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Un poêle exceptionnel en céramique (fin du xve s.-début du xvie s.) : les amoureux du château d’Oricourt (Haute-Saône)

A unique ceramic stove (end of 15th c. – early 16th c.): the lovers of Oricourt castle (Haute-Saône)
Ein einzigartiger Kachelofen (Ende des 15. - Anfang des 16. Jh.) : die Liebhaber des Schlosses von Oricourt (Haute-Saône)
Corinne Goy, David Billoin, Vincent Borrel, Jean-Pierre Cornevaux et Claudine Munier
p. 89-112

Résumés

Les travaux réalisés au château d’Oricourt (Haute-Saône) ont été l’occasion de mettre au jour les vestiges d’un poêle effondré dans la tour du logis nord. Les nombreux éléments recueillis, pas moins de 1 867 fragments représentant cent-trente éléments de poêle (carreaux, corniches/frises, couvre-joints, couronnements), permettent une restitution du poêle entièrement glaçuré de couleur verte rehaussé de quelques touches de jaune. Les caractéristiques techniques de ces éléments, le matériel associé et l’analyse des personnages et des vêtements représentés permettent de situer ce poêle au plus tôt à la fin du xve s. Le riche répertoire iconographique des motifs, dominé par la représentation inédite d’un couple d’amoureux issus du monde de l’amour courtois, constitue un ensemble original qui laisse penser à une commande particulière. Peut-être s’agit-il d’un cadeau de mariage du seigneur Wolf Dietrich de Ferrette à son épouse Catherine d’Oricourt en 1518 ? Les origines alsaciennes de ce seigneur expliqueraient la présence au château de cet élément caractéristique du mode de vie de l’espace germanique.

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Texte intégral

Les auteurs tiennent à remercier chaleureusement Alain Guillaume, président de la Société d’histoire et d’archéologie du canton de Lure (SHAARL), Jean-Pierre Cornevaux, propriétaire du château d’Oricourt, Gilles Bourgarel du Service archéologique de l’État de Fribourg et Guillaume Huot-Marchand pour leurs renseignements sur les carreaux, ainsi que Stéphane Guyot pour les données sur les châteaux franc-comtois.

Introduction

1Situé à 12 km de Vesoul (Haute-Saône), le château d’Oricourt a fait l’objet de travaux de restauration depuis 1969 par le propriétaire des lieux sous la conduite de l’architecte en chef des Monuments historiques (fig. 1). En 2014, la tour du logis nord (dite également tour des latrines et utilisée dernièrement comme abri pour les chèvres), localisée au nord-ouest de l’enceinte, a été déblayée des gravats qui obstruaient presque entièrement l’intérieur de l’ouvrage jusqu’à la hauteur de la meurtrière basse (fig. 2). Confié à l’association Les Amis d’Oricourt, ce chantier accueillant des bénévoles a permis la découverte de nombreux carreaux de poêle en terre cuite (fig. 3). Dès lors, une attention particulière a été donnée à la fouille afin de recueillir l’intégralité de ces éléments appartenant visiblement à un seul poêle. Dans ces déblais ont également été récoltés des fragments de verres, de céramiques et des objets en métal. La quantité de carreaux découverts, leur faible fragmentation et, surtout, la qualité et la rareté des motifs décoratifs – inédits pour la plupart – composent un ensemble exceptionnel qui constitue, à ce jour en Franche-Comté, l’unique témoignage d’un poêle en céramique quasi-complet de la fin du xve ou du début du xvie s.

Fig. 1 Localisation d’Oricourt.

Fig. 1 Localisation d’Oricourt.

DAO C. Goy, Inrap.

Fig. 2 Déblais adossés au mur extérieur de la tour.

Fig. 2 Déblais adossés au mur extérieur de la tour.

Cl. A. Guillaume, Les Amis d’Oricourt.

Fig. 3 Céramique de poêle en cours de remontage.

Fig. 3 Céramique de poêle en cours de remontage.

Cl. A. Guillaume, Les Amis d’Oricourt.

1. Bref historique du château d’Oricourt1

  • 1 . Bernardin et al. 2007.

2Considéré comme le témoin le mieux conservé de l’architecture castrale médiévale en Franche-Comté, le château d’Oricourt est édifié dans le village vers le milieu du xiie s., en bordure de plateau, face aux collines de Montjustin et du Mont Gedry. Du haut de ses tours, la vue porte, au-delà de la plaine de Lure, jusqu’aux formes arrondies des ballons vosgiens au nord et butte, au sud, sur les premiers contreforts du Jura. Le château garde de son histoire, ponctuée de guerres, de nombreux vestiges, avec une silhouette actuelle qui correspond au début du xviie s. (fig. 4). L’ensemble fortifié, d’une superficie d’environ 5 000 m², est constitué de deux enceintes accolées entourées de fossés : la haute-cour, à l’ouest, englobant l’habitation et la basse-cour enserrant la cour et la ferme côté village (fig. 5). Deux tours carrées de 25 m de haut dominent les courtines et de profonds fossés isolent le château du reste du plateau. À l’extérieur, côté village, s’élève un imposant pigeonnier circulaire construit en 1690. Quasiment intactes, les courtines délimitent une surface polygonale de 60 m de long dans leur plus grande dimension. Atténuant l’austérité de la place, des logis, où résident habituellement les maîtres du lieu, ont été remaniés au xve et au xviiie s. Les qualités indéniables de l’ensemble ont motivé le classement du château et de son colombier au titre des Monuments historiques (arrêté du 4 mai 1984).

Fig. 4 Le château.

Fig. 4 Le château.

Cl. A. Guillaume, Les Amis d’Oricourt.

Fig. 5 Plan d’ensemble du château.

Fig. 5 Plan d’ensemble du château.

DAO V. Bourson, Inrap, d’ap. J.-P. Cornevaux.

3Dans le détail, l’origine du château et de ses habitants reste peu connue jusqu’au xve s. La plus ancienne mention du village apparaît sous la dénomination Orrecortis en 1157. Dans les sources textuelles, le premier seigneur d’Oricourt semble être Gaucher de Vaire, connétable du comte Othon IV de Bourgogne, d’après un acte donné à Lure vers 1170. En 1256, Jean, sire de Faucogney, reconnaît tenir en fief-lige des comtes de Bourgogne le château d’Oricourt et ses dépendances. À la fin du Moyen Âge, le propriétaire est Nicolas Rolin (1376-1462), chancelier du duc de Bourgogne Philippe le Bon, immortalisé par Jan Van Eyck et fondateur des hospices de Beaune en 1443.

  • 2 . Bibliothèque Municipale de Besançon, Ms. 1188, fol. 7, 23.
  • 3 . Dictionnaire des communes 1972.

4À la mort de Nicolas Rolin en 1462, le château revient au benjamin de la famille, Guillaume, seigneur de Beauchamp, de Ricey et d’autres lieux. En 1484, le château appartient à son fils François qui le cède à son cousin Antoine d’Oiselay. Ce dernier prend le titre de seigneur d’Oricourt en 1494. À son décès vers 1499, les terres d’Oricourt passent à sa fille Catherine, qui réside souvent au château dans le logis des Rolin. Veuve en 1517, elle se remarie l’année suivante à un seigneur alsacien, Wolf Dietrich de Ferrette. Elle agrandit le domaine puis, quelques années plus tard, cède à son tour le château à son neveu Claude, baron d’Oiselay2. Au xviie s., la seigneurie appartenait à la famille de Cordemoy, seigneur d’Oppenans. En 1789, le marquis de Chappuis-Rosières possédait la terre et le château d’Oricourt3.

5De nos jours, il est la propriété de la famille Cornevaux (fig. 6).

Fig. 6 La haute-cour du château.

Fig. 6 La haute-cour du château.

Cl. A. Guillaume, Les Amis d’Oricourt.

1.1. La tour du logis nord4

  • 4 . Guyot 2013.
  • 5 . Id., p. 46.

6Au fond de la haute-cour, à l’extrémité nord de l’enceinte, un logis a été adossé au parement extérieur de la courtine dans le courant du xiiie s. et peut-être pour partie au xive s.5. Cette construction, assimilée à une tour, s’élève à plus de 10 m au-dessus du niveau de la cour. Par manque d’entretien, le couvrement et les planchers se sont effondrés au xviiie s. et les maçonneries ont été progressivement envahies par la végétation (fig. 7).

Fig. 7 La tour nord avant restauration.

Fig. 7 La tour nord avant restauration.

Cl. A. Guillaume, Les Amis d’Oricourt.

7D’une surface hors œuvre d’environ 48 m2 pour une surface intérieure de 21,25 m2, la tour présente un plan irrégulier, divisé en quatre niveaux par des planchers en bois d’environ 4 m de haut chacun. Au sous-sol, une poterne permet une sortie discrète, à l’opposé de la porterie d’entrée de la haute-cour. Dans l’embrasure, on distingue des trous de barre sur plusieurs niveaux (fig. 8). Dans l’enceinte primitive, une poterne existait déjà à cet endroit. À la suite de transformations dans les bâtiments voisins, cette baie, devenue inutile, a été murée puis occultée par un escalier de pierre reliant le niveau de la haute-cour à cette nouvelle poterne. Cette pièce basse est éclairée par deux étroites meurtrières percées dans les murs extérieurs, d’environ 1,20 m d’épaisseur à cet endroit. Constitué d’un plancher en bois, le rez-de-chaussée repose sur des corbeaux côté fossé. Une baie sur chaque façade (0,58 m × 0,92 m) éclaire la pièce accessible par un sas depuis le logis Rolin. Face à l’entrée, des latrines sont aménagées dans l’épaisseur du mur nord-ouest, côté vent dominant et pluie. Elles aboutissent dans le fossé par un conduit-biais dans l’épaisseur du mur, ce qui les rend invisibles et inaccessibles depuis l’extérieur. Au premier étage, un sas permet de communiquer avec l’étage du logis Rolin. Une baie identique à celle de l’étage inférieur est percée dans le mur nord-ouest de cette pièce. Sur la façade nord-est, une baie plus petite s’ouvre au fond d’une embrasure importante dans laquelle sont aménagés deux coussièges. Des latrines semblent avoir été créées plus tardivement, au-dessus des autres, dans une baie plus ancienne. Différentes de celles du rez-de-chaussée, ces latrines, visibles depuis les fossés, sont aménagées dans un petit édicule en surplomb, reposant sur deux consoles. Le dernier étage présente une surface plus importante, le plancher reposant, côté fossés, sur la maçonnerie dont l’épaisseur est considérablement réduite à cet endroit (environ 0,65 m). Il est éclairé par une très petite ouverture au nord-est. Côté logis Rolin, les constructions voisines étant moins hautes à l’époque médiévale, une baie à coussièges, identique à celle de l’étage inférieur est encore partiellement existante. De cette ouverture, on pouvait contempler l’ensemble de la haute-cour. Sur la façade nord-ouest, on observe une baie géminée dont les deux parties du linteau droit sont décorées chacune d’un arc trilobé. Trois trous de hourdage sont encore visibles sur la façade, au niveau de cette ouverture.

