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Deux ateliers de potiers en Dauphiné au bas Moyen Âge : les productions d’Aoste

Two Late-medieval potters in the Dauphiné: the Aoste (Isère) workshops
Swei Töpfer in der Dauphiné im Spätmittelalter: die Werkstätten von Aoste (Isère)
Alban Horry
avec la collaboration de Philippe Lanos et Valérie Thirion-Merle
p. 77-116

Résumés

La fouille conduite sur le territoire de la commune d’Aoste (Isère) au lieu-dit Normandoz a fourni des éléments significatifs à la connaissance de l’artisanat de la terre cuite en Dauphiné au bas Moyen Âge. L’analyse d’une partie de deux ateliers de potiers repose sur un mobilier céramique très abondant ainsi que sur les structures et objets liés à l’activité de production artisanale. Le répertoire typologique régional des céramiques des xive et xve siècles peut être largement complété par les formes produites à Aoste. La mise en évidence de la fabrication de carreaux de poêle décorés du xve siècle constitue un des apports les plus étonnants de la fouille. À ce jour, c’est le témoignage le plus méridional de la production de ces objets, traditionnellement cantonnée à l’Europe du nord-est.

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Texte intégral

Le cadre de l’étude

Fig. 1 Carte de localisation.

Fig. 1 Carte de localisation.

Ghislaine Macabeo, Inrap

  • 1 Diagnostic sous la direction de Stéphane Bleu (Inrap).
  • 2 Prescription du Service régional de l’archéologie (DRAC Rhône-Alpes). L’opération a été confiée à (...)
  • 3 Ces prospections ont été effectuées dans le cadre d’un Projet Collectif de Recherche : « Peuplemen (...)
  • 4 Quelques éléments supplémentaires peuvent être signalés comme les fragments de pichets ou cruches (...)
  • 5 Hulin 2008.

1Les ateliers de potiers sont localisés à quelques centaines de mètres à l’ouest du centre d’Aoste (Isère), dans la plaine du bas Dauphiné, dans un secteur appelé les Basses Terres (fig. 1). Ils occupent une parcelle de terrain agricole vierge de constructions modernes ou contemporaines. En 1997, lors du curage d’un fossé voisin du site, de nombreux tessons de céramique médiévale, dont des ratés de cuisson, des fragments d’argile rubéfiée et une importante couche cendreuse avaient été mis au jour. Un projet immobilier de logements individuels à Normandoz, a été à l’origine d’un diagnostic en 20051, puis d’une fouille, entre fin janvier et fin mars 20062, qui fait l’objet du présent article. Une parcelle, séparée du site fouillé par une route, a fait l’objet de prospections3 pédestres, premiers travaux susceptibles de mettre en évidence le contexte archéologique médiéval de ce secteur de la commune. Elles ont livré un mobilier céramique similaire à celui présenté ici tant dans le répertoire que dans les groupes techniques4. Ces investigations suggèrent une extension du site vers le sud, ce que confirme également une prospection -géophysique réalisée en 20085.

Fig. 2 Plan d’ensemble du site de Normandoz.

Fig. 2 Plan d’ensemble du site de Normandoz.

Wojtek Widlak, Inrap

2La fouille a couvert une superficie de 3 707 m2 (fig. 2). Le terrain, de pendage nord-sud, affleurait à la cote maximale avant fouille de 222,60 m au nord et de 221 m au sud. Les vestiges sont concentrés dans la partie sud de l’emprise du projet immobilier sur laquelle a porté la prescription. Les différents constituants du site ont parfois été découverts directement sous la couche de terre végétale (US 1) au nord. Épaisse en moyenne d’une trentaine de centimètres, celle-ci a été évacuée lors d’une première phase de décapage mécanique qui a fait apparaître quelques fosses contemporaines. La terre végétale recouvrait dans la partie sud du site un sédiment sablo-limoneux, prélevé de manière plus fine, qui scellait les structures de l’atelier dont le niveau supérieur de creusement avait disparu. Cette couche homogène épaisse au maximum d’une trentaine de centimètres était presque vierge de mobilier. La fouille des vestiges a été effectuée finement et de manière exhaustive. La distinction des deux phases d’occupation repose principalement sur l’analyse céramologique et sur des données de chronologie absolue. Presque tous les éléments découverts sur le site sont associés à la production d’objets en terre cuite manufacturés. Les structures composant la phase 1 sont localisées dans la partie sud-ouest du site et celles de la phase 2, un peu plus denses, dans la partie sud-est.

1.  Une première phase d’activité artisanale au cours du xive siècle

Fig. 3 Plan des vestiges de la phase 1.

Fig. 3 Plan des vestiges de la phase 1.

Wojtek Widlak, Inrap

  • 6 L’ouverture de sondages plus profonds à l’issue de la fouille des différentes structures médiévale (...)
  • 7 L’analyse géomorphologique écarte la présence de terres d’argile destinées à la cuisson sur le sit (...)

3La première phase d’activité, dans la partie sud-ouest du site (fig. 3), s’est installée sur un terrain vierge d’occupations antérieures6. Sous une couche limoneuse brun gris (US 29), cet ensemble artisanal regroupe le four F2, des fosses dépotoir, des structures en creux diverses et un secteur constitué d’une concentration de mobilier céramique. Si l’étude offre l’opportunité d’observer l’organisation de l’espace, les très minces données stratigraphiques dues à l’arasement n’ont pas permis de discerner la majorité des structures habituellement liées au travail des potiers (bassin de décantation, bâtiments de stockage, emplacements des tours…)7. De plus, l’homogénéité du mobilier céramique découvert dans le comblement du four, des fosses et de l’épandage rend difficile l’établissement d’une chronologie relative entre les structures mises au jour.

1.1. Le four

Fig. 4 Phase 1. Plan et coupe du four F2.

Fig. 4 Phase 1. Plan et coupe du four F2.

Wojtek Widlak, Éric Bayen, Inrap

4Le four F2, découverte principale de ce secteur, est apparu directement après le prélèvement de l’US 29 (fig. 4). À chambre unique, de forme allongée, il est directement installé dans le substrat et a été édifié en plusieurs phases. La structure très arasée regroupe plusieurs éléments : la fosse d’accès au four (US 36), le creusement (US 56), l’aménagement en argile (US 61) et les deux colonnettes (US 84 et US 85). Avant la construction du four lui-même, la fosse d’accès a été creusée avant la construction du four lui-même. La coupe est-ouest de cette excavation permet d’observer un profil réalisé grossièrement en escalier et en pente douce. La fosse, dont le niveau d’ouverture d’origine est inconnu, présente une longueur maximale de 2,90 m pour une largeur de 2,30 m et atteint dans sa partie nord une profondeur de 0,67 m. D’une épaisseur moyenne de 0,35 m, son comblement supérieur est constitué d’une première couche (US 36-1), sédiment limono-sableux gris contenant des nodules de terre cuite rubéfiée, quelques galets, des charbons de bois et surtout de nombreux tessons de céramique (1 267 tessons). Une couche nettement plus charbonneuse, sans mobilier céramique (US 36-2), épaisse en moyenne d’une vingtaine ou d’une trentaine de centimètres, recouvre le fond de la fosse et le niveau de pierres repéré à l’extrémité de l’alandier. Ce comblement correspond peut-être au dernier état de l’utilisation de cet accès au foyer.

5Le four est matérialisé par un creusement piriforme, d’orientation NO-SE, long de 3,70 m. La structure a été édifiée, après le creusement de la fosse, à partir d’une excavation (US 56) réalisée dans le sédiment naturel. Les parois, foyer excepté, sont tapissées uniformément d’argile jaune (US 61) et parfois renforcées par l’apport de blocs, de galets ou de tessons de céramique. L’épaisseur du sédiment rapporté est assez importante, puisque au centre du four elle atteint plus de 0,50 m.

6Le four est divisé en deux secteurs, un premier (A) constitué du foyer et de l’alandier, le second (B) de la chambre de cuisson. L’arasement de la structure écarte toute possibilité d’observation d’aménagement d’accès au four et rend toute restitution hypothétique.

  • 8 Les charbons ont été prélevés à ce niveau pour effectuer la datation au radiocarbone.

7L’emplacement du foyer à l’ouest est marqué par un rétrécissement des structures latérales et les parois sont renforcées par l’apport de blocs de schiste posés de chant. Leur affaissement ne permet pas de reconstituer leur organisation d’origine. Le foyer est recouvert par une couche (US 36-2) qui contient une proportion notable de cendres et de charbons de bois8. L’alandier succède à la fosse d’accès (US 36) au niveau du foyer et suit une pente de près de 45o. Son emplacement est rempli dans la partie supérieure ouest par une couche de démolition (US 32) que l’on retrouve aussi sur la chambre de cuisson. Il s’agit d’un comblement très hétérogène plus ou moins meuble constitué essentiellement de fragments d’argile cuite, peut-être issus du couvrement du four, de morceaux d’argile rubéfiée et de tessons de céramique. L’alandier, large de 0,75 m à l’extrémité ouest, atteint une largeur maximale de 1,40 m à l’est. Il est séparé de la chambre de cuisson par deux structures (US 84 et US 85) en argile modelée, grossièrement circulaires, conservées sur une hauteur de 0,43 m, dont les diamètres sont respectivement de 0,25 m et 0,30 m à la base. Ces deux colonnettes sont très indurées avec de fortes traces de combustion et de couleur noire ou gris foncé. Elles permettent de protéger des flammes la chambre de cuisson en constituant un obstacle.

  • 9 La coupe dressée en fin de fouille confirme l’absence d’apport de sédiments pour le fond du four c (...)
  • 10 Hypothèse fournie par Jacques Thiriot (CNRS, La3m, MMSH, Aix-en-Provence) que je tiens à remercier (...)
  • 11 Guadagnin 2000, p. 188-194.
  • 12 Bourgogne médiévale 1987, p. 223.
  • 13 Thiriot 1986, p. 143.
  • 14 Le Nézet-Célestin 2009.
  • 15 Delor-Ahu et al. 2005, p. 261.

8L’espace identifié comme la chambre de cuisson (B) a été dégagé après le prélèvement du comblement de démolition (US 32) qui recouvre aussi l’alandier. Sous ce niveau, une couche très charbonneuse (US 62), épaisse de moins d’une dizaine de centimètres, a livré une douzaine de tessons de céramique. Dans la partie nord-est, contre la paroi du four, une cruche à bec pincé en céramique commune rouge glaçurée était disposée à l’envers et partiellement recouverte par la démolition. Ici, le fond du four est caractérisé par une surface très rubéfiée et indurée (US 33) en pente douce qui repose directement sur le substrat sableux. La chambre de cuisson possède une surface assez faible (4 m2), mais la chambre d’un four à Saint-Romain-de-Surieu (Isère) couvre moins de 2 m2. De petits fragments d’argile cuite d’aspect pulvérulent découverts dans la démolition (US 32) évoquent les restes de la couverture. L’interprétation de ces données très lacunaires et la très faible stratigraphie invitent à la prudence. On ne dispose en effet d’aucune indication quant à la présence d’une éventuelle sole suspendue dans cette structure. Peut-être faut-il envisager que la cuisson s’effectuait sur cette partie indurée sans -aménagements particuliers9 ? Dans ce cas, peut-on suggérer un four simple à sole en pente10 ? On ne dispose que de très faibles données régionales pour apporter des comparaisons avec le four d’Aoste. Les autres exemples de structures aux caractéristiques morphologiques proches concernent des régions assez éloignées. On peut néanmoins rapprocher quelques fours découverts à Fosses dans le Val-d’Oise11 dénommés fours piriformes à sole très inclinée, et un exemple au nord de la Bourgogne, dans l’Yonne. Là, deux fours de potier découverts fortuitement à Saint-Julien-du-Sault12 sont décrits comme étant de type tunnel et bipartites. La jonction entre la chambre de cuisson et le foyer est marquée par une brusque rupture de pente en bordure de laquelle se trouvaient installées de part et d’autre de l’axe du four trois colonnes constituées de poteries retournées et espacées d’une trentaine de centimètres, sans doute à vocation de pare-feu. Pour ce qui concerne la couverture du four F2, les éléments dont on dispose sont assurément ténus mais ils évoquent la possibilité d’une structure proche de celle du four de Lannilis (Finistère)13. Les fours de potiers découverts récemment dans la région comme ceux de Romans (Drôme)14 ou de Sevrey (Val-de-Saône)15, qui appartiennent au Moyen Âge central, ne se déclinent pas sur le modèle de ceux enregistrés à Aoste.

1.2. Les fosses

9Plusieurs structures en creux (fig. 3) ont été découvertes à proximité du four F2. À l’est, une fosse (US 48) de forme ovale, de 2,35 m de long sur 1,30 m de large et d’une profondeur de 0,26 m, a été identifiée. Son remplissage (US 48-1), assez meuble, contient un abondant mobilier céramique (1 421 tessons) qui témoigne d’une utilisation secondaire comme dépotoir. Le surcreusement de la partie ouest, d’un diamètre de 0,50 m, révèle peut-être la présence d’un poteau. À l’ouest du four, on distingue aussi le creusement d’une fosse longitudinale (US 37) dont le remplissage (US 37-1) livre 263 tessons. À quelques mètres au sud-est, une grande fosse (US 16), vraisemblablement creusée pour extraire du sédiment limono-sableux, a été ensuite transformée en dépotoir. La partie sud n’est pas perceptible car elle est coupée par le fossé bordant l’actuelle route le long du site. Le creusement aux contours très irréguliers est large de près de 4 m dans la partie sud. Le premier remplissage limono-sableux (US 16-1), ponctué de quelques poches argileuses de couleur brun sombre, a livré 1 196 tessons de céramique. Un surcreusement d’ouverture irrégulière observé au centre et dans la partie nord de la fosse atteint une profondeur de 0,58 m. Le comblement (US 55) est constitué d’une succession de couches imbriquées très cendreuses et charbonneuses d’où ont été extraits 2 328 tessons de céramique, dont 280 fragments surcuits, déformés et d’aspect grésé. On peut leur adjoindre 60 fragments de terre cuite divers (morceaux de parois de fours, fragments informes d’argile rubéfiée ou petits morceaux d’argile cuite modelée). Distantes de trois mètres de la fosse d’accès au four, quatre petites excavations ont été identifiées comme des trous de poteau (US 57, 58, 59, 60) d’un diamètre maximal de 0,20 m ; leur fond est occupé par un calage constitué de quelques galets. Ces données très lacunaires interdisent toute interprétation.

1.3. Une zone de concentration de mobilier (US 19, 31, 34, 35, 47)

Fig. 5 Phase 1. Détail de l’épandage de céramiques.

Fig. 5 Phase 1. Détail de l’épandage de céramiques.

Cl. J.-C. Sarrasin, Inrap

  • 16 Les différents numéros d’US ont été créés dans cette éventualité.

