Navigation – Plan du site

AccueilNuméros hors-sérieNuméro spécial1 - Occupation du territoire et d...Un quartier de Tolosa proche de l...

1 - Occupation du territoire et développement urbain

Un quartier de Tolosa proche de la porte nord de la cité : évolution de la création de la cité au Ve siècle

A neighborhood of Tolosa near the city's northern gate: its evolution from the city's origins to the 5th century
Un barrio de Tolosa junto a la puerta norte: evolución desde la creación de la ciudad hasta el siglo V
Pascal Lotti
p. 14-22

Texte intégral

1Les deux fouilles réalisées par l’Inrap en 2011 — Square Charles-de-Gaulle « Issue de secours » (Lotti 2012) et » Fontaine » (Lotti 2013) — sont localisées à proximité immédiate du rempart antique, dans un secteur localisé intra-muros, à une centaine de mètres à l’est de la porte nord de la ville [ill. 1], qui a déjà été le cadre de plusieurs opérations archéologiques [ill. 2]. En dépit de leurs surfaces relativement restreintes — 70 m² pour la première et 190 m² pour la seconde — ces deux opérations apportent un nouvel éclairage sur l’occupation de cette zone depuis la construction du rempart antique jusqu’à l’aube du Moyen Âge. La présentation d’un ardillon de plaque boucle de la charnière des ve et vie siècles, découvert en position résiduelle, nous a semblé nécessaire dans cet ouvrage dédié à la mémoire de Jean-Luc, qui en devait faire l’étude, au vu du peu de mobilier, essentiellement issu de contextes funéraires (Boudartchouk 2009), témoignant de la présence gothe à Toulouse.

1. Localisation du square Charles de Gaulle sur le plan de Toulouse antique.

1. Localisation du square Charles de Gaulle sur le plan de Toulouse antique.

C. Viers, Inrap.

2. Localisation des fouilles réalisées dans le square Charles de Gaulle.

2. Localisation des fouilles réalisées dans le square Charles de Gaulle.

F. Callède, Inrap.

Bref rappel des données archéologiques précédentes

2La première opération archéologique réalisée dans le square — un suivi de travaux à l’occasion de la rénovation du bassin du square en 1976 (Baccrabère 1984) — a permis d’observer trois murs orientés nord-sud qui délimitent deux pièces peut-être fermées au nord par une quatrième maçonnerie. Les pièces sont dotées de sols de bétons revêtus de dalles de marbre. La facture de ces constructions incite l’auteur à émettre l’hypothèse « d’un bâtiment de basse époque » (id., p. 111-113).

3À l’est de cet ensemble, sur les fouilles de la station Métro Capitole en 1990-1991, une série de murs du Haut-Empire ont été mis au jour (De Filippo 1997). Leur niveau de construction se situe au-dessus d’une couche d’argile qui recouvre le sol limoneux naturel. Le responsable de la fouille les associe à ceux observés en 1976 (id., p. 63), ils formeraient ainsi les différentes parties d’un même ensemble, une domus dotée d’une partie résidentielle à l’ouest et d’annexes domestiques à l’est. Elle est abandonnée au iie siècle et totalement arasée au iiie siècle. Ces vestiges sont scellés par des épandages de rejets domestiques et de gravats datés des ive et ve siècles.

4Lors de l’opération réalisée dans le donjon du Capitole en 1995 (Catalo 1996a), un mur orienté nord-sud a été découvert et, lors de travaux connexes, un second de même orientation a été observé (id., vol. 1, p. 9). Les couches associées à la construction du premier de ces murs recouvrent ce qui avait été interprété comme étant le substrat marneux. Elles contiennent du mobilier datable du dernier tiers du ier siècle. Cette première phase d’occupation, très mal conservée, précède l’installation d’un réseau de caniveaux, qui recoupe le mur, et le creusement d’une vaste fosse au Bas-Empire (id. vol. 1, p. 10). Enfin, la fin de l’Antiquité et le haut Moyen Âge se caractérisent par la scission de l’espace fouillé par un mur nord-sud, situé à l’ouest de celui du Haut-Empire désormais disparu. Il délimite deux zones, dont l’une, à l’ouest, est perforée de nombreuses fosses contenant un abondant mobilier des ve et vie siècles.

Le site « Issue de Secours »

5L’emprise de cette opération est localisée au sud-ouest du square, pour la période antique quatre périodes d’occupation ont été identifiées |ill. 3].

