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Une étude de la culture architecturale des maisons de qiaopi à Singapour dans la perspective des réseaux sociaux des immigrants chinois

A study of the architectural culture of qiaopi houses in Singapore from the perspective of the social networks of Chinese immigrants
Yi Xun et Yuechuan Li
p. 125-149

Résumés

Foundation: General projects of social science planning in Guangdong Province (GD20CYS15), The Ministry of education of Humanities and Social Science project (22YJC760112)

Le terme qiaopi (侨批) renvoie aux échanges commerciaux, financiers et épistolaires entre les Chinois d’outre-mer et la Chine pendant la période contemporaine, et plus exactement du début du XIXe au milieu du XXe siècle. Cette activité inédite et spécifique s’est formée dans le cadre de relations commerciales, autour d’un réseau logistique d’agences, dites « maisons de qiaopi », principalement établies dans le sud de la Chine et en Asie du Sud-Est. Ce réseau s’est développé grâce à un socle commun fondé sur l’origine géographique, l’identité et la culture chinoises. Phénomène transnational, capable de dépasser les différences ethniques à l’intérieur même de la diaspora, ces maisons sont aussi réputées pour leur architecture typique. Singapour, point de rencontre stratégique entre l’Est et l’Ouest, située au croisement des principales routes maritimes, abritait naturellement de nombreux bâtiments où se trouvaient des maisons de qiaopi et constitue à ce titre un choix privilégié pour faire l’objet d’une étude de cas. Cet article explore le rôle spatial nodal des maisons de qiaopi à Singapour dans le réseau transnational de qiaopi et le développement de la culture ethnique chinoise en dehors du pays, tel qu’il est exprimé dans l’architecture, selon trois dimensions, macro, méso et micro.

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Texte intégral

Introduction

  • 1 柯木林主编,新加坡华人通史, 新加坡, 新加坡宗乡会馆联合总会, 2015, p. 55. Chong Guan Kwa & Bak Lim Kua, A General History of th (...)
  • 2 Qiaopi (侨批), yinxin (银信) ou minxin (民信) sont les noms donnés aux lettres écrites par les immigrants (...)

1Depuis l’Antiquité, de nombreux échanges culturels et commerciaux ont eu lieu entre la Chine et l’Asie du Sud-Est, au sein de l’espace correspondant à la célèbre Route de la soie maritime. Au cours du XIXe siècle, les migrations en provenance des provinces chinoises du Fujian et du Guangdong vers l’Asie du Sud-Est ont atteint leur apogée en raison d’une forte croissance démographique intérieure, entraînant une compression de l’espace de survie, auxquelles sont venues s’ajouter les pressions exercées par les puissances coloniales occidentales. De par sa situation géographique et stratégique, Singapour était l’une des destinations privilégiées de cette émigration. Après son établissement comme port franc par les Britanniques en 1819, Singapour a rapidement prospéré jusqu’à devenir en peu de temps un port commercial important en Asie du Sud-Est, de telle sorte qu’un grand nombre de ressortissants du sud de la Chine, désireux d’y faire fortune, décidèrent de s’y installer. D’après les données statistiques de l’époque, entre 1824 et 1901, la population chinoise de Singapour est passée de 3 317 à 164 041 personnes, dont la grande majorité provenaient de Chine1. Singapour ne fut cependant pas le seul pays d’Asie du Sud-Est à connaître ce phénomène migratoire entre le XIXe et le milieu du XXe siècle, puisque des pays comme la Thaïlande, le Vietnam, le Cambodge, la Malaisie, les Philippines et l’Indonésie ont eux aussi accueilli un nombre conséquent d’immigrants chinois. Même si ces migrants chinois vivaient à l’étranger, ils conservaient tout naturellement des liens économiques et affectifs avec leurs familles restées au pays, matérialisés par des lettres et des transferts de fonds. Cette forme particulière de correspondance comprenant à la fois des lettres et des envois de fonds est également connue sous le nom de « qiaopi » (侨批)2. Au fil des années, le volume de ces échanges commerciaux est devenu si important qu’il a donné naissance à un secteur économique distinct, représenté par les « Maisons de qiaopi » (侨批馆), également connues sous le nom de « Bureaux de yinxin » (银信馆).

2Architecturalement, les maisons de qiaopi ont pu prendre diverses formes, telles que des bâtiments indépendants, des shophouses à arcades le long des rues ; des habitations rurales ont aussi pu être utilisées comme consulats de commerce pour les ressortissants chinois à l’étranger. Singapour se trouvant au carrefour des océans Indien et Pacifique, c’est un emplacement géostratégique précieux et une plaque tournante par laquelle vont transiter les marchandises expédiées par les maisons de qiaopi implantées dans les espaces limitrophes, notamment ceux de la Malaisie péninsulaire et de l’archipel indonésien. Singapour occupait donc une place centrale dans le réseau économique des transferts de fonds entre l’Asie du Sud-Est et la Chine. Cette complexité du tissu économique se reflète dans le fait que l’architecture des maisons de qiaopi à Singapour a été influencée par les aspects culturels et technologiques de différents pays et différentes régions, et qu’elle a été à la fois unifiée et diverse, caractérisée par de multiples réseaux basés sur des relations socio-économiques indigènes telles que la région d’origine, les relations au sein d’un même village et les corps de métier. En tant que support matériel du réseau de qiaopi, l’étude de l’architecture des maisons de qiaopi de Singapour offre une nouvelle perspective pour la connaissance des qiaopi.

3Le principal objectif des maisons de qiaopi étant de mener des activités économiques, il existe relativement peu de recherches sur leur architecture. Les études se sont principalement concentrées sur les domaines économiques et sociologiques, en particulier d’un point de vue socio-économique. L’étude des activités des qiaopi à travers les sciences humaines et sociales ne s’est que rarement aventurée à décrire précisément l’environnement physique (géographique, urbain, architectural) dans lequel le réseau transnational des qiaopi évoluait. Cette partie de la recherche académique s’est donc souvent limitée à des discussions abstraites. Cependant, une analyse basée sur une perspective urbanistique et architecturale permet d’illustrer un autre aspect de la question et de la rendre plus vivante. D’un autre côté, les études sociologiques et anthropologiques offrent en même temps une perspective socio-spatiale qui permet de pallier l’absence de typologie des maisons de qiaopi dans les études architecturales, qui ne les considèrent généralement pas comme une catégorie distincte des autres types de bâtiments. Sur cette base, cet article explorera les phénomènes urbains et architecturaux sous l’influence du réseau des qiaopi, en adoptant une perspective allant du macro au micro, en utilisant Singapour comme exemple. L’objectif est de combiner ces deux types de perspectives de recherche.

Perspective macro : mise en réseau dans les espaces sociaux transnationaux

L’élément spatial du réseau transnational des qiaopi

4Dans les cités portuaires, en raison des longues distances à parcourir et du temps passé en mer, c’est au sein des auberges où séjournaient les porteurs de lettres que les premières activités liées aux qiaopi ont vu le jour. Ainsi dans des villes comme Xiamen, Shantou, Hong Kong et Singapour où les immigrants circulaient, l’industrie s’est progressivement spécialisée en intégrant les auberges dans les nœuds de ces réseaux de mobilité humaine, créant ainsi les « Maisons de qiaopi ».

5Dans les vastes zones d’expatriation des mers du Sud, les épiceries étaient les lieux privilégiés pour accueillir l’industrie de qiaopi des premiers expatriés :

  • 3 吴静玲, 侨汇在贸易网络中的运作以新加坡商号为中心, 潮学研究, 01, 2020, pp. 91-107, p. 93. Wu Jingling, « Le fonctionn (...)

Les épiceries ouvertes par les premiers immigrants de Chaoshan ne vendaient pas exclusivement des spécialités de leur région d’origine, mais en raison de leur forte fréquentation, celles-ci revêtaient une importance particulière pour les migrants de Chaoshan qui pouvaient y échanger leurs ressentis et partager les dernières nouvelles de leur ville natale ; il s’agissait donc d’un « espace public » important dans la société Chaozhou (la plus grande ville de la région de Chaoshan) primitive3.

  • 4 新加坡国家档案馆. 口述历史档案, 华人方言群访谈 : 章文林. 编号000303/06卷 3:29. Archives nationales de Singapour. Archives d’hi (...)

