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Dossier

Dans les tourbières du marais des Terriers à Vimont (Calvados). L’extraction de la tourbe en Normandie au Moyen Âge

In the peat bogs of the Terriers marsh in Vimont (Calvados). Peat extraction in Normandy during the Middle Ages
En las turberas del pantano de los Terriers en Vimont (Calvados). La extracción de turba en Normandía durante la Edad Media
Axel Beauchamp, Vincent Carpentier, Cécile Germain-Vallée, Arthur Glais et Marion Foucher
p. 18-33

Résumés

En 2019, une fouille menée par le service archéologique du Calvados dans la tourbière de Vimont a vu la mise au jour de vestiges de la préhistoire récente à l’Époque moderne, dont un ensemble de fosses de tourbage des XIIIe-XIVe siècles. À l’aménagement du chenal au cours du haut Moyen Âge, en lien très probablement avec l’installation d’un moulin, succéda, à partir du XIe siècle, la mise en coupe des bancs de tourbe présents dans le comblement du marais. Les vestiges en présence, confrontés aux archives de l’abbaye bénédictine Saint-Martin de Troarn, nous éclairent sur les modalités de cette activité, pour l’essentiel aux mains des moines. On y employait des bêches à aileron, selon un modèle importé de Flandre par les moines normands à la fin du XIIIe siècle et qui s’est perpétué jusqu’au XIXe siècle dans le nord-ouest de l’Europe. Les mottes de tourbe séchée constituaient un combustible apprécié, qui fut sans doute utilisé pour la fumaison des milliers d’anguilles comptabilisées dans les rentes du monastère.

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Texte intégral

1Avec plus de 40 000 000 m³ encore extraits chaque année — principalement en Allemagne et au Canada —, la tourbe combustible a été largement exploitée à travers le monde et notamment en Europe nord-occidentale depuis l’âge du Bronze (Allard 2009 ; Thomas 1970 ; Branigan et al. 2002 ; Ardron 1999 ; Fischer Mortensen et al. 2020). Si Pline l’Ancien y fait déjà allusion au début de notre ère dans les provinces du nord-ouest de l’Empire romain (Histoire naturelle, XVI, I, 4), ce n’est qu’à la fin du Moyen Âge qu’advient l’âge d’or du « tourbage » (terme emprunté aux tourbiers de la Brière), notamment dans l’ancienne Flandre. La France abrite quelques grandes tourbières anciennement exploitées, principalement dans le nord et l’est du pays, mais aussi en Bretagne ou en Normandie [ill. 1] (Pilloix 2019). L’histoire du tourbage y est toutefois moins bien renseignée qu’en d’autres contrées plus septentrionales, l’archéologie se cantonnant avant tout aux plaines et aux plateaux (comme ici avec la plaine de Caen). En effet, l’aménagement du territoire concerne essentiellement ce type de territoire, et beaucoup plus rarement les zones humides et vallées inondables (Carpentier et al. 2019).

1. Carte des tourbières françaises, avec la localisation du site de Vimont (étoile rouge).

1. Carte des tourbières françaises, avec la localisation du site de Vimont (étoile rouge).

V. Carpentier, d’après Pilloix 2019

  • 1 Responsable d’opération : C. Germain-Vallée, département du Calvados.

2En septembre 2019, une opération de fouille préventive conduite à l’occasion d’un projet d’aménagement routier par le service départemental d’archéologie du Calvados a cependant été menée dans la vallée du Sémillon à Vimont, à une dizaine de kilomètres au sud-est de Caen1 [ill. 2]. En plus de donner matière à l’étude de l’évolution paléoenvironnementale de ce secteur sur 15 000 ans — en relation avec plusieurs occupations préhistoriques —, cette fouille a permis de mettre au jour des témoins d’activités artisanales médiévales, dont une vingtaine de structures liées à une activité d’extraction de tourbe. Ces témoins de l’extraction de tourbe revêtent un caractère exceptionnel à l’échelon régional, cette activité étant peu connue en Normandie à l’exception de quelques rares informations, toujours laconiques, glanées dans les textes. Cette fouille donne ainsi l’occasion de croiser données archéologiques et textes médiévaux pour se pencher sur l’histoire de l’exploitation de la tourbe en Normandie, mais aussi, grâce aux traces d’outils observées, de discuter des techniques employées pour son extraction, toujours selon les sources écrites anciennes. Enfin, elle permet également de s’interroger sur le contexte économique et environnemental de cette exploitation ainsi que sur les usages dont ce combustible a été l’objet dans le cadre des marais de la Dives, auxquels se rattache la tourbière de Vimont, anciennement connue sous le nom de marais des Terriers.

2. Localisation du site fouillé sur le cours du Sémillon, entre les marais de Vimont et de Bellengreville (Calvados).

2. Localisation du site fouillé sur le cours du Sémillon, entre les marais de Vimont et de Bellengreville (Calvados).

Les courbes de niveau ont une équidistance de 5 mètres.

Conseil départemental du Calvados.

Première fouille préventive à Vimont dans la vallée du Sémillon

  • 2 Nivellement général de la France.

3La zone de fouille est localisée dans un fond de vallée étroit (une cinquantaine de mètres de large) drainé par le petit cours du Sémillon [ill. 2]. Elle est située entre deux marais continentaux, positionnés en rive gauche du bassin marécageux de la Dives : le marais de Chicheboville-Bellengreville à 1,5 km en amont, et le marais de Vimont à 2 km en aval. Le marais de Vimont, de même que ceux de la Dives, se positionne à une altitude de 3 à 4 mètres NGF2, tandis que celui de Chicheboville-Bellengreville culmine à environ 18 mètres NGF. Ces modestes zones humides, qui ne couvrent aujourd’hui respectivement que 2 et 7 km², étaient sensiblement plus vastes avant les travaux de drainage des xviiie et xixe siècles, qui en ont réduit l’étendue. D’après les sources écrites, tout cet espace fut concerné au Moyen Âge par l’exploitation de la tourbe, sous l’égide des moines de l’abbaye de Troarn dont il sera question en détail plus loin [ill. 3].

3. Les marais de la Dives au Moyen Âge central.

3. Les marais de la Dives au Moyen Âge central.

Sur fond bleu, l’emprise de la zone inondable. Les traits gris correspondent aux principaux points de franchissement (chaussées empierrées et ponts). À gauche, les grandes subdivisions naturelles de ces marais, depuis l’embouchure du fleuve jusqu’à sa limite d’amont, et en vert l’extension maximale de l’ancienne forêt de Bavent telle qu’elle peut être estimée à partir des sources écrites médiévales (le massif est aujourd’hui réduit au secteur de Bavent). Le cercle vert schématise l’extension du marais abbatial de Saint-Martin de Troarn, et le rectangle brun celle de la tourbière du marais des Terriers, rattachée au temporel de cette abbaye. L’étoile rouge indique l’emplacement du site de Vimont.

