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AccueilNuméros hors-sérieNuméro spécial3 - Retour aux sources et déconst...Puissants laïcs et religieux : co...

3 - Retour aux sources et déconstruction des mythes historiques

Puissants laïcs et religieux : continuité aristocratique en Provence (Ve-VIIIe siècle)

Lay and religious elites : aristocratic continuity in Provence (5th–8th century)
Poderes laicos y religiosos : continuidad aristocrática en Provenza (siglos V–VIII)
Marc Bouiron et Christian Settipani
p. 254-268

Texte intégral

1Dans l’Empire romain finissant, la Provence occupe une place à part. Les mouvements de population à l’intérieur de la Gaule romaine, fuyant l’arrivée de peuples successifs, ont convergé vers les provinces du sud-est, qui sont restées à peu près à l’écart des conflits et des destructions jusqu’en 476. Par la suite, elles deviennent un enjeu de conquête entre Wisigoths, Ostrogoths puis Francs qui s’en emparent en 536. Face à une côte languedocienne sous domination wisigothique, et plus tard du Califat de Cordoue, les ports provençaux constituent le cœur des relations du regnum Francorum avec la Méditerranée. Durant les longs siècles qui précédèrent l’avènement des Carolingiens, les groupes familiaux aristocratiques ont façonné la société dans laquelle la population a vécu, depuis les grandes familles sénatoriales romaines jusqu’aux fidèles de la nouvelle dynastie carolingienne.

2Après avoir analysé en détail le contexte du début du ve siècle en Gaule, moment charnière pour cette partie de l’Empire romain, nous examinerons quelles sont les connexions des familles aristocratiques de cette période puis de quelle manière ces liens familiaux perdurent dans le dernier siècle de la royauté franque avec l’exemple de grands personnages provençaux.

3Ces préoccupations rejoignent celles étudiées par Jean-Luc Boudartchouk dans ses nombreux travaux sur la société wisigothique puis altomédiévale, des Pyrénées à l’Auvergne en passant par Toulouse. Elles donnent le cadre dans laquelle s’est incarnée la vie quotidienne des populations de cette époque et dont l’archéologie nous restitue la réalité matérielle.

  • 1 Nous avons mis en grisé les propositions qui nous semblent les plus hypothétiques et en surligné ja (...)

4Nous présentons en quatre tableaux généalogiques [ill.1 à 4] les propositions de liens familiaux de certaines des familles sénatoriales du ve siècle1. Ils reposent principalement sur les travaux de Ralph W. Mathisen et de nos propres travaux (en particulier Settipani 1991 et 2007) auxquels nous avons apporté un certain nombre de modifications ou de compléments. Pour éviter un apparat critique trop important dans le corps de notre article, nous reportons dans les légendes les sources utilisées et signalons nos propres hypothèses. Nous rappelons que, conformément aux usages de la prosopographie de cette période (Settipani 2022), nous privilégions la transmission des noms dans un entourage géographique proche.

Un moment clef de transformation, la Gaule au début du ve siècle

  • 2 Le devenir de l’administration civile en Gaule et en Hispanie de 284 à 536 après J.-C. : transforma (...)

5La recherche historique s’est focalisée depuis quelques décennies sur l’étude des évêques et des laïcs participant au gouvernement des territoires. Le ve siècle apparaît en particulier comme le terreau préparant l’intégration progressive des familles (gallo-)romaines aux nouveaux réseaux des peuples « barbares » ayant pris place au sein des anciennes provinces gauloises. Parmi les nombreux travaux sur les élites, outre bien évidemment les différents volumes de la Prosopography of the Late Roman Empire (PLRE), on accordera une importance particulière à ceux de R. W. Mathisen (Mathisen 1999, 2017-2018, 2020) qui ont servi en partie de base aux études prosopographiques de l’un d’entre nous (Chr. Settipani). L’un des ouvrages importants sur le ve siècle en Gaule fait suite à un colloque organisé à l’Université de Sheffield en 1989 regroupant quasi exclusivement des auteurs anglais ou nord-américains, mais aucun français (Drinkwater, Elton 1992). Plus récemment, Marie Roux a étudié dans sa thèse la mutation des élites en Gaule et en Hispanie, pour la période 284-5362. Pour les personnalités liées au christianisme, la publication en 2013 du volume de la Prosopographie chrétienne du Bas-Empire pour la Gaule (PCBE 4) apporte une relecture détaillée des données biographiques. Enfin, on se reportera pour toute la période aux travaux de Bruno Dumézil, en particulier Dumézil 2013 sur la relation entre aristocratie et administration impériale ou royale (Dumézil 2007, 2013).

6Si l’on regarde plus en détail le sud-est de la Gaule, il est à cette époque rattaché au diocèse des Sept-Provinces, mis en place sous Dioclétien (Heijmans 2013). On y trouve la province de Narbonnaise Première, qui regroupe la partie de l’ancienne province de Narbonnaise située à l’ouest du Rhône avec Narbonne comme capitale. Pour la partie plus directement provençale, la Viennoise (capitale Vienne) comprend toute la vallée du Rhône et s’étend de Marseille au lac Léman ; elle est subdivisée (sauf durant le 3e quart du ive siècle) avec la création, dans sa partie orientale, de la province de Narbonnaise Seconde ayant comme capitale Aix-en-Provence. Enfin, est englobée dans ce diocèse la province des Alpes Maritimes agrandie vers le nord, incluant Embrun qui en devient la nouvelle capitale. Ce cadre administratif est celui qui préside à la division en circonscriptions religieuses : à la suite du concile de Nicée en 325, il est imposé à chaque civitas d’avoir un évêque et à chaque capitale de province un évêque métropolitain ayant juridiction sur les évêques de sa province. Des transformations interviennent progressivement ; en particulier, la province de Viennoise est divisée d’abord avec la création d’une province ecclésiastique d’Arles puis le redécoupage du territoire de cette cité (création d’un évêché de Toulon et agrandissement de celui de Marseille). L’évêque de Marseille, Proculus, refusant d’accepter l’autorité des évêques de Vienne ou d’Arles, le concile de Turin, en 398, le reconnaît comme métropolitain de la province de Narbonnaise Seconde en exception au principe édicté au concile de Nicée, mais seulement durant son épiscopat. Ce cadre territorial institutionnel restera présent tout au long du ve siècle voire encore au-delà.

Une période de troubles : le premier quart du ve siècle

  • 3 Tout ceci est connu par Olympiodore (fr. 12), repris par Zosime (6.2.1) et Sozomène (9.11.2).
  • 4 PLRE II, p. 719-720 (Marcus 2) ; PLRE II, p. 518-519 (Gratianus 3) ; PLRE II, p. 316-317 (Fl. Claud (...)
  • 5 PLRE II, p. 644 (Iustinianus 1). Placé à ce poste par Constantin avant de quitter la Bretagne, c’es (...)

7Du point de vue politique, la mort de l’empereur Théodose Ier en 395 entraîne le partage définitif de l’Empire entre ses deux fils Arcadius (Empire d’Orient) et Honorius (Empire d’Occident). Au cours de cette période, la pression exercée par les peuples aux frontières de l’Empire s’intensifie. En 405, les Alains et les Goths envahissent l’Italie. Toutefois, après avoir assiégé Florence, ils sont vaincus par le général Stilicon lors de la bataille de Fiesole. Dans la foulée intervient le franchissement du Rhin, désormais mal défendu, par de nombreux peuples : Francs, Alains, Suèves, Vandales… Cet évènement constitue un moment charnière dans la cohésion de l’Empire d’Occident et entraîne une forte instabilité du pouvoir impérial. Plusieurs usurpateurs sont désignés successivement par l’armée de Bretagne en 4063. Marcus, Gratien, puis en mai 407 Flavius Claudius Constantinus4 (Constantin III) qui décide de quitter l’île pour rapatrier l’armée en Gaule et en assurer la défense. Avant son départ, il nomme deux maîtres de la Milice Justinianus et Nebiogast5 (Paschoud 1989, t. III, 2, n. 116, p. 23-24).

  • 6 Bibl. cod. 80

8Nous allons nous arrêter sur les années de « règne » des usurpateurs successifs Constantin III et Jovin qui ont une forte incidence sur la Gaule. La source principale (voire unique) de l’information historique de cette période est Olympiodore, dont l’ouvrage perdu traite des années 407-425. Il sert en particulier de source directe aux œuvres conservées de Zosime et Sozomène. Le déroulé de l’œuvre telle que Photios6 l’a analysée montre que l’ordre chronologique n’est pas toujours exact. Or la connaissance des causes et des effets est fondamentale pour bien appréhender le déroulé de cette période complexe. L’analyse très détaillée de Michaël Kulikowski (ibidem 2013), reprenant en particulier les lectures des événements d’André Chastagnol (ibidem 1973), d’Émilienne Demougeot (ibidem 1974) et John F. Drinkwater (ibidem 1998), permet de redonner un sens chronologique. On mettra en regard les interprétations de François Paschoud dans les notes de sa traduction de Zosime, reprenant l’ensemble des sources et de l’historiographie jusqu’aux années 1980.

  • 7 Ep. 123.15 (écrite depuis Bethléem). Germanie Première : Mayence, Worms, Spire et Strasbourg. Belgi (...)
  • 8 PLRE II, p. 978-979 (Sarus).
  • 9 Zos. 6.2.3.
  • 10 Zos. 6.2.4.
  • 11 PLRE II, p. 508 (Gerontius 5) ; PLRE II, p. 386 (Edobichus).
  • 12 Zos. 6.2.4-5.
  • 13 Zosime (6.2.6) précise qu’il installe trois garnisons sur les routes reliant l’Italie à la Gaule. F (...)
  • 14 Oros. 7.40.5.

9La première année de cette période est consacrée à la stabilisation de la situation dans le Nord-Est. Les villes prises par les forces d’invasion, selon la liste transmise par Jérôme, appartiennent aux provinces de Belgique Seconde et de Germanie Première7. Constantin arrive vraisemblablement à Lyon dans un premier temps, moment où sont frappées les premières monnaies à son effigie. Rapidement, Stilicon envoie un contingent militaire dirigé par Sarus8 (Delaplace 2015, p. 146-148), un Wisigoth et probablement maître de la Milice pour la Gaule. Celui-ci bat les troupes de Justinianus et de Nebiogast durant l’automne 407, le premier étant tué avec ses troupes tandis que le second, attiré pour des pourparlers, est assassiné9. Constantin les remplace10 par Gerontius et le chef franc Edobic11, ce dernier étant plus spécialement chargé de protéger les provinces romaines de Germanie et de Belgique. Sarus met alors le siège à Valence où se trouve Constantin, mais l’approche de renforts avec à leur tête les deux maîtres de la milice de l’usurpateur le contraint, non sans mal, à repasser les Alpes12. Constantin en profite pour placer des garnisons pour verrouiller le passage des Alpes13. La soumission du diocèse de l’Hispanie à Constantin a probablement lieu en 407 à la demande des autorités locales, comme le souligne Orose14. Pour M. Kulikowski, le contexte est différent des Gaules, l’Espagne ayant probablement peu de troupes sur son sol ; cette soumission a pu se produire avant même l’installation de Constantin en Arles (Kulikowski 2000, p. 334-335).

  • 15 PLRE II, p. 113 (Apollinaris 1). C’est le grand-père du poète Sidoine Apollinaire, comme on va le v (...)
  • 16 La Bretagne reste encore pour peu de temps sous le contrôle de Constantin III, ainsi que la péninsu (...)
  • 17 PLRE II, p. 638 (Iulianus 7) ; Olymp. fr. 12. Il est vraisemblable que ses deux fils aient été reba (...)
  • 18 PLRE II, p. 684 (Limenius 2). Il a été comte des Largesses sacrées auparavant (attesté en 400-401). (...)
  • 19 PLRE II, p. 283 (Chariobaudes).

10En mai 408 (ou un peu avant), Constantin nomme Apollinaris15, originaire d’Auvergne, préfet du Prétoire des Gaules. Sa fonction comprend normalement les provinces de Gaule, Bretagne, Hispanie et Maurétanie Tingitane en Afrique Proconsulaire16. C’est vraisemblablement à l’été 408 que Constantin déplace la capitale de la préfecture du Prétoire de Trèves à Arles où il s’installe avec son fils Constant, ancien moine qu’il nomme César tandis que son second fils Julianus devient nobilissimus17. La crise qui se joue en Italie contre Stilicon empêche une action rapide de reprise en main d’Honorius en Gaule. Son préfet du Prétoire des Gaules, Limenius18, qui avait fui devant l’avancée des troupes de Constantin, fait partie des hauts dignitaires tués le 13 août 408 par des soldats rebellés contre Stilicon, tout comme Chariobaudes19 son maître de la Milice qui a vraisemblablement remplacé Sarus. Stilicon est quant à lui emprisonné et exécuté à la suite, le 22 août.

  • 20 Ils semblent administrer de grands domaines en Galice (Zos. 5.43.2).
  • 21 Zos. 6.4.1-4 ; Soz. 9.11.4. Ils utilisent des troupes barbares appelées Honoriaci (Oros. 7.40.7-9).
  • 22 Soz. 9.11.4-12.1 ; Oros. 7.40.6-8. 5. D’après Sozomène, les actions militaires se placent en Lusita (...)
  • 23 Zos. 6.5.2.
  • 24 Grégoire de Tours (H. F. 2.9) précise que Constant laisse son épouse et sa cour avec Gerontius à Sa (...)
  • 25 Zos. 6.5.2 ; Soz. 9.12.2.
  • 26 Comme l’analyse M. Kulikowski, le texte d’Olympiodore (fr. 12) ici fortement abrégé par Photios et (...)

11Du fait d’une opposition armée en Espagne, portée par des cousins d’Honorius (les quatre frères Didymus, Verinianus, Theodosiolus et Lagodius20), Constantin envoie son fils Constant et le général Gerontius en Espagne21 ; ils sont d’abord défaits avant de remporter une victoire totale22 (Kulikowski 2000, p. 33). Constant et Apollinaris escortent les deux frères Didymus et Verinianus qui refusent l’autorité de Constantin jusqu’à Arles et les tuent23. Durant l’hiver, Gerontius reste à Saragosse24 pour s’occuper de la défense des Pyrénées avec les troupes gauloises en créant des fortins25 (Delaplace 2015, p. 258 sq.). Il est probable que l’ambassade envoyée par Constantin auprès d’Honorius ait eu lieu vers la fin de cette même année 40826 (Kulikowski 2000, p. 337 n. 80). Ce dernier, ignorant du sort de ses cousins espagnols, et pressé par Alaric en Italie, donne la reconnaissance impériale conjointe à Constantin, et l’autorisation de mener des opérations contre les Wisigoths d’Alaric.

  • 27 PLRE II, p. 651 (Iustus 1) ; PLRE II, p. 965 (Decimius Rusticus 9) ; Zos. 6.13.1.
  • 28 PLRE II, p. 744-745 (Maximus 4). Dans la lecture de Photios d’Olympiodore (fr. 16), il s’agit de so (...)
  • 29 Pour M. Kulikowski, le choix de cette ville s’explique par les facilités de liaison avec la Gaule. (...)
  • 30 Zosime (6.5.2) précise que la plupart de troupes se trouvant avec Gerontius, Constantin ne put s’op (...)
  • 31 M. Kulikowski cite les poèmes Poema coniugis ad uxorem (CSEL 30.344), Carmen de divina providentia (...)
  • 32 Zos. 6.5.2-3.