10À l’est du four F2, la fouille a mis au jour une zone riche en mobilier céramique, constituée des US 19, 31, 34, 35, 47 (fig. 3 et fig. 5). De forme grossièrement rectangulaire avec une excroissance au nord-ouest, elle s’étend sur un peu plus de 20 m de long, 10 m de large et sur une épaisseur maximale de 0,30 m. Les limites sont toutefois irrégulières et parfois difficiles à percevoir car le sédiment qui comble cet espace est semblable à l’encaissant. Seule la présence de nombreux tessons dans une même couche de terre de couleur brun clair, avec quelques galets épars, a permis de l’individualiser. Les concentrations de mobilier céramique évoquent des comblements de fosses16, ce que la fouille n’a pas permis de vérifier puisque aucune limite de creusement n’a été suivie. L’hypothèse la plus probable consiste à les interpréter comme des cavités naturelles utilisées comme zones de dépotoir ou d’épandage en vue d’assainir un sol saturé en eau, comme l’analyse géomorphologique l’a montré. Les quelques 9 872 tessons recueillis sont répartis de manière uniforme dans le sédiment constitué des US 19 et 31, mais des concentrations importantes de tessons ont été observées dans l’US 47 et plus faiblement au nord du four dans les US 34 et 35. Si la céramique constitue de loin le mobilier majoritaire, la fouille de ce secteur a livré également de nombreux fragments de terre cuite divers, d’argile rubéfiée, ainsi que 19 objets en métal, en assez mauvais état de conservation. Les sept lames de métal (couteaux ou petites forces) peuvent être utilisées pour racler, enlever de la matière lors de l’élaboration des poteries. Les deux fragments de fers à cheval et à mule évoquent l’utilisation d’animaux pour le transport des matières premières ou des objets finis.

  • 17 Hulin 2008 : « De par les caractéristiques magnétiques et la proximité avec les fours trouvées en (...)

11Que les quantités très importantes de tessons découverts dans les couches précitées soient liées à la production du four F2 n’exclut pas d’autres provenances situées hors de l’espace concerné par la fouille, ce qui expliquerait peut-être que deux groupes techniques se distinguent par la couleur de pâte. La prospection géophysique menée en 2008 a révélé un « ensemble structuré d’anomalies », le long de la route actuelle, qui permet d’avancer l’hypothèse de la présence d’au moins un four17 à cet emplacement.

1.4. Le mobilier céramique

  • 18 Les analyses physico-chimiques sur 91 échantillons de céramiques ont été réalisées par Valérie Thi (...)
  • 19 Un comptage par nombre d’individus après collage a été écarté en raison de l’aspect très fragmenta (...)

12Le lot de la phase 1 est constitué de 17 313 tessons18. Son importance numérique et son homogénéité offrent l’opportunité d’analyser précisément la diversité du répertoire produit dans ce secteur artisanal. L’inventaire (fig. 6 à 8) a été effectué par nombre de tessons au sein des différents groupes techniques définis au préalable19. Cette distinction repose sur une observation macroscopique dont les caractères discriminants sont la couleur de la pâte, les inclusions éventuelles, le traitement de surface ou le revêtement d’engobe ou de glaçure plombifère. La classification et la caractérisation des céramiques sont dans certains cas difficiles à définir, en raison des modifications d’apparence subies par les tessons lors d’accidents survenus pendant la cuisson. Deux groupes techniques ont été découverts dans ces structures : il s’agit de la céramique à pâte rouge (avec ou sans glaçure) et de la céramique à pâte grise.

Fig. 6 Phase 1. Inventaire des céramiques par groupe technique.

Groupe technique Nombre de tessons

Commune rouge sans glaçure

12 197

Commune rouge avec glaçure

1 942

Commune grise

2 350

Indéterminés surcuits

824

Total

17 313

Fig. 7 Inventaire par formes du mobilier céramique en lien avec le four F2 et le comblement de la fosse 36.

Formes

US 32

US 36

US 62

Cruche à bec pincé

41

83

2

Pot à bec pincé

2

Cruche à bec tubulaire

6

36

Cruche à bec ponté ou pincé

12

16

Marmite

1

4

Creuset

1

Formes indéterminées

31

18

Total

60

142

2

Fig. 8 Inventaire par formes du mobilier céramique des fosses 16, 37 et 48.

Formes

US 16

US 37

US 48

Cruche à bec pincé

200

12

115

Cruche à bec tubulaire

77

2

15

Cruche à bec ponté

15

3

25

Jarre

1

Marmite

27

11

Plat

1

Couvercle

2

Formes indéterminées

83

16

Total

405

28

172

Fig. 9 Inventaire par formes du mobilier céramique de l’épandage (US 19, 31, 34, 35, 47).

Formes

US 19

US 31

US 34

US 35

US 47

Cruche à bec pincé

160

208

8

15

Cruche à bec tubulaire

170

65

2

6

Cruche à bec ponté ou pincé

53

73

1

2

Bouteille

1

Gourde

2

1

Jarre

4

5

Marmite

108

187

5

1

17

Écuelle

3

Plat

3

3

1

Couvercle

4

Tirelire

1

Trompe d’appel

7

26

1

Albarello

1

Alambic

5

Carreau de poêle

17

1

Formes indéterminées

109

32

Total

636

608

16

1

47

13Il n’est pas possible de déterminer très précisément la production directement liée au four F2. En effet, seuls une douzaine de tessons en céramique à pâte rouge très fragmentaires ont été découverts sur son fond (US 62). Seuls deux bords de cruches avec glaçure plombifère donnent des informations typologiques. La couche de comblement de destruction du four (US 32) a en revanche livré un mobilier bien plus important (821 tessons) exclusivement composé de céramiques à pâte rouge glaçurée ou non glaçurée. Le niveau supérieur de l’abandon de la fosse d’accès (US 36-1) contient un très abondant mobilier (1 405 tessons) majoritairement constitué de céramiques à pâte rouge, mais aussi d’un peu plus de 10 % de tessons à pâte grise. Les fosses, à l’exception de la fosse 48, livrent les deux groupes techniques. La céramique grise est faiblement représentée dans la fosse 16 (6 % des tessons) et nettement mieux dans la fosse 37 (32 % des tessons). La fosse 48 pour sa part ne contient aucun élément en céramique commune grise. L’épandage de mobilier (US 19, 31, 34, 35, 47) est l’ensemble stratigraphique qui révèle le plus de mobilier. L’analyse typologique des bords a mis en évidence un lot homogène et presque tous les types sont présents dans chacune des US. La céramique à pâte rouge est majoritaire par rapport à la céramique grise qui est diversement répartie (entre 10 et 30 % dans les couches les plus riches en mobilier).

1.4.1. Les pâtes

  • 20 Avec la contribution de Valérie Thirion-Merle.
  • 21 Cette catégorie a été créée en partie pour déterminer le nombre de tessons portant une glaçure, ma (...)

14Le groupe des céramiques à pâte rouge avec ou sans glaçure est constitué de produits homogènes20. La surface des tessons est assez lisse, mais laisse apparaître des aspérités constituées par des petits grains de sable noir en surface. Les pâtes présentent deux types de composition. On a vraisemblablement utilisé deux matériaux argileux différents, à moins qu’il ne s’agisse d’un mode de préparation distinct. On notera également des teneurs élevées en plomb pour la moitié de ces céramiques communes. Il est possible qu’il s’agisse d’un phénomène de pollution de la pâte du fait de l’utilisation de glaçures au plomb sur les récipients. En effet, près de 14 % des tessons en pâte rouge portent des traces de glaçure plombifère avec une morphologie de pâte identique à celles sans revêtement21. L’apport de glaçure plombifère est effectué sur pâte crue sans pose d’engobe préalable. Appliquée de façon assez parcimonieuse, elle prend plusieurs coloris : vert olive, vert foncé, brun ou orange. Les pots peuvent être glaçurés sur les faces internes ou sur les faces externes. La glaçure n’affecte jamais la totalité des récipients, ce qui est caractéristique, mais plutôt les panses ou les fonds. Les quelques bords de récipients qui portent une glaçure ont un revêtement nettement plus couvrant sur les faces internes. Il déborde parfois sur les faces externes. Les seuls éléments dont on peut percevoir une couverte plus épaisse sont les deux fragments de carreaux de poêle. Les décors observés sur les vaisselles sont assez rares. Ils consistent en quelques motifs incisés, des stries réalisées au poinçon et des cordons d’argile aux impressions digitées. Le répertoire des formes se répartit entre vaisselle domestique, autres objets usuels, accessoires de fabrication et carreaux de poêle.

15Les pâtes des céramiques grises sont très proches, voire identiques à celles réalisées en cuisson post-oxydante. Les quelques exemplaires individualisés offrent un aspect assez sableux et rugueux en surface, parsemé de petites inclusions sableuses noires. Les céramiques communes grises présentent également deux compositions physico-chimiques, l’une proche d’une des compositions des pâtes rouges et une autre nettement différente.

1.4.2. La vaisselle domestique

La cruche à bec pincé

16Ce vase à liquide totalise 40 % des récipients découverts (fig. 10, no 1 à 8 et fig. 11, no 1 à 19). Il s’agit d’une forme haute, de dimensions moyennes, de 20 cm de haut et de 12 cm de diamètre au fond. L’ouverture du col, assez large, comprise entre 12 cm et 15 cm, est munie de lèvres diverses se terminant par un bec verseur pincé plus ou moins étroit. Les profils de panses sont globulaires ou ovoïdes. Les fonds sont plats et forment une sorte de petit pied parfois rehaussé d’un léger bourrelet. Les anses opposées au bec sont assez larges (aux alentours de 5 cm), rubanées, et s’attachent au niveau du milieu du col et sur le milieu de la panse. La glaçure, appliquée avec parcimonie, a été observée sur plusieurs individus. Sur les parties internes, elle affecte l’extrémité supérieure du bord mais descend plus rarement jusqu’à la base du col. Sur les faces externes, elle est répartie de façon inégale, sur le bord et le bec, sur le haut de la panse, un peu avant le col. Aucune cruche à bec pincé ne porte de décor, seule la glaçure fait parfois office de simple enduit décoratif.

Fig. 10 Phase 1. Céramique à pâte rouge. Cruches à bec pincé.

Fig. 10 Phase 1. Céramique à pâte rouge. Cruches à bec pincé.

Éric Bayen, Inrap

Le pot à bec pincé

17Un pot trapu présente une ouverture plus large que les cruches (fig. 11, no 21-22), soit 18 cm. La hauteur moyenne des formes est inconnue, de même que le fond – sans doute plat au même titre que celui des formes hautes. La lèvre est évasée, courte, presque triangulaire, à gorge interne peu prononcée. Aucune anse n’a pu être rattachée à ce type de récipient, mais on connaît des exemplaires très larges présentant le même profil de bord que ci-dessus.

Fig. 11 Phase 1. Céramique à pâte rouge. Bords de cruches à bec pincé (1-20). Pot à bec pincé (21-22).

Fig. 11 Phase 1. Céramique à pâte rouge. Bords de cruches à bec pincé (1-20). Pot à bec pincé (21-22).

Éric Bayen, Inrap

La cruche à bec tubulaire

18Cette forme représente un peu plus de 17 % des vases inventoriés et deux modèles principaux ont été individualisés (fig. 12). Pour le premier, il s’agit de vases à liquide de dimensions moyennes, aux panses de profil globulaire (fig. 12, no 6 à 9), qui ont une ouverture comprise entre 12 cm et 14 cm. Leur taille, qui peut évoquer une vocation domestique de table pour le service des liquides, n’exclut pas une destination pour le stockage (fig. 12, no 10). Ces cruches sont équipées de lèvres évasées diverses avec ou sans gorge interne. Une anse rubanée plate, prenant appui sur la lèvre ou le haut du vase, est opposée au bec verseur. Ce dernier revêt des aspects divers (fig. 12, no 1 à 5), droit et cylindrique, un peu plus évasé à rebord en bourrelet, ou encore orné de bandes d’argile moletées (fig. 12, no 2). Des revêtements plombifères doivent être mentionnés. Ils n’affectent que certaines parties du vase comme la face interne du bord ou une partie du bec verseur. Les fonds qu’il est possible d’associer à ces pots sont plats, ou légèrement bombés. Un deuxième modèle, dont 14 fragments ont été inventoriés (fig. 13, no 1 à 6), se singularise par la morphologie d’un petit vase de forme globulaire dont le bord est une large lèvre évasée à extrémité saillante. Les éléments de préhension présentent deux variantes : une première (fig. 13, no 3) est une anse rubanée se greffant sur la lèvre, la seconde prend appui sur le haut de la paroi (fig. 13, no 4). L’élément verseur est constitué d’un bec tubulaire longiligne et étroit (fig. 13, no 6). Les panses sont garnies de stries externes de tournage assez accentuées qui ont été observées sur deux individus (fig. 13, no 5). La glaçure plombifère recouvre les faces internes du bord et quelques gouttes de glaçure couvrent le bec verseur.

Fig. 12 Phase 1. Céramique à pâte rouge. Cruches à bec tubulaire.

Fig. 12 Phase 1. Céramique à pâte rouge. Cruches à bec tubulaire.

Éric Bayen, Inrap

Fig. 13 Phase 1. Céramique à pâte rouge. Cruches à bec ponté (1-3), cruches à bec tubulaire (4-9), bouteille (10).

Fig. 13 Phase 1. Céramique à pâte rouge. Cruches à bec ponté (1-3), cruches à bec tubulaire (4-9), bouteille (10).

Éric Bayen, Inrap

La cruche à bec ponté

19Ce vase reste assez rare et seuls une petite dizaine d’exemplaires ont été réellement identifiés (fig. 13, no 7 à 9). L’état fragmentaire de tous les individus découverts ne permet pas de définir un modèle complet. Les formats sont assez réduits et toujours associés à des lèvres évasées triangulaires à légère gorge interne. Le profil du bord est identique à celui observé sur tous les sites médiévaux de la région Rhône-Alpes.

La bouteille et la gourde

20Ces modèles ne sont que très rarement rencontrés. Un premier (fig. 13, no 10) est un récipient à col cylindrique étroit, sur lequel vient se greffer une anse large, et qui se termine par un petit bord arrondi en bourrelet. En revanche, rien ne permet d’évoquer la forme générale du vase et les caractéristiques du fond. Trois fragments de goulots de gourdes n’ont pu être dessinés. Il est probable que le modèle soit identique à celui découvert dans un dépotoir de la phase 2 (fig. 28, no 16).

La jarre à goulot

  • 22 Il est intéressant de constater que le profil général de ces pots n’est pas sans rappeler celui ut (...)

21Le répertoire des vases de stockage pour liquides ou denrées se répartit en pots de taille importante ou jarres à goulot (fig. 14) dont le profil général rappelle les cruches à bec tubulaire. Ces pots se singularisent par un profil globulaire très prononcé et trapu22. De même que sur les cruches à bec pincé, la glaçure est toujours très partielle et n’affecte souvent que le haut du bord, les becs, parfois les anses ou encore quelques parties externes de la panse. L’inventaire a individualisé des becs tubulaires verseurs ou goulots larges et évasés (fig. 14, no 3 et 8) qui agrémentent ces grands récipients. Ces vases sont munis soit d’un petit bord évasé avec une lèvre évasée arrondie (fig. 14, no 1 et 4) soit d’un bord constitué d’une lèvre évasée avec ou sans gorge interne (fig. 14, no 2 et 3). Sur certains exemplaires (fig. 14, no 6 et 7), le diamètre d’ouverture est assez réduit. Une anse très large, rubanée, se greffe sur le haut de la paroi. Sur certains individus, il est possible d’observer un décor de stries réalisées au poinçon sur le bord (fig. 14, no 1 et 5). Un des pots (fig. 14, no 4) présente des bandes d’argiles rapportées qui partent du haut de la paroi, assez fines et digitées. Deux bords infléchis triangulaires (fig. 14, no 6 et 7) pourraient également appartenir à de grands récipients de type jarre.

Fig. 14 Phase 1. Céramique à pâte rouge. Jarres à goulot ou cruches de stockage.

Fig. 14 Phase 1. Céramique à pâte rouge. Jarres à goulot ou cruches de stockage.