3. Plans des 4 périodes du site « Issue de secours ».

3. Plans des 4 périodes du site « Issue de secours ».

T. Salgues, Inrap.

Période 1

  • 1 L’étude de la céramique des deux sites fouillés en 2011 a été réalisée par P. Marty, Inrap.

6Les niveaux archéologiques les plus anciens n’ont pu être abordés que sur le tiers ouest de l’emprise. Ici, le toit des graves est entaillé par une excavation profonde de 1 m, comblée, à sa base par des dépôts hydromorphes [ill. 4, FS1163]. Elle est bordée, au sud, par une tranchée de largeur inconnue (TR1153), très partiellement fouillée, profonde de 1 mètre [ill. 5]. La céramique provenant du comblement de ces structures est datable des années 20 - 401.

4. Coupe stratigraphique des niveaux antiques conservés sur le site « Issue de secours ».

4. Coupe stratigraphique des niveaux antiques conservés sur le site « Issue de secours ».

P. Lotti et T. Salgues, Inrap.

5. Détail de la coupe de la tranchée TR1153.

5. Détail de la coupe de la tranchée TR1153.

S. Puech, Inrap.

Période 2

  • 2 Zone dans laquelle un amas de tesselles de marbre noir a été mis au jour sur le niveau d’arasement.
  • 3 L’étude des monnaies des deux sites fouillés en 2011 a été réalisée par V. Geneviève, Inrap.

7Elle débute avec l’apparition d’une première maçonnerie (MR1014) dont la construction, soignée, sur un terrain imparfaitement nivelé, a impliqué une mise en œuvre adaptée |ill. 6]. L’élévation, qui atteint 0,8 m au sud, est constituée d’une alternance d’assises de briques et de galets fracturés ; les joints largement couvrants sont tirés au fer. Une fois achevé, le terrain situé à l’est est alors parfaitement nivelé et rapidement fermé au sud par le mur MR1026. Son édification à l’emplacement de la tranchée TR1153, sur des remblais peu stabilisés, a nécessité l’emploi de fondations banchées [ill. 7]) ; aucun élément ne permet d’expliquer son orientation atypique. L’emprise de la fouille est alors occupée par une série de murs et de structures qui permettent de lire le plan, très lacunaire, de l’angle sud-ouest d’une domus [ill. 8]. Au sud, un espace annexe de plan trapézoïdal accueille un petit bassin doté d’une évacuation ; au nord, les galeries qui encadrent un espace probablement non couvert2 évoquent un atrium, voire une cour à péristyle. Ici, la structure courant le long du mur MR1014 pourrait correspondre au soubassement d’une large banquette maçonnée. La céramique issue des remblais de nivellement sous-jacents permet de caler la construction de cet ensemble entre les années 40 et 80. Les niveaux d’occupation et les sols ne sont pas conservés du fait du dérasement général des vestiges qui intervient après 270 d’après les données numismatiques3.

6. Mur MR1014 vu depuis l’est en fin de fouille.

6. Mur MR1014 vu depuis l’est en fin de fouille.

S. Puech, Inrap.

7. Mur MR1026 en fin de fouille.

7. Mur MR1026 en fin de fouille.

S. Puech, Inrap.

8. Vue d’ensemble des vestiges de la période 2 du site « Issue de secours ».

8. Vue d’ensemble des vestiges de la période 2 du site « Issue de secours ».

S. Puech, Inrap.

Période 3

8La zone est réinvestie par des constructions installées directement sur le remblai scellant la domus. Les orientations restent inchangées, mais l’apparition d’un axe de circulation, constitué d’une couche de petits galets compactée (US 1092), accompagne peut-être une modification du parcellaire. Vers l’ouest, un bâtiment, dont le mur oriental est matérialisé par un unique trou de poteau, est doté d’un sol de terre battue sur lequel est aménagé un foyer constitué d’une simple chape d’argile lissée. De l’autre côté, cette « venelle » est en partie bordée par une large tranchée ou plus probablement une excavation (quadrangulaire ?) profonde de 0,10 m environ, dotée d’un fond plat et comblée par du limon noir chargé de fragments de terres cuites architecturales. Un bloc calcaire en remploi, fiché à la verticale dans son angle nord-ouest, peut sans doute être interprété comme un plot utilisé dans une construction à ossature de bois. L’hypothèse d’un bâtiment très légèrement excavé peut être envisagée pour cette structure. Cette dernière va perdurer, tandis qu’à l’ouest le bâtiment initial est reconstruit ; sa limite, légèrement décalée vers l’est, est désormais matérialisée par un solin constitué de deux assises de briques liées à la terre [ill. 9]. Il est associé à un lambeau de sol de terre battue et à un trou de poteau. Le niveau de circulation extérieur est rechargé tandis qu’une rigole est ménagée en avant du solin. Le dernier réaménagement se manifeste par le comblement de la structure excavée avant l’apport d’une recharge de gros galets qui élargit la chaussée à l’est [ill. 3]. Ces vestiges sont scellés par une nappe de remblais chargés de terre rubéfiée et de fragments de terres cuites architecturales. La céramique attribuée à cette période couvre l’ensemble du ive siècle, voire légèrement au-delà, tandis qu’une monnaie de Constant livre un terminus post quem en 341/348 pour la reconstruction du bâtiment localisé à l’ouest.

