- 1 Voir les successives éditions du Larousse (universel, illustré, xxe siècle) sous la direction de Ca (...)
- 2 Au cinéma, les « Celtes » ibériques présents dans le péplum L’or de César (A. de Toth, R. Fredda, 1 (...)
1Parmi les personnages présents sur les monuments aux morts français, il est fréquent de rencontrer des guerriers dont la physionomie et l’équipement ne permettent à priori aucun doute quant à leur identification : tresses, moustaches épaisses, regard farouche, casque ailé à haut cimier, braies… Le parangon est bien celui du Gaulois, dont les attributs sont fixés depuis environ 60 ans alors que vient de s’achever la Grande Guerre. Et ce, en dépit des erreurs archéologiques vite signalées (Coutil 1911), mais obstinément, sinon coutumièrement, reproduites comme de doter les guerriers de Gergovie ou d’Alésia de casques et de cuirasses de l’âge du Bronze. Participant à une imagerie convenue, les Gaulois de pierre ou de ciment de ces monuments restent aussi anachroniques que le fameux cavalier de Frémiet (ca 1864) ; les planches d’uniformes des dictionnaires encyclopédiques Larousse (« Infanterie » « cavalerie »)1 [ill. 1] les images et gravures de bien des livres scolaires vont perpétuer ce type jusqu’aux années… 19702, voire au-delà.
1. Planche « Infanterie » du Larousse du xxe siècle (Augé 1928-1933).
Le Gaulois est doté d’équipements de l’âge du Bronze, suivi du Franc et du Mérovingien à peu près conformes aux mannequins du Musée de l’armée.
DR.
2Le guerrier franc quant à lui semble beaucoup moins présent sur les monuments aux morts. Encore faut-il savoir le reconnaître. L’imagerie encyclopédique, scolaire et populaire de la première moitié du xxe siècle nous en montre quelques types. Déjà, ceux qui, de copie en citation, prennent pour modèle le « chef mérovingien » et le « guerrier franc » [ill. 2] de la galerie du Musée de l’artillerie, plus exactement de la deuxième série mise en œuvre à partir de 1877. Tous deux sont armés, habillés et coiffés selon le savoir archéologique, historique et littéraire du moment : framée à la main, bouclier rond muni d’un umbo, francisque, scramasaxe, collier de perles, braies plaquées par des courroies, etc. Cet équipement est fait de reproductions d’objets trouvés en fouille. On remarquera aussi les moustaches, les tresses et les cheveux, roux, portés longs, réunis en chignon ou en queue de cheval : un traitement de la chevelure fondée sur une interprétation de textes disparates à propos des Germains, allant de Tacite à Sidoine Appolinaire (Hoyoux 1948).
2. Les mannequins du Musée de l’artillerie, devenu Musée de l’armée, qui ont longtemps servi de modèles « académiques ».
Carte postale ancienne, DR.
- 3 Dans le texte de la leçon il est d’ailleurs dit que les Francs vivaient comme les Gaulois.
3Simultanément, aux côtés de ces modèles très académiques, existe un autre type qui montre des Francs habillés comme ces Gaulois dont nous venons de rappeler l’anachronisme vestimentaire. Clovis et ses compagnons sont vêtus, barbus et chevelus comme Vercingétorix et ses guerriers : mêmes cuirasses et casques — de l’âge du Bronze — voire même épées à antennes, mêmes moustaches et tresses. C’est ainsi que René Giffey les représente, illustrant une série de livres d’Histoire destinés aux classes primaires (Brossolette, Ozouf 1935 ; Ozouf, Leterrier, 1950) [ill. 3]. De même pour le Clovis dessiné par René Bresson (Billebault ca 1958), acclamé par des guerriers de plusieurs types, académique ou gaulois3 [ill. 4]. Signalons aussi les illustrations de ce livre pour la jeunesse consacré aux temps mérovingiens, intitulé Les Sicambres et publié en 1953. On le doit à Huguette Fringant qui adapte Augustin Thierry et Henri Martin. L’illustrateur Jacques Roubille y mêle, lui aussi, Francs « académiques » et « Francs gaulois » assistant au baptême de Clovis [ill. 5]. Ces cas ne sont pas isolés. Durant la première moitié du xxe siècle, parmi les innombrables « chromos » distribués comme primes aux consommateurs de tel chocolat ou de tel bouillon, beaucoup représentent les batailles de Tolbiac, de Vouillé, le baptême de Clovis ou d’autres épisodes de la vie du chef franc. On retiendra la diversité d’accoutrements des personnages, mais souvent très proches du Gaulois [ill. 6]. En particulier, si caractéristiques et déterminants, les couvre-chefs où dominent, à côté des casques de bronze à haut cimier, les casques à cornes ou munis d’ailettes ; mais encore, des tuniques à l’antique et, régulièrement, des braies maintenues par des courroies.