V. Carpentier, Inrap.

4L’opération archéologique a consisté en l’ouverture de tranchées et de quelques fenêtres transversales à la plaine alluviale du Sémillon, sur une emprise d’environ 5 300 m² [ill. 4] (Germain-Vallée, Beauchamp 2020 ; Beauchamp, Germain-Vallée 2021). Trois carottages tubés au carottier mécanique ont complété ces investigations [ill. 5]. L’ensemble a permis d’étudier la totalité du remplissage post-weichsélien de cette vallée, soit environ 4 m de sédimentation dont 2,50 m de dépôts tardiglaciaires (sables et limons calcaires) et 1,50 m de dépôts holocènes (tourbes, dépôts de chenaux et limons de débordement). Des études sédimentologique, palynologique et malacologique ont été menées sur les archives sédimentaires, tandis que le mobilier archéologique découvert a fait l’objet d’analyses xylologiques, lithiques et archéozoologiques. Le calage chronostratigraphique des dépôts alluviaux ainsi que la datation des bois ou des restes de faune découverts, assurés par un peu plus d’une vingtaine de datations au radiocarbone, a permis d’identifier dix étapes dans l’histoire de ce fond de vallée, du Dryas ancien au Moyen Âge central. Ce long séquençage s’insère dans la chronostratigraphie générale du bassin de la Dives, auparavant définie à partir d’un programme couplant études paléoenvironnementales, historiques et archéologiques, depuis les plus anciens peuplements de la vallée (Mésolithique) jusqu’aux grands travaux de dessèchement du xixe siècle (Lespez et al. 2010 ; Carpentier 2007 ; Carpentier et al. 2007 ; 2012).

4 . Vue générale de la fouille.

4 . Vue générale de la fouille.

Au premier plan, la tranchée 2  ; au second plan, la tranchée 1.

Conseil départemental du Calvados.

5. Le carottage mécanique effectué sur la banquette située entre les tranchées 7 (à droite) et 4 (à gauche).

5. Le carottage mécanique effectué sur la banquette située entre les tranchées 7 (à droite) et 4 (à gauche).

Conseil départemental du Calvados.

5Outre l’exploitation des tourbes à la période médiévale, les autres traces humaines mises en évidence dans ce fond de vallée consistent en pièces lithiques témoignant d’une occupation du Paléolithique final ou du début du Mésolithique, en vestiges de bois travaillés et fauniques témoignant d’une fréquentation humaine au cours des périodes du Néolithique moyen et final et enfin en traces d’une activité de rouissage du chanvre du bas Moyen Âge, postérieure à l’extraction des tourbes.

6C’est au cours de la seconde moitié du Mésolithique et surtout au Néolithique que le fond de vallée du Sémillon se transforme en un marécage, à mesure de la remontée de la nappe phréatique, ce qui permet aux tourbes de se former de part et d’autre d’un paléochenal. Deux niveaux de tourbes ont été identifiés dans la vallée. Le premier, dont le développement est imputable au Mésolithique ou au Néolithique moyen, consiste en une tourbe brune, riche en gros fragments de bois. Le second, qui marque un changement brutal dans la sédimentation du cours d’eau au cours du Néolithique moyen ou final, est formé d’une tourbe noire et fibreuse, sans gros fragments de bois. C’est ce second niveau qui a été exploité à l’époque médiévale. Il n’est de ce fait conservé qu’en pied de versant et en bordure du paléochenal du Sémillon qui, avant la mise en exploitation de la tourbière, s’écoulait au centre de la vallée. Son cours a ensuite été artificiellement déporté durant le Moyen Âge central jusqu’à sa position actuelle, en pied de versant. L’étude n’a pas permis d’établir si ce déport est dû à la construction d’un moulin hydraulique (une pratique largement attestée par ailleurs sur d’autres rivières bas-normandes au Moyen Âge : Beauchamp 2018) ou à l’extraction de la tourbe, voire au deux. Toujours est-il que les données en présence indiquent que le tourbage a été effectif entre la fin du haut Moyen Âge et les xiiie-xive siècles, sans datation plus précise, et qu’une autre activité, le rouissage de chanvre,lui a succédé au-delà de ce terme.

7Jusqu’alors, l’exploitation locale de la tourbe n’était connue qu’à travers les archives relatives à la gestion du temporel de l’abbaye Saint-Martin de Troarn, l’une des principales maisons religieuses de la région, fondée au xie siècle (Sauvage 1911 ; Carpentier 2007). Les marais de Vimont et de Chicheboville-Bellengreville, ainsi qu’une grande partie des marais de la Dives, appartenaient à peuprès en totalité à ce monastère [ill. 3]. Le tourbage y est attesté à compter du début du xiiie siècle.

Les vestiges du tourbage médiéval

8Les structures liées au tourbage médiéval consistent en un ensemble de grandes fosses couvrant plusieurs centaines de mètres carrés, excavées dans le banc de tourbe brun-noir évoqué plus haut. Plusieurs briques de tourbe séchée, régulièrement découpées à angle droit et de section rectangulaire, ont été retrouvées dans leurs comblements, tandis que des restes céramiques recueillis dans d’autres structures postérieures à ces fosses de tourbage confirment que cette activité est bien antérieure aux xiiie-xive siècles.

9Sept fosses de tourbage (numérotées A à G) ont été identifiées [ill. 6]. Toutes présentent un remplissage similaire, très hétérogène, constitué d’un mélange de limon brun-gris comportant de nombreuses mottes de tourbe et de limons carbonatés [ill. 7]. Ce remplissage associe entre eux les différents substrats présents sur le site (tourbe et tuf carbonaté), rejetés sous forme de remblai pour reboucher les fosses après l’extraction de la tourbe. La plupart du temps, les limites des fosses n’ont pu être atteintes, excepté à hauteur des berges du paléochenal, alors comblé, qu’elles recoupent à plusieurs reprises [ill. 8].

6. Plan général du site et des fosses de tourbage médiévales.

6. Plan général du site et des fosses de tourbage médiévales.

Conseil départemental du Calvados.

7. Coupe simplifiée des fosses de tourbage médiévales dans leur contexte stratigraphique général (tranchée 2).

7. Coupe simplifiée des fosses de tourbage médiévales dans leur contexte stratigraphique général (tranchée 2).

L’étoile blanche indique l’emplacement de l’échantillon prélevé pour datation au radiocarbone (14C).

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8. Aperçu du fond d’une tranchée de tourbage montrant le paléochenal néolithique et ses berges tourbeuses, recoupées par une fosse d’extraction médiévale, elle-même antérieure à un fossé lié au rouissage du chanvre et daté de la fin du xiiie - début du xive siècle.

8. Aperçu du fond d’une tranchée de tourbage montrant le paléochenal néolithique et ses berges tourbeuses, recoupées par une fosse d’extraction médiévale, elle-même antérieure à un fossé lié au rouissage du chanvre et daté de la fin du xiiie - début du xive siècle.

Conseil départemental du Calvados.