12Après avoir passé l’hiver en Arles et vu son pouvoir affermi, Constantin renvoie son fils en 409, désormais Auguste, en Espagne avec un nouveau général, Justus. C’est probablement à ce moment qu’Apollinaris, en désaccord avec Constantin, est remplacé comme préfet du Prétoire des Gaules par son maître des Offices Decimius Rusticus. Ce dernier accompagne Constant en Espagne27. Voyant qu’il allait être remplacé, Gerontius se révolte et proclame empereur son client et domesticus Maximus28 à Tarragone29. Gerontius reste probablement son maître de la Milice. L’atelier monétaire de Barcelone frappe immédiatement des émissions à l’effigie du nouvel empereur. Pour assurer la défense de l’Espagne contre Constantin, Gerontius fait venir les peuples barbares en Aquitaine puis leur fait franchir les Pyrénées30. C’est le début d’un mouvement qui va marquer également les contemporains par les pillages que les Vandales et Alains perpètrent en Aquitaine et en Narbonnaise (Kulikowski 2000, p. 338 ; Roberts 1992)31. La chronique d’Hydace précise que les Alains, Vandales et Suèves envahissent l’Espagne le mardi 28 septembre ou 12 octobre 409 (Paschoud 1989, t. III, 2, n. 122, p. 36-37). Au même moment, les Romano-bretons se révoltent contre Rome, événement que M. Kulikowski, comme d’autres historiens, met en relation, suivant l’indication de Zosime, avec une opposition à Constantin32 (Kulikowski 2000, p. 338-339 ; Paschoud 1989, t. III, 2, n. 123, p. 38-41).

  • 33 PLRE II, p. 623-624 (Iovius 3). Zos. 6.1.1-2.
  • 34 Soz. 9.12.5.
  • 35 Greg. H. F. 2.9 ; Soz. 9.13.2.

13Au début de l’année 410, Constantin se tourne de plus en plus vers l’Italie pour tenter de légitimer sa part d’Empire. Il envoie une nouvelle ambassade auprès d’Honorius, conduite par Jovius33, ce qui lui permet d’approcher Allobic, le magister equitum de l’empereur. À l’été 410, Constantin franchit les Alpes après un accord avec Allobic et entre dans Vérone, mais la mort de celui-ci modifie ses plans34 et il retourne à Arles. Il s’enferme dans la ville pour soutenir le siège de Gerontius, Constant et Justus n’ayant pas réussi à reprendre le contrôle de l’Espagne. Peu après, Rome est pillée (24 août 410) par le roi des Wisigoths, Alaric Ier, qui meurt quelques mois plus tard. Edobic est envoyé au-delà du Rhin pour obtenir l’aide des Francs et des Alamans35.

  • 36 M. Kulikowski (2000, p. 339-340) place cette intervention plutôt en 410.
  • 37 Oros. 7.42.4 ; Prosper Tiro s. a. 411.
  • 38 PLRE II, p. 321-325 (Constantius 17).
  • 39 PLRE II, p. 788 (Nunechia) ; Olymp. fr. 16.
  • 40 7.42.5. (trad. Arnaud-Lindet)
  • 41 Chron. Gallica 452, § 27 et 30
  • 42 PLRE II, p. 383 (Ecdicius 1). Soz. 9.14.
  • 43 Olymp. fr. 16.

14C’est peut-être à l’automne 410, mais plus vraisemblablement au début de 411, que Gerontius refranchit les Pyrénées avec une partie des troupes barbares installées en Espagne pour affronter Constantin36. Il est intercepté par les troupes de Constant qui se réfugie à Vienne, probablement dans l’attente de renforts d’Edobic (Kulikowski 2000, p. 340), mais Gerontius s’empare de Vienne et décapite son adversaire37. Il fait ensuite à nouveau le siège d’Arles pour vaincre Constantin (printemps 411), mais à l’arrivée des troupes d’Ulphila et du patrice Constance38, nouveau maître de la Milice d’Honorius, il perd le contrôle de ses propres troupes qui préfèrent se placer sous les ordres du général d’Honorius. Gerontius fuit en Espagne, mais est trahi par ses derniers fidèles ; il tue alors son épouse Nunechia et son serviteur avant de se donner la mort39. Selon Prosper d’Aquitaine, Maximus est pardonné et se retire du pouvoir. À l’époque d’Orose, il vit « en exil dans le dénuement, en Espagne, parmi les Barbares »40, donc probablement en Galice. C’est vraisemblablement lui qui reprend le pouvoir entre juillet 419 et février 421. Il est alors capturé, amené à Rome et exécuté, avec un Jovinianus inconnu, autour du 23 janvier 422, pour les tricennalia d’Honorius41 (Kulikowski 2000, p. 124-126). Constance bat l’armée d’Edobic ; ce dernier s’enfuit chez un de ses amis, Ecdicius42, propriétaire terrien près d’Arles qui le trahit et le tue. En apprenant sa mort, Constantin se rend et est emprisonné avec son fils Julianus. Ils sont finalement exécutés en route pour Ravenne, en septembre 411, sur ordre d’Honorius pour venger la mort de ses cousins espagnols43.

  • 44 PLRE II, p. 621-622 (Iovinus 2). Olymp. fr. 17. Delaplace 2015, p. 152-153 ; PLRE II, p. 983 (Sebas (...)
  • 45 PLRE II, p. 346-347 (Claudius Postumus Dardanus) ; Olymp. fr. 19.
  • 46 H. F. 2.9 ; PLRE II, p. 38-39 (Agroecius 1).
  • 47 PLRE II, p. 180-181 (Priscus Attalus 2) ; Olymp. fr. 3. Nous n’aborderons pas ici les événements to (...)
  • 48 La cérémonie est racontée en détail par Olympiodore (fr. 24).

15L’armée de Constantin gardant le Rhin à Muntzen, près de Tongres, proclame alors empereur un autre usurpateur, Jovinus, bientôt rejoint par son frère Sebastianus44. Le préfet du prétoire des Gaules qui avait succédé à Apollinaris et accompagné Constantin III, Decimius Rusticus, suit ce nouvel empereur. Bien qu’un accord ait été conclu avec Athaulf pour permettre aux Wisigoths de traverser la Provence et de s’installer en Aquitaine (début de l’installation des Wisigoths en Gaule : Barthet, Jacquet 2020 carte p. 88-89), celui-ci capture Jovinus et son frère puis les remet au préfet du Prétoire des Gaules mis en place par Constance, Claudius Postumus Dardanus, qui les fait exécuter à Narbonne en 41345. Grégoire de Tours précise que le primicier des notaires, Agroecius46, est tué au même moment. Lors de leur déplacement, les Wisigoths emmènent avec eux Attale, brièvement proclamé empereur par Alaric (409-410)47 puis de nouveau en 414-415 par Athaulf. Ce dernier se marie à Narbonne le 1er janvier 414 avec Galla Placidia48, la demi-sœur d’Honorius emmenée en otage par Alaric Ier.

  • 49 PLRE II, p. 311 (Constans 3).
  • 50 PLRE II, p. 987 (Sigericus) ; PLRE II, p. 1147-1148 (Vallia).

16Constance prend une place grandissante auprès d’Honorius, qui lui accorde trois consulats (en 414 avec Constant49, en 417 avec Honorius et en 420 avec Théodose II). En 416, il force les Wisigoths à passer en Espagne (Delaplace 2015, p. 155 sq). Ils abandonnent alors Attale, qui est fait prisonnier par Honorius et exilé dans les îles Lipari. Athaulf est tué à Barcelone et remplacé d’abord par Sigéric (durant 7 jours) puis par Wallia50 qui négocie alors avec Constance. En échange de la fourniture de blé, il libère Galla Placidia et accepte que les Wisigoths soient reconnus comme un peuple fédéré en Aquitaine où ils sont installés depuis 413. Ils assistent alors Constance dans sa lutte contre les différents peuples installés en Espagne après leur venue par Gerontius : les cavaliers Alains sont quasiment exterminés, les Suèves sont forcés de se replier en Galice, l’une des deux tribus vandales (les Sillings) est décimée tandis que les survivants rejoignent les Vandales Hasdings installés en Bétique (ibidem, p. 160-161).

  • 51 Olymp. fr. 34.
  • 52 PLRE II, p. 568-569 (Iusta Grata Honoria) ; PLRE II, p. 1138-1139 (Placidus Valentinianus).
  • 53 Olymp. fr. 34.

17En 417, Honorius donne sa sœur Galla Placidia en mariage à Constance51. Ils auront deux enfants, Justa Grata Honoria et Placidius Valentinianus52, le futur Valentinien III. À la demande de Constance, Wallia et ses troupes repassent les Pyrénées en 418 pour protéger l’Aquitaine des raids saxons (Mathisen 2017-2018). Les Wisigoths s’installent alors à nouveau à Toulouse où Wallia meurt et est remplacé par son gendre Théodoric Ier, fils d’Alaric (Delaplace 2015, p. 167 sq). Constance est fait Auguste par Honorius le 8 février 421 mais Théodose II refuse de le reconnaître. Il tombe malade et meurt le 2 septembre de la même année53. Honorius meurt deux ans plus tard et après le court règne de Jean, l’Empire d’Occident échoit à Valentinien III (425-455).

  • 54 Nous avons conservé l’édit émis le 17 avril 418, reçu à Arles le 23 mai, par lequel Honorius désign (...)
  • 55 PLRE II, p. 36-37 (Agricola 1) et p. 642 (Iulius 3).
  • 56 PLRE II, p. 448 (Exuperantius 2) ; PLRE II, p. 68 (Amatius). Ce nom est unique à notre connaissance (...)

18Dans ce contexte, la place d’Arles est évidemment majeure. Sa fonction impériale découle de sa position stratégique, au croisement des axes nord-sud reliant le Rhin au détroit de Gibraltar, et est-ouest entre l’Océan et Rome. Devenue siège de la préfecture du Prétoire des Gaules sans doute en 408, puis siège de l’assemblée du diocèse des Sept-Provinces, son rôle est réaffirmé en 418 dans un édit d’Honorius et de Théodose II54. Le préfet du Prétoire des Gaules destinataire de l’édit est à cette date (Julius ?) Agricola55 qui a occupé cette fonction une première fois avant 418 et une seconde fois de 418 à 423 (avec un consulat en 421 avec Flavius Eustathius). Il est remplacé ensuite par Exuperantius, natif de Poitiers tué à Arles en 424, lui-même remplacé à son tour par Amatius56.

Les grandes familles sénatoriales gallo-romaines

  • 57 PLRE II, p. 155 (Artemia) ; PLRE II, p. 125 (Aquilinus 3).
  • 58 L’existence d’une possible fille de l’évêque de Limoges Ruricius et son mariage avec l’évêque Rusti (...)

19Les grandes familles gallo-romaines des ve et vie siècles tirent leur origine des personnages de ce début du ve siècle. Parmi ceux déjà mentionnés, bien qu’Apollinaris ait choisi de soutenir Constantin III, choix qui a probablement causé sa mort prématurée, sa famille a pu accéder par la suite à des fonctions élevées (Roux 2013-2014, p. 87 et n. 13 et p. 90). Apollinaris a eu trois fils dont les noms restent inconnus ; l’un (peut-être un Alcimus ?) fut le père de Sidoine Apollinaire et préfet du Prétoire des Gaules en 448-449 (Mathisen 2020, p. 58-59) [ill. 1]. Decimius Rusticus, le second préfet du Prétoire sous Constantin, par son mariage avec Artemia, est probablement le père d’un vicaire du diocèse des Sept-Provinces, lui-même père d’Aquilinus57, correspondant de Sidoine Apollinaire, et arrière-grand-père de l’évêque de Lyon Rusticus (décédé en 501) et de son frère Vivientolus (Roux 2013-2014, p. 90-91 ; Settipani 1991, p. 208-209)58. Ces deux préfets du Prétoire ont donc transmis leur rang et l’aventure de Constantin III ne paraît pas, dans la seconde moitié du ve siècle, représenter une période honteuse qu’il faudrait cacher.

1. Famille de Sidoine Apollinaire et d’Avit de Vienne.

1. Famille de Sidoine Apollinaire et d’Avit de Vienne.

Dans la famille de Sidoine Apollinaire, nous suivons R. W. Mathisen et qui propose pour son père un Alcimus et sa mère une Avita, nièce d’Agricola. Côté maternel, Sidoine Apollinaire mentionne son cousin Avitus et ses deux sœurs, en précisant que leurs mères respectives étaient très proches, ce qui laisse penser qu’elles étaient sœurs. Nous proposons, à titre d’hypothèse, d’en faire les filles de l’évêque de Bourges Avitus, mentionné dans la liste épiscopale avant Leo, probablement pour le 2e quart du ve siècle. Cette localisation reste en Aquitaine Première, pas très loin de l’Auvergne. Du côté paternel, on lui connaît deux oncles, mais leur identité est plus mal établie qu’on ne le croit d’ordinaire. En effet, la plupart des historiensa identifient Thaumastus comme un de ces oncles paternels dont le fils homonyme est qualifié de cousin germain par Sidoine : « les deux Thaumastus… le plus jeune est mon camarade en même temps qu’un collègue et un cousin germain… et le plus ancien, presque un oncle paternel » (Carm. 24.84-89). Ailleurs, il écrit à son proche parent Apollinaris en faisant allusion à son frère (germanus) Thaumastus (Ep. 5.6.1) et laisse entendre qu’Apollinaris et Thaumastus étaient aussi les frères d’un Simplicius qui vivait avec Apollinaris. Toutefois, R. W. Mathisen (2020, p. 58) a souligné que Sidoine dit précisément que Thaumastus était « presque un oncle paternel » (prope patruus), donc en toute logique, qu’il n’était pas réellement un oncle. Puisque son fils homonyme est lui, le cousin germain de Sidoine, c’est donc qu’il avait épousé une tante paternelle de celui-ci (Settipani 2022, p. 55). Certes, cette exégèse n’est pas compatible avec le fait que Thaumastus est explicitement donné comme le frère d’Apollinaris. Mais R. W. Mathisen souligne que cet Apollinaris est appelé « frater » et « amicus » par Sidoine, ce qui ne convient pas à un oncle. De sorte qu’Apollinaris et Simplicius sont plutôt les frères de Thaumastus le Jeune (Settipani 2015b, p. 325). Au vu de la présence de plusieurs Simplicius dans cette branche familiale, nous proposons une alliance avec la famille de l’évêque Simplicius de Vienne que l’on connaît à la même époque, lui-même sans doute fils d’un autre évêque homonyme d’Autun (PCBE 4). Leur descendance doit être nombreuse même si la connaissance que nous en avons s’arrête aux cousins germains de Sidoine Apollinaire. En effet, nombreux sont les Simplicius plus tardifs, mentionnés dans la PCBE 4, qui pourraient en faire partie. Nous pourrions également rattacher à cette famille le Simplicius évêque de Bourges en 470 par sa mère, plutôt que par son père l’évêque de Bourges Elodius/Elogius, ce qui garderait une cohérence méridionale pour cette famille et expliquerait pourquoi Sidoine Apollinaire n’est pas en correspondance avec lui (alors qu’il l’est avec Eulalia). Mais la mention de plusieurs fils dans une lettre de Sidoine Apollinaire (5.4.2), dont il souligne l’orgueil (et on imagine la distance avec lui-même) peut justifier cette mise à l’écart et donc le lien paternel. Nous suivons également la proposition de faire d’Audentia, la femme de l’évêque de Vienne Hesychius, une sœur de Sidoine Apollinaire (Mathisen repris par Settipani 2007, p. 139-140). De ce couple descendent les divers Hesychius évêques aux vie et viie siècles. Le nom d’Hesychius n’est pas attesté en Gaule avant l’évêque de Vienne. Toutefois M. Heinzelmann (1976, p. 227-228) a proposé, du fait de la proximité de son fils, l’évêque Avit, avec Mamertus, évêque de Vienne avant Hesychius, de rattacher ce dernier aux Claudii Namatii. Nous suivrons là encore cette hypothèse (même si R. W. Mathisen ne l’avait pas retenue dans sa thèse inédite). Concernant Hesychius (vir senatoriae dignitatis selon son fils), on notera en particulier l’entrée n° 10 de la PLRE II qui signale un tribunus et notarius (Ouest) en 456, envoyé par l’empereur Avitus, qui peut correspondre au même personnage. Si l’on se refuse à voir dans Ecdicius, patrice en 474, un fils de l’empereur Avitus, on devrait proposer une alliance entre Mamertus Claudianus et une fille de l’Ecdicius connu à Arles en 411 pour justifier l’apparition du nom d’Ecdicius que l’on retrouve chez l’évêque Avit. La deuxième sœur de celui-ci, par qui se poursuit la famille, n’est pas Aspidia comme on l’avait cru précédemment (par exemple PCBE, 4, p. 225-226), mais plus probablement une Euphrasia (H. Hecquet-Noti, 2011, p. 45). Nous rattachons, de manière hypothétique, Helisea et son fils Avitus, parente d’Ennodius vivant à Aquilée, à la fois comme femme du neveu (et petit-neveu) de l’Avitus auvergnat (PLRE II, n° 1 ; ill. 2) et comme fille (et petit-fils) de Firminus (PLRE II, n° 3 ; ill. 4). Pour la descendance d’Apollinaris, le fils de Sidoine Apollinaire, nous avons repris et complété Settipani 2007, p. 135-138. L’ascendance de Leontius, le mari de Placidina, petite-fille du précédent, est tirée de Settipani 1991, p. 216-217. Nous rattachons Apollinaris (PLRE II, n° 4, fig. 1) comme frère d’Arcadius. Enfin, pour la famille de Leontius de Bordeaux, voir en dernier lieu Jaouen, 2024, p. 323.

a. Par ex. Loyen, II, p. 234, dont les vues sont reprises dans la PCBE, 4, et encore tout récemment par Desbrosses, 2018, annexe prosopographique, s. v. Apollinaris, p. 375, Simplicius, p. 416 et Thaumastus, p. 417-418, ou Jaouen, 2024, p. 165-166, qui toutefois n’a pas consulté la littérature spécifique (et peut écrire à quelques lignes de distance Apolinaris, Appolinaris ou Apollinaris).