Fig. 8 Le logis Rollin au premier plan et la tour nord après restauration.

Fig. 8 Le logis Rollin au premier plan et la tour nord après restauration.

Cl. J.-P. Cornevaux.

2. Le mobilier archéologique associé

8Les remblais renfermant les éléments de poêle ont livré du verre, de la céramique et quelques objets en métal. Très fragmentaires, les dix-sept récipients en terre cuite (fragments de brocs, de couvercle et de pots à cuire glaçurés) datent de la période moderne, sans que l’on puisse affiner cette datation.

2.1. Le verre

  • 6 . Au moins quatorze verres à boire, dont treize verres à pied et un gobelet.
  • 7 . Cinq flacons/bouteilles au minimum.

9Les cent soixante-douze fragments de verre creux récupérés correspondent à dix-neuf récipients au moins. Ils appartiennent d’une part à des verres à boire6 et, d’autre part, à des flacons et des bouteilles7. Ce décompte du nombre minimal d’individus a été réalisé à partir des pieds ou des fonds de ces récipients.

2.1.1. Les verres à boire

10Les verres à boire du château sont, pour la grande majorité, des verres à pied de forme globale biconique ou bitronconique, dont la morphologie est typique du xvie s. (fig. 9, n° 1 à 12). Ces verres sont soufflés à la volée, plus rarement dans un moule pour y imprimer des décors en relief peu marqué de type gaufrage (n° 3, n° 14). Les pieds coniques ou tronconiques sont bas ou hauts, larges ou étroits, déterminants des formes générales trapues ou élancées, les coupes étant elles aussi coniques ou tronconiques. À côté du décor obtenu par soufflage au moule (bossettes, fines côtes), on trouve également un décor rapporté de fil de verre bleu cobalt (n° 1 et 7) ou blanc opaque (n° 3), enroulé en spirale autour du bord. Le dernier possède les deux types de décor, moulé et rapporté, le fil blanc posé sur les bossettes supérieures en une dizaine de tours lui octroyant un effet ornemental assez élaboré. Ces décors de fils ou de filets appliqués à chaud sont à la mode au xvie s. Le seul verre archéologiquement complet (n° 1) illustre parfaitement le profil de ces verres de la Renaissance.

Fig. 9 Verres à pied, gobelet, flacon et bouteilles en verre et verre à vitre.

Fig. 9 Verres à pied, gobelet, flacon et bouteilles en verre et verre à vitre.

DAO C. Munier, Scap de Besançon.

11Outre ces douze verres à pied morphologiquement homogènes, deux autres sont plus originaux. L’un d’eux, incomplet et réalisé selon la même technique que les précédents, est inédit dans sa morphologie (n° 14). Orné de côtes moulées, il possède un pied de diamètre réduit et une base de coupe très étroite, originale dans sa forme qui ne trouve aucune comparaison avec des objets complets. Il reste donc difficile de restituer la partie haute de cette panse (cylindrique ou évasée) bien que le diamètre du pied suggère davantage une coupe étroite. On peut se demander s’il ne s’agit pas d’une partie de jambe (bouton creux) plutôt que de la base d’une coupe. Cependant ce type de verres à jambe, rare dans nos régions avant le xviie s., est habituellement réalisé en plusieurs paraisons (une pour la jambe, une pour le pied et une troisième pour la coupe), ce qui n’est pas le cas ici.

12Un autre verre à boire est représenté par un unique individu : un gobelet (n° 13) dont seule la base est conservée, ornée de grosses pastilles aplaties (2 cm de hauteur) habituellement rapportées sur la partie inférieure de la panse, et d’un ruban rapporté travaillé à la pince symbolisant un pied. Sa panse cylindrique ou tronconique supporte généralement un bord évasé ou dans le prolongement de la panse, la limite du décor étant souvent soulignée d’un filet rapporté. Ce type de gobelet, connu dans le nord-est de la France, est très présent en Alsace en raison de l’influence germanique.

2.1.2. Les flacons ou bouteilles

13Des divers flacons et bouteilles trouvés au château, aucun n’est archéologiquement complet. Les bouteilles proposent un goulot haut cylindrique ou tronconique (n° 16, 17, 19), un flacon, un goulot plus court (n° 18). Les panses manquent, mais l’aspect des épaulements atteste des contenants globulaires pour les bouteilles (n° 16 et 17) ou aplatie (n° 19). La panse du flacon pourrait être cylindrique. Des fragments de panse appartenant à un récipient de gros volume pourraient appartenir à une bouteille dont le goulot n’est pas illustré ici.

2.1.3. Le verre à vitre

14De nombreux fragments de verre plat appartiennent à des vitres de teintes différentes (571 fragments). Au moins deux d’entre eux (n° 15) montrent des marques d’outil sur leur bord, outil qui a tiré en relief le verre en forme de petit bec, sans doute lors du découpage du cylindre de verre pour l’aplanir.

2.1.4. La teinte du verre

15Globalement, le verre utilisé pour la production des verres à boire et des verres à vitres contient un fondant potassique (cendres végétales) donnant une teinte verdâtre. L’altération brunâtre ou noirâtre est engendrée par le temps sur ce composant. Ce type de fondant est utilisé dès le milieu du Moyen Âge sur le verre produit dans les ateliers primaires régionaux. La teinte d’origine, verte, verdâtre, vert brunâtre, se devine parfois sur certains fragments. Très peu ne sont pas altérés à l’instar du goulot n° 18 par exemple qui possède encore sa teinte vert clair, bien que couverte de concrétions ayant attaqué la surface du verre.

2.1.5. Comparaisons et conclusion

16Les verres à pied biconiques ou bitronconiques, courants sur l’ensemble du territoire (sud, sud-ouest ou moitié nord à Paris, Meaux, Châlons-sur-Marne, Metz, Senlis, Orléans, Dieulouard, Troyes, Étampes, Besançon…), sont régulièrement ornés de fils blancs ou bleu cobalt appliqués à chaud.

  • 8 . Cabart 2011, p. 200-201, fig. 154.7 et 155.9 ; Cantrelle, Goy, Munier 2000, p. 94, fig. 75, n° 2  (...)
  • 9 . Cabart 2011, p. 84, n° 7410.

17Le gobelet à grosses pastilles rapportées vient du domaine germanique : les régions proches de l’Alsace étant dans sa zone d’influence, quelques exemplaires ont été découverts à Saint-Dié-des-Vosges ou à Montbéliard, plus rarement à Metz ou à Besançon, pour ce dernier sur un pied constitué d’un ruban enroulé8. Une comparaison du verre à pied n° 14 peut être proposée avec un verre découvert à Dieulouard (Meurthe-et-Moselle, entre Metz et Nancy), mais qui est cependant encore plus partiel que celui d’Oricourt9.

18L’usage de ces types de verres et flacons durant tout le xvie s. ne permet pas de resserrer davantage la date d’abandon de ces objets. Tout au plus pouvons-nous préciser qu’aucune forme du siècle suivant n’est présente. La table du château d’Oricourt fait appel à des récipients classiques au xvie s. en milieu urbain, plus rares en milieu rural, sauf dans les contextes aisés comme c’est le cas à Oricourt. Sans doute produits dans la région élargie (de la Haute-Saône à la Lorraine actuelles), ces formes (hormis le n° 14) sont connues sur d’autres sites régionaux urbains, à Besançon ou à Montbéliard par exemple.

2.2. Les monnaies

19Les trois monnaies recueillies dans les déblais apportent quelques arguments chronologiques. Deux d’entre elles correspondent à des monnaies régionales, de Soleure et de Bourgogne, du xve s. La monnaie française, un double tournois du roi Jean II, est un peu plus ancienne, du xive s., et semble d’ailleurs plus usée, mais il est difficile de se fonder uniquement sur ce critère pour juger de la circulation d’une monnaie. La monnaie de Soleure est sans doute la plus tardive des trois. Sa présence à Oricourt n’est pas surprenante, les liens entre les deux côtés du Jura sont encore importants à cette période.

2.2.1. Catalogue des monnaies

  • 10 . Dumas-Dubourg 1988.

20Monnaie 1 : Bourgogne, Philippe le Bon (1419-1467), duc, Auxonne. Engrogne. D/ + PhS : DVX : ET : COMES : BVRG, écu aux sept quartiers. R/ + ANSERNA : DE : AVXONNA croix pattée cantonnée de deux lis et deux lions. Étoile sous la dernière lettre de la légende des deux côtés. Dumas 15-13-I a10.

  • 11 . Duplessy 1999.

21Monnaie 2 : France, Jean II « Le Bon », roi, double tournois 2e type, à partir du 22 janvier 1352. Duplessy n° 320 et 321. D / + IOHANNES FRANCORV, dans le champ REX surmonté d’une couronne. R/ + MONETA DVPLEX, croix portant en cœur quatre annelets posés en croix11.

  • 12 . Richter, Kunzmann 2011.

22Monnaie 3 : Soleure, fünfer (1401-1500). D/ MONET’ SOLODORENS’, Aigle aux ailes éployées posée sur un écu encadré des lettres S et O. R/ +SANCTVS VRSVS, croix fleuronnée dont le centre est formé de quatre annelets. HMZ-2 81812.

3. Le poêle

  • 13 . Cornevaux 2016.

23La céramique de poêle a été recueillie lors du déblaiement du rez-de-chaussée de la tour du logis nord. Elle provient de la base d’un tas de gravats appuyé au mur extérieur de la pièce13. Quelques fragments épars, visiblement déplacés, ont été retrouvés dans l’angle opposé de la salle (fig. 10).

Fig. 10 Localisation des carreaux dans la tour du logis revers d’un carreau.

Fig. 10 Localisation des carreaux dans la tour du logis revers d’un carreau.

DAO V. Bourson, Inrap, d’ap. J.-P. Cornevaux.

24Le nombre de carreaux, leur faible fragmentation et leur concentration dans un espace relativement réduit plaident en faveur de l’effondrement d’un seul poêle manifestement adossé au mur extérieur de la tour et situé à l’étage de la construction. La composition et l’homogénéité des éléments découverts corroborent par ailleurs cette assertion.

3.1. Caractéristiques techniques

25Le lot découvert comprend 1 867 tessons composant un minimum de cent-trente pièces, pour la plupart complètes ou largement restituables, dont 84 % portent un décor moulé. Les seuls éléments non décorés correspondent à des corniches, des couvre-joints et des pièces de recouvrement.

