Navigation – Plan du site

AccueilNuméros16Les usages de l’alun dans l’Occid...Entre circulations et usages

Les usages de l’alun dans l’Occident médiéval

Entre circulations et usages

À la recherche du chaînon manquant de la redistribution des aluns vers 1400
Between Circulation and Uses
In Search of the Missing Link in the Redistribution of Alums around 1400
Jérôme Hayez
p. 167-201

Résumés

L’article propose un tour d’horizon des différents types d’écrits marchands de la fin du Moyen Âge mentionnant des « aluns » (manuels de commerce, écrits spécialisés liés à l’information et au contrôle des marchandises et inventaires de stocks, comptabilités de marchands et de teinturiers, correspondances d’agences) pour voir comment leurs données fragmentaires sur cette gamme de produits peuvent contribuer à préciser les circuits de redistribution, des plaques-tournantes d’importation aux consommateurs et la destination spécifique de certaines variétés.

Haut de page

Texte intégral

  • 1  Voir notamment, pour la période antérieure à l’exploitation des gisements de Tolfa, Heers, 1954 ; (...)

1Même lorsqu’il se constitue pour suivre les aluns médiévaux sous le triple aspect de leur production, de leur circulation et de leurs utilisations, un groupe de recherche tend assez spontanément à retrouver, à travers la structuration de ses équipes et les thématiques de ses diverses rencontres, des filons historiographiques distincts. Au cours des dernières décennies, l’histoire économique a surtout tiré parti de sources diplomatiques, administratives, notariales et marchandes pour aborder la commercialisation du produit sous l’angle de l’acquisition de stocks par des entrepreneurs et de leur exportation, plutôt que de sa redistribution à partir de plaques-tournantes, du commerce de détail et des destinations finales des aluns1. L’histoire des techniques s’est en revanche penchée sur les manuels et réceptaires pour reconstituer les procédures au cours desquelles tel métier artisanal pouvait faire usage d’un ingrédient particulier, sans chercher souvent à savoir par quelles voies et médiations ce produit – le plus souvent importé depuis des terres lointaines quand il s’agissait d’aluns – arrivait dans des localités variées de l’Europe occidentale (Fig. 1). Le parcours que l’on effectuera ici à travers les sources documentaires vise à la fois à repérer les phases intermédiaires de la circulation des aluns dans une région de l’Europe occidentale et à préciser à partir des sources marchandes d’éventuelles destinations spécifiques liées à la composition chimique ou à l’origine de certaines variétés.

Fig. 1 – Synthèse des circulations des aluns vers 1400

Fig. 1 – Synthèse des circulations des aluns vers 1400

La carte a été réalisée par Dominique Andrieu, que nous remercions pour son aide.

© Dominique Andrieu.

Repères et zones d’ombre : un lexique mouvant

  • 2  Picon, 2005.
  • 3  Les tarifs du péage de Pérouse de 1379 et 1391 le mentionnent comme « alume di feccia o cenere de (...)
  • 4  Muzio, 2012, p. 224-225.
  • 5  Ainsi pour les péages alpins des xve et xvie siècles dont les tarifs ont été publiés par Comba, 19 (...)
  • 6  C’est notamment le cas du manuel de teinture de Joanot Valero. Cifuentes i Comamala, Córdoba de la (...)
  • 7  Par exemple pour la fabrication de colorants : « modico etiam aluminis zucharini vel aluminis rocc (...)

2Les questions soulevées par les différents massifs documentaires explorés par les courants d’études évoqués sont tantôt communes, tantôt au contraire distinctes. En premier lieu, une flexibilité marquée caractérise le lexique associé à la gamme des aluns, au point qu’on la retrouve dans des textes très divers, incluant des tarifs de douanes et péages tout comme des manuels techniques. Le terme générique d’alun (alumen en latin, allume en toscan, alum en catalan) est d’abord appliqué à des produits chimiques aussi différents que les aluns naturels (ou natifs) présents sur certains sites, déjà très variés par les minerais qui les composent ; l’alunite devenue sulfate double d’aluminium et de potassium après un processus de calcination, macération, lixiviation et cristallisation (alun artificiel le plus courant à la fin du Moyen Âge2) ; l’halotrichite ou alun de fer (allume di piuma en toscan), mais encore le tartre (gromma, tartaro ou taso en toscan) recueilli dans les tonneaux de vin puis calciné (connu alors comme allume di feccia3) ou la cendre obtenue à partir d’une plante du Levant, la soude commune (Salsola soda), commercialisée sous l’appellation d’allume catino/catina, voire l’orpiment (orpimento, c’est-à-dire trisulfure d’arsenic), plus rarement mentionné comme « alume de arsenico », qui ne serait assimilé aux aluns qu’en raison de la ressemblance de ses cristaux4. Nombre de textes administratifs, marchands ou techniques évoquent simplement des aluns non mieux spécifiés. Faut-il alors considérer que par exemple dans les péages alpins ne circulait habituellement qu’une variété5 ? Et doit-on penser que dans de telles recettes6 la valeur astringente était globalement attribuée à toute la gamme des aluns, que l’on utilisait alors simplement le produit à portée de main et que la polyvalence comptait plus que la spécialisation des variétés ? C’est un peu ce que suggèrent les réceptaires qui proposent en alternative plusieurs types7. D’autres recettes préconisent cependant de combiner différents aluns, pour confectionner une lotion ou ajuster la teinte d’un textile ou colorer des cristaux, par exemple.

  • 8  Halleux, 2005, p. 10.
  • 9  Mira, 1962.
  • 10  Archivio di Stato de Pise, Archivio del Comune, sez. A, 240, fol. 2v.
  • 11  Evans, 1936, p. 370 (Evans assimile également piuma à scagliuolo, 1936, p. 412) ; Artale, 2016a, p (...)
  • 12  Ciasca, 1927, p. 427 ; Evans, 1936, p. 412 ; Rebora, 1970, p. 143 (citant Heyd, 1912) ; Pasqualett (...)
  • 13  Cifuentes i Comamala, Córdoba de la Llave, 2011, p. 73.
  • 14  Rebora, 1970, p. 143, d’après Gargiolli, 1868, p. 298.

3Quand les variétés sont précisées, elles le sont selon des catégories hétérogènes, qui peuvent mêler les origines du site de production, la région ou le port d’exportation (Foglia, Coltai, Altoluogo, lupaio, chisico, alessandrino, etc.), une distinction chimique, des particularités relatives à l’aspect et à la taille (cristaux complets ou brisés : minuto, ou leur mélange : allume di sorta ; poudre : polvere) ou au coloris tirant sur le blanc ou le rouge. Dans l’Antiquité le médecin grec Dioscoride allait encore plus loin en utilisant des termes correspondant à « lamelleux », « pileux », « rond », « humide », en évoquant la transparence ou l’opacité et même des odeurs spécifiques8. Parmi les variétés médiévales, quelques-unes comme l’alun de roche (allume di rocca) sont des plus récurrentes ; d’autres semblent beaucoup plus rares (l’« alume alisandrino » évoqué par le péage de Pérouse9). Certaines sont parfois considérées comme de possibles synonymes (« Alume di Chasale o vero di Chastillo » dans le texte de la gabelle pisane de 136210 ; l’allume di Castiglione importé de Barbaria équivaudrait en revanche à l’allume di piuma, dont la variante appelée fiore di pietra ne serait qu’une autre appellation11). Pour certaines catégories d’aluns, des interprétations très divergentes ont pu être proposées : l’allume zuccherino serait ainsi soit un minerai recomposé présentant une similarité visuelle avec le sucre, importé en particulier de Sijilmassa (Maroc), soit un mélange de minerai avec du sucre, de l’eau de rose et du blanc d’œuf12. Une hypothèse supplémentaire propose d’assimiler au zuccherino la variété de cristallino qui pourrait sinon n’être qu’un autre type d’alun calciné13. L’allume di feccia et l’allume catina seraient parfois confondus ou seulement distingués par zones de production14, alors qu’on les considère plutôt comme deux types distincts de cendres végétales, comme indiqué ci-dessus.

Une synthèse à partir de la littérature technique

  • 15  S’ils ont rarement fait l’objet de recensements de grande ampleur, voir parmi les tentatives de le (...)
  • 16  Cifuentes i Comamala, Córdoba de la Llave, 2011, p. 36.

