1Ces dernières années, j’ai eu à plusieurs occasions le plaisir d’échanger avec Jean-Luc Boudartchouk à propos de mobilier métallique des ive et ve siècles provenant du sud-ouest de la France. Si le temps nous avait été donné, nous aurions peut-être eu l’occasion de discuter d’éléments de parures très particuliers, attestés de la Haute-Garonne à l’estuaire du Rhin.
2Les deux publications de la nécropole de Saint-Marcel (Morbihan) (Le Boulanger et al. 2012) et des nécropoles de Nimègue (Pays-Bas) (Steures 2013) ont récemment attiré l’attention sur un ensemble de plaques quadrangulaires ou circulaires de petites dimensions, munies de deux ou quatre crochets, qui apparaissent dans des contextes des ive et ve siècles. De nouvelles découvertes dans la documentation inédite ou les opérations récentes permettent de compléter les inventaires publiés et de préciser la typologie, la chronologie et la fonction de ces plaques-agrafes. D’un point de vue typologique, on doit distinguer des agrafes quadrangulaires, plus rarement circulaires, à quatre crochets et des agrafes circulaires à deux crochets. Plusieurs objets en contexte funéraire suggèrent que les agrafes à quatre crochets sont probablement un accessoire de coiffure féminine, alors que les agrafes à deux crochets pourraient orner des ceintures ou des vêtements. Ces objets peu courants sont uniquement attestés en Gaule, de la Novempopulanie jusqu’à l’estuaire du Rhin et sont caractéristiques du ive siècle et du début du ve siècle.
3Le corpus des plaques-agrafes à deux ou quatre crochets est, en l’état des découvertes, constitué de 18 objets [ill. 1], qui proviennent pour l’essentiel de contextes funéraires (11 exemplaires), plus rarement de sites d’habitat (1 exemplaire), le restant étant sans contexte assuré ou connu (voir catalogue). Le groupe des plaques-agrafes à quatre crochets compte 13 exemplaires, celui des plaques à deux crochets seulement 4 exemplaires.
1. Plaques-agrafes à quatre et deux crochets, sans échelle.
Les plaques-agrafes à quatre crochets
- 1 : Homblières, Abbeville (Aisne), sépulture 52 (seconde moitié du ive s.) (adulte). Agrafe quadrangulaire en argent, décoré de cercles occulés, chanfreins sur les quatre côtés de la plaque. Dimensions inconnues. Trouvée au niveau du cou. Parure associée : collier de perles rouges et vertes (non dessinées par Pilloy) avec un petit croissant en argent (cou) ; épingle en argent (tête) ; bague en or avec chaton orné d’une agate calcédoine (annulaire main gauche) ; bracelet en bronze (avant-bras droit) ; 4 épingles en bronze (pied gauche). Pilloy 1885, p. 388, pl. V, no 17.
- 2-3 : Autun (Saône-et-Loire), contexte inconnu. Agrafes quadrangulaires en alliage cuivreux, chanfrein sur les longs côtés, découpe en scie sur les petits côtés entre les crochets, décorées de cercles occulés (2 exemplaires). L. : 25 mm. Labaune 2000, pl. 9, no 1.
- 4 : Saint-Quentin, Croix Saint-Claude (Aisne), sépulture 5 (années 370 apr.) (squelette non décrit). Agrafe quadrangulaire en argent, décorée d’un portrait féminin « fait au pointillé ». Dimensions inconnues. Trouvée au niveau du cou. Parure associée : collier avec fermoir en or, 23 perles fusiformes en tôle d’or et perles facettées en pâte de verre verte, croissant en forme de lune (non dessiné par Eck) (cou) ; paire de boucles d’oreille en or avec un grenat, une émeraude et un saphir (près du crâne). Eck 1891, p. 261 et pl. I, no 16.
- 5 : Yverdon, Pré de la Cure (Suisse, Vaud), hors contexte. Agrafe quadrangulaire en argent, non décorée. Dimensions inconnues. Steiner et al. 2000, fig. 374, no 69.
- 6 : Montmaurin, villa de Lassalle (Haute-Garonne), puits mitoyen du bâtiment II (milieu du ive s.). Agrafe quadrangulaire en argent à décor excisé : cercle divisé en quatre quarts inscrit dans une étoile à quatre branches. L plaque : env. 15 mm. Fouet, 1958, fig. 28 ; 1963 ; 1969, pl. XLIX.
