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2 - Culture matérielle : caractérisation et acculturation

L’acculturation de sujets septentrionaux et orientaux. La population du cimetière du Mouraut (Vernet, Haute-Garonne)

The acculturation of northern and eastern individuals. The population of the Mouraut cemetery (Vernet, Haute-Garonne)
La aculturación de sujetos septentrionales y orientales. La población del cementerio de Mouraut (Vernet, Alto Garona)
Sylvie Duchesne et Didier Paya
p. 119-125

Texte intégral

1Le cimetière du Mouraut se situe au sud de la commune de Vernet (Haute-Garonne) sur la rive gauche de l’Ariège dans un contexte de basse plaine. Mais d’un point de vue topographique, le gisement occupe une petite éminence dans un paysage de plaine au relief peu marqué, avec un dénivelé vers le sud et le sud-est. Grâce aux observations géomorphologiques, nous pouvons estimer que les tombes étaient anciennement organisées sur une terrasse fluviatile émergente dans une zone marécageuse [ill. 1]. Le cimetière n’est pas complètement reconnu puisque, si les limites de la zone d’inhumation ont été observées sur trois de ses côtés, il apparaît que les tombes s’étendent vers le sud-ouest. Il est donc impossible de savoir si la fouille a permis l’exploration d’une partie majeure ou mineure du champ d’inhumation.

1. Localisation et plan du site du Mouraut.

1. Localisation et plan du site du Mouraut.

F. Callède, Inrap.

La chronologie du site

2Une étude de population probante doit se baser sur l'histoire de l'organisation du cimetière concerné. Pour le site du Mouraut, le phasage chronologique a été construit à partir d’informations concrètes communes à toutes les tombes. La plus importante est la position stratigraphique de la sépulture. Les éventuels recoupements et les superpositions permettent d’établir une chronologie relative de certaines tombes par rapport à d’autres. Un diagramme stratigraphique a donc été réalisé à partir des observations faites sur le terrain. La définition des phases principales est ensuite finalisée à partir des diagrammes obtenus et en fonction du mobilier funéraire datant et de la datation au radiocarbone. Pour préciser et étendre le phasage, il faut recourir aux cas de chronologie relative entre tombes et aux orientations analogues. En effet, on constate pour plusieurs secteurs du cimetière une convergence d’orientations des sépultures pour une même zone topographique. Certains de ces ensembles forment des groupes séparés, d’autres se distinguent par des alignements communs de tombes, conséquences d’une répartition ordonnée.

3Le mobilier découvert dans les tombes et associé aux défunts est caractéristique de l’époque mérovingienne. Lors de son étude, il a été classé chronologiquement à partir du phasage général de ces types d’objets proposés par René Legoux, Patrick Périn et Françoise Vallet (Legoux et al. 2004), soit :
- proto-mérovingien (PM) (avant 450/480) ;
- mérovingien ancien (MA) en trois époques,
1 (vers 450/480 — vers 520/530),
2 (vers 520/530 — vers 560/570) et
3 (vers 560/570 — vers 600) ;
- mérovingien récent (MR) 
1 (vers 600 — vers 630/640)
2 (vers 630/640 — vers 670/680) et
3 (670/680 — début viiie siècle).

4Pour des raisons de simplicité, les mobiliers plus récents ont été comptés dans l’époque MR3 qui de fait se prolonge au-delà de 700.

5Ce premier classement du mobilier du site aboutit à une datation de chaque tombe contenant du matériel. Appréhendée de manière globale, chaque tombe concernée appartient à une phase archéologique du cimetière faisant référence à la chronologie généralement admise pour les objets (Paya et al. 2020, p. 289) :
Phase 1 : avant 450/480 — vers 520/530 (PM et MA1)
Phase 2 : vers 520/530 — vers 600 (MA2 et MA3)
Phase 3 : vers 600 — vers 670/680 (MR1 et MR2)
Phase 4 : vers 670/680 — xe siècle (MR3 et plus récent)

La population du cimetière

6Les restes osseux proviennent des sujets en place, auxquels s’ajoutent les ossements remaniés provenant de quatre réductions et du comblement d’une sépulture. L’espace funéraire livre donc 316 tombes dont 313 fournissent 244 adultes, dont un issu de comblement, et 75 enfants, dont quatre proviennent de réductions et de comblements, soit un total 319 sujets [ill. 2].