Éric Bayen, Inrap

La marmite

22Ce type attesté en pâte rouge est majoritairement inventorié en céramique à pâte grise. Les marmites n’ont pas été recensées dans tous les ensembles. En effet, elles sont majoritairement issues des US 19 et US 31 provenant de l’épandage de céramiques environnant le four F2. Il reste difficile de définir par ailleurs quel était le choix initial pour réaliser ces vases. Les profils sont totalement identiques au sein des deux groupes techniques. Le recours à la cuisson post-réductrice est souvent, en tout cas dans la région Rhône-Alpes, privilégié pour la fabrication des vases culinaires non glaçurés pendant tout le bas Moyen Âge. Les marmites sont élaborées dans une argile un peu plus sableuse que les autres récipients comme les cruches par exemple. Les bords des récipients en pâte rouge sont constitués d’un bourrelet arrondi ou d’une lèvre à profil triangulaire (fig. 15, n° 1-6). Les dimensions reconstituées donnent des pots hauts en moyenne de 22 cm avec une ouverture comprise entre 16 cm et 19 cm. Deux anses de section plate et rubanée reposent sur le col et sur le milieu de la panse. Les marmites grises offrent des dimensions semblables à celles en pâte rouge et sont également munies de bords triangulaires (fig. 16, n° 1 à 4) ou en bourrelet arrondi (fig. 16, n° 5 à 8) ; de deux anses rubanées et d’une panse globulaire surmontée d’un haut col. Les fonds, qui sont légèrement bombés voire presque plats, ont un diamètre qui s’étend de 15 cm à 17 cm (fig. 16, n° 1). Enfin, ces récipients sont caractérisés par l’absence de décors et on note également l’absence de revêtements plombifères.

Fig. 15 Phase 1. Céramique à pâte rouge. Marmites.

Fig. 15 Phase 1. Céramique à pâte rouge. Marmites.

Éric Bayen, Inrap

Fig. 16 Phase 1. Céramique à pâte grise. Marmites.

Fig. 16 Phase 1. Céramique à pâte grise. Marmites.

Éric Bayen, Inrap

L’écuelle

23Il s’agit de petits récipients (fig. 17, no 1 à 3) d’une hauteur comprise entre 5 et 6 cm et au diamètre d’ouverture compris entre 7 et 8 cm. Ils possèdent un petit bord constitué d’un marli court surmontant une panse évasée sur fond plat. Sur deux exemplaires, un pincement au niveau du bord constitue un petit bec verseur. La glaçure plombifère sur les faces internes peut presque intégralement recouvrir le vase, ou seulement couvrir les faces internes du bord.

Fig. 17 Phase 1. Céramique à pâte rouge glaçurée. Écuelles (1-3), plats creux (4-9).

Fig. 17 Phase 1. Céramique à pâte rouge glaçurée. Écuelles (1-3), plats creux (4-9).

Éric Bayen, Inrap

Le plat creux

24On dénombre huit exemplaires de plats creux glaçurés à l’intérieur (fig. 17, no 5 à 9). Trois individus ont un bord constitué d’un petit marli horizontal plus ou moins évasé, une panse tronconique, le bassin et un fond plat (fig. 17, no 5, 6 et 7). Les diamètres d’ouverture sont compris entre 20 cm et 34 cm. Le décor de trois exemplaires est incisé. Un premier, sur le marli et les faces internes, associé à une glaçure plombifère irrégulière (fig. 17, no 9), est assez simple avec des traits irréguliers formant des vagues. Sur un autre (fig. 17, no 4), des stries ondées sont parallèles. Ce décor occupe le bord d’un autre plat mais dont le bassin est plus court et curviligne (fig. 17, no 8).

Les couvercles

25Plusieurs couvercles creux en pâte grise dont deux de grand diamètre (24 cm) pourraient s’adapter à de grands récipients culinaires. Le premier possède un bord avec bourrelet (fig. 18, no 1) et le second un bord arrondi (fig. 18, no 2).

Fig. 18 Phase 1.

Fig. 18 Phase 1.

Céramique à pâte grise. Couvercles (1-2), céramique à pâte rouge glaçurée et non glaçurée, anse coudée (3), tirelire (4), couvercle (5), pied (6), albarello ? (7), telles à crémer ? (8-9), objet indéterminé (10), trompes d’appel (11-13).

Éric Bayen, Inrap

Les formes indéterminées et les vases incomplets

26Le lot a également livré les fragments de récipients (incomplets), parfois à l’unité. Une anse de section coudée provient de l’US 19 (fig. 18, no 3). Un petit tenon évoque la tirelire (fig. 18, no 4). Deux fragments de récipients sont difficiles à définir. Le premier (fig. 18, no 5) est peut-être un couvercle destiné à un pichet ou à une cruche. Quant au second (fig. 18, no 6), on hésite entre un couvercle ou un pied. Un bord arrondi infléchi, associé à une panse carénée, évoque un récipient de type albarello (fig. 18, no 7). Trois autres récipients sont difficiles à interpréter. Il s’agit en premier de deux grandes formes ouvertes (fig. 18, no 8 et 9) munies de lèvres arrondies infléchies, en céramique commune rouge, dont une possède un orifice qui fait office de bec verseur. Un autre objet (fig. 18, no 10), sans doute en partie modelé et non tourné, possède une paroi très évasée avec un fond bombé se confondant avec la panse. Une lèvre rentrante est associée à une anse et à un bec verseur tubulaire. Ces trois objets pourraient évoquer de grands récipients destinés à la fabrication des laitages ; ils rappellent les telles à crémer ou telles à lait de la période moderne.

1.4.3. Autres objets usuels

Les trompes d’appel

  • 23 Dieu 2003, p. 140.

27Les 34 fragments de section circulaire appartiennent au corps de trompes d’appel23 (fig. 18, no 11-13). Les tessons observés ne portent pas de revêtement glaçuré. Aucun élément de bord ou d’embouchure n’a été découvert.

Les alambics

  • 24 Goy 1995, p. 78-83.

28Sont classés ici une vingtaine de fragments de vases aux caractéristiques morphologiques bien définies (fig. 19, no 2-4). Les comparaisons avec d’autres découvertes en contexte d’ateliers permettent de reconnaître, en trois de ces objets, des alambics destinés à la distillation24. Deux formes tronconiques (fig. 19, no 5 et 6) ont un profil en forme de cloche qui évoque également les chapiteaux d’alambic. Enfin, un objet (fig. 19, no 1) est très fragmentaire. Il s’agit d’une panse évasée et presque cylindrique, en deux parties, percée d’un orifice et munie d’une anse. Les deux parties sont séparées par un morceau de pâte rapporté dont la fonction reste indéfinie.

Fig. 19 Phase 1. Céramique à pâte rouge. 1-6. Alambics.

Fig. 19 Phase 1. Céramique à pâte rouge. 1-6. Alambics.

Éric Bayen, Inrap

Les carreaux de poêle

29Parmi les 18 fragments de carreaux de poêle découverts, seuls deux individus illustrent précisément ces objets réalisés dans une pâte rose, recouverte sur la face externe d’une glaçure transparente qui leur confère une couleur brun clair. Ils sont très fragmentaires, ce qui fait que le motif moulé reste difficile à définir. Néanmoins, on distingue sur les deux exemplaires les bois d’un cerf (fig. 20).

Fig. 20 Phase 1. Carreaux de poêle.

Fig. 20 Phase 1. Carreaux de poêle.

Éric Bayen, Inrap

1.5. Chronologie de la phase 1

  • 25 Avec la contribution de Philippe Lanos.
  • 26 Vicard 1996, p. 277-278.

30On a souligné plus haut l’indigence des relations stratigraphiques liées à l’absence de recoupement des structures. En revanche la riche documentation céramique permet d’argumenter la chronologie25. La comparaison avec des ensembles dauphinois du bas Moyen Âge reste très limitée en raison de la précarité des lots de référence. L’essentiel des comparaisons proposées ci-dessous, provenant de sites de consommation, privilégient la région lyonnaise et quelques rares contextes dauphinois plutôt éloignés. Les groupes techniques et les formes découverts à Aoste s’inscrivent dans un horizon chronologique placé dans le courant du bas Moyen Âge. L’apport de la glaçure plombifère sur pâte rouge apparaît surtout à partir du début du xiiie siècle dans le vaisselier régional et sera amplement diffusée au xive siècle26.

  • 27 Horry 2009, p. 301-302.
  • 28 C’est le cas d’un récipient glaçuré découvert à Vénissieux dans un dépotoir daté de la première mo (...)

31Le répertoire des formes est significatif car en sont absents les éléments caractéristiques du xiiie siècle comme les pichets cylindriques que l’on connaît sur plusieurs sites voisins en Dauphiné. Il en est de même pour les procédés décoratifs qui restent somme toute assez sommaires. En effet, aucun fragment portant les décors traditionnels de bandes de barbotine ou de boutons imprimés associés à des glaçures de coloris divers n’a été retrouvé. Les profils des diverses cruches à bec pincé d’Aoste évoquent plutôt les exemplaires des xive et xve siècles. Les cruches à bec ponté en céramique rouge d’Aoste sont inédites et rappellent ces pots emblématiques du vaisselier du Moyen Âge central en Dauphiné qui connaissent une diffusion assez tardive jusqu’au xive siècle27. Le cas des cruches à bec tubulaire et des jarres à goulot est également instructif : si ces récipients sont inconnus des contextes du xiiie siècle, en revanche quelques découvertes ponctuelles sont signalées dans les dépotoirs du xive siècle dans l’est lyonnais28.

  • 29 Horry 2002, p. 166.
  • 30 Harle-Sambet et Moyroud (dir.) 2009, p. 148-149.
  • 31 Poisson 1985.

32Les marmites, en pâte rouge ou grise, permettent aussi quelques remarques. Leur profil assez caractéristique rappelle celui des récipients diffusés à partir de la seconde moitié du xiiie siècle en région lyonnaise29 et en Dauphiné. Elles sont presque identiques à celles découvertes lors des fouilles du château de Bressieux30 dans les contextes des xiiie-xive siècles et à la Bastide de Gironville (Ain) datée de la première moitié du xive siècle31.

33Un des aspects singuliers du lot est la présence de formes ouvertes de table. Ces récipients, en particulier les écuelles à bec pincé, sont caractéristiques des contextes régionaux du xive siècle. Plus étonnants sont les plats creux à marli au décor incisé. Ces produits constituent, à ce jour, le premier témoignage régional de décors dits sgraffitto, mais sans engobe, sur une vaisselle de table au bas Moyen Âge.

  • 32 Deuber 2006, p. 78.

34Des fragments de carreaux de poêle livrent quelques informations. Ils se différencient de ceux de la phase 2 par l’utilisation de la glaçure plombifère seule, sans pose préalable d’engobe, et sont très proches, par leur technique, leur couleur, leurs motifs, du groupe découvert à Genève (Suisse), Maison Tavel, daté des environs de 135032.

35La chronologie de cet ensemble, malgré la présence de quelques références régionales, reste donc difficile à établir avec une grande précision en utilisant seulement les données céramologiques. L’inventaire et l’étude du mobilier céramique par structure mettent en évidence une forte homogénéité dans les différents lots découverts où chaque forme atteint des proportions plus ou moins égales dans chaque structure. Les quelques rares tessons découverts sur le fond du four ne fournissent aucun renseignement typologique.

  • 33 Ly-13616. Analyses réalisées par le Centre de Datation par le Radiocarbone. Université Claude Bern (...)

36L’argumentation chronologique bénéficie en outre de deux apports supplémentaires. Un premier fait suite à l’analyse par le radiocarbone des charbons de bois prélevés dans l’US 36-2, au niveau du foyer du four, qui fournit un intervalle compris entre 1297 et 140533. Un second est fourni par la datation par archéomagnétisme du four F2. Le report des valeurs d’Aoste sur les courbes de référence du CMT à Paris permet de calculer les distributions de date pour chacun des paramètres inclinaison et déclinaison. Si on suppose que la date d’abattage du bois est contemporaine de la dernière chauffe du four, on peut alors combiner l’ensemble des trois datations. L’intervalle de date obtenu est [1315 ; 1415] AD à 95 % de probabilité. Ces éléments suggèrent une datation de la phase 1 entre le début du xive et le tout début du xve siècle.

2. Une seconde phase d’activité artisanale au cours du xve siècle

Fig. 21 Plan général des structures de la phase 2.

Fig. 21 Plan général des structures de la phase 2.

Wojtek Widlak, Inrap

37Les structures localisées dans la partie orientale du site (fig. 21) sont un peu plus nombreuses que celles précédemment décrites. Elles apparaissent à l’issue du décapage soit de la terre végétale (US 1) soit de la couche de terre située sous celle-ci (US 29). Il s’agit des vestiges d’un petit bâtiment, d’un four, de fosses dont certaines ont assurément été utilisées comme dépotoirs et d’un fossé de drainage. Tout comme les structures de la première phase, celles de la phase 2 étant très arasées, le niveau de leur altitude supérieure nous est inconnu. Elles ont subi de fortes perturbations occasionnées par de profonds labours pratiqués encore récemment, surtout au nord. Il est clair que l’occupation de l’atelier se poursuit hors des limites de notre champ de fouille. Les prospections menées sur les parcelles situées de l’autre côté de la route départementale, contribuant au ramassage de centaines de tessons de céramique, supposent un site bien plus étendu que celui circonscrit par la fouille de 2006.

2.1. Le four F1

Fig. 22 Phase 2. Plan et coupe du four F1.

Fig. 22 Phase 2. Plan et coupe du four F1.

Wojtek Widlak, Éric Bayen, Inrap

38Découvert après prélèvement de l’US 29, le four F1, d’orientation N-S, est en très mauvais état de conservation (fig. 22), les dimensions de la chambre de cuisson sont sans aucun doute très incomplètes. Il comprend deux éléments principaux : la chambre de cuisson et la fosse d’accès (US 77). Malgré la faible amplitude stratigraphique, il est possible d’observer que le four a été installé au préalable dans un creusement (US 78), ce qui relève de la même technique de construction que le four précédent.

39L’espace défini comme chambre de cuisson est compris entre deux murets (no 52 et no 53). Le parement oriental no 52 du four est conservé sur deux assises seulement, de 0,40 m de hauteur environ pour une longueur de 2 m. Les restes du parement ouest no 53 font 1,40 m de long sur une même épaisseur. Ces petites constructions sont élevées à l’aide de blocs divers, galets, tuiles de taille moyenne, et d’un bloc de dimensions un peu plus importantes qui constitue l’extrémité du parement ouest. Il forme au nord un angle, marqué d’une grosse pierre de schiste, peut-être destinée à obstruer en partie l’entrée de la chambre de cuisson. L’intervalle entre les deux structures no 52 et no 53 est occupé par un sédiment compact (US 23), limono-sableux, gris brun, qui contient de nombreux nodules de terre cuite rubéfiée, quelques tessons de céramique et des fragments de carreaux de poêle. Sous ce niveau, un amas de fragments de terre cuite rubéfiée compactés (US 49) est sans doute lié à la destruction du four. Dans cet espace, on note un pendage régulier sud-nord. La fouille a livré plusieurs indices qui nous renseignent sur la technique de construction : une trentaine de fragments de terre cuite modelée après remontage forment deux petites colonnettes, d’un diamètre de 0,15 m et qui rappellent celles dont est pourvu le four F2. Sous ce niveau de démolition, le sédiment naturel très sableux, fortement rubéfié (US 51) sur une épaisseur de 0,05 m environ, est de couleur brun rouge. Aucun fragment de sole suspendue ou d’éléments de couverture n’a été découvert. Le foyer était probablement situé à la liaison avec la fosse d’accès (US 77).

  • 34 Jannet-Vallat 1984, p. 130-131.