10La fosse A mesure au moins 17 m sur 8,50 m, soit une surface minimale de 105 m², pour 0,80 à 1,25 m de profondeur sous la surface actuelle. Elle présente un bord oriental rectiligne et un bord occidental plus courbe, qui épouse les contours du paléochenal. Une petite extension quadrangulaire de 1 mètre de côté occupe son angle ouest, dont les bords ont été découpés verticalement, « en escalier », par bandes d’une soixantaine de centimètres de profondeur, en formant latéralement des rebords à angle parfaitement droit de 10 à 11 centimètre de côté [ill. 9a à 9c]. Ces marques, très nettes dans le substrat tourbeux, résultent de l’emploi d’un outil de type bêche, doté d’un rebord permettant de pratiquer une découpe à 90 degrés. Les découpes observées indiquent que la partie tranchante de cet outil mesurait environ 30 centimètres de large. Les autres fosses offrent des caractéristiques similaires. La fosse B mesure au moins 15 mètres sur 15 mètres, soit 225 m2, pour une profondeur irrégulière, fonction de la puissance du banc de tourbe noire. La fosse C, plus petite (14 × 6 m pour une profondeur de 0,5 m), a été recoupée par le creusement d’un fossé associé à l’activité de rouissage postérieure. La fosse D, quant à elle, couvre au moins 490 m² pour 40 à 60 centimètres de profondeur. Des traces évoquant un tassement par suite de piétinement ont été observées à hauteur de sa paroi nord-ouest, évasée. Aucun outil lié à l’activité de tourbage n’a été retrouvé dans le comblement des fosses ou à proximité dans le fond de vallée. Les fosses E, F et G confirment ces informations.

9a-b-c. Détails des marques de coupe « en escalier » observées à hauteur des parois de la fosse de tourbage. 9d. Motte de tourbe recueillie dans le comblement de cette dernière.

9a-b-c. Détails des marques de coupe « en escalier » observées à hauteur des parois de la fosse de tourbage. 9d. Motte de tourbe recueillie dans le comblement de cette dernière.

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11À ces grandes fosses s’ajoutent quelques autres, plus petites (aux dimensions décimétriques), de plan quadrangulaire et aux parois verticales, creusées dans la tourbe ou dans les niveaux sommitaux du paléochenal. Aucune n’a livré de matériel archéologique. Cependant, leur plan, leur position stratigraphique et leur comblement, identiques à ceux des grandes fosses de tourbage, suggèrent qu’il pourrait s’agir de creusements « tests » destinés à déterminer l’emplacement et la profondeur du banc de tourbe. L’une d’elles (St. 11, dans le nord de la fosse D) présente des parois verticales bien conservées et des angles droits, confirmant là encore l’emploi d’un outil tranchant assimilable à une bêche dotée d’un fer droit.

12Outre quelques restes de faune (bœuf et cheval) et blocs de pierre, plusieurs mottes de tourbe séchée constituées de tourbe fibreuse brune, indurée, ont été retrouvés dans le comblement des fosses A et B. Ces mottes mesurent 11 centimètres de section, carrée, pour une longueur maximale de 26 centimètres [ill. 9 d], sachant que la plupart sont incomplètes. Elles ont vraisemblablement glissé dans l’eau qui occupait le fond de la coupe. On peut en déduire que la découpe de la tourbe était réalisée par passes successives sur une trentaine de centimètres de profondeur, au moyen d’un outil doté d’un tranchant vertical, long d’autant et doté d’un aileron à angle droit large de 11 centimètres. Les mottes étaient ensuite divisées par refend tous les 11 centimètres. Or, ces dimensions s’accordent tout à fait avec les traces laissées par l’outil précédemment décrit observées sur la bordure de la fosse A. Cela démontre par conséquent qu’un seul et même outil a vraisemblablement servi à l’extraction puis à la découpe des briques selon un format standardisé.

Mise en œuvre et chronologie du tourbage médiéval, à Vimont et ailleurs

  • 3 Voir aussi arch. dép. Calvados, 285EDT/75.

13Comme déjà précisé, les premières mentions écrites d’extraction de la tourbe dans le marais des Terriers (cet ancien nom du marais de Vimont évoque très probablement les tourbières elles-mêmes) ne remontent qu’au début du xiiie siècle pour le compte de l’abbaye de Troarn. Au cours des siècles suivants, les archives du monastère montrent que les moines s’efforcèrent d’acquérir le quasi-monopole de la tourbe, sous forme de rentes ou de gisements, auprès des hobereaux riverains de leur marais (Sauvage, 1911, p. 260-261)3. Cette ressource était rare localement, presque exclusivement limitée au temporel initial de l’abbaye excepté quelques modestes gisements des alentours dont celui d’Écajeul, situé à 10 kilomètres environ à l’est de Vimont, dans le marais de la Dives, cité quant à lui dès le milieu du xiie siècle (Recueil de jugements de l’Échiquier de Normandie, p. 176, no 786 ; Recueil des actes de Henri II, t. I, no clxix, p. 298, l. 18 sq.). C’est de ce fait vraisemblablement au xiie siècle que le tourbage a débuté dans les différentes tourbières des marais de la Dives, dont celui des Terriers. Régulièrement contestés, les droits des moines furent à plusieurs reprises rappelés par écrit au cours du xiiie siècle. Ils font en particulier l’objet de quelques mentions sortant de l’ordinaire dansle texte d’une enquête datée de 1297, nous y reviendrons plus loin.

14Les textes indiquent que la tourbe extraite à Vimont était surtout utilisée comme combustible, en complément des ressources forestières proches (les marais de l’abbaye étaient couronnés de forêts où les moines jouissaient de droits importants) : on la désigne explicitement par les termes ignis, terra ad focum ou ad ardendum, ou encore blète à ardoir en 1246 dans le temporel de l’abbaye de Sainte-Barbe-en-Auge, près de Mézidon, à 8 kilomètres au sud-est de Vimont (Recueil de jugements…, loc. cit.). Il en allait de même, déjà en 1135, dans le marais Vernier pour les religieux de Pont-Audemer, qui usaient de la tourbe pour leur chauffage, ce qui était toujours vrai au début du xixe siècle au sein des villages riverains (Penna 2003, p. 72-73). La demande urbaine et artisanale en matières combustibles battait alors son plein, et il est très probable, même si aucun texte ne l’atteste directement, qu’une fraction au moins de cette tourbe était revendue sur les marchés de Caen et de Troarn.

15Les textes relatifs au tourbage concernent presque exclusivement le xive siècle dans le fonds de l’abbaye de Troarn, et il s’en dégage l’impression, peut-être erronée, que cette activité aurait rapidement décliné, à Vimont et dans les autres tourbières de ce secteur, dès la fin du Moyen Âge. On trouve toutefois diverses mentions locales qui attestent bien la survivance du tourbage jusqu’au début du xxe siècle, où quelques « carrières de tourbe » fournissaient le combustible nécessaire aux tuileries d’Argences et sans doute à celles d’autres localités voisines pour lesquelles nous ne sommes pas renseignés, ainsi qu’un amendement utilisé par les maraîchers de la région caennaise (Sauvage 1911, p. 261, n. 10-11). Ces mentions sont à ranger au nombre des nombreuses déclinaisons d’un emploi massif de la tourbe dans l’artisanat ou l’industrie de l’ère industrielle, y compris dans certaines régions d’Europe avec introduction de machines (dont le louchet mécanique) pour la coupe et création de réseaux routiers ou ferroviaires pour le fret, à l’image des Torfbahnen du nord de l’Allemagne (Christopher, Völz 2009). La tourbe en effet a conservé son intérêt jusqu’à sonremplacement par le charbon, qui intervient dès la fin du xviiie siècle en Grande-Bretagne mais plus tard dans certaines régions françaises (Finistère, Hauts-de-France) où l’exploitation de la tourbe fut encore envisagée, sous l’Occupation, comme un possible palliatif aux pénuries (Bassompierre 1941 ; Fédération Gallo 1996 ; Couderc 2017 ; Gourmelen 2018). Cette idée cependant fut sans lendemain et le glas du tourbage a bien sonné, en France, dans les années 1950. Si quelques tourbières, à l’image de celle de Sèves à Baupte (Manche), ont continué d’être exploitées jusqu’à nos jours (pour le chauffage jusqu’en 1995, puis pour l’amendement), ce secteur est tombé à l’arrêt partout ailleurs, y compris en Irlande où les dernières tourbières fermeront leurs portes à l’horizon 2030 (Cubizolle 2019, p. 318 sq. ; Crequer 2022). Non exploitées, elles constituent en effet de remarquables puits à carbone alors qu’ouvertes elles émettent d’énormes quantités de gaz à effet de serre.