9. Vue depuis le sud du site « Issue de secours », phase 6a.

9. Vue depuis le sud du site « Issue de secours », phase 6a.

P. Lotti, Inrap.

Période 4

9Ce moment de l’occupation du site est marqué par le creusement de plusieurs fosses de volume important, associées à des trous de poteaux. Pour ces derniers, l’association à l’un ou l’autre des deux états qui composent cette période est mal assurée. La fosse FS1024, déconnectée de la stratigraphie, est associée à cette période sur la base de sa morphologie et du mobilier [ill. 3].

10Le premier état regroupe au moins deux fosses éventuellement associées à la fosse FS1024, les trous de poteaux, peu profonds et parfois dotés de calages, sont peut-être déjà présents. La fosse FS1079 est la seule ayant pu être fouillée presque intégralement. La fonction de ces excavations n’est pas déterminée même si, par défaut, l’idée de fosses d’extraction peut être avancée ; leur comblement contient un mobilier assez abondant. Le second état ne montre pas d’évolution significative [ill. 3] ; les fosses localisées au nord, alors comblées, sont recoupées par une nouvelle excavation et deux trous de poteaux. La zone est ensuite recouverte par un remblai, datable de la même période.

11La céramique de cette période est, de loin, la plus abondante sur le site avec près de 30 % du nombre de NMI pour l’Antiquité ; elle est datable du ve siècle. On notera également que les couches les plus récentes de cette période ont livré des fragments de creusets et des déchets liés à l’artisanat du verre.

Le Moyen Âge et l’époque moderne

12Le site est encore fréquenté durant le haut Moyen Âge, comme l’attestent des fosses et un remblai datés du viiie siècle. Les vestiges ténus d’une fondation de galets, qui recoupe le remblai du viiie siècle, témoignent de la présence d’un bâtiment antérieur à la création de la » carrierola de frenariis » (petite rue des Frèniers) dont la première mention date de 1181. La chaussée de cette rue, qui deviendra au xive siècle la rue Romenguières ou Roumenguières, puis à partir de 1550, la rue du Poids de l’Huile, n’est pas conservée en raison des importants terrassements qui accom­pagnèrent la création du square, et le réalignement de la rue, dans la seconde moitié du xixe siècle. Son emprise exacte a toutefois été reconnue : les fondations des murs modernes situés de part et d’autre de la chaussée sont en effet présentes dans l’emprise de la fouille, avec au nord celles du « Logis de l’Écu » bâti en 1538-1541.

Le site de la « Fontaine »

13Cette fouille est localisée à proximité immédiate de celle du donjon du Capitole, l’occupation antique y est divisée 4 périodes [ill. 10].

10. Plans du site « Fontaine », périodes 1b et 2b.

10. Plans du site « Fontaine », périodes 1b et 2b.

T. Salgues, Inrap.

Période 1

14Dans l’emprise fouillée, le toit de la terrasse alluviale est marqué par une pente assez forte vers le nord. Celle-ci est compensée, dès le début de l’occupation, par l’apport de deux remblais de nivellement, dont le plus ancien, constitué de molasse, a également été observé à la base de la stratigraphie lors de l’opération « Donjon du Capitole ». Chacun a livré 5 tessons qui pour le premier renvoient à la première moitié du ier siècle et, pour le second, aux années 50 - 70.