26L’argile utilisée pour la fabrication des objets, à texture fine et bien triée, comporte de rares grains de silice, quelques inclusions calcaires visibles à l’œil nu et parfois un peu de chamotte. Toutes les pièces ont subi une cuisson oxydante donnant à la pâte une coloration orange. Au revers, les objets portent couramment des marques de suie et/ou de chauffe attestant leur utilisation dans un poêle. Seuls les carreaux de couronnement, éléments décoratifs et non fonctionnels du poêle, en sont naturellement dépourvus.

  • 14 . Six cent vingt-trois fragments de corps d’ancrage ont été trouvés dans les remblais de la tour du (...)

27Les carreaux sont constitués de deux parties distinctes fabriquées séparément, puis assemblées à l’aide de barbotine. L’une est moulée (la face visible désignée dans les études sous le terme de « corps principal »), tandis que l’autre est tournée (le corps d’ancrage destiné à être enchâssé dans la paroi du four). Les corps d’ancrage des carreaux d’Oricourt, à surface cannelée se terminant par des bourrelets externes, mesurent de 90 à 95 mm de profondeur14. Ils servent à maintenir la pièce en place sur le poêle mais également à optimiser la diffusion de la chaleur dans la pièce. Les couvre-joints sont, quant à eux, dotés d’un corps d’ancrage triangulaire plat. Il en va de même pour les éléments de couronnement munis également d’un corps d’ancrage plat, mais court et positionné à la base de l’objet, perpendiculairement à la face visible (cf. cat. 5 et 6, par ex.).

  • 15 . Jean-Paul Minne distingue le « patrice », moule à reliefs, de la « matrice », moule en creux (Min (...)
  • 16 . Witte 2003.
  • 17 . Cf. par exemple Hohensinner, Kaltenberger 2011.

28Le dos des carreaux plats est parfois marqué d’empreintes de tissu (fig. 11). Ces traces, observées sur trois cent soixante-trois fragments, témoignent d’une étape du travail du potier quand il exécute le décor des objets. Pour réaliser les motifs, l’artisan pose une plaque de terre encore plastique dans un moule portant un décor en creux, la recouvre d’un tissu, puis presse l’argile avec les doigts sur la matrice15 pour réaliser un décor le plus soigné possible16. Après séchage et rétractation de l’argile, la pièce peut être retirée du moule. On rencontre fréquemment de telles empreintes de tissu sur les carreaux dans les collections archéologiques17.

Fig. 11 Traces de chauffe et d’empreintes de tissu au revers d’un carreau.

Fig. 11 Traces de chauffe et d’empreintes de tissu au revers d’un carreau.

Cl. P. Haut, Inrap.

  • 18 . Huot-Marchand 2006, p. 73.
  • 19 . Minne 1977, p. 36.

29Les carreaux d’angle portent, sur l’arrière et le long du petit côté, une étroite bande d’argile verticale marquée de profondes empreintes de doigts (fig. 12). Ce renfort latéral permettrait un meilleur ancrage du carreau dans la paroi du four selon certains auteurs18 ou, selon d’autres, constituerait un moyen de préhension facilitant le décollage du carreau dans le moule19.

Fig. 12 Traces profondes de doigts au revers d’un carreau d’angle.

Fig. 12 Traces profondes de doigts au revers d’un carreau d’angle.

Cl. P. Haut, Inrap.

  • 20 . Voir cat. 5, 6 et 11 par exemple.
  • 21 . Cat. 22, 23.
  • 22 . Non illustré.
  • 23 . Non illustré.
  • 24 . Cat. 7.

30Les carreaux d’Oricourt sont revêtus d’une glaçure plombifère appliquée d’ordinaire sur un engobe blanc. Ce chemisage confère une teinte lumineuse et intense à la face visible des pièces tout en masquant la couleur de la terre sous-jacente. Si la majorité des objets portent une glaçure vert vif grâce à cette sous-couche blanche (cent-treize pièces soit près de 87 % du lot), sur d’autres pièces la glaçure est posée sur cru donnant des couleurs jaune foncé (comme sur les couronnements20, la majorité des couvre-joints21 et un carreau plat22) ou marron, teinte visible sur un seul couvre-joint23. Un unicum enfin affiche un décor géométrique bicolore jaune et vert24.

31Les éléments du poêle peuvent être différenciés en six types : les carreaux plats qui, avec soixante-dix exemplaires, forment l’essentiel du lot, les carreaux d’angles, les carreaux cintrés trapézoïdaux, les corniches/frises, les éléments de couronnement et les couvre-joints (fig. 13).

Fig. 13 Types et formats des pièces du poêle.

Type NMI Format : l x ht en mm Thème : motif principal
Carreau plat sans cadre 4 162 x 171 Géométrique : bandes obliques
3 186 x 189 Flore : fleur et décor floral indéterminable
cadre plat et fin 9 185 x 185 Architecture : fenêtre gothique
cadre mouluré 7 192 x 199 Faune : oiseaux adossés
7 195 x 190 Scène de genre : vase godronné
40 195 x 190 Personnages : femme et/ou homme
sous-total 70
Carreau d’angle angle à 90° 6 199 x 185 et 100 x 185 Personnages : couple d’amoureux
angle à 120° 23 195 x 185 et 105 x 185 Personnages : couple d’amoureux
sous-total 29
Carreau trapézoïdal cintré sans cadre 4 100 et 165 x 165 Géométrique : bandes obliques
sous-total 4
Corniche/frise rectiligne 6 170 x 105 Non décorée
angle à 120° 4 125 x 115 et act. 85 x 115 Non décorée
indéterminé 1 Très fragmentaire Non décorée
sous-total 11
Couvre-joint simple 3 165 x 31 Non décoré
double 6 177 x 38 Non décoré
sous-total 9
Couronnement sans cadre 4 95/100 x 193 Architecture : tour
cadre plat et fin 2 act. 86 x 109 Flore : rinceaux
sous-total 6
Carreau de recouvrement sans cadre 1 Très fragmentaire Non décoré
Total 130

C. Goy, Inrap.

  • 25 . Il s’agit des carreaux à décor géométrique, dont quatre trapézoïdaux (cat. 8) et de cinq plats (c (...)

32Pour les cent-quatre carreaux d’angle que compte le lot, un cadre entoure généralement le motif central. Si quelques pièces présentent un cadre étroit à arêtes vives de 7 mm de largeur en moyenne (thème architectural, neuf exemplaires), la majorité des motifs est délimitée par un cadre mouluré simple, en cavet de même profil, d’environ 25 mm de large et 10 mm de profondeur (quatre-vingt-trois exemplaires). Seules douze pièces sont dépourvues de cadre25 et portent un même motif : placées côte à côte, elles forment ainsi un décor continu et répétitif dit « en tapisserie », évoquant les papiers peints et les tentures de l’époque. Leurs modules sont légèrement inférieurs à ceux des autres carreaux avec des dimensions de 162 × 171 mm pour le thème géométrique et 186 × 189 mm pour le thème végétal contre 190 × 195 mm en moyenne pour les carreaux figuratifs.

33Certains carreaux présentent une face visible uniformément plate – c’est le cas pour les motifs en tapisserie et pour un des motifs floraux (fig. 14, n° 1-3) – ou peu profonde (fig. 14, n° 4-5). Sur ces derniers exemplaires, un cadre étroit à deux ressauts entoure les motifs d’architecture décorés de fenêtres gothiques, tandis que les pièces où figurent des oiseaux sont encadrées d’un bandeau étroit à angles arrondis. Toutefois, le décor de la majorité des carreaux se trouve 10 mm en retrait du cadre en cavet. Il en est ainsi de la plupart des motifs de personnages (fig. 14, n° 6-10).

Fig. 14 Profils de carreaux.

Fig. 14 Profils de carreaux.

DAO V. Bourson, Inrap.

34Les carreaux d’angle combinent un carreau plat et un demi-carreau rectangulaire placé à droite ou à gauche du carreau complet. Ils présentent soit un angle à 90°, soit, plus couramment, un angle ouvert à 120°. Les premiers comprennent six individus contre vingt-trois pour les seconds, ce qui correspond à 21 % du lot pour le premier groupe et 79 % pour le deuxième. Pour les carreaux à angle droit, le petit panneau se trouve à droite dans trois cas et à gauche dans les trois autres. Parmi les vingt-trois carreaux à angle ouvert, onze ont le petit panneau à droite, huit à gauche. Les cinq derniers carreaux d’angle sont trop fragmentaires pour déterminer s’il s’agit du petit ou du grand côté.

3.2. Répertoire iconographique

35Le poêle du château d’Oricourt surprend d’emblée par la qualité des motifs, leur diversité et surtout leur singularité. Dans notre étude, les pièces ont été classées par thématique puis individualisées d’après leur motif principal. Ainsi dans ce lot, six thèmes composant treize motifs ont été distingués pour un ensemble de pièces, somme toute, assez modeste (fig. 15). Sont historiés dans cette collection les carreaux plats, les carreaux triangulaires cintrés, les carreaux d’angles et les éléments de couronnement. Si les thèmes et les motifs sont variés, la majorité des pièces est toutefois décorée de personnages : sur cent-neuf carreaux ornés, soixante-neuf portent une représentation humaine, ce qui correspond à plus de 63 % des décors du lot (fig. 16).

Fig. 15 Décors et pièces non décorées exprimés en NMI.

Décors Total NMI Carreau d’angle Carreau plat Carreau triangulaire cintré Couronnement
Vert Vert Jaune Vert Vert et jaune Jaune
Thème Motif Principal
Architecture Fenêtre gothique 9   9        
Tour 4           4
Faune Oiseaux 7   7        
Flore Fleurs 1   1        
Rinceaux 2           2
Végétal ind. (fragmentaire) 2   1 1      
Géométrique Bandes obliques 8       7 1  
Personnages Amoureux 35 29 6        
Jeune femme en cheveux 1   1        
Femme à la cale 10   10        
Femme au serre-tête 14   14        
Homme à la cramignole 8   8        
Homme barbu 1   1        
Scène de genre Coupe godronnée 7   7        
Total pièces décorées 109 29 68 1 7 1 6
Pièces non décorées Total Corniche/frise Couvre-joint Recouvrement
Verte Jaune Marron Vert
Corniche/plinthe D’angle (120°) 4 4      
Rectiligne 6 6      
Forme ind. (fragmentaire) 1 1      
Couvre-joint Double 6   6    
Simple 3   2 1   
Recouvrement 1       1
Total pièces non décorées 21 11 8 1 1

C. Goy, Inrap.

Fig. 16 Distribution des décors de la céramique de poêle.

Fig. 16 Distribution des décors de la céramique de poêle.

C. Goy, Inrap.

3.2.1. Architecture

Fenêtre gothique (cat. 1 à 426)

  • 26 . Les numéros renvoient au catalogue détaillé des objets présenté plus loin.