2. Nombre de tombes fouillées et de sujets étudiés (NMI), selon les phases et l’ensemble du cimetière.

2. Nombre de tombes fouillées et de sujets étudiés (NMI), selon les phases et l’ensemble du cimetière.

S. Duchesne, Inrap.

La conservation osseuse, une limite à l’étude anthropologique

7La médiocre conservation osseuse de la collection est la principale limite de l’étude anthropologique. En effet, la moitié des sujets sont mal conservés de manière générale, et plus particulièrement les sujets immatures [ill. 3]. Toutefois, un engagement dès le terrain, avec la prise de mesures des os longs, une estimation du sexe des adultes et une estimation du stade dentaire des enfants quand cela était possible, a permis de préserver certaines informations. Cet état de conservation a donc nécessité une analyse plus poussée des caractères métriques chez les adultes afin d’établir une diagnose secondaire. Lors de la diagnose primaire, 59 % des sujets (143/244) sont sexés, laissant 101 individus non sexés. À la suite de la diagnose secondaire, il ne reste que 56 d’entre eux non sexés, soit un gain de 18 %. Ainsi, l’augmentation du nombre des sujets sexés permet d’obtenir une meilleure représentation de la population inhumée.

3. État de conservation des individus du cimetière « Le Mouraut ».

3. État de conservation des individus du cimetière « Le Mouraut ».

S. Duchesne, Inrap.

Le recrutement de l’ensemble funéraire

8L’estimation de l’âge au décès et la diagnose sexuelle sont les données biologiques individuelles qui contribuent à la caractérisation de la population, aussi bien du point de vue des pratiques funéraires que de ses spécificités biologiques, son recrutement, développé ci-après, mais aussi son profil morphologique et son état sanitaire.

9L’évaluation de l’âge pour les enfants et les adolescents (du fœtus à 19 ans) s’est basée sur des processus de croissance et de maturation osseuse ou dentaire. L’âge des enfants de la période postnatale à 19 ans révolus est énoncé en se référant aux stades de maturation, tout d’abord dentaire (Ubelaker 1984 ; Braga et al. 2005), puis osseuse, selon une approche métrique (Stloukal, Hanáková 1978 ; Scheuer, Black 2000), puis une approche morphologique sur la fusion des points d’ossification secondaire à leur centre primaire (Scheuer, Black 2000). Cette dernière a été complétée par les références de Coqueugniot, intégrant des sujets de 7 à 29 ans via le logiciel SSAGE (Coqueugniot et al. 2010a et 2010b). Pour les individus adultes (20 ans et plus), l’étude du recrutement ne nécessite pas d’établir un âge individuel puisque le profil de la population est recherché. La méthode choisie est donc celle établie par Cl. Masset (Masset 1982), reposant sur le degré de synostose des sutures crâniennes. Elle évalue le profil de la population, en écartant les difficultés de la détermination de l’âge au décès individuel des adultes et de la corrélation de l’indicateur avec l’âge d’au moins 0,9 (le cas d’aucun, actuellement) (Bocquet-Appel, Masset 1977). Nous avons coté uniquement les sutures exocrâniennes, les plus facilement accessibles.