Période 2

15Cette période est matérialisée par deux fosses et une structure interprétée comme un puits, dont le niveau d’ouverture apparait à la surface des remblais préexistants et est scellé par de nouveaux apports de terre lors de la période 3. La fosse localisée au sud-est est comblée par un remblai stratifié contenant du mobilier datable des années 30-50. La seconde, à l’ouest, a livré quelques tessons datables entre 30 et 100. Le puits se présente sous la forme d’une fosse ovalaire, profonde de 1,80 m, les parois sont marquées, à leur base, par un affouillement naturel lié à l’eau. Le mobilier, abondant, permet de dater assez précisément la structure qui semble avoir été utilisée assez brièvement au milieu du ier siècle. Ces quelques structures permettent de situer l’emprise de la fouille dans un espace non bâti ; il peut tout aussi bien s’agir d’une parcelle non lotie, d’un jardin ou d’une cour. On notera qu’aucune trace de fréquentation associée à ces structures n’a été décelée. Les éléments de datation convergent pour situer cette période dans le courant des décennies centrales du ier siècle.

Période 3

  • 4 Présence d’un aurelianus de Numérien.

16L’absence de niveaux d’occupation pour la période précédente suggère que l’emprise a fait l’objet d’un arasement généralisé avant les apports probablement non consécutifs de nouveaux remblais. Le premier d’entre eux a livré de la céramique dont la production s’inscrit entre les années 250 et 400 avec un terminus post quem en 2844. Le second d’une épaisseur très inégale contient du mobilier datable entre 320 et 450

Période 4

  • 5 L’hypothèse d’une structure type « fond de cabane » peut ici être envisagée.

17Cette période regroupe l’ensemble des fosses, qui perforent les remblais de la période 3 et sont scellées par les couches médiévales, et une succession d’horizons de sols conservés au nord-ouest [ill. 10]. Aucune fosse, à l’exception d’une fortement arasée, n’est totalement incluse dans l’emprise et un seul recoupement est attesté. Dans la partie nord de l’emprise, trois niveaux de circulation se succèdent ; ils se caractérisent, pour les deux premiers, par du mobilier à plat dont l’un est associé à une fosse. Le dernier est un sol de petits galets compactés. Cette séquence couvre l’ensemble du ive siècle et la première moitié du ve siècle. Les fosses se répartissent en deux groupes, avec des creusements circulaires de et ovalaires de taille modeste et deux vastes excavations. Au sud-ouest, où elles sont associées à des lambeaux de sol, il est possible d’établir la chronologie relative de ces différents creusements. Le plus ancien (FS1028), long d’environ 4 m est profond de 0,90 m, présente un fond plat et des parois plus ou moins largement évasées5 ; son comblement présente deux phases distinctes d’apports de déchets domestiques entre lesquels s’intercale une séquence d’occupation marquée par l’aménagement d’une plaque foyère associée à un dépôt cendreux. Le riche corpus de mobilier céramique, associé à quelques déchets d’artisanat du verre permet de dater cet ensemble de la première moitié du ve siècle. Par la suite, deux autres fosses, très partiellement conservées, vont se succéder ici, elles sont comblées par des remblais de la même période. Ce secteur est scellé par le remblai de nivellement US 1121, du ve siècle également, sur lequel repose une plaque foyère datée par 14C entre 430 et 600. À l’opposé, au nord, l’excavation FS1034 n’a pu être que superficiellement fouillée ; elle est comblée par un remblai du vie siècle.

Le Moyen Âge et l’époque moderne

18Si quelques tessons, en position résiduelle, indiquent une fréquentation de la zone à la période altomédiévale, les premières structures attestant une réelle reprise de l’occupation, silos et puits, sont datées des xie et xiisiècles. Aux xiie et xiiie siècles, la zone se situe selon toute vraisemblance dans un fief centré sur l’une des tours du rempart antique, tenue par une famille aristocratique. Les vestiges architecturaux et mobiliers des xiiie et xive siècles découverts sur le site témoignent de cet environnement privilégié. Les structures les plus récentes, de nombreuses fondations de murs et deux vastes fosses sont associées à l’extension progressive de la « Maison commune » au tournant du xvie siècle. Le secteur est définitivement arasé lors des grands travaux de la seconde moitié du xixe siècle.

