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Technique,Technologie
Écrire la technique et la technologie : acteurs et auteurs

La technologie de Leroi-Gourhan :
les enchevêtrements d’un chef de file

The technology of André Leroi-Gourhan: the entanglements of a disciplinary leader
Nathan Schlanger
p. 259-280

Résumés

André Leroi-Gourhan est justement reconnu comme le continuateur de Marcel Mauss et le chef-de-file de la technologie française – entendue comme l’étude des techniques dans les sciences humaines et sociales. Les ressources et les références avec lesquelles il construit sa technologie ne sont cependant pas faciles à élucider. Durant la période qui nous intéresse ici, de la fin des années 1930 au début des années 1950, avant donc que ne s’élabore Le Geste et la parole, ce « détestable bibliographe » était rarement explicite sur les diverses influences, parfois inattendues, qu’il subissait, qu’il adaptait ou encore qu’il occultait. S’appuyant sur des publications peu connues et des sources d’archives, ce chapitre reprend des éléments d’une étude plus large, L’Invention de la technologie. Une histoire intellectuelle avec André Leroi-Gourhan (à paraître, PUF, 2022).

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Texte intégral

Introduction :
sur l’invention de la technologie

  • 1 Coordonné par Ignace Meyerson et avec l’aide de Jean-Pierre Vernant, ce colloque assemble les contr (...)

1Lorsque Mauss rédige en 1941 ou 1942 ce qu’il pressent déjà être le dernier texte qu’il publiera de son vivant, « Les techniques et la technologie », il y fait plutôt état des insuffisances actuelles de cette discipline. Les circonstances historiques et intellectuelles de ce texte sont bien connues, puisqu’il s’agit d’un colloque presque « résistant » organisé à Toulouse par la société de psychologie autour du thème du travail et des techniques1. Il est important à Mauss (1872-1950), surtout en ces temps-là, de voir dans les techniques elles-mêmes une manifestation tangible de fierté et d’espoir dans l’humanité. En revanche, le constat qu’il porte sur la technologie – entendue comme l’étude des techniques au sein des sciences humaines et sociales – est bien plus réservé.

  • 2 Mauss, 1948/2012, p. 140.

la technologie [n’a] pas, en France, la place à laquelle elle a droit. […] la science dont elle est un chapitre n’a pas eu de mêmes développements [que la psychotechnique]. (…) La technologie est une science très largement développée ailleurs que chez nous. Elle prétend à juste titre étudier toutes les techniques, toute la vie technique des hommes depuis l’origine de l’humanité jusqu’à nos jours. Elle est à la base et aussi au sommet de toutes les recherches qui ont cet objet2.

2Pour ce qui est de « chez nous » – la situation est apparemment plus favorable en Allemagne et en Angleterre – Mauss ne fait que mentionner au passage le bon « comparant » (sensu comparatiste) qu’est André-Georges Haudricourt (1911-1996). Il passe cependant sous silence son autre élève, André Leroi-Gourhan (1911-1986), qui s’était pourtant déjà fait remarquer par son ambitieuse et originale classification des techniques dans l’Encyclopédie française permanente de 1936, et qui sera volontiers salué comme son continuateur, et bientôt comme le véritable chef-de-file de la technologie française. Si ce silence peut en partie s’expliquer par une certaine froideur , autant tempéramentale qu’idéologique, entre le maître et l’élève, il n’en soulève pas moins quelques interrogations sur la teneur de cette « file », cette colonne ou alignement dont Leroi-Gourhan se serait si rapidement revendiqué le chef incontesté. Alors que Mauss ressent dans son bilan un déficit à combler à propos de la technologie, Leroi-Gourhan lui voit plutôt dans cette carence une opportunité à saisir. Dans un texte intriguant qui paraîtra l’année suivante (1949) dans le premier numéro d’après-guerre de l’Année sociologique – la revue-mère de Mauss, en quelque sorte, dont la rubrique « technologie » est alors reprise par le sociologue Georges Friedmann (1902-1977) épaulé de Georges Canguilhem et d’Alain Touraine – Leroi-Gourhan ne mâche pas ses mots :

  • 3 Leroi-Gourhan, 1949, p. 766 [reproduit dans Mauss 2012, p. 432], en référence à Mauss, 1947.

C’est une tâche difficile que de faire le bilan d’une discipline sans passé et de situer la technologie comparée dans les Sciences de l’homme. La publication récente du Manuel d’Ethnographie de Marcel Mauss dont toute la première partie est consacrée aux techniques rouvre pour moi la perspective des années où je cherchais, derrière un exposé où les erreurs n’étaient pas rares, la pensée technologique de celui qui a guidé la plupart d’entre nous3.

  • 4 Leroi-Gourhan, 1949, p. 767 [reproduit dans Mauss 2012, p. 433].

3La table rase ainsi faite, Leroi-Gourhan entend orienter la technologie vers ce qu’il considère l’urgence du moment, qui est de devenir, par un véritable sursaut positiviste, « la science des témoins matériels », de « la critique des matériaux ». Ce n’est qu’ainsi, en mobilisant la systématique, la critique interne des documents et l’étude de l’évolution historique, que « la technologie [sera] destinée à constituer une discipline en soi et non – assène-t-il avec une certaine désinvolture lexicale – une technique d’appoint4 ».