4On peut restituer des usages de la gamme des aluns un panorama global fondé sur l’expertise technique, à partir du secteur édité – minoritaire mais le plus accessible – du vaste massif peu balisé que constituent les traités techniques et réceptaires dans les bibliothèques de l’Europe occidentale15. Ceux-ci présentent certes des variations, entre les textes élaborés par des spécialistes des métiers et les brèves recettes parfois diffusées dans des milieux plus larges, comme celui des marchands, les développements spécifiques à certaines activités ou l’insistance occasionnelle sur certains ingrédients auxquels l’alun peut être davantage associé. Mais, comme ont pu le constater les historiens des pratiques médicales ou des techniques de teinture ou de tannerie, on y observe aussi des ingrédients et des procédures fortement récurrents d’une région à l’autre, vers les xive-xvie siècles16.

  • 17  Rapisarda, 2001, p. 59, 79-81 ; Rosselli, 1996, p. 229-232, 236-237 ; Cifuentes i Comamala, Córdob (...)
  • 18  Brambilla, Hayez, 2016, p. 256. Deux lotions pour le visage de Stefano Rosselli emploient en revan (...)
  • 19  Brambilla, Hayez, 2016, p. 413-414 ; Artale, 2016b, p. 143-146 ; Cifuentes i Comamala, Córdoba de (...)
  • 20  Muzio, 2012, p. 270-271.

5Dans le secteur des recettes médicales et cosmétiques, l’alun est notamment employé sur la peau et les muqueuses pour ses propriétés astringentes. Mélangé à d’autres ingrédients, il peut aussi traiter spécifiquement des brûlures, des verrues ou le mal de dents. On rencontre ainsi dans la pharmacopée, outre le produit générique, surtout la variété rocca, mais aussi zuccerino et feccia17. Des qualités encore plus diverses semblent servir en cosmétique et peuvent même être employées en combinaison, comme dans les lotions pour le visage copiées en Provence par le Florentin Francesco Bentaccordi où zuccherino, piuma et scagliuolo sont associés en quantité réduite à une double dose de rocca18. Dans les recettes de la vie quotidienne, on le rencontre principalement comme détachant textile19 et à l’occasion pour accentuer le brillant d’une encre composée à partir de noix de galle20. Le tartre calciné (allume di feccia, cenere chiavellata) paraît privilégié comme détachant mais il peut être additionné d’alun de roche. Avec l’encre, il s’agit seulement de ce dernier.

  • 21  Muzio, 2012. On trouve quelques recettes supplémentaires destinées à des peintres et impliquant de (...)
  • 22  Pour les pierres, Muzio, 2012, p. 177-178, 181, 186-192 ; quant à l’« alumi de Marocho », faut-il (...)
  • 23  Muzio, 2012, p. 224-225.

6Parmi les recettes destinées à des peintres, enlumineurs et artisans produisant d’autres surfaces colorées, un des manuels les plus complets mentionne l’utilisation d’aluns dans près d’un quart des recettes, combiné avec des pigments privilégiant les gammes des rouges, violets, jaunes et verts plus que les bleus21. L’allume di rocca y apparaît très majoritairement, bien davantage que l’alun générique ou les variétés feccia, zuccherino et scagliuolo, dont les deux dernières servent notamment à colorer de fausses pierres précieuses22. L’orpiment qualifié d’« alume de arsenico » est également employé sur la céramique23.

  • 24  Rebora, 1970, p. 62-63, 72-73, 76-78, 90-91, 109-110, 119-126, 129-132 (rocca), p. 65-66 (foglia), (...)
  • 25  Rebora, 1970, p. 68-70, 119, 129-132.
  • 26  Rebora, p. 120.

7Dans les manuels de teinture sont souvent mentionnés des aluns génériques, dans la plupart des recettes ayant recours à cette gamme d’ingrédients pour les différentes opérations de mordançage, destinées surtout à des couleurs rouges, jaunes, vertes et noires obtenues avec la garance, le kermès, l’orseille, la guède, le vert-de-gris et la galle, ainsi qu’aux procédures d’ajustement des teintes. Mais on y trouve aussi souvent une diversité marquée d’aluns, parmi lesquels ressortent spécialement les variétés rocca et feccia, à côté d’autres moins utilisées comme sorta, catina, Foglia et zuccherino24. Quelques recettes combinent rocca avec d’autres variétés comme feccia, sorta et catina, soit dans le même bain, soit au cours de deux phases successives25. Le traité vénète de la fin du xve siècle distingue même des effets spécifiques de teinte et de brillance pour les qualités rocca arsa, rocca pesta, catina pesta, feccia arsa, piuma26.

  • 27  Córdoba de la Llave, 2013, p. 271-297 ; Muzio, 2012, p. 229-230, 234-235.
  • 28  Rebora, 1970, p. 84-85, 102-103, 112-113.

8La tannerie emploie à la fois l’alun pour tanner et mégisser (rendre durable et assouplir) des peaux, opération qui peut s’accompagner de leur chamoisage, et pour les mordancer avant une teinture. Les qualités minérales mentionnées sont principalement rocca et plus rarement zuccherino. Mais le tartre calciné (feccia) paraît aussi fréquemment utilisé pour mordancer les peaux à colorer27. Dans le traité vénète du xve siècle, cette variété provient de régions voisines comme le Frioul ou de villes comme Trévise et Padoue28.

  • 29  Ciasca, 1927, p. 422 ; Franceschi, 2014, p. 160.
  • 30  Voir l’article de Florian Téreygeol dans ce volume, outre quelques recettes dispersées dans les ré (...)

9Dans d’autres secteurs artisanaux, l’usage des aluns a été moins exploré. Leur rôle dans certaines procédures, comme sa fonction de fondant dans la verrerie, est souvent rappelé pour mémoire plus qu’explicité29 et son utilisation dans la métallurgie autrement que pour la purification de l’or30 et de l’argent ne paraît pas non plus parfaitement claire.

  • 31  Archivio di Stato de Pise, Archivio del Comune, sez. A, 240, fol. 2v.
  • 32 Cifuentes i Comamala, Córdoba de la Llave, 2011, p. 34-39.
  • 33  Brambilla, Hayez, 2016.

10Une autre question posée plus largement par les textes administratifs, marchands ou techniques est celle de l’effectivité des circulations ou des pratiques évoquées. Quand un registre de douanes comme celui de Pise de 1362 mentionne douze variétés d’alun (avec deux autres appellations alternatives : « Alume di Chasale o vero di Chastillo […] Alume acerbo […] Alume di Borghano et di Lipari […] Alume d’Ischia […] Alume di vetro […] Alume di roccha […] Alume di rappo […] Alume succharino […] Alume scagnuolo […] Alume di Foglia […] Alume di lupaio [sic] […] Alume di feccia31 […] »), faut-il considérer que toutes y circulaient habituellement et encore à l’époque de la rédaction ou seulement à une date antérieure ? Si elles étaient bien présentes dans cette aire portuaire, le tarif ne dit rien non plus de la forte diversité de volume qui devait caractériser chaque flux. Dans les recueils techniques, peut-on considérer de même que toutes les procédures décrites étaient couramment mises en pratique ? Si le manuel de Joanot Valero paraît bien refléter, du fait du parcours artisanal du compilateur, les connaissances et les pratiques d’un milieu de teinturiers32, qu’en est-il des recettes de métallurgie et de fabrication de pigments et de détachants de Francesco Bentaccordi33, qui a laissé des traces biographiques ne révélant que des fonctions de service et dont le livre-bibliothèque concerne néanmoins des branches variées de l’artisanat en même temps que le commerce d’import-export ? Enfin, plusieurs de ces différentes sources sont difficilement datables et localisables précisément. Si ce Florentin compile des savoirs en Provence à partir de sources souvent italiennes, mais parfois également provençales et françaises, quelle origine géographique peut-on attribuer à ses recettes ou à ses descriptions de places commerciales ?

Le bilan des sources administratives et diplomatiques

  • 34  Jacoby, 2005, p. 219-267.