6En raison de cette nature communautaire, les épiceries sont logiquement devenues des lieux dans lesquels les « porteurs de lettres maritimes » (水客 shui ke) pouvaient recueillir les envois de fonds, les lettres et les marchandises des expatriés. Les épiceries se caractérisaient également par leur large diffusion, étant présentes partout, parfois même dans les campagnes reculées, et leur fonction a donc perduré même après l’essor des maisons de qiaopi. À Singapour, les maisons de qiaopi chinoises étaient principalement situées au cœur de la ville, le long de la rivière Singapour, et les travailleurs chinois vivant dans les kampong de Hougang et de Punggol devaient consacrer plus d’une demi-journée de voyage aller-retour vers le centre-ville pour y déposer leurs lettres. Il en coûtait plus d’un dollar pour envoyer une subvention de 10 dollars à leur famille, ce qui représentait une somme considérable pour ces ouvriers migrants qui avaient travaillé dur pour l’économiser4. Dans les communautés chinoises des mers du Sud, les maisons de qiaopi urbaines constituent le tronc central du réseau, et les épiceries cantonales en sont les branches, formant un ensemble structurel distinct et hiérarchisé au sein du réseau des qiaopi.

  • 5 厦门文史资料, 第5辑, 厦门市政协文史资料委员会, 1982, pp. 28-29. Archives culturelles et historiques de Xiamen, Volume 5 (...)
  • 6 许云樵, 星马通鉴, 新加坡, 星加坡世界书局有限公司, 1959, p. 624, Xu Yunjiao, Chronique des livres d’histoire de Singapour(...)

7En outre, un grand nombre de « comptoirs » opèrent également dans le milieu du qiaopi et représentent une partie importante de son réseau transnational. Ces établissements se confondent avec les épiceries, dont ils diffèrent toutefois quelque peu. Dans les villes natales des migrants chinois, le magasin moyen n’a pas la nature d’un « espace public » comme c’est le cas des épiceries implantées à l’étranger. En fait, il n’existe aucune preuve concrète que les maisons de qiaopi de Chine intérieure se soient développées à partir d’épiceries ou de tout autre type de magasin, tandis qu’il existe des preuves documentées selon lesquelles les premières maisons de qiaopi à Xiamen, tels que les maisons Xiangji, Jiji, Chunfa, Fumianji, Guangxing et Fengshun, étaient impliquées dans les activités commerciales des épiceries du Sud. Elles étaient tout à la fois engagées dans le commerce de produits d’épicerie vers le Sud et dans l’activité de qiaopi5. Il est davantage probable que certains magasins, ayant constaté la rentabilité de l’activité de qiaopi, s’y soient engagés en parallèle, contrairement à la théorie qui voudrait que les magasins d’épicerie pourraient être considérés comme les prédécesseurs des maisons de qiaopi sur le pourtour de la mer de Chine méridionale6. D’une manière générale, le fonctionnement à temps partiel des magasins est le résultat de la pénétration de l’organisation postale de qiaopi dans d’autres espaces commerciaux pour donner suite à l’émergence de maisons de qiaopi spécialisés.

  • 7 Harris R. & Lane J., « Overseas Chinese Remittance Firms, the Limits of State Sovereignty, and Tran (...)

8Le réseau de qiaopi, en tant qu’espace social composite, correspond donc à une diversité de lieux, comprenant les maisons de qiaopi spécialisées, les auberges, les épiceries, et les maisons de commerce à temps partiel, et occupant selon les périodes une importance variable en son sein. Ces bâtiments joueront également un rôle différent selon qu’ils se trouvent en Chine ou dans les pays d’accueil de la diaspora, et qu’ils soient situés en zone urbaine, dans la périphérie des villes, ou à la campagne. Ils forment néanmoins un ensemble fonctionnel, entrelacé et interdépendant7, non seulement au niveau des réseaux commerciaux proprement dits, mais aussi dans la réalité physique de l’environnement.

Organisation et sélection architecturale du réseau spatial transnational des qiaopi

Fig. 1 – Organisation du réseau de qiaopi et choix architecturaux, l’exemple de la communauté de Min (Fujian). Schéma des auteurs.

Fig. 1 – Organisation du réseau de qiaopi et choix architecturaux, l’exemple de la communauté de Min (Fujian). Schéma des auteurs.

9À l’intérieur de ce réseau transnational, les maisons de qiaopi de Singapour et celles d’autres communautés d’outre-mer ont principalement un rôle de collecte et de transfert, tandis que les maisons de qiaopi des villes portuaires et continentales de Chine vont relayer les marchandises et verser les sommes d’argent aux destinataires. Ainsi, de nombreuses maisons de qiaopi situées dans l’espace rural y sont spécifiquement responsables des versements monétaires. La province du Fujian adopte une division claire et hiérarchisée de ses maisons de qiaopi, qui comprennent une branche d’outre-mer, une maison de distribution centrale (toupan ju 头盘局), des maisons de distribution secondaires (erpan ju 二盘局) et enfin des maisons de distribution tertiaires (sanpan ju 三盘局). La maison de distribution centrale (toupan ju) est elle-même l’une des branches principales du réseau des maisons de qiaopi, et coordonne directement les opérations des qiaopi d’outre-mer. La maison de distribution secondaire (erpan ju) fait appliquer les directives de la toupan ju à l’échelle régionale. Ces deux types d’établissements gèrent principalement l’acheminement logistique des qiaopi. La maison de distribution tertiaire (sanpan ju) s’occupe quant à elle de la remise en main propre des qiaopi à leurs destinataires ; elle est également connue sous le nom de maison de versement (jiefu ju 解付局) (Fig. 1). Dans la région de Chaoshan, une distinction est opérée entre les maisons de qiaopi selon qu’elles sont de type jia ou yi. Les maisons de type jia cumulent les fonctions des toupan ju et des erpan ju fujianaises, tandis que les maisons de type yi correspondent aux sanpan ju. Il y a bien entendu une forte corrélation entre les différents types de maison et leur situation géographique. Ainsi, des villes portuaires telles que Xiamen et Shantou abritaient-elles en majorité des maisons centrales et secondaires, autrement dit des maisons de type jia, toupan ju et erpan ju (dans certaines grandes villes). Les erpan ju et sanpan ju abondent normalement dans les villes intérieures comme Zhangzhou, Quanzhou, Chaozhou, Jieyang, etc. Enfin, dans les villages, on trouve presque exclusivement des sanpan ju et des maisons de type yi (yizhong ju 乙种局).

10Il n’est guère aisé d’attribuer une typologie architecturale aux maisons de qiaopi car les constructions varient grandement en fonction de leur localisation. Par exemple, dans les villes, elles se présentaient principalement sous la forme de shophouses, tandis que dans les villages elles se fondaient dans des maisons traditionnelles. Sur le continent, les maisons de qiaopi pouvaient alors aussi bien prendre la forme d’échoppes traditionnelles ou de bâtisses coloniales récentes à l’architecture moderne ; la plupart d’entre elles étaient construites de manière relativement homogène, la forme de la shophouse étant couramment adoptée. Dans les pays de la péninsule indochinoise, les shophouses sont souvent bâties sans arcades et sans galerie intégrée, tandis que dans la péninsule malaise, les shophouses sont pourvues d’arcades, c’est-à-dire qu’elles adoptent la forme du qilou (骑楼, arcaded buildings).

Fig. 2 – Réseau commercial des qiaopi du premier demi-siècle du XXe siècle. Carte des auteurs d’après 张芝联, 刘学荣, 世界史地, 北京,中国地图出版社, 2002. Zhilian Zhang, Xuerong Liu, Atlas historique mondial, Beijing, Éditions de Cartes de Chine, 2002.

Fig. 2 – Réseau commercial des qiaopi du premier demi-siècle du XXe siècle. Carte des auteurs d’après 张芝联, 刘学荣, 世界历史地图集, 北京,中国地图出版社, 2002. Zhilian Zhang, Xuerong Liu, Atlas historique mondial, Beijing, Éditions de Cartes de Chine, 2002.

11Il existe également une hiérarchie dans le réseau socio-spatial, certaines villes servant de point de transit pour rediriger les lettres des zones environnantes en raison de leur emplacement stratégique. Singapour en est un exemple typique, de par sa situation à l’extrémité sud du détroit de Malacca, qui relie l’océan Indien, la mer de Chine méridionale et l’océan Pacifique. Importante plaque tournante pour les transferts de fonds en provenance d’Asie du Sud-Est, Singapour était aussi le plus grand centre de transferts de fonds de la péninsule malaise. Comme on peut le voir sur la figure 2, les transferts de fonds collectés en Malaisie et en Indonésie empruntaient fréquemment Singapour comme point de transit. On peut citer comme exemple Malacca, Ipoh, Johor Bahru, Teluk Intan et Alor Setar en Malaisie, Zamboanga aux Philippines et Surabaya, Medan, Bandung, Pontianak, Palembang et Cirebon en Indonésie. Kuala Lumpur, Penang et Batavia étaient également des centres de distribution secondaires.