3. L’épisode du vase de Soissons : les Francs sont représentés comme des Gaulois dotés d’équipements de l’âge du Bronze.
Ill. René Giffey in Ozouf R., Leterrier L., Belles histoires de France : cours élémentaire, Paris, Belin, 1947.
4. Clovis sur le pavois : type « académique » et type « gaulois » mélangés.
Ill. René Bresson in Billebault É., sd [ca 1958], Il y avait autrefois : histoire de France, cours élémentaire, Paris, éd. de l’École.
5. Le baptême de Clovis : type « académique » et type « gaulois » à l’arrière-plan.
Ill. Jacques Roubille in Fringant H. – Les Sicambres. Paris, Les Nouvelles presses françaises, (Les grandes œuvres classiques adaptées pour la jeunesse), 1953. 188 p.
4Il est un cas attesté où Clovis et des Francs figurent sur un monument aux morts qui n’est pas paroissial. Sculpté en bas-relief sur le socle du monument de Soissons, il s’agit du célèbre épisode du vase. Si les guerriers n’échappent pas au modèle gaulois [ill. 6], moustaches, tresses, et braies, l’équipement de Clovis semble mieux relever du modèle académique. Mais le cas est ambigu, car ce monument, commencé en 1914, était à l’origine destiné à commémorer les grandes étapes historiques de la ville, sculptées sur chaque face du socle, à commencer par l’épisode du vase. Ainsi doit s’expliquer la présence de Clovis et de ses soldats, les morts de la Grande Guerre venant dès lors s’ajouter à un passé spécifique à Soissons.
6. L’épisode du vase en bas-relief sculpté sur le piédestal du monument aux morts de Soissons.
Les guerriers francs sont similaires à des guerriers gaulois.
Carte postale ancienne, DR.
- 4 Signalons le monument du lycée de Saint-Étienne, composé de personnages nationaux choisis sur le th (...)
- 5 Cette dédicace disparaît dans l’édition de 1966.
- 6 J’emprunte le mot à Philippe Bruneau.
5Hormis ce cas exceptionnel et malgré cette « confusion iconographique » qui est alors de mise, nous ne pensons pas qu’il faille douter : ces parangons moustachus représentent bien des Gaulois ; du moins sur les monuments municipaux laïques. Car le Franc, surtout Clovis peut-être, bien qu’appartenant assurément au « roman national », semble être absent de la statuaire républicaine : trop catholique probablement, en outre germain ! Car les Gaulois demeurent les premiers de « nos ancêtres » et incarnent l’esprit de résistance4 aux Romains comme aux Allemands. Le grand guerrier du monument dédié aux soldats de Verdun, édifié sur les anciens remparts de la ville en 1929, est assurément un Gaulois, tourné vers l’Allemagne. En revanche, c’est le Gaulois soumis qui, vingt ans plus tard, pourra exemplairement servir la cause de l’État pétainiste. Nouveau renversement encore en 1959 lorsque J.-J. Hatt dédie son Histoire de la Gaule romaine (préfacée par J. Carcopino) « à la mémoire des résistants de Gergovie, ceux de 52 av. n. è., qui repoussèrent les légionnaires de César, ceux de 1940 à 1945, dont l’enthousiasme et le sacrifice contribuèrent à la libération de la France »5. Du côté républicain, en dépit d’une « catholicisation »6 autrement possible des monuments (Bruneau 1985), le Gaulois tient le rôle de premier résistant à l’invasion, de ce fait assimilable au poilu de la Grande Guerre (Dupuis 2014).
- 7 Sa canonisation en 1920 s’inscrit dans ce qu’on pourrait qualifier de « réhabilitation » de la Répu (...)
- 8 L’imagerie populaire (chromos-primes) illustre le récit où la chape de Martin aurait servi de banni (...)