4Or, mis à part de telles allusions à Mauss – sur le vif plutôt ambigües et distanciées, on le voit, avant que ne vienne le temps des hommages – quelles sont donc les références sur lesquelles s’appuie Leroi-Gourhan pour forger sa technologie ? Aux côtés d’un travail indispensable de contextualisation scientifique et intellectuelle qui nous incombe en tant qu’historiens des sciences humaines et sociales, se pose aussi des questions sur les sources que reconnaît Leroi-Gourhan lui-même à sa technologie, la généalogie qu’il se façonne, pour ainsi dire, les perspectives et les auteurs qu’il met en avant, ceux qu’il ignore, ceux qu’il occulte ou encore ceux qu’il laisse de côté puis ravive en cours de route. Comment donc s’invente la technologie ?

  • 5 Leroi-Gourhan, 1964-1965. Voir entre autres Derrida, 1967 et Stiegler, 1994, 2004.
  • 6 Comme l’a si bien montré Philippe Soulier dans divers études (2004, 2015, 2018, 2019). J’en profite (...)

5Avant de verser ici quelques éléments au dossier, il nous faut évoquer en amont deux ou trois points préliminaires. En premier lieu, il convient en abordant l’œuvre de Leroi-Gourhan de se méfier de l’appréciation rétrospective que l’on peut en faire, et notamment de la tendance à évaluer ses propositions de 1936 ou de 1943 à l’aune de celles de 1949, ou de 1950, de 1957 ou encore de 1964-1965. Ainsi, prenant comme exemple cette dernière publication, les lectures qui ont été faites du Geste et la parole dès sa parution ont certes alimenté avec une grande fécondité une anthropologie philosophique post-humaniste – sur les thématiques de la main, du cerveau et du langage, des traces et des « pro-grammes », de l’extériorisation et de « l’épi-phylogenèse5 » – que Leroi-Gourhan aurait eu cependant grand mal à reconnaître ou en tout cas à endosser pour son compte. Bien plus délicat à cerner que cette appréciation rétrospective est l’écueil de la « cohérence de l’œuvre ». La conviction d’une direction convergente, d’un plan sous-jacent, est en effet répandue non seulement parmi les lecteurs et continuateurs de Leroi-Gourhan, mais aussi dans ses propres pensées et écrits. Par moments, l’affirmation de cette « unité fondamentale » semble être pour lui une véritable nécessité intellectuelle, d’autant plus qu’il sait aussi insister sur les qualités interdisciplinaires (avant la lettre) de ses contributions (orientaliste, historien de l’art, anatomiste, ethnographe, paléontologue, archéologue et, bien sûr, technologue) – sans pour autant les protéger pleinement de l’imputation de l’éclectisme. Quoi qu’il en soit, la directionnalité postulée de son œuvre a pour conséquence l’effacement ou la minoration des aléas, des embranchements, des contradictions occasionnelles et les reprises implicites qui l’émaillent. Réticent à s’aligner à des grands systèmes (ou, ce qui reviendrait au même, à en faire la critique), Leroi-Gourhan n’est que rarement introspectif sur ses propres démarches, se projetant, souvent avec raison, comme un autodidacte polyvalent qui s’invente en avançant. Comme pour contrebalancer cette opacité historiographique, cependant, voici que les fonds d’archives de Leroi-Gourhan, les « archives de sa vie », conservés par les institutions et les équipes qu’il a côtoyées ou animées des décennies durant, s’avèrent être d’une grande richesse documentaire et intellectuelle pour alimenter notre réflexion aujourd’hui6.

  • 7 Il s’agit du titre des livres édités respectivement par Audouze et Schlanger 2004 et par Soulier 20 (...)

6« Autour de l’homme », avons-nous dit, « L’Homme tout simplement7. » Certes, mais il reste encore à voir, publications et pièces d’archives à l’appui, si l’image que Leroi-Gourhan attribue volontiers aux techniques comme phénomène humain – celle d’un élan cohérent et cumulatif, sinon rectiligne – s’applique aussi, à un autre plan, à sa technologie comme discipline scientifique.

Précurseurs, revenants et oubliés

  • 8 Leroi-Gourhan, 1936. Une version numérisée est accessible dans Documents pour l’histoire des techni (...)
  • 9 « Projet de convention littéraire », Éditions Albin Michel à Leroi-Gourhan, 28 avril 1941 (Arch.MSH (...)
  • 10 Dans sa correspondance avec Jean Przyluski (e.g. Przyluski à Leroi-Gourhan, 12 juin 1941 (Arch.MSH. (...)