Développement d’un espace transnational propre au réseau commercial des qiaopi

12En tant qu’éléments d’un même espace social intégré et déployé en réseau, les maisons de qiaopi singapouriennes, les pays des mers du Sud et la diaspora chinoise outre-mer vont être liées par un destin commun et suivre les mêmes tendances. L’examen de l’essor et du déclin de l’industrie du qiaopi à Singapour peut donc être transposé aux autres éléments du réseau et permet d’obtenir une image générale de l’histoire des activités du qiaopi dans cet espace transnational. L’immense potentiel géostratégique de Singapour s’est révélé à l’aune des progrès technologiques, dans le secteur des transports et communications, à la fin du XIXe siècle, renforçant son emprise commerciale. C’est donc dans ce contexte de développement effréné que les maisons de qiaopi ont vu le jour. En analysant le développement historique des maisons de qiaopi en fonction des événements politiques et de l’évolution du nombre de maisons de qiaopi, nous pouvons les résumer en plusieurs étapes.

  • 8 李小燕, 中国官方行局经营侨汇业务之研究 (1937-1949), 18.JAN.2011. Li Xiaoyan, A Study of Overseas Chinese Remittance t (...)

13Période de fondation, du milieu à la fin du XIXe siècle. Les premières maisons de qiaopi à Singapour, apparaissent dans les dernières décennies du XIXe siècle, la toute première explicitement documentée, la Tianyi yinxin, ayant été fondée en 18808. Ces maisons de qiaopi sont arrivées après celles de la Chine intérieure et de la Thaïlande en termes de création, mais par la suite, leur nombre à Singapour a rapidement augmenté, atteignant 49 en 1887. Cette croissance rapide reflète le renforcement de l’importance géostratégique de Singapour à la fin du XIXe siècle

14Période de développement, du début du XXe siècle à 1941. Au cours de cette période, l’activité des maisons de qiaopi à Singapour a rapidement pris de l’ampleur, puisqu’on en dénombre 109 en 1940. C’est entre 1937 et 1941 que les envois de fonds ont augmenté de la manière la plus significative. En effet, les Chinois d’outre-mer ont activement soutenu leur terre d’origine contre l’invasion japonaise, ce qui a considérablement accru les transferts de fonds de la diaspora, stimulant ainsi le développement des maisons de qiaopi.

15Les années de stagnation, de 1942 à 1945. Avec la chute de la Malaya Britannique, c’est l’ensemble du commerce qui se retrouve paralysé, entraînant temporairement la fermeture de nombreuses maisons de qiaopi.

16L’âge d’or, de 1945 à 1948. Les Chinois d’outre-mer se pressent aux portes des maisons de qiaopi afin d’envoyer des fonds à leurs familles restées en Chine. Dans le même temps, l’émission inconsidérée de billets de banque par le gouvernement du Kuomintang y provoque une hyperinflation et la spéculation ne tarde pas à se répandre dans le commerce de qiaopi. Ces facteurs conduisent à une explosion du nombre de maisons de qiaopi à Singapour : elles sont près de 200 au cours de cette période dorée, pendant laquelle l’architecture des maisons va le plus évoluer.

17Période de déclin et de fin. Après 1949 et la fondation de la République populaire de Chine, le secteur bancaire chinois est réorganisé et les petites entreprises de qiaopi perdent petit à petit leur compétitivité, puis avec l’indépendance de la Malaisie et de Singapour, le terreau national sur lequel s’appuyaient les activités des maisons de qiaopi, disparaît. Elles déclinent progressivement pour entrer dans l’histoire.

18La combinaison de l’épistolaire et du financier est une spécificité importante du commerce pratiqué par les maisons de qiaopi. Alors que les transferts de fonds pouvaient désormais s’effectuer par télégraphe, les lettres mettaient encore sept à dix jours pour atteindre le continent à bord des navires à vapeur. Les praticiens ont profité de ce décalage pour entreprendre des investissements à court terme, qui sont devenus la principale source de revenu de qiaopi. Cette tentation de se tourner davantage vers la finance allait rendre les activités de qiaopi plus vulnérables aux événements historiques et aux décisions politiques. Durant les périodes tumultueuses, les maisons de qiaopi ont cherché à survivre en s’adaptant aux systèmes postaux et financiers propres à chaque pays et puissance coloniale, et en renforçant les liens communautaires entre immigrants d’une même région natale. C’est grâce à cette entraide et à cette adaptabilité qu’elles ont pu dominer le secteur des transferts de fonds des Chinois d’outre-mer pendant un siècle.

Perspective méso : segmentation ethnique dans les espaces du réseau de qiaopi de Singapour

Répartition des communautés chinoises dans l’espace urbain du Singapour moderne

  • 9 Yamashita, K., « The Residential Segregation of Chinese Dialect Groups in Singapore: with Focus on (...)

19L’appartenance ethnique des Chinois dans le Singapour moderne revêt deux dimensions. La première correspond à leurs rapports sociaux avec les autres groupes ethniques tels que les Européens, les Malais et les Indiens, qui s’est manifestée par la formation de zones résidentielles spécifiques dans l’espace urbain. En 1822, le gouvernement colonial britannique a introduit un plan de développement urbain. Il prévoyait que les Européens vivent dans la meilleure partie de la ville, autour de Mei Chi Road, les Chinois dans la zone au sud-ouest de la rivière Singapour, et les Indiens sur la rive ouest du cours inférieur de la rivière Singapour, formant ainsi le plan de base de la ville (Fig. 3). La seconde dimension englobe les relations au sein de la diaspora chinoise9.

20Le gouvernement colonial britannique a donc divisé les communautés chinoises en fonction des groupes d’immigrants usant d’un même dialecte, entérinant les zones où vivaient les communautés du Fujian, du Guangfu (une région située aux alentours de Guangzhou) et de Chaozhou : les Fujianais dans la zone de Telok Ayer, les Chinois de Chaozhou sur les rives supérieures de la rivière Singapour, et ceux de Guangfu à Niu Che Shui. Cette première zone de peuplement chinois était communément appelée Dapo. Au fur et à mesure que la ville s’agrandissait pour accueillir les nouveaux arrivants, les Hainanais, les Guangxiais et les Fujianais du nord de la province ont pris position sur la zone nord de la rivière Singapour, initialement prévue pour absorber le peuplement européen, et communément appelée Xiaopo (Fig. 3).

Fig. 3 – Schéma des zones de Dapo (rouge) et Xiaopo (vert). H.F. Pearson, “Jackson’s plan of Singapore”, Journal of the Malaysian Branch of the Royal Asiatic Society, Vol. 42, No. 1 (215), Singapore 150th Anniversary Commemorative Issue (July, 1969), pp. 161-165, p. 162. Orientation : nord à droite.

Fig. 3 – Schéma des zones de Dapo (rouge) et Xiaopo (vert). H.F. Pearson, “Jackson’s plan of Singapore”, Journal of the Malaysian Branch of the Royal Asiatic Society, Vol. 42, No. 1 (215), Singapore 150th Anniversary Commemorative Issue (July, 1969), pp. 161-165, p. 162. Orientation : nord à droite.

Caractéristiques de la répartition des maisons de qiaopi, zonage et regroupement en fonction des différences ethniques

21Bien qu’un grand nombre de magasins participent localement aux activités liées aux qiaopi, ce sont les maisons de qiaopi officiellement enregistrées qui constituent le pilier du commerce. La figure 4 présente une répartition des maisons de qiaopi par groupe ethnique à Singapour en 1932, 1947 et 1959, et recense 62 magasins en 1932 pendant la période d’avant-guerre, 128 en 1947 au plus fort de la période d’après-guerre et 82 en 1959 lorsque le métier des maisons de qiaopi a entamé son déclin. La figure contient également un modèle de zonage, avec des regroupements de magasins établis en fonction des groupes ethniques présents, car ils répondent aux besoins de leurs propres groupes :

  • 10 Savage, V. R., « Seminar on Southeast Asian Traditional Architecture », presented in Bangkok, Thail (...)

