Un système de drainage des eaux pluviales à Carcassonne
Texte intégral
1Entre la seconde moitié du xive siècle et le xve siècle, le couvent des franciscains de Carcassonne, initialement élevé aux pieds de la Cité, est reconstruit au sein du bourg neuf érigé sur la rive gauche de l’Aude. C’est cet ensemble conventuel qui a fait l’objet d’une fouille préventive entre octobre 2006 et février 2007. À cette occasion, un système de canalisations, complexe par sa mise en œuvre et raisonné par sa relation au terrain naturel, a été mis en évidence [ill. 1]. Ce système est techniquement très varié et la relation structurelle des éléments avec certains murs permet de distinguer un aménagement progressif de ce réseau sur le long terme, c’est-à-dire probablement à l’échelle de la construction de l’ensemble du couvent. Le sens d’écoulement n’a pu être toujours clairement déterminé car le tronçon dégagé était trop court.
2Les éléments fouillés se localisent dans deux zones et présentent des factures très différentes. Ils ont toutefois en commun des canalisations en relation avec un puisard. Ce dernier guide les eaux ainsi captées en direction des galets de la terrasse alluviale qui sert de support à la construction de l’ensemble conventuel. Il complète le système de canalisations en drainant les eaux pluviales collectées, dans le terrain en place, en profondeur. Le drainage des eaux en directions du préau du cloître semble indiquer que cette eau n’a pas été récupérée pour des usages domestiques propre au couvent (laverie…).
Au nord et nord-est des bâtiments monastiques
3Dès la mise en place des premiers éléments du réseau de drainage des eaux pluviales, le type de caniveau choisi est très complet et soigné. Ainsi, un conduit en pierre maçonné est-il associé à un tuyau en plomb [ill. 2]. Cette canalisation se développe sous la fondation du mur périmétral oriental de l’aile orientale. Elle se compose d’un conduit monolithe (0,06 m de largeur interne) à l’intérieur duquel se trouvait une canalisation en plomb (diamètre, 0,05 m), le tout recouvert par des dalles. Ce caniveau est jouxté, au sud-est, par un puisard. Le cuvelage (0,30 m maximum de hauteur conservée) présente un diamètre de 0,50 m. Le tout repose sur des niveaux d’alluvions constitués de petits galets. La restitution de la partie manquante du contour de la structure permet d’associer le fonctionnement du puisard avec le caniveau qui s’y jette à son extrémité nord-est. Ce caniveau est associé, au sud, à un second ouvrage encastré dans la fondation du mur oriental. Il est constitué d’un conduit de dalles (0,27 m de largeur et 0,18 m de hauteur totale) et couverture de lauzes maçonnées. L’intérieur du conduit a été recouvert d’une couche d’étanchéité passée sur le fond et la base des piédroits. Cet élément a été observé en trois points, sur une longueur totale restituable minimale de 25,40 m. Au sud-ouest, sa prolongation a été détruite. À l’opposé, il se poursuit sous le bâtiment septentrional double et, au-delà, seules des restitutions sont possibles. L’une d’entre-elles suppose un tracé qui se courbe en direction du centre du cloître, endroit vers lequel d’autres canalisations se jettent.
Sur l’emprise du cloître
4Les éléments de drainage sont ici plus complexes [ill. 3-4] et les structures conservées sont de deux types : des percements observés dans les murs-bahuts et des conduites monolithes. En un endroit, les deux sont combinés. Leur mise en place est associée à des phases de reprise dans les élévations ou en sous œuvre.
5Le mur-bahut oriental présente deux cavités ménagées dans l’épaisseur de la maçonnerie, au nord et au sud de la construction. Celles-ci sont établies dans un second temps, lors de la reprise de l’élévation. Ces percements mesurent en moyenne 0,43/0,51 m de largeur, pour une hauteur totale de 0,43 m.
6Au niveau de la portion septentrionale du mur-bahut, le percement est directement associé à un conduit monolithe, observée au revers du mur, côté préau. Leur liaison est assurée au moyen d’une pierre plate disposée dans le fond du percement. Les conduits monolithes se composent alors d’un ou deux blocs qui comportent un canal interne large (0,16 m), sans couverture. La présence, observée en un point, d’un bloc unique semble induire que cet élément suffisait à guider, en direction du nord-est, les eaux directement dans les dépôts de la terrasse alluviale. Le drainage des eaux est complété, au centre du préau, par un second puisard en position légèrement décalée vers le sud-ouest.
Conclusion
7Bien qu’observés de façon fragmentaire, les éléments de ce système de drainage des eaux pluviales mettent en évidence une double distinction. La première est liée à la conception des structures en fonction de leur emplacement, à l’abri de bâtiments couverts ou de volumes semi-ouverts (galeries de circulation du cloître). La seconde montre la coexistence d’aménagements traditionnels avec des ouvrages plus originaux dans leur conception. Au final, le tout témoigne d’un savoir parfaitement maîtrisé, complété par des solutions nouvelles tout à fait adaptées au contexte.
Table des illustrations
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| Titre | 1. Plan d’ensemble des éléments de drainage dégagés. |
| Crédits | DAO : A. Recolin, Inrap. |
| URL | http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/18107/img-1.png |
| Fichier | image/png, 391k |
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| Titre | 2. Canalisation en plomb et puisard. |
| Crédits | Cliché : M. Viarouge, Inrap. |
| URL | http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/18107/img-2.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 692k |
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| Titre | 3. Canalisation au droit du revers du mur oriental du cloître. |
| Crédits | Cliché : A. Bergeret, Inrap. |
| URL | http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/18107/img-3.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 328k |
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| Titre | 4. Canalisation au droit du revers du mur méridional du cloître. |
| Crédits | Cliché : A. Bergeret, Inrap. |
| URL | http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/18107/img-4.jpg |
| Fichier | image/jpeg, 278k |
Pour citer cet article
Référence papier
Agnès Bergeret, « Un système de drainage des eaux pluviales à Carcassonne », Archéopages, 32 | 2011, 60-61.
Référence électronique
Agnès Bergeret, « Un système de drainage des eaux pluviales à Carcassonne », Archéopages [En ligne], 32 | 2011, mis en ligne le 22 juillet 2024, consulté le 18 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/archeopages/18107 ; DOI : https://doi.org/10.4000/123k7
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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.
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