7Dès fin 1940 ou 1941, peu après son retour d’une mission ethnographique et archéologique de longue durée au Japon, lorsque l’Occupation semble enfin s’installer dans une certaine normalité, Leroi-Gourhan s’attèle à la rédaction d’un important ouvrage sur les techniques. Fort des connaissances qu’il avait acquises sur les bancs de l’Institut d’ethnologie, puis de l’expérience réussie de sa publication dans l’Encyclopédie française permanente de 19368, Leroi-Gourhan va s’appuyer sur les milliers de fiches descriptives d’objets et d’outils qu’il accumule, et aussi, dans un autre registre, sur ses lectures toutes récentes de l’Évolution créatrice de Bergson. Le titre de l’ouvrage en question suit lui-même une évolution intéressante. Le contrat avec Albin Michel (28 avril 1941) porte sur un livre qui sera intitulé « Histoire des techniques primitives9 ». Si cette notion de "primitifs" peut être abandonnée sans peine, elle semble néanmoins attester, de la part de l’éditeur sinon de l’auteur, une « survivance » de la notion de « techniques primitives » – qui, érigée en « technologie primitive », semble avoir été la chrysalide, en quelque sorte, de la bien plus porteuse et inclusive « technologie comparée ». L’évacuation du terme « histoire » du titre de l’ouvrage est, elle, plus significative encore ; jusqu’en juin 1941 au moins, Leroi-Gourhan appel encore son livre en gestation « Les techniques et l’histoire10 ». Mis à part des considérations de marketing éditorial, cette « mise à l’écart » de l’histoire n’était sans doute pas sans implications disciplinaires, notamment concernant les rapports – initialement assez étroits et par la suite plus distants – qu’entretenait Leroi-Gourhan avec les historiens des Annales et de la Revue de synthèse. Quoi qu’il en soit, ces changements de titre nous laissent penser que les notions leroi-gourhaniennes par excellence que sont « évolution » et « matière » – car il s’agit bien ici de L’Homme et la matière, premier volume d’Évolution et techniques – ne sont que progressivement devenues emblématiques et incontournables de son projet technologique.

8Dans L’Homme et la matière donc, dans sa première édition imprimée en mars 1943, Leroi-Gourhan dédie dans le chapitre V quelques phrases liminaires au positionnement de la technologie, le champ de recherches auquel il entend contribuer. Il fait ainsi allusion à des sources – des noms d’auteurs, mais aussi des thématiques – qui s’avèrent parfois inattendues mais toujours pertinentes.

  • 11 Leroi-Gourhan, 1943, p. 327-328.

En France, dans le premier tiers de ce siècle, les travaux de détail de Charles Frémont (Études expérimentales de technologie industrielle) et d’Arnold van Gennep sont les principaux témoins d’activité de la Technologie comparée. Plus récemment ont paru quelques ouvrages cités à leur place sur le cheval, la navigation, la pêche, l’alimentation et l’habitation, enfin, depuis une dizaine d’années André Schaeffner a donné à l’organologie musicale, comme branche de la Technologie comparée, un développement qui s’est affirmé à la fois dans son département du Musée de l’Homme et dans des travaux importants. En 1936, j’ai exposé les grandes lignes d’une classification d’ensemble (Encyclopédie permanente, tome VII), deux ans plus tard, le Musée de l’Homme a créé un département de Technologie comparée dont les travaux ont été suspendus par les circonstances de guerre11.

  • 12 Ce lien, tout comme l’ensemble du paragraphe, sera omis dans les éditions ultérieures de l’ouvrage  (...)

9Tout ceci, conclut Leroi-Gourhan, confirmerait l’existence « parmi nous » d’un courant d’intérêt qui n’atteint cependant pas (encore) la masse critique qui ferait de la technologie « une discipline vivante ». Pour notre part, « déballons » plutôt cette reconstruction révélatrice, en commençant par le lien de causalité implicitement suggéré ici (« deux ans plus tard12 ») entre l’article de Leroi-Gourhan de 1936 (« L’homme et la nature ») et la création, deux ans plus tard, du département de technologie comparée au Musée de l’Homme.

  • 13 Lewitzky a très peu publié sur le sujet (voir cependant Lewitzky, 1935). À ce département de techno (...)
  • 14 Archives du Muséum national d’histoire naturelle, papiers Leroi-Gourhan 2 AM 1 K59d (anciennement M (...)
  • 15 Leroi-Gourhan, 1945b, p. 34. Dans le même esprit, Leroi-Gourhan souligne dans un compte rendu (non (...)