36Neuf carreaux représentent une fenêtre à meneau dont chaque ventail porte un décor différent (fig. 17), dans un motif évoquant les baies à remplage des édifices de style gothique flamboyant. Les deux registres des pièces figurent un décor floral stylisé sur l’un des côtés et, sur l’autre, deux motifs floraux stylisés inclus chacun dans un cercle (cat. 1, 2). Ce décor s’exprime, avec quelques variantes, sur deux autres carreaux fragmentaires (cat. 3, 4). L’exemplaire complet, de forme carrée, mesure 185 mm de côté.

Fig. 17 Carreaux à décor de fenêtre gothique.

Fig. 17 Carreaux à décor de fenêtre gothique.

Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.

  • 27 . Huot-Marchand 2006, p. 141.
  • 28 . Minne 1977, p. 114. Carreau non daté.
  • 29 . Bohly, Fluck 2000, p. 59-72. Les habitats étudiés sont datés de la fin du xve s. au début du xvii(...)

37Sur les poêles, les motifs inspirés de l’architecture sont fréquents. Un exemplaire découvert à Richardménil (Meurthe-et-Moselle), identique au carreau complet d’Oricourt, est daté du début du xvie s.27. Un décor comparable a été découvert dans la région de Colmar28, d’autres sur des sites miniers du massif vosgien de Sainte-Marie-aux-Mines (Haut-Rhin) dans les carreaux des mines Notre-Dame et Sainte-Anne29.

Tour

38Des pièces de couronnement représentent des tours à cinq pans, percées d’une ou de trois archères-canonnières (fig. 18). Le premier élément mesure 95 mm à la base et 100 mm en haut pour une hauteur de 193 mm (cat. 5). Le second a des proportions similaires avec une largeur de 93 mm à la base et 105 mm en haut pour une hauteur de 195 mm (cat. 6).

Fig. 18 Éléments de couronnement en forme de tour.

Fig. 18 Éléments de couronnement en forme de tour.

Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.

  • 30 . Stäheli 2002, p. 352.
  • 31 . Kulling 2010, p. 33, fig. 33.
  • 32 . Id., p. 139-140.
  • 33 . Bourgarel 2013, p. 75-76.
  • 34 . Kulling 2010, p. 139.

39Ce type de décor de tour est fréquent sur les couronnements des poêles, principalement au xvie s. Des exemplaires comparables, mais pas strictement identiques à ceux d’Oricourt, sont ainsi connus par exemple dans une couche des xve-xvie s. à Diessenhofen, ville suisse du canton de Thurgovie30, sur un poêle du château de Worb31 (canton de Berne) daté de 1543 ou encore au château de Chillon dominant le lac Léman sur la commune suisse de Veytaux (canton de Vaud), dans une couche datée de la seconde moitié du xvie s.32. À Fribourg, deux éléments de couronnement en forme de tours ont également été découverts dans un remblai datable de la fin du xve s. - premier quart du xvie s.33. D’après Catherine Kulling, ce type de couronnement en forme de tour, fréquents en Suisse surtout au xvie s., semble démodé au début du siècle suivant34.

3.2.2. Faune, les oiseaux adossés

40Sept carreaux plats sont décorés de ce motif à symétrie verticale (fig. 19). Deux oiseaux de profil à longs cous courbés (des cygnes ?), adossés, se tiennent debout une patte levée, les ailes ouvertes et relevées. Chacun tient dans le bec une embrasse terminée de part et d’autre par un pompon-gland, le cordon maintenu par l’une des pattes de l’oiseau. Le tiers supérieur du carreau est composé d’un motif végétal : au centre, un fruit (d’iris ?) ouvert est entouré de part et d’autre d’une tige de la même fleur dont les graines sont en partie visibles.

Fig. 19 Carreau à décor d’oiseaux adossés.

Fig. 19 Carreau à décor d’oiseaux adossés.

Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.

41Les carreaux mesurent 192 × 199 mm pour une profondeur de 95 mm. Ce motif est repris, mais par moitié seulement, sur les carreaux d’angle aux amoureux (voir plus bas cat. 12 à 15).

3.2.3. Flore

42Ce thème est présent sur trois carreaux plats et sur deux éléments de couronnement.

Fleurs

43L’un des carreaux à décor floral porte un motif en tapisserie peu marqué : au centre on distingue ce qui pourrait être une papavéracée en fruit (pavot ou coquelicot) dont la capsule solitaire est entourée de feuilles stylisées (fig. 20, cat. 8). Des églantines partielles occupent la base et les angles supérieurs du carreau, ces dernières étant prolongées de tiges. De part et d’autre de ces tiges, sont placées deux demi-fleurs à pétales découpés (bleuets ?).

Fig. 20 Carreau à décor floral et couronnement décoré de rinceaux.

Fig. 20 Carreau à décor floral et couronnement décoré de rinceaux.

Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.

44Ce carreau, unicum dans la collection d’Oricourt, résulte probablement d’un surmoulage, ce qui expliquerait la médiocre qualité de son décor par rapport au reste du corpus. Presque carré, il mesure 191 × 192 mm de côté et 92 mm de profondeur. Très différent des autres pièces du lot, il pourrait s’agir là d’un carreau de rechange utilisé pour remplacer une pièce abîmée du poêle.

Rinceaux

45Le décor de rinceaux se rencontre uniquement sur deux éléments de couronnement très fragmentaires (fig. 20, cat. 9). Ce motif en découpe, dont la partie supérieure est dentelée, présente une symétrie verticale. Le fragment le plus complet mesure 86 mm de longueur conservée pour une hauteur maximale de 109 mm. À l’origine, des pièces de ce type se plaçaient côte à côte pour former une frise continue au sommet du poêle. Elles pourraient figurer les créneaux d’une enceinte, les tours occupant les angles du couronnement du poêle.

Décor floral indéterminable

46Deux autres carreaux présentent un décor floral, mais ils sont trop fragmentaires pour en décrire le motif (fragments non illustrés).

3.2.4. Thème géométrique

Bandes obliques

47Minoritaires dans le lot d’Oricourt, les huit carreaux de ce type ne possèdent pas de cadre et forment un décor de tapisserie. Ils portent un décor rudimentaire fait de simples incisions délimitant trois bandes obliques (fig. 21). Ce décor géométrique se rencontre sur quatre carreaux plats et quatre carreaux trapézoïdaux légèrement cintrés.

Fig. 21 Carreaux à trois bandes obliques.

Fig. 21 Carreaux à trois bandes obliques.

Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.

  • 35 . Les corps d’ancrage sont tous fragmentaires.

48Les premiers mesurent 165 mm de largeur pour une hauteur de 170 mm et une profondeur de 90 mm ; les dimensions des seconds sont de 100 mm et 165 mm de largeur pour une hauteur de 165 mm35. En général uniformément verts, l’une des pièces est bicolore avec la bande centrale colorée en brun-jaune (cat. 10).

3.2.5. Personnages

  • 36 . Soit plus de 66 % de l’ensemble des carreaux.

49Les carreaux décorés de personnages prédominent largement dans l’ensemble d’Oricourt : soixante-neuf carreaux36 sont ainsi illustrés, selon six motifs différents. Les personnages, femmes et hommes, sont représentés en buste, généralement de profil comme sur le modèle des médailles. Parmi eux, un couple d’amoureux est figuré sur trente-cinq exemplaires, ce qui représente la moitié de l’ensemble des personnages. Notons également que, sur le poêle, les représentations féminines sont beaucoup plus nombreuses que les figurations masculines. Si on excepte les carreaux figurant le couple, les femmes seules apparaissent en effet sur vingt-cinq carreaux tandis que les hommes ne sont présents que sur neuf exemplaires.

Les amoureux

50Ce décor évoque une scène du répertoire courtois popularisé à la fin du Moyen Âge. Il apparaît sur six carreaux plats (fig. 22, cat. 12) et vingt-neuf carreaux d’angle. Parmi ces derniers, six forment un angle droit (fig. 23, cat. 13 et 14) et vingt-trois un angle à 120° (fig. 24, cat. 15). Sur les carreaux à angle droit, trois montrent la femme sur le petit côté gauche et trois l’homme sur le petit côté droit.

Fig. 22 Carreau au couple d’amoureux.

Fig. 22 Carreau au couple d’amoureux.

Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.

Fig. 23 Carreaux d’angle au couple d’amoureux, angle droit, avec femme ou homme représentés sur le petit côté.

Fig. 23 Carreaux d’angle au couple d’amoureux, angle droit, avec femme ou homme représentés sur le petit côté.

Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.

Fig. 24 Carreau d’angle au couple d’amoureux, angle à 120°.

Fig. 24 Carreau d’angle au couple d’amoureux, angle à 120°.

Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.

  • 37 . Boucher 1988, p. 216.
  • 38 . Pennel 2019, p. 353.
  • 39 . Minne 1977, p. 208, pièce 141b.

51Un couple de jeunes gens est installé sous un arc surbaissé reposant sur de fines colonnettes ; l’arc comporte une clef de voûte pendante de forme végétale et, surmontant cet arc, une ligne de petits rectangles en relief fait penser à des modillons. Les deux personnages se font face, la femme à gauche et l’homme à droite. Représentée de profil, la main droite agrippant une des manches de l’homme, le personnage féminin est vêtu d’une robe à manches bouffantes resserrées au milieu du bras. Sa robe est dotée d’un décolleté carré dégageant le haut de la poitrine. Sa chevelure est entièrement recouverte d’un tissu fin dépourvu de bride, qui semble maintenu par un bandeau formant une boucle au niveau du front. Elle fait face à un homme également habillé d’un vêtement à encolure carrée et à manches amples ajustées au niveau de l’avant-bras, dites manches gigot. Sur ses cheveux mi-longs, légèrement ondulés, il porte une toque à bord relevé et tailladé dénommée cramignole ou encore bonnet à bord rebrassé (relevé) et découpé37. L’absence de barbe suggère un homme jeune. Il pose la main gauche sur la poitrine de la jeune femme. Dans la codification gestuelle médiévale, cette attitude pourrait être interprétée comme une prise de possession de l’homme sur la femme ou comme « le pouvoir que détient le mari sur son épouse »38. Toutefois ce geste est tempéré par celui de la jeune fille dont la main soutient le coude de son partenaire comme pour en accepter la caresse. Un carreau semblable, mais très fragmentaire, a été découvert à Colmar (Haut-Rhin) : seule la tête du personnage masculin est conservée sur la pièce alsacienne39.

  • 40 . L’amour au Moyen Âge 2014, p. 21.

52La qualité des vêtements témoigne de l’appartenance des deux personnages à un statut social élevé et la taille similaire des protagonistes indique qu’ils appartiennent à une même condition sociale. À la fin du Moyen Âge, de nombreuses enluminures, voire d’autres supports comme les valves de miroir en ivoire, montrent des couples flirtant, le personnage masculin caressant le menton ou la poitrine de sa partenaire, ou encore lui « empaumant » un sein40 comme sur la scène représentée sur de nombreux carreaux du château d’Oricourt.