11Le filon des traités et recettes mêle ainsi des aluns minéraux, dont la provenance est le plus souvent située dans des aires spécifiques des régions méditerranéennes et proche-orientales, et des aluns d’origine végétale, dont l’un au moins (feccia) serait a priori susceptible d’être produit dans toutes les zones vinicoles. Lorsque l’on met en miroir avec la littérature technique le panorama brossé par les historiens de l’économie à partir des sources documentaires, plus d’une zone d’ombre subsiste. Au cours du siècle qui précède l’essor des carrières de Tolfa, si l’approvisionnement de l’Europe occidentale paraît se faire avant tout à partir de l’Asie Mineure et de l’Égée, avec des sites comme Koloneia (« Colonna »), Kütahya (« Coltai »), Ulubat et la mer de Marmara, l’ancienne et la nouvelle Phocée et Mytilène, outre les îles Éoliennes et la Campanie, la continuité de l’exploitation de carrières d’Égypte, de Syrie et de Libye ou les tentatives plus sporadiques qui ont pu avoir lieu, en Italie centrale ou en Espagne par exemple, sont moins vérifiables34. Durant toute cette phase, les routes majeures de l’alun sont dominées par les Génois, qui tendent à privilégier les voies directes de l’Orient vers la Flandre, par rapport à l’approvisionnement de la Ligurie ; elles n’excluent pas des importations, sans doute moins massives, par les Vénitiens et les Catalans, et plus marginales par les Florentins et les Provençaux. On connaît moins les circuits d’approvisionnement d’aires industrielles méditerranéennes comme celles des teinturiers de Florence et Prato ou du Languedoc, ou bien des tanneries de Pise, Lyon et Perpignan, a fortiori les circuits capillaires qui rendaient ce produit disponible dans l’arrière-pays de nombreuses régions, pour la pharmacopée, la cosmétique ou la fixation de pigments dans la peinture. Les données publiées ne permettent pas non plus d’affirmer clairement si les dernières étapes des circulations privilégiaient les variétés les plus courantes, outre le tartre produit à une échelle régionale, ou si les usages locaux requéraient au contraire la même diversité que les industries comme la teinturerie ou la tannerie, certes présentes dans la plupart des villes, mais qui connaissaient un développement plus marqué dans quelques aires de la Méditerranée occidentale.

12En examinant un éventail de sources marchandes sans ignorer totalement la littérature technique, cet essai vise à introduire un peu de transversalité grâce à l’information, certes souvent fragmentaire, mais parfois spécifique, que chaque typologie peut apporter. Le plus souvent, elles ne mentionnent en effet un ou plusieurs aluns qu’à un seul stade du cycle du produit. La mise en miroir de ces informations de détail contribue néanmoins à dessiner un panorama plus complet des usages médiévaux des aluns. Le genre des manuels de commerce a déjà été évoqué par d’autres études du fait de la description par Francesco Pegolotti de divers sites orientaux de production d’aluns, mais la comparaison de leurs mentions sur diverses places commerciales au cours d’une période élargie peut s’étendre à des manuels inédits ou moins connus. Nous examinerons ensuite des écrits marchands adoptant un format spécialisé pour saisir les marchandises à différentes phases de leur circulation, des zones de production jusqu’aux principales places de redistribution, parfois dans le but d’informer sur les stocks en circulation et l’incidence de ceux-ci sur les cours, parfois dans celui de contrôler le mouvement des marchandises appartenant aux acteurs impliqués dans l’échange ; les inventaires de stock des boutiques d’épiciers et des pharmacies d’hôpitaux ; les comptes des boutiques et d’entreprises de teinture ; et enfin la correspondance des agences commerciales. Le principal fonds sollicité, l’Archivio Datini de Prato, réunit du fait de son volume et de sa diversité l’éventail typologique le plus étendu ; il présente néanmoins les limites du réseau qui l’a produit, peu engagé dans des échanges directs avec le Proche-Orient et un peu moins impliqué que d’autres dans le secteur des épices.

Les manuels de commerce

  • 35  Evans, 1936 ; Borlandi A., 1963.
  • 36  Brambilla, Hayez, 2016.
  • 37  Tucci, 1968.
  • 38  Biblioteca nazionale centrale de Florence (BNCF), Tordi, 139, fol. 20v.

13Ces traités sont la réélaboration d’une information échangée au sein des réseaux marchands, présentée au départ sous la forme de quelques paragraphes communiqués par voie épistolaire ou de feuillets rédigés au retour d’une mission. Forts de leur expérience personnelle et de leur pleine insertion dans le milieu, quelques auteurs comme Francesco Pegolotti, voire Saminiato de’ Ricci sont parvenus non seulement à glaner des descriptions relatives à des places variées et distantes, mais surtout à donner à leur œuvre une relative homogénéité et à l’actualiser selon les usages de leur temps35. D’autres ont en revanche produit un carnet limité à une aire régionale ou bien, comme Francesco Bentaccordi, une compilation de blocs de données parfois redondantes ou même contradictoires, relatives à des périodes diverses, mais en général antérieures de plusieurs décennies à leur copie36. En outre, les manuels qui ont eu le plus de chances de traverser les siècles ne sont généralement pas des répertoires directement issus des agences mais des manuscrits de bibliothèques, copiés parfois plus d’un siècle après leur rédaction. Avec toutes ces réserves quant aux situations que les manuels peuvent refléter, le genre tend globalement à privilégier, par l’attention consacrée aux équivalences métrologiques, aux types de produits qu’on exporte de telle ou telle place et aux usages et taxes qui grèvent ceux-ci, une géographie à vaste échelle, focalisée sur l’outremer dans la tradition vénitienne des tariffe, davantage élargie à toute l’aire méditerranéenne et ses prolongements d’Europe nord-occidentale pour le filon toscan des pratiche di mercatura37. Du fait de l’importance accordée au Levant, le secteur de l’« épicerie » y prédomine globalement, mais la gamme des aluns y reçoit une attention fort inégale, apparaissant parfois seulement à l’occasion de conversions métrologiques pour les produits pondéreux, parfois à propos de taxes et frais divers, beaucoup plus rarement à travers des considérations sur les variétés et signes de qualité des produits. Assez représentatif de ces mentions ordinaires du produit est le manuel de Simone Acciaiuoli, qui évoque par exemple la place de Bruges comme terminal occidental de voies maritimes génoises et mentionne le poids local utilisé pour l’alun38.

  • 39  Il s’agit du manuel du xive siècle appelé parfois appelé pratica Acciaiuoli (BNCF, Tordi, 139), d’ (...)
  • 40  Pagnini del Ventura, 1766, Evans, 1936 ; Borlandi F., 1936 ; Borlandi A., 1963 ; Ciano, 1964 ; Stu (...)
  • 41  Evans, 1936, p. 43, 293, 369 ; p. 58, 369-370.
  • 42  BNCF, Palatino 601, fol. 75v ; Evans, 1936, p. 43.
  • 43  Borlandi F., 1936, p. 132 ; Gual Camarena, 1981, p. 102 ; Sopracasa, 2013, p. 542 ; Evans, 1936, p (...)
  • 44  Evans, 1936, p. 43, 243-244, 293, 369 ; Brambilla, Hayez, 2016, p. 325 ; Pagnini del Ventura, 1766 (...)
  • 45  Evans, 1936, p. 43, 293, 369.
  • 46  Evans, 1936, p. 43, 243, 293, 369 ; Gual Camarena, 1981, p. 102.
  • 47  Evans, 1936, p. 141 ; Stussi, 1967, p. 66, 71.
  • 48  Evans, 1936, p. 293 ; Stussi, 1967, p. 71 ; Pagnini del Ventura, 1766, p. 47.
  • 49  Evans, 1936, p. 370 ; Pagnini del Ventura, 1766, p. 18, 47, 71, 192 ; Biblioteca arcivescovile Maf (...)
  • 50  Evans, 1936, p. 293, 370 ; Pagnini del Ventura, 1766, p. 17.
  • 51  Evans, 1936, p. 293 ; Pagnini del Ventura, 1766, p. 18, 47, 71, 192. Sur la place de Pise, da Uzza (...)
  • 52  Biblioteca arcivescovile Maffi de Pise, 41, 38, fol. 109v.