Discussion

19La découverte sur le site » Issue de secours » d’une puissante tranchée dont l’orientation diffère de celles utilisées lors de la mise en place ultérieure du bâti questionne. L’éventail des hypothèses envisageables en contexte urbain n’est pas très large et renvoie essentiellement à des structures bâties. Or ici nous n’avons aucune trace de construction, et l’éventualité d’une tranchée de récupération ne peut être retenue. En la localisant sur un même plan que le repentir du rempart, distant de 143 m, découvert par Raphaël De Filippo dans les fouilles du « Park du Capitole » en 1993/94, une réelle compatibilité entre leurs axes apparait d’emblée en dépit d’un léger décalage [ill. 11]. La comparaison des profils respectifs montre de légères divergences qui ne semblent pas significatives d’autant plus que, cela a été dit, la tranchée TR1153 a été fouillée sur une très petite surface. La tranchée de fondation du rempart, qui est analogue à celle du repentir, est large de 2,80 m pour 0,90 m de profondeur en moyenne, le fond est plat et les rives verticales (De Filippo 1993, p. 192) ; la tranchée TR1153 est profonde de 1 m au maximum, le fond est en pente vers le sud et la paroi nord très légèrement évasée. Le comblement des tranchées du repentir est constitué « avec les graviers et limons extraits lors du creusement même de la tranchée » sur le site de l’hôpital Larrey (id., p. 187), il inclut des déchets de taille et quelques matériaux sur le site de «  Park du Capitole » (De Filippo 1994). Les remblais qui comblent la tranchée TR1153 sont différents, mais le fait qu’elle soit nettement plus en retrait par rapport au tracé définitif du rempart pourrait l’expliquer. En dernier lieu, les fourchettes chronologiques proposées pour le mobilier mis au jour pour cette période sur le site « Issue de secours », qui s’inscrivent entre 20 et 40, sont compatibles avec la datation proposée pour l’édification du rempart, vers 30 de notre ère par R. De Filippo (De Filippo 1993, p. 200). L’hypothèse que la tranchée TR1153 corresponde au repentir du rempart repose donc sur des arguments solides, mais seule la fouille d’une nouvelle section de cette tranchée, plus à l’ouest, permettrait de la valider définitivement.

11. Restitution du tracé hypothétique du repentir du rempart et axe prolongé de la tranchée TR1153.

11. Restitution du tracé hypothétique du repentir du rempart et axe prolongé de la tranchée TR1153.

V. Arrighi et T. Salgues, Inrap.

20Plus au nord, le substrat identifié dans les deux fouilles semble avoir été assez irrégulier, avec l’amorce d’une forte pente vers le nord pour la première, et un pendage inverse pour la seconde. Il est donc possible que cela ait justifié des apports de remblais de nivellement, parfois massifs, avant l’urbanisation du secteur. On peut penser que cette opération s’est effectuée après l’abandon du tracé initial du rempart au profit d’un axe décalé vers le nord.

21Le développement de l’habitat semble se dérouler quelques décennies plus tard ; la datation de la domus découverte en 2011, calée entre 40 et 80, s’accorde avec celle proposée pour les vestiges de « Station Capitole », dans la seconde moitié du ier siècle (De Filippo 1993b, p. 70). Elle est peut-être légèrement antérieure aux maçonneries observées lors des fouilles du donjon du Capitole, probablement construites entre 70 et 100 (Catalo 1996a). L’appareil du mur MR1014 [ill.6], le plus ancien, n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui d’un mur de clôture d’un bâtiment, daté du premier ier siècle, mis au jour sur le site du Rectorat à Toulouse (Cazes et al. 1989, p. 9). De ces opérations se dégage l’image d’un quartier d’habitat du Haut-Empire constitué, au moins pour partie, d’un habitat privilégié.

  • 6 Le terminus postquem se situe en 270 sur le site « Issue de secours » et 284 sur le site « Fontaine (...)

22Le mobilier atteste uniquement d’une occupation dans le courant du ier siècle qui pourrait sembler assez éphémère ; aucun vestige ne témoigne en effet d’une fréquentation durant les deux siècles suivants. Cette information renvoie à l’hypothèse proposée par R. De Filippo, au sujet de la domus mise au jour lors de l’opération « Métro Capitole », abandonnée au iie siècle avant une destruction dans le courant du iiie siècle avec un niveau d’arasement à la cote maximale de 140,58 m NGF (De Filippo 1997, p. 63). Sur les deux sites abordés en 2011, un décaissement généralisé été mis en évidence. Les vestiges de la domus sont arasés très proprement, jusqu’en dessous des niveaux de sols (aux alentours de 140,75 m NGF). Sur le site « Fontaine », situé dans une zone non bâtie, un remblai du ive siècle recouvre directement le remblai de nivellement du ier siècle. L’absence de toute séquence stratigraphique intermédiaire révèle, ici aussi, un arasement de la totalité de l’emprise fouillée jusqu’à une cote moyenne de 140,50 m NGF. Les remblais qui scellent les niveaux du ier siècle sont respectivement datés par la céramique des ive et ve siècles et du tournant iiie-ive siècles6. Néanmoins, sur les sites fouillés en 2011, l’absence de remaniement visible dans le bâti et de structures en creux des iie et iiie siècles, pourraient signifier que la zone était abandonnée bien avant sa destruction totale.