10La diagnose sexuelle a été menée selon deux approches, primaire et secondaire. Elle porte uniquement sur les os matures, étant donné qu’aucune méthode ne présente toujours pas de résultats suffisamment fiables pour les sujets immatures, malgré les travaux entrepris dans ce domaine (Coqueugniot et al. 2002). La diagnose primaire a été réalisée selon la méthode probabiliste (DSP), mise au point par J. Brůžek (Brůžek et al. 2017), à partir de critères métriques. Lorsque le résultat était inférieur à 95 % ou que le nombre de mesures était insuffisant, nous avons entrepris une seconde méthode, basée sur des caractères morphologiques définis par J. Brůžek (1991). Dans le cas d’une discordance entre les deux méthodes ou au sein de la latéralité, ou d’un résultat inférieur à 95 %, le sujet est défini comme non déterminé (ND). La diagnose secondaire a porté sur les mensurations osseuses crâniennes et infracrâniennes, pour les sujets non déterminés et les sujets dont le sexe est supposé. Sont sélectionnées les mesures dont le dimorphisme sexuel est établi de manière significative par un test de Student et dont les effectifs sont les plus nombreux. L’étude statistique a consisté d’une part, en une analyse en correspondances principales (ACP), utilisant la méthode itérative pour les données manquantes et d’autre part, en une analyse discriminante (AD), avec une distance de Mahalanobis, menées sous le logiciel libre PAST (Hammer et al. s. d.).

  • 1 Dirigée par Mélanie Pruvost, UMR5199, PACEA.

11Enfin, une étude génétique1 a porté sur un échantillon de 13 individus afin de tester la conservation de l’ADN. Douze présentaient suffisamment de matériel génétique pour être analysés. L’analyse confirme la détermination de 5 sujets masculins et 5 sujets féminins et elle identifie deux sujets supplémentaires, l’un féminin et l’autre masculin, ne laissant plus que 54 sujets non sexés.

Les sujets immatures

12La proportion de sujets immatures dans la population est insuffisante, quelle que soit la phase du cimetière. En effet, elle varie entre 19 % et 32 % [ill. 4]. Ces pourcentages sont nettement inférieurs à la mortalité d’une population préjennérienne, habituellement comprise entre 54 et 64 % des décédés pour des espérances de vie à la naissance entre 25 et 30 ans (Ledermann 1969), couramment admises pour l’étude des cimetières.

4. Répartition des individus immatures selon les quotients de mortalité.

4. Répartition des individus immatures selon les quotients de mortalité.

Les courbes grises constituent la variabilité maximale pour des espérances de vie à la naissance entre 25 et 30 ans, les histogrammes correspondent aux phases et la courbe noire au cimetière.

S. Duchesne, Inrap.

13Leur répartition selon les classes d’âge révèle des anomalies dans le profil de la population, non compatibles avec une mortalité dite naturelle. Les principales anomalies sont le défaut des enfants âgés de moins de 5 ans et le sous-effectif des adolescents de plus de 15 ans. Si la première est une donnée classique des études des ensembles funéraires, elle demeure un véritable biais de recrutement. En effet, pour une espérance de vie entre 25 et 30 ans, selon les quotients moyens, il manquerait 86 à 102 enfants décédés entre la naissance et un an et 63 à 79 décédés entre un et quatre ans ! Nous sommes ici loin du compte. Ce biais ne peut donc être le résultat que d’un choix à l’inhumation, en faveur d’une diversité des lieux d’inhumation (habitat, zones artisanales, etc.), d’un secteur qui leur serait dédié en dehors de l’emprise fouillée ou la combinaison de ces deux facteurs. La seconde anomalie, le sous-effectif des adolescents, est nettement moindre, puisque selon le même critère, il faudrait 7 à 8 enfants décédés entre 15 et 19 ans. Étant donné le faible écart avec les 5 sujets identifiés, ce biais pourrait être lié à la faiblesse de l’échantillon initial.