14L’examen détaillé d’une quinzaine de manuels des xive et xve siècles, inédits39 ou publiés40, souligne d’abord quelques récurrences significatives parmi les places mentionnées à propos de l’alun. Peu de manuels évoquent les zones de production ni même, à défaut, les premiers ports d’exportation des aluns d’outremer. Pegolotti est le plus détaillé sur ce point, du fait de sa connaissance personnelle de Chypre et du chapitre spécifique qu’il consacre aux diverses origines et qualités des aluns. Il est le seul à mentionner Koloneia, Kütahya et à associer la « Turchia » aux aluns41, tandis qu’un manuel du xve siècle (Palatino 601) le fait comme lui pour la « Romania42 » et que trois autres manuels également tardifs (le Libro di mercatantie, le manuel catalan et une tariffa vénitienne publiée par Sopracasa) évoquent comme Pegolotti le double site de Phocée (Foglia43). D’autres variétés mentionnées par divers auteurs font indirectement référence à quelques sites supplémentaires : Ulubat pour l’allume lupaio (que Pegolotti mentionne en Turquie, à Constantinople et à Bruges, Bentaccordi à Montpellier, Giovanni da Uzzano à Florence, Pise et Sienne, et le manuel catalan dans l’aire dont ce texte provient44), Diaschilo (Eskel Limani) pour la variété giachile (« giaghillo » pour Pegolotti, à propos de Constantinople45), et l’île des Princes pour l’alun dit cassico/chisiso (Pegolotti à Constantinople, Bruges, mais aussi le manuel catalan46) ainsi que l’alun gatina importé à Venise, nécessairement à partir de l’Égypte ou de la Syrie (Pegolotti à Venise, le Zibaldone Da Canal à Alexandrie et Antalya47). Dans la Méditerranée centrale, l’origine de Vulcano est citée par Pegolotti et le Zibaldone Da Canal à propos de Venise ; celle de Naples par Giovanni da Uzzano à Pise48. Les aluns maghrébins tels que piuma, Castiglio(ne) et scagliuolo sont mentionnés, le premier à Florence par Pegolotti, à Florence, Pise, Sienne et Gênes par Giovanni da Uzzano, à Gênes encore par le manuel Rosselmini, en Méditerranée occidentale par le manuel catalan49 ; Castiglione est évoqué à propos de son origine en Barberia par Pegolotti et mentionné à Florence par Giovanni da Uzzano50 ; scagliuolo cité par Pegolotti sans localisation mais présent à Florence, Pise, Sienne et Gênes selon Giovanni da Uzzano51. Issu d’une origine plus occidentale, un « alume spagnuolo » est enfin mentionné à Gênes par le manuel Rosselmini52.

  • 53  BNCF, Magliabechiano XI, 80, fol. 8 ; Stussi, 1967, p. 66 ; Sopracasa, 2013, p. 442, 599 ; Evans, (...)
  • 54  Biblioteca arcivescovile Maffi de Pise, 41, 38, fol. 128v.
  • 55  Evans, 1936, p. 58, 370 ; Stussi, 1967, p. 71.
  • 56  Evans, 1936, p. 43, 56, 293, 369.
  • 57  Sopracasa, 2013, p. 485.
  • 58  Evans ,1936, p. 33, 43-45, 52, 129 ; Brambilla, Hayez, 2016, p. 300-301, 341.
  • 59  Evans, 1936, p. 77, 85, 88, 99-100, 306 ; Brambilla, Hayez, 2016, p. 301, 343 ; BNCF, Magliabechia (...)
  • 60  Borlandi F., 1936, p. 65.
  • 61  Gual Camarena, 1981, p. 69, 172, 177-178 pour Tunis, p. 102 pour Bougie et Alcudia.
  • 62  Evans, 1936, p. 277.
  • 63  Gual Camarena, 1981, p. 102.

15Pour les aluns d’outremer sont mentionnées comme places de transit et d’exportation Alexandrie par divers traités vénitiens (Tariffa Magliabechiana, Zibaldone Da Canal, tariffe de la fin du xve siècle) ainsi que par Pegolotti53, Damas par le manuel Rosselmini54 ; Antalya (« Satallia/Setalia ») par Pegolotti et Da Canal55, Ephèse (« Altoluogo ») par Pegolotti56 ; La Tana par une tariffa tardive57 ; Constantinople-Pera par Pegolotti et Bentaccordi58 ; Chypre par les mêmes ainsi que la Tariffa Magliabechiana, le Libro di mercatantie et le manuel catalan59, Candie (Crète) par le Libro di mercatantie60. Quelques places du Maghreb sont aussi évoquées à propos d’aluns : Tunis, Bougie et Alcudia (près de Al Hoceïma) par le manuel catalan61, Assilah par Pegolotti62, ainsi que la localité non identifiée de « Combon » par le même manuel catalan63.

  • 64  Evans, 1936, p. 52, 249 ; p. 269.
  • 65  BNCF, Tordi, 139, fol. 20v ; Evans, 1936, p. 52, 100, 144, 238, 240, 243-245, 247, 249 ; Brambilla (...)
  • 66  Evans, 1936, p. 255 ; Brambilla, Hayez, 2016, p. 313, 366 ; BNCF, Palatino 601, fol. 74 ; Bibliote (...)
  • 67  Evans, 1936, p. 250, 253.
  • 68  Evans, 1936, p. 123, 129 ; BNCF, Tordi, 139, fol. 26v ; Brambilla, Hayez, 2016, p. 305.
  • 69  Brambilla, Hayez, 2016, p. 333 ; Borlandi A., 1963, p. 104 ; BNCF, Palatino 601, fol. 62v ; Pagnin (...)
  • 70  Dini, 1980, p. 190 ; Borlandi F., 1936, p. 40.
  • 71  Dini, 1980, p. 181, 228.
  • 72  Evans, 1936, p. 99, 230 ; Brambilla, Hayez, 2016, p. 310-311 ; BNCF, Magliabechiano XI, 80, fol. 3 (...)
  • 73  Evans, 1936, p. 225 ; Brambilla, Hayez, 2016, p. 310-311, 323, 325 ; BNCF, Magliabechiano XI, 80, (...)
  • 74  Evans, 1936, p. 225 ; Brambilla, Hayez, 2016, p. 310-311 ; BNCF, II, I, 319.
  • 75  Evans, 1936, p. 235.
  • 76  Evans, 1936, p. 111, 108, 158.
  • 77  Evans, 1936, p. 158 ; Stussi, 1967, p. 57.
  • 78  Evans, 1936, p. 178 ; Pagnini del Ventura, 1766, p. 47.
  • 79  Stussi, 1967, p. 57, 71 ; Evans, 1936, p. 138, 141, 143-144 ; Brambilla, Hayez, 2016, p. 347 ; Bor (...)
  • 80  Evans, 1936 p. 215, 218 ; BNCF, Tordi, 139, fol. 20 ; Brambilla, Hayez, 2016, p. 297, 321, 338 ; C (...)
  • 81  Evans, 1936, p. 218.
  • 82  Evans, 1936, p. 208, 218 ; Pagnini del Ventura, 1766, p. 47 ; Gual Camarena, 1981, p. 124.
  • 83  Pagnini del Ventura, 1766, p. 87.
  • 84  Evans, 1936, p. 247, 370 ; Borlandi F., 1936, p. 37, 40 ; Pagnini del Ventura, 1766, p. 17-18.
  • 85  Pagnini del Ventura, 1766, p. 71.

16Deux ports principaux font figure d’escale sur la route de l’Europe du Nord-Ouest pour Pegolotti : Cadix et La Rochelle64. Les terminaux de celle-ci sont principalement Bruges et ses avant-ports (pratica Acciaiuoli, Pegolotti, Bentaccordi, pratica datiniana, Tariffa Magliabechiana, Saminiato de’ Ricci, ébauche de manuel d’Ambrogio Rocchi, manuel de 1414, Libro di mercatantie, tariffe vénitiennes tardives65), Londres (Pegolotti, Bentaccordi, Palatino 601, Rosselmini et tariffe vénitiennes tardives66), et à un moindre degré Anvers (Pegolotti67). Dans le reste de la péninsule Ibérique, si Majorque apparaît comme une importante plaque-tournante (Pegolotti, Acciaiuoli, Bentaccordi68) et si les domaines de la couronne d’Aragon restent privilégiés par les Italiens, avec surtout Barcelone (Bentaccordi, Saminiato Ricci, Palatino 601, Giovanni da Uzzano69), d’autres places ne semblent résulter que de l’intérêt spécifique d’un auteur pour ces rivages (Valence pour le petit manuel de Lorenzo Rocchi et le Libro di mercatantie70, Tortosa également pour le premier71). L’aire française est représentée – outre Bruges – par les ports constituant la voie d’entrée méridionale des épices : Aigues-Mortes (Pegolotti, Bentaccordi, Tariffa Magliabechiana72), de plus en plus substitué par Montpellier (Pegolotti, Bentaccordi, Tariffa Magliabechiana, Libro di mercatantie, tariffa vénitienne tardive73), ainsi que par des sites de foires naguère importants mais dont la prospérité a décliné depuis le début du xive siècle, comme Nîmes (Pegolotti, Bentaccordi, manuel de 141474) et la Champagne (Pegolotti75). La péninsule italienne est également représentée avant tout par ses accès maritimes. Pegolotti seul associe les aluns à Palerme, Messine et aux Pouilles76, tandis que le Zibaldone Da Canal mentionne comme lui Ancône77 et que Giovanni da Uzzano le rejoint pour Naples78. Mais parmi ces accès maritimes Venise (Zibaldone Da Canal, Pegolotti, Bentaccordi, Libro di mercatantie, tariffe vénitiennes tardives79) et surtout Gênes (Pegolotti, Acciaiuoli, Bentaccordi, Pratica datiniana, Palatino 601, manuel de 1414, Giovanni da Uzzano, Rosselmini, manuel catalan80) apparaissent comme les terminaux privilégiés. Pegolotti ne mentionne pas Savone à ce propos, mais inclut dans cette zone ligure le péage de Portovenere comme étape entre Gênes et Pise81. En Toscane, l’aire portuaire principale à laquelle appartient Pise est associée aux aluns par Pegolotti, Giovanni da Uzzano et le manuel catalan82. Giovanni da Uzzano reproduit également le tarif de la gabelle d’un des petits ports toscans alternatifs, Talamone83. Deux places de l’intérieur sont mentionnées : Florence (Pegolotti, Libro di mercatantie, Giovanni da Uzzano84) et Sienne (Giovanni da Uzzano85).

