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Des morts polysémiques : les sépultures en contexte d’habitat rural au premier Moyen Âge (ve-xie siècle) en Alsace

The many meanings of the dead: residential burials in Alsace in the first half of the Middle Ages (5th–11th c.)
Polysemische Tote: Gräber im Kontext ländlicher Siedlungen im Frühmittelalter (5.-11. Jahrhundert) im Elsass
Édith Peytremann et Amélie Pelissier
p. 71-120

Résumés

Résumé : L’étude des sépultures découvertes en contexte d’habitat rural du haut Moyen Âge, entreprise dans le cadre d’un Projet Collectif de Recherche dédié aux « Espaces et pratiques funéraires en Alsace aux époques mérovingienne et carolingienne », a pour objectif de développer une méthodologie d’étude archéologique et anthropologique adaptée à un corpus hétérogène et à un temps de recherche limité, d’analyser et de comparer le corpus alsacien non seulement à celui des ensembles funéraires régionaux mais encore à ceux des populations inhumées en contexte d’habitat dans le reste de la France et dans le Bade-Würtemberg. À partir d’un corpus de 19 sites comprenant 171 sépultures représentant 192 individus et de 46 datations 14C et de 30 datations par l’étude du mobilier, il a été développé une méthodologie permettant une approche chronologique, topographique, proxémique, biologique et sociale de cette pratique. Trois grandes phases chronologiques ont ainsi été distinguées dans la période d’approximativement trois siècles durant laquelle cette pratique est attestée. Trois agencements topographiques de sépultures ont été identifiés : isolé, en grappe et en ensemble. Les gestes et l’architecture funéraires s’avèrent semblables à ceux observés au sein des grands ensembles funéraires contemporains. L’étude démographique et biologique de la population inhumée montre, elle aussi, des résultats proches de ceux obtenus pour les cimetières. Les interprétations proposées, en lien avec la propriété et les limites, la famille et les croyances sont comparées à celles émises plus généralement en France et en Europe du Nord-Ouest. Si les résultats obtenus restent encore modestes, la méthodologie mise au point devrait permettre de traiter à l’avenir d’autres corpus régionaux hétéroclites et d’effectuer des comparaisons plus poussées.

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Texte intégral

  • 1 Desbrosse-Degobertière 2017.
  • 2 PCR habitat région Centre, PCR habitat Pays de la Loire, etc.

1L’étude des sépultures du haut Moyen Âge en contexte d’habitat rural en Alsace a été réalisée dans le cadre du projet collectif Espaces et pratiques funéraires en Alsace aux époques mérovingienne et carolingienne (ve-xe siècle). Le constat, largement partagé par l’ensemble des acteurs archéologiques régionaux, du nombre important d’ensembles funéraires de qualité fouillés dans la région mais rarement publiés, est à l’origine de ce projet. Aux centaines d’ensembles funéraires ou nécropoles explorés depuis le xixe siècle, s’ajoutent les sépultures et groupes funéraires découverts ces quarante dernières années au sein des habitats et des zones artisanales. Ces sépultures et groupes ont été intégrés au projet notamment pour faciliter les comparaisons entre les différents types d’ensembles funéraires. Ce choix, s’il s’accorde avec celui réalisé en Champagne-Ardenne dans le cadre du projet Archéologie de la nécropole du haut Moyen Âge en Champagne-Ardenne1, s’avère en revanche plus original s’il est comparé à celui généralement fait d’intégrer les études de ces ensembles funéraires à la recherche sur les habitats ruraux du haut Moyen Âge2. Reprendre l’étude d’ensembles funéraires anciennement analysés par différents chercheurs expose à des problèmes méthodologiques liés à la nature même des données anthropologiques non harmonisées et à la perte ou à l’inaccessibilité des collections osseuses. Pour dépasser cet écueil, il a été nécessaire de proposer une approche méthodologique adaptée à la nature du corpus et à celle de ce projet collectif, par définition, limité dans le temps.

1. Un bref état de la recherche dans le nord-ouest européen

  • 3 Christlein 1980b ; Christlein 1980a.
  • 4 Hamerow 2012, p. 127.
  • 5 Schweitzer 1984, p. 94.
  • 6 Ibid., p. 93.
  • 7 Cuisenier, Guadagnin 1988, p. 170.

2L’intérêt pour les sépultures découvertes en contexte d’habitat accompagne le développement de la recherche sur les habitats ruraux du premier Moyen Âge avec de légers décalages chronologiques entre les pays, liés au développement des archéologies nationales. On peut situer aux environs des années 1980 les premières réflexions sur le sujet, notamment en Angleterre et en Allemagne. En effet, Rainer Christlein est un des premiers à s’interroger sur ces sépultures à propos du site de Kircheim en Bavière3. Il interprète ces groupes de sépultures comme les cimetières familiaux de quelques familles qui, par tabou, ne peuvent pas être enterrées dans le cimetière associé à l’église. L’absence d’inhumations associées à l’importante ferme principale pousse néanmoins Rainer Christlein à se contredire en supposant que ses habitants sont enterrés dans l’église ou à ses abords. En Angleterre, c’est Richard Morris qui, le premier, s’est penché sur la question, notamment au travers de son étude sur les églises. Il interprète ces groupes de sépultures au sein des habitats en termes de changement de pratiques socio-culturelles4. En France, des sépultures associées à des structures d’habitat ont été découvertes, notamment en Alsace à Ensisheim (Haut-Rhin) dans les années 1980. Elles avaient alors été interprétées comme les sépultures d’esclaves ou de non-chrétiens5. La sépulture d’enfant mise au jour sur le site d’habitat de Riediesheim a été analysée par Joël Schweitzer comme résultant peut-être d’un infanticide ou comme celle d’un sujet non-baptisé6. Rémy Guadagnin, dans le catalogue Un village au temps de Charlemagne, évoque, au sujet des sépultures fouillées dans le site d’habitat de Villiers-le-Sec, la possibilité d’une mise à l’écart de certains membres de la communauté pour des raisons sociales ou religieuses7.

  • 8 Zadora-Rio 2003 ; Hamerow 2012 ; Cartron 2015, p. 38-39 ; Müller 2017 ; Blaizot 2017 ; Peytremann 2 (...)
  • 9 Zadora-Rio 2003.
  • 10 Ibid., p. 7.
  • 11 Gaultier 2011.
  • 12 Desbrosse-Degobertière 2017.
  • 13 Leroy, Verslype 2017.
  • 14 Gleize 2017.

3C’est principalement dans les années 1990-2000 que se développent les études sur le sujet, aussi bien en Angleterre, aux Pays-Bas, en Allemagne qu’en France. Plutôt que de détailler ces différentes histoires de la recherche qui ont déjà fait l’objet de publications8, il paraît plus judicieux d’exposer de manière synthétique les différentes thèses en présence et leur filiation intellectuelle (fig. 1). Avant de les présenter, il convient néanmoins de s’arrêter quelques instants sur l’article d’Élisabeth Zadora-Rio, consacré plus particulièrement à la mise en place du cimetière et de la paroisse en France et en Angleterre, dans la mesure où il marque une rupture historiographique9. L’auteure revient en effet sur les hypothèses qu’elle avait précédemment avancées sur l’abandon des nécropoles à la fin du viie siècle et le développement contemporain des cimetières à proximité des églises, notamment grâce à la découverte récurrente de sépultures en contexte d’habitat, généralement datées des viie -xe siècles. À l’occasion du bilan qu’elle dresse des différentes explications apportées jusque-là, elle conteste l’hypothèse selon laquelle les sépultures en contexte d’habitat témoignent d’une christianisation inachevée. Elle argue qu’au contraire le rapprochement des vivants et des morts est caractéristique de la doctrine chrétienne10. Pour clore provisoirement ce tour d’horizon des travaux consacrés aux sépultures découvertes en contexte d’habitat, il importe de souligner qu’au cours des dernières années cet objet de recherche a connu, en France, un regain d’intérêt qui se matérialise par son intégration à des enquêtes plus vastes, comme celles du Programme Collectif de Recherche Habitat rural du haut Moyen Âge en région Centre, dirigé par Anne Nissen et Sébastien Jesset11, ou celles du Projet d’Action Scientifique Archéologie de la nécropole du haut Moyen Âge en Champagne-Ardenne, dirigé par Stéphanie Desbrosses-Degobertière et Marie-Cécile Truc12. Les 35es Journées internationales d’Archéologie mérovingienne intitulées Communauté des vivants, compagnie des morts13 et leurs actes récemment parus constituent un exemple de l’intérêt porté à ces sépultures, tout comme la tentative de synthèse proposée par Yves Gleize pour une large moitié méridionale de la France14.

Fig. 1 Tableau récapitulatif des interprétations des sépultures en contexte d’habitat.

Fig. 1 Tableau récapitulatif des interprétations des sépultures en contexte d’habitat.

É. Peytremann.

  • 15 Sous les formes décrites ci-dessous. Les sépultures en dehors des cimetières sont en effet attestée (...)
  • 16 Czermak 2011.

4Un point commun à l’ensemble des pays cités consiste en l’accord des chercheurs pour situer l’émergence de ces pratiques au milieu du viie siècle. L’estimation de la disparition des sépultures en habitat tend actuellement à susciter également une entente sur le fait que le phénomène n’est plus observable15 au plus tard dans le courant du xe siècle. Néanmoins, la plupart des études allemandes, anglaises et néerlandaises se limitent aux viie-ixe siècles. C’est probablement dans l’approche méthodologique que des distinctions sont perceptibles entre les différents pays. Il apparaît en effet assez clairement que le recours aux datations 14C est nettement moins important en Grande-Bretagne et en Allemagne, et plus récent qu’en France où il est devenu quasi systématique pour les sépultures découvertes en contexte d’habitat. Une autre divergence méthodologique se dessine avec l’approche anthropologique nettement plus développée en France, notamment depuis les années 2000. Les études s’intéressent aussi bien au recrutement, à la paléobiologie qu’à la morphologie des tombes et à l’identification des contenants grâce notamment à la taphonomie. Il convient néanmoins de signaler le recours à des analyses isotopiques sur des squelettes provenant de sites d’habitat allemands dans le but de distinguer notamment des classes sociales16.

  • 17 Hamerow 2012, p. 127 ; Blaizot 2017, p. 530-531 ; Müller 2017, p. 79-80 ; Peytremann 2018, p. 310-3 (...)
  • 18 Blaizot 2017, p. 474-475 ; 532.
  • 19 Peytremann 2018, p. 311.

5Concernant les interprétations, celles émises depuis les années 1980 sont majoritairement de nature sociale et religieuse et, dans une moindre mesure, politique et juridique (fig. 1). Un grand nombre de chercheurs s’accordent aujourd’hui pour estimer que ces pratiques funéraires traduisent très probablement une diversité de comportements17. Les interprétations proposées par les chercheurs européens peuvent être regroupées en six ensembles argumentaires. Le premier groupe rassemble les interprétations qui sont en relation avec la propriété foncière. La ou les sépultures servent de bornage, de marques de propriété, de légitimation de propriété ou expriment une appropriation familiale. Un autre groupe d’interprétations s’appuie sur le culte des ancêtres et leur place parmi les vivants. Cette relation particulière peut évoluer ou être utilisée en matière de légitimation de propriété pour des nouveaux venus. L’explication de la mise à l’écart pour justifier la présence de ces sépultures continue d’être avancée, moins par rapport à l’opposition païens/chrétiens que par rapport à l’opposition communauté anciennement fondée et nouveaux venus. L’hypothèse de sépultures liées à des exécutions peut être associée à ce groupe d’interprétations, tout comme celle qui identifie ces sépultures à celles d’individus serviles18. Les interprétations selon lesquelles ces sépultures correspondent à des tombes élitaires ou de chefs fondateurs d’une communauté, notamment religieuse, sont totalement absentes des interprétations françaises. La qualification de sépulture privilégiée est néanmoins utilisée en France, non dans un sens socio-économique mais pour désigner une volonté de distinction19. Un autre groupe d’interprétations est lié à la topographie. Les sépultures témoignent alors des systèmes de peuplement qui peuvent être déconnectés du système d’implantation des églises. Il s’agit là plus d’un constat que d’une explication. Les interprétations de pratiques intermédiaires entre la nécropole communautaire et le cimetière paroissial constituent l’ultime groupe, relativement théorique et peu précis, concernant les explications possibles à ces phénomènes des sépultures en contexte d’habitat.

  • 20 Hamerow 2012, p. 129-130.

6Il apparaît dans les recherches réalisées plus particulièrement en Grande-Bretagne une distinction entre groupes funéraires au sein de l’habitat, les « deviant burials » et les « placed deposits » qui concernent aussi bien des restes humains ou animaux que des objets. Ces dépôts humains correspondent à des fragments de corps (crâne ou fragments crâniens, etc.) dans le comblement de structures, à des sépultures isolées ou à des sépultures d’enfants20. En France ou en Allemagne ce type de distinction n’est pas réalisé, probablement du fait que ces dépôts ne sont pas ou peu attestés en tant que tel ou interprétés différemment.

7L’étude conduite sur les sépultures en contexte d’habitat rural du premier Moyen Âge en Alsace se situe sans conteste dans la continuité des recherches amorcées notamment en région Centre-Val de Loire, dans l’ancienne région Champagne-Ardenne et dans le sud-ouest de l’Allemagne et, plus généralement, en Europe occidentale. Elle a pour objectif de développer une méthodologie d’étude des sépultures en contexte d’habitat, de définir précisément les gestes funéraires pour, à partir d’une analyse conjointe des données archéologiques et anthropologiques, suggérer des explications à la localisation de ces sépultures auprès des vivants et éloignées des morts.

2. Présentation du corpus et démarche méthodologique

2.1. Le corpus

8L’élaboration du corpus a été réalisée en deux temps. Dans une première approche, l’ensemble des sites « d’habitat » fouillés ayant livré des sépultures hors ensembles collectifs a été retenu. Cela correspondait à un premier corpus de 26 sites. Dans un second temps, chaque site a fait l’objet d’un examen attentif à l’aide de trois critères discriminants, la datation des sépultures, la distance inférieure ou égale à 100 m d’une structure ou d’un groupe de structures domestiques contemporaines, la fiabilité des données (étude anthropologique réalisée ou réalisable, superficie de la fouille, contexte). Cinq sites ont ainsi été totalement écartés du corpus. Deux sites, Entzheim et Fortschwihr, exclus pour données insuffisamment fiables mais répondant aux autres critères ont été ajoutés. Ces sites n’entreront pas dans la synthèse générale mais seront insérés dans l’analyse quantitative de la pratique.

  • 21 Le nombre de sites d’habitat comportant des sépultures s’élève à 21 avec les sites d’Entzheim et de (...)

9Au total, le corpus s’élève à 19 sites21, regroupant un total de 192 défunts issus de 171 sépultures et quatre fosses domestiques (fig. 2). Ces sites sélectionnés se répartissent de manière hétérogène dans les deux départements alsaciens : 12 dans le Bas-Rhin et 7 dans le Haut-Rhin (fig. 3). L’image d’une implantation privilégiée dans la moitié nord de l’Alsace résulte principalement du taux plus élevé de travaux d’aménagement du territoire dans le Bas-Rhin.

Fig. 2 Tableau récapitulatif des sites alsaciens d’habitat comportant des sépultures.

Fig. 2 Tableau récapitulatif des sites alsaciens d’habitat comportant des sépultures.

A. Pélissier.

Fig. 3 Localisation des sites d’habitat du haut Moyen Âge comportant des sépultures.

Fig. 3 Localisation des sites d’habitat du haut Moyen Âge comportant des sépultures.

É. Peytremann.

10Le nombre de défunts présents en contexte d’habitat semble a priori être très variable puisque les effectifs comptabilisés oscillent entre 1 et 89 sujets (fig. 4 et 5). Deux ensembles se démarquent nettement : 33 défunts sont inventoriés à Pfulgriesheim et 89 à Sermersheim. À eux deux, ils représentent 63,5 % de l’échantillon étudié. Le nombre moyen de sujets inhumés au sein d’un habitat est de dix individus mais avec une importante dispersion des données (écart-type : 20,6). Ce résultat est hautement influencé par les effectifs élevés de Pfulgriesheim et de Sermersheim. Pour avoir une donnée plus représentative, l’indicateur le plus fiable est le calcul de la valeur médiane : celle-ci indique trois individus par site.

Fig. 4 Tableau récapitulatif du nombre de sépultures et d’individus par sites d’habitat.

Fig. 4 Tableau récapitulatif du nombre de sépultures et d’individus par sites d’habitat.

A. Pélissier.

Fig. 5 Graphique représentant le nombre de sujets par sites d’habitat.

Fig. 5 Graphique représentant le nombre de sujets par sites d’habitat.

A. Pélissier.

2.2. Concepts, définitions et vocabulaires

  • 22 La sépulture est archéologiquement définie comme un dépôt volontaire assorti d’un ensemble de techn (...)
  • 23 Ibid.
  • 24 Peytremann 2003 ; Blaizot et Savino 2006 ; Blaizot 2017 ; Peytremann 2018.
  • 25 Cette distinction est le fruit d’une réflexion collective des membres du PCR.

11La diversité des exemples nécessite de définir ce dont il est question et d’adopter un vocabulaire adéquat pour chacune des situations identifiées. En tout premier lieu et au vu de l’histoire de la recherche, la définition de la sépulture22 proposée par Jean Leclerc et Jacques Tarrête23 est ici adoptée. Elle permet d’écarter du corpus et de l’étude les placed deposits décrits en Grande-Bretagne et de conserver les corps dissimulés. En second lieu et sur la base de travaux existants24, trois cas de figure sont distingués selon le nombre de sépultures concerné25 :

  • 26 Les distances proposées dans les définitions sont fondées sur l’étude du corpus alsacien élargi aux (...)

12Sépulture isolée : il s’agit d’une sépulture unique éloignée (≥ 15 m)26 de toute autre et localisée au sein d’un habitat contemporain.

13Sépultures en grappe : petit ensemble de sépultures localisées au sein de l’habitat et proches les unes des autres (entre 0,10 et 5 m), dont le nombre est compris entre deux et dix.

  • 27 Blaizot 2017, p. 523 ; Hincker 2017, p. 13-14.
  • 28 Treffort 1996, p. 146.

14Ensemble funéraire : ensemble comprenant plus de dix sépultures disposées de manière rapprochée (entre 0,10 et 5 m). La taille de ces ensembles peut varier tout comme leur emplacement. Si l’ensemble est associé à un édifice religieux, il pourra être désigné par le terme de cimetière. Cette définition est, comme l’ont souligné Frédérique Blaizot ou Vincent Hincker, très archéologique mais n’a pas de résonance dans les textes où le cimetière n’est pas nécessairement associé à un édifice religieux27. Les termes en usage au haut Moyen Âge pour désigner les ensembles funéraires sont coemeterium, polyandrium et atrium28. La qualification des ensembles fouillés prend bien évidemment en compte le contexte, la topographie dans laquelle s’insèrent les sépultures et la surface explorée. L’expression fréquemment utilisée de « sépultures dispersées » a été délaissée car estimée trop imprécise.

  • 29 Müller 2017, p. 51.
  • 30 Hamerow 2012.
  • 31 Ibid., p. 129.
  • 32 Theuws 1999, p. 343.
  • 33 Desbrosse-Degobertière 2017, p. 15.
  • 34 Gaultier 2011, p. 47-48.

15Ce souci de définition est commun avec celui de Kathrin Müller qui, dans son travail, a distingué les Eizelbestattungen, sépultures uniques, des Zwei-Grab-Gruppen, sépultures par groupe de deux, et des Gruppen. Concernant cette dernière possibilité, elle a créé une subdivision topographique selon que les sépultures sont en « tas » (haufenformige Gruppen) ou en ligne (linearen Strukturen)29. Cette distinction en fonction du nombre de sépultures n’apparaît en revanche pas dans les travaux anglais qui évoquent sans distinction le groupe de tombes (group of burials) ou le petit cimetière (small cemetery)30. Helena Hamerow évoque les tombes isolées uniquement à propos des deviant burials et elle précise d’ailleurs qu’il convient de ne pas systématiquement les associer à ce type de sépulture dans la mesure où elles peuvent également correspondre à des placed deposits31. Dans ses travaux, Frans Theuws ne distingue que les groupes de tombes, sans précision sur les tombes isolées32. En France, les récentes études ne s’arrêtent pas spécialement sur cette distinction. Tout au plus, Stéphanie Desbrosse-Degobertière précise qu’elle n’intègre pas « les groupes de plus de 15 individus car on s’éloigne du concept de sépulture isolée pour rejoindre l’idée de nécropole »33. Finalement, Matthieu Gaultier évoque dans son travail des sépultures isolées, des petits ensembles et des cimetières, sans cependant définir ces trois éléments34.