23Dans les fouilles voisines, effectuées sous le donjon du Capitole, le niveau d’arasement du bâti du ier siècle se situe autour de 139,75 m NGF (Catalo 1996). Si tant est que l’on puisse associer ces vastes opérations de terrassement qui, au moins dans l’emprise du site « Issue de secours », ne correspondent pas à de simples récupérations de matériaux, leur finalité reste pour le moment obscure (faire place nette à l’arrière du rempart ?).

24La réoccupation du secteur assez rapide, semble-t-il, respecte les orientations antérieures ; le bâti ne peut être caractérisé (habitat, bâtiment utilitaire ?). À l’évidence, il s’agit d’une construction modeste en comparaison avec d’autres bâtiments toulousains de la même période ; on citera, à titre d’exemple, les vestiges mis au jour lors des fouilles du Rectorat en 1988/1989 (Cazes et al. 1989, p. 12-13). Les sites fouillés en 2011 connaissent une évolution constante de la charnière des iv-ve siècles au vie siècle. La création éphémère d’un axe de circulation empierré nord-sud sur le site « Issue de secours » pourrait être interprétée, s’il ne s’agit pas d’une simple allée desservant le cœur d’une parcelle, comme le signe tangible d’une recomposition du parcellaire, phénomène déjà attesté pour la période considérée sur les sites du Rectorat et de l’Hôtel d’Assezat (id., et Catalo 1996b, p. 62).

25Les vestiges témoignent d’une occupation du ive siècle — à l’ouest d’une zone qui pourrait être interprétée comme une décharge (De Filippo 1997, p. 64-66) — un secteur assez densément occupé où se côtoient bâtiments construits sur ossature de bois, caniveaux maçonnés et fosses (Catalo 1996a, vol. 1, p. 10). L’occupation du lieu au ve siècle se devine exclusivement par le biais de fosses dont les comblements, régulièrement chargés de déchets domestiques, révèlent la proximité d’habitats. Aucun vestige relatif à cette période n’est attesté sur le site « Station Capitole ». Sur le site « Issue de secours » la céramique, « au contraire de la période précédente (…) offre une plus grande impression de richesse, avec une orientation nette vers la céramique de table, voire d’apparat et des produits comme le vin, qui doivent rester un marqueur de richesse » (p. Marty in Lotti, 2012, p. 139). Enfin, parmi les éléments les plus significatifs, le lot de déchets liés à l’artisanat du verre (fragments de creusets, lingots, fils, gouttes, un fragment de brique vitrifiée peut-être utilisée dans un four), mis au jour dans des contextes datés de la première moitié du ve au vie siècle atteste de la présence d’un atelier de verrier dans un environnement proche (Cornardeau, Lotti 2014). Les nombreux fragments de verres décorés de filets de verre blanc opaque du ve siècle qui leur sont associés en sont probablement issus. Plus inattendue est la découverte d’une tesselle dorée dans la fosse FS1079, datée de la première moitié du ve siècle ; le site est en effet éloigné des constructions monumentales pouvant intégrer ce type d’élément dans leur décor et aucune domus luxueuse de l’Antiquité tardive n’est pour l’instant connue dans le secteur. Si l’idée d’une production locale pour cet objet peut être évoquée, elle doit être considérée très prudemment en l’absence d’autres indices. Il convient à ce propos de relever que les galettes de verre doré produites dans les ateliers étaient vraisemblablement découpées en tesselles sur leur lieu de pose. Il est également probable que, durant l’Antiquité tardive et le haut Moyen Âge, seules les villes où des ateliers monétaires frappaient l’or étaient susceptibles de produire de telles galettes (Neri 2012, p. 40). Or, à Toulouse, l’émission de telles monnaies avant la seconde moitié du vie siècle reste hypothétique.

  • 7 Jusqu’au xixe siècle, les abeilles, les guêpes et même les cigales étaient assimilées à des sortes (...)