- 7 : Évrecy, Saint-Aubin des Champs (Calvados), sépulture 691 (adulte, sexe indéterminé) (vers 380 apr.). Agrafe quadrangulaire en argent (3 crochets brisés), décor couvrant au tremolo. L : 12 mm (plaque). Trouvée sous le crâne. Parure associée : épingle à tête polyédrique en argent avec traces de tissu (sous le crâne, à droite) ; 4 bagues en bronze (entre les côtes et l’humérus droit). Thomann et al. 2017, sép. 691.01.
- 8 : Nimègue, nécropole B (Pays-Bas), sépulture B690 (ive s.) (adulte ?). Agrafe quadrangulaire en argent a décor excisé : chrisme. L : 23 mm ; plaque 16 x 14 mm. Trouvée sur le sommet du crâne. Parure associée : deux épingles à tête polyédrique en argent (côté droit du crâne). Steures 2013, vol. I, p. 367-369 ; vol. II, p. 71.
- 9 : Sans provenance. Agrafe quadrangulaire en argent, le plateau est décoré d’un cadre, les quatre angles ornés de cercles occulés, au centre de deux cercles inscrits, décor de chrisme. L : 26 mm (plaque 18 mm). Schmidt 2007.
- 10 : Pont-sur-Yonne, La Plante aux Chiens (Yonne), sépulture Ho 244 (ive s.) (squelette non étudié). Agrafe quadrangulaire en argent, cadre incisé, au moins un décor de cercle occulé dans un angle. 14 x 14 mm (plaque). Trouvée sur le haut du crâne. Parure associée : épingle en argent à tête lenticulaire (poitrine) ; épingle en bronze (à droite du crâne) ; collier constitué de 90 perles en pâte de verre (cou) ; faisceau de 7 pointes en os (poitrine) ; un bracelet en verre et un bracelet en matière dure animale (bras gauche) ; petit bracelet à attache à crochet en position ouverte (poitrine), peut-être en pendentif. Inédit, musées de Sens.
- 11 : Saint-Marcel, Le Bourg (Morbihan), sépulture 67 (ve s. ?) (squelette non conservé). Agrafe quadrangulaire en métal blanc à décor incisé de type Quait brooch style. L : 33 mm ; plaque 28.5 x 26,5 mm. Tiers nord occidental de la fosse (squelette non conservé). Le Boulanger et al. 2012, fig. 74.
- 12 : Saint-Marcel, Le Bourg (Morbihan), sépulture 145 (ve s. ?) (squelette non conservé). Agrafe quadrangulaire en métal blanc à décor incisé de type Quait brooch style. L : 57 mm plaque 48 x 46,5 mm. Quart occidental de la fosse (squelette non conservé). Le Boulanger et al. 2012, fig. 74.
- 13 : Saint-Marcel, Le Bourg (Morbihan), sépulture 106 (milieu du ve s. ?) (squelette non conservé). Agrafe circulaire en métal blanc à décor incisé de type Quait brooch style. L : 26 mm ; plaque 28 x 26,5 mm. Extrémité nord-ouest de la fosse (squelette non conservé). Parure associée : bracelet à décor estampé et incisé de type « Quait brooch style » ; agrafe à deux crochets décorée (voir infra, no 17). Le Boulanger et al. 2012, fig. 74 et 104.
- 14 : Mayence, Le Rhin (D). Agrafe composite. Deux paires de crochets parallèles en or soudés à une plaque en or bordée de légers lobes (trois par côté). En position centrale, saphir quadrangulaire, huit petits saphirs circulaires sertis sur les huit lobes. Plaque de 20 mm de côté. Schulze-Dorlamm 2020, p. 13, fig. 6.
Les agrafes à deux crochets
- 15 : Nantes, La Loire (Loire-Atlantique). Agrafe circulaire en alliage cuivreux avec groupe familial dynastique (couple et trois enfants) en obtenu au repoussé ou par estampage. L : 73 mm. Santrot et al. 2007, inv. 923.3.1.
