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Actualité

L’alimentation en eau de l’abbaye cistercienne de Maubuisson

The water supply to the Cistercian Abbey of Maubuisson
El suministro de agua de la abadía cisterciense de Maubuisson
Séverine Hurard
p. 80-81

Texte intégral

Site
Source de la Vacherie, Saint-Ouen-l’Aumône, Val-d’Oise
Date de fouille
16 mars – 15 avril 2005
Surface fouillée
5 772 m2
Équipe
Mikaël Michelland, Service départemental d’archéologie du Val-d’Oise (Sdavo), Topographie
Monique Wabont, Sdavo, Archives

1Entre le xiiie et le xviiie siècle, deux sources ont été captées pour alimenter en eau potable l’abbaye cistercienne de Maubuisson : la source de la Vacherie, située à 2 km en amont sur la rive droite de la Liesse, puis, à partir du xviie siècle, la source de Pierrelaye, située à 4 km en amont.

2Les adductions de la source de la Vacherie et son captage ont été fouillés de part et d’autre de l’ancienne digue médiévale qui, encore aujourd’hui, forme un talus supportant un chemin vicinal. Caniveaux de pierres maçonnés couverts de dalles ou canalisations de tuyaux de terre cuite, ce sont quatre adductions différentes qui ont été mises au jour. Elles correspondent justement à quatre campagnes de travaux, dont trois sont documentées par les sources historiques [ill. 1]

1. Vue générale des vestiges en amont de la digue médiévale depuis laquelle est pris le cliché

1. Vue générale des vestiges en amont de la digue médiévale depuis laquelle est pris le cliché

Le bassin du xvii-xviiie siècle se trouve dans l’emprise de l’étang médiéval asséché. Est essentiellement visible l’adduction de 1772.

S. Hurard, Inrap

3Une première adduction de tuyaux de terre cuite, déjà observée dans l’enceinte de l’abbaye, est mise en place dès 1236, date de la fondation du monastère. Elle est rapidement remplacée, vraisemblablement avant le milieu du xive siècle, par un caniveau maçonné, placé immédiatement en contrebas du premier réseau. Après un hiatus de plusieurs siècles, une nouvelle adduction de tuyaux de terre cuite en grès est construite. Elle vise à acheminer l’eau depuis la source de Pierrelaye, en se raccordant à celle de la Vacherie. Le système médiéval est alors partiellement récupéré. L’ancienne fontaine médiévale, qui matérialisait le captage, est détruite au profit d’un bassin monumental vers lequel convergent les deux sources captées. Le bassin est renforcé par un second parement en 1772, lors d’une dernière campagne d’adduction où le réseau de tuyaux de terre cuite est à son tour remplacé par un imposant caniveau maçonné dont la profondeur atteint 1,40 m. Contigu à la canalisation de terre cuite, le caniveau est composé de parements en calcaire, étanchéifiés au mortier de tuileaux et couverts de dalles jointoyées par un ciment hydraulique.

4Les travaux de réparation rapportés par les sources historiques se succèdent jusqu’en 1741. Puis le silence des textes laisse penser que l’aqueduc ne fonctionne plus. La faiblesse du débit et les contrepentes étaient déjà auparavant mises en cause par les fontainiers.

5Les phases successives d’abandon et de reprise des travaux aux époques médiévale et moderne témoignent de la difficulté à résoudre les problèmes que pose l’alimentation en eau de Maubuisson, dans le cadre d’un réseau hydrographique au relief peu marqué. Les mêmes causes ont entraîné les mêmes effets. À deux reprises, les caniveaux de pierre succèdent aux réseaux de terre cuite, moins sophistiqués, mais plus simples à entretenir, puisque ne nécessitant pas un niveau d’eau et un débit constants. L’entretien du système implique la présence de nombreux regards. Placés là où le réseau change d’orientation, ils provoquent une perte de charge qui favorise alors la dépose des sédiments en suspension dans l’eau. Le bassin moderne fonctionne, quant à lui, comme un réservoir surélevé, profond de 2,50 m, sans système de trop-plein. Ce dispositif permet de compenser les faibles rapports de pente et permet le franchissement de la digue en augmentant la pression et le débit de l’alimentation, accrue par une organisation en paliers successifs et non sous forme d’une pente continue. Les réseaux médiévaux et modernes franchissent le ru en aval de la digue, abrités par celle-ci, et courent jusqu’à l’abbaye sur la rive gauche de la Liesse [ill. 2].