16Si l’on se penche sur le cas spécifique de la tourbe de Vimont, il semble que l’ancien marais des Terriers compte parmi les quelques secteurs français au sein desquels le tourbage est le plus longtemps attesté aujourd’hui, du xiie ou xiiie siècle jusqu’au milieu du xxe siècle. Peut-être ses origines sont-elles encore antérieures, mais on peut conjecturer dans cette hypothèse que son ampleur fut alors trop limitée pour que soit édictée une réglementation autre que les coutumes en vigueur depuis la fondation du temporel abbatial, au xie siècle. Cette chronologie vaut pour toutes les autres tourbières du nord de la France. Dans la Somme par exemple, les plus anciennes attestations de coupes de tourbe ne remontent qu’au commencement du xiiie siècle, quand se manifeste l’intérêt accru, sinon nouveau, des seigneurs laïques ou religieux pour cette ressource (Cloquier 2006b, p. 60). Encore ne fut-ce peut-être pas le cas partout ; Robert Fossier notamment n’en cite qu’une seule allusion en 1248 pour tout le Marquenterre, ce qui est étonnamment peu dans cette région de tourbières (Fossier, 1992, p. 520). Même seuil, à peine plus précoce — au xiie siècle —, dans le marais Vernier (Penna 2003), mais aussi dans le nord de l’Écosse (Oram 2009, p. 32 sq.) ou en Flandre maritime, notamment dans le temporel de l’abbaye de Bourbourg, l’une des nombreuses maisons religieuses fondées à l’initiative des comtes de Flandre où sont cités, en 1160, des lieux voués au séchage des mottes de tourbe qu’extrayaient les moines de leurs « moëres » ou polders (Cartulaire de Bourbourg, t. III, no xxxvii ; Verhulst, 1967 ; Soens, Thoen 2009 ; De Decker 2011). Au sein de ces vastes terres conquises sur la mer du Nord, la tourbe semble toutefois avoir déjà fait partie des ressources ordinaires des riverains à compter du xe siècle, et le tourbage y aurait contribué, au sein d’un vaste processus d’endiguement bien attesté tant par les textes que par l’archéologie, à la naissance du paysage de polders et de canaux (wateringues) caractéristique de la Flandre maritime médiévale et moderne (Lançon, Boulen 2019 ; Deschodt et al. 2021). Toujours est-il que la demande en tourbe y enregistre un net décollage vers 1250, en réponse aux besoins croissants des grands centres urbains tels que Bruges ou Anvers. Ainsi naquit cet âge d’or de la tourbe qui s’est traduit, dans la Flandre du xve siècle, sous l’égide d’un patriciat urbain tôt acquis au capitalisme, par la naissance de villages de tourbiers et d’un paysage de tourbières à grande échelle : dans les seules provinces de Hollande et d’Utrecht, plus de 60 000 hectares de tourbières furent ainsi convertis à l’Époque moderne en zones submergées, soit le dixième de ces territoires (Zeeuw 1978 ; Augustyn 1987 ; Renes 1987 ; Deforce et al. 2007 ; Cornelisse 2009 ; De Decker, 2011). Le xiiie siècle correspond au même tournant dans l’histoire du tourbage en Grande-Bretagne et en Irlande (Feehan et al. 2008 ; Rotherham 2009), notamment dans les landes d’Exmoor (Riley 2014), du Dartmoor ou du Devon (Newman 2010) ou dans les vastes marais des Somerset Levels (Herring 2008), etc.

Outillages et pratiques des tourbiers normands du Moyen Âge

17D’après les traces d’outils observées dans le comblement des fosses de tourbage de Vimont et la forme des briques de tourbe séchées qu’on y a mises au jour, il est possible, pour la toute première fois, de dégager ici quelques informations concernant les modalités pratiques de cette extraction médiévale. Les observations archéologiques ont mis en évidence l’emploi d’un outil de type bêche, doté d’une pale ou d’un fer large de 30 centimètres, et d’un rebord ou aileron perpendiculaire de 11 centimètres de large pour 30 centimètres de haut. Le recours aux textes médiévaux relatifs au marais des Terriers permet en outre d’aller un peu plus loin.

18Ainsi, pour le mois d’août 1297, le texte d’une enquête diligentée par Philippe du Touchet, abbé de Troarn, portant sur les droits d’usage des riverains du marais des Terriers, propriété du monastère, nous offre quelques renseignements, trop rares par ailleurs, sur les modalités pratiques du tourbage à la fin du xiiie siècle, soit au temps même de l’activité des tourbières de Vimont (arch. dép. du Calvados, H/8103 ; éd. révisée dans Carpentier 2012, p. 93-104). Ce précieux document rappelle tout d’abord les modalités régissant cette activité. Les riverains du marais abbatial pouvaient se rendre aux tourbières et y prélever librement le combustible dont ils avaient besoin en échange de la moitié de leur coupe cédée au monastère. Ce prélèvement était relativement important au regard des autres cens coutumiers qui, pour l’herbe par exemple, ne s’élevaient qu’à quatre deniers, une poule et dix œufs. À titre de comparaison, à la même époque, les tenanciers irlandais de l’abbaye Sainte-Marie de Dublin, dans un pays renommé pour ses tourbières, n’étaient collectivement redevables au manoir abbatial que d’une charrette annuelle par tenure, estimée à trois deniers et un sol, moyennant quoi ils pouvaient prendre toute la tourbe qu’ils désiraient (Chartularies of St. Mary’s Abbey, t. II, p. 61). Ces écarts mettent bien en lumière l’importance singulière qu’accordaient les moines de Troarn à cette ressource, d’autant plus limitée que d’autres abbayes y avaient également leur part, comme celles de Savigny en 1150 ou de Fécamp en 1220 et 1250 (Delisle 1903, p. 286 et 735 ; Sauvage 1911, p. 262, n. 1).

19Mais l’information la plus précieuse que nous délivre ce texte réside certainement dans le fait qu’il y est explicitement fait état des types de bêches employées à cet usage. L’enquête évoque en premier lieu celles qui étaient explicitement destinées aux travaux des vignes. Ces bêches semblent correspondre au type le plus répandu, à la fois dans la région et plus largement dans tout l’Occident médiéval, le plus fréquemment mis au jour par les archéologues, qu’on utilisait également pour les labours manuels : la bêche en bois à embout ferré ou pella ferrata (Sigaut 1984, p. 368-372 ; Comet 1992, p. 121 sq.). Dans le cadre du tourbage, il est probable que des outils de ce type permettaient aussi d’ouvrir la partie supérieure du sol afin d’atteindre le banc de tourbe proprement dit. Cette opération, commune à tous les procédés de tourbage du nord-ouest européen, se faisait à peu près partout à l’aide d’outils plus génériques que ceux employés pour la coupe proprement dite. En outre, concernant le site de Vimont, ce fait semble pouvoir également être mis en rapport avec les petites fosses « tests » reconnues autour des grandes fosses de tourbage, qui ont très probablement été ouvertes à l’aide de simples bêches telles que celles affectées aux travaux des vignes. Pour la coupe en revanche, on avait recours à un autre type de bêche, que notre document nomme « flamengues » — autrement dit flamandes —, en précisant que, selon la coutume abbatiale, ces dernières étaient les seules autorisées pour le prélèvement des mottes. De quel type d’outil pouvait-il s’agir et pourquoi préciser son origine flamande ?