40Celle-ci, au nord du four F1, a été creusée préalablement à l’installation des murs. C’est une fosse piriforme allongée, d’une longueur de 3,50 m, large de 2 m au maximum et profonde de 0,42 m. Le comblement supérieur (US 23) est identique à celui présent sur le four. Il recouvre un remplissage (US 39) composé d’un sédiment meuble, sableux et cendreux, avec de très abondants nodules d’argile rubéfiée, et légèrement plus charbonneux à la base. Ce dernier livre un mobilier assez abondant, totalisant 1 316 tessons de céramique, de nombreux fragments d’argile rubéfiée et d’argile modelée. Enfin, le comblement inférieur (US 45), plus limoneux, est associé à quelques nodules de terre cuite rubéfiée, des charbons de bois et de rares tessons de céramique. Un sédiment plus cendreux (US 44) est localisé au sud près de l’ouverture circonscrite entre les murets. Il n’a livré aucun mobilier. Ces éléments très partiels évoquent un modèle de four F1 assez proche de celui du four F2, nonobstant quelques nuances liées au mode de construction. Il rappelle celui découvert en Dauphiné à Saint-Romain-de-Surieu, daté de la fin du Moyen Âge34. Ce four de potier, dénommé four tunnel, ne possède pas de sole surélevée. Le chargement de pots destinés à la cuisson est disposé à même le fond de la cavité formée par la chambre de cuisson unique. Deux simples blocs de molasse encadrent l’ouverture en réduisant l’alandier. La voûte était constituée d’un clayonnage de bois enduit d’argile et maintenue, semble-t-il, par deux piles à l’intérieur du four. On peut rapprocher les fours d’Aoste (F1 et F2) aux fours simples à sole en pente.

2.2. Des structures excavées

41À proximité du four, plusieurs fosses ont livré un abondant mobilier archéologique (fig. 21). La plus grande fosse (US 20), aux contours irréguliers, atteint une largeur maximale de 3 m et une longueur maximale de 3,70 m. Elle a été vraisemblablement creusée en plusieurs fois, ce qui lui confère un aspect polylobé. Dans la partie ouest, un surcreusement de forme grossièrement rectangulaire atteint une profondeur maximale de 0,88 m. Son remplissage (US 20-1), meuble et homogène, est très cendreux et a livré un très abondant mobilier constitué en majorité de rebuts de fabrication de céramiques avec 2 646 tessons répartis entre vaisselle domestique (67 %), carreaux de poêle (27 %) et creusets (6 %). Le comblement contenait également 60 fragments d’argile cuite évoquant des parois de fours et 4 fragments de colonnettes. La fosse US 7, peu profonde (0,20 m maximum), est grossièrement piriforme, de 0,85 m au plus large et de 0,25 m au plus étroit, et longue de 2,60 m. Le comblement (US 7-1), constitué d’un sédiment brun, limono-sableux et meuble, livre un abondant mobilier céramique – 843 tessons très fragmentés –, mêlé à des nodules de terre cuite et à quelques galets.

42Dans la zone nord-est, deux fosses dépotoir sont apparues directement sous quelques centimètres de terre végétale. La première (US 54) est une grande structure allongée de 1,80 m de long pour 1 m de large qui atteint une profondeur maximale de 0,30 m. Le comblement (US 54-1) est constitué d’un sédiment argilo-sableux brun noir avec des charbons de bois, des nodules de terre cuite et de la céramique en grande quantité, soit 2 650 tessons. La seconde (US 76) est grossièrement ovale, de 1,90 m de long sur 1,15 m de large, avec un profil en cuvette de 0,20 m de profondeur maximale. Le comblement (US 76-1) est assez meuble et constitué d’un sédiment argilo-sableux avec de nombreux galets et des fragments de céramique abondants de taille réduite, soit 1 600 tessons et quelques fragments de carreaux de poêle. L’identification d’autres structures excavées moins importantes (US 3, 4, 5, 6, 8, 9, 10), parfois très lacunaires, reste aléatoire : fonds de trous de poteau ou de fosses. Au sud-est du four F1, mentionnons deux fosses circulaires, éventuels trous de poteau (US 18, US 24) respectivement de 0,40 et 0,45 m de diamètre.

  • 35 En profondeur, les limites de la structure sont difficilement perceptibles en raison de la difficu (...)
  • 36 Faure-Boucharlat 1996.
  • 37 Ce sont les résultats de l’étude géomorphologique qui ont amené à formuler cette hypothèse.

43Enfin, un grand creusement (US 66) repéré en surface, que l’ouverture de deux sondages a permis d’étudier, a été observé sur une longueur estimée à 40 m environ. Il est situé à la base d’un léger changement topographique, en contrebas d’une petite butte constituée par la grave morainique. À l’ouest, où il semble s’interrompre, sa largeur maximale atteint 2 m et son remplissage (US 66-1) est constitué de fragments de tuiles, tessons de céramique, galets et blocs de taille moyenne35. À l’est, le fond du comblement (US 67) livre des matériaux divers, galets, blocs taillés, gros fragments d’amphores antiques, céramiques médiévales, tuiles, briques et nodules de mortier contenus dans une matrice sableuse brune et jaune. L’épaisseur de cette couche de matériaux est en moyenne de 0,10 m. Les tessons de terres cuites médiévales et surtout de fragments du service vert attribué à Meillonnas, dont la diffusion est attestée dès le xve siècle36, fixent la chronologie à l’extrême fin du Moyen Âge voire au tout début de la période moderne. Les blocs et le mobilier sont recouverts par une fine couche de sable de décantation liée à la circulation ou à la stagnation d’eau. Le profil général de la structure évoque un drain ou un aménagement sommaire destiné à canaliser un espace régulièrement affecté par des phénomènes d’infiltration37.

2.3. Un petit bâtiment et des niveaux de circulation : l’atelier

Fig. 23 Phase 2. Vue du bâtiment de l’atelier.

Fig. 23 Phase 2. Vue du bâtiment de l’atelier.

Cl. J.-C. Sarrasin, Inrap

44Dans la partie est du site, le décapage a mis en évidence un secteur occupé par plusieurs constructions (fig. 21) qui forment les restes d’un petit bâtiment (fig. 23). Ces bases de murs ou solins évoquent des maçonneries assez légères à l’élévation en terre ou pisé. Les murs no 70 à 74 ont une largeur moyenne de 0,50 m. Ils sont conservés pour la plupart sur une ou deux assises en fonction du léger pendage du terrain. Ils sont réalisés à l’aide de matériaux divers tous liés à la terre, fragments de carreaux de poêle, galets, blocs de calcaire blanc, de granite ou de molasse grossièrement équarris. Lors du démontage, de maigres traces de mortier de chaux sont apparues entre les différentes pierres.

  • 38 Identification et étude de la monnaie Christian Cécillon (Inrap). Il s’agit d’un Quarto di soldo e (...)

45Un empierrement (US 75) à l’angle de deux murs (no 73 à l’ouest et no 72 au nord) forme un espace de 2,50 m par 2 m. La fouille n’a pas permis de choisir entre différentes hypothèses concernant ce niveau de gros blocs de calcaire, de molasse et de galets épais de 0,40 m par endroits (altitude : 222,22 m) : restes du radier d’un sol en terre battue, radier d’un four ou zone de travail particulière ? L’hypothèse du four n’a pas été retenue en raison de l’absence de traces de rubéfaction. À l’extrémité sud-est du mur no 70, un aménagement de blocs de calcaire et galets d’une seule assise (US 63) est peut-être le dernier niveau d’un calage de poteau ou la base d’un petit pilier. Entre les murs no 70 et no 72, un niveau caillouteux longiligne d’une largeur assez régulière et proche de 1,80 m est difficile à interpréter en raison de son arasement. S’agit-il d’un négatif de structures maçonnées ? Un niveau de circulation (US 64) se déploie au nord du bâtiment sur près de 4 m de long. Il est presque exclusivement composé de galets dans une matrice limono-sableuse brun clair. D’une épaisseur régulière de 0,20 m environ, il contient de nombreux tessons de céramique et surtout 467 fragments de carreaux de poêle. Plus au nord, il apparaît que l’affleurement de la moraine a été utilisé à des fins de circulation. Tout le secteur du bâtiment est recouvert d’une couche hétérogène et brune (US 17). Outre de nombreux galets, des fragments de blocs de calcaire, schistes et fragments de tuiles et briques, cette occupation a fourni un abondant mobilier céramique. Les 936 tessons proviennent soit de rebuts de fabrication, soit de vaisselle domestique ou de consommation en service vert de Meillonnas. Les 894 fragments de carreaux de poêle, des fragments de moules et des accessoires de fabrication et les 26 objets en métal constituent autant de bons arguments pour s’assurer de la vocation artisanale du petit bâtiment. Ce secteur est recouvert par l’US 29, qui a livré une monnaie datée de la fin du xvie siècle-début du xviie siècle38.

2.4. Le mobilier céramique

46Le lot céramique est constitué de 11 544 tessons d’un seul groupe technique, la céramique à pâte rouge avec ou sans glaçure (fig. 24 à 27). Sont exclus de cette analyse les tessons qui n’appartiennent pas à la production de l’atelier mais à la vaisselle de consommation comme le service vert de Meillonnas (45 tessons).

Fig. 24. Phase 2. Inventaire des céramiques par groupe technique.

Groupe technique Nombre de tessons

Commune rouge sans glaçure

10 154

Commune rouge avec glaçure

1 165

Indéterminés surcuits

225

Total

11 544

Fig. 25 Phase 2. Inventaire des formes au sein du mobilier provenant du four F1 (US 49 démolition) et fosse d’accès US 77 (remplissages US 23, 39 et 45).

Formes

US 23

US 39

US 45

Cruche à bec pincé

1

39

Cruche à bec tubulaire

58

4

Creuset

6

Carreau de poêle

9

Total

10

103

4

Fig. 26 Phase 2. Inventaire des formes au sein du mobilier provenant des fosses.

Formes

US 7

US 20

US 54

US 76

Cruche à bec pincé

5

65

20

Cruche à bec tubulaire

46

53

72

99

Gourde

1

Creuset

157

Carreau de poêle

734

1

3

Total

51

945

73

122

Fig. 27 Phase 2. Inventaire des formes au sein du mobilier provenant de l’US 17 associée au bâtiment et du niveau de circulation US 64.

Formes

US 17

US 64

Cruche à bec pincé

6

1

Cruche à bec tubulaire

43

35

Cruche à bec ponté

3

Jarre ou pot de stockage

1

Gourde

1

Plat

2

Creuset

8

1

Carreau de poêle

894

124

Total

957

161

2.4.1. Les pâtes

47L’observation des céramiques de la phase 2 (à pâte rouge glaçurée ou non glaçurée) met en avant l’exclusivité de la cuisson en mode A, réalisée avec des argiles non calcaires. Ce groupe des céramiques communes possède les mêmes compositions que l’un des groupes de céramiques communes de la phase 1. Le taux de tessons présentant un revêtement plombifère de 20 % est à prendre avec la même prudence que celui comptabilisé en phase 1. Il est lié à l’extrême fragmentation des vases et à une couverte qui n’affecte pas encore totalement les récipients. Les revêtements sont néanmoins différents de ceux recouvrant les céramiques du xive siècle car, sur certains exemplaires, on peut noter une glaçure bien répartie sur le pot. Les coloris des glaçures sont essentiellement le vert ou le brun. Les céramiques déformées ou ratés de cuisson représentent moins de 2 % des tessons. La production de carreaux de poêle est également riche d’informations. En effet, le produit fini est recouvert de glaçure plombifère sur engobe, cette technique étant inconnue en phase 1. Les fragments recueillis sont en majorité des biscuits et seuls 15 fragments de carreaux sont revêtus au plomb. Le répertoire des formes est beaucoup moins diversifié que celui de la phase 1. Il est presque essentiellement constitué de formes fermées ou vases hauts à verser et de stockage auxquels sont associées de très rares formes ouvertes et surtout des carreaux de poêle.

2.4.2. La vaisselle domestique

La cruche à bec pincé

48Cette forme (fig. 28, no 1 et 2) représente près de 23 % des vases identifiés et possède un bord évasé court ou formant un petit bandeau. Ces formes sont totalement identiques à celles rencontrés en phase 1.

Fig. 28 Phase 2.

Fig. 28 Phase 2.

Céramique à pâte rouge et céramique à pâte rouge glaçurée. Cruches à bec pincé (1-2). Cruches à bec tubulaire (3-7). Pots indéterminés (8-14). Jarre à goulot ? (15). Gourde (16).

Éric Bayen, Inrap

La cruche à bec tubulaire ou cruche de stockage

49Il s’agit des vases les plus représentés (fig. 28, no 3 à 6) avec 74 % des fragments identifiés. Ces pots sont agrémentés de lèvres aux profils assez variés, évasés simples ou avec gorge interne, triangulaires ou en bourrelet. Il s’agit, pour la plupart, de pots de dimensions assez importantes au diamètre d’ouverture compris entre 12 cm pour les plus étroits (fig. 28, no 3) et 25 cm pour les plus larges (fig. 28, no 4). Les anses sont larges et rubanées et les fonds plats. Plusieurs bords (fig. 28, no 7 à 14) ne peuvent être reconnus avec certitude comme provenant de cruches, quoique leur profil ne soit pas très éloigné des précédents dont l’identification ne fait aucun doute.

La cruche à bec ponté

50Elle n’est attestée que de façon discrète avec trois fragments. Elle est agrémentée d’une lèvre évasée simple.

La jarre ou vase de stockage

51Un bord de récipient (fig. 28, no 15) n’est pas sans rappeler les jarres de stockage de la phase 1. Il est agrémenté d’une lèvre évasée et de deux anses plates qui portent un décor d’incision.

La gourde

52Deux gourdes ont été identifiées ; une seule (fig. 28, no 16) permet d’observer le tournage de la panse et l’adjonction du goulot.

Le plat

53Il n’est mentionné que par deux fragments de marli proches de ceux de la phase 1.

2.4.3. Les accessoires de fabrication : les creusets

  • 39 En collaboration avec Valérie Thirion-Merle.

54Ces objets (fig. 29, no 1 à 11) proviennent du comblement de la fosse US 20 (157 fragments) ainsi que de l’un des comblements de la fosse 77, l’US 39 (6 fragments)39. Il s’agit de petites formes ouvertes tronconiques dont les dimensions vont de 5 à 10 cm de hauteur pour un diamètre d’ouverture de 6 à 7 cm. L’ouverture consiste parfois en un léger pincement ou étirement qui donne un bec verseur. Le fond est plat ou bombé. Les creusets ont été produits à partir d’un matériau argileux, différent de celui des vaisselles et des carreaux, beaucoup plus sableux. Cuits en mode A, ils sont de couleur beige-rosé avec de petites aspérités sableuses de couleur noire en surface et réalisés dans une pâte réfractaire. L’examen à la loupe binoculaire montre une pâte beaucoup plus grossière avec de nombreuses inclusions par rapport à celles des autres types de matériel analysés. Mais d’après les différents calculs effectués, il semble peu vraisemblable qu’il s’agisse de la même argile que les céramiques communes ou les carreaux de poêle à laquelle on aurait ajouté un dégraissant sableux ; on a affaire ici à un tout autre matériau argileux. Ces creusets présentent également des teneurs quelque peu élevées en plomb et quelques-uns en cuivre. Un creuset a encore une composition différente et il semble que l’on ait affaire ici à un objet dont la pâte contient de la kaolinite.

Fig. 29 Objets particuliers. Phase 2.

Fig. 29 Objets particuliers. Phase 2.

Creusets (1-11). Pernette avec hypothèse d’utilisation pour cuisson d’un carreau de poêle plat (12). Fragment de moule de carreau au griffon (13).