  • 41 . Voir le carreau de La dame et le fou à l’écu, Minne 1977, p. 216, pièce 149.

53On rencontre le thème du tête-à-tête amoureux dans celui du Jardin d’Amour, popularisé entre autres par certaines gravures du maître allemand anonyme E. S. (1420-v. 1468), souvent copiées sur des carreaux de poêle. Plusieurs gravures représentent des couples où le personnage masculin pose la main sur la poitrine de la femme qui lui fait face. Dans ces représentations, la femme est toujours placée à gauche. On rencontre ce couple assis sur un banc de gazon dans un jardin ou, sur une autre gravure, une jeune femme tenant un écu tandis qu’un fou pose une main sur son sein tandis qu’il soulève sa robe avec son autre main41.

La jeune femme en cheveux

54Un seul exemplaire de la collection représente une femme tête nue (fig. 25, cat. 16). Placée de profil, elle regarde vers la droite ; ses cheveux longs sont attachés en queue de cheval et une grande frange paraît poussée par le vent en avant du visage. Elle porte une robe à encolure carrée et manches bouffantes et peut-être une chemise fine à encolure triangulaire ou un fin collier. De part et d’autre du visage, une gerbe de feuillage dont le centre est souligné d’une double bague encadre le visage, formant ainsi une sorte de médaillon.

Fig. 25 Carreaux représentant une jeune femme et une femme portant une cale.

Fig. 25 Carreaux représentant une jeune femme et une femme portant une cale.

Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.

  • 42 . Lévy-Gires 2004.
  • 43 . La mode 2016, p. 24.
  • 44 . Id.
  • 45 . Heiligmann-Huber 1983, p. 72-73, pl. 17, n° 63a et 63c.

55Au Moyen Âge, il est inconvenant pour une femme d’exhiber sa chevelure, ce qui peut même être jugé obscène car généralement perçu comme une provocation sensuelle42. Les femmes mariées doivent en effet cacher leur chevelure « en signe de soumission à Dieu et à leur époux »43. Les cheveux libres sont considérés comme les attributs des seules jeunes filles et des prostituées. À la différence de ces dernières qui peuvent se montrer dans les lieux publics les cheveux dénoués, les jeunes filles sont autorisées à sortir en cheveux à condition qu’ils soient « sagement nattés ou rassemblés par un anneau »44. Le carreau d’Oricourt représenterait donc une jeune femme célibataire, pouvant correspondre à l’allégorie du printemps ou de la jeunesse. Deux carreaux provenant du château de Valangin en Suisse (canton de Neuchâtel), datés de la première moitié du xvie s., présentent des portraits de personnages vus de profil dont les médaillons sont formés de gerbes analogues à celle figurant sur le carreau d’Oricourt45.

La femme à la cale

56Contrairement à la précédente, la femme figurée sur le carreau a la tête chastement couverte d’une coiffe nouée sous le menton (fig. 25, cat. 17). Cette cale réalisée dans un tissu fin légèrement bouillonné est maintenue par un bandeau torsadé formant une boucle au sommet de la tête du personnage. Du vêtement n’apparaît qu’une manche gigot portant de petits crevés au niveau de l’emmanchure. Ces entailles permettaient de faire apparaître la doublure ou le vêtement du dessous généralement de couleur ou de matière différentes. La femme représentée a la bouche ouverte, marquant l’étonnement ou indiquant qu’elle discute avec une personne située hors cadre.

La femme au serre-tête

57Également représentée de profil, la chevelure de la femme est entièrement couverte d’un tissu fin noué sur le front (fig. 26, cat. 18). Il est maintenu par un large bandeau qui lui couvre le haut de la tête et se termine par un macaron au niveau des oreilles. Cette parure de tête est ornée de sortes de plumes. La robe à encolure carrée comporte des manches gigot soulignées à l’emmanchure par un rang de perles.

Fig. 26 Carreau plat où figure une femme portant un large bandeau.

Fig. 26 Carreau plat où figure une femme portant un large bandeau.

Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.

L’homme à la cramignole

58Ce personnage vu de profil porte une cale plissée en tissu recouverte d’une toque plate à bord découpé maintenue par un ruban noué souplement sous le menton (fig. 27, cat. 19). Il est vêtu d’une veste boutonnée sur le devant à col montant, droit et court, le haut des manches-ballons pertuisé. Le portrait est entouré d’une fine bordure circulaire comme dans un médaillon.

Fig. 27 Carreaux plats avec un homme coiffé d’une cramignole (cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap) et un homme barbu (cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap).

Fig. 27 Carreaux plats avec un homme coiffé d’une cramignole (cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap) et un homme barbu (cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap).
  • 46 . Minne 1977, p. 217-218, pièce 150. Pas de dation pour le carreau alsacien.

59Un carreau similaire, conservé au centre d’archéologie médiévale de Strasbourg, présente le même personnage, mais le dessin est plus complexe que sur l’exemplaire d’Oricourt : on note ainsi la présence de deux boutons sur la veste ouverte (boutons peu lisibles sur l’exemplaire de notre lot), dont le tissu porte des motifs géométriques46.

L’homme barbu

60Le dernier personnage de la série est un homme à longue barbe frisée, vu de profil, dans un médaillon formé d’une frise végétale (fig. 27, cat. 20). Les cheveux mi-longs ondulés sont maintenus au sommet de la tête par un large bandeau tressé confectionné en tissu ou en végétaux. Le personnage se détache sur un fin cercle lui-même inscrit dans un cadre quadrangulaire composé de grènetis et d’un liseré végétal stylisé. C’est le seul exemplaire de ce type dans l’ensemble étudié.

3.2.6. Scène de genre

Le vase godronné

  • 47 . Information orale de Guillaume Huot-Marchand que je tiens à remercier ici.
  • 48 . Waton 2000, fig. 7-2.

61Au centre du carreau se trouve un récipient sur piédouche et panse godronnée. Le col très évasé est muni de deux fines anses en « S ». Le vase semble posé sur un surtout (fig. 28, cat. 21). Au sommet, deux putti dos à dos cueillent des fruits (des figues ?) attachés à une branche tombant des angles supérieurs du carreau. La scène se découpe sur un fond en écailles. Sept exemplaires décorés de cette scène proviennent d’Oricourt, mesurant 195 mm de largeur pour une hauteur de 190 mm. Un spécimen similaire a été trouvé au château de Châtel-sur-Moselle (Vosges). Inédit, ce carreau est daté d’après le style et la morphologie du xvie s., faute de stratigraphie47. Par ailleurs, un pot godronné similaire à celui présenté ici apparaît dans l’écoinçon droit d’un carreau découvert à Strasbourg, dans l’enclos de la fondation Saint-Thomas48.

Fig. 28 Carreau décoré d’un vase godronné.

Fig. 28 Carreau décoré d’un vase godronné.

Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.

3.2.7. Pièces non décorées

  • 49 . Ces éléments n’apparaissent sur les poêles qu’au xve s. (Bauer 2018).
  • 50 . Non illustrés.

62Les derniers éléments du lot, plus courants dans les assemblages archéologiques, ne portent pas de décor. Il s’agit des couvre-joints, doubles ou simples, des plinthes et des corniches49 (fig. 29). Quant aux carreaux de recouvrement50, seuls sept fragments ont été dénombrés dans l’ensemble d’Oricourt. Cette quasi-absence pourrait s’expliquer par la récupération vraisemblable de ces éléments pouvant également être utilisé pour le pavage d’un sol, par exemple.

Fig. 29 Couvre-joints double et simple, plinthe et corniche.

Fig. 29 Couvre-joints double et simple, plinthe et corniche.

Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.

3.3. Proposition de datation

  • 51 . Dans la bibliographie consultée, nous n’avons trouvé que deux carreaux similaires à ceux d’Oricou (...)

63En l’absence de textes mentionnant la commande ou la mise en place du poêle au château, sa datation s’avère délicate. Le mobilier associé – céramique, verre et monnaies – n’apporte pas non de grandes précisions chronologiques, si ce n’est de placer l’ensemble dans un horizon compris entre la fin du xve et le xvie s. La datation pourrait également s’appuyer sur des comparaisons avec des éléments de poêles découverts ailleurs, mais les témoignages matériels se rapprochant de ceux d’Oricourt dans les collections archéologiques sont rarissimes51, la plupart des carreaux présentés ici étant, en l’état actuel des connaissances, des unica. La datation du lot est donc essentiellement fondée sur les critères morphologiques et techniques des éléments, mais surtout sur l’analyse du répertoire iconographique.

  • 52 . Boucher 1988, p. 198.
  • 53 . Les Quatre états de la société, Paris, École nationale supérieure des Beaux-Arts, Manuscrit Fr. 2 (...)
  • 54 . Cf. Chalmin-Sirot 2024, p. 32.
  • 55 . Minne 1977, p. 208, pièce 141b.
  • 56 . Id., p. 211-214.
  • 57 . Horry 2013, p. 104.

64La mode vestimentaire illustrée sur les carreaux permet de proposer un terminus post quem pour la production de ces pièces. Les personnages représentés portent des habits en vogue à la fin du xve s. et au du tout début du xvie s. Ainsi, si la gestuelle du couple (cat. 12 à 15) renvoie à l’allégorie de l’amour courtois en vogue au xive s., leurs vêtements et les cheveux mi-longs de l’homme dateraient, eux, de l’extrême fin du Moyen Âge ou du début de la période moderne. La toque de l’homme, cette cramignole tailladée, apparaît en effet en France au début du règne de Louis XI vers 146052 et semble obsolète dès la première décennie du xvie s. Parmi les nombreuses représentations de ce couvre-chef, on peut citer l’exemple cette coiffe illustrée dans le manuscrit Les Quatre états de la société daté de la fin du xve s.53. L’enluminure réalisée par Jean Bourdichon (1456/1457-1520/1521), L’homme riche ou De la noblesse, montre une famille noble, les parents assis sur un banc et les enfants debout à côté de la mère. L’homme aux cheveux mi-longs porte une cramignole identique à celle du personnage masculin des carreaux d’Oricourt54. Par ailleurs, selon J.-P. Minne, la coiffure du personnage – cheveux longs et frange sur le front – « fait penser à une exécution des dernières décennies du xve s. » 55. La représentation d’un couple d’amoureux sur les carreaux de poêle correspond à une thématique qui se rencontre en particulier en Alsace56 et dans le Dauphiné57 au xve s.

  • 58 . Boucher 1988, p. 447.

65De surcroît, les crevés visibles sur les vêtements tant féminins que masculins apparaissent dans le costume, mais aussi sur les chaussures et les gants, dès la fin du xve s.58 et reste en vogue durant toute la Renaissance.