  • 4 Fouilles préventives à Romilly-sur-Andelle, ruelle du Mont, parcelles AB4 et AB549, responsables d’ (...)

20Il s’agissait manifestement d’une bêche spécialement adaptée au tourbage mais dont l’identification précise s’avère d’emblée délicate, aucun exemplaire intact de bêche médiévale n’étant conservé à ce jour (Reigniez 2002, p. 130-149). On n’en connaît en effet que des représentations imagées ou des parties ferrées, dont plusieurs découvertes en Normandie : par exemple une à Vernon (Eure) en 1916, perdue depuis (Deshoulière 1921), et une à Romilly-sur-Andelle4 (Guillemot et al. 2020, p. 253-254 et 255, fig. 9). La référence à la Flandre en soi n’est pas plus explicite. On sait seulement que la bêchey fut largement employée depuis le Moyen Âge pour les travaux du sol, notamment des sols lourds de la Flandre (Derville 1995, p. 60 et 65), mais aussi des jardins ou des vignes. L’emploi au tourbage n’est pour sa part guère documenté avant la fin du xviiie voire les xixe-xxe siècles, auxquels renvoient les divers exemplaires conservés en Grande-Bretagne ou en Scandinavie (Gailey, Fenton 1970). Quant à l’iconographie médiévale ou moderne, elle ne semble être ici d’aucun secours : nous n’avons trouvé aucune figuration de bêche à tourbe antérieure à la fin du xviiie siècle.

21Il subsiste toutefois une lueur d’espoir dans la mesure où les travaux ethnographiques, en particulier ceux publiés en 1970 par Alan Gailey et Alexander Fenton autour de la bêche, ont révélé que, en ce domaine, on usa jusqu’au milieu du xxe siècle, à peu de chose près, des mêmes outils qu’au xviiie siècle et sans doute qu’au Moyen Âge. En 1911, René-Norbert Sauvage supposait ainsi, après le comte de Dienne, que ces bêches flamandes évoquées par notre enquête à la fin du xiiie siècle devaient correspondre à des exemplaires dotés non d’une panne droite, comme ceux employés aux vignes, mais recourbée et arrondie, à l’image des « capés de gendarme » qu’utilisaient en leur temps les tourbiers du Cotentin (et peut-être aussi ceux de la région de Troarn : Sauvage 1911, p. 261, n. 9). Aux bêches de section semi-tronconique attestées au xixe siècle dans le marais Vernier, les tourbiers préféraient en effet, pour les opérations de coupe, de grands « louchets » au fer long et droit, dotés d’un ou deux ailerons perpendiculaires forgés directement sur la panne (Penna 1999, p. 293). L’ethnographie de la bêche confirme d’ailleurs partout en Europe du Nord que les modèles au fer recourbé servaient plutôt au décapage superficiel de la tourbière et non à la coupe proprement dite. Or, les traces archéologiquement observées à Vimont vont bien dans ce sens.

22Dans la Somme et le Calaisis, depuis la fin du xviiie siècle au moins, cette opération était réalisée à l’aide d’un « petit louchet » ou « féron », bêche dont le long fer droit était doté d’un aileron latéral forgé à angle droit (Cloquier 2006b). Cet outil est figuré pour la première fois à notre connaissance sous les noms de « bêche à tourber » ou de « louchet-azeronde » (pour « aileron »), sur la première planche illustrant le tome XIX du traité de l’inspecteur des manufactures et futur ministre girondin Jean-Marie Roland de La Platière (1734-1793), paru en 1783 (p. 552 et pl. I) [ill. 10]. Il se compose d’un manche en bois long de 1,20 m, prolongé par un fer rectangulaire, à aileron, long de 30 centimètres, ce qui, notons-le, correspond parfaitement à la profondeur de coupe mesurée à Vimont. On le trouve encore décrit quelques années plus tard par Johann Friedrich von Pfeiffer (1718-1787), professeur d’économie à l’université de Mayence, dans son Histoire du charbon de terre et de la tourbe, publiée à Paris en 1787 : « Pour bêcher la tourbe, on se sert de bêches ou pelles tranchantes, dont le fer est de la longueur & de la largeur qu’on veut donner à la tourbe, & dont un côté est garni d’un tranchant saillant en équerre, afin de s’épargner un coup de bêche pour la coupe latérale, & de former les tourbes d’une même longueur, largeur & épaisseur » (p. 60). Même outil encore, très minutieusement décrit un siècle plus tard par le conducteur des Ponts et Chaussées Henry Debray (1827-1888), dans les marais calaisiens d’Ardres, de Guînes, d’Aveluy ou d’Albert : « La tourbe est extraite au moyen d’une bêche de 0m90 de longueur totale, appelée féron. La tranche de l’outil a 0m16 de hauteur sur 0m09 de largeur. Elle est pourvue sur l’un de ses côtés, à droite ou à gauche, suivant la main de l’ouvrier, d’un aîleron [sic] de même dimension, faisant avec la face, un angle de 103° environ. Chaque coup de féron enlève un prisme de 0m09 de côté sur 0m25 à 0m35 de hauteur, selon la dûreté [sic] de la matière à extraire. Les prismes sont lancés vers la berge, où se trouvent des femmes et des enfants qui, après les avoir reçus, les déposent sur une brouette pour les conduire ensuite à la place où on doit les faire sécher » (Debray 1873, p. 15). Ce petit louchet à aileron était propre aux « ferronneurs » du Calaisis. Plus à l’est, vers la Flandre maritime, coexistaient d’autres types de bêches à tourbe : « À Looberghe [au sud-ouest de Bourbourg, dép. du Nord], la bêche, qui est dépourvue d’aîleron [sic], a 0m76 de longueur totale, et la tranche 0m24 de hauteur sur 0m125 de largeur ; à 0m22 de son extrémité, se trouve rivé un arrêt, qui sert à placer le pied, de manière à exercer un plus grand effort » [ill. 11] (Debray 1873, p. 16 et pl. VII ; voir aussi p. 48).

10. Première planche illustrant le traité de Roland de La Platière (1783) montrant la chaîne technique et les outils du tourbage, dont les différents types de pelles et de bêches (A à C).

10. Première planche illustrant le traité de Roland de La Platière (1783) montrant la chaîne technique et les outils du tourbage, dont les différents types de pelles et de bêches (A à C).

Les deux exemplaires notés B, à droite, correspondent à deux sortes de louchets à ailerons nommés « bêche à tourber » et « louchet-azeronde ».

Conseil départemental du Calvados.