6Lorsque l’enquête se déplace dans l’espace ecclésial, la question ne se pose pas dans les mêmes termes. Les monuments aux morts catholiques, la plupart paroissiaux, à l’inverse des monuments communaux, ont encore trop peu suscité l’intérêt des chercheurs (Leduc-Gueye 2016). Tout aussi nombreux, ils constituent une série des plus intéressantes et représentative d’une certaine réconciliation entre l’Église et l’État que la guerre a provoquée au-delà de la loi de 1905, mais aussi de la nature et de l’objet des cultes pratiqués ; culte des morts bien sûr, mais encore culte de certains saints, eux aussi « mobilisés ». Abrité dans l’église, le monument paroissial n’a pas de traits techniques spécifiques ou exclusifs, bien au contraire : peintures murales, mosaïques, vitraux, plâtre, stuc, marbre, sculptures, stèles, diptyques, etc. Cette variété, propice au développement d’une riche iconographie, contribue à un syncrétisme exemplairement proclamé par l’inscription « morts pour Dieu et pour la Patrie », où le sacrifice du soldat assimilé à celui de Jésus est le thème le plus fréquemment représenté, souvent en bas-reliefs similaires à ceux des chemins de croix ; y participent encore piétas et statues de Jeanne d’Arc7, ou de saint Martin8, associées par proximité au monument.
- 9 Au nombre de trois : deux sont nu-tête, cheveux et moustaches roux ; le troisième est plutôt habill (...)
7C’est dans ce contexte qu’apparaît quelquefois Clovis. Mentionnons d’abord sa représentation dans l’église Saint-Vaast, à Béthune (59), reconstruite de 1924 à 1927. Son programme iconographique est consacré à l’histoire de la ville et à la vie de Vaast qui aurait accompagné Clovis catéchumène. Un vitrail de l’église représente cet épisode [ill. 7]. Clovis, vu de dos, à cheval, écoute le saint dont il reçoit l’enseignement ; accompagnés de nombreux guerriers, ils se dirigent, de droite à gauche, vers deux arcs de triomphe de style romain. La particularité iconographique de la scène est dans la tenue des guerriers précédant Clovis et saint Vaast : parvenus presque au seuil du premier arc de triomphe, tous vus de dos, ils sont habillés de manteaux à l’antique et pour la plupart armés d’épieux et de glaives, tandis qu’un cavalier est vêtu d’une lorica à écailles sous un manteau de cavalerie. L’un d’eux porte une enseigne dorée à l’effigie d’un coq — gaulois, républicain ? — mais tous sont coiffés de casques Adrian et équipés de bandes molletières. Francs et « poilus » à la fois ! un remarquable syncrétisme imagier qui établit une continuité entre l’armée de Tolbiac et celle de Verdun. Cette troupe représenterait alors l’ensemble des morts — triomphant — tandis que les guerriers de droite, dont les costumes et coiffures sont plus ceux de Francs « académiques »9, appartiendraient au contingent qui accompagne effectivement le chef franc.
7. Saint Vaast accompagnant Clovis catéchumène. Vitrail de l’église Saint-Vaast (Béthunes).
À gauche, troupe de guerriers à la fois francs et français par l’équipement.
G. Bellan.
- 10 L’ensemble est placé dans un cadre-portique quelque peu triomphal (feuilles de chêne, de laurier, c (...)
8De manière plus attendue, cette association de soldats appartenant à différentes époques, mais combattant pour une même cause — Dieu et la Patrie — peut au contraire être représentée en convoquant autant de figurants qu’il y a d’époques. C’est le cas sur cet imprimé intitulé « diplôme souvenir », dessiné par Dessertennes en 1917, que les écoles catholiques peuvent personnaliser, où peuvent être mentionnés noms et classes des élèves, récompenses et honneurs [ill. 8]. L’image qui accompagne ces mentions est un autre exemple du patriotisme catholique10. Y figurent quatre fantassins en tenue de combattant des tranchées. L’un d’eux, debout face à saint Michel, pointe de sa baïonnette la mention « Verdun » inscrite sur le bouclier de l’archange, à la suite de « La Marne » et « L’Yser ». La scène se déroule devant une assemblée de soldats de différentes époques : de droite à gauche on reconnaît un grognard, un soldat de la Révolution, un cuirassier de l’Ancien régime, un templier… ; à gauche, à cheval, Bayard, et enfin à l’arrière-plan un cavalier dont l’équipement nous le ferait prendre pour un Gaulois, mais son bras droit tendu nous fait reconnaître assurément le Clovis de Tolbiac.