22La régionalisation des ethnies a conduit à une spécialisation des activités économiques des différents commerces, qui ne s’est pas seulement limitée à l’inter-ethnie, mais s’est étendue aux différents groupes dialectaux au sein d’une même ethnie10.

Fig. 4 – Carte évolutive des maisons de qiaopi à Singapour, 1932-1959. Dessin des auteurs et https://www.openstreetmap.org/​, Consulté le 15 septembre 2023.

Fig. 4 – Carte évolutive des maisons de qiaopi à Singapour, 1932-1959. Dessin des auteurs et https://www.openstreetmap.org/​, Consulté le 15 septembre 2023.

23Les maisons de qiaopi sont organisées selon des liens claniques d’une part, et des liens commerciaux d’autre part, ce qui donne lieu à un regroupement de compagnons de métier dans chaque zone plutôt qu’un éclatement géographique. Pour 1947, par exemple, la carte thermique du SIG fait apparaître, à Dapo comme à Xiaopo, trois zones bien distinctes dans lesquelles vont se concentrer les maisons de qiaopi, correspondant aux communautés Min (闽, abréviation du Fujian), Chao (潮, pour Chaoshan) et Qiong (琼 autre nom de Hainan) (Fig. 5).

Fig. 5 – Carte thermique de la concentration des maisons de qiaopi par communauté. Dessin des auteurs et https://www.openstreetmap.org/​, Consulté le 15 septembre 2023.

Fig. 5 – Carte thermique de la concentration des maisons de qiaopi par communauté. Dessin des auteurs et https://www.openstreetmap.org/​, Consulté le 15 septembre 2023.

24Plus exactement, la plupart des maisons de qiaopi de la communauté Min sont situées dans les quartiers bordant la rue de Yayi (Telok Ayer St.), la rue du Xiamen (Amoy Street), et la rue du Fujian (Upper Hokkien St.) dans Dapo, qui était également le district des premiers immigrants du Fujian, principalement des marchands venus des provinces de Quanzhou et de Zhangzhou. En 1887,

on y dénombrait 12 maisons de qiaopi affiliées à la communauté Min. En 1932, leur nombre passe à 16, et on en trouve désormais six dans le district de Xiaopo, le long de l’avenue du Xiaopo (North Bridge Rd.) et de la rue de Meichi (Beach Rd.).

25Puis en 1947, alors que le dynamisme des maisons de qiaopi bat son plein, on recense 22 maisons de la communauté Min à Dapo et dix à Xiaopo. En suivant un schéma similaire aux maisons Min, celles de la communauté Chaoshan ont commencé par s’établir dans le quartier de Dapo, la plupart se trouvant sur la rive sud de la rivière Singapour (notamment sur Circular Rd., New Bridge Rd. et Tew Chew St.). En 1887, on comptait 34 maisons de qiaopi de Chaoshan à Dapo, puis leur nombre passe à 50 au cours des années 1920 et 1930. Lorsque la guerre éclate, avec l’interruption des lignes logistiques, la communauté Chaoshan ne conserve que 14 maisons de qiaopi (1940). Les affaires reprendront toutefois progressivement et on en compte 45 au lendemain de la guerre.

  • 11 En 1858, la dynastie Qing a signé le Traité de Tianjin avec la Grande-Bretagne et la France. En plu (...)

26Les immigrants de Hainan sont arrivés à Singapour plus tard que ceux de Min et Chaoshan, à partir du milieu du XIXe siècle11, et se sont installés dans une zone qui correspondait alors à la périphérie de Xiaopo, avant d’y être intégrée. On y trouvait trois rues principales, à savoir la rue de Hainan I (une section de Middle Rd.), la rue de Hainan II (Purvis St.) et la rue de Hainan III (Seah Rd.). Les maisons de qiaopi étaient surtout concentrées autour de Purvis St. Il est difficile de déterminer précisément la première zone d’implantation des maisons de qiaopi de la communauté Qiong (Hainan). On en comptait 29 en 1932 et 40 en 1940, puis les deux tiers fermeront pendant la Seconde Guerre mondiale. Leur nombre remonte à 34 en 1947. La courte Purvis St., longue de 180 mètres, se caractérise par la plus forte concentration avec 14 maisons de qiaopi, telles que Nan Fang, Nan Tong Li, Si Bao Wen, San Sheng, Fong Sheng, Fortune, Hu Ji, Chang An, Nan Xing Chang et Tai Nan Long, etc. Une densité élevée rarement observée à Singapour, d’où le nom d’Exchange Street, qui correspond à l’une des trois rues de la communauté hainanaise, reflétant l’importance du secteur des qiaopi dans la vie quotidienne et économique des migrants.

27Les bâtiments, le long de la rue, sont développés de manière uniforme, avec des façades de style baroque chinois. Le rez-de-chaussée présente une arcade avec des colonnes corinthiennes, sur lesquelles sont fréquemment disposés des motifs décoratifs traditionnels chinois tels que des vases, des oiseaux et des fleurs. Au centre se trouvent des fenêtres en arc à jalousies. La partie des bâtiments donnant sur rue est dédiée à les espaces commerciaux de magasins, tandis que la zone arrière et les étages supérieurs sont occupés par des espaces résidentiels. Plus à l’arrière se trouvent les espaces de service tels que les cuisines et les toilettes. Des escaliers sont installés toutes les cinq ou huit unités de magasins, permettant aux habitants d’accéder directement aux espaces résidentiels des étages supérieurs sans passer par les espaces commerciaux, ce qui montre une conception de zonage mixte plutôt que des unités commerciales et résidentielles intégrées. Cela suggère que la fonction économique de cette rue tend vers une plus grande indépendance, avec une exploitation commerciale des terrains plus orientée vers le marché par rapport au XIXe siècle. (Fig. 6).

Fig. 6 – Rue Hainan II (Purvis St.). Dessins des auteurs.

Fig. 6 – Rue Hainan II (Purvis St.). Dessins des auteurs.

28Par comparaison avec les communautés Min, Chaoshan et Qiong, le groupe de migrants en provenance de Guangfu possédait moins de maisons de qiaopi. Cela s’explique par le fait que cette communauté disposait déjà d’un secteur bancaire développé dans sa région natale, avec lequel les maisons de qiaopi ont tenté de rivaliser, en vain :

  • 12 许云樵, 星马通鉴, 新加坡, 星加坡世界书局有限公司, 1959. Xu Yunjiao, Chronique des livres d’histoire de Singapour, Singap (...)

Comme les succursales et les bureaux de la banque du Guangzhou étaient présents dans tous les comtés et toutes les villes du Guangdong, la transmission des envois de fonds des Chinois d’outre-mer était rapide. Par conséquent, les maisons de qiaopi des deux ethnies ont eu des difficultés à se développer et n’ont donc pas occupé une position importante dans le secteur postal local12.

29Ainsi, bien que Niu Che Shui (Chinatown) soit le quartier historique des migrants originaires du Guangfu, les rares maisons de qiaopi qui s’y trouvent appartenaient pour la plupart à la communauté Min.

Perspective micro : extension de l’espace social de la ville natale

L’espace social « privé » du réseau de qiaopi dans la perception individuelle

  • 13 戴一峰.网络化企业与嵌入性:近代侨批局的制度建构 (1850s-1940s), 中国社会经济史研究, 2003, no.1, pp. 70-78. Dai Yifeng. Entreprises e (...)
  • 14 班国瑞, 刘宏. 侨批贸易及其在近代中国与海外华人社会中的作用——对"跨国资本主义"的另一 种阐释. 南洋问题研究, n°177, (01), 2019, pp. 58-72. Benton G. (...)

30La plupart des immigrants n’ont pas conscience de faire partie d’un vaste réseau transnational, et en général, n’identifient qu’une partie locale de ce réseau. L’appartenance aux communautés Min, Chao et Qiong n’est qu’une classification rudimentaire du réseau de qiaopi, et les maisons de qiaopi ont une clientèle qui correspond à un espace géographique restreint et clairement défini, souvent à une échelle plus petite que la simple origine provinciale (comté, ville, village, etc.)13. Cela implique généralement un certain degré de familiarité dans la relation entre les propriétaires des maisons et leurs clients. Ainsi, étant donné que leur activité était limitée à un groupe spécifique de personnes, les maisons de qiaopi n’étaient généralement pas en mesure d’adopter une stratégie commerciale à grande échelle. La plupart des grandes maisons de qiaopi pouvaient se séparer en plusieurs branches, puis se développer à nouveau en fonction des circonstances. Les maisons plus petites et plus traditionnelles formaient un réseau dense de magasins qui se maintenait par les liens du sang, du lieu et du dialecte.14 Les migrants chinois prenaient l’habitude d’expédier leurs lettres par mandat postal en passant par une maison de qiaopi dont le propriétaire était originaire de la même ville natale et du même clan, et avaient tendance à lui rester fidèle. Zhang Gongliang, directeur de la Bank of China à Quanzhou dans la province de Fujian en Chine dans les années 1930, constatait que :

  • 15 Cité dans 李良溪, 泉州侨批业史料, 厦门, 厦门大学出版社, 1994. Li Liangxi, Histoire du Commerce des qiaopi des Chinois (...)

