Sucy-en-Brie (Val-de-Marne). Château de Montaleau
Texte intégral
1Les « vestiges Montaleau » ont été découverts fortuitement en 1987, puis dégagés par la Société Historique et Archéologique de Sucy (SHAS) quatre arcs de pierre calcaire, deux chapiteaux à crochets et deux fûts de colonnes lisses reposants l’un sur une base carrée, l’autre sur une base circulaire, de facture médiévale classique du xiiie s. La question se pose alors de savoir si cette structure était en place, remaniée ou réemployée.
2Pour conserver et mettre en valeur ces vestiges, une intervention archéologique a précédé la dépose de la structure, connue surtout par des documents du xviie s. : « Une grande maison bastie de neuf de 13 toises (24,96 m) de face et couverte d’ardoise, jardin sur le derrière dans lequel a des vignes plantées, cour sur le devant d’icelle maison, avecq les bastiments qui sont en entrant à main droite de la dite cour commençant à deux toises (3,84 m) au dessoubz du portail par lequel on passe à une haulte cour d’escuries ».
3Le site est localisé sur le coteau, au point de rupture de pente, à une altitude moyenne de 80 m. Sept phases ont pu être mises en évidence. La cavité originelle est une poche d’extraction de marne et de meulière. On y accédait, à l’ouest, par une rampe maçonnée à flanc de coteau. Aucun matériel ne permet de dater cette structure.
4Dans un second temps, la rampe est réaménagée par la construction de nouveaux murs édifiés devant ceux existants, réduisant ainsi l’accès. De plus, tout le front ouest de la carrière, face au coteau, est clos par un mur dans lequel est ménagé un soupirail d’aération. Ce mur avait pour fonction de maintenir le ciel de carrière, composé de blocs de meulières massifs. La limite est de la cavité est également maçonnée à ce moment et dans le même but. La limite sud, quant à elle, reste naturelle. L’effondrement d’un bloc de meulière de plusieurs tonnes à l’entrée de la carrière marque l’achèvement de cette phase et aussi la fin de son utilisation en tant que carrière.
5Par la suite, la rampe, rendue inutilisable par la chute du bloc, est comblée, ainsi que le soupirail. Leur remblaiement a livré des fragments de céramique typiques de la production francilienne du xiie au xve s. (fragment de tasse polylobée glaçurée, fragments de pichet glaçuré brun décoré à la molette, fragments décorés de bandes d’argiles rapportées…) et de verre médiéval. Une nouvelle entrée est alors aménagée à partir du dessus de la structure : un escalier plein nord débouchant sur une porte maçonnée surmontée d’un arc en plein cintre est construit. Sous le niveau du premier emmarchement, des fragments de céramique commune du xive s. permettent de dater cet aménagement, une cave probablement liée à un habitat.
6La quatrième phase marque un changement d’orientation de la cave lié à la construction de l’aile du château de Montaleau en 1620. En effet, celle-ci a été construite exactement au-dessus de la cave, et l’escalier devait déboucher au milieu d’une pièce. Dès lors, il était nécessaire de construire un nouvel accès, ce qui fut fait en aménageant un couloir à l’est avec un escalier d’accès ouvrant dans la cour des communs du château. Ce couloir est couvert d’une voûte en plein cintre constituée de plâtre gris reposant sur des murs de meulière dont l’un habille un rocher taillé de calcaire meuliérisé de plusieurs tonnes. La cave est également réduite au sud par un mur. Enfin au centre de la structure, ont été posées deux colonnes, de manière à former un carré avec les piédroits de la porte de l’escalier construit lors de la phase précédente. L’ancien escalier est alors démonté. Quatre arceaux reliant les deux colonnes et les piédroits viennent structurer le centre de cette composition et deux arcs supplémentaires, reposant sur la colonne SO et sur les murs ouest et sud, maintiennent la cohésion totale du plafond de la cave et du plancher de cette partie de l’aile du château. Tous les arcs sont liés avec un plâtre blanc. Une troisième colonne est posée dans la partie sud de la cave afin d’équilibrer un bloc dont une extrémité repose sur le mur est. Tous ces éléments d’architecture du xiiie s. ont dû être récupérés à proximité, peut-être dans l’ancien hôtel seigneurial de la Tour, ruiné depuis le xvie s.
7Au cours du xviiie ou du xixe s., des réparations sont apportées au piédroit ouest de l’ancien escalier, car la pierre est de provenance différente de toutes celles employées dans cette cave. Par ailleurs, une réduction de la cave est à nouveau opérée à l’ouest par la construction d’un nouveau mur avec un soupirail.
8En 1938, l’élargissement de la rue de la Tour (aujourd’hui rue Pierre Sémard) a amputé l’aile du château de plusieurs mètres. Les fondations de la nouvelle façade sud de l’aile vont couper la cave dans la partie sud, par un mur EO composé de moellons de meulière scellés au ciment. Une ouverture est ménagée dans ce mur afin de ne pas condamner la partie sud de la cave. Enfin, vers 1950, vu son état de délabrement avancé, l’aile du château est détruite et la cave comblée et oubliée.
9L’étude de la structure des vestiges Montaleau et la fouille de la cavité ont permis de comprendre son évolution des origines à son abandon. Le principal souci de ses occupants fut la pérennité du soutènement des blocs de meulière qui forment le ciel de carrière, d’où la réduction progressive de l’espace intérieur et sa stabilisation grâce à l’installation de colonnes et d’arcs de récupération.
Pour citer cet article
Référence électronique
Valérie Noël, « Sucy-en-Brie (Val-de-Marne). Château de Montaleau » [notice archéologique], Archéologie médiévale [En ligne], 35 | 2005, mis en ligne le 15 juillet 2023, consulté le 04 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/archeomed/50994 ; DOI : https://doi.org/10.4000/archeomed.50994
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