10S’il nomme bien à-propos l’ethnomusicologue André Schaeffner (1895-1980), Leroi-Gourhan passe néanmoins sous silence les rôles tout aussi essentiels que jouent dans cette affaire le directeur du musée Paul Rivet (1876-1958) et son adjoint Georges-Henri Rivière (1897-1985), sans parler du protagoniste principal qu’est Anatole Lewitzky (1901-1942). Russe blanc émigré en France après la révolution de 1917, Lewitzky (également orthographié Lewitsky ou Lévitsky) rejoint le musée d’ethnographie du Trocadéro au début des années 1930. Il y gravit rapidement les échelons, s’occupant de l’organisation d’expositions et de médiations, supervisant la conservation des collections arctiques et entreprenant des travaux pionniers sur le chamanisme sibérien. C’est bien évidemment l’intérêt soutenu de Lewitzky pour les objets et les techniques qui lui vaut d’être nommé à la tête d’une unité transversale spécialisée du musée, le « Département de technologie comparée », en mai 1939 – alors que Leroi-Gourhan est encore sur le long chemin du retour de sa mission extrême-orientale13. Notons en tout cas la teneur cordiale des relations professionnelles entre Leroi-Gourhan et son ainé Lewitzky, qui est un des rares membres de l’équipe du musée avec qui Leroi-Gourhan correspond depuis le Japon (au-delà des dépêches et rapports officiels à Rivet et Soustelle)14. Sur ce, concédons que l’omission de Lewitzky par Leroi-Gourhan dans le passage cité ci-dessus de L’Homme et la matière semble plutôt avoir été de l’ordre de la prudence conjoncturelle que de l’appropriation opportuniste. Courant 1943, il aurait pu en effet sembler peu judicieux de mentionner, même dans une publication manifestement scientifique, un savant qui quelques mois auparavant avait été saisi par la Gestapo et exécuté publiquement pour son rôle de premier plan dans le réseau de résistance du Musée de l’Homme. Il en va de même, on peut penser, pour « l’oubli » de Paul Rivet, qui lui, avait sciemment choisi l’exil après avoir défié le maréchal Pétain. Si Leroi-Gourhan ne songe pas reconnaître explicitement l’apport de Lewitzky (ni de Rivet) dès la deuxième édition de L’Homme et la matière (1949), il le salue volontiers une fois la Guerre terminée. Ainsi, lors de sa leçon inaugurale à la chaire d’« ethnologie coloniale » à Lyon en décembre 1944, Leroi-Gourhan entreprend à sa façon son devoir de mémoire : « Il y a tout juste sept ans que le terme “Technologie comparée” a été prononcé en France, et le souvenir de notre camarade André [sic] Lèvitsky [sic] restera attaché à cet élan initial15. »

  • 16 Voir Frémont, 1907, 1913 ; Sarton, 1937.

11Ce cas complexe mis à part, la pertinence des autres sources mentionnées par Leroi-Gourhan dans le passage cité ci-dessus de la première édition de L’Homme et la matière ne fait pas de doute. Ingénieur industriel associé à l’École des Mines et au Conservatoire national des Arts et Métiers, Charles Frémont (1855-1930) engagea de vastes études expérimentales sur les effets des outils sur les matériaux, tant organiques qu’inorganiques. L’origine et l’évolution des instruments préhistoriques attirent plus particulièrement son attention dans une série de publications, y compris les mouvements mécaniques impliqués dans la coupe et le forage avec des outils en pierre16. Leroi-Gourhan a maintenu ses références à cet auteur dans les éditions suivantes de L’Homme et la matière, et il a de plus utilisé ses vues sur la mécanique et la dynamométrie pour réfléchir aux relations entre outils et gestes.

  • 17 Ce recours intriguant à Van Gennep mérite d’être approfondi. Voir Chiva, 1987, et récemment Laurièr (...)

12En revanche, Arnold van Gennep (1873-1957) ne figurera plus, du moins explicitement, dans l’œuvre de Leroi-Gourhan. Cet ethnologue original, tout aussi prolifique intellectuellement que marginal institutionnellement, est surtout connu aujourd’hui pour sa théorisation des « rites de passage » qui scandent les moments-clefs de la vie traditionnelle, et pour son vaste « manuel du folklore français ». Or ce chercheur a également entrepris des études inédites sur l’outillage et les productions artisanales en Algérie avant la Première Guerre mondiale. Par ailleurs, les propositions méthodologiques de Van Gennep sur la pratique de l’observation directe et de l’expérimentation en ethnologie auraient également pu attirer l’attention de Leroi-Gourhan, de-même que les tentatives pédagogiques et muséographiques de celui qui, considéré parfois comme « le frère ennemi de Mauss », devint, faute de mieux, « l’ermite de Bourg-la-Reine17 ».

  • 18 Voir Lefebvre des Noëttes, 1931, 1935, et, entre autres, Bloch, 1935, 1948.

13Enfin, outre ces savants nommément désignés (ou en l’occurrence occultés), le paragraphe cité ci-dessus mentionne aussi des travaux récents sur la thématique du « cheval » et de « la navigation ». Comme déjà suggéré, Leroi-Gourhan atteste à l’époque une certaine proximité avec la discipline historique, que ce soit via Henri Berr, puisqu’il publie dans sa Revue de synthèse (en 1936 puis en 1952) et s’inspire de ses réflexions, ou encore, bien sûr, via Lucien Febvre, qui, sans pourtant l’accueillir dans les Annales, y recense ses travaux et lui apporte un soutien éditorial et institutionnel. Ainsi, Leroi-Gourhan n’aurait pu ignorer le numéro des Annales de 1935 portant sur « Les Techniques, l’histoire et la vie ». Il est en tout cas fort probable que les thématiques du « cheval » et de la « navigation » qu’il mentionne en 1943 se rapportent plus spécifiquement à l’« attelage » et au « gouvernail », dont le Commandant Lefebvre des Noëttes, en reliant si directement systèmes techniques et systèmes sociaux, avait fait les objets de son matérialisme « naïf » et « mono-causal », aux dires de ses détracteurs Febvre et Marc Bloch18.