  • 35 Blaizot, Baudoux, Thomann et al. 2004.

16Le recensement de l’ensemble des types d’architecture funéraire mentionnés dans la documentation s’élève finalement à quatorze dénominations (fig. 6). Cette grande variété a incité au regroupement des formes architecturales en quatre groupes, permettant de faciliter l’analyse et de réduire les cas particuliers. La méthode ne consiste pas à proposer un nouveau lexique, mais s’appuie sur un vocabulaire précis et descriptif déjà bien établi35. Ces quatre groupes ont donc été définis à partir de critères objectifs en se focalisant sur la possible mobilité des contenants et sur leur conception.

Fig. 6 Types d’architecture funéraire recensés au sein du corpus.

Fig. 6 Types d’architecture funéraire recensés au sein du corpus.

A. Pélissier.

17Le contenant rigide en bois regroupe l’ensemble des réceptacles en bois, monoxyles ou assemblés, chevillés ou cloués. Ils sont utilisés pour le transport du corps du défunt de son lit mortuaire jusqu’à son lieu d’ensevelissement et servent ensuite au dépôt définitif du cadavre. Cette catégorie rassemble donc tous les contenants rigides en bois (cloués, étroits, larges, probables, avec éléments de soutènement et les monoxyles).

18Le coffrage en bois avec calage se distingue du contenant par un mode d’assemblage en planches in situ. Il n’est par conséquent pas mobile, le corps du mort étant transporté par d’autres moyens. Des blocs de pierre ou des morceaux de bois sont utilisés pour caler la structure et sont présents entre les parois de la fosse et les planches. Ce type architectural est rarement mis en évidence par l’archéologie car l’utilisation de matière périssable pour le concevoir peut gommer sa présence et l’assimiler à un contenant rigide en bois. Cependant, sa mention régulière dans les études comparatives nationales a incité à le considérer comme un groupe à part entière.

19La fosse aménagée se définit comme une fosse sépulcrale dans laquelle ont été installés un ou plusieurs panneaux de bois localisés contre les parois (fosse coffrée), sur le plancher ou en couverture (fosse couverte), pour isoler le corps de l’encaissant. La fosse sépulcrale est donc l’unique réceptacle pour le dépôt du défunt. Il a été choisi d’intégrer les fosses anthropomorphes au sein de cette catégorie. Elles sont définies par un creusement volontairement resserré au niveau de l’une ou des extrémités de la fosse.

20La fosse comblée est la forme architecturale la plus simple où le défunt est déposé à même le sol et immédiatement recouvert de terre.

2.3. Chronologie du corpus alsacien

  • 36 Blaizot 2017, p. 391-426.

21L’une des principales difficultés, liée à l’analyse de ces pratiques funéraires, demeure la datation des sépultures pour être assuré de leur contemporanéité avec les vestiges d’habitat ou, du moins, du synchronisme d’une partie d’entre eux. Plusieurs études récentes hors Alsace fournissent un certain nombre d’indications chronologiques concernant cette pratique. Les sépultures ou groupes de sépultures étudiées par Frédérique Blaizot dans le cadre du site de Serris et des habitats du secteur de Marne-la-Vallée sont de manière générale attribués à une période s’étendant de la seconde moitié du viie au début du xie siècle avec une majorité datée des viie -xe siècles36. Le nombre de datations 14C est peu abondant. Les datations reposent principalement sur les relations stratigraphiques, le mobilier associé et la typochronologie des contenants.

  • 37 Gaultier 2011, p. 32-36.
  • 38 Desbrosse-Degobertière 2017, p. 20.

22Matthieu Gaultier, dans la synthèse qu’il a réalisée pour la région Centre, observe des sépultures dont les datations s’étendent du ive au xive siècle avec un pic aux viie-ixe siècles et un hiatus pour le vie siècle. Seulement six sépultures provenant d’un même site sont attribuées aux ive-ve siècles et sept aux xiiie-xive siècles37. Malheureusement, les éléments de datation ne sont pas détaillés dans l’étude. Pour la région Champagne-Ardenne, 36 datations 14C ont été réalisées, permettant d’exclure une sépulture isolée antique. Les datations obtenues indiquent une séquence débutant au plus tôt dans le deuxième quart du ve siècle pour s’achever au plus tard au xiiie siècle. La sépulture attribuée à cette datation tardive, différente des autres par plusieurs aspects, reste donc exceptionnelle pour le corpus. La majorité des sépultures sont en effet datées entre la fin du vie et la fin du ixe siècle38.

  • 39 Sept ont été financées grâce au PCR ; une huitième datation a également été prise en charge par le (...)
  • 40 POZ 101338 : 1495 ± 30 BP.
  • 41 ARC 1594 : 1010 ± 70 BP.

23En Alsace, les 19 sites du corpus ont bénéficié d’au moins une datation 14 C. Le nombre de 14C par site est en revanche variable, de 100 % des sépultures (Crastatt, Schwartzacker à Roeschwoog, Steinbourg, etc.) à 10 % sur le site de Sermersheim. Avec 46 datations 14C à disposition39 et trente datations fournies par la présence de mobilier associé et de mobilier inclus dans le comblement de la sépulture, ce ne sont pas moins de 76 sépultures qui sont datées avec plus ou moins de précision, soit un peu moins de 40 % (39,5 %) du corpus de 192 individus. La pratique d’inhumer en dehors des grands ensembles, au sein des habitats, est attestée en Alsace au plus tôt à partir du premier tiers du vie siècle (Ruelisheim, sép. 02 ; 89,6 % de probabilité40) jusqu’au milieu du xiie siècle (Ruelisheim, sép. 1 ; 81,3 %41). À l’exception de cette tombe, aucune date ne dépasse celle de 1013 (Eckwersheim, sép. 2045 ; 95,4 %) qui reste, elle aussi, exceptionnelle puisque la fin du xe siècle demeure la date la plus couramment observée pour l’abandon de cette pratique.

  • 42 Hofstatt à Marlenheim, sép. 748 ; à 95,4 % de probabilité (POZ-54802 : 1350 ± 35 BP)
  • 43 Les datations des sépultures réalisées à partir mobilier découvert dans le comblement sont souvent (...)
  • 44 Pfulgriesheim, sép. 2123 ; 89,2 % de probabilité (GrA 51753 : 1190 ± 30 BP).
  • 45 Ostheim, sép. 2413, avec 95,4 % de probabilité (GrA 43483 : 1160 ± 35 BP).

24L’analyse des termini post quem et ante quem de l’ensemble des datations 14C rassemblées en un diagramme cumulé et ordonné (fig. 7) permet de distinguer deux grandes phases chronologiques pour cette pratique. La première période (A) débute au plus tôt dans le second quart du viie siècle42 pour s’achever dans le dernier tiers du viiie siècle. Elle concerne au moins 18 sépultures du corpus, soit 9 %, auxquelles peuvent être ajoutées 15 sépultures datées par le mobilier associé43, faisant passer le nombre de sépultures appartenant à cette période à 16 % du corpus. La seconde période (B) débute dans le dernier tiers du viiie siècle44 pour s’achever dans le troisième quart du ixe siècle45. 19 sépultures, dont 4 datées à partir du mobilier, peuvent être rattachées à cette période. Les sépultures dont le début de la fourchette chronologique se situe à la fin du ixe siècle sont à l’heure actuelle trop peu nombreuses (deux) pour qu’un troisième groupe chronologique soit défini. Quoi qu’il en soit, cette période chronologique est minoritaire et témoigne de l’abandon de cette pratique. Les datations 14C de 13 sépultures d’interprétations plus délicates n’ont pas été rattachées à l’une ou l’autre période. Elles s’étendent généralement de 674/692 à 870/885 (période A/B).

Fig. 7 Diagramme cumulé des datations des sépultures alsaciennes en contexte d’habitat.

Fig. 7 Diagramme cumulé des datations des sépultures alsaciennes en contexte d’habitat.

É. Peytremann.

25L’examen plus attentif des deux groupes apporte quelques informations complémentaires. Les sépultures, à l’exception de celles des sites ne comportant qu’une seule sépulture datée (Duntzenheim, Riediesheim et Rosheim), se retrouvent dans les deux groupes chronologiques, confirmant bien la continuité de cette pratique sur une durée d’un peu plus de trois siècles.

  • 46 Desbrosse-Degobertière 2017, p. 20.
  • 47 Peytremann 2003, p. 303-307.
  • 48 La multiplication de datations aux termini identiques interroge néanmoins sur un possible phénomène (...)

26Les deux périodes identifiées en Alsace sont également perceptibles à partir du graphique des datations cumulées des sépultures champenoises46. 11 sépultures sont attribuables à la période 625/650-766/800 et 15 à la période 766/800-975 sur les 36 datées par 14 C. Les datations de 5 sépultures ne peuvent pas être rattachées à une période particulière. Il n’est en revanche pas possible de comparer avec les sépultures de la région Centre dans la mesure où les données chronologiques ne sont pas détaillées. Une distinction de périodes chronologiques liée au développement de la pratique d’inhumer au sein des habitats avait déjà été réalisée sur un échantillonnage beaucoup plus restreint et portant sur la moitié nord de la Gaule47. Les résultats obtenus pour l’Alsace confirment la notion de périodisation en affinant la chronologie de chaque période, notamment grâce à l’importance des datations 14 C48.

  • 49 Müller 2017, p. 45-46.

27Dans le sud-ouest de l’Allemagne, les sépultures en contexte d’habitat sont généralement datées par le mobilier de la fin du viie au début du viiie siècle, avec de rares exemples datant du milieu du viie siècle et quelques cas de sépultures attribuées au ixe siècle. Le recours aux datations 14C a permis d’élargir un peu la fourchette chronologique de cette pratique et d’attribuer un certain nombre de sépultures à une période comprise entre le début du ixe et la fin du xe siècle. Les rares sépultures qui ont bénéficié d’une datation par dendrochronologie sont attribuées à la fin du viie et au début du viiie siècle49.

2.4. Création d’une base de données et démarche méthodologique

28La réalisation de cette étude a nécessité la création d’une base de données commune favorisant par la suite les comparaisons inter-sites et la rédaction d’une synthèse. Celle-ci a été conçue sous la forme d’un tableur Excel, où chaque ligne correspond à un individu, mentionnant l’ensemble des critères retenus, c’est-à-dire archéologiques, biologiques et taphonomiques, afin de caractériser la pratique des sépultures en contexte d’habitat. Son alimentation a été réalisée à partir du dépouillement des rapports finaux d’opérations ou des quelques monographies de sites. Plus précisément et dans la mesure du possible, nous avons renseigné la localisation de la sépulture au sein du site et sa distance à la plus proche structure domestique contemporaine, son type d’organisation (sépulture isolée, grappe ou ensemble funéraire), la morphologie de la fosse sépulcrale, l’état de conservation du squelette, son mode de dépôt, sa position et son orientation, l’espace de décomposition et l’architecture funéraire adoptée, la présence de mobilier et la datation retenue, l’estimation de l’âge au décès, la détermination du sexe et la présence de pathologies.

  • 50 Barrand Emam, Châtelet et Koziol 2015, p. 49-60.

29Ce travail, lourd par rapport au temps alloué pour le PCR, a nécessité d’optimiser la démarche méthodologique afin d’obtenir un corpus exploitable et fiable, notamment au niveau biologique. Ces opérations archéologiques ont globalement été réalisées au cours des premières décennies des années 2000 et bénéficient donc d’une étude archéo-anthropologique reposant sur des méthodes récentes et fiables (fig. 8). Cependant, une certaine diversité associée à l’évolution méthodologique constante de la discipline peut conduire à plusieurs écueils lors des comparaisons inter-sites. Un retour systématique aux vestiges osseux de l’intégralité du corpus n’a jamais été envisagé du fait de l’ampleur de la tâche à réaliser. Par ailleurs, la présentation des données primaires était trop hétérogène pour réappliquer un protocole méthodologique unique sur chaque squelette. C’est pourquoi les archéo-anthropologues du PCR ont décidé de valider collectivement les méthodes d’estimation de l’âge et de détermination du sexe, considérées aujourd’hui comme fiables, et n’exigeant pas une nouvelle analyse, pour limiter les investigations supplémentaires50 (fig. 9). Par ailleurs, il a été décidé de renseigner par un système de cotation simple (absence/présence) seulement certains indicateurs paléopathologiques, à savoir les pathologies dentaires classiques (caries et autres lésions infectieuses, tartre, abrasions et pertes ante mortem avec résorption alvéolaire), les indicateurs de stress non spécifiques (cribra orbitalia, hyperostose poreuse crânienne et hypoplasies de l’émail dentaire) et les signes de sénescence (phénomène arthrosique), avec l’objectif principal de proposer un premier bilan bucco-dentaire et d’évaluer brièvement l’état sanitaire du corpus. Ce système est apparu, malgré la faiblesse de ces modalités d’enregistrement, comme le plus adéquat afin de concilier l’hétérogénéité des données observées et le délai imparti. Ce même système de cotation binaire a été mis en place pour l’analyse des défunts inhumés au sein des grands ensembles funéraires, autre axe de recherche du PCR, facilitant les comparaisons à l’échelle régionale.

Fig. 8 Tableau récapitulatif des sites du corpus et des méthodes utilisées.

Fig. 8 Tableau récapitulatif des sites du corpus et des méthodes utilisées.

A. Pélissier.

Fig. 9 Méthodes d’analyses biologiques retenues dans le cadre du PCR.

Fig. 9 Méthodes d’analyses biologiques retenues dans le cadre du PCR.

A. Pélissier.

  • 51 Ensisheim (les Octrois), Merxheim (Trummelmatten), Nordhouse (Oberfuert), Riedisheim (Leibersheim), (...)
  • 52 Individus 1, 2, 3 et 4 Ensisheim (les Octrois), et individu 50 bis Merxheim (Trummelmatten).

30Toutefois, six références51, plus anciennes, présentaient des résultats archéo-anthropologiques très partiels, obsolètes voire absents. Il est apparu primordial scientifiquement de pouvoir réexaminer les squelettes des défunts exhumés sur ces sites, afin d’harmoniser les données du corpus. Treize sujets ont donc fait l’objet d’une nouvelle analyse biologique (fig. 8). Il faut mentionner ici que, malgré une recherche active dans les diverses réserves archéologiques de la région, cinq individus n’ont pas été retrouvés52, réduisant le corpus étudiable pour l’analyse biologique à 187 sujets. Par ailleurs, une analyse taphonomique a également été menée pour compléter l’étude archéo-anthropologique de ces six sites ; elle s’est cependant souvent heurtée à un manque crucial de supports graphiques (clichés photographiques, plan, dessin, etc.), réduisant drastiquement les résultats obtenus.

31Cette démarche, peu propice à l’exhaustivité, a le mérite d’intégrer un lot conséquent de données éclectiques pour former un corpus d’étude scientifiquement fiable.

3. Analyse topographique des sépultures par période

32L’étude de la topographie des inhumations au sein de l’habitat met en lumière plusieurs aspects qui concernent l’agencement des inhumations, leur localisation par rapport aux vestiges contemporains et leur polarisation par rapport à des éléments marquants et/ou structurants de l’habitat (fig. 2).

3.1. L’agencement des sépultures

33Trois agencements ont été identifiés pour les sépultures découvertes en contexte domestique.

  • 53 Les sites de Entzheim, Fortschwihr et Sierentz n’ont pas été pris en compte dans l’étude topographi (...)

34Le premier cas de figure concerne les sépultures isolées. Quinze53 des dix-huit sites pris en compte dans le cadre de cette étude topographique attestent la présence de sépultures isolées (fig. 10 à 12). Cette prédominance des sépultures isolées se retrouve également dans le sud-ouest de l’Allemagne. Aucune distinction chronologique ne se dessine et les sépultures isolées sont attestées aussi bien à la première période (A) qu’à la seconde (B).

Fig. 10 Plan d’ensemble des vestiges de la phase C2 (v. 630/650 – v. 720/730) du site de Duntzenheim.

Fig. 10 Plan d’ensemble des vestiges de la phase C2 (v. 630/650 – v. 720/730) du site de Duntzenheim.

Les sépultures sont indiquées en rouge.

D’après Reutenauer 2017.

Fig. 11 Plan d’ensemble des vestiges aux phases HMA 2 et 3 (Vers 630/50-750) du site d’Apprederis à Marlenheim.

Fig. 11 Plan d’ensemble des vestiges aux phases HMA 2 et 3 (Vers 630/50-750) du site d’Apprederis à Marlenheim.

Les sépultures sont indiquées en rouge.

D’après Châtelet 2006b.

Fig. 12 Plan d’ensemble des vestiges du site de Wittenheim au haut Moyen Âge.

Fig. 12 Plan d’ensemble des vestiges du site de Wittenheim au haut Moyen Âge.

Les sépultures sont indiquées en rouge.

D’après Guillotin 2011.

  • 54 Les sites de Crastatt, Merxheim, Ostheim, Pfulgriesheim, Roeschwoog (Schwartzacker), Ruelisheim et (...)
  • 55 Peytremann 2018, p. 142-143 ; 155-156.

35Dix sites comportent une ou plusieurs grappes de sépultures (fig. 13). L’examen de la chronologie des sépultures appartenant à la même grappe, quand elle s’avère possible, indique que les sépultures sont généralement datées de la même phase (fig. 7). Deux phases successives peuvent néanmoins être envisagées pour l’unique cas de Schwartzacker à Roeschwoog (fig. 14). Parmi ces grappes, un certain nombre correspondent à des grappes de deux tombes54. Cette variante correspond au groupe de deux sépultures observées par Kathrin Müller dans le sud-ouest de l’Allemagne. Malheureusement, les données chronologiques à disposition ne permettent pas de savoir si ces deux inhumations sont contemporaines. Ces binômes ont également été observés au sein des ensembles funéraires de Sermersheim55. Là encore, aucune distinction chronologique n’apparaît, la disposition en grappe étant représentée aussi bien durant la première que la seconde période.

36Enfin, seul le site de Sermersheim comprend deux ensembles funéraires dotés respectivement de 44 et 30 sépultures pour l’ensemble partiellement dégagé (fig. 15).

Fig. 13 Plan d’ensemble des vestiges du haut Moyen Âge du site de Trummelmatten à Merxheim.

Fig. 13 Plan d’ensemble des vestiges du haut Moyen Âge du site de Trummelmatten à Merxheim.

Les sépultures sont indiquées en rouge.

D’après Treffort 2000.

Fig. 14 Plan d’ensemble des vestiges du site de Schwartzacker à Roeschwoog.

Fig. 14 Plan d’ensemble des vestiges du site de Schwartzacker à Roeschwoog.

Les sépultures sont indiquées en rouge.

D’après Châtelet 1996.

Fig. 15 Plan d’ensemble des vestiges du site de Sermersheim au haut Moyen Âge 2 (670-999), sans les vestiges non datés.

Fig. 15 Plan d’ensemble des vestiges du site de Sermersheim au haut Moyen Âge 2 (670-999), sans les vestiges non datés.

Les sépultures sont indiquées en rouge.

D’après Peytremann 2018.

37Ces différents agencements ne sont pas exclusifs. Ainsi, sept sites comprennent des sépultures isolées et des grappes de sépultures (fig. 16 et 17). Sermersheim est le seul site à cumuler les trois types d’agencements reconnus. Aucun lien entre les groupes chronologiques identifiés et le type d’agencement des sépultures n’a par ailleurs pu être établi.

Fig. 16 Plan d’ensemble des vestiges du haut Moyen Âge du site de Crastatt.

Fig. 16 Plan d’ensemble des vestiges du haut Moyen Âge du site de Crastatt.

Les sépultures sont indiquées en rouge.

D’après Guillotin 2010.

Fig. 17 Plan d’ensemble des vestiges du haut Moyen Âge du site d’Ostheim.

Fig. 17 Plan d’ensemble des vestiges du haut Moyen Âge du site d’Ostheim.

Les sépultures sont indiquées en rouge.

D’après Logel 2013.

3.2. Emplacement des sépultures par rapport aux structures domestiques contemporaines

38L’importance de l’analyse topochronologique tient à la possibilité de s’assurer de la localisation réelle des sépultures par rapport aux structures domestiques contemporaines. La périodisation et la mise à l’échelle des plans des 18 sites étudiés offrent l’opportunité de mesurer précisément la distance qui sépare les sépultures des structures domestiques utilisées. Il n’est pas sans importance de rappeler que l’exercice est néanmoins limité, non seulement par le degré de précision des datations, qu’elles soient établies par 14C ou par le mobilier céramique voire éventuellement métallique, mais encore par les limites des fouilles.