L’ardillon de plaque-boucle gothe
J.-L. Boudartchouk†

La base rectangulaire de cet ardillon en alliage cuivreux offre une surface légèrement concave et rainurée [ill. 12]; comme c’est souvent le cas pour ce type de parure, elle a pu recevoir une petite verroterie ou un grenat, disparu. L’extrémité de l’ardillon, qui présente une crête axiale peu marquée, figure une face d’animal, très probablement un insecte dont on reconnaît les deux grands yeux composés proéminents, le clypeus et le labre. L’allure de la face suggère que l’artisan a reproduit une tête d’hémiptère (cicada, cigale) ou, plutôt, d’hyménoptère (apis, abeille ou vespa, guêpe). Ce type de représentation sur ardillon est connu, avec quelques variantes, chez les Goths de Gaule et d’Espagne, ceux d’Italie et de Crimée ; il est emprunté aux protomés des mal nommées « fibules mouches »7, répandues au vsiècle chez les Huns, les Alano-Sarmates et les Germains orientaux (de Baye 1894 ; Kazanski, Périn, 2000). L’objet appartient à la série des plaques-boucles gothes caractéristiques du « Niveau II » (480/490-525) de G. Ripoll (1991), ou au type « Gotische Schnalle », « Phase A » (490/520) de W. Ebel — Zepezauer (2000). Les trouvailles de ce type de garniture de ceinture se répartissent sur l’ensemble du territoire tenu par les Goths à la fin du vsiècle et au début du vie siècle. Sa découverte — pour la première fois — à Toulouse n’a donc rien de surprenant.

12. Dessin de l’ardillon de plaque-boucle gothe TFC 2011 US 1067 ISO 1.

12. Dessin de l’ardillon de plaque-boucle gothe TFC 2011 US 1067 ISO 1.

S. Cornardeau, Inrap.

Haut de page

Bibliographie

Baye baron J. de 1894, Note sur des bijoux barbares en forme de mouches, Mémoires de la Société Nationale des Antiquaires de France, 4, p. 137-158.

Baccrabère G. 1977, Étude de Toulouse romaine, Chronique no 3, supp. au Bulletin de Littérature Ecclésiastique, Toulouse.

Boudartchouk J-L. 2009, Toulouse, de la ville wisigothique à la ville franque (ve-viiie siècle) : Histoire et archéologie, in Toulouse, une métropole méridionale : Vingt siècles de vie urbaine. Toulouse : Presses universitaires du Midi, p. 31-47.

Catalo J. 1996a, Donjon du Capitole — Toulouse, DFS de sauvetage urgent, 2 volumes, AFAN, 1996. [https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/019931]

Catalo J. 1996 b, Urbanisme antique et médiéval au no 4, rue Clémence-Isaure à Toulouse, Mémoires de la société Archéologique du Midi de la France, LVI, 1996, p. 51-74.

Cazes Q., Gardair V., Boudartchouk J.-L., Casanave S., Perron d’Arc M. 1989, Les fouilles du rectorat à Toulouse, Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, XLIX, p. 7-43.

Cornardeau S., Lotti P. 2014, Les indices d’un atelier de verrier à la fin de l’Antiquité à Toulouse, Bulletin de l’Association Française pour l’Archéologie du Verre, 2014, p. 109 -113

De Filippo R. 1993b, Toulouse. Ligne A du Métro, Station Capitole, BSR 1992, SRA Midi-Pyrénées 1993, p. 70.

De Filippo R. 1994, Toulouse. Opération « Park du Capitole », Le jardin des antiques – Amis du Musée Saint-Raymond, n° 16, juin 1994, p. 7-9.

De Filippo R. 1995, Toulouse. Hôtel Maleprade, rue Mirepoix, BSR 1994, SRA Midi-Pyrénées, p. 100.

De Filippo R. 1997, Métro Capitole. Toulouse (Haute-Garonne), DFS de sauvetage programmé 1990-1991 AFAN/SRA Midi-Pyrénées. [https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0141541]

Ebel-Zepezauer W. 2000, Studen zur Archäologie der Westgoten vom 5-7Jh. n. Chr., Mainz.

Lotti P. (dir.) 2011, Square Charles de Gaulle — Toulouse, Rapport de diagnostic, Inrap Grand Sud-Ouest. [https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0119844]

Lotti P. (dir.) 2012, Square Charles de Gaulle (Issue de secours) — Toulouse, Rapport de fouille archéologique, Inrap. [https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0125504]

Kazanski M., Périn P. 2000, Les « fibules mouches » de l’époque des grandes Migrations découvertes en Gaule, in M. Kazanski et V. Soupault (dir), Les sites archéologiques en Crimée et au Caucase durant l’Antiquité tardive et le haut Moyen Âge, Colloquia Pontica, 5, Leiden, Boston, Cologne, p. 15-28.