M. Bouiron.

  • 59 PLRE II, p. 39 (Agroecius 2) ; PLRE II, p. 269 (Cassius).
  • 60 PLRE II, p. 308 (Consentius 1) ; PLRE II, p. 308-309 (Consentius 2) ; PCBE 4, p. 511 (Consentius).

20D’autres hauts fonctionnaires ayant servi les usurpateurs ont également eu des descendants influents. C’est le cas d’Agroecius, tué en 413 comme mentionné plus haut, dont le probable fils homonyme embellit une église de l’évêque Rusticus dans les années 441/445, et la fille ( ?) Agroecia est mariée au magister equitum per Gallias des années 430 Flavius Cassius (Roux 2013-2014, p. 91 et n. 30-31 ; Mathisen 2020, p. 53)59. Enfin, Consentius60, neveu de Jovin et Sebastianus, sénateur de Narbonne, eut un fils du même nom qui servit comme tribunus et notarius sous Valentinien III et compte sans doute dans sa postérité le patrice de Provence Iovinus (561-573), ensuite évêque d’Uzès (Roux 2013-2014, p. 91 ; Settipani 2015b, p. 338).

  • 61 PLRE II, p. 675 (Claudius Lepidus).

21À l’inverse, Claudius Postumus Dardanus, qui exécuta sans scrupule l’usurpateur Jovin, a fait l’objet d’une quasi damnatio memoriae, tout comme son frère Claudius Lepidus61. L’analyse que tire M. Roux d’une mention de Rutilius Namatianus se rapportant aux quatre Lépide nuisibles à Rome met en exergue la forte désapprobation qui en a suivi. Surtout, elle incite à reconsidérer la fondation de la fameuse « Cité de Dieu », connue par une inscription de la région de Sisteron, comme un lieu de relégation forcée et non comme l’équivalent d’un site érémitique choisi pour des raisons religieuses et ascétiques, comme ont pu l’être les îles de Lérins (Roux 2013-2014, p. 87-89). Nous percevons mal leur descendance, aussi est-il compliqué d’en déduire qu’aucun ne se retrouve dans l’aristocratie gallo-romaine plus tardive du ve siècle comme le propose M. Roux. Selon elle, les seuls Claudii connus sont un évêque de Castellane attesté en 439-442 et un évêque de Vienne présent au Concile d’Orange en 441. Elle formule l’hypothèse, s’ils descendent bien des deux frères, que « la mise à l’écart de ces derniers des affaires et instances officielles de la préfecture du prétoire des Gaules put avoir pour conséquence que certains de leurs descendants n’eurent d’autre choix que de s’engager dans la voie ecclésiastique dès les années 430, voie dans laquelle les familles les plus puissantes de Gaule méridionale s’engagèrent généralement un peu plus tard, notamment à partir des années 460-470 » (ibidem, 2013-2014, p. 89). Nous proposons de voir dans les deux frères Mamertus et Claudianus Mamertus des fils (ou des neveux) du Claudius évêque de Vienne.

22De façon plus significative, M. Roux a étudié la façon dont Paulin de Pella, petit-fils d’Ausone, a perdu sa place dans l’aristocratie aquitaine. Il a en effet accompagné l’usurpateur Attale lors de son installation à Bordeaux avec les Wisigoths d’Athaulf. Devenu son comte des Largesses privées, gestionnaire des revenus des propriétés et biens impériaux, il renforce ceux-ci par des confiscations de propriété, s’aliénant une grande partie de l’aristocratie locale. Lorsqu’Attale perd le soutien d’Athaulf en 415, il est remis au patrice Constance. Commencent alors les difficultés pour Paulin de Pella qui doit quitter la région et s’établit définitivement à Marseille. Comme le montre parfaitement M. Roux, ses descendants « n’avaient plus les appuis suffisants pour espérer mener une carrière, ni dans l’administration provinciale ou préfectorale, ni dans les bureaux de l’administration impériale » (Roux 2013-2014, p. 92-95).

  • 62 Sid. Apoll. Carm. 7.156-157. Il est probablement le père de l’empereur Eparchius Avitus.
  • 63 PLRE II, p. 804-805 (Ommatius 1) ; Sid. Apoll. Carm. 11.51-54.
  • 64 Ep. 2.3.1.
  • 65 PLRE II, p. 693 (Philagrius 4 = ? Philagrius 2).
  • 66 Ep. 2.3.
  • 67 Il ne peut pas être un frère de sa mère sinon la proximité avec Sidoine Apollinaire aurait été plus (...)
  • 68 On ne connaît qu’une seule lettre adressée à l’autre oncle de sa femme Ommatius et aucune à son bea (...)
  • 69 La PLRE II, p. 874 lui donne le nom de Iunius Philargyrius, mais indique une autre possibilité, Iun (...)
  • 70 Il s’agit bien du Philagrius correspondant de Sidoine Apollinaire. Ce même personnage apparaît dans (...)

23Un autre grand personnage de ce début du ve siècle est le préfet du Prétoire des Gaules Agricola [ill. 2]. Si l’on ne connaît pas avec certitude son ascendance, on a pu déterminer sa descendance, comprenant en particulier l’empereur Eparchius Avitus (455-457) issu selon Sidoine Apollinaire de consuls et de préfets et descendant du patrice Philagrius62, et dont l’un des fils s’appelait Agricola. Le second personnage à lui rattacher est le vir clarissimus arverne Ommatius, petit-fils d’un patrice sans doute ce même Philagrius63. Enfin, un troisième descendant du même patrice est Magnus Felix, selon les indications encore de Sidoine Apollinaire64. Ces informations qui se recoupent permettent donc de proposer au moins trois personnages issus de Philagrius, donc enfants ou neveux d’Agricola : l’empereur Eparchius Avitus, une fille, mère de Magnus le père de Magnus Felix (Settipani 1991, p. 196-199), et Ommatius [ill. 3]. Le préfet Agricola serait donc le fils du patrice Philagrius, probable notarius en Gaule en 361-363 et comte d’Orient en 38265. Nous proposons d’adjoindre un dernier membre à cette famille, Philagrius, destinataire d’une lettre de Sidoine Apollinaire66. Il porte le même nom que le patrice et en est probablement le petit-fils. Dans sa lettre, Sidoine Apollinaire le décrit comme un érudit, vanté par tous, mais qui semble lointain. Il pourrait être un frère de l’empereur Avitus et de ce fait connu de son gendre Sidoine Apollinaire67, lequel n’a pas avec les oncles de sa femme la proximité qu’on lui connaît avec ses propres oncles68. Nous proposons de mettre en rapport ce personnage avec le grammaticus Philagrius, connu par les scholies de Berne comme auteur de commentaires sur les Éclogues et les Bucoliques de Virgile69. On a conservé la dédicace de son œuvre à Valentinianus de Milan, mais rien n’indique qu’il vivait dans cette ville. On ajoutera que Sidoine Apollinaire vante la bibliothèque que possède Magnus, qui serait son neveu, installée chez son fils Félix, de la manière suivante : « dans la bibliothèque paternelle, telle que n’en posséda jamais le sévère Philagrius lui-même »70.

2. Famille de l’empereur Avitus et de Ruricius de Limoges.

2. Famille de l’empereur Avitus et de Ruricius de Limoges.

Nous proposons ici une option alternative à celle de Chr. Settipani (2007) concernant la parenté d’Ecdicius, noble arlésien mentionné en 411, avec les familles de l’empereur Avitus et de Sidoine Apollinaire. Loyen 1943, p. 66, n. 52 a en effet proposé de voir dans le patrice Ecdicius, non un fils de l’empereur Avitus et donc un frère de Papianilla, femme de Sidoine Apollinaire, mais soit un cousin soit un demi-frère de de celle-ci, puisque Sidoine (Ep. 5.16.4) témoigne que la famille de ce patrice Ecdicius n’était pas consulaire. Sur la base des arguments de Chr. Settipani (2007, p. 133 n. 8), Ecdicius serait alors le beau-fils d’Avitus comme retenu dans la notice de la PCBE, 4, p. 607-609 et non son fils comme l’avait cru Jordanes, Get. 45.240 ; la différence chez Sidoine Apollinaire de l’emploi de frater (pour Ecdicius) ou de germanus (pour Agricola) s’expliquerait ainsi aisément. Dans cette hypothèse, nous proposons trois enfants pour le PPO Agricola : le futur empereur Eparchius Avitus, le grammaticus Philagrius (voir p. 259) et une femme anonyme mariée avec un probable fils d’Ennodius [ill. 3]. Le vir clarissimus Ommatius, sans doute petit-fils de Philagrius, mais dont Sidoine ne dit pas qu’il est fils de consul alors qu’il rappelle son ascendance patricienne, est plutôt un neveu d’Agricola.La correspondance de Ruricius pourrait nous permettre d’identifier ses fils ainsi que ses frères, Leontius et Celsus. Il est probable que ceux-ci soient les neveux de l’évêque d’Arles Leontius, que nous rattachons lui-même à Leontius évêque de Fréjus à la génération précédente (R. Mathisen 1999, p. 29 en fait plutôt un descendant des Leontii bordelais). Ceci pourrait expliquer que Ruricius envoie ses fils Leontius et Aurelianus à Fréjus auprès de l’évêque Victorinus vers 501 comme il l’indique dans ses lettres (Ep. 2.40). L’évêque de Fréjus Leontius ayant été l’un des initiateurs du monachisme insulaire aux îles de Lérins, et par association onomastique avec le frère de Ruricius, nous proposons à titre d’hypothèse d’en faire le fils du Celsus consulaire qui assiste à la conférence sur saint Martin organisée par Sulpice Sévère, autour de 400, dans son domaine près de Carcassonne. Conférence à laquelle assiste également l’ex-vicaire Eucherius, père ou oncle du futur moine de Lérins et évêque de Lyon homonyme. Le lien avec les Adelphii de Limoges correspond au rattachement avec les Anicii romains que signale Venance Fortunat (Carm. 6.1). Nous suivons l’interprétation de R. W. Mathisen (repris dans Settipani 1991, p. 199-204), faisant de Papianilla la fille d’Agricola et Parthenius, le neveu d’Ennodius. Ceci découle des explications de Ruricius, disant qu’il ne devient arrière-grand-père qu’à la naissance d’enfants de ses « nepotes » (Settipani 1991, p. 199). Toutefois, on doit sans doute retenir de préférence la proposition proposée plus récemment par B. Bureau (1998, p. 394) et R. W. Mathisen (1999, p. 25-26). Parthenius pourrait être le fils d’une fille (Felicia ?) de Firminus, le père d’Ennodius, mariée à un des enfants de l’évêque Ruricius de Limoges, probablement Eparchius. Ainsi, il ne serait plus besoin de faire de Papianilla la fille de Ruricius et la femme d’Agricola puisque c’est bien Parthenius qui est son petit-fils et Papianilla la mère de ses arrière-petits-enfants. Nous proposons que le même Agricola, fils de l’empereur Avitus, ait eu comme autre enfant le prêtre Avitus (PCBE 4, n° 3) domicilié dans un premier temps à Orléans et ayant négocié avec le roi Franc Clodomir pour laisser la vie sauve au roi burgonde Sigismond et à sa famille (Greg. H. F., 3.6) ; il est peut-être à son tour le père d’Agricola, évêque de Châlon. Nous proposons également qu’il ait eu une sœur, qui pourrait être la mère de Leocadia, la grand-mère de Grégoire de Tours et la mère de l’évêque Avitus de Clermont-Ferrand.

M. Bouiron.

3. Famille d’Ennodius et des Felici.

3. Famille d’Ennodius et des Felici.

Pour la famille d’Ennode de Pavie, dont la généalogie reste tributaire d’hypothèses qui varient suivant les historiens, voir Chr. Settipani (2002, p. 11-14 et 2015b, p. 336, n. 43). Il faut toutefois corriger celle-ci en soulignant que Flavius Felix, consul en 428 (qui ne portait pas le nom Constantius) ne peut pas être l’ancêtre direct de Felix Ennodius et de Magnus puisque l’on sait que sa femme Padusia est tuée avec lui en 430. Nous pensons que Felix Ennodius s'est marié à une Firmina, ce qui fait rentrer ce nom dans sa descendance. Nous proposons comme enfants de Firminus une fille (peut-être appelée Felicia) qui est une des sœurs d’Ennode. Mariée avec le fils de Ruricius de Limoges Eparchius, nous en faisons la mère de Parthenius, de Ruricius évêque de Bourges, et du Felix sive Aureolus père d’Eparchius. Le couple Eparchius-Felicia est donc selon nous l’ascendant de plusieurs Felix, dont le sénateur de Marseille, père de l’évêque Marcellus d’Uzès, que nous proposons comme fils du patrice Parthenius et frère du patrice Agricola. Nous complétons cette famille avec deux enfants du patrice de Provence Agricola, fils probable du patrice Parthenius : Syagria (l’orthographe Sisagria reprise par la PCBE 4 nous semble une erreur de lecture médiévale du « y “en ‘is’) et l’évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux Agricola. Nous pensons qu’une tante ou un oncle d’Ennode, et alors sans doute Ennodius, CRP 458, s’est probablement marié avec un membre de la famille des Cynegii proche de la famille théodosienne ; ce seraient les parents de Cynegia, mariée à un représentant de la famille des Anicii romains (Settipani 2015b, p. 333-335). Si cette femme paternelle (amita) était l’épouse d’Ennodius, il faudrait admettre que le mot amita a ici le sens rare de tante par alliance ; il est donc préférable de voir en elle la sœur du père d’Ennode et la sœur d’Ennodius. La grande proximité d’Ennode avec Cynegia s’explique au mieux si la mère de celle-ci était cette tante paternelle qui avait recueilli Ennode après la mort de ses parents. Nous sommes ici dans la branche italienne de la famille, expliquant le mariage de Cynegia avec Anicius Probus Faustus. Les autres proches parentes italiennes d’Ennode, Helisea et Firmina (PCBE, 2, Firmina, p. 823 et Helisea, p. 967-968), pourraient partager la même origine et être des sœurs de Cynegia. Concernant Placidina [ill. 1], nous n’arrivons pas à la mettre en relation avec la famille d’Ennode alors qu’elle semble être en lien avec Arcadius Placidus Magnus Felix, consul en 511. C. Settipani (2007, p. 135 n. 5) avait envisagé, simplement à titre d’hypothèse, une identification de sa mère avec une fille née hors mariage de Justa Grata Honoria, sœur de Placidus Valentianus (Valentinien III). On pourrait proposer de voir en elle une fille d’Ennodius, le CRP de 458, probablement proche de l’empereur, hypothèse qui serait particulièrement adéquate d’un point de vue chronologique. Toutefois, Ennode est en relation, assez étroite semble-t-il, avec les trois autres cousines germaines que nous proposons : Cynegia, Helisea et Firmina. Il aurait dû écrire également à Placidina si celle-ci était aussi sa cousine, ce qui n’est pas le cas. Enfin, Ruricius, évêque de Bourges vers 520, paraît être de la même génération que Papianilla et Parthenius et il pourrait être un frère de ce dernier. Nous rattachons également comme troisième membre de cette fratrie le Felix sive Aureolus (= Aurelius ?), marié à Principia, connu pour être le père du reclus Eparchius, mort en 581. Son nom est selon nous un rappel de la famille des Felicii dont est issue sa mère, fille de Firminus. Felix, évêque de Bourges, pourrait être le deuxième fils de ce couple, quoi que d’autres possibilités puissent être envisagées (voir Settipani, à paraître).