  • 56 Les études du mobilier céramique et du mobilier issu des sépultures sont en cours dans le cadre du (...)
  • 57 Strich 1999.

39Dans trois cas (Hofstatt à Marlenheim, Am Wasserturm à Roeschwoog et Ruelisheim), les sépultures sont localisées parmi des structures domestiques autres que des fossés. À Roeschwoog, la sépulture 3045 (fig. 18) est installée à l’emplacement d’un bâtiment a priori contemporain. À ce jour, il est délicat d’analyser le cas des sépultures de Hofstatt à Marlenheim en l’absence d’une étude complète du mobilier céramique (fig. 19). A priori, les sépultures sont situées à environ 2 m d’une structure domestique « contemporaine »56. La sépulture 3 de Ruelisheim (fig. 20) se trouve à côté d’une structure contemporaine (fosse 107) qui présente la particularité de contenir des ossements humains épars57.

Fig. 18 Plan d’ensemble des vestiges du haut Moyen Âge du site d’Am Wasserturm à Roeschwoog.

Fig. 18 Plan d’ensemble des vestiges du haut Moyen Âge du site d’Am Wasserturm à Roeschwoog.

Les sépultures sont indiquées en rouge.

D’après Koziol 2010.

Fig. 19 Plan d’ensemble des vestiges datés des vie-xe siècles du site de Hofstatt à Marlenheim.

Fig. 19 Plan d’ensemble des vestiges datés des vie-xe siècles du site de Hofstatt à Marlenheim.

Les sépultures sont indiquées en rouge.

D’après Châtelet 2009.

Fig. 20 Plan d’ensemble des vestiges du site de Ruelisheim.

Fig. 20 Plan d’ensemble des vestiges du site de Ruelisheim.

Les sépultures sont indiquées en rouge.

D’après Nilles 1996 et Strich 1999.

40À Eckwersheim (fig. 21), Riedisheim et Semersheim, les sépultures jouxtent une structure en fonctionnement, en l’occurrence un fossé (cf. infra) et un chemin (fig. 2). Dans le cas de la seconde sépulture d’Am Wasserturm à Roeschwoog, l’individu 3189 est déposé dans un fossé peu de temps avant le comblement de celui-ci. Pour les autres sites, les distances observées entre les sépultures et les structures domestiques « contemporaines » sont d’au moins 8 m, la moyenne étant de 27 m. La mesure des distances entre les différents types d’agencement des sépultures (isolées ou en grappe) et la structure contemporaine la plus proche ne montre pas vraiment de différence significative, avec une distance autour de 30 m. Les données métriques pour les ensembles funéraires ne sont pas pertinentes puisqu’elles reposent sur seulement deux exemples.

Fig. 21 Plan d’ensemble et de détail des vestiges datés des viiie-xe siècles du site d’Eckwersheim.

Fig. 21 Plan d’ensemble et de détail des vestiges datés des viiie-xe siècles du site d’Eckwersheim.

Les sépultures sont indiquées en rouge.

D’après Châtelet 2018.

  • 58 Peytremann 2014, p. 85 et 89.

41Quatre sites – Riediesheim (fig. 22), Rosheim (fig. 23), Ruelisheim et Sermersheim – ont livré des sépultures creusées dans des structures domestiques désaffectées (cabane excavée à Riediesheim et Ruelisheim, silo à Sermersheim et Pfulgriesheim ou fosse à Rosheim). Ce constat renforce les observations réalisées sur le développement des habitats et leur dynamique interne58.

Fig. 22 Plan d’ensemble des vestiges du haut Moyen Âge du site de Riediesheim.

Fig. 22 Plan d’ensemble des vestiges du haut Moyen Âge du site de Riediesheim.

La sépulture est indiquée en rouge.

D’après Schweitzer 1984.

Fig. 23 Plan d’ensemble des vestiges du haut Moyen Âge du site de la rue Brauer à Rosheim.

Fig. 23 Plan d’ensemble des vestiges du haut Moyen Âge du site de la rue Brauer à Rosheim.

Les sépultures sont indiquées en rouge.

D’après Koch 2007.

  • 59 D’après la publication de Châtelet 2006a, p. 27. La datation de cette première période d’occupation (...)

42Les limites d’extension de l’habitat ne sont connues dans leur totalité pour aucun des sites du corpus. Cette méconnaissance empêche une analyse précise de la localisation des sépultures à l’échelle du village. Il apparaît néanmoins, dans le cas de Sermersheim, que les sépultures sont de préférence installées en marge de la zone bâtie destinée à des activités artisanales et agricoles. En revanche, rien n’exclut que le site se poursuive à l’ouest, au-delà du fossé qui marque peut-être seulement la limite entre la zone d’activités spécifiques et la partie résidentielle de l’habitat. L’hypothèse de sépultures disposées le long d’un fossé marquant les limites de l’habitat est également avancée pour le site d’Eckwersheim. Les sépultures découvertes sur le site de Oberfuert à Nordhouse posent quant à elles la question de la localisation des vestiges contemporains (fig. 24). Les structures mises au jour sur le site sont en effet plus récentes que les sépultures59.

Fig. 24 Plan d’ensemble des vestiges du haut Moyen Âge du site d’Oberfuert à Nordhouse.

Fig. 24 Plan d’ensemble des vestiges du haut Moyen Âge du site d’Oberfuert à Nordhouse.

Les sépultures sont indiquées en rouge.

D’après Châtelet 2006a.

3.3. Les éléments polarisants

43En Alsace, trois éléments polarisants les sépultures au sein des habitats ont été identifiés. Deux correspondent à des éléments structurant le paysage, fossé et chemin, le troisième est une construction.

44Les sépultures disposées le long d’un fossé ou d’un chemin sont orientées est-ouest, indépendamment de la direction suivie par les structures (fig. 16, 19 et 27). La règle de l’orientation de la sépulture d’est en ouest prime ici sur les considérations topographiques. Si, à Ensisheim (fig. 25), les sépultures se répartissent uniquement sur l’un des bords du chemin, à Pfulgriesheim (fig. 26), elles se déploient de part et d’autre de l’axe de circulation.

Fig. 25 Plan d’ensemble des vestiges du site d’Ensisheim.

Fig. 25 Plan d’ensemble des vestiges du site d’Ensisheim.

Les sépultures sont indiquées en rouge.

D’après Schweitzer 1984 ; Matthieu 1984 et Jeunesse 1995 et 1996.

Fig. 26 Plan d’ensemble des vestiges datés de 720 à 950 du site de la rue du Levant à Pfulgriesheim.

Fig. 26 Plan d’ensemble des vestiges datés de 720 à 950 du site de la rue du Levant à Pfulgriesheim.

Les sépultures sont indiquées en rouge.

D’après Peytremann 2013.

  • 60 Beta-372922 : 1060 ±30 à 95,2 %.
  • 61 Gervreau 2016, p. 167-169 ; Pélissier et Koziol 2019.

45La sépulture 3044 d’Am Wasserturm à Roeschwoog est installée contre le mur pignon nord du bâtiment 1. L’orientation SO-NE de l’individu immature est décalée par rapport à celle du mur qui est strictement orientée est-ouest. Le cas de Steinbourg est totalement différent puisque ce sont huit sépultures qui prennent place auprès d’une construction édifiée sur les ruines d’un bâtiment thermal antique, au sud du chemin qui dessert l’habitat (fig. 27). Ce bâtiment à vocation funéraire probable mesure 5,90 m de long sur 5 m de large et repose sur des solins ou des fondations en pierre. L’usage d’inhumer auprès de cette construction débute au plus tôt au milieu du viie siècle et s’achève au plus tard à la fin du ixe siècle. C’est durant la période B (760-875) que le nombre de sépultures est le plus élevé. Il convient de noter que le bâtiment continue d’être fréquenté après l’interruption des inhumations comme l’atteste l’aménagement d’une fosse interne destinée à recevoir un coffre en bois contenant un ossement humain daté par 14C à 95,4 % de probabilité entre 900 et 102060. Ce dépôt marque vraisemblablement le changement de statut de l’édifice, qui prend une dimension religieuse61. Cette construction reflète probablement le phénomène connu de fondation funéraire privée vraissemblablement dotée d’un oratoire chrétien.

Fig. 27 Plan d’ensemble des vestiges des viie-xe siècles du site de Steinbourg.

Fig. 27 Plan d’ensemble des vestiges des viie-xe siècles du site de Steinbourg.

Les sépultures sont indiquées en rouge.

D’après Gervreau 2016.

46Le bilan de l’analyse topographique des sépultures alsaciennes en contexte domestique est en demi-teinte dans le sens où, en l’absence d’un certain nombre de données, notamment celles concernant les limites d’extension du bâti des habitats, la validation des hypothèses reste délicate.

  • 62 Desbrosse-Degobertière  2017, p. 16.
  • 63 Blaizot 2017, p. 397.
  • 64 Ibid., p. 404-405.
  • 65 Ibid., p. 399-401.
  • 66 Pecqueur 2003, p. 10 ; Mahé-Hourlier 2017, p. 26.
  • 67 Gaultier 2011, p. 51-52.
  • 68 Müller 2017, p. 60-61.

47Les sépultures sont généralement disposées à distance des structures domestiques contemporaines. Celle-ci varie d’une dizaine à plusieurs dizaines de mètres, ce qui laisse néanmoins supposer un lien visuel entre vivants et morts. Cette localisation à l’écart est a priori celle qui se retrouve majoritairement dans d’autres régions comme la Champagne62. L’étude réalisée par Frédérique Blaizot dans le secteur des Ruelles à Serris (Seine-et-Marne) conforte cette idée puisqu’elle a pu démontrer que les petits ensembles funéraires et les sépultures isolées de la zone 1 sont installés dans des secteurs abandonnés ou du moins peu fréquentés et distants de 20 à 50 m des structures contemporaines63. Cet éloignement est confirmé pour les sépultures de la zone 2 qui, pour certaines, prennent place au sein de structures abandonnées (puits, bâtiment sur poteaux)64. Les données chronologiques de la zone 7 sont en revanche moins précises et ne permettent pas d’être assuré de la distance entre les sépultures et les bâtiments contemporains65. Plus généralement, ce constat est identique à celui réalisé par Laure Pecqueur et Nadine Mahé-Houlier dans leurs études synthétiques66. En région Centre, Matthieu Gaultier identifie deux situations topographiques, incluse dans ou exclue de l’habitat, avec une nette prédominance de la seconde situation67. Les comparaisons restent néanmoins délicates à établir en l’absence de données chiffrées, notamment de la distance exacte par rapport à une structure contemporaine. Les notions de proximité et de périphérie sont en effet vagues et devraient être évitées pour favoriser une lecture plus objective des données. Il en va de même pour l’emploi des termes inclus et exclu à propos des sépultures et de l’habitat. Cette recherche sur les emplacements des sépultures n’a pas été aussi poussée dans le travail réalisé pour le sud-ouest de l’Allemagne et les données sont nettement moins précises. L’auteure constate en effet qu’il y a bien des sépultures en marge de l’habitat sans autre détail68.

  • 69 Hamerow 2012, p. 124.

48Les sépultures dans l’habitat comme celles découvertes à Marlenheim (Hofstatt), Roeschwoog (Am Wasserturm) ou Ruelisheim, localisées à moins de 10 m d’une structure domestique contemporaine, correspondent à une situation topographique a priori beaucoup moins fréquente. Elle n’est en effet pas évoquée pour la région Champagne. Pour la région Centre, il est difficile, en l’absence des plans, de se faire une idée de la réalité topographique des sépultures considérées comme incluses. En Grande-Bretagne ou aux Pays-Bas, se distinguent des petits ensembles funéraires situés dans l’habitat, mais au sein d’un espace dévolu69.

  • 70 Pecqueur, Gleize et Gaultier 2015 ; Gleize 2017, p. 204.
  • 71 Desbrosse-Degobertière 2017, p. 16.
  • 72 L’hétérogénéité des pourcentages réalisés sur le nombre de sites ou le nombre de sépultures ne perm (...)
  • 73 Gaultier 2011, p. 59.

49Les éléments polarisants identifiés en Alsace – fossé, axe de circulation et construction sont, là encore, des éléments communs à d’autres régions70. Dans la région champenoise, l’installation de sépultures le long d’un fossé ou dans un fossé comblé ne représente que 2 % des situations71 alors qu’elle concerne presque 39 % des sépultures du corpus alsacien (11 % des sites). Pour la région Centre, les chiffres sont connus par rapport au nombre de sites72 : 60 % d’entre eux (28 sites) comprennent des sépultures disposées le long d’un fossé73. Le chiffre n’est en revanche pas connu pour la région francilienne, même si cette situation est attestée pour plusieurs sites.

  • 74 Pecqueur 2003, p. 10.
  • 75 Müller 2017, p. 54.
  • 76 Hamerow 2012, p. 129-130.

50La situation à moins de 5 m d’un axe de circulation représente également 11 % des sites du corpus alsacien (env. 14 % des sépultures) alors qu’elle correspond à plus de 28 % des sites de la région Centre. En Champagne, les installations en bord de chemin représentent 20 % des sépultures. Le chiffre estimé à partir des données de Laure Pecqueur au début des années 2000 serait d’environ 8 % des sites franciliens74. Cette proximité avec des axes de circulation et des fossés a également été observée dans le sud-ouest de l’Allemagne75 mais aussi en Grande-Bretagne où la présence de sépultures à proximité de fossé d’enclos ou d’entrée d’enclos est attestée. Elles sont en revanche identifiées comme des placed deposits76.

51Enfin, la proximité d’un bâtiment en service et de sépultures représente plus de 16 % des sites alsaciens (env. 7 % des sépultures). Derrière cette situation topographique se dissimulent en fait trois approches funéraires distinctes : l’installation de sépultures à moins de 5 m d’un bâtiment funéraire privé (Steinbourg) localisé à proximité d’un chemin et distant de 20 m d’un bâtiment contemporain, l’inhumation d’un sujet immature le long d’un mur pignon de bâtiment d’Am Wasserturm à Roeschwoog (il n’est pas possible de savoir s’il y a synchronie avec la construction de l’édifice) et l’aménagement d’un petit ensemble funéraire et d’une sépulture isolée à 2 m d’une construction domestique sur poteaux (Hofstatt à Marlenheim).

  • 77 Gervreau 2016, p. 169 ; Pélissier et Koziol 2019.
  • 78 Pecqueur, Gleize et Gaultier 2015, p. 297 ; Mahé-Hourlier 2017, p. 26.
  • 79 Gleize et Maurel 2009.
  • 80 Barbier 2011.
  • 81 Müller 2017, p. 55.
  • 82 Hamerow 2012, p. 129.

52En l’état de la recherche, les éléments de comparaison sont peu nombreux ou font défaut. Les auteurs du rapport de Steinbourg évoquent en effet le seul site d’Imling en Lorraine77 comme possible comparaison avec un bâtiment cultuel associé à un groupe de sépultures et à un habitat. En revanche, les constructions d’édifice funéraire et/ou religieux sur d’anciens bâtiments antiques ou l’installation de sépultures dans des ruines antiques sont un phénomène observé dans l’ensemble de la Gaule78. La proximité de sépultures avec un bâtiment a été reconnue sur plusieurs sites franciliens (Bussy-Saint-Georges, Serris, Villiers-le-Sec, Chanteloup-en-Brie), en région Nouvelle-Aquitaine (Saint-Xandre79 ; Faye-sur-Ardin80, etc.), en Allemagne du sud-ouest81, en Grande-Bretagne82, etc. Le problème soulevé quasi systématiquement demeure celui de la contemporanéité avec le bâtiment et/ou de la fonction de ce dernier.

4. Gestes et architectures funéraires par période

  • 83 Les sépultures 1374 et 1782 du site de Sermersheim sont exclues de l’analyse archéoanthropologique.

53L’analyse menée repose sur un corpus de 170 sépultures83 mises au jour au sein des habitats ruraux alsaciens, auquel il faut ajouter quelques amas osseux caractérisés par des vestiges humains épars et sans aucune connexion anatomique, provenant principalement des sites de Pfulgriesheim et de Sermersheim.

  • 84 L’effectif des dépôts multiples est nettement insuffisant pour entreprendre une analyse comparative (...)

54Les sépultures sont préférentiellement individuelles et représentent plus de 90 % de l’échantillon, soit 158 tombes84. Quelques dépôts multiples ont été découverts à Marlenheim (Hofstatt), Ostheim, Pfulgriesheim et Sermersheim. Ce sont principalement des tombes doubles (deux à Marlenheim ; une à Ostheim ; une à Pfulgriesheim et huit à Sermersheim), qui associent majoritairement un sujet adulte à un individu immature (67 % ; N=8) et, de façon plus minoritaire, deux enfants. Les corps ont été déposés dans les fosses sépulcrales aussi bien de manière simultanée que différée dans le temps. Trois fosses ont livré des dépôts triples à Pfulgriesheim. Elles se composent d’individus adultes pour deux d’entre-elles et d’une association de deux jeunes enfants et d’un sujet adulte. À Sermersheim, une tombe contenait les restes osseux de trois défunts, deux jeunes enfants et un sujet adulte, et les restes très partiels de quatre individus adultes ont été reconnus au sein de l’amas osseux 2156. Les dépôts triples sont principalement le résultat de la réutilisation d’un même espace d’ensevelissement, mêlant défunts en position primaire et individus en réduction.

55Peu d’indices chronologiques sont disponibles pour discuter de la représentation des sépultures multiples au sein du corpus. En effet, seulement trois tombes ont reçu une attribution chronologique précise, deux grâce à l’étude du mobilier de Hofstatt à Marlenheim et une par une datation 14C réalisée sur les ossements de l’individu 23763 à Sermersheim. Même si aucune conclusion pertinente ne peut être établie, ces trois indications permettent de rattacher les individus à la première période identifiée (second quart du viie -dernier tiers du viiie siècle).

4.1. La position et l’orientation des corps

56La position du défunt au moment de sa mise en terre semble être codifiée selon des principes stricts. En effet, les individus sont systématiquement inhumés allongés sur le dos. Seuls deux sujets immatures font exception : le fœtus 1588B de Sermersheim, retrouvé dans l’espace pelvien de sa mère, et l’enfant 617 de Hofstatt à Marlenheim, déposé sur le flanc gauche de celle-ci. Leur jeune âge au décès pourrait être la cause principale de cette distinction. La position des membres et le placement des mains reflètent également une très grande homogénéité au sein du corpus. En effet, une majorité écrasante d’individus sont déposés les membres supérieurs en rectitude le long du corps (81 % ; N=104/129) ou légèrement en flexion, avec les mains positionnées au niveau du bassin (95 % ; N=122/129) et les membres inférieurs en extension et parallèles à l’axe longitudinal du corps (93 % ; N=127/137). Les quelques variantes repérées sont présentes sur une dizaine de sujets, qui sont pour la plupart des enfants.

  • 85 Pecqueur 2003, p. 12-14 ; Blaizot 2011, p. 408-411.
  • 86 Desbrosse-Degobertière 2017, p. 18.
  • 87 Gaultier 2011, p. 43-44.

57Ce constat fait, il apparaît que la position d’ensevelissement des corps en contexte d’habitat correspond en tout point à celles des individus inhumés dans les ensembles funéraires. Cette observation réalisée en Alsace est globalement en accord avec les travaux menés en Île-de-France85, en Champagne-Ardenne86 et en région Centre87. La position d’ensevelissement des corps semble donc rigoureusement suivre une même règle, quel que soit le lieu sépulcral choisi. Il est néanmoins intéressant de noter que le corpus alsacien se démarque nettement des autres régions : il ne comprend à l’heure actuelle aucune position sur le ventre et un unique cas de dépôt sur le côté.

58L’orientation des corps pendant le premier Moyen Âge est également très codifiée dans les ensembles funéraires. Les défunts sont majoritairement placés selon un axe ouest-est, avec la tête à l’ouest et les pieds à l’est. Les quelques variations perceptibles s’inscrivent dans un intervalle de degrés allant du nord-ouest au sud-ouest. Les sépultures installées dans l’habitat suivent dans leur grande majorité cette tradition : 86 % des individus sont orientés tête à l’ouest, soit 146 sujets.

  • 88 Pecqueur 2003, p. 23.

59De légères variations sont également présentes puisque moins d’une vingtaine de défunts sont orientés tête au sud-ouest et sept au nord-ouest. Ces distinctions dans l’amplitude des orientations sont souvent repérées au sein d’un même groupe de sépultures, notamment à Crasttat (fig. 16), à Schwartzarcker/Roeschwoog (fig. 14), où les défunts sont tous orientés tête au sud-ouest, et à Ensisheim, où ils sont orientés tête au nord-ouest (fig. 25). Les tombes peuvent également s’aligner en fonction de l’orientation des structures environnantes. Ces propositions d’interprétation ont d’ailleurs déjà été avancées en Île-de-France88 pour justifier l’éventail d’orientations possibles.