8. Diplôme pour école catholique imprimé durant la Grande Guerre. Convocation des guerriers-prédécesseurs des soldats français.
À l’arrière-plan, celui que l’on prendrait pour un Gaulois est en réalité le Clovis de Tolbiac reconnaissable à son geste.
Coll. particulière.
- 11 Le vitrail est antérieur à ces aménagements alors que la chapelle accueillait les fonts baptismaux.
9Le monument aux morts paroissial de Saurat, dans l’Ariège, propose un programme iconographique beaucoup plus catholique, centré autour du Sacré-Cœur de Jésus (Devillers 2018). De fait, c’est une chapelle entièrement consacrée aux morts de la guerre. Outre un parangon de soldat français traité en gisant, sous la fenêtre axiale, entouré par des statues de saint Louis et de Jeanne d’Arc, Clovis y est trois fois représenté : comme catéchumène accueilli par l’évêque de Reims (sur un haut-relief du mur gauche en entrant dans la chapelle), comme néophyte (sur le vitrail de son baptême, au-dessus du gisant11) et surtout comme roi sur un autre haut-relief (mur de droite).
- 12 Le modèle est celui de la statue du roi à Notre-Dame de Paris de Guillaume Coustou.
- 13 Cette association entre le Sacré-Cœur de Jésus et les armées combattantes n’a rien d’anodin. Durant (...)
10De même facture que celui qui lui fait face, ce haut-relief [ill. 9] représente un groupe de personnages tournés vers la figure du Sacré-Cœur de Jésus accompagné de la Vierge. À gauche, on reconnaît saint Louis et Louis XIII12 et à droite Clovis (habillé à l’antique) et Jeanne d’Arc ; au premier plan, implorant Jésus, tandis que la Vierge semble intercéder, une personnification de la ville de Saurat ; sur le fond de la scène, traité en très bas-relief, à gauche, la basilique du Sacré-Cœur et saint Michel, à droite la représentation probable de Notre-Dame-de-Reims. De part et d’autre sont disposées deux stèles qui récapitulent les morts de la paroisse placés sous la protection du Sacré-Cœur de Jésus représenté en médaillon sur leur tympan (Becker 1994)13. L’ensemble apparaît moins syncrétique que les exemples précédents même si discrètement sont présents quelques symboles ou images profanes : blasons aux couleurs tricolores, croix de guerre et de la Légion d’honneur, dédicace « Aux morts pour la Patrie ». Globalement, le programme iconographique y est plus conforme à l’idéologie catholique d’avant-guerre, lorsque s’opposent encore une monarchie qui se veut d’origine franque et une république aux ancêtres gaulois (Amalvi 1989).
9. Monument aux morts paroissial de Saurat (Ariège).
Associé aux stèles récapitulant les morts, une assemblée très catholique. De gauche à droite : Saint Louis, Louis XIII, Jésus (Sacré-Cœur), la Vierge intercédant pour la ville — à genou devant Jésus — Clovis et Jeanne d’Arc.
Cliché Br. Devillers, CCBYSA.
- 14 À Lafitte (82), la partie commémorative soutient une statue de Jeanne d’Arc, à Saint-Alban-Auriolle (...)
- 15 Voir le corpus mis en ligne par l’université de Lille : https://monumentsmorts.univ-lille.fr/
- 16 Il existe aussi un encadrement gothique associé au type Eugène Blanc.
- 17 Notre interprétation est donc différente de celle émise d’ordinaire, même par Christian Goudineau ( (...)