2. Plan synthétique des adductions mises au jour

2. Plan synthétique des adductions mises au jour

La fontaine médiévale, point du captage, est détruite lors de la mise en place des réseaux modernes (xvii-xviiie siècle). Les canalisations franchissent la digue à son extrémité est, puis franchissent le ru protégées dans cette dernière. La digue devait avoir une capacité de retenue estimée entre 3 000 et 5 000 m3.

Plan M. Michelland et S. Hurard, Inrap

6Les pratiques d’endiguement et la construction d’ouvrages destinés au captage et à l’approvisionnement en eau de l’abbaye de Maubuisson ont modifié de manière durable, et ce, dès le xiiie siècle, le système hydrographique de la vallée de Liesse. Les choix opérés à l’époque médiévale en matière d’exploitation des ressources naturelles ont eu pour conséquence la création de zones humides artificielles, dont la gestion nous incombe aujourd’hui. La construction récente d’un bassin d’orage, en lieu et place de la friche hydraulique, ne semble d’ailleurs pas aller dans le sens d’une compréhension de la complexité des problèmes posés aux ingénieurs médiévaux et modernes. Elle montre aussi à quel point cet héritage mal reçu continue de peser sur notre gestion de l’environnement et du risque naturel.

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Bibliographie

Caspar J.-P., Martial E., Féray Ph., 2005, « Identification et reconstitution des traces de teillage des fibres végétales au Néolithique », Bulletin de la Société préhistorique française, tome 102, n° 4, p. 867-880.

Martial E., Praud I., Bostyn F., 2004, « Recherches récentes sur le Néolithique final dans le nord de la France », in Vander Linden M. et Salanova L. (dir.), Le Troisième Millénaire dans le nord de la France et en Belgique, Actes de la journée d’études SRBAP-SPF, 8 mars 2003, Lille, Mémoire de la Société Préhistorique Française XXXV, Anthropologica et Praehistorica, 115, p. 49-71, 2004.

Martial E., Medard F., 2007, « Acquisition et traitement des matières textiles d’origine végétale en préhistoire : l’exemple du lin », in Beugnier V., Crombe Ph. (éd), Plant Processing from a Prehistoric and Ethnographic Perspective/ Préhistoire et ethnographie du travail des plantes, BAR International Series 1718 : 67-82.

Martial E., 2008, « Exploitation des végétaux et artisanat textile au Néolithique final sur les sites de la vallée de la Deûle (Nord-Pas-de-Calais) », in Les Nouvelles de l’archéologie, n° 114, décembre 2008, p. 33-41.

Martial E., Praud I., avec la collaboration de Boulen M., Braguier S., Coubray S., Deschodt L., Fechner K., Maigrot Y., Sellami-Dietsch M.-F., sous-presse, « Un site palissadé du Néolithique final à Houplin-Ancoisne (Nord) », in Actes du 26e colloque Interrégional sur le Néolithique, 8-9 novembre 2003, Grand Duché de Luxembourg.

Praud I., Bernard V., Martial E., Palau R., 2007, « Un grand bâtiment du Néolithique final à Houplin-Ancoisne “Le Marais de Santes” (Nord, France) », in Des faits archéologiques aux fonctionnements socio-économiques, Actes du 27e colloque Interrégional sur le Néolithique, Neuchâtel (Suisse), 1 et 2 octobre 2005, Cahiers d’archéologie romande 108, p. 445-460.

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Table des illustrations

Titre 1. Vue générale des vestiges en amont de la digue médiévale depuis laquelle est pris le cliché
Légende Le bassin du xvii-xviiie siècle se trouve dans l’emprise de l’étang médiéval asséché. Est essentiellement visible l’adduction de 1772.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/36108/img-1.png
Fichier image/png, 1,2M
Titre 2. Plan synthétique des adductions mises au jour
Légende La fontaine médiévale, point du captage, est détruite lors de la mise en place des réseaux modernes (xvii-xviiie siècle). Les canalisations franchissent la digue à son extrémité est, puis franchissent le ru protégées dans cette dernière. La digue devait avoir une capacité de retenue estimée entre 3 000 et 5 000 m3.
URL http://journals.openedition.org/archeopages/docannexe/image/36108/img-2.png
Fichier image/png, 300k
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Pour citer cet article

Référence papier

Séverine Hurard, « L’alimentation en eau de l’abbaye cistercienne de Maubuisson », Archéopages, 24 | 2009, 80-81.

Référence électronique

Séverine Hurard, « L’alimentation en eau de l’abbaye cistercienne de Maubuisson », Archéopages [En ligne], 24 | 2009, mis en ligne le 01 juillet 2026, consulté le 13 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/archeopages/36108 ; DOI : https://doi.org/10.4000/16o4g

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Auteur

Séverine Hurard

Inrap, responsable d’opération

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

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