60Les quelques données chronologiques disponibles ne permettent pas d’envisager une évolution des pratiques en fonction des périodes identifiées, les variations de degrés entre le nord-ouest et le sud-ouest semblent donc plus opportunistes.

61En outre, un sujet découvert sur le site de Sermersheim se distingue par une orientation rarement mise en évidence au premier Moyen Âge en Alsace. Il s’agit encore une fois du fœtus 1588B, dont l’orientation tête à l’est est contrainte par sa position in utero.

4.2. Les modes d’inhumation

62Déterminer les modes de dépôt des corps est une étape très dépendante d’une part de l’état de conservation des vestiges osseux et d’autre part de la documentation disponible. Le corpus constitué est relativement de bonne qualité puisque plus de 80 % des sujets (N=167/192) présentent une conservation osseuse suffisemment correcte pour réaliser une étude archéo-anthropologique pertinente. Seules les données issues des sites d’Ensisheim, Marlenheim (Apprederis), Merxheim et Riedisheim font défaut pour mener un bon raisonnement taphonomique, mais ils regroupent seulement neuf individus de l’échantillon. Par conséquent, le biais majeur identifié ici est la représentation osseuse des corps. En effet, au moins un quart des individus sélectionnés (N=49/192) ont un squelette incomplet constitué de moins de 50 % de leurs ossements.

63Ce constat réalisé, il a été néanmoins possible de caractériser le mode de dépôt des corps pour quasiment 95 % du corpus, soit 180 individus. Il en résulte que les sépultures sont majoritairement des dépôts primaires (N=170/180), c’est-à-dire l’unique lieu d’ensevelissement du défunt et l’endroit où s’est décomposé son cadavre. Il est identifié par le respect d’une certaine logique anatomique chez le sujet et la présence d’ossements issus de connexions articulaires labiles.

64A contrario, un dépôt est qualifié de secondaire si les ossements ont été déplacés après la décomposition du corps. Il peut constituer une réduction s’il se présente sous la forme d’un amas osseux organisé volontairement, plus ou moins volumineux, sans aucune connexion articulaire, soit isolé dans une autre sépulture, soit au sein de la même fosse qu’un dépôt primaire. Les réductions doivent être distinguées des os épars dans les sédiments qui correspondent à une présence intrusive liée aux remaniements des sols.

  • 89 Ibid., p. 418-421.

65Quatre exemples de réductions ont été mis en évidence sur les sites de Pfulgriesheim (amas 1173 et sépulture 2283) et de Sermersheim (sépultures 1597 et 1599). Le dépôt 1173 semble constituer l’unique réduction qui soit isolée dans une fosse, mais le secteur de la découverte est très perturbé et ne permet pas de restituer les contours de ce creusement. Les autres réductions osseuses identifiées sont toutes présentes au sein d’une fosse sépulcrale avec un individu en position primaire déposé dans un contenant rigide en bois, disposition déjà enregistrée à Serris89. Ce sont deux dépôts doubles (US 15972 et 15973, et la sépulture 1599), où un enfant est associé à la réduction d’un individu adulte, celle-ci placée le long de la paroi sud de la fosse sépulcrale, et deux dépôts triples (US 15974 et 15975, et la sépulture 2283). La réduction 15975 se compose d’un sujet périnatal et d’un adulte déposés à l’ouest de l’enfant 15974, tandis que la sépulture 2283 est composée d’un défunt adulte sur lequel repose, principalement en partie supérieure du corps, la réduction osseuse de deux individus également adultes.

  • 90 Ibid., p. 326.

66Aucune donnée chronologique n’étant disponible pour ces quatre dépôts, il n’est pas possible d’émettre d’hypothèses sur leur représentation au sein du corpus. Leur mise en évidence suggère néanmoins la volonté d’associer plusieurs défunts dans le temps, constituant par conséquent un lieu de mémoire90. Les réductions de corps sont également des indices d’une bonne gestion du secteur dédié aux inhumations dans les habitats de Pfulgriesheim et de Sermersheim. Il est très délicat d’estimer la durée d’utilisation des zones sépulcrales à partir de ces réflexions. Toutefois, plusieurs générations sont probablement envisageables.

4.3. Les espaces de décomposition et l’architecture funéraire

67Les analyses taphonomiques menées sur les sépultures primaires (N=170), associées aux mentions de traces ligneuses dans la documentation et aux indices stratigraphiques disponibles, ont permis de restituer l’espace dans lequel se sont décomposés les corps de 140 individus, soit 82 % du corpus. Il est en résulte que la grande majorité des cadavres ont évolué dans un espace vide (99 cas avérés et 11 probables), au sein duquel les déconnexions articulaires et les migrations d’ossements sont possibles.

68Les occurrences faisant référence à des sépultures en espace colmaté, où le sédiment s’est infiltré rapidement autour du corps et a remplacé les éléments organiques, sont au nombre de neuf seulement, dont un cas probable. Ils ont principalement été mises en évidence à Sermersheim (N=8) et à Crastatt (N=1). Trois individus bénéficient d’une datation 14C (individus 713 à Crastatt ; 1119 et 3200 à Sermersheim) qui les place dans la première période du phasage chronologique (A).

69Enfin, 15 % des cadavres (N=21) se sont décomposés dans un espace mixte, défini comme non hermétique, permettant un colmatage partiel et différé de quelques parties anatomiques tandis que certaines connexions articulaires peuvent se disloquer. Ces espaces mixtes sont présents pour six sites : Crastatt (N=2), Merxheim (N=2), Ostheim (N=6), Pfulgriesheim (N=1), Am Wassertum à Roeschwoog (N=1) et Sermersheim (N=9). Il faut également souligner qu’ils sont majoritaires à Crasttat ainsi qu’à Ostheim et exclusifs à Merxheim.

70Les données chronologiques ne permettent pas d’isoler une tendance puisque, sur les dix datations disponibles, deux sont rattachées à la phase A, quatre à la phase B, trois sont à cheval sur les phases A et B et une ne peut être associée à aucune période en particulier.

71La confrontation des données taphonomiques, archéologiques et stratigraphiques a permis de proposer un type d’architecture funéraire pour 116 défunts, soit 60 % du corpus. À partir du classement des types funéraires préalablement établis, il est possible d’étudier la répartition des différentes architectures funéraires au sein du corpus et d’émettre quelques remarques. Deux types se démarquent nettement (fig. 28) : les contenants rigides en bois (N=62/116) et les fosses aménagées (N=46/116). Les coffrages en bois avec calage ne représentent que six occurrences et ont été répertoriés uniquement sur deux sites, à Pfulgriesheim et à Steinbourg. Seulement deux cas de fosses comblés ont été recensés à Crastatt et à Sermersheim.

Fig. 28 Répartition des différents types architecturaux.

Fig. 28 Répartition des différents types architecturaux.

A. Pélissier.

72Pour visualiser la distribution de chaque type d’architecture funéraire et leur possible association, il a été décidé de sélectionner uniquement les sites pour lesquels les sépultures d’au moins cinq individus sont étudiables. Le corpus analysé, qui se restreint donc à six occurrences seulement (Eckwersheim, Hofstatt à Marlenheim, Ostheim, Pfulgriesheim, Sermersheim et Steinbourg), représente néanmoins 104 individus (fig. 29). Il en résulte que deux types architecturaux sont majoritairement associés dans les sites, à l’exception d’Eckwersheim qui a uniquement révélé des contenants rigides en bois. Il est intéressant de noter que l’association du contenant rigide en bois et de la fosse aménagée est présente dans trois sites (Hofstatt à Marlenheim, Ostheim et Sermersheim) et que la répartition entre les formes se fait quasiment à proportion égale, sauf à Ostheim où les fosses aménagées représentent les deux tiers des architectures (N=6/9). La seconde association concerne les contenants rigides en bois et les coffrages en bois avec calage, mis au jour à Pfulgriesheim et à Steinbourg, où un type architectural semble toujours être prédominant sur le second. Il faut aussi mentionner que seul le site de Sermersheim illustre trois architectures différentes. Toutefois, la fosse comblée est très nettement minoritaire (un cas). Le corpus volumineux de Sermersheim (N=62/104, soit 60 %) incite à la prudence pour proposer des interprétations supplémentaires car son effectif démesuré par rapport aux autres sites, pourrait gommer des tendances ou orienter les conclusions.

Fig. 29 Distribution des types architecturaux en fonction des sites (N>5).

Fig. 29 Distribution des types architecturaux en fonction des sites (N>5).

A. Pélissier.

  • 91 Blaizot 2011, p. 344-346.
  • 92 Pecqueur 2003, p. 17.

73L’usage d’une enveloppe souple placée autour du défunt a été restitué pour 54 sujets, soit 33 % de l’échantillon étudié, en relevant des contraintes sur les ossements. L’état de la documentation permet rarement de préciser s’il s’agit de vêtements, de chaussures, de linceuls, de sacs ou autres contenants souples. Il faut noter que les individus emmaillotés d’une enveloppe souple peuvent être déposés dans des contenants rigides en bois (46 %, N=25/54) dans des fosses aménagées (31 %, N=17/54) ou des coffrages en bois avec calage (9 %, N=5/54). Cette observation est similaire à celle réalisée au sein du corpus de Serris91. La répartition par phase n’a pas été testée puisque seuls 29 individus ont reçu une attribution chronologique. Laure Pecqueur fait également mention de la présence d’enveloppes souples au sein du corpus de l’Île-de-France92 mais sans en fournir la fréquence.

74Un autre élément architectural périssable, le coussin funéraire, a été mis en évidence sous la tête de quatorze défunts, soit 8 % de l’effectif identifié sur les sites d’Eckwersheim (N=3) de Pfulgriesheim (N=1) de Sermersheim (N=8) et de Steinbourg (N=2). Il s’agit d’indices ostéologiques repérés au niveau du crâne et du rachis cervical, qui suggèrent une surélévation de la tête. En se dégradant, l’élément périssable provoque des déplacements osseux et des déconnexions articulaires caractéristiques. Il a été identifié majoritairement en lien avec un contenant rigide en bois (N=7/14), mais également pour les autres formes architecturales (fosse aménagée N = 3/14 ; coffrage en bois avec calage N=1/14 ; fosse comblée N=1/14) et n’est attribué à aucune période chronologique particulière. Les éléments pour une comparaison au niveau national sont absents.

4.4. Essai de réflexion typochronologique

75Les défunts pour lesquels l’architecture de la tombe a été restituée et qui ont bénéficié d’une datation (14C, étude du mobilier associé) ont été répartis selon les phases chronologiques précédemment définies (fig. 30), A (second quart du viie -dernier tiers du viiie siècle), A/B (env. 674/692 à 870/885) et B (dernier tiers du viiie -fin du ixe siècle). L’effectif pris en considération est faible par rapport au corpus global car seules 49 occurrences sont disponibles (42 % de l’échantillon). Même si ce biais paraît important, il a été choisi de tester ces données, qui sont à l’heure actuelle rarement disponibles au niveau national.

Fig. 30 Analyse typochronologique des architectures funéraires.

Fig. 30 Analyse typochronologique des architectures funéraires.

A. Pélissier.

76Seule la phase A connait les quatre formes architecturales. La fosse comblée (deux cas) est absente des phases A/B et B. Le contenant en bois rigide est majoritaire pendant toute la période où la pratique d’inhumer dans les habitats est attestée. Pour chaque phase, la fosse aménagée apparaît en deuxième position et le coffrage en bois avec calage est la forme la moins présente. La répartition des trois types architecturaux majeurs semble donc assez homogène au fil du temps. Quelques évolutions minimes sont cependant perceptibles. La fréquence du contenant rigide en bois paraît augmenter pendant la phase A/B au détriment du coffrage en bois avec calage. Inversement, pendant la période B, le coffrage en bois avec calage a un taux d’identification identique à la phase A et l’utilisation du contenant rigide en bois semble légèrement décliner. La fréquence de la fosse aménagée est quasiment stable pendant les phases A et A/B et connait une petite augmentation à la fin de la période.

77Contrairement aux grands ensembles funéraires de la période, les sépultures présentes dans les secteurs d’habitat adoptent des formes architecturales assez simples, réceptacle en bois et fosse aménagée. Il est en effet intéressant de relever l’absence des coffrages ou cuves en grès et des chambres de type Morken, architectures funéraires pourtant si caractéristiques de la période mérovingienne en Alsace.

  • 93 Gaultier 2011, p. 42-44.
  • 94 Desbrosse-Degobertière 2017, p. 17.
  • 95 Pecqueur 2003, p. 16-17.

78Peu de données comparatives sont disponibles au niveau national pour caractériser l’échantillon alsacien car la plupart des travaux synthétiques réalisés ne sont pas aussi détaillés. La description des architectures funéraires est souvent réduite à une simple mention. Dans la région Centre, Matthieu Gaultier93 évoque également des formes architecturales simples, telles que des coffrages avec des pierres de calage et des contenants en bois, et l’absence de sarcophages monolithes. Il mentionne aussi quelques cas particuliers de contenants en auge ou en « v » (monolithes ?) ou des matelas en matière périssable. En Champagne-Ardenne94, il semble que les dimensions des fosses sépulcrales diminuent à partir des viiie-ixe siècles et que les chambres funéraires soient également absentes. Les aménagements architecturaux sont généralement sommaires, seuls des contenants rigides en bois et des fosses couvertes étant mentionnés. Pour l’Île-de-France, Laure Pecqueur constate que 30 % des individus de son échantillon sont inhumés en « pleine terre »95. Cette appellation pose problème car la situation décrite peut correspondre au dépôt du défunt sans réceptacle en bois au sein d’une fosse ou témoigner d’une décomposition en espace colmaté au sein d’une fosse comblée. La première hypothèse semble plus vraisemblable. Laure Pecqueur évoque également une majorité de contenants larges non cloués et quelques cas de réceptacles étroits ainsi que des coffrages maintenus par des pierres de calage.

  • 96 Blaizot 2011, p. 351-368.

79La réflexion menée par Frédérique Blaizot sur Serris apporte les informations les plus complètes pour établir des comparaisons avec le corpus alsacien96. En englobant l’ensemble des données disponibles pour les secteurs de l’habitat, une tendance forte se dessine : les contenants en planches sont dominants, suivis des tombes en fosse. Les monoxyles (contenant de type 3) représentent une part assez faible, comme c’est le cas en Alsace (N=4/116, soit 3 %) (fig. 6). La forme des contenants semble évoluer en fonction de la chronologie, les réceptacles les plus anciens sont trapézoïdaux. Cette observation ne peut être comparée avec l’échantillon alsacien car cette donnée est très rarement précisée. Par ailleurs, l’auteure affirme que les contenants surélevés sont également plus nombreux dans sa première phase chronologique, ce qui n’est pas observable en Alsace où ce type architectural a été mis au jour pendant toute la période (phase A N=2 ; phase A/B N=2 ; phase B N=2 ; phase indéterminée N=5). Enfin, les tombes en fosse semblent être plus fréquentes après le viiie siècle à Serris, tendance qui s’observe ponctuellement en Alsace, où le contenant rigide en bois reste néanmoins majoritaire (fig. 30).

80Il semble délicat de proposer une approche typochronologique détaillée, principalement en raison d’un échantillon encore trop restreint d’individus. Néanmoins, de grandes tendances sont perceptibles et trouvent un pendant au niveau national : les formes architecturales identifiées sont souvent simples, les réceptacles rigides en bois sont majoritairement présents pendant toute la durée du phénomène, avec quelques variantes sans doute d’origine locale. Les fosses aménagées sont également bien attestées et adaptées à la morphologie du cadavre et les tombes plus monumentales absentes.

5. Profil biologique de la population inhumée dans les habitats

81Restituer le profil biologique des individus inhumés au sein des habitats du premier Moyen Âge apparaît essentiel pour tenter de confirmer ou d’exclure certaines interprétations proposées par les chercheurs. La démarche a consisté au recensement des données biologiques les plus souvent renseignées dans le corpus, à savoir l’estimation de l’âge au décès des individus et la détermination du sexe des sujets adultes. La mention de lésions pathologiques a également été enregistrée afin d’évaluer l’état sanitaire des groupes funéraires. Ces analyses biologiques et ces observations macroscopiques restent néanmoins liées à l’état de conservation de la matière osseuse et au taux de représentation des squelettes qui peuvent être des biais majeurs à l’exploitation des données. De plus, la reconnaissance des pathologies osseuses est nettement influencée par le temps imparti aux études archéoanthropologiques. Par ailleurs, il a été choisi d’étudier dans sa globalité le profil biologique de la population inhumée dans les habitats, sans inclure les données chronologiques, trop restreintes pour établir une évolution en différentes phases.

5.1. Recrutement funéraire et spécificité démographique

  • 97 Pour rappel, le corpus complet se compose de 192 individus, mais 5 sujets (individus 1, 2, 3 et 4 d (...)
  • 98 Desbrosse-Degobertière 2017, p. 19.
  • 99 Pecqueur 2003, p. 19 ; Gaultier 2011, p. 45.

82L’analyse du recrutement funéraire d’une population inhumée consiste dans un premier temps en l’étude de la proportion des sujets immatures par rapport aux individus adultes. Ici, elle repose sur un corpus de 187 défunts97, répartis en 96 sujets immatures (51 %) et 91 individus adultes (49 %) (fig. 31). Cette répartition est semblable aux données mentionnées en Champagne-Ardenne, où la moitié de l’effectif est constitué par des individus âgés de moins de 20 ans98. A contrario, les régions Centre et Île-de-France révèlent un net déficit de sujets en bas âge99. À l’échelle des sites (fig. 32) et en excluant les séries plus faibles (inférieures à dix individus), deux configurations peuvent être distinguées : les individus immatures sont nettement majoritaires à Marlenheim (Hofstatt, 83 % ; N=10/12), à Ostheim (73 % ; N=11/151) et, dans une moindre mesure, à Sermersheim (58 % ; N=52/89), au contraire de Pfulgriesheim où ils représentent seulement un peu plus d’un tiers des défunts (36 % ; N=12/33).

Fig. 31 Tableau des effectifs et répartition des individus par âge et par sexe.

Fig. 31 Tableau des effectifs et répartition des individus par âge et par sexe.

A. Pélissier.

Fig. 32 Répartition des effectifs adulte et immature en fonction des sites d’habitat.

Fig. 32 Répartition des effectifs adulte et immature en fonction des sites d’habitat.

A. Pélissier.

  • 100 Ledermann 1969.

83Pour dépasser une simple approche quantitative, il est proposé d’étudier les schémas de mortalité décrits à l’échelle du corpus global, puis des quatre sites sélectionnés précédemment (Hofstatt à Marlenheim, Ostheim, Pfulgriesheim et Sermersheim) afin de développer une approche paléodémographique plus complète. Pour cela, le quotient de mortalité 20q0, c’est-à-dire des enfants décédés entre 0 et 19 ans révolus, est comparé aux tables-types de mortalité100 établies à partir du recensement de l’âge au décès de sociétés pré-jennériennes. En effet, il est admis que les populations archéologiques suivent les mêmes schémas de mortalité archaïques et que leur espérance de vie à la naissance (e° 0) est estimée entre 25 et 35 ans. Avant la découverte du vaccin contre la variole, la mortalité infantile était très élevée et ne diminuait que progressivement à partir de l’âge de 5 ans. Il est vrai que l’échantillon permettant une analyse du recrutement funéraire est très réduit, du fait de la récurrence de découvertes isolées ou de petits groupes rassemblant moins de cinq sépultures dans le corpus alsacien (fig. 31 et 32). Seuls les sites de Pfulgriesheim et de Sermersheim présentent des effectifs suffisamment conséquents pour tenter une analyse démographique. Il a été choisi d’intégrer également les sites de Hofstatt à Marlenheim et d’Ostheim, malgré un nombre de tombes plus restreint (respectivement 12 et 15 individus), pour avoir une vision régionale plus globale du phénomène.

  • 101 Ibid.

84En paléodémographie, l’hypothèse de Halley définit un schéma de mortalité archaïque dit « classique » lorsque son quotient de mortalité 20q0 est compris entre 446 ‰ et 640 ‰, valeurs seuils pour une espérance de vie à la naissance respectivement de 35 et 25 ans101. Le quotient de mortalité obtenu à partir du corpus global des sépultures alsaciennes en contexte d’habitat est égal à 513,37 ‰, résultat compris dans les intervalles théoriques. Toutefois, l’hétérogénéité des effectifs et la prédominance de l’échantillon de Sermersheim influencent sans aucun doute le résultat obtenu et suggèrent plutôt d’étudier le recrutement funéraire à l’échelle des sites (fig. 33). En effet, seul le quotient de mortalité 20q0 de Sermersheim est compris dans les intervalles théoriques. Les sites de Hofstatt à Marlenheim et d’Ostheim présentent une importante surmortalité des sujets immatures, résultat qui pourrait être conditionné par le faible effectif pris en compte. A contrario, l’analyse de Pfulgriesheim montre un net déficit d’enfants par rapport à l’échantillon des plus de 20 ans.