Les sujets adultes

14Le rapport hommes-femmes (1,09) est équilibré, avec 99 hommes et 91 femmes, même s’il reste encore près d’un quart des sujets non sexés. Toutefois, s’il s’approche d’une mortalité naturelle pour l’ensemble funéraire, des variations sont observées selon les phases [ill. 5]. Les sujets masculins sont près de deux fois plus nombreux dans la phase 2 (520-600), contrairement aux phases suivantes où ils sont minoritaires. Toutefois, la proportion des sujets non sexés dans ces phases est importante, ce qui suppose de tempérer ces différences. Leur répartition sur le plan du cimetière est homogène, aucun regroupement n’est observé, ni sur les différentes phases d’utilisation ni sur l’ensemble du cimetière [ill. 6].

5. Rapport hommes-femmes et proportion de sujets non sexés, selon les phases et l’ensemble du cimetière.

5. Rapport hommes-femmes et proportion de sujets non sexés, selon les phases et l’ensemble du cimetière.

S. Duchesne, Inrap.

6. Plans de phases et de répartition des individus selon l’âge et le sexe.

6. Plans de phases et de répartition des individus selon l’âge et le sexe.

F. Callède, J. Catalo et S. Duchesne, Inrap.

  • 2 Ici, les analyses avec une espérance de vie à 25 ans sont présentées, étant légèrement plus proches (...)

15L’étude de la mortalité adulte est menée sur 137 crânes, provenant de 59 tombes féminines, 63 masculines et de 15 de sexe non déterminé, soit 56 % de l’effectif du cimetière. Les deux premières phases d’inhumations fournissent près des trois quarts de l’effectif (73 %) [ill. 7]. L’étude menée sexes réunis montre des distributions compatibles avec une mortalité naturelle, pour une espérance de vie à la naissance comprise entre 25 et 30 ans2 [ill. 8].

7. Représentation de l’effectif pour l’étude de la mortalité adulte, selon les phases et l’ensemble du cimetière.

7. Représentation de l’effectif pour l’étude de la mortalité adulte, selon les phases et l’ensemble du cimetière.

S. Duchesne, Inrap.

8. Répartition de la population adulte, sexes réunis, selon les quotients de mortalité (en %).

8. Répartition de la population adulte, sexes réunis, selon les quotients de mortalité (en %).

Les courbes grises constituent la variabilité maximale pour une espérance de vie à la naissance à 25 ans, les histogrammes correspondent aux phases et la courbe noire au cimetière.

S. Duchesne, Inrap.

  • 3 Les analyses avec une espérance de vie à la naissance de 30 ans sont présentées car elles s’approch (...)
  • 4 Test de c² égal à 0,27, avec dl égal à 1 et p égal à 0,60.

16L’étude menée sexes séparés a nécessité le regroupement des phases 3 et 4, en raison de la faiblesse des effectifs de chaque phase, tant pour les hommes que pour les femmes. Elle montre des distributions compatibles avec une mortalité naturelle, pour une espérance de vie à la naissance entre 25 et 30 ans, pour les phases 1 et 23 [ill. 9]. Des variations minimes apparaissent ensuite, dans la phase 3-4, opposant les profils masculins et féminins. En effet, les hommes semblent mourir davantage après 50 ans (8/13) alors que les femmes semblent mourir davantage avant 50 ans (10/21). Le profil de la population masculine tend à être ascendant contrairement au profil de la population féminine qui tend à être descendant. Toutefois, ces différences ne sont pas statistiquement significatives4.

9. Distribution de la mortalité masculine et féminine, selon les quotients de mortalité.

9. Distribution de la mortalité masculine et féminine, selon les quotients de mortalité.

Les courbes constituent la variabilité maximale pour une espérance de vie à la naissance à 30 ans, les histogrammes correspondent à la population.