M. Bouiron.

  • 71 Contemporain du patrice Philagrius ; on notera la ressemblance des deux noms qui témoigne de l’engo (...)

24Il faut ajouter, mais nous sommes là dans une génération précédente, les descendants du Lyonnais Afranius Syagrius71 consul en 381, grand-père par sa fille de Tonantius Ferreolus, préfet du prétoire des Gaules en 451-453 [ill. 4] et certainement ancêtre du Syagrius ayant maintenu une part de l’Empire dans le nord de la Gaule jusqu’à sa défaite face à Clovis (Porena 2023). Nous proposons de faire un lien entre Afranius Syagrius, probable beau-frère de l’empereur Théodose Ier, le père d’un Eucherius à l’origine d’une lignée de viri inlustres et des Eucherii présents en Gaule par la suite (Bouiron à paraître 2).

4. Famille des Ferreoli et des Firmini.

4. Famille des Ferreoli et des Firmini.

Il est plus que probable que la descendance de Felix Ennodius, le proconsul de 423, s’est unie aux Tonantii Ferreoli. Une première solution consiste à distinguer trois générations de Ferreoli (Settipani 1991, p. 198-199 et à paraître). Mais la chronologie n’interdit pas d’envisager une génération supplémentaire entre Tonantius Ferreolus, époux de Papianilla, et Ferreolus, époux d’Industria : celle de Tonantius qui aurait épousé une (Firmina). Cette question reste à trancher, mais il ne nous a pas été possible de le faire dans le cadre de cet article, la question des générations (et donc des dates de naissance potentielles) étant évidemment importante. Nous présentons donc une hypothèse qui pourra évoluer à l’avenir. Dans un cas comme dans l’autre, on rattachera à cette alliance divers personnages, comme l’évêque de Viviers, Firminus, qui pourrait être un fils de l’évêque homonyme d’Uzès, attesté avec sa femme Aula comme père de l’évêque d’Alba Aulus vers la fin du vie siècle. Nous renvoyons à la PCBE 4 pour ces personnages. Notre proposition est en accord avec les hypothèses que B. Dumézil (2007, p. 566-568) a notées pour les Firmini et les Felici en lien avec le réseau de Gogo. Archotamia, parente d’Ennode, pourrait aussi être une fille du même couple Tonantius et Firmina (?) et une femme d’Aurelianus, fils homonyme de Ruricius et Hiberia si son fils est bien le prêtre de Lérins Aurelianus comme l’indique la PCBE 4. Nous aboutissons à un arbre différent de celui proposé ailleurs (Settipani 1991, p. 209) pour faire le lien avec l’évêque d’Arles Aurelianus, fils de Sacerdos et, peut-être, d’une sœur du prêtre de Lérins Aurelianus. L’évêque d’Uzès Roricius (= Ruricius), qui accueille Firminus et le reconnaît de sa famille, s’il existe vraiment (contra : Settipani 1991, p. 198), serait probablement un autre frère du prêtre Aurelianus. Nous intégrons dans cet arbre généalogique la descendance de Ferreolus d’Arles, beau-frère de la femme de Théodebert Ier, Deoteria, selon la longue analyse de l’ascendance des Carolingiens (Settipani 2000, 2015a, 2020b et 2024) et la famille du comte de Clermont Firminus (Settipani à paraître). Nous y associons la famille de sainte Ségolène et les propositions de rattachement du patrice de Provence Ansbertus et de l’évêque de Marseille Babon.

M. Bouiron.

25Tous ces noms (Agricola, Eparchius, Avitus, Apollinaris, Rusticus, Syagrius, Eucherius), comme ceux de familles associées (Parthenius, Ferreolus, Nicetius…) se retrouvent en Gaule jusqu’aux viie-viiie siècles parmi les personnages importants que sont les évêques et les gouverneurs (comtes, patrices…). Les grandes familles sénatoriales d’Aquitaine comme d’Auvergne, sujet d’étude de Jean-Luc Boudartchouk, sont concernées au même titre que celles du Sud-Est dans un grand mouvement d’intégration des élites aux nouveaux royaumes.

Les évêques et le développement de l’érémitisme dans le sud-est de la Gaule

  • 72 Il ne s’agit pas du monastère Saint-Victor, mais probablement d’un monastère urbain dont l’emplacem (...)

26Du point de vue religieux, les grandes transformations de l’Antiquité tardive débutent sous Théodose Ier, avec l’interdiction des religions polythéistes dans l’Empire romain (Maraval 2013). Au cours du dernier siècle de l’Empire d’Occident, le christianisme prend une place croissante dans la société. En Provence comme ailleurs, cela se traduit par deux transformations importantes. Tout d’abord l’évêque, c’est-à-dire celui qui dirige l’assemblée des fidèles de la religion chrétienne, désormais beaucoup plus nombreux, prend une nouvelle place dans la société (Jouanaud 2013b ; Réal 2006). À la tête d’un territoire calqué sur celui des civitates romaines, il devient rapidement une figure influente, responsable des affaires urbaines telles que la défense des villes. Il encourage voire finance la construction d’églises qui en quelques siècles vont parsemer villes comme campagnes. Un second mouvement, particulièrement prononcé en Provence, est le développement du monachisme, auquel adhèrent tôt des membres des élites désireux de se rapprocher de Dieu par la prière et la contemplation. En Provence, le monastère fondé à Marseille par Cassien72, ou celui de Lérins, en sont de parfaits représentants. Ces monastères deviennent de véritables centres d’éducation à la nouvelle foi, et leurs membres les plus éminents sont ensuite nommés évêques pour diffuser cette foi à grande échelle.

  • 73 Ce qu’on appelle l’antifélicianisme sera en toile de fond des préoccupations de l’église gauloise d (...)
  • 74 PCBE 4, p. 652 (Eucherius 1) ; PLRE II, p. 279 (Celsus 2) ; Sulp. Sev., Gallus 3.1. Nous pensons qu (...)

27Durant la seconde moitié du ive siècle, la présence de Martin en Gaule encourage le développement d’une forme d’ascétisme, qui entre parfois en conflit avec le clergé établi. Il fonde le premier monastère de Gaule, à Ligugé, en 361, sur une propriété offerte par l’évêque Hilaire de Poitiers, dans l’actuel département de la Vienne. Une fois nommé, malgré lui, évêque de Tours, il fonde un second ermitage (Marmoutier) face à la cité, de l’autre côté de la Loire. Les dernières années de sa vie tournent autour de l’hérésie de Priscillien, évêque espagnol dont le procès a lieu en 385 à Trèves, en présence de l’empereur (usurpateur) Maxime (Palanque 1951). Bien qu’il rejette la doctrine de Priscillien, Martin défend les ascètes espagnols, que l’accusateur Ithace assimile aux hérétiques. Il va entraîner à sa suite un certain nombre d’évêques, qui sont hostiles à la nomination du nouvel évêque de Trèves Felix73. Même après sa mort, le 8 novembre 397, son héritage persiste, ainsi que la volonté de promouvoir un monachisme marqué par un ascétisme rigoureux. Sulpice Sévère se charge de faire connaître la vie de Martin, tant par ses écrits que par ses conférences. On notera en particulier le succès que rencontre la conférence organisée par le moine Gallus dans le domaine de Sulpice Sévère. S’y pressent des moines, mais également de nombreux laïcs. Seuls seront autorisés à entrer, non sans mal nous dit Sulpice Sévère, l’ancien vicaire Eucherius et le consulaire Celsus, certainement deux personnages très importants pour la diffusion de ce mode de vie74.

  • 75 Voir PCBE 4, p. 513 (Constans).
  • 76 Chronique de Prosper d’Aquitaine, 1247 (année 412) : « vir sanctus et beati Martini discipulus ».
  • 77 PCBE 4, p. 981-984 (Heros) et p. 1107-1109 (Lazarus) ; PCBE 4, p. 1541-1544 (Proculus 1). Sa longév (...)
  • 78 amicus et familiaris : Prosper Tiro a. 412.
  • 79 PCBE 4, p. 1437-1440 (Patroclus 2) ; PCBE 4, p. 1599-1600 (Remigius 1).
  • 80 Cassien est attesté pour la première fois à Marseille au mois d’avril 419. Son installation n’a pu (...)

28Quelques années plus tard, Constantin III, dont le fils Constant avait été moine75, nomma sur les sièges épiscopaux d’Aix et d’Arles deux moines disciples de saint Martin76, respectivement Lazarus et Heros, le premier au moins étant proche de l’évêque de Marseille Proculus77. Les listes épiscopales sont trop fragmentaires pour savoir si d’autres évêques avaient été nommés en Gaule au même moment, mais il serait intéressant de vérifier si l’on peut détecter la présence d’autres moines parmi eux. Après le départ de l’usurpateur (ou peut-être de Jovin), ces deux évêques sont chassés par des mouvements populaires probablement encouragés par Constance qui met en place un de ses proches78, Patroclus, à Arles et un évêque inconnu à Aix, probablement Remigius qui tenait le siège avant Lazarus79. Dans un contexte de relations régulières entre la Gaule et la Terre Sainte, Lazarus et Heros se rendent en Palestine auprès de l’évêque de Jérusalem Jean et vont combattre Pélage, dont la doctrine (le pélagianisme) est déclarée hérétique par le 16e concile de Carthage en 418 (Hunt 1992). Ils seraient revenus ensuite à Marseille avec Jean Cassien80.

  • 81 Voir les mentions issues de Sidoine Apollinaire dans la PLRE.

29La cité d’Arles revendique également la suprématie religieuse comme en témoignent les efforts de ses évêques pour obtenir la primauté sur la Gaule, face à Vienne, capitale de la province. L’évêque d’Arles, Patroclus, va s’affronter régulièrement avec Proculus à Marseille, avec certainement une dimension quasi « politique ». L’intervention du pape Zosime en 417 en faveur de l’évêque d’Arles ne suffira pas. Dès 419, son successeur le pape Boniface Ier reconnaît comme métropolitains les évêques de Narbonne et de Vienne sur leurs provinces respectives en laissant toutefois la tutelle de Patroclus sur les provinces de Narbonnaise Seconde et des Alpes Maritimes. Patroclus meurt en début d’année 426 exécuté sur l’ordre du maître de la Milice et patrice Flavius Félix. Il a été envisagé que Flavius Felix puisse être le père de Magnus, consul en 460 et de Felix Ennodius proconsul d’Afrique vers 425 (Settipani 2002, p. 11-14). Cela ne semble pas compatible avec la fonction prestigieuse de patrice qui se rapporte uniquement à l’ancêtre Philagrius81. Flavius Felix est nécessairement un ancêtre collatéral.

  • 82 Il ne s’agit pas du « laïc de haut rang » nommé Eucherius qui participe à la conférence du moine Ga (...)
  • 83 PCBE 4, p. 653-658 (Eucherius 2), p. 841-842 (Galla 3), p. 1684-1688 (Salonius 1), p. 1926-1929 (Ve (...)
  • 84 PCBE 4, p. 1017-1023 (Honoratus 1).
  • 85 On ne mettra pas en relation ces installations insulaires avec le passage de Martin sur l’île Galli (...)

30À la même période se place la création d’une première implantation, quasi familiale, sur l’île de Sainte-Marguerite à Lérins. Eucherius82, membre d’une famille sénatoriale, vient y vivre avec sa femme Galla et ses fils Salonius (futur évêque de Genève) et Veranus (futur évêque de Vence)83. Peut-être faut-il voir un lien avec les deux évêques Lazarus et Héros, voire avec Proculus dont on sait qu’il avait cherché à accompagner Honoratus84, le fondateur du monastère de Lérins (sur l’île actuelle de Saint-Honorat). L’exemple martinien est certainement à l’origine de ces fondations85.

31Bien connu par les nombreuses vies de saints, ce nouveau monastère grandit rapidement avec l’arrivée de nombreux moines issus de familles aristocratiques (Codou Lauwers 2009 ; Heijmans, Pietri 2009). Ceux-ci vont suivre l’exemple d’Honoratus appelé comme évêque d’Arles et essaimer sur de nombreux évêchés provençaux. Si la création du monastère correspond bien au mouvement érémitique attesté au début du ve siècle en Provence, il devient presque un foyer politique à part entière. Son recrutement fait d’ailleurs écho à ce que l’on connaît de l’afflux des populations en Provence à la même période. Le fondateur, Honoratus, est probablement originaire de la Gaule septentrionale, comme son parent Hilarius qui vient le retrouver. La sœur de ce dernier, Pimeniola, ainsi que son mari Lupus et son beau-frère Vincent, issus d’une noble famille de Tullum Leucorum (Toul), en Belgique Première, les rejoignent dès 426 (Heijmans Pietri 2009, p. 37 ; Settipani 2004, p. 77).

32Par la suite, ce sont des membres de familles aristocratiques qui rejoignent le monastère comme Maximus de Riez (abbé de c. 427/8 à c. 434). L’influence de ce monastère perdurera et demeurera forte tout au long du siècle suivant.

La Provence du viie siècle

  • 86 Pour les évêques, PCBE 4, p. 2041-2064. Pour la survivance des grandes familles d’origine sénatoria (...)

33La situation du reste du ve siècle et du siècle suivant, pour la Gaule comme pour la Provence, est plus claire, car les auteurs sont nombreux pour cette période et leurs écrits bien connus, qu’il s’agisse des lettres de nombreux personnages (Sidoine Apollinaire, Ruricius de Limoges, Avit de Vienne…) comme de chroniques et d’ouvrages historiques, au premier rang duquel on placera l’Historia Francorum de Grégoire de Tours. Tous apportent des informations précieuses sur les dernières décennies de l’Empire romain d’Occident et sur le premier siècle du règne des Francs. Les listes épiscopales et les signatures des conciles tenus en Gaule nous renseignent sur les évêques de cette période, qui ne sont souvent que des noms sans lien familial autre que leur patronyme86.

34Le siècle suivant est bien moins documenté, c’est pourquoi nous nous concentrerons ici sur la Provence du viie siècle. Parmi les grandes familles dirigeant la Provence, nous retiendrons sous le règne de Dagobert Ier, la présence de Desiderius de Cahors et de son frère Siagrius et, un demi-siècle plus tard, de Bonitus dont les familles sont liées ; pour la fin du siècle, les patrices dont les noms figurent sur les monnayages d’argent et dans certains documents d’archives, pour lesquelles nous proposons de nouveaux liens familiaux.