  • 102 Ibid.
  • 103 Sellier 1996.
  • 104 Ledermann 1969.

85Afin de déterminer si des spécificités démographiques sont perceptibles au sein du groupe des sujets immatures, les jeunes défunts sont distribués en fonction des classes d’âge établies en paléodémographie102 en appliquant le principe de minimalisation des anomalies103. La distribution de l’effectif des décès des enfants est ensuite analysée en calculant les quotients de mortalité pour chaque classe d’âge (fig. 33) et permet d’établir le profil de mortalité de chaque site (fig. 34), qui est comparé aux valeurs de références théoriques104. L’analyse des quatre courbes de mortalité fait apparaître de grandes tendances démographiques, relativement partagées par chaque site analysé. Les nourrissons de moins d’un an sont très faiblement représentés, en deçà ou proche de la valeur seuil minimale, à l’exception du groupe d’Ostheim, néanmoins placé à la limite basse. La classe d’âge des 1-4 ans semble quant à elle correspondre aux données théoriques lorsque l’intervalle le plus large est considéré. Toutefois, seul le site de Sermersheim est compris dans les valeurs moyennes. Les enfants âgés de plus de 5 ans au décès et les adolescents présentent une tout autre configuration marquée par une surmortalité. Les groupes des 5-9 ans et des subadultes de Pfulgriesheim se démarquent car les premiers sont compatibles avec une mortalité naturelle et les seconds sont compris dans la limite haute. Cette dernière observation pour l’effectif des 15-19 ans est comparable à celle effectuée à Sermersheim. Il faut également noter que les subadultes sont absents à Marlenheim (Hofstatt). Ainsi, la part des enfants décédés entre 5 et 19 ans est donc généralement trop importante par rapport à l’effectif des plus jeunes sujets, et notamment ceux âgés de moins d’1 an.

Fig. 33 Quotients de mortalité des quatre sites sélectionnés comparés aux valeurs théoriques d’une population naturelle archaïque.

Fig. 33 Quotients de mortalité des quatre sites sélectionnés comparés aux valeurs théoriques d’une population naturelle archaïque.

A. Pélissier.

Fig. 34 Profil de mortalité des quatre sites sélectionnés comparés aux valeurs de références théoriques.

Fig. 34 Profil de mortalité des quatre sites sélectionnés comparés aux valeurs de références théoriques.

A. Pélissier.

  • 105 Abert à paraître.
  • 106 Jonville 2020.

86Il est apparu intéressant d’inclure les données d’un autre site alsacien contemporain, Untergasse-route de Kraft à Erstein105, qui a notamment livré 28 sépultures en contexte d’habitat du premier Moyen Âge. Cette occupation n’a pas été intégralement étudiée dans le cadre du rapport final d’opération, mais elle a en partie fait l’objet d’un travail universitaire récent106. L’auteure a pu démontrer que le recrutement funéraire des sépultures en contexte d’habitat présente une tendance similaire, à savoir une forte mortalité des sujets immatures (N=23/28 ; 20q0 : 821 ‰) par rapport aux adultes, un déficit de sujets de moins d’1 an et une surreprésentation des enfants décédés entre 5 et 19 ans, et plus particulièrement dans la classe 5-9 ans.

  • 107 Blaizot 2017, p. 444‑452.
  • 108 Pecqueur 2003, p. 20.
  • 109 Gaultier 2011, p. 45‑46.
  • 110 Blaizot 2017, p. 452.

87Cette particularité démographique semble donc récurrente dans le corpus alsacien et se retrouve globalement au niveau national. En effet, Frédérique Blaizot remarque également à Serris une forte mortalité des sujets décédés entre 5 et 19 ans par rapport aux classes d’âges précédentes, toujours sous-représentées107. Laure Pecqueur avait fait le même constat sur son effectif francilien108, en notant l’absence des nourrissons de moins d’1 an et une très faible mortalité pour la classe 1-4 ans. En région Centre, Matthieu Gaultier évoque également un net déficit des individus immatures de moins de 9 ans109, qui ne peut pas être précisé plus en détail du fait de choix divergents des classes d’âges au sein des études. Seul la ZAC des Vergers à Saran se démarque de son corpus et semble suivre une mortalité « naturelle ». Par ailleurs, Frédérique Blaizot mentionne des exemples similaires en régions Auvergne-Rhône-Alpes et Nouvelle-Aquitaine110.

  • 111 Perez 2015.
  • 112 Blaizot 2017, p. 477.
  • 113 Castex 2007 ; Blaizot 2017, p. 476.

88L’interprétation en termes sociaux de ces anomalies démographiques récurrentes sur tout le territoire français reste délicate. La sous-représentation des premières classes d’âge est généralement expliquée par l’existence probable de lieux dédiés à l’ensevelissement des enfants en bas-âge en dehors des espaces funéraires et par la mise à l’écart des sujets mort-nés111. Les chercheurs s’accordent également sur un autre fait, en lien avec la profondeur des fosses sépulcrales. En effet, il est admis que les tombes des plus jeunes sujets sont moins profondément creusées, du fait de la taille restreinte des corps ; elles seraient par conséquent plus sujettes à la destruction par l’érosion des sols et le passage d’engins agricoles112. Concernant la surmortalité des enfants décédés entre 5 et 19 ans, l’hypothèse d’une crise sanitaire induite par une maladie épidémique contagieuse pourrait être proposée pour expliquer en partie cette anomalie113. Toutefois, les arguments typiques d’une crise de mortalité évoqués en archéologie (sépulture multiple et regroupement démographique) sont absents et ne permettent pas de valider cette hypothèse sans une analyse microbiologique. Les spécificités démographiques mises en évidence dans le corpus des sépultures en contexte d’habitats du premier Moyen Âge semblent donc encore difficilement interprétables et méritent de multiplier les analyses à l’échelle nationale.

89La seconde phase d’étude du recrutement funéraire repose sur la distribution des individus adultes en fonction de leur sexe biologique. Le taux de masculinité est calculé afin de déceler une potentielle anomalie au niveau du sex-ratio du corpus, Il est en effet admis que, théoriquement, une population dite « naturelle » présente un rapport homme/femme aux alentours de 1. En considérant l’intégralité du corpus alsacien, ce rapport est égal à 0,94, en rassemblant 32 hommes, 34 femmes et 25 sujets de sexe indéterminé pour un effectif total de 91 individus. A priori, aucun recrutement particulier en fonction du sexe biologique n’est observé au sein des sépultures en contexte d’habitat, mais il faut garder à l’esprit que quasiment 30 % du corpus n’a pas bénéficié d’une diagnose sexuelle fiable.

  • 114 Desbrosse-Degobertière 2017, p. 19.
  • 115 Pecqueur 2003, p. 20.
  • 116 Gaultier 2011, p. 47.
  • 117 Blaizot 2017, p. 474-475.

90En se plaçant à l’échelle des sites, peu de données permettent de discuter la répartition des individus adultes en fonction de leur sexe (fig. 35). En effet, seules quatorze occupations ont révélé la présence de défunts adultes et une écrasante majorité de sites ont livré de petites séries : plus de 70 % du corpus (N=10/14) rassemble moins de cinq sujets de plus de 20 ans (fig. 31). Ce problème d’effectifs non représentatifs au sein de l’échantillon étudié restreint drastiquement son potentiel informatif. Ainsi, la distribution par sexe des adultes ne peut être entrevue qu’à partir des groupes inhumés à Pfulgriesheim et à Sermersheim, qui montrent un léger déséquilibre démographique, d’ailleurs inverse. À Pfulgriesheim, les hommes sont majoritaires, avec un sex-ratio égal à 1,43 (N=10/17), tandis qu’à Sermersheim, c’est l’effectif féminin qui est prédominant (0,75 ; N=12/18). D’après ces quelques résultats, il ne semble pas que le sexe du défunt soit un critère de sélection pour l’inhumation en contexte d’habitat. Ce constat trouve des pendants en Champagne-Ardenne114 et en Île-de-France115. En région Centre, Matthieu Gaultier constate souvent un déséquilibre démographique en faveur des hommes, à l’exception du site de Saran (ZAC des Vergers), qui révèle une dominance de l’effectif féminin116. À Serris, c’est également une surreprésentation des femmes qui est mentionnée par Frédérique Blaizot117.

Fig. 35 Répartition des effectifs de chaque site d’habitat en fonction du sexe des défunts.

Fig. 35 Répartition des effectifs de chaque site d’habitat en fonction du sexe des défunts.

A. Pélissier.

5.2. État sanitaire des défunts

91Évaluer l’état sanitaire des individus inhumés dans les habitats alsaciens du premier Moyen Âge était l’un des enjeux de cette analyse. En effet, plusieurs théories insistent sur une possible distinction sociale des individus pour expliquer le choix d’inhumer certains défunts en dehors des ensembles funéraires collectifs. Ainsi, il semblait intéressant d’analyser certains critères paléopathologiques afin d’esquisser l’état de santé de ces sujets et tenter d’évaluer leurs conditions de vie.

  • 118 Ces ensembles funéraires ont fait l’objet d’une étude archéo-anthropologique en accord avec les att (...)
  • 119 Barrand Emam, Chenal, Fischbach 2013a.
  • 120 Alberti à paraître.
  • 121 Roth-Zehner 2007a.
  • 122 Rault 2020.
  • 123 Barrand Emam et al. 2021.
  • 124 Barrand Emam, Chenal, Fischbach 2013b.

92L’analyse a été menée en premier lieu en incluant la totalité des individus du corpus, dont la représentation osseuse permettait une observation macroscopique. Pour les raisons déjà évoquées, il a ensuite été choisi de se focaliser sur les résultats des quatre sites du corpus les plus volumineux en termes d’effectifs – Hofstatt à Marlenheim (NMI=12), Ostheim (NMI=15), Pfulgriesheim (NMI=33) et Sermersheim (NMI=89). L’analyse proposée peut a priori paraître sommaire, cependant il faut signaler qu’à ce jour cette démarche n’a jamais été réalisée dans le cadre des synthèses régionales sur les sépultures en contexte d’habitat. Il semblait par ailleurs judicieux de poursuivre la réflexion au niveau local, en comparant les résultats obtenus ici aux données paléopathologiques issues des grands ensembles funéraires contemporains. Six sites représentatifs118 et intégrés au corpus du PCR ont été sélectionnés : lotissement les Violettes à Artzenheim119, rue des Fusiliers marins à Eschau120, Buergelen à Illfurth121, ZAC-Zone commerciale Nord à Lampertheim122, Obere Reben à Merxheim123 et Entrepôt Atlas-Fly à Vendenheim124. L’objectif est de vérifier l’existence d’une distinction sanitaire entre les individus inhumés dans les habitats et ceux des grands ensembles funéraires du premier Moyen Âge en Alsace.

5.2.1. Atteintes bucco-dentaires

93Les atteintes bucco-dentaires ont été répertoriées à partir d’un corpus maximal de 163 défunts inhumés en contexte d’habitat, répartis en 79 adultes et 84 enfants. La répartition des atteintes bucco-dentaires en fonction du sexe des défunts n’a pas été étudiée vu les effectifs déterminés. Il faut également rappeler que la démarche méthodologique adoptée ne permet pas de raisonner à l’échelle du nombre de dents observées, ni de préciser la gravité des atteintes. Les résultats obtenus correspondent seulement à la présence d’au moins une lésion chez l’individu concerné. Les atteintes dentaires sont relativement fréquentes dans l’échantillon puisque 57 % des défunts portent au moins une pathologie (N=93/163). En revanche, elles concernent très majoritairement les sujets adultes (87 %, N=69/79) et les enfants sont peu atteints (29 %, N=24/84). Les prévalences des différents types de lésions dentaires sont assez similaires (fig. 36), avec une fréquence d’apparition au sein du corpus oscillant entre 30 et 40 %, à l’exception des abcès dentaires très rarement identifiés (un cas au Clos Saint-Georges à Ruelisheim).

Fig. 36 Répartition des atteintes bucco-dentaires au sein du corpus (fréquences brutes).

Fig. 36 Répartition des atteintes bucco-dentaires au sein du corpus (fréquences brutes).

A. Pélissier.

  • 125 Charlier et Tilotta 2008.
  • 126 Castex 1994.

94La maladie carieuse est présente chez 40 % des sujets du corpus (N=64/161), en affectant plus souvent les individus adultes (69 %, N=53/79) que les enfants (13 %, N=11/84) (fig. 36). Elle se définit comme une maladie infectieuse et transmissible, correspondant à une déminéralisation d’une partie du tissu dur de la dent, par l’action d’acides organiques, produits principalement lors de la fermentation bactérienne des sucres rapides125. L’origine du développement de la carie est influencée par divers facteurs, héréditaire, génétique, biologique, environnemental, hygiénique et par le régime alimentaire de l’individu. Ainsi, une importante consommation de glucides favorise les atteintes cariogènes. La fréquence d’apparition des lésions carieuses au sein des quatre sites d’habitat sélectionnés est assez variable (fig. 37), avec notamment des valeurs très élevées chez les adultes pour Sermersheim (97 %, N=28/29) et Ostheim (75 %, N=3/4). Un taux remarquable est également observé pour les sujets immatures de Pfulgriesheim (45 %, N=5/11). Lorsque ces données sont comparées aux défunts inhumés dans les grands ensembles funéraires (fig. 38), une tendance semble se dessiner : la maladie carieuse paraît globalement plus fréquente chez les individus adultes inhumés en contexte d’habitat, par rapport à ceux des grands ensembles (en moyenne autour de 50 %). Ces résultats sont également supérieurs aux données obtenues à partir du corpus d’adultes de cinq autres populations médiévales, oscillant entre 38,1 % et 60,5 %126. Toutefois, de grandes disparités sont également observables dans le corpus des adultes entre les sites d’habitat, notamment entre Sermersheim (97 %, N=28/29) et Pfulgriesheim (45 %, N=9/20), effectifs les plus conséquents du corpus, et limitent les interprétations. A contrario, les enfants des grands ensembles funéraires semblent légèrement plus prédisposés aux caries avec des taux dépassant souvent les 20 % (Eschau 29 %, Illfurth 29 % et Merxheim 25 %). Ces derniers résultats sont à pondérer en raison de l’absence de pathologie reconnue chez les enfants inhumés à Artzenheim et du taux nettement supérieur de Pfulgriesheim (45 %, N=5/11).

Fig. 37 Tableau de fréquences brutes par type d’atteintes bucco-dentaires en fonction des sites d’habitat sélectionnés et du corpus total.

Fig. 37 Tableau de fréquences brutes par type d’atteintes bucco-dentaires en fonction des sites d’habitat sélectionnés et du corpus total.

A. Pélissier.

Fig. 38 Répartition des fréquences de la maladie carieuse entre les défunts adultes et immatures, au sein du corpus total, pour les sites d’habitat et les grands ensembles funéraires sélectionnés.

Fig. 38 Répartition des fréquences de la maladie carieuse entre les défunts adultes et immatures, au sein du corpus total, pour les sites d’habitat et les grands ensembles funéraires sélectionnés.

A. Pélissier.

  • 127 Charlier et Tilotta 2008.
  • 128 Castex 1994.
  • 129 Perrin 2019, p. 389-392.

95Les dépôts tartriques affectent 38 % des défunts inhumés au sein des habitats et touchent 62 sujets : 47 adultes (58 %, N=45/78) et 17 enfants (20 %, N=17/84) (fig. 36). Le tartre est un dépôt calcaire, d’origine alimentaire et micro-bactérienne, localisé sur la surface des dents, préférentiellement au niveau du collet, en face linguale des incisives inférieures et en face vestibulaire des molaires supérieures127. Ces résultats, associés aux données individuelles des sites d’habitat (fig. 37), semblent relativement supérieurs aux taux recensés dans les grands ensembles funéraires de la région (fig. 39), à l’exception de Lampertheim, qui présente des valeurs assez proches (53,8 % des adultes et 30 % des enfants). En poursuivant la comparaison avec les gisements étudiés par Dominique Castex, il s’avère que les dépôts de tartre sont souvent très variables en fonction des populations considérées128 et que, selon leur localisation et leur sévérité, ils peuvent s’interpréter différemment en termes d’hygiène bucco-dentaire129. L’absence d’une description précise des dépôts tartriques dans de nombreuses études et le protocole mis en place pour les renseigner ne permettent pas de caractériser l’état sanitaire des individus à partir de ce critère.

Fig. 39 Répartition des fréquences des dépôts tartriques entre les défunts adultes et immatures, au sein du corpus total, pour les sites d’habitat et les grands ensembles funéraires sélectionnés.

Fig. 39 Répartition des fréquences des dépôts tartriques entre les défunts adultes et immatures, au sein du corpus total, pour les sites d’habitat et les grands ensembles funéraires sélectionnés.

A. Pélissier.

Fig. 40 Répartition des fréquences de l’usure dentaire entre les défunts adultes et immatures, au sein du corpus total, pour les sites d’habitat et les grands ensembles funéraires sélectionnés.

Fig. 40 Répartition des fréquences de l’usure dentaire entre les défunts adultes et immatures, au sein du corpus total, pour les sites d’habitat et les grands ensembles funéraires sélectionnés.

A. Pélissier.

96L’usure dentaire est remarquable chez 36 % du corpus des sépultures en contexte d’habitat, soit 59 sujets (fig. 36). Son intérêt est assez faible pour discuter de l’état sanitaire des populations puisque son expression dépend de l’âge au décès des individus et de l’association de trois critères (génétique, environnemental et alimentaire). Il est ainsi logique que l’usure dentaire affecte plus les individus adultes (N=56/78, soit 72 %) que les enfants (N=3/84, soit 4 %). De grandes disparités sont observables entre les quatre sites sélectionnés (fig. 37), sans doute très largement influencées par le nombre parfois restreint d’adultes présents au sein de l’effectif. Pour se détacher de ce biais, il a été choisi de focaliser l’analyse comparative sur les sites de Sermersheim et Pfulgriescheim. La prévalence de l’usure au sein de ces deux ensembles est variable pour l’effectif des adultes (Sermersheim 90 % N=26/29 ; Pfulgriesheim 60 % N=12/20) et sont assez proches des taux répertoriés dans les grands ensembles funéraires de la région (fig. 40), touchant généralement plus des trois quarts de l’effectif adulte. Sa fréquence chez les enfants paraît beaucoup plus aléatoire.

  • 130 Waldron 2009.

97Au moins une perte ante mortem avec résorption alvéolaire a été diagnostiquée chez 51 individus (31 % du corpus), correspondant à 49 adultes (63 %, N=49/78) et 2 enfants (2 %, N=2/84) (fig. 36). Il s’avère que les fréquences d’apparition des pertes ante mortem avec résorption alvéolaire dans les deux sites d’habitat les plus représentatifs (Sermersheim 77 %, N=23/30 et Pfulgriesheim 70 %, N=14/20) (fig. 37) sont relativement comparables aux données régionales pour les grands ensembles sépulcraux (fig. 41). La perte d’une dent peut avoir diverses causes : maladie parodontale, abrasion dentaire, infection ou traumatisme bucco-dentaire. Sa fréquence augmente fortement avec l’âge mais elle est également liée au mode alimentaire de l’individu et à son hygiène bucco-dentaire130. Dans tous les cas, la prise en compte de ce critère paléopathologique ne permet pas de différencier les individus inhumés dans les habitats de ceux des grands ensembles funéraires.

Fig. 41 Répartition des fréquences des pertes ante mortem avec résorption alvéolaire des défunts adultes au sein du corpus total, pour les sites d’habitat et les grands ensembles funéraires sélectionnés.

Fig. 41 Répartition des fréquences des pertes ante mortem avec résorption alvéolaire des défunts adultes au sein du corpus total, pour les sites d’habitat et les grands ensembles funéraires sélectionnés.

5.2.2. Indicateurs de stress non spécifiques

  • 131 Lewis 2007.
  • 132 Zammit 1990.