11. Aquarelle figurant un louchet à aileron (à gauche) ainsi qu’un grand louchet de tourbier (à droite), utilisés au xixsiècle par les tourbiers du Calaisis, le premier dans les marais d’Ardres, le second dans ceux de Looberghe.

11. Aquarelle figurant un louchet à aileron (à gauche) ainsi qu’un grand louchet de tourbier (à droite), utilisés au xixe siècle par les tourbiers du Calaisis, le premier dans les marais d’Ardres, le second dans ceux de Looberghe.

D’après Roland de La Platière 1783 (pl. I).

  • 5 Un monument lui a été érigé en 1842 par la ville de Thézy-Glimont. Voir : Ville de Thézy-Glimont, « (...)
  • 6 Voir aussi Lionel Bacquet, « Histoire de l’extraction de la tourbe à Long (Somme), Picardie » [http (...)

23Il semble donc que cette famille d’outils ait été inventée bien avant la fin du xviiie siècle, en l’occurrence dès le xiiie siècle à Vimont. Il fut certainement perfectionné à l’Époque moderne. D’autres outils beaucoup plus longs, permettant d’exploiter les gisements en profondeur, furent mis au point en Picardie en 1786 par Éloi Morel (1735-1809), natif de Thézy-Glimont et inventeur du « grand louchet »5 (Dournel 2009, p. 216 ; Defer 1998, p. 13-19)6, ainsi qu’en Flandre où, à la même époque, les tourbiers avaient recours à de longs filets de curage nommés « baggerbeugel », maniés depuis des barques (De Decker 2011). On retrouve d’ailleurs de telles épuisettes dans les tourbières de la Sensée, près de Douai, au xixe siècle (Calcoen et al. 2007, p. 42). Cependant, les petits louchets et autres modèles de bêches à tourbe dont l’origine est plus ancienne continuèrent d’être utilisés à peu près partout, y compris en Picardie où ils servaient entre autres à découvrir la surface des tranchées de tourbières. Le féron fut ainsi utilisé en Normandie, dans le marais Vernier, jusqu’au xxe siècle. De fait, la « pelle à tourbe » ou « louchet de tourbier », longue de 114 centimètres, conservée dans les collections de l’écomusée de la basse Seine à Notre-Dame-de-Bliquetuit (Seine-Maritime), n’est autre qu’un modèle relativement récent (xxe s.) de féron à aileron, au fer riveté, peut-être importé de la Somme et récupéré dans un dépôt du port de Rouen [ill. 12]. On trouve par ailleurs à la même époque nombre d’outils comparables, quoique non identiques, en Irlande et en Écosse, sous la dénomination gaélique de « sleán » (anglicisé en « slane » : O’Sullivan 1970) [ill. 13], ainsi qu’au Pays de Galles (Owen 1970) et, pour l’Angleterre, en Est-Anglie, dans les tourbières du Fenland, des Cambridgeshire Fens, des Somerset Levels, des Yorkshire Dales, des landes d’Exmoor ou des Cornouailles, avec d’innombrables variantes locales quant à la forme des fers (Fenton 1970, p. 176 sq. ; Frank 1970 ; Rotherham 2009, p. 29-31). Procédés et outillage sont également très comparables aux Pays-Bas (Esquiros 1855 ; Sevink, Geel 2017) ou en Scandinavie (Rasmussen, 1970 ; Borchgrevink 1970 ; Skarði 1970).

12. Féron à aileron de tourbier daté du xxe siècle, provenant du port de Rouen, conservé dans les collections de l’écomusée de la basse Seine, à Notre-Dame-de-Bliquetuit (Seine-Maritime).

12. Féron à aileron de tourbier daté du xxe siècle, provenant du port de Rouen, conservé dans les collections de l’écomusée de la basse Seine, à Notre-Dame-de-Bliquetuit (Seine-Maritime).

Cet objet est visible sur la base Joconde sous le numéro d’inventaire 81.5.51 [https://pop.culture.gouv.fr/​notice joconde/07230002754, notice consultée le 3 octobre 2023].

D’après Debray 1873 (pl. VII).

13. Divers exemples de bêches et fers à tourbe, à aileron(s), dont l’emploi est attesté dans l’Irlande contemporaine.

13. Divers exemples de bêches et fers à tourbe, à aileron(s), dont l’emploi est attesté dans l’Irlande contemporaine.

Base Joconde, inv. 81.5.51, notice n° 07230002754.

24Voici donc quelques lumières jetées, grâce au croisement des données archéologiques et de textes médiévaux, sur la pratique du tourbage et l’outillage qui lui était lié dans le marais de Vimont au début du second Moyen Âge. Les tourbiers avaient recours à un féron à aileron, sans doute importé de Flandre par les moines de Troarn afin d’optimiser la gestion d’une ressource rare et à laquelle ils portaient un intérêt évident, justifiant une enquête et un règlement couché par écrit en 1297. La filiation de ces outils se retrouve en Flandre mais aussi en Normandie, dans le marais Vernier, et dans les Hauts-de-France (Somme, Calaisis, marais d’Ardres, de Guînes, etc.), par où ils transitèrent certainement jusqu’en Normandie au Moyen Âge. Ces découvertes sont d’autant plus précieuses que les exemplaires connus et conservés de ces outils ne sont guère antérieurs au xixe siècle. L’identification d’un outil à partir des traces qu’il a laissées sur certains produits ou matières (dans les faits, très rarement), de même que les attestations écrites de son emploi, les descriptions et le lexique qui les accompagnent occupent une place de premier choix au sein de l’éventail des sources dont disposent historiens et archéologues pour restituer les techniques anciennes (Reigniez 2002, p. 25-28 ; David 2003).

Le site de Vimont dans le contexte médiéval du tourbage et des usages de la tourbe

25À Vimont, l’introduction de bêches flamandes intervient dans un contexte plus général d’innovations et d’amélioration de l’outillage au sein des campagnes, dont rendent compte les actes de la pratique autant que l’iconographie du Moyen Âge : introduction de la hotte pour le transport des raisins à partir du xiie siècle et surtout aux xive-xve siècles, de la houlette du berger après 1350, de l’étriche pour aiguiser les faux vers 1220, de la sape qui remplace la faucille à partir du xive siècle, etc. (Mane 2003). Dans le cas de ces bêches à tourbe, leur mention par écrit et l’obligation qui est faite de les utiliser en lieu et place des modèles plus courants découlent certainement de considérations bien concrètes, à commencer par leur valeur intrinsèque, s’agissant de bêches à fer forgé vraisemblablement acquises et importées depuis la Flandre. Le « ferrement » des outils aratoires ou des moulins, par exemple, représentait alors un investissement relativement lourd.