Éric Bayen, Inrap

2.4.4. Les carreaux de poêle

  • 40 En collaboration avec Valérie Thirion-Merle.

55Les carreaux de poêle totalisent 1 774 fragments (fig. 30)40. Pour rappel, dans le lot constituant la phase 1, seuls 18 fragments de carreaux ont été inventoriés. La fragmentation parfois assez élevée des objets n’a pas toujours permis de les associer à un type de décor bien précis. L’identification iconographique touche tout de même 51 % du lot étudié. Les fragments non identifiés appartiennent à des plaques ou à des corps d’ancrage.

Fig. 30 Inventaire des carreaux de poêles par type de forme dans les fosses (US 7-1, 20-1, 54-1, 76-1), l’abandon du four F1 (US 23), dans l’US 17 (atelier) et US 64 (niveau de circulation).

Formes de carreau

7-1 20-1 54-1 76-1 23 17 64

Niche de
couronnement

14

11

Niche

1

409

93

5

Plat

1

87

170

7

Corniche

30

45

10

Plinthe

1

17

15

1

Fragmentaires

6

177

1

3

9

560

101

Total

9

734

1

3

9

894

124

Fig. 31 Inventaire des carreaux par US et par type de décor identifié.

Décors 7-1 20-1 17 64

Architectural

214

33

Aigle héraldique

24

2

1

Musiciens

23

8

Deux personnages

25

21

Deux personnages

1

10

19

Archange Gabriel

15

Vierge Marie

18

3

2

Aigle couronné

2

Chimère

1

1

Dragon

17

29

6

Basilic

2

1

Griffon

3

15

1

Lion

4

33

Lion et paysage

1

6

19

Frise de lions

4

Rose

26

45

10

Décor végétal

1

17

15

1

Total

3

411

243

22

  • 41 Je tiens à remercier ici Yves Henigfeld (université de Nantes) pour son aide et pour m’avoir fourn (...)
  • 42 Minne 1977.
  • 43 Huot-Marchand 2006.

56La typologie et la terminologie utilisées ici reposent sur des études réalisées41 en Alsace42 ou en Lorraine43. Trois ensembles stratigraphiques principaux livrent la majorité de la documentation : le niveau d’occupation (US 17) associé au petit bâtiment, la fosse dépotoir (US 20) et le niveau de circulation (US 64). Les autres structures n’ont révélé que de très rares éléments indéterminés. Il est utile de définir rapidement les méthodes d’élaboration et de fabrication de ces carreaux de poêle. Les différents modèles se retrouvent dans chaque ensemble, à l’exception d’un ou deux cas.

  • 44 En Lorraine, par exemple, les argiles utilisées peuvent être diverses : calcaires, siliceuses ou k (...)

57Les carreaux sont réalisés à l’aide d’argile non calcaire. L’aspect des pâtes, assez sableux et rugueux au toucher, est dû à de petites inclusions noires. Les analyses effectuées sur une trentaine de fragments révèlent que la plupart d’entre eux (un peu moins de la moitié) ont été fabriqués avec le même matériau argileux que les céramiques communes. Même si quelques-uns constituent un groupe de composition chimique à part pour lequel restent en suspens un certain nombre de questions relatives notamment aux phénomènes d’altération des céramiques, il apparaît qu’il n’y a pas eu de choix particulier du matériau argileux malgré une utilisation très spécifique en raison de contraintes thermiques importantes. Mais il est vrai que les argiles non calcaires ont des propriétés de résistance à la cuisson, moins bonnes certes que les argiles kaolinitiques, mais tout de même suffisantes44.

58Les carreaux de poêle sont toujours formés de deux parties distinctes, le corps d’ancrage et la plaque. Le corps d’ancrage qui constitue la partie arrière des carreaux devient invisible après avoir été inséré dans les parois en argile du poêle. Il constitue également la partie creuse utile pour une meilleure diffusion de la chaleur. Deux types de corps d’ancrage ont été définis. Le premier, semi-cylindrique, d’une profondeur moyenne de 6 cm, est collé à la plaque décorée à l’aide de petits morceaux d’argile. Deux exemplaires portent une excroissance sur le haut. Le second est constitué des corps d’ancrage en col circulaires ou parfois légèrement ovales.

59Plusieurs techniques contribuent à la fabrication des carreaux : le tournage, le moulage et le modelage. Le tournage est utilisé pour la fabrication des corps d’ancrage constitués dans certains cas d’un demi-cylindre dont le profil évoque un vase et qui, après séchage partiel, est coupé en deux dans le sens de la hauteur. Le moulage de plaques d’argile découpées est employé pour élaborer les façades des carreaux. Celles-ci sont fabriquées à l’aide de plaques d’argile appliquées à l’intérieur d’un moule. Elles sont ensuite raccordées aux corps d’ancrage à l’aide de barbotine, de minces couches d’argile ou de colombins. Signalons la découverte dans l’US 17 (fig. 29, no 13) d’un fragment de moule dans une pâte identique à celles des carreaux et des vaisselles produits par l’atelier. Le modelage est pratiqué afin d’effectuer les raccords entre les différentes parties de carreaux, en particulier les corps d’ancrage et les plaques en phase finale d’élaboration.

  • 45 La glaçure est colorée par ajout d’oxyde de cuivre qui donne au résultat une couleur verte.
  • 46 Information fournie par Jacques Thiriot (CNRS, Lamm, MMSH, Aix-en-Provence).

60L’analyse des objets découverts à Aoste permet de déterminer deux phases de cuisson en mode A. Une première, que l’on qualifiera de dégourdi, vise à stabiliser le carreau en pâte crue pour obtenir un biscuit. Le résultat est constitué de pâtes majoritairement de couleur orange avec des nuances qui tirent sur le beige clair. Le carreau cuit est ensuite enduit d’une couche d’engobe blanc. Enfin, le carreau est recouvert d’une glaçure plombifère45 et subit une deuxième cuisson. La faible représentation des carreaux glaçurés et la présence presque exclusive de biscuits peuvent s’expliquer par le fait que les carreaux non glaçurés présentent une résistance moindre à la cuisson et sont donc plus sensibles aux chocs thermiques46. Le dégagement du four F1 (US 49) et la fosse d’accès (US 77) ont livré de nombreux fragments de terre cuite modelée qui à première vue paraissaient indéfinissables. Ces objets sont fabriqués avec une argile assez grossière mais proche de celles des pots ou des carreaux. Ils sont constitués d’une plaque épaisse, façonnée grossièrement et qui présente une forme plus ou moins circulaire. La face supérieure est aplatie à l’aide de la paume de la main et une base inclinée, qui forme un pied, est creusée d’un sillon circulaire. Il s’avère que ces sillons correspondent aux diamètres des corps d’ancrage en col des carreaux de poêle plats (fig. 29, no 12). Il pourrait donc s’agir d’accessoires destinés à l’enfournement des carreaux de poêle semblables aux pernettes utilisées pour la cuisson des récipients. L’espace ménagé entre la partie supérieure de cet accessoire et le pied est creux, peut-être pour pouvoir en superposer plusieurs sans endommager le décor en relief du carreau sur lequel ils sont posés. D’autres objets, réalisés à l’aide d’argile modelée, constituent une sorte de pied grossier. Leur face supérieure lissée pourrait servir à poser la base des carreaux niches à corps d’ancrage semi-cylindrique qui est le plus souvent plate.

  • 47 Ce modèle repose sur des comparaisons effectuées avec des poêles en Allemagne.

61Quatre types de carreaux ont pu être individualisés : les carreaux niches, les carreaux plats, les carreaux corniches et les carreaux plinthes. En revanche aucun fragment de carreau d’amortissement, de couvre-joints ou de pieds n’a été découvert. La représentation schématique d’un poêle (fig. 32) indique les emplacements des différents types de carreaux sur ces appareils de chauffage47.

Fig. 32 Phase 2. Poêle hypothétique avec les différents types de carreaux produits à Aoste.

Fig. 32 Phase 2. Poêle hypothétique avec les différents types de carreaux produits à Aoste.

Éric Bayen, Inrap

a. Les carreaux niches

62Ils totalisent 59 % des fragments de carreaux inventoriés et identifiés. Ils sont de forme majoritairement quadrangulaire avec une plaque découpée avant cuisson qui s’ouvre sur le corps d’ancrage semi-cylindrique. Les dimensions sont comprises entre 20 et 27 cm de hauteur. Deux types ont été définis en fonction de leur disposition à l’extérieur des poêles : les carreaux niches de couronnement (fig. 33) appelées aussi carreaux de faîtage et les carreaux niches droits (fig. 34 à 39). Les carreaux droits sont les plus nombreux avec 95 % des carreaux niches identifiés. Ils sont tous munis de corps d’ancrage semi-cylindriques. Ils forment les façades des poêles. Sept thèmes iconographiques ont été individualisés.

De couronnement à décor architectural
  • 48 Minne 1977, p. 132-141.
  • 49 Huot-Marchand 2006, p. 81.
  • 50 Minne 1977, p. 136 et Waton 2000, p. 78-82.

63Les carreaux de couronnement ou de faîtage sont illustrés par un seul type (fig. 33) et constituent seulement 5 % du total des carreaux niches identifiés. Ils sont positionnés dans les parties hautes des fourneaux et sont souvent caractérisés par des motifs architecturaux. Celui d’Aoste est de 27 cm de haut, pour une profondeur de 6,6 cm et une largeur de près de 16 cm. Le corps d’ancrage est semi-cylindrique. La façade est constituée d’un arc en accolade encadrant une fenêtre double dotée d’un arc brisé à réseau d’intrados trilobés gothiques en découpe sur vide. La partie supérieure du carreau est couronnée d’une double croix qui évoque un fleuron d’amortissement que l’on retrouve sur les clochers. Les arcs sont soutenus par des piliers fins et reposent sur de simples chapiteaux. L’espace compris entre les deux arcs est occupé par une croix. Le creux laissé par les deux ouvertures procure à cet objet un effet de perspective qui le rapproche du motif « à architecture en découpe »48. En Lorraine, les carreaux niches de couronnement ou de faîtage dans le style de celui d’Aoste sont diffusés vers la fin du xive siècle et jusqu’au début du xvie siècle49. Il en est de même à Strasbourg où des carreaux niches datés du xve siècle présentent des procédés décoratifs quasi identiques50.

Fig. 33 Phase 2. Carreau niche de couronnement ou faîtage.

Fig. 33 Phase 2. Carreau niche de couronnement ou faîtage.

Éric Bayen, Inrap

À l’aigle héraldique

64Ce motif dont 27 fragments ont été inventoriés présente une hauteur moyenne de 24 cm pour une largeur de 19 cm (fig. 34). Le corps d’ancrage est semi-cylindrique. Les exemplaires découverts offrent la possibilité d’observer la présence d’engobe blanc sur la pâte. La façade est constituée d’un grand motif moulé que l’on rapprochera de l’héraldique. L’aigle est représentée avec les caractéristiques communément observés sur les blasons : vue de face, la tête tournée de profil à droite, les pattes et les plumes de queue écartées. Les ailes sont ouvertes et les plumes sont déployées. Sous le corps de l’aigle on peut observer un blason dont la partie supérieure est occupée par une aigle aux ailes déployées.

Fig. 34 Phase 2. Carreau niche. Aigle héraldique.

Fig. 34 Phase 2. Carreau niche. Aigle héraldique.

Éric Bayen, Inrap

Avec un couple
  • 51 Minne 1977, p. 211-214.

65Ce thème figure sur 46 fragments (fig. 35). Les dimensions sont d’un maximum de 20 cm pour la hauteur et de 18 cm pour la largeur ; celles qu’il est possible de restituer par symétrie pourraient approcher les 24 cm pour la hauteur. Ce modèle répond à une organisation en deux registres de façade. Le niveau inférieur est occupé par une ouverture constituée par un arc gothique polylobé et le registre supérieur affiche une scène historiée. Les différents fragments permettent de restituer deux personnages distincts. À droite, une silhouette reste difficile à déterminer en raison de l’usure des fragments découverts ou de problèmes techniques liés au surmoulage. Le long vêtement suggère une robe qui, associée à la chevelure, évoquerait volontiers un personnage féminin. À gauche, le second personnage est plus facile à décrire et il semble que l’on puisse y voir un personnage masculin. Il tient dans sa main gauche un objet que l’on a du mal à identifier. La position des deux personnages et le mouvement général suggéré par la mise en espace évoquent une scène de danse. Ce modèle s’inscrit volontiers dans une thématique que l’on retrouve en particulier au xve siècle en Alsace et qui représente des couples d’amoureux51.

Fig. 35 Phase 2. Carreau niche. Couple.

Fig. 35 Phase 2. Carreau niche. Couple.

Éric Bayen, Inrap

À deux personnages
  • 52 Keck 2000, p. 40-41.

66Un carreau niche, très incomplet, associe deux personnages (fig. 36). Sur les 31 fragments découverts, un fond permet d’estimer la largeur du carreau à 19 cm. Les corps d’ancrage sont semi-cylindriques et d’une profondeur de 6 cm. Le personnage de gauche est masculin. Il est coiffé d’un chaperon et vêtu d’un corset serré à la taille par une ceinture à laquelle pend une dague. Le bras gauche, replié sur le ventre, semble lié à celui qui se tient à ses côtés. Le personnage de droite est plus difficile à identifier. La tenue vestimentaire, une longue robe, évoque plutôt un personnage féminin. Le bras gauche est replié et le bras droit tient le bras gauche du personnage masculin, semble-t-il. Les fragments découverts permettent d’effectuer quelques remarques sur l’élaboration. En effet, il semble que les visages des personnages témoignent d’un soin particulier. Le souci du détail évoque peut-être une volonté de réaliser un portrait fidèle : on peut suggérer l’éventualité de finition par modelage après moulage. La réalisation de carreaux de poêle dont la physionomie des personnages imite celle des commanditaires est connue en Suisse dans le Valais au xive siècle52.

Fig. 36 Phase 2. Carreau niche. À deux personnages.

Fig. 36 Phase 2. Carreau niche. À deux personnages.

Éric Bayen, Inrap

Aux musiciens
  • 53 Renseignements et identification fournis par Lionel Dieu que je remercie ici.
  • 54 Giuliato 2001, p. 230.

67Ce carreau niche est illustré par 31 pièces très fragmentées (fig. 37). Néanmoins, l’association de plusieurs objets permet de proposer une hypothèse de restitution. Il présente une hauteur maximale observée de 28 cm et une largeur de 22 cm. La profondeur entre la façade et l’arrière du corps d’ancrage est de 9 cm. Le corps d’ancrage est constitué d’un pot semi-cylindrique. La façade, moulée, est constituée de deux registres. Le registre inférieur est une ouverture architecturale gothique ornée d’un arc polylobé. Le registre supérieur est occupé par une scène historiée avec deux musiciens se tenant debout et se faisant face. Les instruments de musique peuvent être identifiés par leur tenue, la manière de les jouer, leur taille et quelques détails organologiques53. Pour le personnage de droite, on suppose une petite chalémie (hautbois médiéval) tenue horizontalement. Pour le personnage de gauche, on peut observer un instrument long, les mains recouvrant des trous de jeu distants d’une embouchure positionnée sur le coin des lèvres. On observe un renflement qui évoque une cuvette (un cône) nommée « bouque » lorsqu’elle est en corne ; on nomme alors l’instrument cornet à bouquin. Cet instrument apparaît au milieu du xve siècle. La représentation de musiciens est un thème fréquent dans l’iconographie des carreaux de poêle, notamment en Lorraine au xve siècle54.

Fig. 37 Phase 2. Carreau niche. Musiciens.