66Ces éléments croisés permettent de proposer une date de fabrication des carreaux à partir du dernier tiers du xve s., tandis que le mobilier associé dans le même remblai suggère un abandon du poêle dans le courant du xvie s.

3.4. Proposition de restitution du poêle

67L’analyse des débris du poêle permet d’en proposer une restitution. Pour rappel, l’assemblage est composé de soixante-dix carreaux plats, de vingt-trois carreaux d’angle, de onze corniches/plinthes et de six pièces de couronnement. À cela s’ajoutent neuf couvre-joints, quatre carreaux trapézoïdaux et les fragments de pièces de recouvrement. Tous ces éléments sont homogènes dans leur aspect, avec des motifs soignés et une absence d’usure, et portent une glaçure plombifère sur engobe blanc d’un vert lumineux. À l’inverse, les pièces de couronnement affichent une glaçure sur cru de couleur jaune foncé. Seuls six carreaux de l’ensemble diffèrent des autres, l’un bicolore avec un bande oblique jaune (cat. 10), un autre au motif faiblement imprimé (cat. 8) pouvant correspondre à une réfection ponctuelle du poêle et quatre carreaux trapézoïdaux (cat. 11).

  • 59 . Minne 1977, p. 24.
  • 60 . Id., p. 27.

68Considérant la présence de carreaux à angle obtus et d’autres à angle droit, vingt-trois exemplaires pour les uns et six pour les seconds, il semble logique de proposer un poêle à deux corps superposés, de forme et de taille différentes. Le poêle comporterait une partie basse à angles à 120° et une partie haute à angles à 90°, corps supérieur parfois dénommé chambre de chaleur59. Le poêle serait donc de plan polygonal à cinq pans. Avec la quantité des deux types de carreaux d’angles retrouvés, il serait composé d’une partie basse à six rangées de carreaux avec vingt-quatre carreaux d’angle obtus (vingt-trois retrouvés dans les déblais) et d’un partie haute quadrangulaire constituée de trois rangées de carreaux. Le couronnement du poêle, avec les éléments rappelant un crénelage et les tours d’angle, évoque une architecture militaire comme il s’en rencontre souvent sur d’autres poêles60. Par ailleurs, la quasi-absence de couvre-joints dans cet ensemble laisse présumer d’un assemblage de carreaux juxtaposés. Ce poêle reposait vraisemblablement sur un socle maçonné comme on en voit sur les nombreuses représentations et sur les poêles encore conservés (fig. 30).

Fig. 30 Proposition de restitution du poêle.

Fig. 30 Proposition de restitution du poêle.

DAO C. Gaston, Inrap.

  • 61 . Les poêles étant le plus souvent adossés à un mur intérieur, le chargement s’effectuait généralem (...)

69Concernant les carreaux plats, chaque rangée est composée de dix carreaux plats et de quatre carreaux d’angle. Un rang de la partie haute consiste en trois carreaux sur chaque face et deux sur l’avant, soit huit carreaux plats et deux carreaux d’angle (fig. 31). Dans cette proposition de restitution, le nombre de carreaux plats nécessaires s’élève à quatre-vingt-quatre, soit quatorze de plus que ceux découverts dans le lot du château. D’après l’emplacement des gravats, le poêle était adossé au mur extérieur de la tour et le chargement de combustible devait se faire nécessairement dans la pièce même61. Si on enlève quelques carreaux pour installer la bouche d’enfournement du poêle, le nombre de carreaux de notre ensemble pourrait alors quasiment concorder avec celui de la restitution proposée. Cette analyse témoigne que tous ces éléments appartiennent à un seul poêle effondré d’un étage.

Fig. 31 Proposition de restitution du plan du poêle.

Fig. 31 Proposition de restitution du plan du poêle.

DAO C. Goy, Inrap.

70Les dimensions des différentes pièces permettent également d’estimer la hauteur du poêle. La majorité des carreaux mesurent 19,5 cm, les plinthes/corniches entre 12,5 et 17 cm soit 14,75 cm en moyenne et les éléments de couronnement entre 9,5 et 10 cm. En additionnant ces données, on peut supposer que la hauteur totale du poêle avoisinait 2,15 m. Dans ce calcul, n’ont pas été comptabilisés les éléments particuliers et peu nombreux que sont les couvre-joints (9 ex.), les carreaux trapézoïdaux (4 ex.) et le carreau de recouvrement (1 ex.). Cette estimation, indicative, n’a d’intérêt que de reproduire l’apparence générale du poêle qui s’avère élancé et de taille relativement modeste.

4. Synthèse

  • 62 . Roth Heege 2012, p. 323.
  • 63 . Châtelet 1994 ; Châtelet, Schwien 2000.
  • 64 . Alexandre-Bidon 2000, p. 194.
  • 65 . Horry 2013.
  • 66 . Ceci, Horry 2014, p. 339-340.

71Le poêle, mode de chauffage domestique caractéristique de l’espace germanique62, apparaît dans le courant du haut Moyen Âge en Alsace63 et constitue une innovation technologique. En effet, ce poêle de masse chauffe les pièces sans dégager de fumée, à l’inverse des foyers ouverts des cheminées, tout en offrant un pouvoir calorifique bien supérieur, ainsi qu’une consommation de bois plus réduite. Ce moyen de chauffage connaît des évolutions tout au long du Moyen Âge et jusqu’à la période moderne, passant du poêle à pots au poêle à carreaux. Cet élément de confort, réservé à l’origine à une élite, est progressivement diffusé dans toutes les couches de la société à partir de la fin du xve s.64 et peu à peu dans des régions plus méridionales, de la Franche-Comté à l’Isère (Aoste65) et à la Haute-Savoie, comme au château d’Avully par exemple66.

  • 67 . Minne 1977, p. 114.
  • 68 . Munier 2000.

72La découverte du poêle du château d’Oricourt constitue un témoignage exceptionnel de ce mode de chauffage en Franche-Comté : ses éléments constitutifs forment un ensemble homogène et quasi-complet d’un unique poêle de la fin du Moyen Âge, qui permet d’en proposer une restitution. Son riche répertoire iconographique, intégralement profane, offre des motifs originaux et pour la plupart inédits à ce jour. À côté de carreaux aux décors plus classiques (fenêtre gothique, motifs végétaux et floraux, etc.), les céramiques de poêle d’Oricourt se singularisent par la présence de nombreux personnages en buste d’une grande qualité plastique, avec un soin tout particulier de réalisme dans les portraits. Le thème récurrent de ce programme iconographique se réfère au couple d’amoureux figurant sur six carreaux plats et sur tous les carreaux d’angles. Cette représentation n’était connue jusqu’alors que sur un carreau très fragmentaire découvert à Colmar67. La particularité de ce motif renvoie peut-être à une commande spéciale en lien avec un événement notable : pourrait-il s’agir d’un cadeau de mariage de Wolf Dietrich de Ferrette à son épouse Catherine d’Oiselay en 1518 ? Les origines alsaciennes de ce seigneur expliqueraient la présence au château de cet élément de chauffage caractéristique du mode de vie des contrées germaniques et déjà très répandu en Alsace. Cette influence se traduit également par le gobelet orné de grosses pastilles trouvé dans le même remblai que les éléments du poêle : ce type de récipient est commun en Alsace dès la seconde moitié du xve s.68. D’autre part, la qualité d’exécution des motifs prouve l’emploi de moules neufs ou peu utilisés, et non de surmoulages, conforterait l’idée d’une commande spécifique commémorant, ici, un mariage.

  • 69 . Les restes d’un poêle à pots quasi-complet du xve s. ont été découvert au château de Montfaucon p (...)
  • 70 . Goy, à paraître.
  • 71 . Billoin 2010.
  • 72 . Billoin 2007.
  • 73 . Cousin 1995 ; Goy C. 2010.
  • 74 . Fuhrer, Tchirakadzé 1995.
  • 75 . Goy 2023.
  • 76 . Guyot 2009 ; Goy 2016.
  • 77 . Simonin 1995.
  • 78 . Schwien 2022.
  • 79 . Goy 2022.
  • 80 . Bugnon-Labaune 2019 ; Goy 2011.
  • 81 . Guyot 2004.

73Les poêles de cette époque, objets assez singuliers en Franche-Comté, ne sont connus que par la présence de quelques pots ou de carreaux, les lots complets étant rarissimes69. À la fin de l’époque médiévale, les pots de poêle cohabitent avec les carreaux dans les assemblages archéologiques (fig. 32). Ils sont présents aussi bien sur les sites castraux qu’en milieu urbain avec une plus grande densité de découvertes au nord-est de la Franche-Comté, de Montbéliard au Territoire de Belfort, culturellement proches des régions germaniques. En faisant un tour d’horizon sur la céramique de poêle du xve s. découverte en Franche-Comté, on rencontre dans le Territoire de Belfort des carreaux de cette période au centre-ville de Belfort70 et à Chaux71, un pot de poêle à Florimont72 ; des pots et des carreaux sont également connus à Delle73. Dans le Doubs, les poêles en terre cuite sont répandus à Montbéliard dès cette époque74. Des pots et des carreaux, souvent en petit nombre, proviennent d’autres milieux urbains comme à Baume-les-Dames75 et Besançon76 ou sur les sites castraux de Réaumont77 et de Montfaucon78. En Haute-Saône, un unique pot de poêle a été découvert au cours d’un diagnostic archéologique à Faverney79. Dans le Jura, des carreaux du xve s. ont été trouvés dans les villes de Salins-les-Bains80 et de Saint-Claude81.

Fig. 32 Les attestations de poêles dans les assemblages ­archéologiques en Franche-Comté.

Fig. 32 Les attestations de poêles dans les assemblages ­archéologiques en Franche-Comté.

DAO C. Goy, INRAP.

  • 82 . Richard, Schwien 2000.

74Le poêle étudié ici vient singulièrement enrichir le dossier de ce mode de chauffage en Franche-Comté dont le thème avait fait l’objet d’une table-ronde il y a une trentaine d’années82. Enfin, la grande homogénéité de l’ensemble d’Oricourt (pâte, décor, style des cadres) laisse à penser que la majorité des carreaux proviendrait d’un même atelier, qui reste à découvrir.

Catalogue des carreaux

75Dans le catalogue, les dimensions sont exprimées en mm. Le terme « act. » correspond à une dimension incomplète ; la profondeur des carreaux n’est donnée que lorsqu’elle est complète.

76Cat. 1. Carreau plat bipartite, glaçure verte sur engobe blanc, brillante, cadre étroit à arête vive. Traces de suie et de tissu au revers. Thème : architecture, motif en relief : fenêtre gothique. Dim. : l. 185, ht. 185. 6 autres prototypes dans le lot étudié. Parallèle : motif identique dans Huot-Marchand 2006, p. 141 ; motif comparable dans Minne 1977 p. 114, n° 14b et dans Bohly, Fluck 2000, p. 67, fig. 4 n° 6.