S. Duchesne, Inrap.

Définition de la population 

Des anomalies dans le recrutement de la population

17L’analyse globale de la population inhumée sur le site du Mouraut s’approche de l’image d’une mortalité archaïque, regroupant probablement une petite communauté qui devait inhumer la plupart de ses morts dans l’ensemble funéraire mis au jour. Toutefois, deux anomalies sont rencontrées. Nous avons vu plus haut que le nombre de jeunes enfants est insuffisant dans les deux classes d’âge les plus jeunes, celles des enfants âgés de moins d’un 5 ans, et plus particulièrement ceux de moins d’un an. C’est une donnée récurrente des études anthropologiques, en contradiction avec la réalité de la mortalité de ces classes d’âge dans lesquelles se produit près de la moitié des décès (47 à 57 %) au sein d’une population ancienne pour des espérances de vie à la naissance comprises entre 25 et 30 ans (Ledermann 1969). Diverses hypothèses ont été émises depuis longtemps pour expliquer ce fait. Des critères de conservation différentielle ont pu jouer : la faible minéralisation des os, particulièrement pour la tranche d’âge des nouveau-nés, et leur plus faible profondeur d’inhumation peuvent être retenues, mais ne suffisent pas à expliquer le nombre élevé des enfants manquants. Des critères d’ordre socioculturels, souvent évoqués, écartent du champ funéraire certains d’entre eux : les victimes de l’infanticide ou de l’avortement ; ceux qui ne sont pas encore complètement sociabilisés ; les non baptisés (Sansilbano-Collilieux 1994 ; Séguy 1997). Enfin, l’existence d’un secteur réservé aux enfants hors des limites du cimetière ou en dehors de la zone fouillée est l’hypothèse la plus couramment admise, relève du critère de sélection à l’inhumation.

18La seconde anomalie est la proportion des hommes au sein de cette population, variable selon les phases. Il est difficile de mieux caractériser cette anomalie, avec un nombre de sujets non déterminés de plus de 20 %. Toutefois, des critères de sélection peuvent expliquer la surreprésentation masculine de la phase 2 puis sa diminution ensuite. De même que pour les enfants, la présence d’un secteur réservé pourrait exister en dehors de la zone fouillée et ainsi équilibrer la population. D’autres critères, socioprofessionnels, pourraient la définir, d’une part, en lien avec le contexte historique et l’établissement de garnisons après la reconquête franque de l’Aquitaine et leur fermeture et d’autre part, la communauté à laquelle ils étaient rattachés, l’exploitation de son territoire et les activités qui y étaient pratiquées.

Des populations exogènes et leur acculturation

19Au regard du contexte chronologique et du mobilier retrouvé dans les tombes, la présence de sujets étrangers ne fait que peu de doute. Les phases 1 (450-530) et 2 (520-600) offrent l’image d’une communauté les intégrant à la population locale. L’étude du recrutement définit, en effet, une mortalité adulte naturelle, sans sectorisation spécifique, contrairement à l’enclos franc situé à l’écart de l’ensemble funéraire de La Gravette à L’Isle-Jourdain (Duhamel 1995). La coexistence de mobilier d’origines à la fois orientale (wisigothique, septentrionale) et occidentale (aquitain, européen de l’ouest) dès la première phase d’utilisation du cimetière signale une acculturation rapide et réciproque, les uns sur les ornements vestimentaires et les autres sur les pratiques funéraires (Dupâquier 1995, p. 124, 138). Elle fut d’autant plus rapide que les Wisigoths, déjà convertis au christianisme (Dupâquier 1995, p. 138), côtoyaient depuis longtemps la civilisation gallo-romaine, au point d’être largement romanisés (Dubreucq 2020, p. 109).

20Si l’origine ethnique ne peut être établie sur le mobilier de manière formelle, la déformation intentionnelle du crâne est une caractéristique des peuples germains (Burgondes, Goths), héritée des peuples nomades d’Asie et d’Europe de l’Est (Huns, Alains et Sarmates) (Boube et al. 2020, p. 262). Sept individus appartenant tous à la première phase ont des crânes déformés [ill. 10]. Parmi eux, une femme, âgée de 30 à 39 ans, est inhumée dans un coffre de tegulae, dépourvu de mobilier. Cette architecture, typique­ment gallo-romaine, souligne d’une part, une volonté d’assimilation et, d’autre part, son caractère ostentatoire. En effet, un seul autre coffre de tegulae est présent dans le cimetière et il est dévolu à un homme âgé de 25 à 29 ans. Il est inhumé avec ses armes (scramasaxe court et scramasaxe long) déposées le long du côté droit du corps, une boucle et une perle, un ensemble relevant d’une influence franque, les armes étant traditionnellement absentes des tombes gallo-romaines, comme wisigothiques (Paya et al. 2020, p. 295 ; Boube 2020, p. 152). Ainsi, nous pourrions voir ici, à l’échelle d’une campagne rurale du sud-ouest de la Gaule, l’adoption par des sujets septentrionaux et orientaux des modes funé­raires gallo-romains, sans qu’ils se départissent ni de leurs traditions culturelles ni de leurs statuts sociaux.

