran dans les années 1980 à l’embouchure du ruisseau Saint-Georges, a livré des vestiges permettant de poser l’hypothèse d’un moulin industriel (à foulon et/ou à tan), confortée par l’étude des sources historiques : un moulin à blé, attesté vers 1260, était situé plus en amont sur le ruisseau, et il existait ailleurs, à la même date – sans doute plus en aval –, un « molin foulereiz ». Un ensemble de fosses apparues sur la plage en hiver et probablement liées à cette activité a fait l’objet de relevés et de sondages.
2Deux surfaces d’inégale emprise apparaissaient de part et d’autre du ruisseau : à l’est, une zone limitée de 25 m par 10 m ; à l’ouest, une longue bande d’environ 20 m x 170 m. Elles ont livré des structures complexes, principalement au sommet du niveau de tourbe. Des observations réalisées sur la microfalaise littorale ont permis de reconnaître un niveau riche en charbons de bois et qui a livré du mobilier céramique des xiie-xive s.
3De grandes fosses quadrangulaires, de dimensions variables (de 1,70 m x 1,30 m à 6 m x 5 m), sont distribuées sur l’ensemble de la surface observée. Elles sont généralement reliées par un réseau de petits fossés étroits (entre 20 et 50 cm de large). Les fosses les plus grandes communiquent ainsi avec les plus petites. Leur remplissage est constitué de deux types de formations : soit des argiles silteuses grises litées, d’origine estuarienne, soit des niveaux hétérogènes comportant des blocs de sédiment remanié (argile, tourbe), des coquillages, des ossements animaux (restes de consommation) et des fragments de bois. Une des structures a fourni un élément de cuir cousu, apparemment un fragment de chaussure. L’étude de l’une des structures a permis l’observation de scrobiculaires, coquillages de milieu estuarien qui se sont développés in situ. La présence de ces bivalves démontre la circulation régulière d’eaux salées, tout du moins pendant la phase de colmatage des fosses. Mais le caractère parfois rythmé du remplissage évoque également une sédimentation de type intertidale. L’altitude du fond de la st. 1 à 2,40 m NGF appuie cette hypothèse.
4L’hypothèse d’un moulin en relation avec le travail des cuirs et des draps reste la plus probable. Sa situation très en aval du ruisseau pourrait s’expliquer par cette activité très polluante. Plusieurs questions viennent à l’esprit : l’eau n’a-t-elle servi que lors des phases de vidange des fosses ? L’eau de mer a-t-elle pu avoir un rôle dans le traitement des cuirs (et/ou des draps ?). En effet, une matrice de sceau en plomb du xiiie s. a été retrouvée sur la plage de Pennedepie, immédiatement en arrière du moulin, dans la couche d’argile de la microfalaise. Le dessin présent sur cette matrice, qui évoque un métier à tisser et une navette, pourrait révéler la nature de l’activité de son propriétaire.
Pour citer cet article
Référence électronique
Cyrille Billard, Christophe Maneuvrier, Gabriel Sénécal, « Pennedepie (Calvados). Embouchure du ruisseau de Pennedepie » [notice archéologique], Archéologie médiévale [En ligne], 36 | 2006, mis en ligne le 15 mai 2023, consulté le 06 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/archeomed/49510 ; DOI : https://doi.org/10.4000/archeomed.49510
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