Les grandes familles issues de l’Auvergne austrasienne

  • 87 Vita § 1 et Vita § 2.

35Au début du siècle, la Vie de saint Didier, évêque de Cahors, documente la famille de deux frères qui furent successivement patrices en Provence : Siagrius et Desiderius-Didier (Bate, Carpentier, Pon 2021). La Vita précise que Siagrius administra successivement le comté d’Albi et Marseille87. Lorsqu’il meurt en 629, le roi Dagobert le remplace par son frère Desiderius :

  • 88 Vita § 7. Nous avons remplacé, dans la traduction, le terme « préfet » par « gouverneur » qui nous (...)

36In anno autem VII Dagoberti regis, praedictus germanus ejus Siagrius, dum Massiliae administrationem procuraret, Deo iubente uitam finiuit. Pro quo rex Dagobertus graui merore perculsus, solertissimum Desiderium loco praefecture eius subrogare censuit. « Dans la septième année du règne de Dagobert, Dieu voulut que Siagrius, son frère déjà mentionné, alors qu’il administrait [la ville] de Marseille, mourût ; pour cette raison, le roi Dagobert, frappé d’une grande affliction, désigna le très habile Didier pour le remplacer dans ses fonctions de gouverneur. »88

  • 89 Vita § 12-15.

37Siagrius et Desiderius ont ainsi exercé les fonctions de représentants du roi à Marseille ; bien que leur titre ne soit pas explicitement mentionné, il est probable qu’ils occupaient le poste de rector. Le terme de patrice reste plutôt, à cette période, rattachée à une composante bourguignonne du royaume (Bouiron 2009, p. 21). Desiderius ne reste que peu de temps à Marseille puisqu’il est appelé comme évêque de Cahors le 6 avril 630 (Bate, Carpentier, Pon 2021, p. 58 sq)89.

  • 90 Contrairement aux éditeurs, nous ne gardons pas la forme Silvia du manuscrit A (Vita § 1). Voir Bat (...)
  • 91 Vita Boniti éd. B. Krusch et W. Levison, MGH, SRM, VI, p. 119-139.

38L’étude sur les évêques de Clermont révèle les liens entre cette famille et les grandes familles aristocratiques des vie-viie siècles (Settipani 2007) [ill. 5]. Notons d’abord les noms des frères et sœurs de Desiderius (Siagrius, Rusticus, Salvia90 et Avita) et de leurs parents Salvius et Herchenfreda qui montrent la descendance croisée des Syagrii et de familles d’origine romaine et germanique. On peut y associer, un demi-siècle plus tard, le patrice Bonitus, frère de l’évêque de Clermont Avitus (II) à qui il succède à sa mort en 691. La Vita Boniti transmet le nom de leurs parents : Deodatus et Siagria91. Selon notre hypothèse, cette dernière pourrait être la fille du gouverneur Siagrius mort en 629 et on pourrait voir dans la Siagria cohéritière de Rustica, la mère du patrice Abbo, une fille ou une nièce de Bonitus (Settipani 2007, p. 157 sq.). Le testament de ce patrice mentionne une ascendance incluant des possessions près de Marseille attribuées à la grand-mère maternelle d’Abbo, nommée Doda dans le texte conservé qui est une réécriture du xie siècle (Geary 1985). Si Siagria est bien la cousine germaine de Rustica, dans ce cas, Doda peut être la sœur de Bonitus et d’Avitus. Nous reviendrons plus loin sur ces éléments prosopographiques.

5. Famille des évêques Didier de Cahors et Bonitus de Clermont et du patrice Abbo.

5. Famille des évêques Didier de Cahors et Bonitus de Clermont et du patrice Abbo.

Les propositions de filiation agrègent les données de Chr. Settipani (à paraître, pour la famille de Nemfidius, et 2004, p. 189.

Marc Bouiron.

  • 92 MGH DD Mer. n° 122.

39Les autres patrices sont connus surtout par leurs monnaies, dont l’étude a été conduite en lien avec le trésor de Cimiez (Bouiron à paraître 1). Parmi les monnayages en argent les plus anciens (autour de 675-680), reprenant le type des monnaies en or en usage jusque-là, on trouve les noms d’Antenor, Ebalgo et Audevert/Audobercthus. Ce dernier est mentionné dans un acte de 67992, ce qui est cohérent avec la frappe monétaire.

  • 93 Son monnayage porte Ansedertus, mais ce nom est absent de toute notre documentation écrite. Nous co (...)
  • 94 Ansbertus est évêque d’Autun en 692 et fait son testament (conservé) en 696. Voir Bouiron 2009, p.  (...)
  • 95 Plutôt que le fils comme proposé précédemment par Settipani 1991.
  • 96 Greg. H. F. 3.21-22 et 27 ; Settipani à paraître.
  • 97 Auparavant à Tonnerre dans l’Yonne.
  • 98 Voir dans ces deux personnages les membres d’une même famille change la perception que nous avons d (...)

40Une série assez importante concerne un personnage, Ansbertus93, que nous avions jusque-là identifié à l’évêque d’Autun connu à l’extrême fin du viie siècle94. Or, notre analyse sur les généalogies des premiers Carolingiens montre l’importance d’une famille issue vraisemblablement des Ferreoli dont le premier membre s’appelle Ansbertus [ill. 4] (Settipani 2014 et à paraître). On admet en général que celui-ci était le fils du sénateur arlésien Ferreolus, mais il pourrait aussi s’agir de son petit-fils95 par une fille qui se serait mariée avec un proche du roi austrasien Théodebert Ier. La femme de Ferreolus pourrait être la sœur de Deoteria, vivant près de Béziers et séduite puis mariée en 533/534 au roi austrasien96 ; cela rendrait vraisemblables de premiers échanges entre Francs et Gallo-romains dans cette région au moment où Théodebert va s’emparer de la Provence ; la naissance d’Ansbertus, est d’ailleurs proposée aux alentours de 535/540. À l’exception d’un Deotarius, futur évêque de l’évêché fugace d’Arisitum vers 59097, les autres frères portent des noms germaniques. L’un d’eux retiendra notre attention, Gamardus Babo. On retrouve ce nom pour un évêque de Marseille autour de 680, que nous avions rapproché de la famille de la sainte Ségolène (Bouiron 2009, p. 20). Nous proposons désormais de voir dans la famille albigeoise de cette sainte des descendants de Gamardus Babo, dont le nom se réduit au seul Babo. Cette famille influente, entre Cahors et Albi, est certainement liée par la suite à celle des patrices cités ci-dessus. L’implication à la fois autour de Cahors et en Provence est finalement une constante des gouverneurs provençaux de la partie austrasienne et rappelle encore le lien établi par Ferreolus. Pour revenir au patrice provençal Ansbertus, cette proposition généalogique permet de l’associer à l’évêque marseillais Babon (son frère ?) et d’y voir sans doute deux descendants du frère de sainte Ségolène, le duc d’Albi Babo, branche qui reste certainement la plus proche du pouvoir austrasien98.

  • 99 Nous renvoyons à Bouiron à paraître 1 pour l’analyse de son monnayage, distinct de celui des autres (...)

41Dans la liste des patrices dont nous connaissons les noms grâce aux légendes monétaires, nous proposons d’ajouter un probable patrice du dernier quart du viie siècle. La légende monétaire, formée des lettres ANT avait jusque-là été rattachée à Antenor, mais nous verrions plutôt le début d’Antherius99, dont le nom complet apparaît dans une donation transcrite dans le pouillé de l’église de Viviers copié en 953/4 par l’évêque Thomas et reprise dans le cartulaire (Charta Vielha) au xiie siècle (Darnaud 2012, p. 19 et p. 36). Cette donation est faite conjointement avec sa femme Sulpicia, qui est certainement la fille ou la petite-fille de l’évêque de Bourges Sulpicius (II), mort en 647. La donation des biens comprend son palais d’Aubenas, proche de l’Ardèche, qui sera plus tard un prieuré dont les revenus appartiennent au prévôt de l’église de Viviers. Nous sommes ici dans l’espace du couloir austrasien reliant l’Auvergne à la Provence occidentale et en particulier Marseille.

Le patrice Nemfidius et ses successeurs

  • 100 Voir l’article de la PCBE 4, p. 1384 (Nynfidius).

42Le patrice qui est présent probablement dans les dernières années du viie siècle et le début du siècle suivant nous est également connu par ses frappes monétaires, très importantes au sein du trésor de Cimiez. Il s’agit de Nemfidius, dont nous trouvons aussi la trace dans les archives de l’abbaye Saint-Victor de Marseille. Avant d’en venir aux textes, il faut analyser les hypothèses d’ascendance de ce personnage. On trouve en effet plusieurs personnages nommés Nymphidius, dont le plus récent est un sénateur arlésien mentionné en 613100. Il est probablement l’arrière-grand-père de notre patrice plutôt que son grand-père. Pour des raisons qu’il serait trop long de détailler ici, nous associons deux évêques d’Arles, Theodosius (en 632) et Felix Ennodius (en 679-683) que nous proposons également dans la généalogie du patrice. Il est donc l’héritier d’une vieille famille romaine.

  • 101 Il porte le n° 31 dans l’édition de M. Guérard et le n° 42 dans la Gallia Christiana novissima Mars (...)
  • 102 Il a retranscrit dans la première moitié du xviiie siècle de nombreux actes (hors cartulaires) dans (...)

43Les deux textes mentionnant le patrice Nemfidius sont bien connus et ont été analysés de façon détaillée par François-Louis Ganshof et plus récemment par Jean-Pierre Brunterc’h (Ganshof 1949 et Brunterc’h 1994, p. 176-186). Le texte le plus complet a été intégré dans le grand cartulaire de Saint-Victor101, dans la partie un peu générale concernant Marseille (et pas celle sur la villa de Chaudol dont il est pourtant à l’origine de la possession médiévale). Le second texte était conservé dans les archives de l’abbaye — mais nous n’en conservons que la copie dressée par Thomas Lefournier (1675-1743), moine archiviste de Saint-Victor102 — malheureusement incomplet. Le document qui a servi à réaliser la copie était probablement un original ou une copie carolingienne (Ganshof 1949, p. 56) ce qui explique le côté très lacunaire de la copie de Lefournier. Déjà au xie siècle, le premier document était signalé comme « Transcription d’une ancienne charte, maintenant presque entièrement effacée » au début du texte donné par le cartulaire. Comme le signale F. Ganshof, les lacunes comme la confusion dans la rédaction et les incorrections de langue compliquent la compréhension de ces textes. Daté du 23 février 780, l’acte du cartulaire est une notice relatant le jugement rendu en faveur de l’évêque de Marseille Mauronte, et décrivant la procédure d’enquête à Digne pour la restitution de la possession de la villa de Caladius à l’église de Marseille, accompagnée de l’examen de pièces écrites et de témoignages de personnes attestant de cette possession avant la spoliation. Le second document arrive à l’issue de la procédure de restitution cette fois-ci de trois villæ, l’une (villa Bedata) dans le pagus d’Aix, la seconde (villa Orbesio) dans le pagus de Riez et la troisième (villa Caladio) dans le pagus de Digne. Le missus dominicus Vernarius (Viernarius dans l’acte du cartulaire) envoie un rapport qui atteste de la réalité de la spoliation, après avoir sollicité tous les témoignages nécessaires. L’acte donne un contexte plus large de la procédure (entamée avec la venue de l’évêque Mauronte à la cour d’Herstal) et des désordres passés ; on peut supposer qu’il date également de l’année 780. Les mêmes enquêtes publiques ont dû être conduites à Aix et à Riez, mais nous n’avons pas conservé la trace des notices qui ont dû être produites également.

  • 103 Dont le texte ne donne pas le nom.
  • 104 Les indications de « venerantissima et Deo sacratissima » qualifiant Adaltrudis laissent effectivem (...)

44La notice est précise sur l’origine de la propriété et sa succession. L’Église de Marseille a été mise en possession de la villa de Caladius par Adaltrudis, veuve du patrice de Provence Nemfidius et leurs trois fils103. Pour F. Ganshof (1949, p. 57), la donation se fait du vivant de Nemfidius ; à sa mort, sa veuve en obtient l’usufruit jusqu’au moment où, dit-il, elle prend le voile et abandonne ses droits sur Chaudol en faveur de l’abbaye104. Le patrice Antenor oblige ensuite l’abbas Magnus (peut-être un rejeton des Magni Felicide Provence) à lui remettre le coffre à archives renfermant les chartes de donation et les fait brûler en sa présence. Par la suite, le patrice Metranus en a gardé la propriété puisqu’il a donné le domaine en bénéfice. Le patrice suivant, Abbo, garde dans un premier temps le domaine puis le redonne à l’église de Marseille en faisant établir, selon F. Ganshof (1949, p. 60), un acte de notoriété tenant lieu de titre de propriété de Saint-Victor, en remplacement de celui détruit par Antenor. Une descriptio est alors réalisée par le vice dominus Ansemundus pour le compte de l’église de Marseille. Le second acte est plus précis sur le contexte initial de la spoliation en faisant référence à la révolte d’Antenor contre Pépin de Herstal et sur le devenir plus récent de la villa : après la mort d’Abbo se produit à nouveau une spoliation par Ardingus l’Alaman, certainement le nouveau seigneur local et son vassal Adsimbertus.

  • 105 Voir les sources qui la concernent et les différentes opinions modernes à son propos par exemple ch (...)
  • 106 Nous attribuons à celle-ci la mention des Gesta abbatum Fontanellensium, 8.1 (MGH SS II, p. 280).
  • 107 Outre la mention de la charte de Childebert IV, voir les Annales Mettenses 693 (MGH SS I, p. 321) q (...)
  • 108 On le trouve associé dans la Gesta Danorum de Saxo Grammaticus (VIII, LXXXVIII) à Gotricus dit Godf (...)

45Le personnage le plus ancien est le patrice Nemfidius, accompagné de sa femme Adaltrudis. Il est quasi certain que le successeur de Nemfidius est Antenor, nommé patrice très certainement au décès de son prédécesseur, qui laisse sa femme veuve avec leurs trois enfants. On retrouve ce nom d’Adaltrudis pour la fille du maire de palais neustrien Berchaire (Berthecharius), lui-même marié à Anstrudis, la fille de son prédécesseur Warato et de sa femme Ansfledis105 [ill. 6]. Cette Adaltrudis est mariée à Drogo, duc de Champagne et fils de Pépin de Herstal. Il existe dans les sources écrites une confusion avec une autre Adaltrudis ayant une filiation directe avec Warato. Nous proposons qu’il y ait bien eu deux Adaltrudis, l’une fille de Warato et d’Ansfledis, mariée à Nemfidius106 et la seconde petite-fille des précédents par leur autre fille Anstrudis, et mariée à Drogo, le demi-frère de Charles Martel107. Dans ce cas, Nemfidius serait un patrice placé à la tête de la Provence probablement dans la période où Warato est maire du palais, entre 680 et 686. Marié avec la fille de ce dernier, ils ont ensemble trois fils dont le nom n’est pas indiqué. Toutefois, dans l’acte du 23 février, un personnage apparaît, Gotricus qui semble à la lecture de l’acte être associé à Adaltrudis. Le nom est quasi unique dans le monde franc et germanique108, puisque nous le rencontrons uniquement pour Gotricus dit Godfred († 810) roi des Danois que combat Charlemagne entre 808 et 810. Nous proposerons, à titre d’hypothèse, que Gotricus (une corruption de Gotfridus ?) soit l’un des fils de Nemfidius et d’Adaltrudis. Pour aller dans ce sens, nous noterons qu’un des fils de Drogon s’appelle Godefridus.

6. Famille d’Adaltrudis, femme du patrice Nemfidius.

6. Famille d’Adaltrudis, femme du patrice Nemfidius.

Est reprise ici la filiation de quatre patrices de Provence d’après Chr. Settipani (2007 et à paraître).

Marc Bouiron.