- 16 : Chevincourt, Chemin des Moines (Oise). Agrafe circulaire en alliage cuivreux avec visage de femme en relief. Roucy 1888, pl. XI, no 1 ; Bullinger 1969, pl. XVIII, no 3.
- 17 : Pont-sur-Yonne, La Plante aux Chiens (Yonne), sépulture Ho 31 (adolescent, sexe non déterminé) (ive s.). Agrafe en alliage cuivreux, sur laquelle est fixée la plaque circulaire dont le bord est orné de rectangles. L : 62 mm ; plaque 48 mm. Au niveau du bassin. Parure associée : bracelet en verre vert sombre (avant-bras gauche, près du coude) ; deux bracelets en bronze en ruban et attache à crochet (poignet gauche) ; bracelet en bronze à crochet (poignet droit) ; anneau en verre (au-dessus du crâne). Inédit, musées de Sens.
- 18 : Saint-Marcel, Le Bourg (Morbihan), sépulture 106 (squelette non conservé) (milieu du ve s. ?). Agrafe circulaire en métal blanc à décor incisé de type Quait brooch style. Parure associée : agrafe circulaire en métal blanc à quatre crochets (voir supra, no 13) ; bracelet à décor estampé et incisé de type Quait brooch style. Le Boulanger et al. 2012, fig. 74 et 104.
- 1 Les numéros renvoient à ceux du catalogue.
4Les plaques-agrafes à quatre crochets sont très majoritairement (12 sur 14 exemplaires) constituées d’une plaque quadrangulaire allant du carré au rectangle allongé, dont se détachent sur deux côtés en vis-à-vis deux crochets obtenus par pli à 180° de la tôle vers la partie non décorée de la plaque (no 1 à 12)1. Il s’agit d’objets de petites dimensions, la plaque ayant entre 12 et 18 mm de côté dans la plupart des cas. Les deux plaques quadrangulaires de Saint-Marcel (no 11-12) se distinguent par leurs dimensions bien plus importantes, de 28,5 et 48 mm de côté. Une variante, connue par un seul exemplaire à Saint-Marcel (no 13), possède une plaque circulaire de 28 mm de côté. Les crochets se détachent eux aussi en vis-à-vis et sont repliés à 180° vers l’arrière de la plaque.
- 2 Cf. mémoire de DEA de Yannick Labaune : Le mobilier métallique gallo-romain d’Autun-Augustodunum. B (...)
5Presque toutes les plaques ornées (12 sur 13 exemplaires), montrent des décors très variés : cercles occulés à Homblières (Aisne), Autun (S.-et-L.)2 et Pont-sur-Yonne (Yonne) (no 1, 2-3 et 10) ; portrait « fait au pointillé » à Saint-Quentin (Aisne) (no 4) ; chrismes excisés à Nimègue et sur un exemplaire de provenance inconnue (no 8 et 9) ; motif géométrique excisé, peut-être un chrisme, à Montmaurin (Hte-Garonne) (no 6) ; décor géométrique couvrant de type Quait brooch style à Saint-Marcel (sur ce type de décor, voir en dernier lieu Swift 2019) ; décor au trémolo à Évrecy (Calvados) (no 7). Seule la plaque d’Yverdon (Suisse) (no 5) semble sans décor, mais il s’agit d’une découverte ancienne, peut-être mal documentée.
- 3 Aucune agrafe n’a fait l’objet d’une analyse de composition.
6On relèvera enfin que la plupart de ces agrafes (11 sur 14 exemplaires) sont en métal blanc, probablement de l’argent3, les autres en alliage cuivreux. Une agrafe trouvée dans le Rhin à Mayence est plus exceptionnelle par son emploi de l’or et des pierres précieuses : deux paires d’agrafes en or sont soudées à un plateau du même matériau orné de 9 saphirs. En dépit de la mise en œuvre particulière où les agrafes sont soudées à la plaque, la similitude morphologique avec les plaques-agrafes précédentes est évidente, M. Schulze-Dorlamm (2020, p. 11, n. 71) l’ayant d’ailleurs comparée à l’exemplaire de Nimègue.