10. Radiographies des crânes déformés du Mouraut.

10. Radiographies des crânes déformés du Mouraut.

Radio : M. Bessou, A. Coulombeix, UMR 5199 – PACEA.

Mise en contexte historique

21Ces groupes exogènes pourraient correspondre à l’installation d’auxiliaires ou de fédérés dans la région d’Aquitaine suite à leur rapatriement d’Espagne (Delaplace 2020, p. 69 ; Boube 2020, p. 151 et 154), pour la première phase du cimetière, alors qu’une période d’apaisement politique s’engage avec le traité de 475 qui voit la reconnaissance officielle du royaume wisigothique de Toulouse et son indépendance territoriale (Delaplace 2020, p. 70). La présence wisigothique est perceptible au travers du mobilier d’une dizaine de tombes. L’influence wisigothique de la fin du ve siècle et du début du vie siècle se révèle aussi importante, voire plus, que dans la plupart des cimetières de Septimanie. L’influence franque transparaît quant à elle au travers d’une trentaine d’objets provenant de neuf tombes. À côté de ces influences apparaissent quelques objets qui, associés à la pratique de la déformation intentionnelle du crâne, permettent d’envisager une présence orientale que l’on pourrait aussi mettre en relation avec la découverte de deux anneaux d’oreilles en forme de croissant qui évoquent les productions en provenance des régions de l’est de l’Europe. L’étude de la population du cimetière du Mouraut atteste l’intégration parfaite de ces nouveaux arrivants au sein des communautés en place continuant ainsi à battre en brèche l’image d’Épinal de l’effondrement de la société gallo-romaine à la suite de l’installation des Goths (Hernandez, Paya 2019, p. 197).

22En ce qui concerne la deuxième phase, l’implantation de nouveaux venus suite à la conquête franque pourrait expliquer la surreprésentation masculine au sein de notre population. On observe par ailleurs la disparition du mobilier wisigothique au profit de production locale (Hernandez, Paya 2019, p. 190).

23La sous-représentation masculine de la phase 3 est difficile à expliquer. On pourrait, prudemment, y voir un effet dû aux nombreuses tentatives de conquérir la Septimanie au cours du viie siècle (Cazes 2019, p. 339). Mais cela ne nous explique pas ce fait pour la phase 4.

Duhamel C. 1995, L’Isle-Jourasin « La Gravette » (Gers), Document final de synthèse, Afan, p. 129‑131.

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Bibliographie

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Boube E., Boudartchouk J.-L., Cazes J.-P., Kazanski M. 2020, Nécropoles et Germains orientaux dans le Sud de la Gaule : archéologie funéraire de l’époque des migrations, in L. Barthet, C. Jacquet (dir.), Wisigoths, rois de Toulouse, Toulouse, Catalogue d’exposition, p. 261‑266.

Braga J., Heuze Y., Chabadel O., Sonan N. K., Gueramy A. 2005, Non-adult dental age assessment : correspondence analysis and linear regression versus Bayesian predictions, International Journal of Legal Medicine, 119‑5, p. 260‑274.

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Dupâquier J. 1995, Histoire de la population française, tome 1 : Des origines à la renaissance, Paris, Presses Universitaires de France, 584 p.