98Les indicateurs de stress non spécifiques correspondent à des lésions osseuses et dentaires qui se forment en réponse à une ou plusieurs carences subies par l’organisme au cours de la croissance. L’origine peut être multifactorielle et les stigmates apparaissent généralement pendant l’enfance131. Ce sont des marqueurs qui peuvent refléter l’état sanitaire de la population et renseigner sur les conditions de vie des individus avant leur décès132. Il a été choisi de repérer principalement les hypoplasies de l’émail dentaire, l’hyperostose poreuse crânienne et la cribra orbitalia, critères particulièrement intéressants pour évaluer l’état de santé des individus inhumés. Ces atteintes ont été répertoriées à partir d’un corpus maximal de 169 défunts inhumés en contexte d’habitat (79 adultes et 90 enfants). À l’instar des lésions bucco-dentaires, la répartition des marqueurs de stress en fonction du sexe est très peu informative, du fait des résultats sommaires de la diagnose sexuelle, et seule la mention de l’atteinte sur le squelette a été retenue sans plus de précision pour caractériser le développement ou la gravité de la pathologie.

  • 133 Rault 2020, p. 70.
  • 134 Barrand Emam, Chenal, Fischbach 2013b, p. 244.
  • 135 Jonville 2020, p. 13

99Les prévalences des différents indicateurs de stress non spécifiques sont assez hétérogènes au sein du corpus (fig. 42). La cribra orbitalia et l’hyperostose poreuse crânienne présentent des fréquences d’apparition relativement faibles (2 %, N=3/169), tandis que les hypoplasies de l’émail dentaire sont bien attestées (48 % ; N=60/126). Il faut peut-être nuancer ces résultats, qui peuvent être en partie liés à la conservation et la représentation osseuse des défunts. En effet, la cribra orbitalia et l’hyperostose poreuse crânienne sont des lésions qui sont localisées sur la table externe des os du crâne, sous la forme de fines porosités qui, dans les premiers stades de développement, peuvent être confondues avec des atteintes taphonomiques, ou simplement non reconnues si le crâne est trop fragmentaire. Toutefois, en reprenant les observations pathologiques des grands ensembles funéraires régionaux, seuls trois cas de cribra orbitalia ont été recensés (un individu immature à Lampertheim133 et deux enfants à Vendenheim134) et aucune hyperostose poreuse crânienne n’a été repérée. Le bilan paléopathologique des sujets immatures d’Erstein135 a livré des fréquences d’apparition beaucoup plus élevées, avec 38 % d’enfants atteints de cribra orbitalia (N=17/45) et 8 % portant une hyperostose poreuse crânienne (N=5/59). La grande diversité des résultats obtenus à partir de l’observation de ces deux critères, aussi bien au sein du corpus des sépultures en contexte d’habitat que de celui des grands ensembles funéraires, limite les interprétations.

Fig. 42 Répartition des indicateurs de stress non spécifique au sein du corpus (fréquences brutes).

Fig. 42 Répartition des indicateurs de stress non spécifique au sein du corpus (fréquences brutes).

A. Pélissier.

Fig. 43 Tableau de fréquences brutes des hypoplasies linéaires de l’émail dentaire (HLED) en fonction des sites d’habitat sélectionnés et du corpus total.

Fig. 43 Tableau de fréquences brutes des hypoplasies linéaires de l’émail dentaire (HLED) en fonction des sites d’habitat sélectionnés et du corpus total.

A. Pélissier.

  • 136 Charlier et Tilotta 2008.
  • 137 Ibid.

100L’analyse des hypoplasies de l’émail dentaire semble plus propice pour discuter des conditions de vie. Ce marqueur se définit comme un arrêt brutal et temporaire de la synthèse d’émail dentaire, qui serait la réponse à une importante période de stress subie par l’individu pendant sa croissance136. Leur étiologie reste néanmoins encore floue et quelques facteurs sont proposés sans pouvoir évaluer leur réel impact137 : carences alimentaires (vitamine A et D), infections graves, choc émotionnel, sevrage précoce. Il est admis que ce critère est assez fiable pour évaluer l’état sanitaire des sociétés car la couronne dentaire ne subit aucun remodelage ultérieurement, à l’exception des atteintes infectieuses. L’émail dentaire est également très rarement affecté par les attaques physico-chimiques du sol. Comme c’est généralement le cas en archéologie, le corpus étudié livre uniquement des hypoplasies linéaires de l’émail dentaire, repérées par la reconnaissance de « lignes » plus claires sur la surface de la couronne dentaire. L’âge au décès semble être un critère pertinent pour caractériser leur développement au sein de l’effectif global car les fréquences d’apparition sont assez distinctes entre les sujets adultes (40 % ; N=29/72) et immatures (57 % ; N=31/54) (fig. 42). Quand l’analyse porte sur les quatre sites d’habitat sélectionnés, les différences sont notables (fig. 43). Il faut d’abord relever que la fréquence d’apparition des hypoplasies linéaires de l’émail dentaire au sein du corpus d’Ostheim se démarque nettement par son faible taux (7 %, soit un sujet immature atteint sur quinze squelettes étudiés). Par ailleurs, il est intéressant de noter que ce type d’atteintes n’a été observé que sur les effectifs de sujets immatures des sites de Marlenheim (63 % ; N=5/8) et d’Ostheim (9 % ; N=1/11), sans omettre de rappeler que ces faibles corpus, respectivement de douze et quinze sujets, peuvent ne pas être très représentatifs. Les fréquences d’apparition au sein des effectifs totaux de Pfulgriesheim (45 % ; N=14/31) et de Sermersheim (77 % ; N=30/39) sont bien distinctes, mais lorsque l’âge au décès est pris en compte, une même tendance semble se dessiner. En effet, ce sont toujours les enfants qui sont affectés, avec un taux de 55 % (N=6/11) à Pfulgriesheim et un pic de 93 % (N = 14/15) à Sermersheim.

  • 138 Artzenheim 10 % ; Eschau 8,2 % ; Illfurth 13,4 % ; Lampertheim : 0 % ; Merxheim 8,7 % ; Vendenheim (...)
  • 139 20 adultes étudiés à Pfulgriesheim et 24 à Sermersheim.
  • 140 Il serait notamment très intéressant de réaliser l’étude paléopathologique des sujets adultes exhum (...)

101Si ces résultats sont associés aux données obtenues à partir des grands ensembles sépulcraux (fig. 44), des constats clairs peuvent être tirés : la part des adultes affectée par des hypoplasies linéaires de l’émail dentaire est nettement supérieure en contexte d’habitat qu’au sein des grands ensembles funéraires. En effet, la fréquence d’apparition de la lésion dans le corpus des adultes de chaque ensemble funéraire reste autour de 10 %, voire majoritairement en-dessous de cette valeur138. Il est vrai que cette comparaison avec les sépultures en contexte d’habitat s’appuie principalement sur les données de deux sites, Pfulgriesheim et Sermersheim, mais dont les effectifs sont représentatifs139. D’autres investigations archéologiques140 seraient nécessaires pour confirmer cette tendance. Le taux des sujets immatures semble quant à lui assez aléatoire entre les différents sites en contextes domestique et funéraire. Une tendance semble se démarquer : l’effectif des sujets immatures paraît globalement plus souvent affecté par cette lésion que celui des adultes, quel que soit le lieu d’inhumation considéré. Il faut néanmoins noter que les données recueillies pour les sites de Merxheim et d’Artzenheim sont en désaccord avec cette réflexion (fig. 44).

Fig. 44 Répartition des fréquences des hypoplasies linéaires de l’émail dentaire entre les défunts adultes et immatures, au sein du corpus total, pour les sites d’habitat et les grands ensembles funéraires sélectionnés.

Fig. 44 Répartition des fréquences des hypoplasies linéaires de l’émail dentaire entre les défunts adultes et immatures, au sein du corpus total, pour les sites d’habitat et les grands ensembles funéraires sélectionnés.

A. Pélissier.

5.2.3. Développement arthrosique

  • 141 Il s’agit du sujet 1101 de Pfulgriesheim, âgé au décès entre 10 et 19 ans.
  • 142 Pálfi 1997.
  • 143 Artzenheim 34,5 % ; Eschau 24,6 % ; Illfurth 38,9 % ; Lampertheim : 41,7 % ; Merxheim 54,8 % ; Vend (...)
  • 144 Barrand Emam et al. 2021, p. 257.

102Même si leurs étiologies peuvent être plus diverses, et notamment d’origine traumatique, les indicateurs de sénescence de type arthrosique sont fortement corrélés à l’âge au décès et aux sollicitations mécaniques régulières subies par le défunt. Les observations réalisées s’appuient sur un échantillon de 177 individus (85 adultes et 92 enfants). Une lésion dégénérative de type arthrosique a été référencée chez 59 défunts âgés au décès de plus de 20 ans et un seul sujet immature141. À l’instar des lésions précédentes, les caractéristiques des atteintes, leur degré de gravité et leur localisation précise ne sont pas détaillés, seule leur présence est mentionnée. La fréquence d’apparition des développements arthrosiques dans le corpus des sujets adultes s’élève à 69 % (fig. 45). À l’échelle des sites, il est très délicat d’interpréter les résultats car seules deux occurrences comportent un effectif d’adultes permettant une réflexion : Pfulgriesheim et Sermersheim. Leurs taux sont élevés et proches, respectivement 81 % (N=17/21) et 74 % (N=26/35), mais ils restent dans les intervalles de valeurs observés142. En comparant ces données à celles des grands ensembles funéraires, les résultats obtenus paraissent une nouvelle fois élevés (fig. 46). En effet, le taux d’arthrose sur ces sites oscille globalement entre 30 et 40 %143, avec un pic pour Merxheim à 55 % (N=17/31)144, encore loin des valeurs des sépultures en contexte d’habitat.

Fig. 45 Répartition des développements arthrosiques au sein du corpus (fréquences brutes).

Fig. 45 Répartition des développements arthrosiques au sein du corpus (fréquences brutes).

A. Pélissier.

Fig. 46 Répartition des fréquences des développements arthrosiques des adultes, au sein du corpus total, pour les sites de Pfulgriesheim, Sermersheim, et les grands ensembles funéraires sélectionnés.

Fig. 46 Répartition des fréquences des développements arthrosiques des adultes, au sein du corpus total, pour les sites de Pfulgriesheim, Sermersheim, et les grands ensembles funéraires sélectionnés.

A. Pélissier.

5.2.4. Bilan sanitaire

103Quel bilan peut-on tirer de ces données paléopathologiques ? L’état sanitaire des individus inhumés en contexte d’habitat est-il globalement différent de celui des défunts des grands ensembles funéraires ? À ce jour, il paraît délicat d’apporter une réponse claire à ces questionnements. En effet, la méthode employée pour récolter les informations et s’appuyant sur un critère binaire absence/présence n’est probablement pas assez pertinente pour évaluer les conditions de vie des individus. Par ailleurs, malgré un échantillon total représentatif, la prépondérance du corpus de Sermersheim peut très largement influencer les résultats et fausser les réflexions proposées. Toutefois, les études paléopathologiques de ce type au niveau régional sont rares et ce travail mérite d’être considéré comme une première ébauche, qui devra être enrichie par de nouvelles découvertes archéologiques.

  • 145 Jonville 2020.
  • 146 Desbrosse-Degobertière 2017, p. 19-20.

104La comparaison des données sanitaires entre les individus inhumés en contexte d’habitat et ceux des grands ensembles funéraires a permis de dégager quelques tendances. Les fréquences d’apparition des lésions bucco-dentaires et les prévalences sont relativement standards. Seul le taux des atteintes carieuses chez les sujets adultes inhumés en contexte d’habitat semble plus important, mais le protocole mis en place ne permet pas de savoir si les lésions sont plus sévères. Les indicateurs de stress non spécifiques sont globalement faiblement représentés et touchent de manière préférentielle les sujets immatures dans les deux corpus. Une distinction s’avère notable : les individus adultes inhumés dans les habitats présentent beaucoup plus fréquemment des hypoplasies linéaires sur leur émail dentaire. Enfin, l’arthrose semble également plus attestée chez les sujets adultes inhumés en dehors des grands ensembles funéraires. En résumé, il pourrait être tentant de considérer le corpus des sépultures en contexte d’habitat comme une population exposée à des conditions de vie relativement rudes, soumises à des stress et des sollicitations mécaniques intenses. Cependant, ces caractéristiques ne se démarquent pas réellement des autres populations rurales médiévales, et restent dans des proportions mesurées. Ces propos pourraient être remis en cause par l’étude de nouveaux sites : les indicateurs de stress des enfants inhumés à Erstein ont révèlé des taux bien supérieurs aux valeurs référencées145. Par ailleurs, les remarques énoncées ici vont également à l’encontre de la seule synthèse de comparaison disponible146. En effet, en Champagne-Ardenne, ce sont a priori les individus inhumés dans les grands ensembles funéraires qui seraient plus défavorisés.

  • 147 Wood, Milner, Harpending et al. 1992.

105Quoi qu’il en soit, il faut toujours garder en mémoire l’existence du paradoxe ostéologique147 qui, en archéologie, rend toujours difficile la caractérisation de l’état sanitaire d’une population par la seule présence de lésions pathologiques. En effet, ces dernières ne reflètent pas forcément la même réalité : un sujet peut avoir survécu à de nombreuses atteintes tandis qu’une autre peut mourir plus précocement sans avoir le temps de développer des stigmates sur son squelette.

6. Dépôts funéraires

106Neuf des dix-neuf sites du corpus comportent au moins une sépulture avec du mobilier associé (fig. 47), déposé dans ou sur le contenant (Steinbourg, Schwartzacker à Roeschwoog). À l’exception du site de Hofstatt à Marlenheim, où dix sépultures sur douze étaient associées à du mobilier, le nombre moyen de sépultures pourvues de mobilier est d’une à deux par site.

Fig. 47 Tableau récapitulatif du mobilier contenu dans les sépultures des habitats alsaciens.

Fig. 47 Tableau récapitulatif du mobilier contenu dans les sépultures des habitats alsaciens.

É. Peytremann.

  • 148 Châtelet 2000, p. 261.
  • 149 Fischbach 2020, p. 367-376.
  • 150 Se reporter à la communication « L’implantation des sépultures isolées dans l’habitat : un nouveau (...)
  • 151 Müller 2017, p. 70.
  • 152 Mahé-Hourlier 2017, p. 29-30.
  • 153 Guérin 2012, p. 73-75.

107Le mobilier le plus fréquemment retrouvé reste la céramique, généralement brisée et non entière. Il s’agit là d’un rituel funéraire de dépôt de vase brisé, bien attesté en contexte d’ensembles funéraires comme dans les sépultures isolées ou en grappes, de la vallée du Rhin et du Rhône148. Sept sépultures issues de quatre sites contiennent de la céramique. En seconde position viennent les simples boucles de ceinture en fer. Elles ont, dans les cinq sépultures provenant de cinq sites, été découvertes à la hauteur du bassin, en position fonctionnelle149. Les perles se retrouvent avec la même fréquence. Dans quatre sépultures de Hofstatt à Marlenheim, elles sont présentes en nombre important (entre 13 et 53) alors que dans la sépulture 2539 de Sermersheim il n’y en a qu’une. Les autres objets (garniture de ceinture, scramasaxe, couteau, boucle d’oreille, fibule, etc.) sont retrouvés de manière plus anecdotique. Les seules tombes à armes découvertes proviennent de Hofstatt à Marlenheim qui se distingue nettement des autres sites du corpus sur cette question du mobilier150. La défunte de la tombe 3 de Rueliesheim, associée à une fibule, une paire de boucles d’oreille et une boucle de ceinture, se singularise par l’abondance de son mobilier et sa richesse (or, électrum). La présence de mobilier dans les sépultures en contexte d’habitat reste néanmoins peu fréquente. La datation de la majorité des sépultures postérieurement au viie siècle explique probablement cette rareté. Une estimation pour l’Alsace donne environ 12 % des sépultures comprenant du mobilier. Le pourcentage estimé pour l’Allemagne du sud avoisine 28 %151. En Champagne-Ardenne, aucun des 124 individus mis au jour en contexte d’habitat n’était associé à du mobilier. En Île-de-France, la situation est différente puisque plusieurs sépultures ont livré des boucles ou des garnitures de ceintures, des fibules et plus rarement de la céramique, un scramasaxe, un couteau, un coffret et même du grain déposé dans la main152. Aucune estimation quantitative n’a pour l’instant été réalisée. En région Centre, le travail de quantification et d’analyse des dépôts n’était pas réalisé dans le rapport du PCR 2011 et n’a pas été finalisé. En Pays de la Loire et Deux-Sèvres, deux sépultures provenant de deux sites contenaient respectivement une bague et une fibule153.

7. Synthèses

7.1. Quelle réalité pour cette pratique funéraire : phénomène marginal ou récurrent ?

  • 154 Desbrosse-Degobertière 2017.
  • 155 Pecqueur 2003.
  • 156 Gentili 2010.
  • 157 Gaultier 2011.
  • 158 Guérin 2012, p. 66-68.
  • 159 Müller 2017, p. 42.

108Ce sont au total 21 sites d’habitat qui ont livré une à plusieurs sépultures, sur les 60 sites recensés à la fin de l’année 2017 ; cela constitue plus d’un tiers des établissements fouillés (35 %). Ce résultat est, somme toute, relativement important dans la mesure où certains de ces sites correspondent à des fouilles anciennes, réalisées sur de petites superficies. Les sites d’habitat récemment fouillés et non pris en compte dans le corpus, comme ceux d’Obenheim, d’Erstein ou de la rue du Général De Gaulle à Marlenheim, etc., attestent tous de la présence de sépultures, confirmant ainsi la récurrence de cette pratique au niveau régional. Le rapprochement de ce chiffre avec ceux provenant d’autres régions reste malaisé dans la mesure où il n’est guère facile d’accéder à des données chiffrées. Quelques comparaisons peuvent néanmoins être tentées. Pour l’ancienne région Champagne-Ardenne, 23 sites d’habitats recélant des sépultures ont été recensés sur un corpus de 54 sites (au 30 avril 2013), soit 42 %154. Le corpus champenois ne prend pas en compte les ensembles supérieurs à quinze sépultures. Concernant la région francilienne, les données chiffrées sont beaucoup plus aléatoires. Dans les années 2000, Laure Pecqueur a établi une synthèse à partir de 35 sites d’habitat ayant livré des sépultures155 sur un nombre de sites d’habitat fouillés estimé à 230156, soit 15 %. En revanche, en région Centre, la synthèse réalisée par Matthieu Gaultier évalue à 46 % le nombre de sites d’habitat comportant des sépultures157. En Pays de la Loire et Deux-Sèvres, 38 % des sites d’habitats des ve-xiie siècles recensés ont livré des sépultures158. Pour les Länder du Bade-Würtemberg et de la Bavière, Kathrin Müller ne fournit malheureusement pas le nombre total de sites d’habitat fouillés. En revanche, le corpus d’habitats comprenant des sépultures est de 40 sites159.

  • 160 Lauwers 2005, p. 28.
  • 161 Hincker 2017, p. 9.

109Les quelques données chiffrées précédemment exposées, avec toutes les précautions requises du fait des imprécisions relatives aux corpus, indiquent dans un premier temps que le résultat obtenu pour l’Alsace est conforme à ceux des régions pour lesquelles les données sont connues. Ces données chiffrées confortent l’hypothèse selon laquelle cette pratique funéraire qualifiée de « sépultures en habitat » ou « sépultures domestiques »160 est loin d’être marginale dans le sens où elle concerne au minimum 15 % des sites d’habitat et presque la moitié au maximum. En revanche, si c’est le nombre d’individus concernés qui est examiné, alors cette pratique funéraire s’avère effectivement marginale comme le souligne Vincent Hincker161 puisque le nombre médian de sépultures par habitat en Alsace est estimé à trois.

7.2. Quelles populations ?

  • 162 Saint-Xandre (Charente-Maritime), Serris (Seine-et-Marne), la ZAC des Vergers à Saran (Loiret), etc
  • 163 Abordé uniquement par le biais des pathologies dentaires, des indicateurs de stress non spécifiques (...)

110La population inhumée au sein des habitats ne se distingue pas foncièrement du reste de la population régionale inhumée dans des cimetières. Le déficit constaté de nourrissons et la surreprésentation des enfants de 5-19 ans sont semblables à ce qui a pu être établi sur le territoire de la Gaule pour les sépultures en habitat. Aucun recrutement particulier ne se dessine en Alsace, contrairement à d’autres sites en Gaule162. L’état sanitaire de la population étudiée163 montre peu de différences avec les populations inhumées en cimetière si ce n’est une fréquence plus importante chez les adultes d’hypoplasies linéaires de l’émail dentaire qu’il n’est pas possible d’interpréter. Les données, malheureusement encore imprécises et insuffisantes, ne permettent pas de tirer de conclusions particulières au niveau régional.