Contemporains, ethnologues et historiens

  • 19 Conklin, 2013 ; Laurière, 2017.
  • 20 Gutwirth, 2001 ; Soulier, 2018.

14Ayant passé la Guerre dans les musées parisiens, affairé à exploiter ses fiches et rédiger ses textes, voici Leroi-Gourhan recruté en 1944 à la chaire d’« ethnologie coloniale » à la faculté de lettres de Lyon. Ce poste est créé à l’initiative de Marcel Griaule (1898-1956), lui-même titulaire de la première chaire d’ethnologie en France en 1943, qui entend renforcer les sciences humaines universitaires si besoin est au détriment de la muséographie naturaliste19. Leroi-Gourhan défend à temps sa thèse de doctorat – portant, dans la lignée de Rivet, sur « Archéologie du Pacifique nord. Matériaux pour l’étude des relations entre les peuples riverains d’Asie et d’Amérique » – et prend donc ses fonctions dès la libération de la ville en septembre 1944. De « chargé de recherches » plutôt solitaire et introverti, il devient désormais un « maître de conférences », voire un « patron », avec toutes les responsabilités pédagogiques et les obligations didactiques qui accompagnent cette fonction d’enseignement et d’encadrement. S’appuyant sur ses contacts au musée et au CNRS, Leroi-Gourhan crée rapidement un « Centre de formation à la recherche ethnologique » (CFRE) en 1946, et l’année suivante le « Centre de recherches et de documentation préhistorique » (CRDP), mettant dans les deux cas l’accent sur les pratiques de documentation et les enquêtes de terrain20. La technologie devient dans ce contexte un sujet d’enseignement universitaire à part entière – soit, pour un peu de temps encore, à l’appui d’une formation à l’administration coloniale, soit désormais, surtout, pour ceux qui se destinent à devenir des chercheurs en sciences humaines et sociales dans la foulée des mutations scientifiques et organisationnelles des « trente glorieuses ».

  • 21 Leroi-Gourhan, « Sens et position de la technologie » (Technologie, Centre de Formation, 1950-1951) (...)

15Voici donc, d’après son propre tapuscrit (et en essayant d’en respecter le format et les ponctuations d’origine), la leçon d’ouverture du cours de 1950-1951 sur la « technologie », pour le Centre de formation à la recherche ethnologique21 :

CENTRE DE FORMATION 1950-1951

TECHNOLOGIE

Sens et position de la technologie.

1ère estimation : sociologie = vie sociale

Technologie = vie matérielle

non : la vie sociale est matérielle

la technologie est sociale

2ème estimation : étude descriptive des techniques

C’est de la technographie, mot que je n’ai pas voulu créer pour ne pas renfermer le concept de l’homme agissant techniquement.

La technologie descriptive équivaut à la socio descript. énumération correcte d’une suite d’actes et de leurs conséquences visibles. S’arrêter là c’est faire de l’anatomie pour l’anatomie et non pour la biologie.

La technologie conduit vers la même compréhension de l’homme que la sociologie, mais par d’autres voies. Ce sont exactement les itiniréraires [sic] des deux versants opposés de la même montagne.

La technologie est beaucoup plus fermée que les autres branches de l’Ethno. mais pas par sa complexité plus grande : par le manque à peu près total de préparation intellectuelle. Rien n’est fait dans la formation pour l’approche de « l’homme pensant techniquement », ni l’Université, ni l’enseignement technique.

Le technologue est un chercheur d’origine bivalente :

Haudricourt : ingénieur agronome venu à la sociologie par attirance politique

Gille : milieu d’ingénieurs maritime et formation littéraire

Mumford : succesiv. électricien, psychotech. architecte

Le technologue de fondation [formation ?] est en général parvenu spontanément à la perception de l’unité des deux aspects de l’activité humaine.

  • 22 Haudricourt, 1987, 2010.

16L’ensemble de ce cours est évidemment révélateur à plusieurs titres, mais je ne m’attarderai ici que sur cette énumération de chercheurs dits « bivalents ». Le premier sur la liste, de loin le plus attendu, est le précédemment évoqué André-Georges Haudricourt, technologue, agronome et linguiste. Reconnus l’un comme l’autre comme des élèves de Mauss, ils ne font en fait connaissance qu’en 1943, lorsque Leroi-Gourhan envoie à son contemporain un exemplaire de L’Homme et la matière. Dans la décennie qui suit, les deux chercheurs s’associent autour de certain projets de publication, que ce soit dans la Revue de géographie humaine et d’ethnologie de 1948 que dirige Leroi-Gourhan avec Pierre Deffontaines, ou encore dans l’Ethnologie de l’Union française qu’il publie avec Jean Poirier en 1953. Ce ne sera cependant que rarement, ou alors en « négatif », que Leroi-Gourhan se réfèrera constructivement à Haudricourt – ce chercheur, prétendument attiré à la sociologie par la politique (à moins que ce ne fût l’inverse ?) –, qui était de fait bien plus proche scientifiquement et idéologiquement de Marcel Mauss et de l’école des Annales.22

  • 23 Voir Leroi-Gourhan, 1983, p. 9, en référence à Leroi-Gourhan, 1951a.
  • 24 Gille, 1978. Le recours de Gille à Leroi-Gourhan (Le Geste et la parole), est essentiellement dans (...)