77Cat. 2. Carreau plat bipartite (ne subsiste que la moitié du carreau), glaçure verte sur engobe blanc, brillante, cadre étroit à arête vive. Traces de suie et de tissu au revers. Thème : architecture, motif en relief : fenêtre gothique. Dim. : l. act. 110, ht. 180. Similaire au carreau cat. 1.

78Cat. 3. Carreau plat bipartite (ne subsiste que la moitié du carreau), glaçure verte sur engobe blanc, cadre étroit à arête vive. Traces de chauffe au revers, cadre étroit à arête vive. Thème : architecture, motif en relief : fenêtre gothique. Dim. : l. act. 93, ht. 173. Variante du carreau cat. 1.

79Cat. 4. Carreau plat bipartite (ne subsiste que la moitié du carreau), glaçure verte sur engobe blanc, cadre étroit à arête vive. Traces de suie au revers. Thème : architecture, motif en relief : fenêtre gothique. Dim. : l. act. 100, ht. 170. Variante du carreau cat. 1.

80Cat. 5. Élément de couronnement en forme de tour, glaçure jaune foncé moucheté sur engobe blanc, brillante. Thème : architecture, motif : élément à cinq pans coupés percé d’une archère-canonnière à trou de visée. Dim. : l. à la base 95, l. en haut 100, ht. 193. Deux autres prototypes dans le lot étudié. Exemples similaires : corniche avec un motif de tour avec une archère-canonnière, xve-xvie s., trouvée en Suisse dans la ville de Diessenhofen, canton de Thurgovie, (Stäheli 2002, Katalog n° 32) ; élément de couronnement provenant du château de Chillon (CH, canton de Vaud), seconde moitié du xvie s. (Kulling 2010, p. 140) ; catelles de couronnement trouvées à Fribourg (CH, canton de Fribourg) 10 Grand-Rue, fin xve - premier quart du xvie s. (Bourgarel 2013, p. 74-75).

81Cat. 6. Élément de couronnement en forme de tour, glaçure jaune foncé moucheté sur engobe blanc, brillante. Thème : architecture, motif : élément à cinq pans coupés percé de trois archères-canonnières à trou de visée. Dim. : l. à la base 93, l. en haut 105, ht. 195. Variante de l’objet 4.

82Cat. 7. Carreau plat, glaçure verte sur engobe blanc, brillante. Traces de chauffe au revers. Thème : faune, motif : oiseaux adossés. Dim. : 192 x 199, prof. 95. Six autres prototypes de carreaux plats dans le lot étudié ; un demi-décor de ce type figure également sur le petit côté de 29 carreaux d’angle « aux amoureux » (voir plus bas cat. 13 à 15).

83Cat. 8. Carreau plat, glaçure verte sur engobe blanc, mate, sans cadre. Traces de chauffe légères à la base du corps d’ancrage. Thème : flore, motif peu lisible (fleurs). Dim. : 191 x 192, prof. 93.

84Cat. 9. Élément de couronnement, glaçure jaune foncé sur engobe blanc. Thème : flore, motif : rinceaux. Dim. : l. act. 86, ht. 109. Un autre prototype dans le lot étudié. Parallèle : en Lorraine, les éléments de couronnement apparaissent à la fin du xve s. (Huot-Marchand 2006, p. 93) ; ils sont plus précoces dans d’autres régions, notamment en Suisse ou à Épinal (Henigfeld 2002).

85Cat. 10. Carreau plat, glaçure verte et jaune sur engobe blanc, sans cadre. Thème : géométrique, motif : trois bandes obliques délimitées par une ligne incisée. Traces de chauffe et de suie au revers. Dim. : l. 162, ht. 170, prof. 90. Trois autres prototypes, mais uniquement à glaçure verte dans le lot étudié, traces de chauffe et de suie sur deux exemplaires, traces de tissu sur trois exemplaires.

86Cat. 11. Carreau trapézoïdal cintré, glaçure verte sur engobe blanc, brillante, sans cadre. Thème : géométrique, motif : trois bandes obliques délimitées par une ligne incisée. Traces de chauffe au revers. Dim. : l. 96 et 162, ht. 162. Trois autres prototypes dans le lot étudié avec traces de chauffe et de tissu sur deux exemplaires.

87Cat. 12. Carreau plat, glaçure verte sur engobe blanc, brillante. Thème : personnage, motif en relief : couple d’amoureux. Dim. : l. 195, ht. 192. Traces de chauffe au revers. Cinq autres prototypes dans le lot étudié, traces de suie et de chauffe sur tous les exemplaires, traces de tissu sur un exemplaire. Parallèle : Minne 1977, p. 208, pièce 141b. Pour la position de la main sur le sein de la dame, voir Minne 1977, n° 149, p. 216 « La dame et le fou à l’écu » figurant la vanité des plaisirs.

88Cat. 13. Carreau d’angle (angle à 90°), glaçure verte sur engobe blanc, relativement mate, décor légèrement empâté. Thème : personnage, motif en relief : couple d’amoureux avec femme sur le petit côté, homme et oiseau adossé sur le grand côté. Dim. : l. grand panneau 199, l. petit panneau 100, ht. 185. Traces de chauffe et traces de doigts sur le corps d’ancrage du petit panneau au revers. Deux autres prototypes dans le lot étudié.

89Cat. 14. Carreau d’angle (angle à 90°), glaçure verte sur engobe blanc, relativement mate, décor légèrement empâté. Thème : personnage, motif en relief : couple d’amoureux avec homme sur le petit côté, femme et oiseau adossé sur le grand côté. Dim. : l. grand panneau 199, l. petit panneau 100, ht. 185. Traces de chauffe et traces de doigts sur le corps d’ancrage du petit panneau au revers. Deux autres prototypes dans le lot étudié.

90Cat. 15. Carreau d’angle (angle à 120°), glaçure verte sur engobe blanc, brillante. Thème : personnage, motif en relief : couple d’amoureux avec homme sur le petit côté et oiseau adossé. Dim. : l. grand panneau 195, l. petit panneau 105, ht. 185. Traces de chauffe et traces de doigts sur le corps d’ancrage du petit panneau. Dix autres prototypes dans le lot étudié avec petit côté à droite et huit avec petit côté à gauche.

91Cat. 16. Carreau plat, glaçure verte sur engobe blanc, brillante ; au revers : traces de chauffe. Thème : personnage, motif en relief : jeune femme en cheveux, de profil. Dim. : l. 193, ht. 195. Parallèle : deux catelles provenant du château de Valangin en Suisse (canton de Neuchâtel), datées de la première moitié du xvie s, présentent des portraits dont les médaillons sont formés de gerbes similaires à celle figurant sur le carreau d’Oricourt (Heiligmann-Huber 1983, p. 72-73, pl. 17, n° 63a et 63c).

92Cat. 17. Carreau plat, glaçure verte sur engobe blanc, brillante. Thème : personnage, motif en relief : femme portant une calle (coiffe). Dim. : l. 194, ht. 189. Neuf autres prototypes dans le lot étudié.

93Cat. 18. Carreau plat, glaçure verte sur engobe blanc, brillante. Thème : personnage, motif en relief : femme portant une sorte de serre-tête se terminant par un macaron au niveau des oreilles. Dim. : l. 192, ht. 190. Treize autres prototypes dans le lot étudié.

94Cat. 19. Carreau plat, glaçure verte sur engobe blanc, brillante. Traces de chauffe au revers. Thème : personnage, motif en relief : homme de profil portant une cramignole (toque à bord relevé). Dim. : l. 190, ht. 195. Sept autres prototypes dans le lot étudié. Parallèle : Minne 1977, p. 217-218 n° 150.

95Cat. 20. Carreau plat, glaçure verte sur engobe blanc, brillante. Thème : personnage, motif en relief : homme barbu de profil. Dim. : l. 193, ht. 195.

96Cat. 21. Carreau plat, glaçure verte sur engobe blanc, brillante, tache jaune limitée dans la partie gauche du carreau. Traces de chauffe au revers. Thème : scène de genre, motif en relief : vase godronné. Dim. : l. 195, ht. 190. Six autres prototypes dans le lot étudié. Parallèle : exemplaire similaire trouvé au château de Châtel-sur-Moselle (88). Non publié, ce carreau est daté stylistiquement et morphologiquement du xvie siècle, faute de stratigraphie (information orale de Guillaume Huot-Marchand) ; Schweizer 1985, fig. 194 p. 237 ; Gutscher, Kellenberger 1985, fig. 26-4, p. 260.

97Cat. 22. Couvre-joint double, glaçure jaune foncé moucheté sur engobe blanc (même couleur que les éléments de couronnement en forme de tour), brillante. Corps d’ancrage triangulaire. Dim. : l. 38, ht. 177. Cinq autres prototypes dans le lot étudié.

98Cat. 23. Couvre-joint simple, glaçure jaune foncé moucheté sur engobe blanc (même couleur que les éléments de couronnement en forme de tour), brillante. Corps d’ancrage triangulaire. Dim. : l. 31, ht. 165. Deux autres prototypes dans le lot étudié dont 1 présentant un angle ouvert et une glaçure marron sans engobe.

99Cat. 24. Plinthe rectiligne, glaçure verte sur engobe blanc, brillante. Dim. : l. 170, ht. 105. Traces de chauffe et de suie au revers. Cinq autres prototypes dans le lot étudié.

100Cat. 25. Corniche d’angle (angle de 120°), glaçure verte sur engobe blanc, brillante. Dim. : l. 125, l. act côté droit 85, ht. 115. Traces de chauffe et de suie, trous trous de préhension. Trois autres prototypes dans le lot étudié.

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Richter J., Kunzmann R. 2011, Neuer HMZ-Katalog, Band 2: Die Münzen der Schweiz und Liechtensteins 15./16. Jahrhundert bis Gegenwart, Zurich, Gietl Verlag.

Roth Heege E. 2012, Ofenkeramik und Kachelofen. Typologie, Terminologie und Rekonstruktion im deutschsprachigen Raum (CH, D, A, FL), mit einem Glossar in siebzehn Sprachen (Schweizer Beiträge zur Kulturgeschichte und Archäologie des Mittelalters, 39), Berne.

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Witte F., von Gebhardt K. E. et Kristiansen O. (coll.) 2003, Archäologie in Flensburg : Ausgrabungen am Franziskanerkloster (Gesellschaft für Flensburger Stadtgeschichte E. V., Schriftenreihe, 57), Flensburg/Haderslev.

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Notes

1 . Bernardin et al. 2007.

2 . Bibliothèque Municipale de Besançon, Ms. 1188, fol. 7, 23.

3 . Dictionnaire des communes 1972.

4 . Guyot 2013.