26Cela intervient au moment même où l’on observe une large recrudescence du tourbage partout en Europe du Nord. Dans la vallée du Sémillon, les xiiie et xive siècles coïncident par ailleurs avec les plus bas taux de pollens d’arbres enregistrés dans les diagrammes polliniques de la tourbière depuis le début de l’Holocène. Le paysage local, alors très ouvert, consiste en une mosaïque de prairies mésophiles et de champs de céréales, tandis que les massifs forestiers résiduels ne représentent qu’environ 20 % de la somme pollinique (forêt de chênes et de noisetiers principalement, avec des aulnaies en fond de vallée). Le diagramme pollinique synthétique montre clairement que, à Vimont et alentour, l’ancien massif de la forêt de Bavent, dont l’importance est bien attestée au Moyen Âge, a connu un net recul depuis le second âge du Fer, qui atteint son maximum au cours du Moyen Âge central du fait de l’essor démographique, agraire et urbain et celui concomitant de la construction qui accompagnent cette période [ill. 14] (Bernard et al. 2007 ; sur le contexte végétal local en particulier : Lespez et al. 2010). De facto, la restriction de la ressource en bois, qui s’inscrit dans un phénomène de grande échelle, explique sans doute en partie l’intensification générale du tourbage à compter des xiie-xiiie siècles. La tourbe, en dépit de son faible rapport calorifique comparé au bois, devient notamment nécessaire au chauffage. Dans certaines parties des forêts normandes, la taille des arbres en vue de récupérer du bois de chauffage est à cette époque interdite afin de préserver la ressource (Lake-Giguère 2017). On note à ce titre que, au cours du bas Moyen Âge et de l’Époque moderne, les taxons arbustifs remontent nettement dans la tourbière du Sémillon, jusqu’à environ 40 % de la somme pollinique, suggérant la mise en œuvre d’une gestion plus raisonnée de la ressource forestière.

14. Diagramme pollinique synthétique simplifié du site de Vimont.

14. Diagramme pollinique synthétique simplifié du site de Vimont.

MOD : Époque moderne ; MAC : Moyen Âge central ; HMA : haut Moyen Âge.

D’après Feehan et al. 2008 (ill. 1.3).

  • 7 Fouille préventive à Évreux, place Sepmanville, responsable d’opération : Pierre Wech, département (...)

27D’autres usages de la tourbe sont également connus au Moyen Âge à travers l’Europe du Nord-Ouest, et l’on doit bien entendu s’interroger sur ce qu’il en était dans les marais de Dives. Si aucune archive n’évoque explicitement l’utilisation de la tourbe en tant qu’amendement, on peut en revanche suspecter son emploi pour la fumaison des poissons, et notamment des milliers d’anguilles que moines et riverains y capturaient en quelques nuits, au début de novembre, lors de l’« avalaison ». Ces anguilles étaient prises dans de nombreuses pêcheries fixes nommées « quideaux » ou à l’aide de grandes nasses d’osier, les « boucelles », sans doute identiques à celle que l’on a récemment retrouvée au fond de l’Iton, près d’Évreux, datée de la toute fin du xiiie ou du début du xive siècle7 (Carpentier 2007, t. I, p. 182 et 215 ; Petit et al. 2023). Cet emploi spécifique de la tourbe est d’ailleurs largement attesté en Grande-Bretagne du Moyen Âge au xxe siècle, sans même évoquer certaines productions spécialisées plus récentes, dont les whiskies tourbés ou, dans le nord de la France, l’ail fumé d’Arleux, aujourd’hui encore fumé à la tourbe (Calcoen et al. 2007, p. 12). Concernant les anguilles et le poisson en général, Henri-Louis Duhamel Du Monceau nous rappelle dans son célèbre Traité des Pesches (1769-1782) que, le sel des salines de la côte étant impropre à leur conservation, il fallait donc obligatoirement avoir recours au séchage ou à la fumaison. Dans les marais de la Somme ou de Carentan, où l’on a aussi pêché d’énormes quantités d’anguilles du Moyen Âge jusqu’au xxe siècle, le sel ne servait qu’à les tuer après leur capture ; elles étaient ensuite enfilées par la tête sur une cordelette et mises à sécher sur un feu de tourbe, afin de pouvoir être vendues et consommées toute l’année (Clavel, Cloquier 2004 ; Cloquier 2006a ; Boujot 2003, p. 79-80).

28On peut donc s’interroger sur l’emploi local de la tourbe pour la fumaison des anguilles, même si les sources archéologiques ou historiques ne rendent pas ou très peu compte de cette pratique dans les marais de la Dives. On sait toutefois combien la consommation des anguilles fut très importante en Europe du Nord au cours des xiie et xiiie siècles, au même titre que celle du hareng, sur les tables monastiques et seigneuriales mais aussi en contexte urbain (Clavel 2001, p. 155-163 ; Cloquier 2004, p. 322-326 ; Cloquier 2006a, p. 158-159 ; Cloquier, Clavel, 2015, p. 93). La documentation disponible à partir du xviiie siècle montre que l’anguille était surtout fumée, ainsi qu’on le pratique encore de nos jours dans la Somme (Cloquier 2001). Notons que quelques preuves archéologiques en ont été réunies lors de la fouille d’un foyer de cheminée, à usage de fumoir, du prieuré de Mareaucourt, à L’Étoile : on y a identifié les restes de 130 anguilles, associés à ceux de nombreux harengs, tous fumés au bois (Cloquier 2006a, p. 169). Le fumage du poisson fut également largement pratiqué dès le Moyen Âge en Écosse ou en Angleterre, notamment pour le haddock, sur des feux alimentés à la tourbe ou par un mélange de tourbe et de bois (Le Gall 1938, p. 70 et 76). En France, notamment à Rouen, plusieurs établissements religieux comptaient aux xiie-xiiie siècles des fumoirs-cheminées comparables à ceux de l’abbaye royale de Fontevraud (Melot 2000), destinés au traitement du poisson dont les moines faisaient une grande consommation. S’il n’est guère possible de savoir ce qu’il en était dans les murs de l’abbaye de Troarn, démantelée à la Révolution, il est bien probable qu’on y ait également fumé du poisson et notamment ces anguilles dont les rentes en nature indiquent qu’elles étaient capturées par dizaines voire centaines de milliers à la même époque.

Conclusion

29Les matériaux inédits réunis à l’occasion de la fouille et de la mise en perspective des vestiges d’exploitation de la tourbière médiévale de Vimont vis-à-vis des archives médiévales lèvent le voile sur quelques aspects inédits du tourbage et des usages de la tourbe combustible aux xiiie et xive siècles. Il s’agit cependant de données encore trop rares à l’échelle de la France, où, dans une large mesure, le petit âge médiéval de la tourbe demeure encore obscur, chichement renseigné par les sources écrites et quasi non documenté sur le plan archéologique. Il est vrai que les interventions de ce type menées au cœur même des zones humides font encore figure d’exception, dans la mesure où le dispositif de l’archéologie préventive conditionne très largement les investigations à d’autres milieux bien davantage concernés par l’aménagement du territoire. On peut toutefois constater, à travers cet exemple emprunté à la Normandie, tout l’intérêt que revêtent les données archéo-environnementales issues de l’étude des tourbières, comme celui de l’instauration d’un dialogue plus étroit entre sources archéologiques et archives historiques. Ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le démontrer dans un précédent article (Carpentier, Brière 2018), celles de la Normandie — et du nord de la France en général — constituent un réservoir particulièrement prometteur en termes d’exploitation par les archéologues, susceptible d’apporter des éléments nouveaux à la connaissance des techniques, de l’économie et du rapport que les sociétés du second Moyen Âge et des Temps modernes ont entretenu avec leur environnement et les ressources naturelles.

Melot M. 2000, Les fumoirs de Fontevraud, 303. Arts, recherches, créations, 67, p. 73-82.

