Navigation – Plan du site

AccueilNuméros29DossierRemploi de sarcophages dans la to...

Dossier

Remploi de sarcophages dans la tour de l’église Notre-Dame-aux-Nonnains de Troyes

Reuse of sarcophagi in the tower of the Notre-Dame-aux-Nonnains church in Troyes
Reutilización de sarcófagos en la torre de la iglesia de Notre-Dame-aux-Nonnains de Troyes
Cédric Roms
p. 56-57

Entrées d’index

Mots-clés :

église, remploi, sarcophage

Index géographique :

Grand Est, Aube, Troyes

Index chronologique :

Moyen Âge
Haut de page

Texte intégral

  • 1 Par Philippe Kuchler, Inrap, en 2004-2006 et 2007, et Cédric Roms en 2008.

1Les vestiges de l’église Notre-Dame-aux-Nonnains (ixe-xviiie siècle) ont été découverts lors des fouilles de la place de la Libération à Troyes1. Dans la première moitié du xie siècle, une tour est érigée dans l’angle nord-ouest [ill. 2]. De plan carré, la construction est massive avec des murs d’environ 1,30 m d’épaisseur, en élévation, et de près de 2 m en fondation. La tour est flanquée de neuf contreforts. Sous la tour se trouve une chapelle semi-enterrée à voûte octopartite dont les arrêtes retombaient sur huit piliers semi-engagés et un pilier central fondé sur pieux de bois.

2L’étude des matériaux de construction et de leur mise en œuvre dans les élévations de la tour et de la chapelle illustre la difficulté d’approvisionnement en pierre à bâtir de qualité des chantiers troyens à la fin du premier Moyen Âge. Si la craie affleure dans les villages voisins, son emploi est très localisé dans l’édifice, pour les fondations et le blocage des murs majoritairement. Les maçonneries de la tour et de la chapelle se caractérisent par une utilisation importante de remplois de sarcophages, probablement antiques.

3Les cuves et les couvercles ont été débités en petits blocs parallélépipédiques épais de 7 à 8 cm, pouvant atteindre 40 cm de long. Empilés à plat dans les murs, ils permettent d’obtenir des assises régulières, conditionnées par l’épaisseur standardisée de ces éléments. On observe, sur le mur occidental de la tour [ill. 1], une alternance d’assises de moellons de craie à la base de l’élévation, de plaquettes de sarcophages puis de rognons de silex associés à d’autres matériaux recouverts d’un enduit. Dans la chapelle, les remplois de sarcophages sont mêlés aux moellons de calcaire du Portlandien ; la craie est peu présente dans cette partie de l’édifice.

1. Mur occidental de la tour et contrefort nord.

1. Mur occidental de la tour et contrefort nord.

Cliché : D. Lamotte, Inrap.

2. Plan de la tour et relevé partiel des maçonneries avec localisation des remplois de sarcophages.

2. Plan de la tour et relevé partiel des maçonneries avec localisation des remplois de sarcophages.

DAO P. Pihuit, B. Postel-Vinay, C. Roms, Inrap.

4Les sarcophages ont par ailleurs été découpés de manière à conserver au moins un angle de la cuve, quand les cuves n’ont pas été mises en œuvre entières. Ce cas de figure se rencontre dans les contreforts de la tour, permettant de créer ainsi un pseudo-grand appareil : trois faces des cuves sont visibles dans le contrefort, le reste étant pris dans la maçonnerie. Dans la chapelle, les piliers semi-engagés supportant la voûte sont eux aussi composés de sarcophages en remploi : les cuves découpées sont posées de chant pour constituer le parement et l’espace interne est composé de moellons. Les angles de piliers sont chanfreinés et les cuves ont subi un layage au taillant ou à la polka. Seule la base du pilier central ne comporte aucun élément de sarcophage. Elle est toutefois composée d’éléments architecturaux en remploi.

  • 2 Réalisées avec Didier Lamotte, Inrap, Umr 5594.