Fig. 37 Phase 2. Carreau niche. Musiciens.

Éric Bayen, Inrap

À l’Archange Gabriel et à la Vierge Marie : l’Annonciation

68Ce sont deux carreaux niches de 22 cm de hauteur restituée et d’une largeur approximative de 18 cm restituée. Ils présentent un corps d’ancrage semi-cylindrique d’une profondeur observée de 7 cm et leur façade est pourvue d’un décor historié moulé.

69Sur les deux carreaux, les personnages sont surmontés par un arc en accolade. Le cadre du carreau est pour sa part beaucoup plus simple. Les motifs architecturaux ne sont pas sans rappeler d’ailleurs ceux présents sur le carreau de couronnement.

70Sur le premier carreau (fig. 38a), un ange aux larges ailes déployées est tourné vers la droite. Il tient un phylactère dans la main gauche et montre celui-ci de sa main droite en pointant de l’index le début du texte. La partie supérieure du carreau est occupée par un décor architectural. Le texte présent sur le phylactère est impossible à lire car il est très effacé.

71Sur le second carreau (fig. 38b), un personnage, au centre, tourné vers la gauche et vêtu d’une longue robe tombante plissée, est encadré par un dispositif décoratif architectural qui suggère une chapelle. La tête est nimbée et surmontée d’un oiseau, sans doute une colombe. À droite du carreau, il est possible d’observer un lutrin sur lequel repose un livre ouvert.

  • 55 Minne 1977, p. 163-165.
  • 56 Ibid., p. 298.

72Ces deux carreaux (fig. 38c) forment un ensemble indissociable qui représente la scène de l’Annonciation. Il s’agit donc pour l’un de l’archange Gabriel ou ange de l’Annonciation et le second de la Vierge Marie ou Vierge de l’Annonciation. Ce thème est régulièrement abordé sur les carreaux alsaciens pendant tout le xve siècle55. Il est d’ailleurs intéressant de constater les similitudes entre deux carreaux allemands de la fin du xve siècle du Kunstgewerbemuseum à Cologne qui, malgré une organisation différente, présentent des caractères proches de ceux d’Aoste. Le vêtement de la Vierge, très long, formant un drapé important, peut être comparé à des modèles alsaciens et allemands56. Les attributs du carreau avec la Vierge sont traditionnels de l’iconographie de la scène au xve siècle : colombe (hypostase du Saint-Esprit), lutrin avec la Bible ouverte (livre de la prédiction d’Isaïe).

Fig. 38a Phase 2. Carreau niche. Archange Gabriel.

Fig. 38a Phase 2. Carreau niche. Archange Gabriel.

Fig. 38b. Vierge de l’Annonciation.

Fig. 38b. Vierge de l’Annonciation.

Fig. 38c. « Diptyque » de l’Annonciation (restitution).

Fig. 38c. « Diptyque » de l’Annonciation (restitution).

Éric Bayen, Inrap

Des carreaux niches fragmentaires

73Malgré l’aspect fragmentaire de deux exemplaires, il est possible de les raccorder au modèle du carreau niche grâce à la présence d’espaces ajourés. Un premier motif est constitué d’un arbre dont l’aspect général évoque un exemplaire plat décrit plus bas (fig. 39, no 1). Un second représente un animal fantastique. Il s’agit d’un visage grimaçant portant une crinière de lion (fig. 39, no 2). Ce sujet, bien qu’assez réduit, évoque une créature que l’on pourrait identifier à une chimère, thème couramment associé au bestiaire médiéval fantastique.

Fig. 39 Phase 2. Carreaux niches fragmentaires Arbre (1). Chimère (2).

Fig. 39 Phase 2. Carreaux niches fragmentaires Arbre (1). Chimère (2).

Éric Bayen, Inrap

b. Les carreaux plats

74Les carreaux plats rassemblent un peu plus de 28 % des carreaux identifiés. Ils présentent tous une plaque principale de forme grossièrement carrée. Les dimensions restituées sont assez régulières et comprises autour de 22 cm. Ils sont droits et les corps d’ancrage sont en col ou semi-cylindriques. La fragmentation de la plupart des objets découverts ne permet pas cependant de fournir des données statistiques sur la représentation des différents types de corps d’ancrage au sein des carreaux plats. Les façades sont largement remplies par les motifs et sont simplement encadrées de doubles moulures.

Au dragon
  • 57 Roth Kaufmann et al. 1994, p. 179-182.

75Ce carreau (fig. 40), dont 45 fragments ont été découverts, est de forme carrée soit de 22 cm de côté. Il possède un corps d’ancrage en col d’une profondeur de 9 cm. Le décor occupe presque toute la surface de la façade. Il s’agit d’un dragon marchant vers la droite. La créature présente une aile largement déployée et une queue annelée repliée. La gueule montre les dents et un détail évoque de petites flammes que crache la bête. Le dragon est un des animaux fantastiques les plus représentés dans l’iconographie des carreaux et il est fréquent de trouver cet animal associé au thème de Marie. Sa représentation est connue à Berne par exemple à partir de la seconde moitié du xve siècle57 et en Alsace à la fin du xve et au début du xvie siècle dans un style néanmoins assez différent de celui d’Aoste.

Fig. 40 Phase 2. Carreau plat. Dragon.

Fig. 40 Phase 2. Carreau plat. Dragon.

Éric Bayen, Inrap

Au basilic

76Un autre animal fantastique recouvre un carreau plat très incomplet et dont il n’est pas possible de fournir de dimensions. Seuls trois fragments ont été découverts (fig. 41, no 1 à 3) et il semble que le carreau possède un cadre mouluré. Si les caractéristiques de l’animal évoquent le dragon, quelques éléments n’écartent pas une autre identification comme le basilic. La forme générale de cette créature est celle d’un coq géant. La tête de l’animal munie d’un bec est couronnée d’une crête de coq. Les pattes sont celles d’un coq et les ailes sont celles d’un volatile mais se terminent par des griffes. Le reste du corps est celui d’un dragon.

Fig. 41 Phase 2. Carreau plat. Basilic (1-2). Proposition de restitution (3).

Fig. 41 Phase 2. Carreau plat. Basilic (1-2). Proposition de restitution (3).

Éric Bayen, Inrap

À l’aigle couronné

77Un carreau plat dont il n’est pas possible de restituer les dimensions (fig. 42, no 1) figure une tête d’aigle couronnée et une aile déployée, préservée dans l’angle. Il faut peut-être envisager un motif tiré de l’héraldique.

Fig. 42 Phase 2. Carreaux plats. Aigle couronné (1). Griffon (2).

Fig. 42 Phase 2. Carreaux plats. Aigle couronné (1). Griffon (2).

Éric Bayen, Inrap

Au griffon
  • 58 Minne 1977, p. 174-175.
  • 59 Chaudet 2010, p. 313.

78Ce carreau de 20 cm de côté (fig. 42, no 2) possède un corps d’ancrage semi-cylindrique dont la profondeur ne peut être définie. La façade est ornée d’un motif moulé représentant un griffon. L’animal marche vers la gauche et possède une tête et un cou d’aigle. Ce dernier est bien détaillé au moyen de plumes très distinctes. Les deux pattes avant sont des pattes d’aigle et celle de droite est levée. L’animal possède également deux grandes ailes repliées, greffées sur un corps de lion. Les pattes arrière sont celles d’un lion et la queue, assez longue, passe sous la cuisse gauche de l’animal. Le cadre du carreau est constitué d’une simple moulure double. Il faut noter la grande finesse dans le traitement de la morphologie de l’animal, comme par exemple les pattes. Le griffon au même titre que le dragon intervient de façon régulière dans les ornements de carreaux au xve siècle. Plusieurs exemplaires alsaciens sont proches58 et un carreau découvert à La Tour-de-Peilz (Suisse) est presque identique à celui d’Aoste59.

Au lion

79Ce carreau (fig. 43, no 1 à 3) est lui aussi de forme carrée avec 22 cm de côté. Le corps d’ancrage est en col. La façade est totalement occupée par un motif animalier moulé. Il s’agit d’un lion passant à gauche avec la patte avant droite levée. Il présente une large crinière et la queue est repliée pour pouvoir intégrer le cadre. De même que le modèle avec griffon, un soin assez prononcé est apporté aux détails de l’animal, en particulier la crinière et la queue. Le thème du lion peut être utilisé soit de façon isolée ou mis en scène. L’animal qui couvre intégralement le carreau est connu dans quelques exemplaires alsaciens du xve siècle.

Fig. 43 Phase 2. Carreaux plats. Lion (1-3). Lion et rochers (4).

Fig. 43 Phase 2. Carreaux plats. Lion (1-3). Lion et rochers (4).

Éric Bayen, Inrap

Au lion et aux rochers

80Ce carreau plat (fig. 43, no 4) d’une dimension restituée de 22 cm de côté, possède un corps d’ancrage en col de profondeur indéfinie. La façade présente une scène avec un lion marchant vers la droite. Ce dernier fait face à un massif de rochers ; un arbre, qui occupe presque toute la hauteur du carreau à gauche, se trouve derrière lui. Le carreau est encadré par une simple moulure. L’iconographie de ce motif est difficile à identifier. Un lion associé à un massif de rochers pourrait évoquer Daniel dans la fosse aux lions, mais il faudrait envisager un autre carreau qui représenterait le personnage biblique. Ce modèle est difficile à interpréter mais la comparaison avec des exemplaires alsaciens fournit quelques pistes avec en particulier des animaux affrontés à l’arbre de vie.

c. Les carreaux corniches

81Les carreaux corniches réunissent 9 % des carreaux identifiés. Ils sont formés d’une plaque rectangulaire et d’un corps d’ancrage semi-cylindrique (fig. 44). Ils sont disposés sur les sections supérieures des poêles pour former parfois des parties un peu plus saillantes. Deux formats ont été identifiés.

Fig. 44 Phase 2. Carreau corniche. Rose (1). Frise de lions (2). Plinthe avec décor végétal (3).

Fig. 44 Phase 2. Carreau corniche. Rose (1). Frise de lions (2). Plinthe avec décor végétal (3).

Éric Bayen, Inrap

À la rose
  • 60 Observation d’autres carreaux fragmentaires, non représentés sur les planches.
  • 61 Minne 1977, p. 150-153.
  • 62 Goy et Billoin 2001, p. 90-91.
  • 63 Keck 2000, p. 38.
  • 64 Roth Kaufmann et al. 1994, fig. no 21-25.

82Les carreaux de ce type regroupent 81 fragments. Les dimensions sont de 20 cm de hauteur environ pour 15 cm de large. Ce carreau est orné d’un motif floral stylisé (fig. 44, no 1). Il présente une grande rose à deux rangées de onze doubles pétales en partant du bouton central. Les angles sont occupés par quatre feuilles. La fleur est présentée en médaillon, elle est circonscrite dans un cadre60 à moulures simples sur trois côtés et avec une moulure torsadée en haut, qui forme la corniche. Quatre feuilles à nervure centrale ornent les angles du carreau. Ce motif rappelle celui présent sur les écoinçons d’archivoltes dans l’architecture gothique et peut être aussi inspiré de thèmes héraldiques. Les carreaux ornés de motifs à la rose s’inscrivent dans un répertoire couramment diffusé en Alsace au xve siècle61. On peut citer un exemplaire de Sélestat (Bas-Rhin) daté du xve ou début du xvie siècle62. Les roses apparaissent dans le répertoire des carreaux au xive siècle en Suisse dans le Valais63 ou à Berne64 et perdurent tout au long du xve siècle.

Au lion
  • 65 Goy et Billoin 2001, p. 90.

83Un carreau plus petit, de 12 cm de long pour 15 cm de haut (fig. 44, no 2), est orné d’une créature fantastique. L’effacement assez prononcé du relief laisse entrevoir quelques détails. Le corps est celui d’un lion couvert d’une fourrure fournie au niveau du poitrail et terminé par une queue. À l’observation des deux carreaux découverts, il est possible de déterminer que ces derniers constituaient une frise avec d’autres animaux. En effet, à l’extrémité gauche des carreaux, on peut apercevoir un fragment de queue d’un animal suivant peut-être un dragon. Ces carreaux évoquent dans leur format des pièces découvertes à Sélestat et datées du xve-début xvie siècle65 ou à Strasbourg et sur le modèle découvert à Besançon dont il sera fait mention plus bas.

d. Les carreaux plinthes avec décor végétal

84Les carreaux plinthes (fig. 44, no 3) constituent seulement 4 % des carreaux identifiés. Ils se composent d’une plaque quadrangulaire, possèdent un corps d’ancrage semi-cylindrique et appartiennent au groupe des carreaux de plinthe droits. Les dimensions des exemplaires découverts à Aoste sont de 21 cm de long sur 15 cm de large. Ce carreau présente sur les registres supérieurs et inférieurs un motif végétal organisé sur deux niveaux. Le premier montre des rinceaux simples. Le second, dans la partie inférieure, est constitué d’un rinceau présentant des petites feuilles.

2.5. Proposition de chronologie de la phase 2

  • 66 Avec la collaboration de Philippe Lanos.
  • 67 Faure-Boucharlat et al. 1996. La finesse des pâtes et l’aspect des glaçures rappellent les tessons (...)
  • 68 En Provence et Languedoc, « cet engouement pour l’engobe est manifeste au sein de toutes les offic (...)
  • 69 Références rapport d’analyse : REN-2011-13, REN 2011-14 dans Lanos et Dufresne 2011.

85La chronologie de l’occupation de la phase 2 repose sur plusieurs éléments66. Tout d’abord, la découverte d’une monnaie datée de l’extrême fin du xvie ou du début du xviie siècle dans la couche scellant l’abandon de l’atelier fixe un terminus. L’étude des vaisselles domestiques de la phase 2 qui n’offrent pas cette fois-ci un répertoire très diversifié n’est pas d’un très grand secours pour préciser les datations. Plus réduit que celui de la phase 1, ce répertoire est essentiellement composé de vases à liquide, avec une nette dominance de cruches à bec tubulaire destinées au stockage. La présence, mêlées aux rebuts de fabrication, de céramiques de consommation à pâte blanche et glaçure verte des ateliers bressans du secteur de Meillonnas et Treffort – appelées aussi service vert – est en revanche un élément non négligeable. Les débuts de cette production peuvent en effet être aujourd’hui fixés dans le courant du xve siècle67. D’autre part, quelques très rares tessons de pots et surtout des carreaux de poêle portent de l’engobe blanc associé à une glaçure verte. L’utilisation de cette technique de fabrication apparaît en Dauphiné et Lyonnais entre le xve et le début du xvie siècle, du moins comme le suggèrent les lots issus des sites de consommation. C’est un marqueur chronologique qui permet de déterminer en partie le passage entre vaisselier médiéval et vaisselier moderne à l’instar de ce qui se passe par exemple dans une autre région limitrophe, la Provence68. Il est difficile également de cerner la production du four F1. Les rares tessons découverts sur le fond du four sont des panses d’objets indéterminés. Le remplissage de la fosse d’accès au four contenait des rebuts de fabrication de vaisselles identiques à ceux présents sur le reste du secteur mais également des fragments d’accessoires liés à la fabrication des carreaux de poêle. Ces fragments ont cependant été déposés après l’abandon de la structure. Ce four est peut-être à l’origine d’une partie des produits découverts lors de la fouille, mais l’état d’arasement des vestiges et le manque de liens stratigraphiques imposent une certaine réserve. Concernant sa chronologie, la fouille n’a pas livré de charbons de bois pouvant se prêter une analyse au radiocarbone. Néanmoins, une analyse par archéo-magnétisme a été confrontée à l’analyse céramologique. Le report des valeurs d’Aoste sur les courbes de référence du CMT à Paris permet de calculer les distributions de date pour chacun des paramètres inclinaison et déclinaison. La combinaison des deux distributions (justifiée par le fait qu’il s’agit d’un même événement  – la dernière chauffe du four), donne deux intervalles de date : [1270 ; 1315] AD à 4 % et [1345 ; 1470] à 91 % de probabilité69.