5 . Id., p. 46.

6 . Au moins quatorze verres à boire, dont treize verres à pied et un gobelet.

7 . Cinq flacons/bouteilles au minimum.

8 . Cabart 2011, p. 200-201, fig. 154.7 et 155.9 ; Cantrelle, Goy, Munier 2000, p. 94, fig. 75, n° 2 ; Foy, Sennequier 1989, p. 315 ; Munier 2016, vol. 8, p. 24.

9 . Cabart 2011, p. 84, n° 7410.

10 . Dumas-Dubourg 1988.

11 . Duplessy 1999.

12 . Richter, Kunzmann 2011.

13 . Cornevaux 2016.

14 . Six cent vingt-trois fragments de corps d’ancrage ont été trouvés dans les remblais de la tour du logis nord.

15 . Jean-Paul Minne distingue le « patrice », moule à reliefs, de la « matrice », moule en creux (Minne 1977, p. 57).

16 . Witte 2003.

17 . Cf. par exemple Hohensinner, Kaltenberger 2011.

18 . Huot-Marchand 2006, p. 73.

19 . Minne 1977, p. 36.

20 . Voir cat. 5, 6 et 11 par exemple.

21 . Cat. 22, 23.

22 . Non illustré.

23 . Non illustré.

24 . Cat. 7.

25 . Il s’agit des carreaux à décor géométrique, dont quatre trapézoïdaux (cat. 8) et de cinq plats (cat. 7), et de trois carreaux plats à décor floral (cat. 10).

26 . Les numéros renvoient au catalogue détaillé des objets présenté plus loin.

27 . Huot-Marchand 2006, p. 141.

28 . Minne 1977, p. 114. Carreau non daté.

29 . Bohly, Fluck 2000, p. 59-72. Les habitats étudiés sont datés de la fin du xve s. au début du xviie s.

30 . Stäheli 2002, p. 352.

31 . Kulling 2010, p. 33, fig. 33.

32 . Id., p. 139-140.

33 . Bourgarel 2013, p. 75-76.

34 . Kulling 2010, p. 139.

35 . Les corps d’ancrage sont tous fragmentaires.

36 . Soit plus de 66 % de l’ensemble des carreaux.

37 . Boucher 1988, p. 216.

38 . Pennel 2019, p. 353.

39 . Minne 1977, p. 208, pièce 141b.

40 . L’amour au Moyen Âge 2014, p. 21.

41 . Voir le carreau de La dame et le fou à l’écu, Minne 1977, p. 216, pièce 149.

42 . Lévy-Gires 2004.

43 . La mode 2016, p. 24.

44 . Id.

45 . Heiligmann-Huber 1983, p. 72-73, pl. 17, n° 63a et 63c.

46 . Minne 1977, p. 217-218, pièce 150. Pas de dation pour le carreau alsacien.

47 . Information orale de Guillaume Huot-Marchand que je tiens à remercier ici.

48 . Waton 2000, fig. 7-2.

49 . Ces éléments n’apparaissent sur les poêles qu’au xve s. (Bauer 2018).

50 . Non illustrés.

51 . Dans la bibliographie consultée, nous n’avons trouvé que deux carreaux similaires à ceux d’Oricourt dans l’ouvrage de Jean-Paul Minne de 1977, la pièce 141b pour le personnage masculin du couple d’amoureux et la pièce 150 pour l’homme à la calle.

52 . Boucher 1988, p. 198.

53 . Les Quatre états de la société, Paris, École nationale supérieure des Beaux-Arts, Manuscrit Fr. 2374.

54 . Cf. Chalmin-Sirot 2024, p. 32.

55 . Minne 1977, p. 208, pièce 141b.

56 . Id., p. 211-214.

57 . Horry 2013, p. 104.

58 . Boucher 1988, p. 447.

59 . Minne 1977, p. 24.

60 . Id., p. 27.

61 . Les poêles étant le plus souvent adossés à un mur intérieur, le chargement s’effectuait généralement depuis la pièce contigüe.

62 . Roth Heege 2012, p. 323.

63 . Châtelet 1994 ; Châtelet, Schwien 2000.

64 . Alexandre-Bidon 2000, p. 194.

65 . Horry 2013.

66 . Ceci, Horry 2014, p. 339-340.

67 . Minne 1977, p. 114.

68 . Munier 2000.

69 . Les restes d’un poêle à pots quasi-complet du xve s. ont été découvert au château de Montfaucon près de Besançon, cf. Schwien 2022.

70 . Goy, à paraître.

71 . Billoin 2010.

72 . Billoin 2007.

73 . Cousin 1995 ; Goy C. 2010.

74 . Fuhrer, Tchirakadzé 1995.

75 . Goy 2023.

76 . Guyot 2009 ; Goy 2016.

77 . Simonin 1995.

78 . Schwien 2022.

79 . Goy 2022.

80 . Bugnon-Labaune 2019 ; Goy 2011.

81 . Guyot 2004.

82 . Richard, Schwien 2000.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 Localisation d’Oricourt.
Crédits DAO C. Goy, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 92k
Titre Fig. 2 Déblais adossés au mur extérieur de la tour.
Crédits Cl. A. Guillaume, Les Amis d’Oricourt.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 144k
Titre Fig. 3 Céramique de poêle en cours de remontage.
Crédits Cl. A. Guillaume, Les Amis d’Oricourt.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 169k
Titre Fig. 4 Le château.
Crédits Cl. A. Guillaume, Les Amis d’Oricourt.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 121k
Titre Fig. 5 Plan d’ensemble du château.
Crédits DAO V. Bourson, Inrap, d’ap. J.-P. Cornevaux.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 134k
Titre Fig. 6 La haute-cour du château.
Crédits Cl. A. Guillaume, Les Amis d’Oricourt.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 136k
Titre Fig. 7 La tour nord avant restauration.
Crédits Cl. A. Guillaume, Les Amis d’Oricourt.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 197k
Titre Fig. 8 Le logis Rollin au premier plan et la tour nord après restauration.
Crédits Cl. J.-P. Cornevaux.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 176k
Titre Fig. 9 Verres à pied, gobelet, flacon et bouteilles en verre et verre à vitre.
Crédits DAO C. Munier, Scap de Besançon.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 188k
Titre Fig. 10 Localisation des carreaux dans la tour du logis revers d’un carreau.
Crédits DAO V. Bourson, Inrap, d’ap. J.-P. Cornevaux.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 155k
Titre Fig. 11 Traces de chauffe et d’empreintes de tissu au revers d’un carreau.
Crédits Cl. P. Haut, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 149k
Titre Fig. 12 Traces profondes de doigts au revers d’un carreau d’angle.
Crédits Cl. P. Haut, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 163k
Titre Fig. 14 Profils de carreaux.
Crédits DAO V. Bourson, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-13.jpg
Fichier image/jpeg, 113k
Titre Fig. 16 Distribution des décors de la céramique de poêle.
Crédits C. Goy, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-14.jpg
Fichier image/jpeg, 107k
Titre Fig. 17 Carreaux à décor de fenêtre gothique.
Crédits Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-15.jpg
Fichier image/jpeg, 270k
Titre Fig. 18 Éléments de couronnement en forme de tour.
Crédits Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-16.jpg
Fichier image/jpeg, 130k
Titre Fig. 19 Carreau à décor d’oiseaux adossés.
Crédits Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-17.jpg
Fichier image/jpeg, 169k
Titre Fig. 20 Carreau à décor floral et couronnement décoré de rinceaux.
Crédits Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-18.jpg
Fichier image/jpeg, 294k
Titre Fig. 21 Carreaux à trois bandes obliques.
Crédits Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-19.jpg
Fichier image/jpeg, 197k
Titre Fig. 22 Carreau au couple d’amoureux.
Crédits Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-20.jpg
Fichier image/jpeg, 125k
Titre Fig. 23 Carreaux d’angle au couple d’amoureux, angle droit, avec femme ou homme représentés sur le petit côté.
Crédits Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-21.jpg
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Titre Fig. 24 Carreau d’angle au couple d’amoureux, angle à 120°.
Crédits Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-22.jpg
Fichier image/jpeg, 158k
Titre Fig. 25 Carreaux représentant une jeune femme et une femme portant une cale.
Crédits Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.
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Titre Fig. 26 Carreau plat où figure une femme portant un large bandeau.
Crédits Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-24.jpg
Fichier image/jpeg, 131k
Titre Fig. 27 Carreaux plats avec un homme coiffé d’une cramignole (cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap) et un homme barbu (cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap).
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-25.jpg
Fichier image/jpeg, 180k
Titre Fig. 28 Carreau décoré d’un vase godronné.
Crédits Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-26.jpg
Fichier image/jpeg, 151k
Titre Fig. 29 Couvre-joints double et simple, plinthe et corniche.
Crédits Cl. P. Haut, Inrap ; DAO V. Bourson, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-27.jpg
Fichier image/jpeg, 116k
Titre Fig. 30 Proposition de restitution du poêle.
Crédits DAO C. Gaston, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-28.jpg
Fichier image/jpeg, 189k
Titre Fig. 31 Proposition de restitution du plan du poêle.
Crédits DAO C. Goy, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-29.jpg
Fichier image/jpeg, 78k
Titre Fig. 32 Les attestations de poêles dans les assemblages ­archéologiques en Franche-Comté.
Crédits DAO C. Goy, INRAP.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/57359/img-30.jpg
Fichier image/jpeg, 200k
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Pour citer cet article

Référence papier

Corinne Goy, David Billoin, Vincent Borrel, Jean-Pierre Cornevaux et Claudine Munier, « Un poêle exceptionnel en céramique (fin du xve s.-début du xvie s.) : les amoureux du château d’Oricourt (Haute-Saône) », Archéologie médiévale, 54 | 2024, 89-112.

Référence électronique

Corinne Goy, David Billoin, Vincent Borrel, Jean-Pierre Cornevaux et Claudine Munier, « Un poêle exceptionnel en céramique (fin du xve s.-début du xvie s.) : les amoureux du château d’Oricourt (Haute-Saône) », Archéologie médiévale [En ligne], 54 | 2024, mis en ligne le 31 décembre 2025, consulté le 11 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/archeomed/57359 ; DOI : https://doi.org/10.4000/15fhc

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Auteurs

Corinne Goy

Spécialiste de la céramique médiévale, moderne et contemporaine, Inrap Bourgogne-Franche-Comté.

David Billoin

Archéologue, Inrap Bourgogne-Franche-Comté, UMR 5140 ASM.

Articles du même auteur

Vincent Borrel

Numismate, chercheur associé à l’université de Savoie.

Jean-Pierre Cornevaux

Propriétaire du château d’Oricourt.

Claudine Munier

Spécialiste du verre, service commun d’archéologie préventive (Scap) de la ville de Besançon.

Articles du même auteur

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Droits d’auteur

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