Par exemple, les maisons de qiaopi gérées par des natifs de Jinjiang s’occupent majoritairement des migrants de Jinjiang, et les familles de ces migrants réceptionnent chez eux les fonds en s’adressant à des maisons tenues par d’autres autochtones. Cela est en partie dû à leur lien géographique et à leur connaissance du propriétaire de la maison, ce qui a entraîné l’existence de nombreuses maisons de qiaopi dans toute la mer de Chine méridionale.15

31Ces éléments expliquent l’agrégation de plus d’une douzaine de maisons de qiaopi de la communauté de Qiong (Hainan), dans la rue de Hainan II, pourtant longue de moins de 200 mètres. Contrairement au regroupement classique des industries, les maisons de qiaopi fournissaient un service personnalisé, capable de s’adapter à chaque Chinois. Lorsque les clients étaient analphabètes, les maisons de qiaopi rédigaient les lettres en leur nom. Il leur arrivait même d’avancer les sommes d’argent si l’expéditeur n’avait pas les moyens de tout régler :

  • 16 李志贤, 独领风骚:李伟南及其侨批业经营初探, 侨批文化, no 1, 2018, p. 14. Li Zhixian [Lee Chee Hiang], « The Leading Pioneer (...)

L’avantage concurrentiel des maisons de minxin (民信) par rapport à la poste et aux banques était qu’elles pouvaient fournir un service personnalisé de transfert de fonds jusqu’au domicile, comprenant la rédaction de lettres et l’avance de fonds en leur nom16.

Fig. 7 – Élévation principale de la maison de qiaopi de Heyuan, au n° 104 de Tanjong Pagar Rd. Dessin des auteurs et Google Map, décembre 2022.

Fig. 7 – Élévation principale de la maison de qiaopi de Heyuan, au n° 104 de Tanjong Pagar Rd. Dessin des auteurs et Google Map, décembre 2022.

32Il est donc clair que les maisons de minxin ou qiaopi représentent un espace privilégié pour les migrants chinois, tel un pont qui les relie à leur famille restée en Chine.

De la « recréation du village d’origine » au style moderne – L’architecture des maisons de qiaopi de Singapour

33Les premières vagues d’immigrés chinois à Singapour ont opéré une transplantation de la société marchande de la Chine du Sud, dont les manifestations se retrouvaient jusque dans le paysage architectural de la ville et de sa campagne :

  • 17 赵冲,张鹰,诸汉涛, 建筑类型学视野下的中外骑楼建筑之比较研究, 中外建筑, no. 12, 2015, p. 63. Chong Zhao, Ying Zhang, Hantao Zhu, « U (...)

La migration de la diaspora chinoise s’est accompagnée de la transplantation de formes architecturales similaires à la qilou prototypique (par exemple, des bâtiments à arcades, des maisons de rue traditionnelles de Guangfu) de leur foyer ancestral du sud de la Chine vers diverses parties de l’Asie du Sud-Est17.

34Cependant, cette forme traditionnelle de maison du sud de sont ornés de fenêtres en verre coloré. Les styles des colonnes et des fenêtres des deuxième et troisième étages varient progressivement. Le bâtiment est richement décoré, avec de nombreuses sculptures en relief profond, créant un jeu d’ombres et de lumières ainsi qu’une texture prononcée. Dans cet exemple, le style architectural principal de la maison de qiaopi est d’inspiration occidentale, tandis que les motifs décoratifs restent de style chinois.

Fig. 8 – Élévation principale de la maison de qiaopi de Wuguang Jinlong, au n° 23 de la rue Xiamen
(Amoy St.). Dessin des auteurs.

Fig. 8 – Élévation principale de la maison de qiaopi de Wuguang Jinlong, au n° 23 de la rue Xiamen (Amoy St.). Dessin des auteurs.

35Le style architectural de la maison de qiaopi au n° 79 de la rue Xiamen (Amoy St.) est encore plus simplifié (Fig. 9), marquant une transition entre le baroque chinois et l’Art Déco. Le bâtiment s’élève sur trois étages sans colonnes entre les fenêtres, et des piliers uniquement le long des murs mitoyens entre les maisons. Les deuxième et troisième étages présentent des pilastres de style dorique, avec des consoles et des corbeaux en bois entre les colonnes et les avant-toits, ce qui donne un aspect relativement sobre. Le toit du rez-de-chaussée est couvert de tuiles émaillées, le deuxième étage est orné de fenêtres à meneaux de style chinois avec des jalousies en partie supérieure. Au-dessus de ces fenêtres se trouvent des panneaux de caractères chinois décoratifs. Le troisième étage comporte des fenêtres en arc. Dans l’ensemble, les ornements du style baroque chinois sont considérablement simplifiés ici, mais de nombreux éléments traditionnels chinois et occidentaux sont encore présents.

Fig. 9 – Élévation principale de la maison de qiaopi de Shangye Zhuang, au n° 79 de la rue Xiamen (Amoy St.). Dessin des auteurs.

Fig. 9 – Élévation principale de la maison de qiaopi de Shangye Zhuang, au n° 79 de la rue Xiamen (Amoy St.). Dessin des auteurs.

36Les éléments chinois des bâtiments permettent également aux visiteurs d’identifier facilement le quartier. Les maisons de qiaopi et les autres magasins chinois forment ensemble ce que l’on appelle Chinatown, une zone qui représente aux yeux des Chinois d’outre-mer une extension de leur pays natal. Après les années 1930, la popularité du style Art Déco et du modernisme a dilué l’aspect ethnique des bâtiments et dissipé progressivement l’identité de cette zone. Par exemple, Zaihecheng, l’une des plus imposantes maisons de qiaopi de l’époque, construite en 1936 à l’intersection de Tai Po Rd. 2 et de Chimu St. (Fig. 10), a adopté le style Art Déco. Dans cette maison de quatre étages, les formes décoratives habituelles (ordre architectural, sculptures, volets, etc.) ont cédé leur place à des lignes simples, avec de larges fenêtres vitrées et des balcons à balustrade en fer, surmontés au milieu d’un design trapézoïdale typique de l’Art Déco et leur partie inférieure riche d’éléments géométriques. Bien que les composantes ethniques de ces bâtiments soient très effacées, le style Art Déco s’est également répandu dans les villes natales des émigrés chinois, la Chine a progressivement évolué pour devenir un style architectural en rangée avec des arcades extérieures, communément appelé qilou (shophouse chinoise). Dans le Singapour de l’époque, société non industrielle, le montant des capitaux chinois était modeste et dispersé, et la plupart des industries, y compris le commerce de qiaopi, fonctionnaient à une échelle limitée. Le qilou chinois étant très bien adapté au climat de l’île et à sa structure économique, il a fini par s’imposer comme l’unité de construction urbaine caractéristique de la communauté chinoise. Les maisons de qiaopi sont des exemples typiques d’architecture de la qilou chinoise. D’une part, la profession des qiaopi est de nature financière et le bâtiment doit donc donner une impression de force et être emblématique. D’autre part, l’essor et le déclin du commerce des qiaopi coïncident largement avec ceux des constructions de la qilou chinoise. Architecturalement, les bâtiments des maisons de qiaopi sont caractérisés par une variété de styles architecturaux propres à différentes époques et, en gardant une riche connotation culturelle chinoise, forment ensemble un paysage culturel unique, propre à la société d’immigrants.

Fig. 10 – Élévation principale de la maison de qiaopi de Zaihecheng, à l’intersection de Tai Po Rd 2 et de Chimu St. Dessin des auteurs.

Fig. 10 – Élévation principale de la maison de qiaopi de Zaihecheng, à l’intersection de Tai Po Rd 2 et de Chimu St. Dessin des auteurs.