7Les plaques-agrafes à deux crochets sont toutes constituées d’une plaque circulaire dont se détachent deux agrafes repliées à 180° vers l’arrière de la plaque. Les dimensions des plaques varient de 20 mm de côté (Saint-Marcel, no 18) à 48 mm (Pont-sur-Yonne, no17). On distingue néanmoins une plus grande variété de mise en forme. À Nantes (Loire-Atlantique) et Chevincourt (Oise), les crochets se détachent sur les côtés de la plaque, alors qu’à Pont-sur-Yonne, la plaque semble avoir été assemblée à une agrafe. Comme pour les plaques à quatre crochets, les motifs décoratifs sont variés : décor figuré obtenu au repoussé ou par estampage à Nantes et Chevincourt (no 15-16) ; bord de la plaque en tôle orné de carrés à Pont-sur-Yonne (no 17) ; décor de rosace et de points incisé à Saint-Marcel (no 18). Contrairement aux plaques à quatre crochets, celles à deux crochets sont majoritairement en alliage cuivreux (3 sur 4) ; seule celle de Saint-Marcel est en métal blanc.
8Plusieurs assemblages permettent d’étayer la datation des plaques-agrafes dans les ive et ve siècles. Les plaques à quatre crochets sont les mieux datées, de par leur présence récurrente dans des sépultures richement dotées du nord de la Gaule. La plaque-agrafe de Montmaurin provient du comblement d’un puits qui a livré une monnaie de Constance II (Fouet 1958, p. 162). Celle de Saint-Quentin (no 4) est associée à un dépôt funéraire contenant deux siliques de Constance II frappés à Sirmium (type VOT XXX MVLT XXXX) et une de Valens, suggérant un terminus à la fin du troisième quart du ive siècle (Eck 1891, p. 260). À Évrecy (no 7), le dépôt funéraire a livré une monnaie de Magnus Maximus (383-388). Le dépôt funéraire d’Homblières (no 1) comprend quant à lui une série d’objets attribuables à la seconde moitié du ive siècle. Le décor de chrisme des agrafes de Nimègue (no 8) et de l’exemplaire de provenance inconnue (no 9) ne semble guère devoir être antérieur au ive siècle. Les agrafes de Saint-Marcel sont plus tardives et doivent être datées dans la première moitié du ve siècle, tant en raison de leur décor de style Quait brooch que de l’association de la plaque no 13 avec une coupe en verre de type Foy 21a/Feyeux T81 (Le Boulanger et al. 2012, p. 272, fig. 104). En l’état, les contextes les plus pertinents suggèrent une utilisation de ces objets entre les années 330 et 450, avec une surreprésentation dans la seconde moitié du ive siècle.
9Les plaques à deux agrafes peuvent être datées par des critères internes et externes. Celle de Nantes (no 15) représente probablement la famille de Constantin et pourrait être attribuée aux années 330. Le dépôt de celle de Pont-sur-Yonne semble attribuable au ive siècle (no 17), alors que celui de Saint-Marcel serait du milieu du ve siècle (no 18).
10Les lieux de production potentiels des plaques-agrafes à crochet n’ont pour l’instant guère été évoqués qu’à propos de celles de Nimègue (no 8) et de Saint-Marcel (no 11-13). Pour celle de Nimègue, Désir Christian Steures, qui ne connaissait que les exemplaires de Montmaurin, Yverdon et Homblières, a suspecté une origine située dans le sud de la France avec « le parallèle de Montmaurin bien ancré dans le sud de la France, il semble probable que notre exemplaire de Nimègue a la même chronologie et provenance. Le sud de la France fut christianisé bien plus tôt que les Pays-Bas » (Steures 2013, p. 368, trad. M.K.). Pour les exemplaires de Saint-Marcel décorés en style Quait brooch, Barry Ager propose une production sur les deux rives de la Manche (péninsule armoricaine ou sud de l’Angleterre) en raison de l’aire de diffusion des objets portant ce type de décor (B. Ager dans Le Boulanger et al. 2012, p. 240-242).