  • 109 Le nom fait référence au héros troyen, parti en Italie dans la région de Venise où il fonde Padoue. (...)
  • 110 MGH, DD I, n° 149.

46Nous trouvons donc ensuite le patrice Antenor109, que son nom assez unique permet de retrouver à la cour du roi Childebert III en qualité d’assesseur dans un plaid royal le 14 mars 697110. Dans l’analyse que Paul Fouracre fait de la période 687-715, il considère que sa présence relève d’une fidélité à Childebert IV tout en le plaçant dans une orbite neustrienne et propose de dater à la suite de sa mort la rébellion contre Pépin de Herstal autour des années 711-715. La fonction de patrice pour ce personnage serait donc à placer autour de 710-715 au plus tard, car il est peu probable que Pépin l’ait laissé en place à l’issue de sa rébellion. L’attitude contre la veuve de Nemfidius se comprend mieux dans ce contexte hostile aux Pippinides, sa nièce homonyme Adaltrudis ayant épousé le fils de Pépin de Herstal.

  • 111 Sur tout ceci, voir Coumert 2020, en particulier le tableau des mentions p. 48.
  • 112 Et non Victor comme proposé dans Bouiron 2009.

47Nous ne savons rien de sa famille, son nom étant unique dans l’onomastique des viie et viiie siècles. La relation avec son homonyme grec, protagoniste de la guerre de Troie, ne fait cependant guère de doute. On sait que dans la première moitié du viie siècle se met en place un nouveau récit de l’origine des Francs, dont on trouve la trace d’abord dans les Chroniques de Frédégaire111 ; Antenor est un parent de Priam, qui se retrouve à l’origine de la lignée royale des Francs, et dont le fils se nomme Hector. On ne pourra pas là encore éviter le rapprochement avec le patrice que fait tuer Ebroïn (Bouiron 2009, p. 21)112.

La famille du patrice Abbo

  • 113 Le texte, issu d’une copie transcrite dans le cartulaire de la cathédrale de Grenoble du xiie siècl (...)
  • 114 Pagus d’Embrun (§ 24), Gap (§ 34), Die (§ 40), Riez (§ 38 et 49), Arles (§ 39) et Marseille (§ 36).
  • 115 Pagus d’Embrun (§ 24) et de Gap (§ 34).
  • 116 À l’inverse de P. Geary (1985, p. 118), nous considérons qu’il faut distinguer ce Dodo de l’oncle h (...)
  • 117 Waldeberto presbitero et Waldeberto episcopo § 24 ; Wadalberto episcopo § 52. Geary 1995, p. 119 en (...)
  • 118 Pagus d’Embrun (§ 24), Gap (§ 52) et Sisteron (§ 36).
  • 119 La différence d’orthographe (Rigaberga § 24 ; Riguberga § 24 ; Sicuberga § 48 ; Ricuberta § 52) peu (...)
  • 120 Pagus d’Embrun (§ 24) et Gap (§ 52).
  • 121 Wandalberto abbate § 36. Chr. Settipani (à paraître) en fait le fils de l’évêque d’Embrun Chramlenu (...)
  • 122 Vallées de Maurienne (§ 12) et Tarentaise (§ 13), pagus de Mâcon (§ 17), Vienne (§ 16 et 51), Greno (...)
  • 123 Pagus de Grenoble (§ 46), Briançon (§ 19-20), Gap (§ 26 et 52), Vaison (§ 36) et Vendasque (§ 36).
  • 124 Dans la vallée de Tarentaise (§ 13), le pagus de Vienne (§ 16) et de Die (§ 39).

48Le testament bien connu du patrice Abbo, édité de manière scientifique par Patrick J. Geary, donne une liste importante de biens par pagus, dont il précise souvent l’origine, allant de la région de Mâcon au littoral méditerranéen, et du Rhône aux Alpes113. Il permet surtout d’approcher son groupe familial [ill. 5] puisqu’il nous donne le nom de son père, Félix, et de sa mère, Rustica. Du côté paternel on connaît ainsi son oncle Semforianus ( = Symforianus), évêque de Gap, et son grand-père Marro. Du côté maternel, son oncle Dodo et sa tante Eptolena, mère de Honorata, cousine d’Abbo, sont les enfants de Maurinus et Dodina. Si nous disposons du lien précis avec Abbo pour ces personnages, ce n’est plus le cas pour un certain nombre de « parents » que l’on retrouve à l’origine de certaines possessions. Nous proposons de joindre, du côté maternel, Goda (pagi d’Embrun, Gap, Die, Riez, Arles et Marseille114) et Dodo (pagi de Gap et Embrun115) dont le nom rappelle celui de son oncle (mais les deux sont bien distingués116). Dodo et Goda sont souvent associés pour des possessions et peuvent être frère et sœur. Du côté paternel, nous verrions volontiers deux personnages dont les noms font l’objet d’une transcription probablement erronée à plusieurs reprises dans le cartulaire du xiie siècle : l’évêque d’Arles Waldebertus117, ayant des possessions dans les pagi de Gap, Embrun et Sisteron118, Ricuberta/Rigaberga119 qui lui est associée, possessionnée dans les pagi de Gap et Embrun120 et un abbé Wandalbertus, probablement de Nyons, possessionné à Sisteron121. Enfin deux femmes disposent de terrains acquis en nombre par Abbo : Siagria et Widegunda. La première possédait de très nombreux biens fonciers dans beaucoup des pagi concernés122, tandis que la seconde avait des possessions dans les pagi de Briançon, Gap, Vaison, Vendasque et Grenoble123. Abbo n’indique pas qu’elles sont de sa parentèle, toutefois certains biens se trouvent provenir à la fois de ses parents et de Siagria124 ce qui implique certainement une origine commune. Au vu de la localisation et de l’ampleur de ses biens, on la placera du côté maternel, sans doute une cousine germaine de sa mère. Quant à Widegunda, elle a donné un affranchi aux parents dans le pagus de Grenoble, ce qui la rattache sans doute à cette génération. On notera enfin, dans le pagus de Gap, plusieurs lieux qui sont regroupés dans un même paragraphe (52) et qui ont été acquis par Abbo « de domno Wadalberto episcopo et de domna Siagria et Widegunde et deo sacrata Ricuberta femina in ipsa loca ». Cela implique probablement un lien familial entre ces personnages. Notons aussi que le premier témoin d’Abbo se nomme Rusticus (son neveu ?) et que l’on connaît un évêque Bonitus à Valence en 788 et un autre nommé Salvius en 829 (Settipani 2007, p. 166) [ill. 5].

  • 125 PLRE IIIB, p. 863 (Maurinus 1).

49Comme on l’a dit supra, nous avons proposé de rattacher la famille d’Abbo à la famille d’Avitus et Bonitus, patrice de Provence, telle que la Vita de ce dernier nous la fait connaître (Settipani 2007, p. 156-164 et 166). Cette liaison nous semble pertinente, car elle propose de faire de Dodina, la grand-mère maternelle d’Abbon, une fille de Deodatus ( = Dodo ?) et Siagria et une sœur d’Avitus et Bonitus ; le lien se fait ainsi avec la famille des Syagrii, dont on connaît par ailleurs la richesse. S’explique ainsi également le nom de Rustica et Dodo, probable hypocoristique de Deodatus. Nous proposons également de faire de Siagria une cousine germaine de la mère d’Abbo, et une fille de Bonitus, et de Maurinus, le grand-père maternel d’Abbo, un descendant (petit-fils ?) du comte homonyme connu à Cahors vers 640/647125. Ceci nous ramène dans l’entourage de Didier de Cahors et de son frère Siagrius. Enfin, on doit sans doute rattacher à cette famille Felix, l’évêque de Clermont dans les années 663/665, soit comme frère de Siagria comme proposé jadis par C. Settipani, soit plutôt comme frère du mari de celle-ci, Deodatus, connu comme noble de Clermont. Ce Félix pourrait être le grand-père du père d’Abbo, nommé comme lui Félix. Nous aurions ainsi un lien familial, les deux parents d’Abbon étant issus de cousins germains, ce qui pourrait expliquer les liens des différentes possessions. On trouvera dans l'ill. 5 les rattachements hypothétiques des différents personnages mentionnés par le testament d’Abbo.

Conclusion

  • 126 Pour la continuité des patrimoines fonciers des aristocrates gaulois des ive-vie siècles, qui sous- (...)

50À l’issue de ces quelques pages, on peut remarquer plusieurs phénomènes. Tout d’abord le ve siècle est le moment où la Gaule se replie progressivement sur elle-même, et ses élites, jusque-là issues largement du monde romain, s’ancrent territorialement dans leurs vastes domaines. Le développement des différents royaumes dits barbares, au sein des provinces romaines, composantes ensuite du regnum Francorum, recentralisent les élites dans des cours plus restreintes qu’à Rome, mais indispensables pour que l’autorité royale soit exercée dans une relation à la fois hiérarchique et de confiance. Le début du ve siècle annonce ce que les siècles suivants allaient mettre en place. Le second phénomène est la très forte continuité des grandes familles aristocratiques entre le ve siècle et la période carolingienne. Couplant tout au long des siècles fonction civile et tenue des évêchés, les familles gardent la main sur l’administration des territoires et les ressources et les honneurs qui en découlent, sous le regard plus ou moins lointain des souverains. Il y a de ce point de vue-là peu de différence entre la fin de l’Empire romain et le début de la période carolingienne. Le métissage progressif avec les populations germaniques, déjà amorcé à la fin du ive siècle, s’accompagne d’une onomastique parfois non romaine126.

51En Provence, la continuité est de mise également, même si nous manquons de données prosopographiques pour le proposer précisément. Les liens avec le royaume austrasien sont en tout cas marqués et sont renforcés si les propositions que nous formulons pour la femme du patrice Nemfidius sont vérifiées. Si les campagnes de reprise en main de la Provence par Charles Martel vers 738 marquent une nette coupure dans notre documentation, la nomination d’Abbo comme patrice témoigne encore d’une continuité certaine de familles jugées proches des maires du palais austrasiens, d’où sont issus les Carolingiens. La véritable coupure avec l’Antiquité intervient en Provence au ixe, mais plus encore au xe siècle, période complexe d’une Provence désormais rattachée au royaume de Bourgogne, qui devient périphérique entre les centres de pouvoir du Viennois et d’Italie.

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Notes

1 Nous avons mis en grisé les propositions qui nous semblent les plus hypothétiques et en surligné jaune les gouverneurs provençaux.

2 Le devenir de l’administration civile en Gaule et en Hispanie de 284 à 536 après J.-C. : transformations des institutions romaines, mises en place des royaumes romano-barbares et mutations des élites, thèse de doctorat sous la direction de Hervé Inglebert, soutenue à l’université Paris X en 2014.

3 Tout ceci est connu par Olympiodore (fr. 12), repris par Zosime (6.2.1) et Sozomène (9.11.2).

4 PLRE II, p. 719-720 (Marcus 2) ; PLRE II, p. 518-519 (Gratianus 3) ; PLRE II, p. 316-317 (Fl. Claudius Constantinus 21).

5 PLRE II, p. 644 (Iustinianus 1). Placé à ce poste par Constantin avant de quitter la Bretagne, c’est peut-être le même que le praepositus en Bretagne en charge de la construction du fort de Ravenscar (PLRE I, p. 489, Iustinianus 1) ; PLRE II, p. 773-774 (Nebiogastes).

6 Bibl. cod. 80

7 Ep. 123.15 (écrite depuis Bethléem). Germanie Première : Mayence, Worms, Spire et Strasbourg. Belgique Seconde : Reims, Amiens, Arras, Thérouanne et Tournai. La lettre semble dater du printemps 409 ; cela implique-t-il (Kulikowski 2000, p. 331), que les peuples concernés par l’invasion y sont restés aussi longtemps ?

8 PLRE II, p. 978-979 (Sarus).

9 Zos. 6.2.3.

10 Zos. 6.2.4.

11 PLRE II, p. 508 (Gerontius 5) ; PLRE II, p. 386 (Edobichus).

12 Zos. 6.2.4-5.

13 Zosime (6.2.6) précise qu’il installe trois garnisons sur les routes reliant l’Italie à la Gaule. F. Paschoud (1989, t. III, 2, n. 118, p. 27) propose de les placer aux trois cols principaux : Grand-Saint-Bernard pour les Alpes Pennines et Grées, Mont-Genèvre pour les Alpes Cottiennes et La Turbie pour les Alpes Maritimes.

14 Oros. 7.40.5.

15 PLRE II, p. 113 (Apollinaris 1). C’est le grand-père du poète Sidoine Apollinaire, comme on va le voir plus loin.

16 La Bretagne reste encore pour peu de temps sous le contrôle de Constantin III, ainsi que la péninsule ibérique avant la sécession de Gerontius et Maxime. Nous ne savons pas ce qu’il advient de la partie africaine, mais elle doit suivre les autres provinces ibériques.

17 PLRE II, p. 638 (Iulianus 7) ; Olymp. fr. 12. Il est vraisemblable que ses deux fils aient été rebaptisés de noms d’empereur (Paschoud 1989, t. III, 2, n. 115, p. 21).

18 PLRE II, p. 684 (Limenius 2). Il a été comte des Largesses sacrées auparavant (attesté en 400-401). Voir Zos. 5.32.4 et Soz. 9.4.7.

19 PLRE II, p. 283 (Chariobaudes).

20 Ils semblent administrer de grands domaines en Galice (Zos. 5.43.2).

21 Zos. 6.4.1-4 ; Soz. 9.11.4. Ils utilisent des troupes barbares appelées Honoriaci (Oros. 7.40.7-9).

22 Soz. 9.11.4-12.1 ; Oros. 7.40.6-8. 5. D’après Sozomène, les actions militaires se placent en Lusitanie.

23 Zos. 6.5.2.

24 Grégoire de Tours (H. F. 2.9) précise que Constant laisse son épouse et sa cour avec Gerontius à Saragosse.

25 Zos. 6.5.2 ; Soz. 9.12.2.

26 Comme l’analyse M. Kulikowski, le texte d’Olympiodore (fr. 12) ici fortement abrégé par Photios et Zosime (5.43.1-2) ne fournit pas d’ancrage chronologique. Toutefois, le consulat conjoint entamé par Honorius et Constantin en janvier 409 (même s’il n’est pas reconnu hors de Gaule) s’explique probablement par cet accord.

27 PLRE II, p. 651 (Iustus 1) ; PLRE II, p. 965 (Decimius Rusticus 9) ; Zos. 6.13.1.

28 PLRE II, p. 744-745 (Maximus 4). Dans la lecture de Photios d’Olympiodore (fr. 16), il s’agit de son fils.

29 Pour M. Kulikowski, le choix de cette ville s’explique par les facilités de liaison avec la Gaule. On peut noter également qu’il est ainsi éloigné de la Lusitanie, région qui avait, semble-t-il, alimenté la rébellion contre Constantin, et d’Emerita Augusta jusque-là capitale du diocèse d’Hispanie.

30 Zosime (6.5.2) précise que la plupart de troupes se trouvant avec Gerontius, Constantin ne put s’opposer aux destructions accompagnant le déplacement des peuples vers l’Espagne.

31 M. Kulikowski cite les poèmes Poema coniugis ad uxorem (CSEL 30.344), Carmen de divina providentia (PL 51.617-638), le Commitorium d’Orientius (CSEL 16) et une épigramme attribuée à un Paulinus (de la famille d’Ausone ?) (CSEL 16.503).