17Le chercheur suivant qu’invoque Leroi-Gourhan est un historien d’un tout autre genre, bien plus académique en tout cas, à savoir le spécialiste de la métallurgie industrielle et des ingénieurs de la Renaissance Bertrand Gille (1920-1980). Alors en début de carrière, récemment diplômé de l’École nationale des chartes, Gille venait de solliciter de Leroi-Gourhan un article sur l’histoire de l’acier pour une nouvelle revue intitulé Technique et civilisation23. La mention de Gille par Leroi-Gourhan ici représente en fait une reconnaissance précoce et presque prémonitoire de ce chercheur émergent, dont les contributions majeures à l’histoire des techniques et à leur étude étaient encore loin devant. Tel est notamment le cas de la notion de « système technique », présentée par Gille dans l’imposante Histoire des techniques qu’il dirige en 1978 – et dans laquelle, d’ailleurs, bonne place sera faite aux travaux de Leroi-Gourhan24.

18Le dernier et peut-être le plus intrigant des chercheurs sur cette liste de 1950-1951 est Lewis Mumford (1895-1990), penseur prolifique, historien, urbaniste et critique culturel nord-américain, « successivement électricien, psychotechnicien, architecte ». Il se trouve qu’en 1950 Leroi-Gourhan venait de lire – et de recenser – la toute récente traduction française de Technics and Civilization (1934). Le compte rendu en question, paru dans Les Nouvelles littéraires du 7 juin 1951 sous le titre « La technique et le progrès humain », est d’autant plus succinct qu’il porte aussi sur d’autres ouvrages récents : Où va le travail humain de Georges Friedmann (1950), Machinisme et bien-être de Jean Fourastié (1951) et Destins industriels du monde d’Albert Ducrocq (1951). Pour s’en tenir à Mumford, l’appréciation franchement positive qu’en donne Leroi-Gourhan est cependant teinté d’une note critique portant sur « l’assignation étroite et arbitraire [par l’auteur] du point de départ des structures préindustrielles dans le monde médiéval ». Au contraire, insiste Leroi-Gourhan,

  • 25 Voir Leroi-Gourhan, 1951b et une version dactylographiée dans Arch. MSH. M-ALG 84-1-3.

Le problème d’origine du monde moderne est plus vaste qu’il n’apparait dans les premiers chapitres [de Mumford], il commande l’intervention de tout le monde européen et asiatique depuis plusieurs milliers d’années et la situation actuelle des grandes civilisations, partagées en blocs qui se succèdent en encerclant toutes les régions moyennes de l’hémisphère nord (États-Unis, Chine, URSS, Europe occidentale) n’est pleinement mis en lumière que lorsqu’on fait craquer les cadres de temps et d’espace conventionnellement attribués à notre civilisation25.

  • 26 Mumford, 1934 [1950]. Notons que Lewis Mumford devint lui-même, en retour en quelque sorte, un bon (...)

19Ce « craquement » du cadre temporo-spatial restreint que Mumford préconise alors – et qu’il saura d’ailleurs élargir dans ses travaux ultérieurs26 – est en fait une des leçons essentielles que retient Leroi-Gourhan de ses lectures pour Les Nouvelles littéraires. À ses yeux, tant les philosophes que les sociologues en question on su « conserver à l’évolution des techniques toute sa valeur humaine », et offrent donc une vision et une prospective qu’il considère finalement comme foncièrement optimiste. Au recenseur de conclure …

  • 27 Voir Leroi-Gourhan, 1951b.

Lire que l’humanité, en difficulté sur les premières étapes d’une route nouvelle ne court pas forcement au désastre total, lire cela comme la conclusion d’études solidement fondées sur le passé et le présent des industries des hommes, constitue la plus nécessaires des leçons du temps présent27.

Conclusions : bifurcations

  • 28 Leroi-Gourhan, 1945a, p. 439.

20Concluons avec cet aperçu prémonitoire du potentiel moral, voire même rédempteur, de la technologie. Il semblerait en effet selon cette lecture que plus les techniques – les « industries des hommes », objets d’étude de la technologie – pourrons s’ancrer et se rendre intelligible dans le passé lointain, et par-delà dans le courant-même de « la vie », plus elles s’avèreront porteuses de sens et d’actualité pour le présent. C’est en tout cas là une piste que Leroi-Gourhan paraît présager dès 1945, lorsqu’il considère dans le pénultième paragraphe d’Evolution et techniques que la parenté réelle de la technologie se situe dans la biologie, car « À tout moment il est sensible que les éléments techniques se succèdent et s’organisent à la manière d’organismes vivants et que la création humaine, par sa continuité, calque la création universelle28. » Et c’est effectivement cette ligne qu’il développera dès la deuxième moitié des années 1950, dans une série de textes et de propositions qui culmineront dans cette grande fresque psycho-paléontologico-anthropologique à peine sécularisé qu’est Le Geste et la parole. Si l’on se tient cependant à la fin des années 1940 (en se méfiant, donc, de toute lecture rétrospective), on voit Leroi-Gourhan préconiser presque simultanément deux directions pour le moins divergentes pour la technologie, dont il est en passe de devenir le chef-de-file.