37La première phase de construction des maisons de qiaopi poursuit l’idéal d’une « réplique du village originel ». Le bâtiment présente des caractéristiques de shophouses typiques de la Chine du Sud, telle la maison de He Yuan situé au n° 104 de Tanjong Pagar Rd. (Fig. 7), bâtiment à deux étages avec son petit toit de tuiles vertes et son mur coupe-feu. Le rez-de-chaussée est recouvert de carreaux en faïence sur l’avant-toit, tandis qu’au premier étage on trouve des bouches d’aération en carreaux vitrés sur la partie supérieure du mur, avec un balcon affleurant le mur en dessous. Le balcon est sécurisé par une balustrade en bois, et le bâtiment présente quelques éléments occidentaux, comme ses colonnes romaines aux extrémités du premier étage, rappelant le style Toscan. De même, les volets en bois s’ouvrant sur les balcons sont généralement considérés comme inspirés des constructions de l’Europe et de l’Amérique du XIXe siècle.

38Au début du XXe siècle, bien que les shophouses des maisons de qiaopi conservent encore des éléments architecturaux chinois, elles subissent clairement l’influence considérable de l’architecture occidentale, donnant naissance à un style baroque chinois distinct. Le bâtiment situé au n° 23 de la rue Xiamen (Amoy St.), connu sous le nom de Wuguang Jinlong yinxin (Fig. 8), est un exemple de ce style baroque chinois. Il s’agit d’un bâtiment de trois étages, avec un rez-de-chaussée relativement sobre, orné de fenêtres à meneaux de style chinois et d’une corniche en tuiles émaillées. Les deuxième et troisième étages présentent une composition de colonnes superposées de style occidental. Les colonnes d’angle sont de style corinthien et de grande taille, tandis que les colonnes intérieures sont légèrement plus petites. Ces colonnes divisent la façade du bâtiment en trois parties distinctes. Les espaces entre les colonnes reproduisant une ambiance urbaine similaire à leur Chinatown d’émigration. Au début de leur installation à l’étranger, les membres de la diaspora ont consciemment recréé leurs quartiers en s’inspirant de leur ville d’origine. Puis, à mesure que le réseau transnational d’échanges lié aux activités des qiaopi étendait son emprise, les espaces sociaux respectifs des pays d’accueil et des villes natales ont fini par s’influencer mutuellement.

39Les maisons de qiaopi reproduites ci-dessus (Fig. 7-10) sont de bons exemples du rayonnement international de la shophouse chinoise de Singapour :

  • 18 Liu, Gretchen, Pastel Portraits: Singapore’s Architectural Heritage, Boston, Weatherhill, 1984, p.  (...)

Aucun type de bâtiment n’est aussi étroitement associé à Singapour que les shophouses, qui sont aussi diversifiées et cosmopolites que la ville elle-même, grâce à l’utilisation de détails traditionnels chinois, malais et européens dans la décoration de leur façade, créant un style architectural distinctif connu sous les noms de « Baroque chinois », « Architecture de détroit chinois » ou encore « Style palladien chinois ».18

40Outre les Chinois, d’autres groupes ethniques ont participé à la construction des shophouses,

  • 19 Buckley, C.A., An Anecdotal History of Old Times in Singapore, Singapore, Fraser & Neave, 1902, p.  (...)

[par] exemple, deux architectes européens, G. D. Coleman (entre 1826 et 1841) et J. D. Thomson (pour la période 1841-1853), ont joué un rôle prépondérant dans l’adoption de styles architecturaux européens par les shophouses de Singapour, et leurs modèles ont été copiés et reproduits à plusieurs reprises par leurs successeurs.19

41Cela inclut des groupes d’Asie du Sud-Est :

  • 20 Tajudeen, Imran Bin, « Beyond Racialized Representation: Architectural Linguæ Francæ and Urban Hist (...)

[Dans le Singapour colonial du XIXe siècle], les Bugis, les Javanais et les Malais ont tous construit, possédé et loué des shophouses. Les vestiges architecturaux qui subsistent témoignent de la diversité sociale et ethnique des constructions et de leurs fonctions au cours de l’histoire.20

  • 21 Les historiens s’accordent généralement pour en attribuer l’origine à l’Inde, voir 藤森照信,张复合, 外廊样式—中 (...)

42C’est précisément à travers ce processus d’internationalisation que Singapour a créé sa propre identité, qui se reflète dans l’architecture urbaine avec notamment la qilou. Le shophouse traditionnel chinois, avec ses arcades de style colonial, constitue la forme de base du qilou21. En outre, certains éléments locaux, tels que les briques vitrées et les persiennes, ont été utilisés pour améliorer la ventilation des pièces, afin de s’adapter au climat. Puis, pour s’adapter à l’environnement social local, la forme de la façade de la construction a subi des modifications, passant du style chinois à un style plus occidental. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, la plupart des éléments typiquement chinois étaient présents, tels que les sculptures en bois, les peintures colorées, les fenêtres mandchoues et les tuiles vernissées, reflétant l’atmosphère sociale de cette époque, qui correspondait à l’expression d’une conscience identitaire chinoise. Ensuite, du début du XXe siècle aux années 1940, les goûts esthétiques occidentaux sont devenus plus populaires auprès de la société chinoise, et par conséquent, les éléments architecturaux classiques européens, notamment les colonnes et les fleurs de montagne, sont devenus partie intégrante de la forme de la façade du bâtiment. On peut constater que pour l’architecture traditionnelle de Singapour, incarnée par les shophouses, le sens de l’internationalisation a varié d’une époque à l’autre. Dans ce système architectural unique, le local et l’international coexistent, s’adaptant aux aléas naturels et aux réalités sociales de la région, où les éléments architecturaux de divers pays sont intégrés et transformés.

Comparaison avec d’autres régions d’Asie du Sud-Est et de Chine continentale en termes de forme architecturale des pavillons chinois d’outre-mer (fin XIXe- XXe siècles)

43Si, dans leur grande majorité, les maisons de qiaopi en Asie du Sud-Est se présentent sous la forme de shophouses, il existe quelques variations dans le choix de la forme architecturale, qu’il s’agisse d’adopter ou non une arcade. Dans la péninsule malaise, représentée par Singapour, la majorité des maisons de qiaopi chinoises sont des shophouses chinois de type qilou. Dans la péninsule Indochinoise, en Thaïlande et au Vietnam, les maisons de qiaopi sont semblables aux autres magasins de la région et se présentent aussi généralement sous la forme de shophouses chinois, mais généralement dépourvus d’arcades. La fonction principale de l’arcade est de fournir un abri contre le soleil et la pluie. Le climat de Singapour et d’autres localités de la péninsule malaise est de type tropical humide. Les averses sont fréquentes et imprévisibles, et l’ajout d’une arcade constitue un choix judicieux. En termes de forme, l’interface spatiale est plus plate et moins hiérarchisée dans les rues qui sont composées de shophouses sans arcades, et la surface de la route semble plus large, à largeur de voie égale. En ce qui concerne la forme de la façade, étant donné qu’il n’y a pas de colonnes pour la soutenir, il n’est pas absolument nécessaire de la diviser par des colonnes occidentales. La décoration de la façade adopte moins souvent un style européen classique, mais peut être mise en valeur par la façon dont les étages supérieurs et inférieurs sont relevés et échancrés. Par exemple, des maisons de qiaopi de Bangkok, où la matérialisation des niveaux peut prendre la forme de retraits, encorbellements, affleurements ou de balcons de différents types. Au Vietnam, les maisons de qiaopi plutôt en forme de « tube house », qui est également une shophouse étroite sans arcade, ont évolué vers un bâtiment à plusieurs étages sous l’influence récente de l’Occident.

  • 22 Dans certaines villes intérieures, la forme originale des bâtiments à un seul niveau a évolué en bâ (...)