17Le panorama esquissé par chaque auteur des manuels est souvent loin d’être systématique. Et même chez les plus complets, comme Pegolotti, l’attention est portée beaucoup plus sur certaines zones comme Chypre que sur d’autres comme la péninsule Ibérique. En énumérant par exemple les marchandises pondéreuses mesurées avec telle unité de poids, certains – Saminiato de’ Ricci en particulier – peuvent parfois ou régulièrement oublier l’alun sans que la marchandise soit dans la réalité absente sur la place concernée. Mais les manuels transmettent néanmoins une image globale des grands circuits des aluns avant la pleine exploitation de Tolfa, une image beaucoup plus traversée de ramifications secondaires que celle que brosseraient des sources exclusivement génoises, plus focalisées sur la route méditerranéenne remontant ensuite vers l’Europe du Nord-Ouest. Les aluns orientaux paraissent prédominants, avec en particulier des origines turques, mais ils n’éclipsent pas complètement un approvisionnement méridional (Campanie et îles Éoliennes, Espagne et plus encore Maghreb). L’accent est ici mis sur des transports maritimes, laissant en revanche presque dans l’ombre la redistribution qui pouvait avoir lieu dans les arrière-pays qui comportaient des zones industrielles employant couramment certains aluns, outre la diffusion capillaire qu’impliquaient les usages liés à la vie quotidienne.

  • 86  Stussi, 1967, p. 74 ; Evans, 1936, p. 293 ; Pagnini del Ventura, 1766, p. 17-18.
  • 87  Borlandi F., 1936, p. 43 ; Sopracasa, 2013, p. 524 ; BNCF, Tordi, 139, fol. 19.
  • 88  Evans, 1936, p. 69-70, 86, 103, 158, 380, 416.
  • 89  Evans, 1936, p. 141, 293, 372.
  • 90  Evans, 1936, p. 368-369 ; Stussi, 1967, p. 74 ; Borlandi F., 1936, p. 162 ; Gual Camarena, 1981, p (...)
  • 91  Evans, 1936, p. 380.
  • 92  Evans, 1936, p. 33.
  • 93  Evans, 1936, p. 369.
  • 94  Evans, 1936, p. 293.
  • 95  Gual Camarena, 1981, p. 102.
  • 96  Evans, 1936, p. 368.
  • 97  Evans, 1936, p. 370.
  • 98  Evans, 1936, p. 369.

18Le second apport essentiel des manuels commerciaux consiste en leurs commentaires sur les aspects et signes de qualité de la gamme des aluns. Ils classent d’abord clairement les aluns dans le secteur de l’« épicerie » (spezierie86), au sein duquel les aluns prennent place parmi les produits pondéreux : spezie grosse ou cose grosse87. On observe également entre Pegolotti et d’autres auteurs une incertitude sur l’étendue de cette gamme de produits, puisque l’auteur florentin ne semble désigner que sous l’appellation de cenere gravella/grevella/grevellea la cendre de soude commune appelée par d’autres allume catina/catino88. S’il parle assez peu d’allume di feccia89, c’est en revanche sans doute parce que cette variété est déplacée sur de moins longues distances et davantage dans l’intérieur des terres. Mais surtout, quatre manuels (de façon cursive le Zibaldone Da Canal et le Libro di mercatantie, plus détaillée le manuel catalan et davantage encore Pegolotti) évoquent une hiérarchie des aluns, en précisant aussi les signes de qualité qui permettent d’apprécier la valeur d’un échantillon. Ceux-ci sont récurrents chez les divers auteurs : à la valeur sont associés la couleur blanche, la taille importante des cristaux, la clarté ou l’aspect luisant ; enfin l’absence de tout déchet tel que gravier, sable, terre ou poussière90. Pegolotti précise en outre que l’allume di Castiglione ou di piuma tire un peu sur le jaune et que la cenere gravellata [allume catino] d’Alexandrie a une couleur plus noire et une substance davantage mêlée de charbon que celle de Syrie, ce qui justifie son prix inférieur de deux-tiers91. Pegolotti propose à deux reprises une hiérarchie des aluns originaires de la Turchia/Mar Maggiore et de la Romania, qui commence au sommet par rocca di Colonna, puis sorta (della buona allumiera), puis Foglia, puis Cotai e Altoluogo, puis lupaio, jusqu’aux pires variétés représentées par chisico/cassico, giachile/ghiaghillo et corda92. Ses commentaires ultérieurs assimilent les qualités de Foglia et sorta (tous deux mélanges de grosso et minuto), de lupaio et Altoluogo-Cotai et enfin de corda et fossa93. Une seconde liste se poursuit par des variétés originaires de la Méditerranée centrale (scagliuolo concio, di Castiglio, zuccherino, bolgano, di feccia di vino) sans les intégrer dans la hiérarchie94. Concentré surtout sur les aluns maghrébins, le manuel catalan distingue une variété plus coûteuse (plom, correspondant à piuma), des aluns de bonne qualité (roqua, Fulla, Bogia, Alcudia), des produits qualifiés de mauvais (Combon, cordat) ou pires (roqua cetria, forta lipar, sort95). Des précisions sont données sur le mode de conservation qui requiert surtout une isolation de l’humidité, en évitant le contact avec la terre battue d’un entrepôt ou les sacs de toile96, ainsi que sur la bonification de la variété piuma par un processus d’affinage qui voit ses veines terreuses s’assimiler au minerai blanc, avec un éventuel accroissement de poids97. Peu d’indications sont données sur les emplois préférentiels de chaque variété, sinon pour le mauvais alun cassico, que l’on ne peut guère employer que dans la tannerie, selon Pegolotti98.

Les écrits commerciaux spécialisés

  • 99  Melis, 1972, p. 39-40.
  • 100  Melis, 1972, p. 38.
  • 101  Melis, 1972, p. 37-38.
  • 102  Melis, 1972, p. 35-37.
  • 103  Je remercie Chiara Marcheschi pour m’avoir permis de compléter à distance le dépouillement entrepr (...)
  • 104  ASPo, D.1171/3, 9301484 et 9301483.
  • 105  ASPo, D.1171/3, 9301539.
  • 106  ASPo, D.1171/3, 9301515, 9302068 ; D.1171/4, 9302092, fol. 11v et 15v. Pour cette variété, en deho (...)
  • 107  ASPo, D.1171/3, 9301533, 9301541 ; D.904, 400292 ; D.644, 1000345.