21Dans son article de 1949 dans l’Année sociologique, déjà cité au début de ce chapitre, Leroi-Gourhan semble déterminé à brûler les ponts :

  • 29 Leroi-Gourhan, 1949 [reproduit dans Mauss, 2012, p. 437].

Ce fut une des conséquences de Milieu et Techniques que d’aboutir à cette conception de la technique dépassant fatalement ses inventeurs par l’addition progressive de ses perfectionnements. Si, précisément, l’évolution des techniques possède des lois propres, c’est une raison majeure de les confronter avec les sciences religieuses et sociales. La Technologie prendra d’autant plus de signification pour le sociologue qu’elle s’écartera plus de la Sociologie dans ses procédés d’investigation. Quel sens aurait-elle à rendre au sociologue comme un reflet passif de ce qu’il y verserait lui- même ?29

22Mais voici que l’année suivante, six mois à peine après la mort de Mauss (mais ce n’est là qu’une coïncidence), Leroi-Gourhan tient un discours bien plus nuancé, et en tout cas à la fois plus pédagogique et plus programmatique, dans une journée d’étude « Ethnographie et mission » qui se déroule à Lyon le 5 juillet 1950.

La vie matérielle : les techniques appartiennent à une discipline de l’ethnologie qui a pris le nom de technologie, exactement technologie comparée. La technologie est née très récemment dans nos disciplines, en fait il y a une douzaine ou une quinzaine d’années. Précédemment, l’ethnologie s’intéressait aux techniques, tout d’abord du point de vue pittoresque et technique primitif [sic] ; puis, peu à peu, du point de vue des documents que ces techniques pouvaient apporter à l’histoire de l’humanité, et toutes les grandes théories sur les migrations humaines, sur les déplacements de population, sur l’origine de telle ou telle civilisation ont été totalement ou partiellement étayées sur des documents tirés de la vie matérielle.

  • 30 Ces pages introductives du texte (tapuscrit) de Leroi-Gourhan (Arch. MSH. M-ALG 90-1-16) n’ont pas (...)

23En réalité, ceci ne constituait qu’une sorte de préface à la technologie, car en soi la technologie a, avant tout, pour but l’étude et la description du comportement technique des hommes. Son but est de dégager les lois générales du comportement technique, les courants qui peuvent être communs à l’humanité au sens le plus large, les particularités de tel ou tel groupe humain ou de telle ou telle civilisation. Et, finalement, de faire entrer tout ce qui touche au comportement matériel dans l’ensemble mental de l’homme, c’est-à-dire dans l’ensemble social30.

24Ainsi va donc la technologie de Leroi-Gourhan, entre vitalisme paléontologique et matérialisme sociologique , passant de la « technologie primitive » à la « technologie comparée » et bientôt à la « technologie culturelle » – enchevêtré, syncrétique, contradictoire … et passionnément pertinente.

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Sources et bibliographie

Sources

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Bibliographie

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Vatin François, « Mauss et la technologie », Revue du MAUSS 23, 2004, p. 418-433.

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Notes

1 Coordonné par Ignace Meyerson et avec l’aide de Jean-Pierre Vernant, ce colloque assemble les contributions de Lucien Febvre, Marc Bloch et Georges Friedmann, entre autres. Voir surtout Vatin, 2004, ainsi que Fournier, 1994 et Gouarné, 2019.

2 Mauss, 1948/2012, p. 140.

3 Leroi-Gourhan, 1949, p. 766 [reproduit dans Mauss 2012, p. 432], en référence à Mauss, 1947.

4 Leroi-Gourhan, 1949, p. 767 [reproduit dans Mauss 2012, p. 433].

5 Leroi-Gourhan, 1964-1965. Voir entre autres Derrida, 1967 et Stiegler, 1994, 2004.

6 Comme l’a si bien montré Philippe Soulier dans divers études (2004, 2015, 2018, 2019). J’en profite ici pour remercier pour leur aide et leur bienveuillance au fil des années, Philippe Soulier, ainsi qu’Elisabeth Bellon et ses collègues aux archives de la MSH-Monde à Nanterre, les autres détenteurs de fonds d’archives de Leroi-Gourhan, l’équipe d’ethnologie préhistorique et enfin la famille Leroi-Gourhan.

7 Il s’agit du titre des livres édités respectivement par Audouze et Schlanger 2004 et par Soulier 2015.

8 Leroi-Gourhan, 1936. Une version numérisée est accessible dans Documents pour l’histoire des techniques, 20, 2011. http://journals.openedition.org/dht/1826.

9 « Projet de convention littéraire », Éditions Albin Michel à Leroi-Gourhan, 28 avril 1941 (Arch.MSH.M-ALG 85).