44Les maisons de qiaopi des villes natales en Chine, qui correspondent aux maisons de qiaopi de Singapour, adoptent également des styles architecturaux qui varient en fonction du niveau hiérarchique de réseaux de qiaopi. On y trouve des shophouses avec arcade (qilou), des shophouses sans arcade et des logements individuels (Fig. 11). Dans des ports comme Xiamen et Shantou, la forme des shophouses avec arcades est la plus fréquente. Par exemple, les shophouses de Xiamen sont surtout des qilou, tandis que dans les villes intérieures comme Jingjiang, on trouve également des shophouses sans arcades, qui sont en fait dérivées des habitations locales traditionnelles du Fujian, dites « maisons en briques rouges du Fujian » (福建红砖大厝)22. Dans les villes et villages situés à l’intérieur des terres, le commerce et les échanges ne sont pas aussi prospères que dans les villes portuaires ; les maisons de qiaopi ont donc tendance à s’intégrer à des immeubles résidentiels, certains à l’architecture coloniale alors populaire dans les provinces du sud de la Chine, comme le Fujian et le Guangdong. L’exemple typique serait la célèbre maison de qiaopi de Tianyi (Fig. 12), dont le siège était situé au cœur du village de Liu Chuan, dans le district de Jiamei, rattaché à la ville de Zhangzhou. Il s’agissait d’un complexe de résidences, de jardins et de bâtiments de bureaux, ces derniers étant construits dans le style de maison d’arcade. Pour autant, de nombreuses maisons de qiaopi sont restées fidèles aux styles des habitations locales traditionnelles, se contentant d’intégrer quelques éléments occidentaux dans les entrées ou d’autres pièces. Il en va ainsi de la maison de qiaopi de Zhen Hua Feng (振华丰批局, au n° 50, Zhenchaoan St.) et de celle de Song Xing Tai (松兴泰批局, au n° 305, Xiadongping Rd.) à Chaozhou, dont les entrées sont typiques des succursales d’outre-mer, avec leurs colonnes ornées de fleurs de montagne.

Fig. 11 – Comparaison des styles architecturaux des maisons de qiaopi en Chine. Tableau et photos des auteurs.

Fig. 11 – Comparaison des styles architecturaux des maisons de qiaopi en Chine. Tableau et photos des auteurs.

45En général, par souci d’efficacité commerciale, les maisons de qiaopi sont largement déployées et adoptent une hiérarchie claire. Elles ne se contentent pas de s’implanter dans des villes portuaires, et vont chercher à étendre leurs réseaux aux villes et villages du continent. Elles choisissent le plus souvent des formes architecturales adaptées à l’environnement dans lequel elles sont situées, ce qui explique la diversité de leurs formes architecturales.

Conclusion

  • 23 Weidenbaum M. L., Samuel H., The Bamboo Network: How Expatriate Chinese Entrepreneurs are Creating (...)

46Certains chercheurs23 ont comparé le système commercial des maisons de qiaopi à un « réseau de bambous » (bamboo network) ou à un « capitalisme de guanxi » (guanxi capitalism), pour décrire un réseau commercial qui a émergé des relations sociales traditionnelles chinoises et fondé sur des liens ethniques, géographiques et sectoriels. Dans l’environnement physique, sa représentation était initialement ancrée dans une tradition, incluant des types architecturaux traditionnels tels que les shophouses et les habitations individuelles, ainsi que des formats commerciaux traditionnels tels que les auberges, les épiceries et les boutiques. Sur cette base, de nouveaux types architecturaux (ex. qilou) et de nouveaux formats économiques (ex. qiaopi) ont évolué pour mieux s’intégrer dans un vaste réseau. Le réseau des maisons de qiaopi a absorbé en son sein une multiplicité d’éléments traditionnels, formant un espace transnational couvrant de vastes zones en Chine et hors de Chine, et jouant un rôle d’accélérateur dans la modernisation des villes et des villages dans tout le sud-est asiatique. L’architecture des maisons de qiaopi de Singapour et leurs activités commerciales sont un exemple typique de cet espace transnational. Elles illustrent la capacité, vitale pour ces commerces d’un nouveau genre et dans un contexte de tension entre les civilisations chinoise et occidentale, à se développer à partir du socle de la société traditionnelle, puis à inventer des structures adaptées à leur environnement. Bien que les maisons de qiaopi appartiennent désormais au passé, leur patrimoine matériel et immatériel demeure un atout précieux pour la culture des Chinois d’outre-mer. Elles ont joué un rôle primordial dans le développement de l’économie internationale de la Chine moderne, et connaître leur histoire contribue à une meilleure appréhension des paysages économiques et urbains des régions clés des échanges internationaux de la Chine moderne.

Fig. 12 – Maison de qiaopi de Tianyi (天一侨批馆), située au cœur du village de Liu Chuan, district de Jiamei, rattaché à la ville de Zhangzhou. Plan et photo des auteurs.

Fig. 12 – Maison de qiaopi de Tianyi (天一侨批馆), située au cœur du village de Liu Chuan, district de Jiamei, rattaché à la ville de Zhangzhou. Plan et photo des auteurs.
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Notes

1 柯木林主编,新加坡华人通史, 新加坡, 新加坡宗乡会馆联合总会, 2015, p. 55. Chong Guan Kwa & Bak Lim Kua, A General History of the Chinese in Singapore, Singapore: Singapore Federation of Chinese Clan Associations (version chinoise), 2015, p. 55.

2 Qiaopi (侨批), yinxin (银信) ou minxin (民信) sont les noms donnés aux lettres écrites par les immigrants chinois pour accompagner les envois d’argent à leur famille dans leur ville d’origine pendant la période allant des années 1820 aux années 1980. Les destinataires des qiaopi accusaient réception de l’argent et de la lettre en envoyant un huipi (« billet à ordre », » 汇票) qui transmettait des informations sur les affaires familiales et communautaires. Benton, G., & Liu, H. (2018). Dear China: Emigrant Letters and Remittances, 1820–1980, Univ. of California Press, 2018.

3 吴静玲, 侨汇在贸易网络中的运作以新加坡商号为中心, 潮学研究, 01, 2020, pp. 91-107, p. 93. Wu Jingling, « Le fonctionnement des qiaopi dans le réseau commercial de “Shantou-Hong Kong-Thaïlande-Singapour” – avec un accent sur les entreprises singapouriennes », Études culturelles de Chaoshan, 01, 2020, pp. 91-107, p. 93.

4 新加坡国家档案馆. 口述历史档案, 华人方言群访谈 : 章文林. 编号000303/06卷 3:29. Archives nationales de Singapour. Archives d’histoire orale, Entretiens avec le groupe des dialectes chinois : Zhang Wenlin. No.000303/06, Volume 3, p. 29.

5 厦门文史资料, 第5辑, 厦门市政协文史资料委员会, 1982, pp. 28-29. Archives culturelles et historiques de Xiamen, Volume 5, Centre des Archives Historiques et Documentaires du Comité Consultatif Politique du Peuple de la Ville de Xiamen, 1982, pp. 28-29.

6 许云樵, 星马通鉴, 新加坡, 星加坡世界书局有限公司, 1959, p. 624, Xu Yunjiao, Chronique des livres d’histoire de Singapour, Singapour: Singapore World Publishing Company, 1959, p. 624.

7 Harris R. & Lane J., « Overseas Chinese Remittance Firms, the Limits of State Sovereignty, and Transnational Capitalism in East and Southeast Asia, 1850s–1930s », The Journal of Asian Studies, no. 74, Jan. 2015, pp. 129-151.

8 李小燕, 中国官方行局经营侨汇业务之研究 (1937-1949), 18.JAN.2011. Li Xiaoyan, A Study of Overseas Chinese Remittance through Chinese National Banks and Post Offices (1937-1949), Doctoral dissertation, National University of Singapore, 2011.JAN.18, p. 95.

9 Yamashita, K., « The Residential Segregation of Chinese Dialect Groups in Singapore: with Focus on the Period before ca. 1970 », Geographical Review of Japan, Series B, no. 59, Febr. 1986, pp. 83-102.

10 Savage, V. R., « Seminar on Southeast Asian Traditional Architecture », presented in Bangkok, Thailand, 24-30 Jul 2000 ; Savage, V., Singapore shophouses: Conserving a landscape tradition, SPAFA Journal (Old series 1991-2013), no. 11, Jan. 2001, p. 7.

11 En 1858, la dynastie Qing a signé le Traité de Tianjin avec la Grande-Bretagne et la France. En plus des cinq ports déjà ouverts au commerce selon le Traité de Nankin précédent, le Traité de Tianjin a ajouté Qiongzhou (琼州), Shantou (汕头), Nankin
(南京), Zhenjiang (镇江), etc., comme ports ouverts au commerce. De plus, en raison du Traité de Pékin de 1860, qui autorisait le recrutement de travailleurs chinois par les Britanniques et les Français pour travailler à l’étranger, cela a stimulé l’engouement des gens de Qiongzhou pour se rendre dans les pays du Sud-Est asiatique. 柯木林主编, 新加坡华人通史, 新加坡, 新加坡宗乡会馆联合总会, 2015, p. 60. Chong Guan Kwa & Bak Lim Kua, A General History of the Chinese in Singapore, Singapore: Singapore Federation of Chinese Clan Associations, 2015(version chinoise), p. 60.