7.3. Quelles interprétations pour cette pratique ?

  • 164 L’importance de l’Orient dans les religions gréco-romaines, juives et les premiers rites de prière (...)
  • 165 Les données chiffrées concernant la fréquence de l’usage de chambre funéraire de « type Morken » ou (...)
  • 166 Reynolds 2009.
  • 167 Contrairement à quelques cas identifiés en Gaule méridionale, Gleize 2017, p. 208, en Île-de-France (...)
  • 168 Reynolds 2009, p. 89-95.

111L’examen des gestes et de l’architecture funéraires confirme pour l’Alsace qu’ils sont dans leur grande majorité identiques à ceux observés dans les ensembles funéraires plus importants ou dans les cimetières. Les corps sont, effet, pour la plupart, allongés sur le dos, la tête à l’ouest, majoritairement dans des contenants rigides en bois ou dans des fosses aménagées, plus rarement dans des coffrages en bois avec calage ou de simples fosses. Le faible nombre de cas aux orientations divergentes recensés n’est en effet pas signifiant. Outre le fait que la disposition est-ouest, tête à l’ouest, pré-existe à toute codification par les autorités religieuses, les études funéraires montrent que l’adaptation topographique prévaut parfois sur la tradition164, qui demeure souple pour ce type de disposition. L’absence d’architecture funéraire de type « chambre de Morken » ou sous tumulus mérite d’être soulignée dans la mesure où ces architectures sont généralement bien représentées dans les grands ensembles funéraires régionaux165. Aucun geste particulier (individu déposé sur le ventre, couché sur le côté, mains ou jambes attachées, décapitation, sépulture multiple, etc.) permettant de qualifier ces sépultures d’inhabituelles ou « deviant burial »166 n’a été identifié en Alsace167, si ce n’est leur localisation hors du cimetière communautaire. Ce constat permet par la même occasion d’écarter un certain nombre d’interprétations en relation avec un jugement, la domesticité ou la crainte que le mort hante les vivants168.

  • 169 Hall 2014.

112L’étude topographique a montré que les sépultures étaient majoritairement installées à une dizaine, voire plusieurs dizaines de mètres de structures domestiques ou artisanales contemporaines, parfois dans des structures désaffectées. L’analyse proxémique indique une volonté de rapprochement entre un espace domestique et un espace funéraire tout en restant, à quelques exceptions près, en marge. Le même phénomène s’observe avec le cimetière qui, s’il se rapproche, n’occupe pas pour autant, en ce milieu du viie siècle et dans les siècles suivants, une position centrale dans l’espace domestique. Les sépultures sont néanmoins situées à une distance qualifiée par Edward Twitchell Hall de publique (entre 3,60 et 7,50 m) voire à une distance sociale (entre 1,20 et 3,60 m) pour les plus proches169.

113Les sépultures peuvent être polarisées par des éléments structurants le paysage tels les axes de communication ou les fossés. Celles implantées à moins de 10 m d’une structure domestique, si elles sont attestées, demeurent exceptionnelles. Les résultats restent néanmoins discutables en l’absence de fouille exhaustive des habitats. Les éléments chronologiques, s’ils permettent de suivre cette pratique funéraire sur trois siècles environ (milieu viie -fin xe siècle), sont encore insuffisants pour savoir si, en Alsace, les motivations étaient tributaires d’une période particulière.

114Ces différentes observations amènent à se demander quelle mise en scène a prévalu lors des funérailles et dans quelles intentions. L’étude des dépôts funéraires et des objets accompagnant les défunts, si elle ne montre que peu de différences avec les inhumations au sein des cimetières, attire l’attention sur la présence de tombes à caractère privilégié (Hofstatt à Marlenheim et Ruelisheim). Minoritaires, ces sépultures indiquent néanmoins que la pratique d’inhumer en dehors d’une aire funéraire collective n’est pas réservée à une classe particulière de la population. Les résultats de l’étude concordent avec l’idée défendue par de nombreux chercheurs d’une pluralité des interprétations qui souvent s’entremêlent. Parmi celles qui ont déjà été énoncées (fig. 1), certaines peuvent être reprises pour les cas alsaciens (fig. 48).

Fig. 48 Tableau récapitulatif des interprétations des sites alsaciens d’habitat comportant des sépultures.

Fig. 48 Tableau récapitulatif des interprétations des sites alsaciens d’habitat comportant des sépultures.

É. Peytremann.

7.3.1. Sépultures, limites et propriété foncière

  • 170 « En droit, on nomme "utilités" la liste, jamais close, des usages qu’on peut faire de la chose, ce (...)
  • 171 Chouquer 2020, p. 227.

115Cette interprétation peut prendre plusieurs formes selon que la ou les sépultures sont considérées comme des marqueurs d’une limite, notamment de propriété, comme un facteur de légitimation de la propriété ou comme une marque de désignation du propriétaire. Si l’on considère la notion de propriété par le biais des utilités170, comme Gérard Chouquer nous y engage pour la période considérée, l’usage d’enterrer n’est a priori recensé dans aucun texte171.

  • 172 Peytremann 2018, p. 74, fig. 84.
  • 173 Reynolds 2009, p. 203-205.
  • 174 Chouquer 2020, p. 430.

116Les sépultures, localisées le long d’un fossé, ou dans celui-ci, des sites d’Eckwersheim (fig. 21), de Am Wassertum à Roeschwoog et de Sermersheim (fig. 15) ou celles placées en limite de l’aire du bâti dans ce même site et à Ostheim peuvent être considérées comme des marqueurs soulignant ou matérialisant une limite distinguant deux espaces fonciers différents par leur propriétaire et/ou par leur statut juridique (privé ou public) et par leur fonction (domestique ou économique). Le fait que toutes les sépultures du site de Sermersheim, à l’exception des sépultures 1118, 1119 et 3278, prennent place sur ou à proximité immédiate d’une limite parcellaire figurant sur le cadastre du xixe siècle172 ne peut manquer d’interpeller. S’il n’est bien évidemment pas possible d’établir un lien direct entre ces sépultures et les limites parcellaires, certaines peuvent néanmoins conserver le souvenir d’anciennes limites. Si le lien entre sépulture et limite est établi, le rôle même de la sépulture et le choix du défunt restent obscurs. La relation qui a été notamment proposée par les Anglais173 entre sépultures et limites paroissiales ne peut pas être retenue dans la mesure où il a été montré que la paroisse est absente des référencements utilisés dans les chartes pour localiser des biens174.

  • 175 Lauwers, Ripart 2007, p.136-137.
  • 176 Lecouteux 1995, p. 63-65 et 71.
  • 177 Depreux 2002, p. 254 ; Devroey 2006, p. 432-436 ; Chouquer 2020, p. 328-338.
  • 178 Zarka 1981.

117L’importance des limites à la période carolingienne n’est plus à démontrer175. L’utilisation de certains morts pour les souligner est peut-être ici le témoignage de deux visions ou modes de représentation du paysage en cours durant cette période. Celle des populations pour qui les espaces sont délimités par leur fonction et par les êtres qui y vivent et dont les limites sont placées sous la protection des génies, progressivement assimilés aux morts176 et celle des élites soucieuses de marquer et délimiter propriétés et territoires177. On retrouve là le rapport singulier entre topologie et topographie, identifié par les anthropologues, au sujet de l’utilisation de l’espace d’habitation178. D’autres interprétations peuvent s’ajouter aux explications précédemment avancées. Certaines dépendent de domaines déjà évoqués mais sont plus adaptées au corpus traité.

7.3.2. Sépultures, familles et pragmatisme

  • 179 Hincker 2017, p. 374-376. Il convient cependant de noter que les exemples fournis concernent unique (...)

118Les funérailles relevant principalement de la sphère privée, il n’est pas rare que le défunt lui-même ou la famille choisisse le lieu d’inhumation179 qui peut être dans la propriété, dans le lieu de vie du défunt ou au sein d’un sanctuaire. L’importance d’être auprès des siens par-delà la mort se retrouve en effet aussi bien durant l’Antiquité qu’au début du Moyen Âge.

  • 180 À l’instar des datations 14C qui se sont généralisées en une vingtaine d’années, souhaitons que ces (...)

119Dans les cas de Steinbourg, il est possible d’avancer l’hypothèse d’un groupement funéraire familial incomplet au vu du nombre de sépultures et de leur datation. La grappe de huit sépultures est associée à un bâtiment (fig. 27). Elle témoigne probablement de la fondation d’un édifice funéraire privé au sein d’une propriété. L’association bâtiment, grappe de cinq sépultures et sépulture isolée, observée à Hofstatt à Marlenheim peut éventuellement correspondre au même type de phénomène. L’identification de deux tombes privilégiées dans le sens socio-politique au sein de la grappe peut éventuellement être proposée pour les sépultures 708 et 763A dotée chacune d’un scramasaxe (fig. 19), corroborant ainsi l’idée d’une fondation privée dans une propriété et d’un possible groupe funéraire familial. Les deux ensembles funéraires de Sermersheim sont également interprétés comme des groupements funéraires familiaux. En revanche, leur localisation au sein d’une bande de terrain parallèle à un fossé et marquant la limite d’une zone d’activité dépendant probablement d’une curtis appartenant à une abbaye interpelle. Ils ne peuvent en effet pas être reliés à la notion de propriété foncière comme dans les deux exemples précédents. Correspondent-ils à des petits cimetières de familles travaillant dans la zone d’activités ? Quels liens entretiennent-ils avec les sépultures isolées ou les grappes présentes également aux abords des ateliers de la zone ? Finalement, la grappe de quatre sépultures mises au jour à Nordhouse correspond peut-être aussi à un regroupement familial. Le recours aux analyses ADN180 devrait permettre de préciser cette hypothèse.

7.3.3. Sépultures, croyances et religions

  • 181 L’identité religieuse peut parfois pour certaines sépultures être invoquée, notamment pour la relig (...)
  • 182 Treffort 1996, p. 168-170 ; Lauwers 2005 ; Hincker 2017, p. 399-400.
  • 183 Peytremann 2018, p. 310.
  • 184 Pour la Gaule méridionale, un lien entre zone d’activités spécialisées et sépulture a été observé s (...)

120L’analyse de ces pratiques funéraires au prisme de la religion chrétienne181 s’est avérée ne pas être le bon moyen pour la période considérée comme cela a été montré à plusieurs reprises182. En revanche, celui des croyances populaires permet d’établir une filiation pour ces pratiques qui sont finalement attestées depuis la Préhistoire183. Les morts, dont malheureusement l’identité sociale reste à jamais indéterminable, jouent un rôle prophylactique. Ils veillent sur les vivants. Ces derniers, protégés, conservent en retour la mémoire des disparus, établissant de cette manière une dialectique qui permet d’ancrer l’ancêtre dans le présent et, pourquoi pas, de le transformer en un justificatif à fonction juridique qui articule la notion de propriété foncière et/ou identitaire avec la famille. Les sépultures des sites de Pfulgriesheim et d’Ensisheim disposées le long d’un axe de circulation témoignent vraisemblablement de cette dialectique, en concordance avec la tradition antique. Moins conformes aux usages antiques, les sépultures dépendant des ensembles funéraires et des grappes du site de Sermersheim entretiennent également un lien visuel avec la population travaillant dans les ateliers de cette zone d’activité184. Ce dernier pouvait être éventuellement entretenu par un marquage depuis disparu.

  • 185 Châtelet 2016.

121La déconnexion de la religion avec la pratique funéraire ne signifie pas pour autant que les populations n’étaient pas christianisées. Au contraire, il est vraisemblable que la grande majorité des individus inhumés en Alsace dans des contextes domestique ou artisanal étaient christianisés. Le site de Sermersheim dépend probablement d’une abbaye, celui de Steinbourg comprend un édifice funéraire privé, celui de Hofstatt à Marlenheim est en relation probable avec le palais royal185, etc.

122Pour le reste du corpus alsacien, il est délicat d’avancer une explication du fait non seulement des limites de fouille des sites mais aussi des problèmes chronologiques. Les dispositions des sépultures, isolée ou par petites grappes, ne plaident cependant guère en faveur d’une interprétation à caractère familial.

123Les sépultures découvertes sur les sites de Wittenheim, Crastatt, Merxheim, Apprederis à Marlenheim, Duntzenheim, Ruelisheim, Riediesheim, Schwartzacker et Am Wasserturm (sépulture 3044) à Roechwoog ainsi que Rosheim peuvent aussi bien répondre d’une démarche pragmatique correspondant à une impossibilité ponctuelle de pouvoir inhumer le mort au cimetière de la communauté qu’à un choix du défunt ou de sa famille.

Conclusion

  • 186 Des sépultures en contexte domestique sont attestées au-delà du milieu du xiie siècle mais de maniè (...)

124L’étude méthodique des sépultures alsaciennes en contexte d’habitat apporte non seulement un certain nombre de résultats mais permet aussi de préciser la problématique. Parmi les résultats obtenus, il convient de souligner l’importance de la méthodologie mise en œuvre, définissant notamment les agencements observés, les architectures funéraires et les profils démographiques des populations à partir d’un corpus hétérogène. Par ailleurs, la mesure systématique des distances entre sépulture et structure domestique contemporaine la plus proche a permis de situer précisément les morts par rapport aux vivants. Finalement, l’étude chronologique des structures et des sépultures avec une forte utilisation des datations 14C s’est avérée indispensable pour comprendre la dynamique de l’espace d’habitation. La chronologie alsacienne, bien assise sur des datations 14C et provenant des études du mobilier, atteste ces pratiques sur trois siècles186.

125Les résultats sont dans l’ensemble conformes avec ce qui a pu être observé plus largement en France mais aussi en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas ou en Allemagne. On retrouve ainsi la distinction de trois gestes funéraires à partir de l’agencement des sépultures : isolée, par grappe et en ensemble, avec une majorité de sépultures isolées. Les sépultures sont généralement localisées en marge des zones bâties à fonction domestique ou économique contemporaines. Elles sont souvent polarisées par des chemins, fossés ou plus rarement des bâtiments. L’examen de la gestuelle et des architectures funéraires ne montre pratiquement aucune différence avec celles observées dans les cimetières contemporains, si ce n’est une moindre diversité et une plus grande simplicité dans l’usage des contenants. Les résultats de l’analyse de l’état sanitaire, outre le fait qu’ils correspondent à une démarche originale pour l’étude des sépultures en contexte d’habitat, ne montrent pas de différences importantes entre les populations inhumées en cimetière et en habitat.

  • 187 Young 1986, p. 70.
  • 188 Peytremann 2018, p. 311.
  • 189 https://www.cnrtl.fr/definition/privil%C3%A8ge

126Il a été démontré que nous étions en présence d’un phénomène récurrent mais n’affectant que peu de personnes, ce qui renvoie aux notions de choix et de distinction généralement avancées pour définir une sépulture privilégiée187. La distinction consiste, ici, à choisir de ne pas être enterré au même endroit que le reste de la communauté188. Théoriquement, l’ensemble des sépultures découvertes au sein des habitats alsaciens peut être qualifié de sépulture privilégiée, non pas dans le sens socio-économique ou juridique du privilège mais dans le sens sociétal d’un avantage particulier189. Un brin provocatrice, cette explication permet néanmoins d’insister sur le choix qui a été fait d’enterrer certains individus hors du cimetière. Elle concerne finalement plus les grappes et les ensembles funéraires comme ceux de Sermersheim, d’Ostheim, Nordhouse, Eckwersheim ou Pfulgriesheim.

127Les interprétations proposées pour la région alsacienne, généralement inclusives et non exclusives, ne se distinguent pas foncièrement de celles avancées ces dernières années pour tenter d’expliquer cette pratique. Elles confortent l’idée d’une relation forte entre défunts, limites et propriétés qui peut participer à des perceptions différentes du territoire (prophylactique et/ou revendicatrice d’une identité familiale et/ou d’une propriété). Ces interprétations interrogent par ailleurs la notion de mémoire et de transmissibilité, qui ne durent que sur une ou deux générations Cette étude témoigne finalement du chemin parcouru par les chercheurs, de l’interprétation unique du rejet proposée par Joël Schweitzer dans les années 1980 à une pluralité interprétative qui renforce les fonctions et la présence du mort.

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Notes

1 Desbrosse-Degobertière 2017.

2 PCR habitat région Centre, PCR habitat Pays de la Loire, etc.

3 Christlein 1980b ; Christlein 1980a.

4 Hamerow 2012, p. 127.

5 Schweitzer 1984, p. 94.

6 Ibid., p. 93.

7 Cuisenier, Guadagnin 1988, p. 170.

8 Zadora-Rio 2003 ; Hamerow 2012 ; Cartron 2015, p. 38-39 ; Müller 2017 ; Blaizot 2017 ; Peytremann 2018.

9 Zadora-Rio 2003.

10 Ibid., p. 7.

11 Gaultier 2011.

12 Desbrosse-Degobertière 2017.

13 Leroy, Verslype 2017.

14 Gleize 2017.

15 Sous les formes décrites ci-dessous. Les sépultures en dehors des cimetières sont en effet attestées jusqu’à nos jours. Pour preuve, l’inhumation de l’ancien président de la République Valéry Giscard d’Estaing qui s’est fait enterrer en 2020 dans un terrain familial ou, dans un autre registre, les cimetières familiaux protestants ou les inhumations au plus près des habitations en Ukraine durant le conflit avec la Russie en 2022, etc.

16 Czermak 2011.

17 Hamerow 2012, p. 127 ; Blaizot 2017, p. 530-531 ; Müller 2017, p. 79-80 ; Peytremann 2018, p. 310-311.

18 Blaizot 2017, p. 474-475 ; 532.

19 Peytremann 2018, p. 311.

20 Hamerow 2012, p. 129-130.

21 Le nombre de sites d’habitat comportant des sépultures s’élève à 21 avec les sites d’Entzheim et de Fortschwihr.

22 La sépulture est archéologiquement définie comme un dépôt volontaire assorti d’un ensemble de techniques de traitement du corps Leclerc, Tarrête 1988.

23 Ibid.

24 Peytremann 2003 ; Blaizot et Savino 2006 ; Blaizot 2017 ; Peytremann 2018.

25 Cette distinction est le fruit d’une réflexion collective des membres du PCR.

26 Les distances proposées dans les définitions sont fondées sur l’étude du corpus alsacien élargi aux corpus champenois, francilien et du Centre de la France et sur la proxémie, Hall 2014.

27 Blaizot 2017, p. 523 ; Hincker 2017, p. 13-14.

28 Treffort 1996, p. 146.

29 Müller 2017, p. 51.

30 Hamerow 2012.

31 Ibid., p. 129.

32 Theuws 1999, p. 343.

33 Desbrosse-Degobertière 2017, p. 15.

34 Gaultier 2011, p. 47-48.

35 Blaizot, Baudoux, Thomann et al. 2004.

36 Blaizot 2017, p. 391-426.

37 Gaultier 2011, p. 32-36.

38 Desbrosse-Degobertière 2017, p. 20.

39 Sept ont été financées grâce au PCR ; une huitième datation a également été prise en charge par le PCR. Elle n’est ici pas prise en compte dans la mesure où elle a permis d’écarter une des trois sépultures découvertes dans l’habitat de Merxheim, en raison de son attribution au Néolithique (POZ 101334 : 5405±35 ; 4343-4079 av. n.è.).

40 POZ 101338 : 1495 ± 30 BP.

41 ARC 1594 : 1010 ± 70 BP.

42 Hofstatt à Marlenheim, sép. 748 ; à 95,4 % de probabilité (POZ-54802 : 1350 ± 35 BP)

43 Les datations des sépultures réalisées à partir mobilier découvert dans le comblement sont souvent trop larges pour être intégrées à cette périodisation.

44 Pfulgriesheim, sép. 2123 ; 89,2 % de probabilité (GrA 51753 : 1190 ± 30 BP).

45 Ostheim, sép. 2413, avec 95,4 % de probabilité (GrA 43483 : 1160 ± 35 BP).

46 Desbrosse-Degobertière 2017, p. 20.

47 Peytremann 2003, p. 303-307.

48 La multiplication de datations aux termini identiques interroge néanmoins sur un possible phénomène de « seuil » qu’il serait intéressant d’examiner de plus près.

49 Müller 2017, p. 45-46.

50 Barrand Emam, Châtelet et Koziol 2015, p. 49-60.

51 Ensisheim (les Octrois), Merxheim (Trummelmatten), Nordhouse (Oberfuert), Riedisheim (Leibersheim), Roeschwoog (Schwartzacker) et Ruelisheim (le Clos Saint Georges).

52 Individus 1, 2, 3 et 4 Ensisheim (les Octrois), et individu 50 bis Merxheim (Trummelmatten).

53 Les sites de Entzheim, Fortschwihr et Sierentz n’ont pas été pris en compte dans l’étude topographique Peytremann et Pélissier 2016.

