Auvergne, Cantal, Vèze, Troucou
Texte intégral
1Sur la base d’une prospection thématique réalisée dans le canton d’Allanche (15) en 2004, au cours de laquelle nous avions pu découvrir ou redécouvrir dix sites archéologiques correspondant très vraisemblablement à un habitat permanent dispersé médiéval, une série de sondages archéologiques ont été pratiqués sur le site de Troucou.
2Le choix de ce site par rapport aux neuf autres a été motivé par plusieurs critères : en premier lieu, il s’agit de vestiges remarquablement conservés sous le pâturage, dont la lecture permet d’obtenir une vision d’ensemble, non seulement des bâtiments mais encore du parcellaire et de la voirie environnants. De plus, le secteur dans lequel il se trouve renferme d’autres vestiges archéologiques, notamment un second site d’habitat et un castrum, qui rendent cette zone de la vallée de la Fontaine Saint-Martin particulièrement intéressante au regard de l’archéologie médiévale.
3Plusieurs sondages archéologiques ont donc été implantés dans trois bâtiments de plans différents de ceux du hameau. Leurs résultats, associés à un relevé topographique, ont permis d’identifier la fonction des structures : deux habitations ont été mises en évidence, dont un habitat mixte abritant sous un même toit les hommes et les animaux. Ce dernier est constitué d’une vaste bâtisse de 20 m de long comportant deux entrées différentes. Le troisième bâtiment, caractérisé par sa large entrée et son pavage lustré par le passage répété du bétail, a été identifié comme aire de stabulation.
4Malgré un aspect assez confus au premier regard, notamment à cause du nombre élevé de bâtiments (une vingtaine au total), le plan du hameau est très bien conçu et répond à une grande logique d’organisation. Le site est directement relié, par un réseau de chemins, à une importante draille menant de la partie sud du Cézallier (vallée de l’Alagnon) aux plateaux et au-delà, à Brion. Dans sa partie sud, à un parc de près de trois hectares est reliée une source en contrebas. Au plus près du parc, des séries de bâtiments rectangulaires semblent correspondre à des aires de stabulation, comme en témoignent les résultats du sondage du bâtiment 11. Au-delà, plus au nord, une voie dessert un groupe de bâtisses avant de rejoindre la draille. Il s’agit, dans leur majorité, d’habitations aux plans plus complexes (à annexes, en L, allongées) qui se répartissent autour de la division du chemin. Cet espace est mis à profit pour installer le four à pain ainsi que, vraisemblablement, dans l’élargissement de la voie, le « couderc » (espace communautaire).
5Le mobilier découvert se résume à quelques objets de fer, dont deux clous de ferrage, et une cinquantaine de tessons de céramique parmi lesquels figure une petite série de formes attribuables à la période médiévale. Plus originale est la mise au jour de six plateaux de jeux, gravés sur des dalles de basalte et correspondant à des marelles à main. Les résultats de la datation radiocarbone proposent une fourchette chronologique comprise entre la seconde moitié du xie et le premier tiers du xiiie s., ce qui confirme la remarquable ancienneté de ce dispositif parfaitement élaboré.
6Situé à 1 200 m d’altitude, le site de Troucou correspond donc à un établissement à vocation agro-pastorale des xie-xiie s., lié à la transhumance vers les monts du Cézallier.
Pour citer cet article
Référence électronique
Laurent Fau, « Auvergne, Cantal, Vèze, Troucou » [notice archéologique], Archéologie médiévale [En ligne], 36 | 2006, mis en ligne le 15 mai 2023, consulté le 06 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/archeomed/49685 ; DOI : https://doi.org/10.4000/archeomed.49685
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