19L’un des principaux atouts des sources documentaires est de montrer à travers de multiples indices, le plus souvent localisables et datables, la vaste diffusion de produits comme ceux qui composent la gamme des aluns. Certains types d’écrits commerciaux adressés sont motivés par les circulations financières (divers types d’ordre de paiement), d’autres retracent celles des marchandises sous le double prisme de l’information et du contrôle des biens. Les descriptifs de cargaisons de navires (carichi di nave99) relèvent, comme les prix-courants des produits (valute di mercanzie100), de l’information régulière échangée entre agences établies sur des places liées par des flux de marchandises. Les descriptifs de balles (legaggi101), les lettres de voiture (lettere di vettura102) et les reçus de marchandises circulant entre marchands et opérateurs d’échanges terrestres visent en revanche à contrôler les flux de biens et à communiquer un rapport sur les frais effectifs de transport. Dans l’Archivio Datini, parmi ces brefs écrits formatés, ceux qui concernent l’alun sont d’abord les cargaisons de navires (carichi di nave), qui se présentent sous la forme de listes de marchandises relevant le plus souvent du secteur de l’« épicerie », avec leur volume chargé sur la nef d’un patron ou propriétaire circulant sur telle route maritime. Ces écrits permettent de suivre les volumes expédiés d’une place à l’autre par voie maritime pour anticiper la conséquence de nouveaux arrivages sur le cours des prix. Ils proviennent ici tout spécialement d’informateurs basés à Gênes. Sur les quelque quarante documents repérés mentionnant des aluns103, les chargements venus d’Orient (Alexandrie, Syrie, Rhodes et Romanie) évoquent des aluns génériques, ainsi que les variétés rocca et minuto. Entre Gênes et la Flandre les carichi indiquent ces mêmes variétés, mais aussi des aluns de Phocée (Foglia) et plus rarement Mytilène (Metelino, Lesbos104). Des quantités mineures d’autres variétés arrivent enfin de Syrie (catina105), du Maghreb par Alcudia puis les rivages Ibériques ou exceptionnellement par Alexandrie (piuma106) ; de la péninsule Ibérique via Majorque, Valence et Barcelone (scagliuolo107).

  • 108  Les listes sur feuillets isolés et les carnets de copies sont pour l’essentiel conservés dans la l (...)

20Les prix-courants (valute di mercanzie) relèvent de l’information économique périodique échangée surtout entre les places majeures. Quand ils ne sont pas insérés comme paragraphe dans la correspondance des agences, ils sont copiés en de multiples exemplaires par un facteur sur d’étroites bandes verticales pour être glissés dans les lettres adressées aux partenaires réguliers de la firme résidant sur d’autres places. La plupart de ces écrits ne mentionnent que des produits du secteur de l’« épicerie » ; quelques-uns peuvent être consacrés à des textiles. Outre les informations semblables dispersées dans ses milliers de lettres d’agence, l’Archivio Datini a préservé, soit sous forme de listes copiées au départ en de multiples exemplaires sur des bandes glissées dans des lettres expédiées à divers partenaires, soit comme compilation ultérieure faite au sein d’une agence sur des carnets spécifiques, quelque cent soixante prix-courants (valute di mercanzie) mentionnant au moins une variété d’alun, sans même compter quelques doublons108. Seulement quatre documents provenant de Paris ne mentionnent qu’un alun générique. L’intérêt global de ce type de document consiste ainsi dans la mention de la gamme des aluns sur une quinzaine de places, avec la spécification régulière des variétés qui y étaient les plus courantes ou y suscitaient un intérêt particulier. Les places sont inégalement représentées pour ces produits. Beaucoup n’apparaissent que sporadiquement, en particulier au Levant, en Méditerranée centrale ou au Maghreb (1 ou 2 valute pour Damas, Palerme, Naples, Fez) mais aussi Londres (4 valute). Montpellier semble peu présente au regard de son rôle important d’approvisionnement en « épices » (11 valute). D’autres présentent une récurrence moyenne, avec par ordre ascendant Valence, Majorque et Bruges, Avignon, Pise, Barcelone et Paris, tandis que Gênes (65 valute) et Venise (102 valute) restent les plaques-tournantes essentielles du point de vue des réseaux d’affaires italiens. Le panorama esquissé suggère ici aussi la prépondérance des aluns anatoliens sur la plupart des marchés occidentaux, sous la forme d’allume di rocca, de sa variété bon marché, l’allume minuto et, à Venise surtout, du mélange des deux appelé allume di sorta.

  • 109  Sur la récurrence de la variété lupaio dans les péages de l’aire catalano-aragonnaise, voir Cifuen (...)
  • 110  Sur la présence d’alun (dit) de Castille à Gênes et Florence entre le xiie et le xive siècle, voir (...)
  • 111  Confirmant ainsi une destination de cette variété déjà soulignée par certains chercheurs comme Dav (...)

21Quelques particularités apparaissent ensuite dans la répartition sur les diverses places de variétés moins courantes. L’alun de Phocée ne se manifeste (ou n’est clairement identifié comme tel) que dans l’aire occidentale, à Majorque, Montpellier, Londres, Bruges et Paris ; celui exporté par Éphèse (Altoluogo) ne se rencontre qu’à Valence ; celui d’Ulubad en Anatolie orientale (lupaio) à Barcelone et Valence seulement109 ; celui de Scorpiata dans la mer de Marmara (scorpiaio) n’est mentionné qu’à Gênes, tout comme l’« alume di Castella110 » (Castille ?). Faut-il considérer comme d’autres aluns anatoliens les variétés rouge ou blanche qui se manifestent à Barcelone, Paris et Bruges ? Venise est en revanche la seule place à évoquer de façon récurrente la cendre de soude commune (allume catino) et sporadiquement un alun pour verrier (« alume da vetri ») apparemment destiné, comme le catino peut-être, aux ateliers de Murano111. L’autre cendre végétale (feccia) est aussi présente à Venise, mais également à Majorque. L’halotrichite (piuma) apparaît plus dispersée, entre Venise, Pise, Gênes, Fez, Barcelone, Majorque, Montpellier, Bruges mais surtout Paris où elle semble presque égaler les aluns anatoliens réunis : faudrait-il alors la lier à l’activité des tanneries plus qu’à celles des teinturiers ? Enfin, la variété mal caractérisée de zuccherino se localise nettement dans la Méditerranée centrale, avec les places de Palerme, Naples, Pise, Gênes et surtout Venise.

  • 112  Benelli, 2005, p. 39-42, 49, 51, 54-55, 70.

22Si les listes de marchandises en transit (legaggi) de l’Archivio Datini se limitent pratiquement à des textiles ou parfois à du mobilier déplacé, on rencontre en revanche des aluns parmi les lettres de voiture (lettere di vettura) et les reçus de marchandises (ricevute di mercanzie), brefs billets adressés par les marchands et les opérateurs expédiant et recevant les balles chargées sur les mules et les charrettes ou sur les barques utilisées pour le transport fluvial, qui décrivent les marchandises et parfois le coût de leur transport. Dans ce fonds, ces écrits se concentrent en particulier sur les voies terrestres et fluviales reliant à la métropole toscane son principal débouché maritime, constitué par l’aire portuaire de Pise-Livourne. Les dizaines de ricevute di mercanzie publiées pour le port de Signa, point de transbordement de la navigation fluviale sur l’Arno à la voie terrestre menant à Florence, n’évoquent que huit chargements d’aluns, toujours génériques112. Mais elles mentionnent les marchands qui les font venir à Florence, en premier lieu l’épicier Inghilese d’Inghilese [Fighineldi] que nous retrouverons pour ses correspondances, et leurs choix alternés de faire venir rapidement le produit dans la métropole ou bien de l’entreposer à Signa. Une de ces missives donne aussi des aperçus sur les risques de transport de cet article pondéreux :

  • 113  « Questo dì ricievemo per la schafa di Bertino di Ciecho da Puntormo saca ventinove d’alume, fra ‘ (...)

Nous avons reçu aujourd’hui par la barque de Bertino di Cecco da Pontormo 29 sacs d’alun, parmi lesquels quelques-uns étaient un peu ramollis. Il est vrai qu’il me dit qu’avec ce mauvais temps venteux et les fortes chutes de neige, il n’a pas pu le préserver de l’humidité. Je confirme le fait que le temps était vraiment mauvais113.

23Le coût de son transport incite les marchands à le transporter de préférence par la voie fluviale, moins onéreuse. Mais les risques inhérents à la navigation et parfois comme ici les conditions atmosphériques (vent et neige) peuvent compromettre la qualité du produit, conditionné en sacs de toile. Ces derniers documents spécialisés éclairent donc moins que les valute la dissémination des différentes variétés de la gamme mais offrent des pistes utiles pour retracer les étapes de circulation des produits dans une région comme la Toscane.

Les inventaires d’épiciers, apothicaires et pharmacies

  • 114  Archivio di Stato de Prato, Ospedali 7000, fol. 4, 13, 14.
  • 115  Pansier, 1928, p. 118, 120.
  • 116  Staccini, 1981, p. 385, 394-395.
  • 117  Ait, 1996, p. 258, 260.