32 Zos. 6.5.2-3.

33 PLRE II, p. 623-624 (Iovius 3). Zos. 6.1.1-2.

34 Soz. 9.12.5.

35 Greg. H. F. 2.9 ; Soz. 9.13.2.

36 M. Kulikowski (2000, p. 339-340) place cette intervention plutôt en 410.

37 Oros. 7.42.4 ; Prosper Tiro s. a. 411.

38 PLRE II, p. 321-325 (Constantius 17).

39 PLRE II, p. 788 (Nunechia) ; Olymp. fr. 16.

40 7.42.5. (trad. Arnaud-Lindet)

41 Chron. Gallica 452, § 27 et 30

42 PLRE II, p. 383 (Ecdicius 1). Soz. 9.14.

43 Olymp. fr. 16.

44 PLRE II, p. 621-622 (Iovinus 2). Olymp. fr. 17. Delaplace 2015, p. 152-153 ; PLRE II, p. 983 (Sebastianus 2).

45 PLRE II, p. 346-347 (Claudius Postumus Dardanus) ; Olymp. fr. 19.

46 H. F. 2.9 ; PLRE II, p. 38-39 (Agroecius 1).

47 PLRE II, p. 180-181 (Priscus Attalus 2) ; Olymp. fr. 3. Nous n’aborderons pas ici les événements touchant l’Italie.

48 La cérémonie est racontée en détail par Olympiodore (fr. 24).

49 PLRE II, p. 311 (Constans 3).

50 PLRE II, p. 987 (Sigericus) ; PLRE II, p. 1147-1148 (Vallia).

51 Olymp. fr. 34.

52 PLRE II, p. 568-569 (Iusta Grata Honoria) ; PLRE II, p. 1138-1139 (Placidus Valentinianus).

53 Olymp. fr. 34.

54 Nous avons conservé l’édit émis le 17 avril 418, reçu à Arles le 23 mai, par lequel Honorius désigne Arles comme lieu d’assemblée annuelle des Sept-Provinces, à tenir chaque année entre le 13 août et le 13 septembre.

55 PLRE II, p. 36-37 (Agricola 1) et p. 642 (Iulius 3).

56 PLRE II, p. 448 (Exuperantius 2) ; PLRE II, p. 68 (Amatius). Ce nom est unique à notre connaissance et connu par une seule mention (Constitutiones Sirmondianae 6). Faut-il y voir un Amantius (dont l’abréviation du n aurait disparu dans le texte le mentionnant) ou un Amatus ?

57 PLRE II, p. 155 (Artemia) ; PLRE II, p. 125 (Aquilinus 3).

58 L’existence d’une possible fille de l’évêque de Limoges Ruricius et son mariage avec l’évêque Rusticus de Lyon a été contestée par Mathisen (1999). Nous proposons donc ici une autre filiation pour l’évêque Aurelianus d’Arles.

59 PLRE II, p. 39 (Agroecius 2) ; PLRE II, p. 269 (Cassius).

60 PLRE II, p. 308 (Consentius 1) ; PLRE II, p. 308-309 (Consentius 2) ; PCBE 4, p. 511 (Consentius).

61 PLRE II, p. 675 (Claudius Lepidus).

62 Sid. Apoll. Carm. 7.156-157. Il est probablement le père de l’empereur Eparchius Avitus.

63 PLRE II, p. 804-805 (Ommatius 1) ; Sid. Apoll. Carm. 11.51-54.

64 Ep. 2.3.1.

65 PLRE II, p. 693 (Philagrius 4 = ? Philagrius 2).

66 Ep. 2.3.

67 Il ne peut pas être un frère de sa mère sinon la proximité avec Sidoine Apollinaire aurait été plus grande. Il peut descendre éventuellement d’un frère ou d’une sœur inconnus d’Agricola, ou bien de la fille de celle-ci mariée avec un Ennodius. Dans ce cas il pourrait être l’autre frère de Magnus mentionné par Sidoine Apollinaire (Carm. 9.7).

68 On ne connaît qu’une seule lettre adressée à l’autre oncle de sa femme Ommatius et aucune à son beau-père.

69 La PLRE II, p. 874 lui donne le nom de Iunius Philargyrius, mais indique une autre possibilité, Iunilius Philagrius, que nous retiendrons. Le nom Iunilius n’est pas attesté par ailleurs, mais il s’apparente au Iulius que l’on a proposé pour Agricola ; cela renforcerait à la fois l’hypothèse de nom, mais également la filiation de Philagrius.

70 Il s’agit bien du Philagrius correspondant de Sidoine Apollinaire. Ce même personnage apparaît dans le panégyrique d’Avitus (c. 7.156).

71 Contemporain du patrice Philagrius ; on notera la ressemblance des deux noms qui témoigne de l’engouement des noms d’usage de consonance grecque au ive siècle.

72 Il ne s’agit pas du monastère Saint-Victor, mais probablement d’un monastère urbain dont l’emplacement est inconnu.

73 Ce qu’on appelle l’antifélicianisme sera en toile de fond des préoccupations de l’église gauloise de la fin du ive siècle.

74 PCBE 4, p. 652 (Eucherius 1) ; PLRE II, p. 279 (Celsus 2) ; Sulp. Sev., Gallus 3.1. Nous pensons qu’Eucherius est lié à l’évêque Syagrius, attesté lors du concile de Nîmes de 396 et signalé absent, suivant en cela la consigne de Martin (Bouiron à paraître 2).

75 Voir PCBE 4, p. 513 (Constans).

76 Chronique de Prosper d’Aquitaine, 1247 (année 412) : « vir sanctus et beati Martini discipulus ».

77 PCBE 4, p. 981-984 (Heros) et p. 1107-1109 (Lazarus) ; PCBE 4, p. 1541-1544 (Proculus 1). Sa longévité comme évêque est remarquable puisqu’il est mentionné de 381 à 428.

78 amicus et familiaris : Prosper Tiro a. 412.

79 PCBE 4, p. 1437-1440 (Patroclus 2) ; PCBE 4, p. 1599-1600 (Remigius 1).

80 Cassien est attesté pour la première fois à Marseille au mois d’avril 419. Son installation n’a pu se faire qu’avec l’accord de l’évêque Proculus. Sur Cassien, voir PCBE 4, p. 430-437 (Iohannes Cassianvs 2).

81 Voir les mentions issues de Sidoine Apollinaire dans la PLRE.

82 Il ne s’agit pas du « laïc de haut rang » nommé Eucherius qui participe à la conférence du moine Gallus sur Martin de Tours tenue dans le domaine de Sulpice Sévère vers 403, signalé plus haut, mais le contexte en est proche.

83 PCBE 4, p. 653-658 (Eucherius 2), p. 841-842 (Galla 3), p. 1684-1688 (Salonius 1), p. 1926-1929 (Veranus 1).

84 PCBE 4, p. 1017-1023 (Honoratus 1).

85 On ne mettra pas en relation ces installations insulaires avec le passage de Martin sur l’île Gallinaria, en Ligurie, vers 358-360 selon Sulpice Sévère. L. Ripart (2021, p. 50-62) a montré le peu de fiabilité de cette mention, qui s’apparente plutôt à une relegatio insularis de la part de l’empereur arien Constance II.

86 Pour les évêques, PCBE 4, p. 2041-2064. Pour la survivance des grandes familles d’origine sénatoriale tout au long du vie siècle, voir l’étude détaillée dans Settipani 2020b.

87 Vita § 1 et Vita § 2.

88 Vita § 7. Nous avons remplacé, dans la traduction, le terme « préfet » par « gouverneur » qui nous semble plus correct.

89 Vita § 12-15.

90 Contrairement aux éditeurs, nous ne gardons pas la forme Silvia du manuscrit A (Vita § 1). Voir Bate, Carpentier, Pon 2021, p. 53 n. 277.

91 Vita Boniti éd. B. Krusch et W. Levison, MGH, SRM, VI, p. 119-139.

92 MGH DD Mer. n° 122.

93 Son monnayage porte Ansedertus, mais ce nom est absent de toute notre documentation écrite. Nous conservons donc la forme Ansebertus/Ansbertus.

94 Ansbertus est évêque d’Autun en 692 et fait son testament (conservé) en 696. Voir Bouiron 2009, p. 21 et n. 162 et Bouiron à paraître 1.

95 Plutôt que le fils comme proposé précédemment par Settipani 1991.

96 Greg. H. F. 3.21-22 et 27 ; Settipani à paraître.

97 Auparavant à Tonnerre dans l’Yonne.

98 Voir dans ces deux personnages les membres d’une même famille change la perception que nous avons des relations au sein même de la ville de Marseille.

99 Nous renvoyons à Bouiron à paraître 1 pour l’analyse de son monnayage, distinct de celui des autres patrices et s’apparentant à celui de la ville de Vienne à la même époque.

100 Voir l’article de la PCBE 4, p. 1384 (Nynfidius).

101 Il porte le n° 31 dans l’édition de M. Guérard et le n° 42 dans la Gallia Christiana novissima Marseille.

102 Il a retranscrit dans la première moitié du xviiie siècle de nombreux actes (hors cartulaires) dans deux registres conservés. Le texte étudié est conservé dans le premier volume, AD 13 1 H 631 (ancien volume 23bis) qui a servi au chanoine Albanès pour la rédaction de la GCN Marseille (n° 41).

103 Dont le texte ne donne pas le nom.

104 Les indications de « venerantissima et Deo sacratissima » qualifiant Adaltrudis laissent effectivement penser qu’elle devint moniale.

105 Voir les sources qui la concernent et les différentes opinions modernes à son propos par exemple chez Settipani 1993, n. 112, p. 161-162. Le nom apparaît dans la charte de Childebert IV (MGH DD I n° 70, p. 62).

106 Nous attribuons à celle-ci la mention des Gesta abbatum Fontanellensium, 8.1 (MGH SS II, p. 280).

107 Outre la mention de la charte de Childebert IV, voir les Annales Mettenses 693 (MGH SS I, p. 321) qui confondent peut-être les deux ; la suite du récit, qui se rapporte à l’éducation donnée par Ansfredis à son arrière-petit-fils Hugo, le fils de Drogo, est très précis.

108 On le trouve associé dans la Gesta Danorum de Saxo Grammaticus (VIII, LXXXVIII) à Gotricus dit Godfred († 810) roi des Danois que combat Charlemagne entre 808 et 810 (MGH SS 29, p. 60).

109 Le nom fait référence au héros troyen, parti en Italie dans la région de Venise où il fonde Padoue. Il est mentionné aussi comme étant à l’origine des Francs dans le Liber Historiae Francorum (§ 4).

110 MGH, DD I, n° 149.

111 Sur tout ceci, voir Coumert 2020, en particulier le tableau des mentions p. 48.

112 Et non Victor comme proposé dans Bouiron 2009.

113 Le texte, issu d’une copie transcrite dans le cartulaire de la cathédrale de Grenoble du xiie siècle, est édité aux p. 38-79. Il est connu depuis longtemps et son authenticité n’est plus en doute. L’analyse de P. Geary a porté sur les possessions, l’identité romaine/franque et le contexte historique qui a conduit à ce testament sans doute précoce. Depuis d’autres études ont poursuivi son analyse, par exemple le don aux fondations religieuses (Magnani 2005) ou la place de l’abbaye dans le contexte frontalier (Ripart 2008).

114 Pagus d’Embrun (§ 24), Gap (§ 34), Die (§ 40), Riez (§ 38 et 49), Arles (§ 39) et Marseille (§ 36).

115 Pagus d’Embrun (§ 24) et de Gap (§ 34).

116 À l’inverse de P. Geary (1985, p. 118), nous considérons qu’il faut distinguer ce Dodo de l’oncle homonyme, dont la parenté est indiquée systématiquement comme « avunculus meus » dans les pagi de Marseille (§ 36), Arles (§ 36 et 39) et Cavaillon (§ 41). Toutes ses possessions sont méridionales et rejoignent pour l’une d’entre elles (Marseille) Dodina, sa sœur, grand-mère d’Abbon.

117 Waldeberto presbitero et Waldeberto episcopo § 24 ; Wadalberto episcopo § 52. Geary 1995, p. 119 en fait un évêque d’Arles et le distingue d’un Wandalbertus abbé.

118 Pagus d’Embrun (§ 24), Gap (§ 52) et Sisteron (§ 36).

119 La différence d’orthographe (Rigaberga § 24 ; Riguberga § 24 ; Sicuberga § 48 ; Ricuberta § 52) peut témoigner d’actes distincts ou d’erreurs de copie, mais qui nous semblent relever d’une personne unique. Elle est signalée comme moniale (« Deo sacrata ») dans le § 52.

120 Pagus d’Embrun (§ 24) et Gap (§ 52).

121 Wandalberto abbate § 36. Chr. Settipani (à paraître) en fait le fils de l’évêque d’Embrun Chramlenus, qui serait le cousin germain du père d’Abbo.

122 Vallées de Maurienne (§ 12) et Tarentaise (§ 13), pagus de Mâcon (§ 17), Vienne (§ 16 et 51), Grenoble (§ 14, 51 et 59), Embrun (§ 24), Gap (§ 27 et 52), Die (§ 39-40 et 42) et Arles (§ 39).

123 Pagus de Grenoble (§ 46), Briançon (§ 19-20), Gap (§ 26 et 52), Vaison (§ 36) et Vendasque (§ 36).

124 Dans la vallée de Tarentaise (§ 13), le pagus de Vienne (§ 16) et de Die (§ 39).

125 PLRE IIIB, p. 863 (Maurinus 1).

126 Pour la continuité des patrimoines fonciers des aristocrates gaulois des ive-vie siècles, qui sous-tend la stabilité sociale de leurs lignages, voir Jaouen 2024, p. 143-420 ; pour la continuité familiale de ces lignées aristocratiques : voir Settipani 2020b.