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Sansilbano-Collilieux M. 1994, Biologie et espace funéraire au Moyen Âge : les nécropoles de l’ancien évêché de Poitiers (fin ive siècle) et Saint Martin-de-Cognac (viie-xve siècles), Thèse de doctorat, Université de Bordeaux I, 578 p, 2 vol. 

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Ubelaker D. H. 1984, Human Skeletal Remains : Excavation, Analysis, Interpretation., Washigton, Taraxacum (coll. Manuels on archaeology, 2).

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Notes

1 Dirigée par Mélanie Pruvost, UMR5199, PACEA.

2 Ici, les analyses avec une espérance de vie à 25 ans sont présentées, étant légèrement plus proches des valeurs attendues.

3 Les analyses avec une espérance de vie à la naissance de 30 ans sont présentées car elles s’approchent davantage des valeurs attendues.

4 Test de c² égal à 0,27, avec dl égal à 1 et p égal à 0,60.

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Table des illustrations

Titre 1. Localisation et plan du site du Mouraut.
Crédits F. Callède, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/28656/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 752k
Titre 2. Nombre de tombes fouillées et de sujets étudiés (NMI), selon les phases et l’ensemble du cimetière.
Crédits S. Duchesne, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/28656/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 133k
Titre 3. État de conservation des individus du cimetière « Le Mouraut ».
Crédits S. Duchesne, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/28656/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 93k
Titre 4. Répartition des individus immatures selon les quotients de mortalité.
Légende Les courbes grises constituent la variabilité maximale pour des espérances de vie à la naissance entre 25 et 30 ans, les histogrammes correspondent aux phases et la courbe noire au cimetière.
Crédits S. Duchesne, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/28656/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 1,9M
Titre 5. Rapport hommes-femmes et proportion de sujets non sexés, selon les phases et l’ensemble du cimetière.
Crédits S. Duchesne, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/28656/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 122k
Titre 6. Plans de phases et de répartition des individus selon l’âge et le sexe.
Crédits F. Callède, J. Catalo et S. Duchesne, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/28656/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 2,2M
Titre 7. Représentation de l’effectif pour l’étude de la mortalité adulte, selon les phases et l’ensemble du cimetière.
Crédits S. Duchesne, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/28656/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 113k
Titre 8. Répartition de la population adulte, sexes réunis, selon les quotients de mortalité (en %).
Légende Les courbes grises constituent la variabilité maximale pour une espérance de vie à la naissance à 25 ans, les histogrammes correspondent aux phases et la courbe noire au cimetière.
Crédits S. Duchesne, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/28656/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 1,9M
Titre 9. Distribution de la mortalité masculine et féminine, selon les quotients de mortalité.
Légende Les courbes constituent la variabilité maximale pour une espérance de vie à la naissance à 30 ans, les histogrammes correspondent à la population.
Crédits S. Duchesne, Inrap.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/28656/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 2,2M
Titre 10. Radiographies des crânes déformés du Mouraut.
Crédits Radio : M. Bessou, A. Coulombeix, UMR 5199 – PACEA.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/28656/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 267k
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Pour citer cet article

Référence papier

Sylvie Duchesne et Didier Paya, « L’acculturation de sujets septentrionaux et orientaux. La population du cimetière du Mouraut (Vernet, Haute-Garonne) »Archéopages, Numéro spécial | 2025, 119-125.

Référence électronique

Sylvie Duchesne et Didier Paya, « L’acculturation de sujets septentrionaux et orientaux. La population du cimetière du Mouraut (Vernet, Haute-Garonne) »Archéopages [En ligne], Numéro spécial | 2025, mis en ligne le 02 juillet 2025, consulté le 12 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/archeopages/28656 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14h6h

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Auteurs

Sylvie Duchesne

Inrap, UMR 5288 « Centre d’Anthropobiologie et de Génomique de Toulouse »

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Didier Paya

Inrap, UMR 5288 « Centre d’Anthropobiologie et de Génomique de Toulouse »

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