24Un autre type de documents lié à l’activité marchande résulte de l’estimation effectuée dans les boutiques, en lançant ou fermant une entreprise ou pour en faire un bilan périodique, par exemple annuel. Ces inventaires de marchands peuvent ensuite s’intégrer à un acte notarié, à l’occasion d’une succession ou d’une autre répartition d’actifs entre anciens associés ou créanciers. Enfin des épiciers peuvent être en charge de la pharmacie d’un hôpital et tenir à ce titre des comptes incluant des inventaires. C’est notamment le cas de l’épicier Benedetto di Tacco qui dispose d’une boutique sur la place communale de Prato (speziale in Piazza) mais tient aussi des registres pour l’hospice de la Misericordia dès 1345-1346. Son premier livre conservé mentionne dans la pharmacie des quantités limitées à quelques livres, voire quelques onces, de divers aluns : rocca, mais aussi dolce et zuccherino, avec quelques achats de cette dernière variété et d’allume di feccia auprès d’un épicier florentin114. Une épicerie du village provençal de Pernes contient en 1365 une livre d’alun de roche et une livre et demie d’alun de plume parmi 324 ingrédients des plus variés115. Une autre boutique d’apothicaire située à Pérouse conserve pour sa part en 1431 une once d’alun de roche et quatre onces de la même variété calcinée (« alume de rocho arso ») mais plusieurs livres de scagliuolo sous la double qualité de cru et de cuit (« alume schagliuolo cotto… l. II […] ancho crudo l. VI116 »). Une génération plus tard, l’inventaire de l’apothicaire du pape mentionne dans son stock, en 1464 à Rome, deux livres d’alun de roche et trois onces de zuccherino117. L’impression globale donnée par les inventaires des boutiques d’épices des villes et villages et ceux des institutions hospitalières est donc celle d’une forte dissémination du produit, souvent à travers plusieurs qualités comprenant généralement l’alun de roche, mais conservées en petites quantités susceptibles d’être assez facilement renouvelées grâce à la place commerciale ou la ville la plus proche.

Les comptabilités marchandes et industrielles

  • 118  Dini, 1999, p. 81-89.
  • 119  ASPo, D.193, fol. 11, 17v, 129v ; D.351, fol. 106v, 132v, 134, 143v, 145, 152, 153.
  • 120  ASPo, D.193, fol. 79 ; D.200, fol. 63 ; D.351, fol. 133v, 134, 136, 147, 151v.
  • 121  ASPo, D.57, fol. 223, 237, 238v ; D.59, fol. 29v, 203, 282 ; D.60, fol. 59 ; D.62, fol. 108, 111, (...)
  • 122  ASPo, D.62, fol. 44v.
  • 123  ASPo, D.62, fol. 85, 130v ; Fiorentino, 2015, p. 56.
  • 124  ASPo, D.58, fol. 39v ; Fiorentino, 2015, p. 56.
  • 125  ASPo, D.78, fol. 17v.

25Les écritures comptables des marchands et des entrepreneurs apportent d’autres éléments concordants. L’Archivio Datini ne comporte pas de série issue d’une boutique d’épiciers. Cependant le comptoir de Prato revendait diverses denrées importées à travers l’aire portuaire pisane, qui comprenaient en particulier des cuirs et laines et quelques produits relevant du secteur de l’épicerie comme la cire ou le suif, des pigments et à l’occasion certains aluns. La circulation des peaux observable auprès de diverses agences (Prato, Pise, Avignon, etc.118) évoque par ailleurs des lots traités à l’alun, en mentionnant parfois les importantes zones de tannerie dont elles proviennent. Les livres du comptoir de Prato voient ainsi dans les années 1380 passer quelques ventes d’un ou deux sacs d’alun, parfois non qualifié, parfois indiqué comme rocca ou plus rarement minuto rossellino119. Les peaux « blanches » traitées à l’alun sont soit indéfinies, soit de cuir de mouton, cerf et chevreuil ; elles arrivent de Pise sans que leur éventuelle provenance antérieure ne soit explicitée120. L’activité de la boutique Datini d’Avignon, principalement centrée sur les produits métallurgiques, s’associe néanmoins à un travail de sellerie effectué à l’extérieur (pour garnir les pièces d’armures ou confectionner des sangles, brides, malles, etc.) et des peaux peuvent aussi y être commercialisées ou stockées. Beaucoup de peaux de bœuf, mouton, chien, cerf, daim et chamois traitées à l’alun sont mentionnées dans les transactions et sont souvent qualifiées de blanches, plus rarement de rouges. Leur origine, assez souvent précisée, est surtout lyonnaise121, parfois perpignanaise122, montpelliéraine123, avignonnaise124, ou rarement pisane125, les peaux circulant dans le golfe du Lion d’ouest en est plus qu’en sens inverse.

  • 126  On rencontre en revanche dans d’autres fonds toscans des comptabilités d’entreprises de tannerie, (...)
  • 127  Melis, 1962, p. 286-293, 471-477 ; Ammannati, 2010, p. 497-523.
  • 128  Harsch, 2018.
  • 129 Guarducci, 1998.
  • 130  Guarducci, 1998, p. 112-117.
  • 131  Ammannati, à paraître ; cette synthèse des livres de comptes a bénéficié du dépouillement intégral (...)

26À défaut de comptes de tanneurs médiévaux, qui, là où ils ont été conservés, révèlent un emploi régulier mais modéré de l’alun, en seconde position derrière le myrte (mortella126), le fonds Datini a transmis pour une période particulière l’ensemble des livres d’un atelier de teinture de Prato, celui de Niccolò di Piero di Giunta del Dolce, cousin du marchand qui le finançait comme la boutique de draperie tenue successivement par son père Piero di Giunta puis son fils Agnolo127. La diversité des livres conservés permet ici de retracer assez précisément l’usage des divers ingrédients sur plusieurs années continues (1395-1398), à la différence d’autres ateliers dont la documentation n’ouvre d’aperçus que sur le personnel128 ou ne couvre bien l’activité que par périodes, comme pour le Siennois Landoccio di Cecco d’Orso129. L’usage d’aluns comme mordant, servant selon les bains à préparer les fibres ou textiles à recevoir les pigments ou à accentuer et nuancer les couleurs, dépend d’abord de spécialisations. L’alun minéral fixe avant tout des coloris entrant dans la gamme des rouges, verts, marron et noirs, et dans la classification professionnelle de l’aire florentine, relève des techniques de l’arte maggiore, tandis que celles associées à d’autres gammes chromatiques comme le bleu et à d’autres ingrédients sont caractérisées par le métier comme arte minore ou arte comune. L’atelier siennois de Landoccio, qui semble passer, en une dizaine d’années, de la pratique de teintures variées mais peu valorisées à un usage prédominant du pastel, consomme surtout des mordants d’origine végétale comme des écorces d’arbres, de la foglia, un peu de noix de galle et du tartre de vin (gromma) ; son usage de l’alun est plus limité et les comptes conservés ne mentionnent pas de tartre calciné (allume di feccia), mais des quantités abondantes de cendres de bois (cenere130). Dans l’atelier de Niccolò di Piero, l’alun paraît davantage utilisé (2 559 livres sur une période de vingt-neuf mois, ce qui correspondrait à une trentaine de kilos par mois), alors qu’un volume quatre fois moins important de tartre (gromma, taso) ou d’allume di feccia est associé aux bains131. L’alun est souvent qualifié de façon générique dans les livres Datini, comme semble-t-il sur ceux de Landoccio di Cecco, mais les variétés autrement précisées dans le premier cas sont rocca et rossellino, et non des aluns chimiquement différents comme piuma ou zuccherino.

27Landoccio ne se fournit qu’auprès de boutiquiers locaux pour l’alun, tandis qu’il fait venir de la campagne les cendres de bois. Les connexions commerciales de Francesco Datini lui permettent au contraire de diversifier ses approvisionnements, qui proviennent souvent des compagnies Datini de Pise et de Florence. Une dizaine d’années plus tôt, la première agence était souvent associée à l’épicier florentin Inghilese pour placer le produit dans la métropole, comme nous le verrons à propos des correspondances, et un ou deux sacs étaient alors périodiquement prélevés sur ces stocks à destination de l’atelier de Prato, en transitant parfois par le fondaco local de Francesco, qui en revendait un peu en ville. À la différence de certains épiciers comme Inghilese, les teinturiers ne paraissent pas constituer de stock important et l’on voit en 1395-1398 Niccolò di Piero compléter ses besoins d’alun et en liquider des excédents au moyen d’échanges avec d’autres teinturiers et drapiers, tandis qu’environ 10 % de l’alun utilisé dans ses cuves est directement remis par des clients commanditaires des bains. Ce sont des aubergistes et taverniers locaux qui fournissent le tartre, calciné ou non, dont quelques livres peuvent aussi être revendues à d’autres drapiers.

