Navigation – Plan du site

AccueilNuméros31ActualitéHalle liée à la foire de Champagn...

Actualité

Halle liée à la foire de Champagne  ?

Covered market related to the Champagne fair?
¿Alhóndiga relacionada con la feria de Champagne?
Julien Avinain
p. 96-97

Entrées d’index

Mots-clés :

halle, foire

Index chronologique :

Moyen Âge

Palabras claves:

Época Medieval, alhóndiga, feria
Haut de page

Texte intégral

Site
9 rue Gambetta, Lagny-sur-Marne, Seine-et-Marne
Surface
Environ 700 m²
Dates
Du 22 mars au 13 juillet 2010
Équipe
Steve Glisoni, Inrap (responsable de secteur)

1L’opération concernait une parcelle située en plein cœur de la ville médiévale et offrait ainsi, pour la première fois, l’occasion d’y étudier l’évolution d’un site d’habitat civil. Cette évolution, marquée par trois temps forts, est particulièrement rythmée par la construction, autour de 1300, d’un grand bâtiment que nous nous proposons d’interpréter comme l’une des halles liées à la foire de Champagne de Lagny.

2Situons d’ores et déjà l’édifice dans son contexte archéologique, car il n’est pas inintéressant de noter que sa fonction originale se distingue également par la rupture qu’il instaure dans l’organisation parcellaire.

3Au cours du xiie siècle, après une première occupation liée à des structures en creux, nous notons l’apparition d’un bâtiment étroit de type maison à colombage qui tend à « coloniser » la parcelle dans sa profondeur. Mais, au cours de cette première phase, l’essentiel de l’espace est alors occupé par une zone de clos ou de cours. Ainsi, le front de la rue Saint-Paul, au sud du site, n’est pas entièrement occupé. On retrouve ici une chronologie et un phénomène que l’on observe ailleurs à Rouen, Cluny, Viviers, Tournus ou Figeac.

4La césure radicale dans le mode d’occupation intervient dans un second temps, avec l’apparition, à la fin du xiiie siècle ou au début du xive, d’un édifice qui présente deux points remarquables. En premier lieu, il se distingue par le choix d’un système de fondations sur piles carrées maçonnées au plâtre. Ces piles forment un alignement central de 21 m de longueur, composé d’au moins six plots, qui se trouve complété par les renforts ponctuels de maçonnerie des deux espaces semi-excavés associés à cet édifice [ill.1 et 2]. Et c’est là le deuxième point essentiel car cette halle fonctionnait clairement avec ces salles, bien que leur niveau d’utilisation ne se situât qu’à 1,20 m environ sous le niveau de circulation qui leur était contemporain. Toutes deux comportaient une colonne centrale [ill.3] et présentaient une surface de 12 m² environ, pour celle qui s’ouvre sur la rue Saint-Paul, et d’une vingtaine de mètres carrés pour la seconde.

1. En bas à gauche, l’espace semi-excavé qui s’ouvre sur la rue Saint-Paul au sud.

1. En bas à gauche, l’espace semi-excavé qui s’ouvre sur la rue Saint-Paul au sud.

Cliché : Julien Avinain, Inrap.

2. Plan du site.

2. Plan du site.

Nous distinguons, sur le plan, la travée centrale. Les travées latérales sont quant à elles moins bien conservées, mais clairement esquissées par les maçonneries des deux salles.

DAO : Julien Avinain, Inrap.

3. La colonne de la salle de la rue Saint-Paul qui fut découverte en l’état.

3. La colonne de la salle de la rue Saint-Paul qui fut découverte en l’état.

Cliché : Julien Avinain, Inrap.

5Ce que cet agencement en travées (trois au minimum) suppose, c’est très probablement l’usage de la voûte en rez-de-chaussée, à l’instar de la maison des Cinq Pignons place de la Fontaine. Il faut imaginer que cette construction nouvelle vient occuper, cette fois-ci, tout l’espace à l’angle des rues des Étuves et Saint-Paul. Il faut également supposer qu’il s’ouvrait largement, peut-être par des arcades, sur l’extérieur. L’emploi de salles semi-excavées indique quant à lui non seulement la nécessité de stockage, mais aussi d’échange. Celle qui se trouve au sud, en limite de la rue Saint-Paul, était en effet desservie depuis cette même rue par un escalier, tout en s’ouvrant sur l’intérieur du bâtiment par une deuxième série de marches.