Neri E. 2012, Utilisation et production de tesselles de mosaïques à l’époque romane d’après le De diversis artibus, in Gestes et techniques de l’artiste à l’époque romane, Actes des XLIIIes Journées romanes de Cuxa, 6-13 juillet 2011, p. 31-42.

Ripoll-Lopez G. 1991, Materialos funerarios de la Hispania Visigoda : problemas de cronologia y tipologia », in P. Périn (dir.), Gallo-Romains, Wisigoths et Francs en Aquitaine, Septimanie et Espagne, Actes des VIIe Journées d’archéologie mérovingienne, Toulouse, 1985, éd. AFAM, Rouen, p. 111-132.

Suau B., Amalric J.-P. Olivier J.-M. (éd.) 2009, Toulouse, une métropole méridionale. Vingt siècles de vie urbaine. Nouvelle édition. Toulouse : Presses universitaires du Midi.

Haut de page

Notes

1 L’étude de la céramique des deux sites fouillés en 2011 a été réalisée par P. Marty, Inrap.

2 Zone dans laquelle un amas de tesselles de marbre noir a été mis au jour sur le niveau d’arasement.

3 L’étude des monnaies des deux sites fouillés en 2011 a été réalisée par V. Geneviève, Inrap.

4 Présence d’un aurelianus de Numérien.

5 L’hypothèse d’une structure type « fond de cabane » peut ici être envisagée.

6 Le terminus postquem se situe en 270 sur le site « Issue de secours » et 284 sur le site « Fontaine ».

7 Jusqu’au xixe siècle, les abeilles, les guêpes et même les cigales étaient assimilées à des sortes de « mouches ». Pour autant, les auteurs antiques faisaient la distinction entre les mouches, les abeilles/bourdons (adulées), les guêpes/frelons (craintes) et les cigales (fascinantes). cf. Pline l’Ancien, Histoire naturelle, livre XI.

Haut de page

Table des illustrations

Titre 1. Localisation du square Charles de Gaulle sur le plan de Toulouse antique.
Crédits C. Viers, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/28134/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 381k
Titre 2. Localisation des fouilles réalisées dans le square Charles de Gaulle.
Crédits F. Callède, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/28134/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 141k
Titre 3. Plans des 4 périodes du site « Issue de secours ».
Crédits T. Salgues, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/28134/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 510k
Titre 4. Coupe stratigraphique des niveaux antiques conservés sur le site « Issue de secours ».
Crédits P. Lotti et T. Salgues, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/28134/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 195k
Titre 5. Détail de la coupe de la tranchée TR1153.
Crédits S. Puech, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/28134/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 2,3M
Titre 6. Mur MR1014 vu depuis l’est en fin de fouille.
Crédits S. Puech, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/28134/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 2,1M
Titre 7. Mur MR1026 en fin de fouille.
Crédits S. Puech, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/28134/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 2,3M
Titre 8. Vue d’ensemble des vestiges de la période 2 du site « Issue de secours ».
Crédits S. Puech, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/28134/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 2,5M
Titre 9. Vue depuis le sud du site « Issue de secours », phase 6a.
Crédits P. Lotti, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/28134/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 2,3M
Titre 10. Plans du site « Fontaine », périodes 1b et 2b.
Crédits T. Salgues, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/28134/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 140k
Titre 11. Restitution du tracé hypothétique du repentir du rempart et axe prolongé de la tranchée TR1153.
Crédits V. Arrighi et T. Salgues, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/28134/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 209k
Titre 12. Dessin de l’ardillon de plaque-boucle gothe TFC 2011 US 1067 ISO 1.
Crédits S. Cornardeau, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/28134/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 314k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Pascal Lotti, « Un quartier de Tolosa proche de la porte nord de la cité : évolution de la création de la cité au Ve siècle »Archéopages, Numéro spécial | 2025, 14-22.

Référence électronique

Pascal Lotti, « Un quartier de Tolosa proche de la porte nord de la cité : évolution de la création de la cité au Ve siècle »Archéopages [En ligne], Numéro spécial | 2025, mis en ligne le 25 juin 2025, consulté le 18 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/archeopages/28134 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14h63

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search