54 Les sites de Crastatt, Merxheim, Ostheim, Pfulgriesheim, Roeschwoog (Schwartzacker), Ruelisheim et Sermersheim présentent ces grappes de deux sépultures.

55 Peytremann 2018, p. 142-143 ; 155-156.

56 Les études du mobilier céramique et du mobilier issu des sépultures sont en cours dans le cadre du PCR « Dans l’environnement d’une résidence royale : Marlenheim et son territoire aux époques mérovingienne et carolingienne », 2012-2022, sous la direction de Madeleine Châtelet.

57 Strich 1999.

58 Peytremann 2014, p. 85 et 89.

59 D’après la publication de Châtelet 2006a, p. 27. La datation de cette première période d’occupation du site, établie à partir de l’étude céramique, pourrait néanmoins, d’après l’auteure, couvrir éventuellement la totalité de la phase céramique N 4 établie pour la région alsacienne, soit 720/730-830/850. Dans cette hypothèse, les sépultures seraient localisées à une trentaine de mètres de structures contemporaines.

60 Beta-372922 : 1060 ±30 à 95,2 %.

61 Gervreau 2016, p. 167-169 ; Pélissier et Koziol 2019.

62 Desbrosse-Degobertière  2017, p. 16.

63 Blaizot 2017, p. 397.

64 Ibid., p. 404-405.

65 Ibid., p. 399-401.

66 Pecqueur 2003, p. 10 ; Mahé-Hourlier 2017, p. 26.

67 Gaultier 2011, p. 51-52.

68 Müller 2017, p. 60-61.

69 Hamerow 2012, p. 124.

70 Pecqueur, Gleize et Gaultier 2015 ; Gleize 2017, p. 204.

71 Desbrosse-Degobertière 2017, p. 16.

72 L’hétérogénéité des pourcentages réalisés sur le nombre de sites ou le nombre de sépultures ne permet malheureusement pas la réalisation de diagramme comparatif.

73 Gaultier 2011, p. 59.

74 Pecqueur 2003, p. 10.

75 Müller 2017, p. 54.

76 Hamerow 2012, p. 129-130.

77 Gervreau 2016, p. 169 ; Pélissier et Koziol 2019.

78 Pecqueur, Gleize et Gaultier 2015, p. 297 ; Mahé-Hourlier 2017, p. 26.

79 Gleize et Maurel 2009.

80 Barbier 2011.

81 Müller 2017, p. 55.

82 Hamerow 2012, p. 129.

83 Les sépultures 1374 et 1782 du site de Sermersheim sont exclues de l’analyse archéoanthropologique.

84 L’effectif des dépôts multiples est nettement insuffisant pour entreprendre une analyse comparative avec les sépultures individuelles.

85 Pecqueur 2003, p. 12-14 ; Blaizot 2011, p. 408-411.

86 Desbrosse-Degobertière 2017, p. 18.

87 Gaultier 2011, p. 43-44.

88 Pecqueur 2003, p. 23.

89 Ibid., p. 418-421.

90 Ibid., p. 326.

91 Blaizot 2011, p. 344-346.

92 Pecqueur 2003, p. 17.

93 Gaultier 2011, p. 42-44.

94 Desbrosse-Degobertière 2017, p. 17.

95 Pecqueur 2003, p. 16-17.

96 Blaizot 2011, p. 351-368.

97 Pour rappel, le corpus complet se compose de 192 individus, mais 5 sujets (individus 1, 2, 3 et 4 des Octrois à Ensisheim, et individu 50 bis de Trummelmatten à Merxheim) n’ont pas pu être réétudiés avec des méthodes récentes et fiables.

98 Desbrosse-Degobertière 2017, p. 19.

99 Pecqueur 2003, p. 19 ; Gaultier 2011, p. 45.

100 Ledermann 1969.

101 Ibid.

102 Ibid.

103 Sellier 1996.

104 Ledermann 1969.

105 Abert à paraître.

106 Jonville 2020.

107 Blaizot 2017, p. 444‑452.

108 Pecqueur 2003, p. 20.

109 Gaultier 2011, p. 45‑46.

110 Blaizot 2017, p. 452.

111 Perez 2015.

112 Blaizot 2017, p. 477.

113 Castex 2007 ; Blaizot 2017, p. 476.

114 Desbrosse-Degobertière 2017, p. 19.

115 Pecqueur 2003, p. 20.

116 Gaultier 2011, p. 47.

117 Blaizot 2017, p. 474-475.

118 Ces ensembles funéraires ont fait l’objet d’une étude archéo-anthropologique en accord avec les attentes du PCR, permettant aisément la réalisation de comparaisons régionales.

119 Barrand Emam, Chenal, Fischbach 2013a.

120 Alberti à paraître.

121 Roth-Zehner 2007a.

122 Rault 2020.

123 Barrand Emam et al. 2021.

124 Barrand Emam, Chenal, Fischbach 2013b.

125 Charlier et Tilotta 2008.

126 Castex 1994.

127 Charlier et Tilotta 2008.

128 Castex 1994.

129 Perrin 2019, p. 389-392.

130 Waldron 2009.

131 Lewis 2007.

132 Zammit 1990.

133 Rault 2020, p. 70.

134 Barrand Emam, Chenal, Fischbach 2013b, p. 244.

135 Jonville 2020, p. 13

136 Charlier et Tilotta 2008.

137 Ibid.

138 Artzenheim 10 % ; Eschau 8,2 % ; Illfurth 13,4 % ; Lampertheim : 0 % ; Merxheim 8,7 % ; Vendenheim 6,7 %.

139 20 adultes étudiés à Pfulgriesheim et 24 à Sermersheim.

140 Il serait notamment très intéressant de réaliser l’étude paléopathologique des sujets adultes exhumés à proximité de l’habitat d’Untergasse - Route de Kraft à Erstein.

141 Il s’agit du sujet 1101 de Pfulgriesheim, âgé au décès entre 10 et 19 ans.

142 Pálfi 1997.

143 Artzenheim 34,5 % ; Eschau 24,6 % ; Illfurth 38,9 % ; Lampertheim : 41,7 % ; Merxheim 54,8 % ; Vendenheim 19,1 %

144 Barrand Emam et al. 2021, p. 257.

145 Jonville 2020.

146 Desbrosse-Degobertière 2017, p. 19-20.

147 Wood, Milner, Harpending et al. 1992.

148 Châtelet 2000, p. 261.

149 Fischbach 2020, p. 367-376.

150 Se reporter à la communication « L’implantation des sépultures isolées dans l’habitat : un nouveau regard apporté par les recherches récentes réalisées sur le site de Marlenheim en Alsace », M. Châtelet aux lviies Journées internationales de l’AFAM.

151 Müller 2017, p. 70.

152 Mahé-Hourlier 2017, p. 29-30.

153 Guérin 2012, p. 73-75.

154 Desbrosse-Degobertière 2017.

155 Pecqueur 2003.

156 Gentili 2010.

157 Gaultier 2011.

158 Guérin 2012, p. 66-68.

159 Müller 2017, p. 42.

160 Lauwers 2005, p. 28.

161 Hincker 2017, p. 9.

162 Saint-Xandre (Charente-Maritime), Serris (Seine-et-Marne), la ZAC des Vergers à Saran (Loiret), etc.

163 Abordé uniquement par le biais des pathologies dentaires, des indicateurs de stress non spécifiques et des signes de senescence.

164 L’importance de l’Orient dans les religions gréco-romaines, juives et les premiers rites de prière chrétiens ont fortement influencé l’orientation des édifices religieux et les usages funéraires chrétiens (Vogel, Nedoncelle, Botte et al. 1962, p. 175-177).

165 Les données chiffrées concernant la fréquence de l’usage de chambre funéraire de « type Morken » ou des tumuli ne sont pas encore connues, l’étude est en cours.

166 Reynolds 2009.

167 Contrairement à quelques cas identifiés en Gaule méridionale, Gleize 2017, p. 208, en Île-de-France, Abadie et al. 2013 ; Ben Kaddour 2022, ou en région Centre, Ben kaddour 2018.

168 Reynolds 2009, p. 89-95.

169 Hall 2014.

170 « En droit, on nomme "utilités" la liste, jamais close, des usages qu’on peut faire de la chose, ce que le droit nomme la "destination" d’un bien. » Chouquer 2020, p. 222.

171 Chouquer 2020, p. 227.

172 Peytremann 2018, p. 74, fig. 84.

173 Reynolds 2009, p. 203-205.

174 Chouquer 2020, p. 430.

175 Lauwers, Ripart 2007, p.136-137.

176 Lecouteux 1995, p. 63-65 et 71.

177 Depreux 2002, p. 254 ; Devroey 2006, p. 432-436 ; Chouquer 2020, p. 328-338.

178 Zarka 1981.

179 Hincker 2017, p. 374-376. Il convient cependant de noter que les exemples fournis concernent uniquement des ecclésiastiques.

180 À l’instar des datations 14C qui se sont généralisées en une vingtaine d’années, souhaitons que ces analyses deviennent plus systématiques et soient envisagées dès la conception des projets de fouilles.

181 L’identité religieuse peut parfois pour certaines sépultures être invoquée, notamment pour la religion musulmane, Gleize 2017, p. 209-210.

182 Treffort 1996, p. 168-170 ; Lauwers 2005 ; Hincker 2017, p. 399-400.

183 Peytremann 2018, p. 310.

184 Pour la Gaule méridionale, un lien entre zone d’activités spécialisées et sépulture a été observé sur les sites de Pouthumé à Châtellerault (Vienne), de la Maison Neuve à Cubord, des Champs Rossignol à Glénay et de Ménis à Villexavier, Gleize 2017, p. 204.

185 Châtelet 2016.

186 Des sépultures en contexte domestique sont attestées au-delà du milieu du xiie siècle mais de manière marginale.

187 Young 1986, p. 70.

188 Peytremann 2018, p. 311.

189 https://www.cnrtl.fr/definition/privil%C3%A8ge

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 Tableau récapitulatif des interprétations des sépultures en contexte d’habitat.
Crédits É. Peytremann.
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Titre Fig. 2 Tableau récapitulatif des sites alsaciens d’habitat comportant des sépultures.
Crédits A. Pélissier.
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Titre Fig. 3 Localisation des sites d’habitat du haut Moyen Âge comportant des sépultures.
Crédits É. Peytremann.
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Titre Fig. 4 Tableau récapitulatif du nombre de sépultures et d’individus par sites d’habitat.
Crédits A. Pélissier.
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Titre Fig. 5 Graphique représentant le nombre de sujets par sites d’habitat.
Crédits A. Pélissier.
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Titre Fig. 6 Types d’architecture funéraire recensés au sein du corpus.
Crédits A. Pélissier.
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Titre Fig. 7 Diagramme cumulé des datations des sépultures alsaciennes en contexte d’habitat.
Crédits É. Peytremann.
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Titre Fig. 8 Tableau récapitulatif des sites du corpus et des méthodes utilisées.
Crédits A. Pélissier.
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Titre Fig. 9 Méthodes d’analyses biologiques retenues dans le cadre du PCR.
Crédits A. Pélissier.
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Titre Fig. 10 Plan d’ensemble des vestiges de la phase C2 (v. 630/650 – v. 720/730) du site de Duntzenheim.
Légende Les sépultures sont indiquées en rouge.
Crédits D’après Reutenauer 2017.
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Titre Fig. 11 Plan d’ensemble des vestiges aux phases HMA 2 et 3 (Vers 630/50-750) du site d’Apprederis à Marlenheim.
Légende Les sépultures sont indiquées en rouge.
Crédits D’après Châtelet 2006b.
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Titre Fig. 12 Plan d’ensemble des vestiges du site de Wittenheim au haut Moyen Âge.
Légende Les sépultures sont indiquées en rouge.
Crédits D’après Guillotin 2011.
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Titre Fig. 13 Plan d’ensemble des vestiges du haut Moyen Âge du site de Trummelmatten à Merxheim.
Légende Les sépultures sont indiquées en rouge.
Crédits D’après Treffort 2000.
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Titre Fig. 14 Plan d’ensemble des vestiges du site de Schwartzacker à Roeschwoog.
Légende Les sépultures sont indiquées en rouge.
Crédits D’après Châtelet 1996.
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Titre Fig. 15 Plan d’ensemble des vestiges du site de Sermersheim au haut Moyen Âge 2 (670-999), sans les vestiges non datés.
Légende Les sépultures sont indiquées en rouge.
Crédits D’après Peytremann 2018.
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Fichier image/jpeg, 144k
Titre Fig. 16 Plan d’ensemble des vestiges du haut Moyen Âge du site de Crastatt.
Légende Les sépultures sont indiquées en rouge.
Crédits D’après Guillotin 2010.
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Titre Fig. 17 Plan d’ensemble des vestiges du haut Moyen Âge du site d’Ostheim.
Légende Les sépultures sont indiquées en rouge.
Crédits D’après Logel 2013.
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Fichier image/jpeg, 155k
Titre Fig. 18 Plan d’ensemble des vestiges du haut Moyen Âge du site d’Am Wasserturm à Roeschwoog.
Légende Les sépultures sont indiquées en rouge.
Crédits D’après Koziol 2010.
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Titre Fig. 19 Plan d’ensemble des vestiges datés des vie-xe siècles du site de Hofstatt à Marlenheim.
Légende Les sépultures sont indiquées en rouge.
Crédits D’après Châtelet 2009.
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Fichier image/jpeg, 120k
Titre Fig. 20 Plan d’ensemble des vestiges du site de Ruelisheim.
Légende Les sépultures sont indiquées en rouge.
Crédits D’après Nilles 1996 et Strich 1999.
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Titre Fig. 21 Plan d’ensemble et de détail des vestiges datés des viiie-xe siècles du site d’Eckwersheim.
Légende Les sépultures sont indiquées en rouge.
Crédits D’après Châtelet 2018.
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Fichier image/jpeg, 351k
Titre Fig. 22 Plan d’ensemble des vestiges du haut Moyen Âge du site de Riediesheim.
Légende La sépulture est indiquée en rouge.
Crédits D’après Schweitzer 1984.
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Fichier image/jpeg, 78k
Titre Fig. 23 Plan d’ensemble des vestiges du haut Moyen Âge du site de la rue Brauer à Rosheim.
Légende Les sépultures sont indiquées en rouge.
Crédits D’après Koch 2007.
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Fichier image/jpeg, 48k
Titre Fig. 24 Plan d’ensemble des vestiges du haut Moyen Âge du site d’Oberfuert à Nordhouse.
Légende Les sépultures sont indiquées en rouge.
Crédits D’après Châtelet 2006a.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/53949/img-24.jpg
Fichier image/jpeg, 105k
Titre Fig. 25 Plan d’ensemble des vestiges du site d’Ensisheim.
Légende Les sépultures sont indiquées en rouge.
Crédits D’après Schweitzer 1984 ; Matthieu 1984 et Jeunesse 1995 et 1996.
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Titre Fig. 26 Plan d’ensemble des vestiges datés de 720 à 950 du site de la rue du Levant à Pfulgriesheim.
Légende Les sépultures sont indiquées en rouge.
Crédits D’après Peytremann 2013.
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Fichier image/jpeg, 134k
Titre Fig. 27 Plan d’ensemble des vestiges des viie-xe siècles du site de Steinbourg.
Légende Les sépultures sont indiquées en rouge.
Crédits D’après Gervreau 2016.
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Fichier image/jpeg, 445k
Titre Fig. 28 Répartition des différents types architecturaux.
Crédits A. Pélissier.
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Titre Fig. 29 Distribution des types architecturaux en fonction des sites (N>5).
Crédits A. Pélissier.
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Fichier image/jpeg, 314k
Titre Fig. 30 Analyse typochronologique des architectures funéraires.
Crédits A. Pélissier.
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Fichier image/jpeg, 178k
Titre Fig. 31 Tableau des effectifs et répartition des individus par âge et par sexe.
Crédits A. Pélissier.
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Fichier image/jpeg, 345k
Titre Fig. 32 Répartition des effectifs adulte et immature en fonction des sites d’habitat.
Crédits A. Pélissier.
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Fichier image/jpeg, 482k
Titre Fig. 33 Quotients de mortalité des quatre sites sélectionnés comparés aux valeurs théoriques d’une population naturelle archaïque.
Crédits A. Pélissier.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/53949/img-33.jpg
Fichier image/jpeg, 196k
Titre Fig. 34 Profil de mortalité des quatre sites sélectionnés comparés aux valeurs de références théoriques.
Crédits A. Pélissier.
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Fichier image/jpeg, 417k
Titre Fig. 35 Répartition des effectifs de chaque site d’habitat en fonction du sexe des défunts.
Crédits A. Pélissier.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/53949/img-35.jpg
Fichier image/jpeg, 421k
Titre Fig. 36 Répartition des atteintes bucco-dentaires au sein du corpus (fréquences brutes).
Crédits A. Pélissier.
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Fichier image/jpeg, 102k
Titre Fig. 37 Tableau de fréquences brutes par type d’atteintes bucco-dentaires en fonction des sites d’habitat sélectionnés et du corpus total.
Crédits A. Pélissier.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/53949/img-37.jpg
Fichier image/jpeg, 120k
Titre Fig. 38 Répartition des fréquences de la maladie carieuse entre les défunts adultes et immatures, au sein du corpus total, pour les sites d’habitat et les grands ensembles funéraires sélectionnés.
Crédits A. Pélissier.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/53949/img-38.jpg
Fichier image/jpeg, 262k
Titre Fig. 39 Répartition des fréquences des dépôts tartriques entre les défunts adultes et immatures, au sein du corpus total, pour les sites d’habitat et les grands ensembles funéraires sélectionnés.
Crédits A. Pélissier.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/53949/img-39.jpg
Fichier image/jpeg, 253k
Titre Fig. 40 Répartition des fréquences de l’usure dentaire entre les défunts adultes et immatures, au sein du corpus total, pour les sites d’habitat et les grands ensembles funéraires sélectionnés.
Crédits A. Pélissier.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/53949/img-40.jpg
Fichier image/jpeg, 215k
Titre Fig. 41 Répartition des fréquences des pertes ante mortem avec résorption alvéolaire des défunts adultes au sein du corpus total, pour les sites d’habitat et les grands ensembles funéraires sélectionnés.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/53949/img-41.jpg
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Titre Fig. 42 Répartition des indicateurs de stress non spécifique au sein du corpus (fréquences brutes).
Crédits A. Pélissier.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/53949/img-42.jpg
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Titre Fig. 43 Tableau de fréquences brutes des hypoplasies linéaires de l’émail dentaire (HLED) en fonction des sites d’habitat sélectionnés et du corpus total.
Crédits A. Pélissier.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/53949/img-43.jpg
Fichier image/jpeg, 102k
Titre Fig. 44 Répartition des fréquences des hypoplasies linéaires de l’émail dentaire entre les défunts adultes et immatures, au sein du corpus total, pour les sites d’habitat et les grands ensembles funéraires sélectionnés.
Crédits A. Pélissier.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/53949/img-44.jpg
Fichier image/jpeg, 244k
Titre Fig. 45 Répartition des développements arthrosiques au sein du corpus (fréquences brutes).
Crédits A. Pélissier.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/53949/img-45.jpg
Fichier image/jpeg, 51k
Titre Fig. 46 Répartition des fréquences des développements arthrosiques des adultes, au sein du corpus total, pour les sites de Pfulgriesheim, Sermersheim, et les grands ensembles funéraires sélectionnés.
Crédits A. Pélissier.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/53949/img-46.jpg
Fichier image/jpeg, 228k
Titre Fig. 47 Tableau récapitulatif du mobilier contenu dans les sépultures des habitats alsaciens.
Crédits É. Peytremann.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/53949/img-47.jpg
Fichier image/jpeg, 373k
Titre Fig. 48 Tableau récapitulatif des interprétations des sites alsaciens d’habitat comportant des sépultures.
Crédits É. Peytremann.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/53949/img-48.jpg
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Pour citer cet article

Référence papier

Édith Peytremann et Amélie Pelissier, « Des morts polysémiques : les sépultures en contexte d’habitat rural au premier Moyen Âge (ve-xie siècle) en Alsace »Archéologie médiévale, 52 | 2022, 71-120.

Référence électronique

Édith Peytremann et Amélie Pelissier, « Des morts polysémiques : les sépultures en contexte d’habitat rural au premier Moyen Âge (ve-xie siècle) en Alsace »Archéologie médiévale [En ligne], 52 | 2022, mis en ligne le 21 décembre 2023, consulté le 03 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/archeomed/53949 ; DOI : https://doi.org/10.4000/archeomed.53949

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Auteurs

Édith Peytremann

Inrap, UMR 6273 CRAHAM.

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Amélie Pelissier

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