11La répartition générale des plaques-agrafes à quatre crochets réunies ici permet sans doute d’établir qu’il s’agît d’une production gauloise, car nous n’avons pas rencontré d’objets similaires en Britannia ni dans les provinces danubiennes ou plus au sud [ill. 2]. La surreprésentation en Gaule septentrionale n’est peut-être pas significative, car elle semble liée à la fréquence des dépôts mobiliers dans les sépultures du diocèse des Gaules au ive siècle, bien mieux publiés que ceux provenant de contextes d’habitat. Les variantes de décor et la durée d’utilisation suggèrent l’existence de plusieurs ateliers. Les associations stylistiques avec d’autres productions métalliques (ceinturons ou fibules pour les agrafes décorées en style Quait brooch : Swift 2019) indiquent au moins un atelier proche de la Manche occidentale [ill. 3]. La parenté stylistique du portrait de l’agrafe de Saint-Quentin avec ceux du ceinturon de Landifay (Aisne) pourrait être un autre argument en faveur d’un second atelier à localiser dans l’ouest de la Gaule Belgique, mais il en a sans doute existé d’autres.
12En ce qui concerne les plaques-agrafes à deux crochets, le faible nombre d’exemplaires ne permet pas de suspecter plus qu’une production en Gaule septentrionale [ill. 2].
2. Répartition des agrafes à quatre et deux crochets.
M. Kasprzyk, Inrap.
3. Objets illustrant la possible notion d’atelier.
1 : plaque-agrafe de Saint-Marcel (sép. 145) ; 2 : fibule de Temple Hill (sép. 54) ; 3 : plaque-agrafe de Saint-Quentin (sép. 5) ; 4 : ceinturon de Landifay.
1 : d’après Le Boulanger et al. 2012 ; 2 : d’après Swift 2019 ; 3 : d’après Eck 1891 ; 4 : d’après Böhme 1974.
13La fonction des agrafes à quatre crochets n’est pas évoquée dans les publications du xixe siècle. Georges Fouet propose le premier, sur la base d’une comparaison avec les agrafes à double crochet du début du Moyen Âge, d’interpréter celle de Montmaurin comme un accessoire servant à tenir deux pièces de tissu (Fouet 1963). Plus récemment, dans la publication de la nécropole de Saint-Marcel, l’interprétation fonctionnelle reste floue (« accessoires servant au maintien en place des vêtements » : Le Boulanger et al. 2012, p. 227), car les ossements des sépultures ont disparu et ne permettent pas de comprendre la position des objets. C’est à Nimègue, où l’agrafe quadrangulaire à quatre crochets (no 8) a été trouvée dans une sépulture au sommet du crâne d’un défunt [ill. 4], que D.C. Steures a pu proposer que l’agrafe serve « à fixer deux couches d’un même morceau de textile qui avaient été tirées fermement l’une sur l’autre (…). Compte tenu de la position horizontale de l’agrafe de Nimègue, trois objets textiles semblent possibles : le pansement, le châle et le bandeau. Le pansement peut être exclu : on ne met pas des épingles sous un bandage si elles ont des têtes anguleuses ; or il y en avait deux sur la tempe droite ». Il exclut en outre le foulard, car il pense que « les têtes d’épingle étaient censées être visibles en tant qu’ornements ». Il propose donc que « l’agrafe ait été utilisée afin de fixer les deux extrémités d’un bandeau sur la partie supérieure du front » (Steures 2013, p. 369, trad. M. K.).
4. Plan et mobilier de la sépulture B691 de Nimègue.
D’après Steures 2013
- 4 La seule sépulture (122) contenant des restes d’ossements indique que la tête du défunt ou de la dé (...)
14Le réexamen de découvertes anciennes ou encore inédites de plaques-agrafes à quatre crochets semble confirmer qu’il s’agît d’un élément de coiffure : deux exemplaires ont été trouvés sous ou sur la partie supérieure du crâne de défunts des nécropoles d’Évrecy (no 7) et de Pont-sur-Yonne (no 10). Les deux exemplaires d’Homblières et Saint-Quentin (no 1 et 4) ont été trouvés « au niveau du cou » des squelettes, mais la décomposition des chairs a pu entrainer une migration des objets. La position des plaques-agrafes à quatre crochets de Saint-Marcel ne peut être déterminée en raison de la disparition des squelettes, mais on peut au moins déterminer qu’elles proviennent toutes des extrémités occidentales des fosses, ce qui suggère, si elles ont été déposées en position d’usage, qu’elles ne peuvent pas provenir de la zone du bassin4. Pour la plaque-agrafe de Mayence, Mechthild Schulze-Dorlamm a proposé un rapprochement avec la représentation de l’impératrice Ariane sur un diptyque du musée de Florence, où elle est représentée portant une coiffure montrant, au-dessus du front, une applique ( ?) fort semblable à l’objet de Mayence (Schulze-Dorlamm 2020, p. 12-13, fig. 6 et 7).