10 Dans sa correspondance avec Jean Przyluski (e.g. Przyluski à Leroi-Gourhan, 12 juin 1941 (Arch.MSH.M-ALG 120).

11 Leroi-Gourhan, 1943, p. 327-328.

12 Ce lien, tout comme l’ensemble du paragraphe, sera omis dans les éditions ultérieures de l’ouvrage ; il est aussi absent des autres publications de Leroi-Gourhan.

13 Lewitzky a très peu publié sur le sujet (voir cependant Lewitzky, 1935). À ce département de technologie comparative était associée la « Salle des Arts et Techniques ». Prête à temps pour l’ouverture officielle du musée en juin 1938, cette salle placée à la fin du circuit de visite en constituait apparemment le point culminant. Voir Conklin, 2013 ; Soulier, 2018 ; Balfet, 1949, 1991 ; Grognet, 2010.

14 Archives du Muséum national d’histoire naturelle, papiers Leroi-Gourhan 2 AM 1 K59d (anciennement Ms MH 80).

15 Leroi-Gourhan, 1945b, p. 34. Dans le même esprit, Leroi-Gourhan souligne dans un compte rendu (non publié) de 1947 du Manuel d’ethnographie de Mauss, qu’il avait été lui-même, « avec Anatole Lévitsky, le seul à avoir suivi la direction que Mauss nous indiquait dans ce domaine [la technologie] ». Leroi-Gourhan (1947) « Manuel d’ethnographie de Mauss » (Arch.MSH.M-ALG 84- 1).

16 Voir Frémont, 1907, 1913 ; Sarton, 1937.

17 Ce recours intriguant à Van Gennep mérite d’être approfondi. Voir Chiva, 1987, et récemment Laurière, 2018, Fabre et Laurière, 2018.

18 Voir Lefebvre des Noëttes, 1931, 1935, et, entre autres, Bloch, 1935, 1948.

19 Conklin, 2013 ; Laurière, 2017.

20 Gutwirth, 2001 ; Soulier, 2018.

21 Leroi-Gourhan, « Sens et position de la technologie » (Technologie, Centre de Formation, 1950-1951), tapuscrit, Arch. MSH. M-ALG 129-2-2.

22 Haudricourt, 1987, 2010.

23 Voir Leroi-Gourhan, 1983, p. 9, en référence à Leroi-Gourhan, 1951a.

24 Gille, 1978. Le recours de Gille à Leroi-Gourhan (Le Geste et la parole), est essentiellement dans Gille, 1987, p. 127-128. Sur l’intérêt anthropologique du « système technique » de Gille, voir Lemonnier, 1983.

25 Voir Leroi-Gourhan, 1951b et une version dactylographiée dans Arch. MSH. M-ALG 84-1-3.

26 Mumford, 1934 [1950]. Notons que Lewis Mumford devint lui-même, en retour en quelque sorte, un bon lecteur de Leroi-Gourhan. Dans The Myth of the Machine (1967), par exemple, il inclut Leroi-Gourhan parmi ceux qui ont su contrer la fâcheuse tendance à « identifier les outils et les machines avec la technologie, et à substituer la partie pour le tout ». De même, il considère Évolution et techniques comme une « inestimable [invaluable] étude comparative systématique de tous les aspects de la vie matérielle » (Mumford, 1967, p. 4, 310). Plus encore, comme s’il prenait à cœur le commentaire de Leroi-Gourhan, Mumford approfondira et élargira considérablement dans ses travaux ultérieurs le cadre temporel de son analyse historique, en incluant des références à la préhistoire et aux outils de pierre – ainsi qu’au Geste et la parole (Mumford, 1966).

27 Voir Leroi-Gourhan, 1951b.

28 Leroi-Gourhan, 1945a, p. 439.

29 Leroi-Gourhan, 1949 [reproduit dans Mauss, 2012, p. 437].

30 Ces pages introductives du texte (tapuscrit) de Leroi-Gourhan (Arch. MSH. M-ALG 90-1-16) n’ont pas été retenues pour la version publiée de cette conférence (Leroi-Gourhan, 1950).

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Pour citer cet article

Référence papier

Nathan Schlanger, « La technologie de Leroi-Gourhan :
les enchevêtrements d’un chef de file »
, Artefact, 15 | -0001, 259-280.

Référence électronique

Nathan Schlanger, « La technologie de Leroi-Gourhan :
les enchevêtrements d’un chef de file »
, Artefact [En ligne], 15 | 2021, mis en ligne le 22 février 2022, consulté le 09 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/artefact/11679 ; DOI : https://doi.org/10.4000/artefact.11679

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Auteur

Nathan Schlanger

Nathan Schlanger, archéologue et historien des sciences sociales, est professeur d’archéologie à l’École nationale des chartes. Ses travaux portent principalement sur l’histoire et la politique de l’archéologie et du patrimoine, en Europe et dans le monde, ainsi que sur l’étude des techniques et de la culture matérielle en archéologie et en anthropologie. Il a notamment édité l’anthologie Marcel Mauss. Techniques, technologie et civilisation en 2012, et son histoire intellectuelle de la technologie d’André Leroi-Gourhan paraîtra en 2022.
Contact : schlanger1@gmail.com

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