5Les analyses pétrographiques2 de 110 fragments de sarcophages ont permis d’identifier clairement quatre faciès et d’en déterminer les zones d’extraction. Une grande partie des sarcophages vient du nord de la Bourgogne : calcaire à oolithes fines du Bathonien (nord de l’Yonne) ou des niveaux terminaux de l’Oxfordien (51 fragments), calcaire du Bajocien (nord de Montbard) (3 fragments), calcaire de Tonnerre (nord de l’Yonne) (1 fragment). Un des sarcophages a été taillé dans un calcaire à milioles du Lutétien (région parisienne). Les sarcophages réemployés dans la tour proviennent de lieux d’extraction éloignés de 60 à 180 km. Leur diffusion est facilitée par leur proximité avec des voies de communication.

6Le remploi de sarcophages dans la construction de la tour de l’église Notre-Dame-aux-Nonnains témoigne des difficultés d’approvisionnement en pierre d’appareil des chantiers troyens au xie siècle (Roms, 2008). Cette pratique s’observe dans le centre de la France (Gély, 2008), en Seine-et-Marne (Büttner et al., 2009), en Bourgogne… L’époque carolingienne marque la fin du commerce des pierres de grand module mis en place en Gaule durant l’Antiquité et qui s’est poursuivi pendant la période mérovingienne avec la diffusion des sarcophages. Pour palier l’absence de pierre de grand appareil, le remploi de sarcophages s’est imposé comme une nécessité. Il faut également prendre en compte la volonté esthétique et symbolique de mettre en œuvre de grands blocs « à l’antique ». Il reste encore à localiser la ou les nécropoles antiques et/ou du haut Moyen Âge du suburbium de Troyes démantelées pour approvisionner le chantier de la tour de Notre-Dame-aux-Nonnains.

Haut de page

Bibliographie

Büttner S., Henrion F., Mecquenem C. De, Palazzon-Bertholon B., 2009, « La crypte de l’abbaye Saint-Séverin à Château-Landon (Seine-et-Marne) : analyse architecturale d’un édifice de l’an Mil », Archéologie médiévale, t. 39, p. 77-104.

Gely J.-P., 2008, « Nature et origine des sarcophages du haut Moyen Âge en remploi dans les églises du centre de la France », in Blary F., Gely J.-P., Lorenz J. (dir.), Pierres du patrimoine européen. Économie de la pierre de l’Antiquité à la fin des temps modernes. Actes du colloque de Château-Thierry, 18-21 octobre 2005, Paris, Éditions du Cths, p. 33-48.

Roms C., 2008, « Approvisionnement en pierre à bâtir d’une église du xie-xiie siècle à Troyes : premières données de la fouille de l’église Saint-Jacques », in Blary F., Gely J.-P., Lorenz J. (dir.), Pierres du patrimoine européen. Économie de la pierre de l’Antiquité à la fin des temps modernes. Actes du colloque de Château-Thierry, 18-21 octobre 2005, Paris, Éditions du Cths, p. 309-314.

Haut de page

Notes

1 Par Philippe Kuchler, Inrap, en 2004-2006 et 2007, et Cédric Roms en 2008.

2 Réalisées avec Didier Lamotte, Inrap, Umr 5594.

Haut de page

Table des illustrations

Titre 1. Mur occidental de la tour et contrefort nord.
Crédits Cliché : D. Lamotte, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/24902/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 928k
Titre 2. Plan de la tour et relevé partiel des maçonneries avec localisation des remplois de sarcophages.
Crédits DAO P. Pihuit, B. Postel-Vinay, C. Roms, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/24902/img-2.png
Fichier image/png, 428k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Cédric Roms, « Remploi de sarcophages dans la tour de l’église Notre-Dame-aux-Nonnains de Troyes », Archéopages, 29 | 2010, 56-57.

Référence électronique

Cédric Roms, « Remploi de sarcophages dans la tour de l’église Notre-Dame-aux-Nonnains de Troyes », Archéopages [En ligne], 29 | 2010, mis en ligne le 28 février 2025, consulté le 06 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/archeopages/24902 ; DOI : https://doi.org/10.4000/13esk

Haut de page

Auteur

Cédric Roms

Inrap, Umr 5199 « De la Préhistoire à l’Actuel : culture, environnement et anthropologie »

Articles du même auteur

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search