- 5 Nous ne considérons pas ici les bagues et bracelets dont l’attribution genrée est plus difficile (b (...)
15Parmi toutes ces découvertes en contexte funéraire, aucune ne provient d’un site ayant bénéficié d’une étude ostéologique permettant une détermination fiable du sexe du défunt, sauf à Évrecy mais le bassin était mal conservé. Il n’en demeure pas moins que les objets associés dans ces dépôts funéraires orientent très clairement vers le genre féminin : cinq épingles et collier à Homblières (no 1) ; collier et boucles d’oreille à Saint-Quentin (no 4) ; épingle à Évrecy (no 7) ; deux épingles à Nimègue (no 8) ; deux épingles et collier à Pont-sur-Yonne (n°10)5.
16Les données disponibles ne permettent guère de préciser les hypothèses de D.C. Steures, mais on peut relever que l’épingle trouvée près de la tête dans la sépulture d’Évrecy présente des restes de tissu minéralisé sur la pointe. Le tissu maintenu par l’agrafe devait donc être en contact avec l’épingle et on ne peut écarter que cette dernière traverse un châle ou un voile, du même type que celui porté par la femme du portait théodosien de Chiragan (Hte-Garonne) (Capus 2019), à ceci près que le portait de Chiragan, certes stylisé, ne montre ni agrafe ni tête d’épingle6. Le portrait féminin de l’agrafe de Saint-Quentin (no 4), où la chevelure semble présenter une volumétrie assez proche de celle de Chiragan pourrait évoquer la coiffure liée au port d’une agrafe à crochet et d’épingles. Peut-être, à la suite de M. Schulze-Dorlamm (2020) faut-il envisager un bandeau-diadème. On note que l’association des agrafes avec des épingles retrouvées en probable position d’usage est fréquente : une épingle « à la tête » à Homblières (no 1) ; une à droite du crâne à Évrecy (no 7) ; deux à droite du crâne à Nimègue (no 8) ; une à droite du crâne à Pont-sur-Yonne (no 10). Dans la plupart des cas, l’épingle est fabriquée en métal blanc (argent ?), ce qui semble constituer une panoplie avec l’agrafe quadrangulaire qui est dans le même matériau. Ce n’est toutefois pas une règle, comme le montrent les exemples de Saint-Quentin et surtout de Saint-Marcel où les épingles sont absentes.
17L’interprétation fonctionnelle des plaques-agrafes circulaires à deux crochets, moins nombreuses, est plus difficile à établir. Françoise Le Boulanger (et al. 2012) les avait rapprochées des plaques-agrafes à quatre crochets de Saint-Marcel, d’un point de vue fonctionnel plus que typologique. Les découvertes de Saint-Marcel et Pont-sur-Yonne ont été effectuées au niveau du bassin (no 18 et 17). Dans ces deux sépultures, le mobilier associé oriente vers des défunts de genre féminin, mais on ne peut guère préciser la fonction de ces accessoires. Compte tenu des maigres éléments de contexte disponibles, il ne semble pas que ces plaques-agrafes à deux crochets et celles à quatre crochets ont une fonction similaire.
18Le réexamen du corpus des plaques-agrafes à quatre et à deux crochets permet de compléter les listes de découvertes dressées lors des publications des nécropoles de Saint-Marcel et de Nimègue et de distinguer deux grands groupes : à quatre et à deux crochets. Les plaques à quatre crochets, presque toujours quadrangulaires, sont généralement en argent. Les compléments recensés ici semblent confirmer les interprétations de D.C. Steures en tant qu’éléments de coiffure féminine. Leur répartition traduit, en l’état du recensement, une probable origine gauloise, y compris pour les agrafes portant des décors de style Quait brooch. Les plaques-agrafes circulaires à deux crochets, plus rares, apparaissent peut-être plus précocement dans le ive siècle. Leur localisation dans les rares contextes funéraires semble écarter l’hypothèse qu’il s’agisse d’éléments de coiffure.