  • 70 La documentation utilisée ici pour comparaison provient d’Alsace, de Lorraine, de Franche-Comté et (...)
  • 71 Minne 1997, p. 128-131.

86En ce qui concerne les carreaux de poêle d’Aoste, le corpus iconographique et le format des objets font ressortir les mêmes caractères que ceux observés aux xive-xve siècles dans d’autres régions70. Comme en Alsace71, l’architecture gothique miniature sert de décor aux différents carreaux niches et à scènes historiées qui s’intègrent bien dans une tradition iconographique du bas Moyen Âge également véhiculée par les gravures et la sculpture. Le recours au bestiaire fantastique contribue aussi largement à l’illustration des carreaux et ces motifs zoomorphes sont très courants entre les xive et xvie siècles. L’étude du mobilier archéologique suggère une chronologie au cours du xve siècle, que précise l’analyse par archéomagnétisme en proposant une fourchette chronologique comprise entre 1345 et 1470.

Conclusion

  • 72 Vayssettes et Vallauri (dir.) 2012, p. 72-98.

87En dépit d’une stratification malmenée, les différentes structures dégagées et le mobilier recueilli permettent d’aborder un secteur à vocation artisanale inédit pour Aoste, surtout connu pour la fabrication de céramiques dans le courant de l’Antiquité. Vers la fin de la période médiévale, il semble donc que les artisans s’installent sur un terrain vierge d’occupations antérieures. Ce dernier est régulièrement confronté à des problèmes d’infiltration d’eau comme le confirme l’analyse géomorphologique. Les différents faits archéologiques regroupés dans l’occupation du xive siècle constitueraient une partie seulement d’un secteur artisanal plus étendu vers le sud. Il faut sans doute attribuer une part du mobilier, rejeté au sud-ouest du site, à des structures de fabrication situées hors de l’emprise de la fouille. C’est d’ailleurs à cette éventualité que l’on peut imputer la présence de deux groupes techniques distingués dans les différents dépôts. En effet, le fait de trouver associées les productions en pâte rouge et les productions en pâte grise comme rejets de fabrication pose quelques interrogations, même si ce phénomène de double cuisson est attesté par ailleurs à Montpellier à la même époque72. Les marmites en céramique commune grise qui ont été découvertes ne font pas référence à la vaisselle de consommation mais bien à une production de la zone artisanale. Elles sont identiques par leur profil à d’autres exemplaires en céramique commune rouge. L’analyse des pâtes révèle qu’une partie de ces récipients sont fabriqués à l’aide des mêmes argiles que les cruches. La fouille du fond du four F2 n’a livré que quelque rares tessons qui ne permettent pas de déterminer avec précision tous les types d’objets qui y ont été cuits mais démontre la fabrication de céramiques rouges dont des cruches. C’est aussi ce que pourrait confirmer la cruche presque entière découverte dans la chambre de cuisson. L’abondant mobilier provenant des structures environnantes, des comblements opérés lors de la destruction et de l’abandon du four est très homogène. Les quantités extraites livrent toutes les informations possibles sur les différents types de pots et objets manufacturés sur place. L’essentiel est composé de vases hauts de type cruche destinés au service ou au stockage des liquides. Parmi la vaisselle culinaire figurent les marmites. La production de formes ouvertes de table constitue un nouvel apport pour la connaissance du vaisselier du bas Moyen Âge, écuelles et plats étant quasiment inconnus des sites de consommation étudiés à ce jour. Enfin, un petit nombre d’objets singuliers comme les trompes d’appel, les carreaux de poêle ou encore les alambics complètent ce catalogue. Ces produits s’inscrivent majoritairement dans les caractères régionaux du Lyonnais et du Dauphiné. On notera cependant des apports méridionaux comme les décors en sgraffito des plats ou septentrionaux avec les carreaux de poêle.

88Les structures du xve siècle sont un peu plus nombreuses mais leur état de conservation n’est pas meilleur que pour la phase précédente. Le four F1 est lacunaire et la plupart des fosses qui l’entourent sont incomplètes. La fouille du four n’a livré aucun tesson sur la sole et les fragments d’objets en terre cuite manufacturée trouvés dans la structure de chauffe appartiennent à son abandon. Le petit bâtiment, que l’on peut identifier selon toute vraisemblance à l’atelier, a livré un aussi riche mobilier céramique que celui recueilli dans quelques fosses dépotoir. S’il s’inscrit dans la lignée de celui de la phase précédente avec une nette prédilection pour les pots destinés à verser ou stocker les liquides, c’est un aspect plus spécifique de sa composition qui le caractérise : la production de carreaux de poêle qui se singularise par un répertoire des plus variés et de qualité. Cette dernière est perceptible à la fois dans l’esthétique du répertoire iconographique choisi et dans la réalisation des carreaux. Cette découverte qui constitue une première en région Rhône-Alpes témoigne également de l’apparition d’une méthode de fabrication qui n’aura de cesse de se développer dans l’artisanat de la terre cuite et ce pendant toute la période moderne : l’engobage.

89La fabrication des carreaux de poêle au xve siècle fait donc toute l’originalité de la production du site de Normandoz. L’installation de ce secteur artisanal dans l’agglomération n’a laissé en revanche aucune trace dans les textes. Un dépouillement des fonds d’archives a été entrepris et il est manifeste que les indices d’information sont inexistants. Très peu traitent de la communauté d’Aoste aux époques moderne et a fortiori médiévale. Tout ou partie du territoire d’Aoste relevait de la seigneurie de Leyssin et son intégration à celle-ci reste très mal documentée. Peu ou pas de pistes donc, du côté des archives seigneuriales, terriers ou autres. Même impasse en ce qui concerne les archives notariales. Les plus anciens registres conservés ne remontent pas avant la fin du xviie siècle et les archives communales ne sont pas antérieures au xviie siècle.

90Concernant la présence de cet artisanat dans ce secteur du Dauphiné, plusieurs questions méritent d’être posées. Les potiers d’Aoste ont-ils diffusé les produits de leur spécialité vers différents horizons géographiques ? Une commande serait-elle à l’origine de cette production ? Les artisans sont-ils originaires de régions septentrionales ou orientales et, le cas échéant, comment expliquer leur venue à Aoste ?

  • 73 Roth 2000.
  • 74 Kulling 2010.
  • 75 Sont exclus de cet inventaire les poêles en faïence d’époque moderne découverts régulièrement dans (...)
  • 76 Benoît 1997, p. 82-83.
  • 77 Archéologie du Moyen Âge 1994, p. 65.
  • 78 Ils sont vraiment minoritaires, soit une vingtaine de fragments sur 50 000 tessons, dans cet immens (...)
  • 79 Lemaître et Verdier 1995, p. 295-299.
  • 80 Amouric et al. 2009, p. 250-251.
  • 81 Faure-Boucharlat et al. 1996, p. 33 et p. 49.
  • 82 Des fragments de carreaux de poêle médiévaux à décor moulé et glaçuré ont été découverts dans la ré (...)

91La première question peut être argumentée en analysant la production où l’on trouve tout de même une majorité de vaisselles domestiques par rapport aux carreaux de poêle. Au stade de l’avancement de l’analyse, il est impossible d’affirmer que la production de ces carreaux était destinée à une distribution plus ou moins éloignée. L’exemple de Berne (Suisse) aux xive-xve siècles73 ou du Pays de Vaud74 (Suisse) où les carreaux sont diffusés dans une partie de la Suisse est assez significatif. Il semble à l’appui de quelques découvertes que la tradition du poêle en terre est assez bien implantée jusqu’en Lyonnais et en Bresse. Presque toutes les attestations régionales de carreaux de poêle sont à mettre au crédit de sites de consommation et dans des contextes qui sont pour la plupart placés entre le xive et le xvie siècle75. On citera en premier lieu le poêle à pots de la forge du Vernay sur le site de la mine de Pampailly, daté du xve siècle76. Plusieurs carreaux inédits, mis au jour au cours des fouilles de l’Archevêché de Grenoble, appartiennent au groupe des premières productions sans engobe, proches des premiers tessons de la production du xive siècle d’Aoste, mais surtout quasi identiques à des pièces découvertes en Suisse77. Les carreaux de poêle réalisés dans une céramique à pâte rouge, recouverte d’engobe blanc et à glaçure verte sont connus des contextes de dépotoirs urbains à Lyon, comme celui de la place des Terreaux78. À l’ouest de Lyon, en Auvergne, le dépotoir du château de Montmaurin a livré plusieurs carreaux de poêle historiés à pâte rouge, engobe blanc et glaçure verte79. Enfin, l’attestation la plus méridionale connue à ce jour est l’ensemble de carreaux à glaçure verte monochrome venant de la livrée cardinalice Ceccano à Avignon à la fin du Moyen Âge80. On peut mentionner également un cas de productions régionales attestées aussi par l’archéologie. En effet, des carreaux de poêle sont élaborés au xvie siècle en Bresse dans les ateliers de Meillonnas-Treffort81. Ces quelques objets, dont un de forme rectangulaire à motif moulé de lion, sont réalisés en pâte kaolinitique de couleur blanche avec une glaçure verte et appartiennent aux productions du service vert. Il semble aujourd’hui opportun de réaliser une enquête approfondie sur les différents contextes ruraux ou urbains médiévaux fouillés en Dauphiné et Savoie82, en particulier les résidences aristocratiques, afin de définir la présence de poêles au bas Moyen Âge et au début de la période moderne.

  • 83 Le carreau niche avec le couple illustre assez bien ce constat.
  • 84 Je tiens à remercier ici J.-P. Jospin (Conservateur du patrimoine, Musée Dauphinois, Grenoble) pour (...)

92La deuxième question peut trouver une réponse par le biais de l’analyse de deux carreaux. Le soin apporté au programme iconographique témoigne parfois83 de la volonté d’un commanditaire d’individualiser des personnages mais aussi d’utiliser un répertoire iconographique en phase avec ses origines sociales et ceci peut paraître évident dans le cas des carreaux à motifs héraldiques. Le carreau à l’aigle déployé fournit quelques pistes intéressantes. En effet, le blason figurant dans les serres de l’aigle offre des similitudes troublantes avec un exemplaire de l’Armorial du Dauphiné84 qui fait référence à la famille d’Arzag ou Arzac, seigneurs de Chatte en Isère au xve siècle. Cette localité est située à une soixantaine de kilomètres au sud d’Aoste. Faut-il alors envisager une commande de la part de cette famille ? Ces informations assez minces, mais séduisantes, incitent tout de même à une grande prudence.

  • 85 Roth 2000, p. 47.
  • 86 Fouille archéologique « Hôtel de Rosières, no 6 rue Pasteur » placée sous la direction de P. Martin (...)
  • 87 Kulling 2010, p. 13.
  • 88 Ibid., p. 26-27.

93Pour répondre à la troisième question, on dispose aussi de quelques éléments. La présence de fragments de moules ou de fragments issus de surmoulage fabriqués sur place confirme une installation locale certaine des artisans. Rien n’empêche cependant d’avancer que les potiers aient réalisé des moules à partir de matrices existantes ou de carreaux importés d’autres régions. Ces pratiques de surmoulage sont connues à Berne85 par exemple. Une fouille récente à Besançon86 a livré un carreau, dans un contexte d’habitat, avec un lion (fig. 45, no 1). Sa ressemblance avec le petit carreau corniche au lion d’Aoste (fig. 45, no 2) est réellement frappante puisque les mêmes détails se retrouvent d’une pièce à l’autre. Celui provenant d’Aoste est affecté par une usure assez nette que l’on serait tenté d’imputer au surmoulage. Faut-il voir dans ces deux éléments un rapport entre ces deux régions somme toute assez éloignées ? La circulation d’artisans potiers avec leur savoir-faire est bien connue. On citera un artisan de Fribourg qui vient travailler au château de Chambéry87 et l’étude réalisée sur le pays de Vaud en Suisse livre de riches informations88 sur le travail des potiers se déplaçant pour une commande de poêle. Si l’idée d’une commande est séduisante concernant Aoste, elle reste néanmoins du domaine de l’hypothétique.

Fig. 45 Carreau corniche avec Lion.

Fig. 45 Carreau corniche avec Lion.

1. Carreau découvert à Besançon. 2. Carreau de la production de l'atelier d'Aoste.

1. © Archéodunum SA. 2. Éric Bayen, Inrap

94Les résultats obtenus sur le site de Normandoz à Aoste sont d’un apport précieux pour la connaissance de l’artisanat de la céramique. Ils contribuent de surcroît à enrichir nos connaissances sur la culture matérielle à la fin du Moyen Âge entre Dauphiné et Savoie. Si ces acquis permettent de compléter le répertoire céramique régional, la production de carreaux de poêle, inédite et inattendue dans ce secteur, constitue la découverte majeure de l’intervention. Les vaisselles et les carreaux produits à Aoste composent un groupe qui se trouve au carrefour d’influences entre Nord et Sud à l’instar de ceux déjà étudiés sur les sites de consommation d’un large axe compris entre Chambéry et Lyon. Il reste à souhaiter qu’une opération archéologique puisse un jour investir l’extension du site que les diverses prospections laissent supposer dans la parcelle voisine de la fouille. Les résultats envisagés seront, à n’en point douter, susceptibles de compléter les données concrètes actuelles qui permettent d’ores et déjà d’écrire un chapitre supplémentaire de l’histoire de la culture matérielle de la ville d’Aoste.

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1996, « Répertoire illustré des céramiques domestiques en Lyonnais (xiie-xviiie s.) », dans Faure-Boucharlat É., Vicard T., Maccari-Poisson B. et Savay-Guerraz S., « Pots et potiers en Rhône-Alpes. Époque Médiévale. Époque moderne », Documents d’archéologie en Rhône-Alpes, 12, p. 179-302.

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2000, « Essai de comparaison des céramiques de poêle médiévales et modernes provenant d’édifices laïcs et religieux à Strasbourg », dans Archéologie du poêle en céramique du haut Moyen Âge à l’époque moderne. Technologie, décors, aspects culturels, Actes de la table ronde (Montbéliard, Musée des Ducs de Wurtenberg, 23-24 mars 1955), Revue archéologique de l’Est, 15e supplément, Dijon, p. 73-92.

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Notes

1 Diagnostic sous la direction de Stéphane Bleu (Inrap).

2 Prescription du Service régional de l’archéologie (DRAC Rhône-Alpes). L’opération a été confiée à une équipe de l’Inrap Rhône-Alpes sous la direction d’Alban Horry assisté de Nathalie Attiah, Stéphane Bleu, Catherine Bourdaud’hui, Stéphane Brouillaud, Christel Fraisse, Patrice Roussel, Jean-Claude Sarrasin, Nathalie Valour. DAO et relevés : Éric Bayen et Wojciech Widlak ; géomorphologie : Odile Franc ; numismatique : Christian Cécillon ; recherche d’archives et historiques : Sophie Savay-Guerraz ; topographie. Sylvaine Couteau.