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Notes

1 Responsable d’opération : C. Germain-Vallée, département du Calvados.

2 Nivellement général de la France.

3 Voir aussi arch. dép. Calvados, 285EDT/75.

4 Fouilles préventives à Romilly-sur-Andelle, ruelle du Mont, parcelles AB4 et AB549, responsables d’opération : David Jouneau et Mark Guillon, Inrap, 2006-2007 [https://journals.openedition.org/adlfi/153919 et https://journals.openedition.org/adlfi/5395].

5 Un monument lui a été érigé en 1842 par la ville de Thézy-Glimont. Voir : Ville de Thézy-Glimont, « Éloi Morel : Créateur du louchet à tourbe » [https://www.ville-thezyglimont.fr/mairie/histoire-de-thezy/eloi-morel-createur-du-louchet-a-tourbe] ; Patrick Leduc, « L’or noir de Bouin Plumoison » [https://www.bouin-plumoison.fr/wp-content/uploads/2021/06/Lor-noir-de-Bouin-Plumoison.pdf] (consultés le 26 septembre 2023).

6 Voir aussi Lionel Bacquet, « Histoire de l’extraction de la tourbe à Long (Somme), Picardie » [https://www.long80.com/latourbe.html, consulté le 26 septembre 2023].

7 Fouille préventive à Évreux, place Sepmanville, responsable d’opération : Pierre Wech, département de l’Eure, 2018-2019 (voir https://journals.openedition.org/adlfi/119628).

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Table des illustrations

Titre 1. Carte des tourbières françaises, avec la localisation du site de Vimont (étoile rouge).
Crédits V. Carpentier, d’après Pilloix 2019
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/25209/img-1.png
Fichier image/png, 461k
Titre 2. Localisation du site fouillé sur le cours du Sémillon, entre les marais de Vimont et de Bellengreville (Calvados).
Légende Les courbes de niveau ont une équidistance de 5 mètres.
Crédits Conseil départemental du Calvados.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/25209/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 661k
Titre 3. Les marais de la Dives au Moyen Âge central.
Légende Sur fond bleu, l’emprise de la zone inondable. Les traits gris correspondent aux principaux points de franchissement (chaussées empierrées et ponts). À gauche, les grandes subdivisions naturelles de ces marais, depuis l’embouchure du fleuve jusqu’à sa limite d’amont, et en vert l’extension maximale de l’ancienne forêt de Bavent telle qu’elle peut être estimée à partir des sources écrites médiévales (le massif est aujourd’hui réduit au secteur de Bavent). Le cercle vert schématise l’extension du marais abbatial de Saint-Martin de Troarn, et le rectangle brun celle de la tourbière du marais des Terriers, rattachée au temporel de cette abbaye. L’étoile rouge indique l’emplacement du site de Vimont.
Crédits V. Carpentier, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/25209/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 277k
Titre 4 . Vue générale de la fouille.
Légende Au premier plan, la tranchée 2  ; au second plan, la tranchée 1.
Crédits Conseil départemental du Calvados.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/25209/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 568k
Titre 5. Le carottage mécanique effectué sur la banquette située entre les tranchées 7 (à droite) et 4 (à gauche).
Crédits Conseil départemental du Calvados.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/25209/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 386k
Titre 6. Plan général du site et des fosses de tourbage médiévales.
Crédits Conseil départemental du Calvados.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/25209/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 276k
Titre 7. Coupe simplifiée des fosses de tourbage médiévales dans leur contexte stratigraphique général (tranchée 2).
Légende L’étoile blanche indique l’emplacement de l’échantillon prélevé pour datation au radiocarbone (14C).
Crédits Conseil départemental du Calvados.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/25209/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 298k
Titre 8. Aperçu du fond d’une tranchée de tourbage montrant le paléochenal néolithique et ses berges tourbeuses, recoupées par une fosse d’extraction médiévale, elle-même antérieure à un fossé lié au rouissage du chanvre et daté de la fin du xiiie - début du xive siècle.
Crédits Conseil départemental du Calvados.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/25209/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 565k
Titre 9a-b-c. Détails des marques de coupe « en escalier » observées à hauteur des parois de la fosse de tourbage. 9d. Motte de tourbe recueillie dans le comblement de cette dernière.
Crédits Conseil départemental du Calvados.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/25209/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 679k
Titre 10. Première planche illustrant le traité de Roland de La Platière (1783) montrant la chaîne technique et les outils du tourbage, dont les différents types de pelles et de bêches (A à C).
Légende Les deux exemplaires notés B, à droite, correspondent à deux sortes de louchets à ailerons nommés « bêche à tourber » et « louchet-azeronde ».
Crédits Conseil départemental du Calvados.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/25209/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 6,1M
Titre 11. Aquarelle figurant un louchet à aileron (à gauche) ainsi qu’un grand louchet de tourbier (à droite), utilisés au xixsiècle par les tourbiers du Calaisis, le premier dans les marais d’Ardres, le second dans ceux de Looberghe.
Crédits D’après Roland de La Platière 1783 (pl. I).
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/25209/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 176k
Titre 12. Féron à aileron de tourbier daté du xxe siècle, provenant du port de Rouen, conservé dans les collections de l’écomusée de la basse Seine, à Notre-Dame-de-Bliquetuit (Seine-Maritime).
Légende Cet objet est visible sur la base Joconde sous le numéro d’inventaire 81.5.51 [https://pop.culture.gouv.fr/​notice joconde/07230002754, notice consultée le 3 octobre 2023].
Crédits D’après Debray 1873 (pl. VII).
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/25209/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 1,9M
Titre 13. Divers exemples de bêches et fers à tourbe, à aileron(s), dont l’emploi est attesté dans l’Irlande contemporaine.
Crédits Base Joconde, inv. 81.5.51, notice n° 07230002754.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/25209/img-13.jpg
Fichier image/jpeg, 214k
Titre 14. Diagramme pollinique synthétique simplifié du site de Vimont.
Légende MOD : Époque moderne ; MAC : Moyen Âge central ; HMA : haut Moyen Âge.
Crédits D’après Feehan et al. 2008 (ill. 1.3).
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/25209/img-14.jpg
Fichier image/jpeg, 366k
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Pour citer cet article

Référence papier

Axel Beauchamp, Vincent Carpentier, Cécile Germain-Vallée, Arthur Glais et Marion Foucher, « Dans les tourbières du marais des Terriers à Vimont (Calvados). L’extraction de la tourbe en Normandie au Moyen Âge »Archéopages, 50 | 2025, 18-33.

Référence électronique

Axel Beauchamp, Vincent Carpentier, Cécile Germain-Vallée, Arthur Glais et Marion Foucher, « Dans les tourbières du marais des Terriers à Vimont (Calvados). L’extraction de la tourbe en Normandie au Moyen Âge »Archéopages [En ligne], 50 | 2025, mis en ligne le 18 juin 2025, consulté le 17 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/archeopages/25209 ; DOI : https://doi.org/10.4000/146oh

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Auteurs

Axel Beauchamp

Département du Pas-de-Calais, UMR 6566 « CReAAH »

Vincent Carpentier

Inrap, UMR 6273 « Centre Michel de Boüard — Craham »

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Cécile Germain-Vallée

Drac de Normandie, UMR 6566 « CReAAH »

Arthur Glais

Département du Calvados, UMR 6566 « CReAAH »

Marion Foucher

Inrap, UMR 6298 « ARTEHIS »

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