6Nous retrouvons ainsi tous les éléments de ce que P. Garrigou-Grandchamp appelle la « maison polyvalente », d’autant qu’il est fait mention, dans un contrat de 1277 cité par F. Bourquelot, de cette forme d’ambivalence des bâtiments au sein de ces villes de foire : « Treize marchands d’Ypres fréquentant les foires de Champagne prirent à loyer de l’abbé de Saint-Pierre de Lagny, pour six foires successives de cette villes, les halles dites Halles d’Ypres, les voûtes et les maisons qui en dépendaient. » Structurellement donc, notre bâtiment présente toutes les caractéristiques du lieu de commerce. Néanmoins, il est impossible de l’associer nommément avec l’une des halles mentionnées par la liste des fermes de l’abbaye.

4. Modillon roman découvert dans les remblais de la maison du xiiie siècle.

4. Modillon roman découvert dans les remblais de la maison du xiiie siècle.

Cliché : Laurent Petit, inrap.

7Une première approche de la céramique inscrit ce bâtiment dans l’horizon chronologique de la fin du xiiie et de la première moitié du xive siècle. Ceci n’est pas tout à fait anodin, puisque les historiens des foires, en particulier R.-H. Bautier, envisagent le début du déclin des courants commerciaux dans le courant des années 1280. Néanmoins, tout au long du xive siècle, des actes royaux tenteront d’encourager le maintien de l’activité et de la population à Provins notamment. Il faut également ajouter que les activités de change ont supplanté, dans les villes de foires, les activités commerciales à partir de la fin du xiiie siècle. Dans le cadre de cette problématique, la structure de la rue Gambetta, à Lagny pourrait être interprétée comme un signe de ce dynamisme « tardif » de la ville à la veille de la guerre de Cent Ans.

8Nous remarquons donc, sur le site de la rue Gambetta une évolution tout à fait originale, éloignée des phénomènes de continuité souvent observés dans le parcellaire urbain. D’un premier bâti plutôt étroit en front de rue, nous passons directement à une halle qui occupe quant à elle tout l’espace situé à l’angle des rues Saint-Paul et des Étuves. Ouverte sur l’espace public, elle s’inscrit dans le cadre général de l’histoire des foires de Champagne dont Lagny faisait partie. Avec la fin de ce grand mouvement commercial et l’éclatement des troubles de la guerre de Cent Ans, l’îlot perd sa vocation d’échanges et nous assistons alors à une nouvelle transformation : le bâtiment est très certainement démonté (nous n’avons pas observé de niveaux de destruction ou de démolition en dehors du comblement des caves) pour laisser la place, à la fin du Moyen Âge, à un manoir urbain à tourelle d’escalier à vis. Cette grande demeure privée marquera la troisième et dernière étape dans l’évolution du site.

Haut de page

Bibliographie

Bautier R.-H., 1952, « Les principales étapes du développement des foires de Champagne », Comptes-rendus des séances de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, vol. 96, n° 2, p. 314-326.

Bourquelot F., 1865, Étude sur les foires de Champagne, sur la nature, l’étendue et les règles de commerce qui s’y faisait aux xiie, xiiie et xive siècles, Académie des Inscriptions et Belles Lettres, deuxième série, t. V, Paris, Éditions impériales, p. 192.

Esquieu Y., 1998, Cent Maisons médiévales en France (du xiie au milieu du xvie siècle), Paris, Cnrs, 450 p.

Garrigou-Grandchamp P., 1999, Demeures médiévales : cœur de la cité, Paris, Desclée de Brouwer, Rempart,126 p.

Haut de page

Table des illustrations

Titre 1. En bas à gauche, l’espace semi-excavé qui s’ouvre sur la rue Saint-Paul au sud.
Crédits Cliché : Julien Avinain, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/19249/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 852k
Titre 2. Plan du site.
Légende Nous distinguons, sur le plan, la travée centrale. Les travées latérales sont quant à elles moins bien conservées, mais clairement esquissées par les maçonneries des deux salles.
Crédits DAO : Julien Avinain, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/19249/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 92k
Titre 3. La colonne de la salle de la rue Saint-Paul qui fut découverte en l’état.
Crédits Cliché : Julien Avinain, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/19249/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 696k
Titre 4. Modillon roman découvert dans les remblais de la maison du xiiie siècle.
Crédits Cliché : Laurent Petit, inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/19249/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 395k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Julien Avinain, « Halle liée à la foire de Champagne  ? »Archéopages, 31 | 2011, 96-97.

Référence électronique

Julien Avinain, « Halle liée à la foire de Champagne  ? »Archéopages [En ligne], 31 | 2011, mis en ligne le 23 août 2024, consulté le 17 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/archeopages/19249 ; DOI : https://doi.org/10.4000/1272c

Haut de page

Auteur

Julien Avinain

Inrap

Articles du même auteur

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search