12 许云樵, 星马通鉴, 新加坡, 星加坡世界书局有限公司, 1959. Xu Yunjiao, Chronique des livres d’histoire de Singapour, Singapour : Singapore World Publishing Company, 1959, p. 50.

13 戴一峰.网络化企业与嵌入性:近代侨批局的制度建构 (1850s-1940s), 中国社会经济史研究, 2003, no.1, pp. 70-78. Dai Yifeng. Entreprises en réseau et intégration : la construction institutionnelle du bureau de qiaopi moderne (années 1850-1940), Recherches sur l’histoire économique et sociale de la Chine, 2003, no.1, p. 70-78.

14 班国瑞, 刘宏. 侨批贸易及其在近代中国与海外华人社会中的作用——对"跨国资本主义"的另一 种阐释. 南洋问题研究, n°177, (01), 2019, pp. 58-72. Benton G. & Liu H., « Le commerce de diaspora et son rôle dans la Chine moderne et les sociétés chinoises d’outre-mer : Une autre interprétation du “capitalisme transnational” », Southeast Asian Affairs, no. 177, jan. 2019, pp. 58-72.

15 Cité dans 李良溪, 泉州侨批业史料, 厦门, 厦门大学出版社, 1994. Li Liangxi, Histoire du Commerce des qiaopi des Chinois d’outre-mer à Quanzhou, Xiamen : Presses de l’Université de Xiamen, 1994, p. 12.

16 李志贤, 独领风骚:李伟南及其侨批业经营初探, 侨批文化, no 1, 2018, p. 14. Li Zhixian [Lee Chee Hiang], « The Leading Pioneer: A Preliminary Study on Lee Wee Nam and His Overseas Chinese Remittance Industry ». Qiaopi Wenhua, no. 1, 2018, p. 14.

17 赵冲,张鹰,诸汉涛, 建筑类型学视野下的中外骑楼建筑之比较研究, 中外建筑, no. 12, 2015, p. 63. Chong Zhao, Ying Zhang, Hantao Zhu, « Une étude comparative des qilou (shophouses) chinois et étrangers dans le contexte de la typologie architecturale », Architecture chinoise et d’outre-mer, no 12, 2015, p. 63.

18 Liu, Gretchen, Pastel Portraits: Singapore’s Architectural Heritage, Boston, Weatherhill, 1984, p. 21.

19 Buckley, C.A., An Anecdotal History of Old Times in Singapore, Singapore, Fraser & Neave, 1902, p. 227.

20 Tajudeen, Imran Bin, « Beyond Racialized Representation: Architectural Linguæ Francæ and Urban Histories in the Kampung Houses and Shophouses of Melaka and Singapore », in Rajagopalan M. & Desai M. S. (dir.), Colonial Frames, Nationalist Histories: Imperial Legacies, Architecture and Modernity, Farnham, Ashgate Publishing, 2012, pp. 213-252 (p. 223).

21 Les historiens s’accordent généralement pour en attribuer l’origine à l’Inde, voir 藤森照信,张复合, 外廊样式—中国近代建筑的原点. 建筑学报, n° 5, 1993, pp. 33-38. Terunobu Fujimori, Zhang Fuhe, « Le style à arcade – L’origine de l’architecture chinoise moderne », Revue d’architecture, n5, 1993, pp. 33-38.

22 Dans certaines villes intérieures, la forme originale des bâtiments à un seul niveau a évolué en bâtiments à étages, mais la disposition des pièces reste fidèle au plan traditionnel, avec par exemple la conservation du patio intérieur (voir fig. 12, ex. maison de qiaopi de Song Xingtai).

23 Weidenbaum M. L., Samuel H., The Bamboo Network: How Expatriate Chinese Entrepreneurs are Creating a New Economic Superpower in Asia, New York: Simon and Schuster, 1996. Li, Peter Ping, « Guanxi as the Chinese norm for personalized social capital: Toward an integrated duality framework of informal exchange », in Yeung H. W. (ed.). Handbook of Research on Asian Business, Cheltenham: Edward Elgar Publishing, 2007, pp. 62-83.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Organisation du réseau de qiaopi et choix architecturaux, l’exemple de la communauté de Min (Fujian). Schéma des auteurs.
URL http://journals.openedition.org/archipel/docannexe/image/3725/img-1.png
Fichier image/png, 82k
Titre Fig. 2 – Réseau commercial des qiaopi du premier demi-siècle du XXe siècle. Carte des auteurs d’après 张芝联, 刘学荣, 世界史地, 北京,中国地图出版社, 2002. Zhilian Zhang, Xuerong Liu, Atlas historique mondial, Beijing, Éditions de Cartes de Chine, 2002.
URL http://journals.openedition.org/archipel/docannexe/image/3725/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 660k
Titre Fig. 3 – Schéma des zones de Dapo (rouge) et Xiaopo (vert). H.F. Pearson, “Jackson’s plan of Singapore”, Journal of the Malaysian Branch of the Royal Asiatic Society, Vol. 42, No. 1 (215), Singapore 150th Anniversary Commemorative Issue (July, 1969), pp. 161-165, p. 162. Orientation : nord à droite.
URL http://journals.openedition.org/archipel/docannexe/image/3725/img-3.jpg
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Titre Fig. 4 – Carte évolutive des maisons de qiaopi à Singapour, 1932-1959. Dessin des auteurs et https://www.openstreetmap.org/​, Consulté le 15 septembre 2023.
URL http://journals.openedition.org/archipel/docannexe/image/3725/img-4.jpg
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Titre Fig. 5 – Carte thermique de la concentration des maisons de qiaopi par communauté. Dessin des auteurs et https://www.openstreetmap.org/​, Consulté le 15 septembre 2023.
URL http://journals.openedition.org/archipel/docannexe/image/3725/img-5.jpg
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Titre Fig. 6 – Rue Hainan II (Purvis St.). Dessins des auteurs.
URL http://journals.openedition.org/archipel/docannexe/image/3725/img-6.jpg
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Titre Fig. 7 – Élévation principale de la maison de qiaopi de Heyuan, au n° 104 de Tanjong Pagar Rd. Dessin des auteurs et Google Map, décembre 2022.
URL http://journals.openedition.org/archipel/docannexe/image/3725/img-7.jpg
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Titre Fig. 8 – Élévation principale de la maison de qiaopi de Wuguang Jinlong, au n° 23 de la rue Xiamen (Amoy St.). Dessin des auteurs.
URL http://journals.openedition.org/archipel/docannexe/image/3725/img-8.jpg
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Titre Fig. 9 – Élévation principale de la maison de qiaopi de Shangye Zhuang, au n° 79 de la rue Xiamen (Amoy St.). Dessin des auteurs.
URL http://journals.openedition.org/archipel/docannexe/image/3725/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 358k
Titre Fig. 10 – Élévation principale de la maison de qiaopi de Zaihecheng, à l’intersection de Tai Po Rd 2 et de Chimu St. Dessin des auteurs.
URL http://journals.openedition.org/archipel/docannexe/image/3725/img-10.png
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Titre Fig. 11 – Comparaison des styles architecturaux des maisons de qiaopi en Chine. Tableau et photos des auteurs.
URL http://journals.openedition.org/archipel/docannexe/image/3725/img-11.jpg
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Titre Fig. 12 – Maison de qiaopi de Tianyi (天一侨批馆), située au cœur du village de Liu Chuan, district de Jiamei, rattaché à la ville de Zhangzhou. Plan et photo des auteurs.
URL http://journals.openedition.org/archipel/docannexe/image/3725/img-12.png
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Pour citer cet article

Référence papier

Yi Xun et Yuechuan Li, « Une étude de la culture architecturale des maisons de qiaopi à Singapour dans la perspective des réseaux sociaux des immigrants chinois »Archipel, 106 | 2023, 125-149.

Référence électronique

Yi Xun et Yuechuan Li, « Une étude de la culture architecturale des maisons de qiaopi à Singapour dans la perspective des réseaux sociaux des immigrants chinois »Archipel [En ligne], 106 | 2023, mis en ligne le 01 juillet 2024, consulté le 19 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/archipel/3725 ; DOI : https://doi.org/10.4000/11wub

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Auteurs

Yi Xun

First author, assistant professor, Guangdong University of Technology, School of Art and Design, xun.yi@gdut.edu.cn

Yuechuan Li

Corresponding author, associate professor, Nanchang University, Architecture and Design College, 75819161@qq.com

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

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