Je tiens à remercier ici tout particulièrement Grégoire Ayala (Inrap), Élise Boucharlat (ministère de la Culture, inspectrice générale de l’architecture et du patrimoine), Lucy Vallauri (CNRS, La3M) pour leurs conseils et leur collaboration tout au long de ce travail. Je tiens aussi à mentionner tout spécialement Stéphane Brouillaud (Inrap) pour son aide précieuse lors des phases d’inventaire et d’étude de la céramique et Éric Bayen (Inrap) pour la réalisation des dessins. Je remercie également Hugues Savay-Guerraz (conservateur du patrimoine, directeur du Musée gallo-romain de Lyon) et Sylvie Perrin-Toinin (Musée gallo-romain d’Aoste).

3 Ces prospections ont été effectuées dans le cadre d’un Projet Collectif de Recherche : « Peuplement et milieu en bas Dauphiné de l’apparition de l’agriculture à l’époque moderne » coordonné par Jean-François Berger (Cepam-CNRS UMR 6130). La gestion du secteur d’Aoste a été confiée à Stéphane Bleu (Inrap).

4 Quelques éléments supplémentaires peuvent être signalés comme les fragments de pichets ou cruches dits « très décorés » caractéristiques des xiiie-xive siècles.

5 Hulin 2008.

6 L’ouverture de sondages plus profonds à l’issue de la fouille des différentes structures médiévales n’a pas révélé d’occupation antérieure au xive siècle, contrairement à ce que laissaient présager les découvertes anciennes dans le secteur et le ramassage de quelques artefacts gallo-romains lors du diagnostic.

7 L’analyse géomorphologique écarte la présence de terres d’argile destinées à la cuisson sur le site.

8 Les charbons ont été prélevés à ce niveau pour effectuer la datation au radiocarbone.

9 La coupe dressée en fin de fouille confirme l’absence d’apport de sédiments pour le fond du four contrairement aux parois.

10 Hypothèse fournie par Jacques Thiriot (CNRS, La3m, MMSH, Aix-en-Provence) que je tiens à remercier ici.

11 Guadagnin 2000, p. 188-194.

12 Bourgogne médiévale 1987, p. 223.

13 Thiriot 1986, p. 143.

14 Le Nézet-Célestin 2009.

15 Delor-Ahu et al. 2005, p. 261.

16 Les différents numéros d’US ont été créés dans cette éventualité.

17 Hulin 2008 : « De par les caractéristiques magnétiques et la proximité avec les fours trouvées en fouille, la présence de four est très fortement probable », p. 8.

18 Les analyses physico-chimiques sur 91 échantillons de céramiques ont été réalisées par Valérie Thirion-Merle au Laboratoire de Céramologie de Lyon. Elles avaient pour objectif la caractérisation des productions pour les deux phases chronologiques identifiées afin de disposer d’un référentiel. Elles ont porté sur les différentes formes de céramiques représentatives des productions des deux phases chronologiques. Pour la phase 1, il s’agit de cruches à pâte rouge et de marmites à pâte grise et pour la phase 2 du matériel d’enfournement, des cruches, des creusets et des carreaux de poêle.

19 Un comptage par nombre d’individus après collage a été écarté en raison de l’aspect très fragmentaire de cet ensemble dans lequel, à de très rares exceptions, il est presque impossible de disposer de formes archéologiquement complètes même après collage.

20 Avec la contribution de Valérie Thirion-Merle.

21 Cette catégorie a été créée en partie pour déterminer le nombre de tessons portant une glaçure, mais il est clair qu’elle appartient sans doute à une production plus globale qui regrouperait à la fois les céramiques communes rouges et les céramiques communes rouges glaçurées.

22 Il est intéressant de constater que le profil général de ces pots n’est pas sans rappeler celui utilisé tout au long de la période moderne et jusqu’à nos jours pour des vases aux formats importants destinés au stockage de denrées diverses à la cuisine ou dans les celliers.

23 Dieu 2003, p. 140.

24 Goy 1995, p. 78-83.

25 Avec la contribution de Philippe Lanos.

26 Vicard 1996, p. 277-278.

27 Horry 2009, p. 301-302.

28 C’est le cas d’un récipient glaçuré découvert à Vénissieux dans un dépotoir daté de la première moitié du xive siècle. Documentation inédite.

29 Horry 2002, p. 166.

30 Harle-Sambet et Moyroud (dir.) 2009, p. 148-149.

31 Poisson 1985.

32 Deuber 2006, p. 78.

33 Ly-13616. Analyses réalisées par le Centre de Datation par le Radiocarbone. Université Claude Bernard Lyon 1. UMR 5138 CNRS. Âge de 610 ± 30 BP, ce qui donne l’intervalle calibré [1297, 1405] AD à 95 %.

34 Jannet-Vallat 1984, p. 130-131.

35 En profondeur, les limites de la structure sont difficilement perceptibles en raison de la difficulté de distinguer la texture des sédiments du comblement de celle de l’encaissant.

36 Faure-Boucharlat 1996.

37 Ce sont les résultats de l’étude géomorphologique qui ont amené à formuler cette hypothèse.

38 Identification et étude de la monnaie Christian Cécillon (Inrap). Il s’agit d’un Quarto di soldo en cuivre de Charles-Emmanuel, duc de Savoie de 1580 à 1630, dont l’atelier est indéterminé : Aoste (Italie) ou Gex.

39 En collaboration avec Valérie Thirion-Merle.

40 En collaboration avec Valérie Thirion-Merle.

41 Je tiens à remercier ici Yves Henigfeld (université de Nantes) pour son aide et pour m’avoir fourni une abondante documentation sur les carreaux de poêle.

42 Minne 1977.

43 Huot-Marchand 2006.

44 En Lorraine, par exemple, les argiles utilisées peuvent être diverses : calcaires, siliceuses ou kaolinitiques.

45 La glaçure est colorée par ajout d’oxyde de cuivre qui donne au résultat une couleur verte.

46 Information fournie par Jacques Thiriot (CNRS, Lamm, MMSH, Aix-en-Provence).

47 Ce modèle repose sur des comparaisons effectuées avec des poêles en Allemagne.

48 Minne 1977, p. 132-141.

49 Huot-Marchand 2006, p. 81.

50 Minne 1977, p. 136 et Waton 2000, p. 78-82.

51 Minne 1977, p. 211-214.

52 Keck 2000, p. 40-41.

53 Renseignements et identification fournis par Lionel Dieu que je remercie ici.

54 Giuliato 2001, p. 230.

55 Minne 1977, p. 163-165.

56 Ibid., p. 298.

57 Roth Kaufmann et al. 1994, p. 179-182.

58 Minne 1977, p. 174-175.

59 Chaudet 2010, p. 313.

60 Observation d’autres carreaux fragmentaires, non représentés sur les planches.

61 Minne 1977, p. 150-153.

62 Goy et Billoin 2001, p. 90-91.

63 Keck 2000, p. 38.

64 Roth Kaufmann et al. 1994, fig. no 21-25.

65 Goy et Billoin 2001, p. 90.

66 Avec la collaboration de Philippe Lanos.

67 Faure-Boucharlat et al. 1996. La finesse des pâtes et l’aspect des glaçures rappellent les tessons qui sont régulièrement découverts dans les contextes antérieurs au xvie siècle, période à partir de laquelle ces produits seront plus amplement diffusés.

68 En Provence et Languedoc, « cet engouement pour l’engobe est manifeste au sein de toutes les officines », Amouric et Vallauri 2001, p. 37.

69 Références rapport d’analyse : REN-2011-13, REN 2011-14 dans Lanos et Dufresne 2011.

70 La documentation utilisée ici pour comparaison provient d’Alsace, de Lorraine, de Franche-Comté et de Suisse.

71 Minne 1997, p. 128-131.

72 Vayssettes et Vallauri (dir.) 2012, p. 72-98.

73 Roth 2000.

74 Kulling 2010.

75 Sont exclus de cet inventaire les poêles en faïence d’époque moderne découverts régulièrement dans les contextes lyonnais des xviiie et xixe siècles.

76 Benoît 1997, p. 82-83.

77 Archéologie du Moyen Âge 1994, p. 65.

78 Ils sont vraiment minoritaires, soit une vingtaine de fragments sur 50 000 tessons, dans cet immense dépotoir daté de la seconde moitié du xvie siècle.

79 Lemaître et Verdier 1995, p. 295-299.

80 Amouric et al. 2009, p. 250-251.

81 Faure-Boucharlat et al. 1996, p. 33 et p. 49.

82 Des fragments de carreaux de poêle médiévaux à décor moulé et glaçuré ont été découverts dans la région de Thonon (Haute-Savoie). Documentation inédite fournie par Colette Laroche (DRAC Rhône-Alpes, Service régional de l’archéologie) que je remercie ici.

83 Le carreau niche avec le couple illustre assez bien ce constat.

84 Je tiens à remercier ici J.-P. Jospin (Conservateur du patrimoine, Musée Dauphinois, Grenoble) pour l’identification du blason et les informations sur ce dernier.

85 Roth 2000, p. 47.

86 Fouille archéologique « Hôtel de Rosières, no 6 rue Pasteur » placée sous la direction de P. Martin, Archeodunum, étude de la céramique S. Guyot.

87 Kulling 2010, p. 13.

88 Ibid., p. 26-27.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 Carte de localisation.
Crédits Ghislaine Macabeo, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 345k
Titre Fig. 2 Plan d’ensemble du site de Normandoz.
Crédits Wojtek Widlak, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 214k
Titre Fig. 3 Plan des vestiges de la phase 1.
Crédits Wojtek Widlak, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 165k
Titre Fig. 4 Phase 1. Plan et coupe du four F2.
Crédits Wojtek Widlak, Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 259k
Titre Fig. 5 Phase 1. Détail de l’épandage de céramiques.
Crédits Cl. J.-C. Sarrasin, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 999k
Titre Fig. 10 Phase 1. Céramique à pâte rouge. Cruches à bec pincé.
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 370k
Titre Fig. 11 Phase 1. Céramique à pâte rouge. Bords de cruches à bec pincé (1-20). Pot à bec pincé (21-22).
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 285k
Titre Fig. 12 Phase 1. Céramique à pâte rouge. Cruches à bec tubulaire.
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 183k
Titre Fig. 13 Phase 1. Céramique à pâte rouge. Cruches à bec ponté (1-3), cruches à bec tubulaire (4-9), bouteille (10).
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 200k
Titre Fig. 14 Phase 1. Céramique à pâte rouge. Jarres à goulot ou cruches de stockage.
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 280k
Titre Fig. 15 Phase 1. Céramique à pâte rouge. Marmites.
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 132k
Titre Fig. 16 Phase 1. Céramique à pâte grise. Marmites.
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 242k
Titre Fig. 17 Phase 1. Céramique à pâte rouge glaçurée. Écuelles (1-3), plats creux (4-9).
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-13.jpg
Fichier image/jpeg, 214k
Titre Fig. 18 Phase 1.
Légende Céramique à pâte grise. Couvercles (1-2), céramique à pâte rouge glaçurée et non glaçurée, anse coudée (3), tirelire (4), couvercle (5), pied (6), albarello ? (7), telles à crémer ? (8-9), objet indéterminé (10), trompes d’appel (11-13).
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-14.jpg
Fichier image/jpeg, 230k
Titre Fig. 19 Phase 1. Céramique à pâte rouge. 1-6. Alambics.
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-15.jpg
Fichier image/jpeg, 107k
Titre Fig. 20 Phase 1. Carreaux de poêle.
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-16.jpg
Fichier image/jpeg, 192k
Titre Fig. 21 Plan général des structures de la phase 2.
Crédits Wojtek Widlak, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-17.jpg
Fichier image/jpeg, 238k
Titre Fig. 22 Phase 2. Plan et coupe du four F1.
Crédits Wojtek Widlak, Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-18.jpg
Fichier image/jpeg, 238k
Titre Fig. 23 Phase 2. Vue du bâtiment de l’atelier.
Crédits Cl. J.-C. Sarrasin, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-19.jpg
Fichier image/jpeg, 963k
Titre Fig. 28 Phase 2.
Légende Céramique à pâte rouge et céramique à pâte rouge glaçurée. Cruches à bec pincé (1-2). Cruches à bec tubulaire (3-7). Pots indéterminés (8-14). Jarre à goulot ? (15). Gourde (16).
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-20.jpg
Fichier image/jpeg, 219k
Titre Fig. 29 Objets particuliers. Phase 2.
Légende Creusets (1-11). Pernette avec hypothèse d’utilisation pour cuisson d’un carreau de poêle plat (12). Fragment de moule de carreau au griffon (13).
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-21.jpg
Fichier image/jpeg, 497k
Titre Fig. 32 Phase 2. Poêle hypothétique avec les différents types de carreaux produits à Aoste.
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-22.jpg
Fichier image/jpeg, 598k
Titre Fig. 33 Phase 2. Carreau niche de couronnement ou faîtage.
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-23.jpg
Fichier image/jpeg, 481k
Titre Fig. 34 Phase 2. Carreau niche. Aigle héraldique.
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-24.jpg
Fichier image/jpeg, 629k
Titre Fig. 35 Phase 2. Carreau niche. Couple.
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-25.jpg
Fichier image/jpeg, 594k
Titre Fig. 36 Phase 2. Carreau niche. À deux personnages.
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-26.jpg
Fichier image/jpeg, 513k
Titre Fig. 37 Phase 2. Carreau niche. Musiciens.
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-27.jpg
Fichier image/jpeg, 256k
Titre Fig. 38a Phase 2. Carreau niche. Archange Gabriel.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-28.jpg
Fichier image/jpeg, 607k
Titre Fig. 38b. Vierge de l’Annonciation.
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-29.jpg
Fichier image/jpeg, 620k
Titre Fig. 38c. « Diptyque » de l’Annonciation (restitution).
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-30.jpg
Fichier image/jpeg, 465k
Titre Fig. 39 Phase 2. Carreaux niches fragmentaires Arbre (1). Chimère (2).
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-31.jpg
Fichier image/jpeg, 156k
Titre Fig. 40 Phase 2. Carreau plat. Dragon.
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-32.jpg
Fichier image/jpeg, 876k
Titre Fig. 41 Phase 2. Carreau plat. Basilic (1-2). Proposition de restitution (3).
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-33.jpg
Fichier image/jpeg, 217k
Titre Fig. 42 Phase 2. Carreaux plats. Aigle couronné (1). Griffon (2).
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-34.jpg
Fichier image/jpeg, 208k
Titre Fig. 43 Phase 2. Carreaux plats. Lion (1-3). Lion et rochers (4).
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-35.jpg
Fichier image/jpeg, 399k
Titre Fig. 44 Phase 2. Carreau corniche. Rose (1). Frise de lions (2). Plinthe avec décor végétal (3).
Crédits Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-36.jpg
Fichier image/jpeg, 578k
Titre Fig. 45 Carreau corniche avec Lion.
Légende 1. Carreau découvert à Besançon. 2. Carreau de la production de l'atelier d'Aoste.
Crédits 1. © Archéodunum SA. 2. Éric Bayen, Inrap
URL http://journals.openedition.org/archeomed/docannexe/image/9658/img-37.jpg
Fichier image/jpeg, 764k
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Pour citer cet article

Référence papier

Alban Horry, « Deux ateliers de potiers en Dauphiné au bas Moyen Âge : les productions d’Aoste », Archéologie médiévale, 43 | 2013, 77-116.

Référence électronique

Alban Horry, « Deux ateliers de potiers en Dauphiné au bas Moyen Âge : les productions d’Aoste », Archéologie médiévale [En ligne], 43 | 2013, mis en ligne le 15 mai 2018, consulté le 16 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/archeomed/9658 ; DOI : https://doi.org/10.4000/archeomed.9658

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Auteur

Alban Horry

Inrap, UMR 5138

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Collaborateurs

Philippe Lanos

CNRS, UMR 5060

Valérie Thirion-Merle

CNRS, UMR 5138

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