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Table des illustrations

Titre 1. Famille de Sidoine Apollinaire et d’Avit de Vienne.
Légende Dans la famille de Sidoine Apollinaire, nous suivons R. W. Mathisen et qui propose pour son père un Alcimus et sa mère une Avita, nièce d’Agricola. Côté maternel, Sidoine Apollinaire mentionne son cousin Avitus et ses deux sœurs, en précisant que leurs mères respectives étaient très proches, ce qui laisse penser qu’elles étaient sœurs. Nous proposons, à titre d’hypothèse, d’en faire les filles de l’évêque de Bourges Avitus, mentionné dans la liste épiscopale avant Leo, probablement pour le 2e quart du ve siècle. Cette localisation reste en Aquitaine Première, pas très loin de l’Auvergne. Du côté paternel, on lui connaît deux oncles, mais leur identité est plus mal établie qu’on ne le croit d’ordinaire. En effet, la plupart des historiensa identifient Thaumastus comme un de ces oncles paternels dont le fils homonyme est qualifié de cousin germain par Sidoine : « les deux Thaumastus… le plus jeune est mon camarade en même temps qu’un collègue et un cousin germain… et le plus ancien, presque un oncle paternel » (Carm. 24.84-89). Ailleurs, il écrit à son proche parent Apollinaris en faisant allusion à son frère (germanus) Thaumastus (Ep. 5.6.1) et laisse entendre qu’Apollinaris et Thaumastus étaient aussi les frères d’un Simplicius qui vivait avec Apollinaris. Toutefois, R. W. Mathisen (2020, p. 58) a souligné que Sidoine dit précisément que Thaumastus était « presque un oncle paternel » (prope patruus), donc en toute logique, qu’il n’était pas réellement un oncle. Puisque son fils homonyme est lui, le cousin germain de Sidoine, c’est donc qu’il avait épousé une tante paternelle de celui-ci (Settipani 2022, p. 55). Certes, cette exégèse n’est pas compatible avec le fait que Thaumastus est explicitement donné comme le frère d’Apollinaris. Mais R. W. Mathisen souligne que cet Apollinaris est appelé « frater » et « amicus » par Sidoine, ce qui ne convient pas à un oncle. De sorte qu’Apollinaris et Simplicius sont plutôt les frères de Thaumastus le Jeune (Settipani 2015b, p. 325). Au vu de la présence de plusieurs Simplicius dans cette branche familiale, nous proposons une alliance avec la famille de l’évêque Simplicius de Vienne que l’on connaît à la même époque, lui-même sans doute fils d’un autre évêque homonyme d’Autun (PCBE 4). Leur descendance doit être nombreuse même si la connaissance que nous en avons s’arrête aux cousins germains de Sidoine Apollinaire. En effet, nombreux sont les Simplicius plus tardifs, mentionnés dans la PCBE 4, qui pourraient en faire partie. Nous pourrions également rattacher à cette famille le Simplicius évêque de Bourges en 470 par sa mère, plutôt que par son père l’évêque de Bourges Elodius/Elogius, ce qui garderait une cohérence méridionale pour cette famille et expliquerait pourquoi Sidoine Apollinaire n’est pas en correspondance avec lui (alors qu’il l’est avec Eulalia). Mais la mention de plusieurs fils dans une lettre de Sidoine Apollinaire (5.4.2), dont il souligne l’orgueil (et on imagine la distance avec lui-même) peut justifier cette mise à l’écart et donc le lien paternel. Nous suivons également la proposition de faire d’Audentia, la femme de l’évêque de Vienne Hesychius, une sœur de Sidoine Apollinaire (Mathisen repris par Settipani 2007, p. 139-140). De ce couple descendent les divers Hesychius évêques aux vie et viie siècles. Le nom d’Hesychius n’est pas attesté en Gaule avant l’évêque de Vienne. Toutefois M. Heinzelmann (1976, p. 227-228) a proposé, du fait de la proximité de son fils, l’évêque Avit, avec Mamertus, évêque de Vienne avant Hesychius, de rattacher ce dernier aux Claudii Namatii. Nous suivrons là encore cette hypothèse (même si R. W. Mathisen ne l’avait pas retenue dans sa thèse inédite). Concernant Hesychius (vir senatoriae dignitatis selon son fils), on notera en particulier l’entrée n° 10 de la PLRE II qui signale un tribunus et notarius (Ouest) en 456, envoyé par l’empereur Avitus, qui peut correspondre au même personnage. Si l’on se refuse à voir dans Ecdicius, patrice en 474, un fils de l’empereur Avitus, on devrait proposer une alliance entre Mamertus Claudianus et une fille de l’Ecdicius connu à Arles en 411 pour justifier l’apparition du nom d’Ecdicius que l’on retrouve chez l’évêque Avit. La deuxième sœur de celui-ci, par qui se poursuit la famille, n’est pas Aspidia comme on l’avait cru précédemment (par exemple PCBE, 4, p. 225-226), mais plus probablement une Euphrasia (H. Hecquet-Noti, 2011, p. 45). Nous rattachons, de manière hypothétique, Helisea et son fils Avitus, parente d’Ennodius vivant à Aquilée, à la fois comme femme du neveu (et petit-neveu) de l’Avitus auvergnat (PLRE II, n° 1 ; ill. 2) et comme fille (et petit-fils) de Firminus (PLRE II, n° 3 ; ill. 4). Pour la descendance d’Apollinaris, le fils de Sidoine Apollinaire, nous avons repris et complété Settipani 2007, p. 135-138. L’ascendance de Leontius, le mari de Placidina, petite-fille du précédent, est tirée de Settipani 1991, p. 216-217. Nous rattachons Apollinaris (PLRE II, n° 4, fig. 1) comme frère d’Arcadius. Enfin, pour la famille de Leontius de Bordeaux, voir en dernier lieu Jaouen, 2024, p. 323.a. Par ex. Loyen, II, p. 234, dont les vues sont reprises dans la PCBE, 4, et encore tout récemment par Desbrosses, 2018, annexe prosopographique, s. v. Apollinaris, p. 375, Simplicius, p. 416 et Thaumastus, p. 417-418, ou Jaouen, 2024, p. 165-166, qui toutefois n’a pas consulté la littérature spécifique (et peut écrire à quelques lignes de distance Apolinaris, Appolinaris ou Apollinaris).
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Titre 2. Famille de l’empereur Avitus et de Ruricius de Limoges.
Légende Nous proposons ici une option alternative à celle de Chr. Settipani (2007) concernant la parenté d’Ecdicius, noble arlésien mentionné en 411, avec les familles de l’empereur Avitus et de Sidoine Apollinaire. Loyen 1943, p. 66, n. 52 a en effet proposé de voir dans le patrice Ecdicius, non un fils de l’empereur Avitus et donc un frère de Papianilla, femme de Sidoine Apollinaire, mais soit un cousin soit un demi-frère de de celle-ci, puisque Sidoine (Ep. 5.16.4) témoigne que la famille de ce patrice Ecdicius n’était pas consulaire. Sur la base des arguments de Chr. Settipani (2007, p. 133 n. 8), Ecdicius serait alors le beau-fils d’Avitus comme retenu dans la notice de la PCBE, 4, p. 607-609 et non son fils comme l’avait cru Jordanes, Get. 45.240 ; la différence chez Sidoine Apollinaire de l’emploi de frater (pour Ecdicius) ou de germanus (pour Agricola) s’expliquerait ainsi aisément. Dans cette hypothèse, nous proposons trois enfants pour le PPO Agricola : le futur empereur Eparchius Avitus, le grammaticus Philagrius (voir p. 259) et une femme anonyme mariée avec un probable fils d’Ennodius [ill. 3]. Le vir clarissimus Ommatius, sans doute petit-fils de Philagrius, mais dont Sidoine ne dit pas qu’il est fils de consul alors qu’il rappelle son ascendance patricienne, est plutôt un neveu d’Agricola.La correspondance de Ruricius pourrait nous permettre d’identifier ses fils ainsi que ses frères, Leontius et Celsus. Il est probable que ceux-ci soient les neveux de l’évêque d’Arles Leontius, que nous rattachons lui-même à Leontius évêque de Fréjus à la génération précédente (R. Mathisen 1999, p. 29 en fait plutôt un descendant des Leontii bordelais). Ceci pourrait expliquer que Ruricius envoie ses fils Leontius et Aurelianus à Fréjus auprès de l’évêque Victorinus vers 501 comme il l’indique dans ses lettres (Ep. 2.40). L’évêque de Fréjus Leontius ayant été l’un des initiateurs du monachisme insulaire aux îles de Lérins, et par association onomastique avec le frère de Ruricius, nous proposons à titre d’hypothèse d’en faire le fils du Celsus consulaire qui assiste à la conférence sur saint Martin organisée par Sulpice Sévère, autour de 400, dans son domaine près de Carcassonne. Conférence à laquelle assiste également l’ex-vicaire Eucherius, père ou oncle du futur moine de Lérins et évêque de Lyon homonyme. Le lien avec les Adelphii de Limoges correspond au rattachement avec les Anicii romains que signale Venance Fortunat (Carm. 6.1). Nous suivons l’interprétation de R. W. Mathisen (repris dans Settipani 1991, p. 199-204), faisant de Papianilla la fille d’Agricola et Parthenius, le neveu d’Ennodius. Ceci découle des explications de Ruricius, disant qu’il ne devient arrière-grand-père qu’à la naissance d’enfants de ses « nepotes » (Settipani 1991, p. 199). Toutefois, on doit sans doute retenir de préférence la proposition proposée plus récemment par B. Bureau (1998, p. 394) et R. W. Mathisen (1999, p. 25-26). Parthenius pourrait être le fils d’une fille (Felicia ?) de Firminus, le père d’Ennodius, mariée à un des enfants de l’évêque Ruricius de Limoges, probablement Eparchius. Ainsi, il ne serait plus besoin de faire de Papianilla la fille de Ruricius et la femme d’Agricola puisque c’est bien Parthenius qui est son petit-fils et Papianilla la mère de ses arrière-petits-enfants. Nous proposons que le même Agricola, fils de l’empereur Avitus, ait eu comme autre enfant le prêtre Avitus (PCBE 4, n° 3) domicilié dans un premier temps à Orléans et ayant négocié avec le roi Franc Clodomir pour laisser la vie sauve au roi burgonde Sigismond et à sa famille (Greg. H. F., 3.6) ; il est peut-être à son tour le père d’Agricola, évêque de Châlon. Nous proposons également qu’il ait eu une sœur, qui pourrait être la mère de Leocadia, la grand-mère de Grégoire de Tours et la mère de l’évêque Avitus de Clermont-Ferrand.
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Titre 3. Famille d’Ennodius et des Felici.
Légende Pour la famille d’Ennode de Pavie, dont la généalogie reste tributaire d’hypothèses qui varient suivant les historiens, voir Chr. Settipani (2002, p. 11-14 et 2015b, p. 336, n. 43). Il faut toutefois corriger celle-ci en soulignant que Flavius Felix, consul en 428 (qui ne portait pas le nom Constantius) ne peut pas être l’ancêtre direct de Felix Ennodius et de Magnus puisque l’on sait que sa femme Padusia est tuée avec lui en 430. Nous pensons que Felix Ennodius s'est marié à une Firmina, ce qui fait rentrer ce nom dans sa descendance. Nous proposons comme enfants de Firminus une fille (peut-être appelée Felicia) qui est une des sœurs d’Ennode. Mariée avec le fils de Ruricius de Limoges Eparchius, nous en faisons la mère de Parthenius, de Ruricius évêque de Bourges, et du Felix sive Aureolus père d’Eparchius. Le couple Eparchius-Felicia est donc selon nous l’ascendant de plusieurs Felix, dont le sénateur de Marseille, père de l’évêque Marcellus d’Uzès, que nous proposons comme fils du patrice Parthenius et frère du patrice Agricola. Nous complétons cette famille avec deux enfants du patrice de Provence Agricola, fils probable du patrice Parthenius : Syagria (l’orthographe Sisagria reprise par la PCBE 4 nous semble une erreur de lecture médiévale du « y “en ‘is’) et l’évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux Agricola. Nous pensons qu’une tante ou un oncle d’Ennode, et alors sans doute Ennodius, CRP 458, s’est probablement marié avec un membre de la famille des Cynegii proche de la famille théodosienne ; ce seraient les parents de Cynegia, mariée à un représentant de la famille des Anicii romains (Settipani 2015b, p. 333-335). Si cette femme paternelle (amita) était l’épouse d’Ennodius, il faudrait admettre que le mot amita a ici le sens rare de tante par alliance ; il est donc préférable de voir en elle la sœur du père d’Ennode et la sœur d’Ennodius. La grande proximité d’Ennode avec Cynegia s’explique au mieux si la mère de celle-ci était cette tante paternelle qui avait recueilli Ennode après la mort de ses parents. Nous sommes ici dans la branche italienne de la famille, expliquant le mariage de Cynegia avec Anicius Probus Faustus. Les autres proches parentes italiennes d’Ennode, Helisea et Firmina (PCBE, 2, Firmina, p. 823 et Helisea, p. 967-968), pourraient partager la même origine et être des sœurs de Cynegia. Concernant Placidina [ill. 1], nous n’arrivons pas à la mettre en relation avec la famille d’Ennode alors qu’elle semble être en lien avec Arcadius Placidus Magnus Felix, consul en 511. C. Settipani (2007, p. 135 n. 5) avait envisagé, simplement à titre d’hypothèse, une identification de sa mère avec une fille née hors mariage de Justa Grata Honoria, sœur de Placidus Valentianus (Valentinien III). On pourrait proposer de voir en elle une fille d’Ennodius, le CRP de 458, probablement proche de l’empereur, hypothèse qui serait particulièrement adéquate d’un point de vue chronologique. Toutefois, Ennode est en relation, assez étroite semble-t-il, avec les trois autres cousines germaines que nous proposons : Cynegia, Helisea et Firmina. Il aurait dû écrire également à Placidina si celle-ci était aussi sa cousine, ce qui n’est pas le cas. Enfin, Ruricius, évêque de Bourges vers 520, paraît être de la même génération que Papianilla et Parthenius et il pourrait être un frère de ce dernier. Nous rattachons également comme troisième membre de cette fratrie le Felix sive Aureolus (= Aurelius ?), marié à Principia, connu pour être le père du reclus Eparchius, mort en 581. Son nom est selon nous un rappel de la famille des Felicii dont est issue sa mère, fille de Firminus. Felix, évêque de Bourges, pourrait être le deuxième fils de ce couple, quoi que d’autres possibilités puissent être envisagées (voir Settipani, à paraître).
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Titre 4. Famille des Ferreoli et des Firmini.
Légende Il est plus que probable que la descendance de Felix Ennodius, le proconsul de 423, s’est unie aux Tonantii Ferreoli. Une première solution consiste à distinguer trois générations de Ferreoli (Settipani 1991, p. 198-199 et à paraître). Mais la chronologie n’interdit pas d’envisager une génération supplémentaire entre Tonantius Ferreolus, époux de Papianilla, et Ferreolus, époux d’Industria : celle de Tonantius qui aurait épousé une (Firmina). Cette question reste à trancher, mais il ne nous a pas été possible de le faire dans le cadre de cet article, la question des générations (et donc des dates de naissance potentielles) étant évidemment importante. Nous présentons donc une hypothèse qui pourra évoluer à l’avenir. Dans un cas comme dans l’autre, on rattachera à cette alliance divers personnages, comme l’évêque de Viviers, Firminus, qui pourrait être un fils de l’évêque homonyme d’Uzès, attesté avec sa femme Aula comme père de l’évêque d’Alba Aulus vers la fin du vie siècle. Nous renvoyons à la PCBE 4 pour ces personnages. Notre proposition est en accord avec les hypothèses que B. Dumézil (2007, p. 566-568) a notées pour les Firmini et les Felici en lien avec le réseau de Gogo. Archotamia, parente d’Ennode, pourrait aussi être une fille du même couple Tonantius et Firmina (?) et une femme d’Aurelianus, fils homonyme de Ruricius et Hiberia si son fils est bien le prêtre de Lérins Aurelianus comme l’indique la PCBE 4. Nous aboutissons à un arbre différent de celui proposé ailleurs (Settipani 1991, p. 209) pour faire le lien avec l’évêque d’Arles Aurelianus, fils de Sacerdos et, peut-être, d’une sœur du prêtre de Lérins Aurelianus. L’évêque d’Uzès Roricius (= Ruricius), qui accueille Firminus et le reconnaît de sa famille, s’il existe vraiment (contra : Settipani 1991, p. 198), serait probablement un autre frère du prêtre Aurelianus. Nous intégrons dans cet arbre généalogique la descendance de Ferreolus d’Arles, beau-frère de la femme de Théodebert Ier, Deoteria, selon la longue analyse de l’ascendance des Carolingiens (Settipani 2000, 2015a, 2020b et 2024) et la famille du comte de Clermont Firminus (Settipani à paraître). Nous y associons la famille de sainte Ségolène et les propositions de rattachement du patrice de Provence Ansbertus et de l’évêque de Marseille Babon.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/29569/img-4.png
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Titre 5. Famille des évêques Didier de Cahors et Bonitus de Clermont et du patrice Abbo.
Légende Les propositions de filiation agrègent les données de Chr. Settipani (à paraître, pour la famille de Nemfidius, et 2004, p. 189.
Crédits Marc Bouiron.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/29569/img-5.png
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Titre 6. Famille d’Adaltrudis, femme du patrice Nemfidius.
Légende Est reprise ici la filiation de quatre patrices de Provence d’après Chr. Settipani (2007 et à paraître).
Crédits Marc Bouiron.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/29569/img-6.png
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Pour citer cet article

Référence papier

Marc Bouiron et Christian Settipani, « Puissants laïcs et religieux : continuité aristocratique en Provence (Ve-VIIIe siècle) »Archéopages, Numéro spécial | 2025, 254-268.

Référence électronique

Marc Bouiron et Christian Settipani, « Puissants laïcs et religieux : continuité aristocratique en Provence (Ve-VIIIe siècle) »Archéopages [En ligne], Numéro spécial | 2025, mis en ligne le 04 août 2025, consulté le 18 août 2026. URL : http://journals.openedition.org/archeopages/29569 ; DOI : https://doi.org/10.4000/14h6z

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Auteurs

Marc Bouiron

Inrap, UMR 7264 CEPAM

Articles du même auteur

Christian Settipani

UMR 8167 « Monde Byzantin »

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