11Nonobstant cette présence attestée, mais rare de Clovis, existe-t-il un parangon du guerrier franc ? Nous croyons le reconnaître sur un type de monument paroissial relativement fréquent, produit en série et modulable en plusieurs modèles14. Deux modèles sont assez courants15, dus aux sculpteurs Étienne Camus et Eugène Blanc [ill. 10]. Les variantes sont nombreuses permettant de s’adapter aux commandes, aux particularités locales, de spécifier les hommages. Le point commun est un cadre architecturé accueillant la stèle proprement dite, dont la base est composée de deux drapeaux couchés et croisés avec, en position centrale, un casque Adrian et une croix de guerre. De part et d’autre, deux pilastres recevant un arc en plein cintre dont la voussure porte la dédicace de la paroisse ; l’entablement est classique16 et porte les millésimes 1914, 1918. L’iconographie est à peu près constante : anges au sommet de l’arc, Vierge à l’Enfant face au Christ en croix rayonnant sur le tympan, coq perché au sommet d’un mât séparant la stèle en deux colonnes (modèle Camus). Au registre inférieur, systématiquement, figure un soldat mourant regardant le Christ du tympan, accompagné d’un prêtre-soldat administrant l’Extrême Onction. Au pied des pilastres, debout sur des consoles, comme montant la garde, figurent deux personnages. L’un est assurément un fantassin français en tenue réglementaire de la fin de la Grande Guerre appuyé sur son fusil. L’autre diffère d’un modèle à l’autre. Celui d’Eugène Blanc, moustachu et doté d’une chevelure épaisse et bouclée, porte un casque à ailes et cimier. Son costume est antique : manteau retenu sur l’épaule, braies, tunique portée sous une cuirasse. Celui d’Étienne Camus est torse nu, moustachu et porte des tresses ; à sa taille est nouée une peau de bête retombant sur des braies. Son casque ne peut être confondu avec les types iconographiques gaulois ; il n’a ni ailes ni appendices latéraux et le cimier est plutôt discret. Remarquons encore que l’un comme l’autre s’appuient sur ce qui n’est ni un glaive ni une épée à antennes, mais une grande épée à deux mains digne d’un guerrier du bas Moyen Âge. Avec une telle arme, il n’est assurément pas gaulois ou armé à l’antique, il ne peut être qu’un Franc17. Même anachronique, cet attribut intègre le personnage dans une histoire de France médiévale c’est-à-dire royale et catholique, celle qui commence avec le baptême de Clovis. En outre, comme nous l’avons vu avec l’imagerie populaire et Clovis, l’ambivalence du costume autorise une identité franque. Enfin, on ne voit pas qu’un Gaulois, païen s’il en fut, puisse figurer ainsi dans les églises de France aux côtés de Jeanne d’Arc et saint Martin.
10. Deux modèles similaires de monuments aux morts produits en série (sculpteurs Camus, Blanc), déclinables en diverses versions selon les souhaits des paroisses.
Au pied de la stèle, comme montant la garde, deux guerriers. L’un est un soldat français en tenue réglementaire de la fin de la Grande Guerre, l’autre, souvent pris pour un Gaulois voire pour Vercingétorix, est un guerrier franc ; à gauche, paroisse de Feneu (49) ; à droite, paroisse de Turquant (49).
G. Bellan.
- 18 À l’instar d’une autre ambivalence, celle du coq plus républicain (depuis Louis-Philippe) que gaulo (...)
12Reste que les processus de copie, de renouvellement ou de création de ce genre d’images n’obéissent pas obligatoirement à des règles académiques, à des modèles labellisés réalisés par des illustrateurs agréés, en dépit des compliments convenus que les auteurs préfaciers des manuels scolaires ne manquent pas de faire à leur collaborateur dessinateur. Or l’image peut résulter de plusieurs facteurs qui ne s’excluent pas. Déjà, il y a l’ignorance, surtout concernant une période restant peu documentée : la reconstitution obligée amène à combler les vides en empruntant des référents à d’autres époques ou en illustrant un récit lui-même déjà romancé qui lui sert de légende. Au-delà, le type, une fois créé et adopté, devient immuable et traditionnel ; en dépit des erreurs révélées par un savoir de spécialiste, changer le type serait inconvenant. Mais cela n’exclut pas la négligence de l’illustrateur qui ne s’embarrasse pas de recherches documentaires fastidieuses. Enfin, dans le cas de cette imagerie des monuments paroissiaux, il n’est pas exclu que l’ambivalence Gaulois-Franc soit recherchée18, exemptée de chronologie ou de récit historique dument vérifiés, mais volontairement syncrétique, où les ancêtres de la nation, Vercingétorix et son peuple, s’assimileraient aux vainqueurs de Tolbiac, Clovis et ses Francs.