Les lettres marchandes

  • 132  Une première lettre de Deo Ambrogi à la compagnie Datini de Barcelone, écrite du 31 janvier au 6 f (...)
  • 133  ASPo, D.1075, 1101788, 30-3/5-4-1398 ; D.904, 418328, 6/8-4-1398.
  • 134  « Quivi è alume di piuma, molto bello […] mai il vidi sì bello […] In Fiandra e a Firenze si spaci (...)
  • 135  « In Fiandra à miglior diliveranza » (ASPo, D.1075, 518310, 8 décembre 1397) ; « Alume di piuma no (...)
  • 136  Voir entre août 1398 et février 1400 ASPo, D.1075, 1101792, 1101795-1101797, 1101807, 1101811, 110 (...)

28Les correspondances privées, échangées au nom des agences et des acteurs individuels, évoquent des aluns à différents titres mais avec une densité d’information très variable selon les secteurs. Si la grande majorité des quelque 150 000 lettres du fonds Datini ne mentionnent pas d’aluns, quelques-unes apportent en revanche des renseignements précieux du fait de la grande flexibilité de cette forme textuelle, qui associe souvent des appréciations à des faits et dont les thèmes variés abordent tel produit selon les secteurs géographiques et professionnels, mais surtout l’engagement des acteurs dans sa commercialisation. On retrouve d’abord dans les lettres d’agence, sous l’angle de l’information générale, des données similaires aux carichi di nave et aux valute di mercanzia. Mais les lettres évoquent aussi des incidents pouvant porter conséquence sur les circulations. Diverses lettres des compagnies Deo Ambrogi et Salvestro Mannini de Paris retransmettent ainsi au début de février 1398 la nouvelle reçue en express de Bruges du naufrage dans l’Atlantique de la nef génoise de Giovanni Ghisolfi, qui transportait de l’alun du Levant vers la Flandre132. Des informations plus précises sur la demande de certaines variétés sur diverses places sont fournies à l’occasion de la prospection et du suivi d’opérations conçues entre agences partenaires de l’échange. Profitant de ses contacts avec les boutiques d’épices de Deo Ambrogi, qui couvrent sur l’axe Montpellier-Bruges les deux principaux ports d’entrée des épices dans l’aire française, la compagnie Datini de Majorque lui expédie de l’allume di piuma par Montpellier à Paris et Bruges à la fin de l’hiver 1398133. S’il ne paraît pas employé en Toscane dans les ateliers de teinture de Landoccio di Cecco et de Niccolò di Piero, les marchands ont repéré l’usage de cette variété par certains teinturiers, ceux de la Flandre en particulier134. Mais, comme le précise aussi par la suite la compagnie Salvestro Mannini, plus liée aux drapiers, c’est à Bruges, où s’approvisionnent aussi les teinturiers de Bruxelles, que se situe le principal marché pour cet alun135, contrairement à l’impression donnée par les prix-courants mentionnés plus haut. Deo Ambrogi peine, au cours des mois suivants, à liquider les balles restées à Paris et dissuade plus tard la compagnie Datini de Catalogne de lui expédier un nouveau lot136.

  • 137  « Costà dite à bisongno d’alume di fecc[i]a […] dite, se vegiamo da farne utile, ve ne mandiamo 6  (...)

29Un autre secteur des correspondances Datini permet de nuancer l’impression générale concernant l’approvisionnement en tartre, cru (tartaro, gromma) ou calciné (allume di feccia). Si les réceptaires de teinturier suggèrent comme les comptabilités de l’atelier de Niccolò di Piero qu’il était produit en bien des régions dans les environs des lieux d’utilisation, tout un groupe de missives de la compagnie florentine d’Agnolo di ser Pino et Giuliano di Giovanni signale que ces produits pouvaient aussi circuler par voie maritime de Campanie vers l’aire catalane. Au cours de l’été 1400, la compagnie Datini de Majorque commande à ces Florentins de Gaète à la fois du tartre de vin rouge et du tartre calciné. Ceux‑ci les recherchent également à Naples et Amalfi et peinent à les trouver à bon prix, avant d’expédier un peu de tartre blanc qu’ils envisagent également de faire vendre à Valence ou Barcelone. Trois mois plus tard, ils font envoyer de Naples un second lot de tartre, plus rouge. Un marchand génois expédie pour sa part un lot d’allume di feccia de Gaète à Majorque137.

  • 138  Pour de plus amples développements sur ce dossier, avec les références aux documents d’archives, v (...)

30Cependant, c’est surtout en repérant des acteurs personnellement impliqués dans la commercialisation des produits que l’on trouve des informations plus riches, ne retraçant plus seulement la présence d’une variété d’alun dans une région ou une place donnée mais atteignant aussi la stratégie des affaires, avec la prise en considération des stocks disponibles, des coûts annexes, des risques et des marges de profit qui incitent ou non à investir dans le secteur de façon régulière. En recherchant des traces de circulation d’aluns sur l’Arno entre l’aire portuaire pisane, principale voie d’entrée du produit en Toscane, et Signa, terminus du cours navigable situé à une quinzaine de kilomètres de Florence, est apparu le nom d’Inghilese138. Cet épicier florentin, également associé dans des agences basées à Venise et Gênes, s’entend à l’automne 1383 avec la compagnie Datini de Pise pour une collaboration régulière autour de quelques produits comme les aluns, sous diverses modalités qui varient selon les lots du rapport de commettant au commissionnaire rémunéré de ses tâches par un pourcentage à l’association aux pertes et profits. Jusqu’à l’été 1384, les partenaires investissent sur les aluns au point de chercher à monopoliser les arrivages restés disponibles sur la côte Tyrrhénienne, entre Gênes et Naples, pour les commercialiser sur les marchés pisan et florentin. Les lots acquis par ces partenaires avec parfois un ou deux autres investisseurs atteignent des volumes variés, de 7 000 à 125 000 livres. Ils ne sont pas distingués par d’autres appellations que leur couleur blanche (bianco, biancolino) ou rouge (rosso, rossetto, rossellino) et la taille des cristaux. Alors que Pegolotti considère l’alun blanc comme le plus valorisé, Inghilese constate assez rapidement que le rouge est plus demandé par ses clients florentins. La taille des cristaux s’associe au prix, avec des valeurs décroissantes pour le grosso, le minuto, la polvere et enfin la garbellatura, qui consiste en débris balayés qu’il faut trier. Le conditionnement intervient aussi dans le prix, avec un alun en sac (insaccato) mieux évalué que celui en vrac (dissaccato, a rinfuso) et une éventuelle dévaluation du fait d’humidité transmise par ces textiles sous la pluie, sur le fleuve ou en entrepôt. Inghilese s’autorise à mélanger du grosso et du minuto, pour améliorer le prix du second. Il lui arrive aussi de tomber sur un lot frelaté, paraissant mêlé de gypse (gesso), que les acquéreurs qui l’essaient refusent d’acheter une seconde fois. Il compte souvent parmi ses divers lots trois qualités différentes et préfère disposer en boutique d’au moins deux variétés, pour vendre la moins prisée aux clients rebutés par le prix de la meilleure. Le réseau Datini ne compte pas encore d’agence dans l’aire catalane et ce n’est qu’une dizaine d’années plus tard que cette correspondance mentionne sporadiquement un lot d’allume di piuma, importé du Maghreb via Majorque.

  • 139  « Assai faticha se n’è auto, e posiamo dire senza utole, e anche otta [= ora] fu di perdita m’arei (...)

31Les lettres d’Inghilese offrent également des aperçus importants sur les méthodes de commercialisation, depuis les moyens déployés pour acquérir tous les stocks disponibles dans la région, ou en bloquer au moins une partie à Pise quand cela n’est pas possible, par exemple en formulant une offre d’achat sans intention de la concrétiser ; les modalités de vente au comptant ou à plus ou moins long terme ou bien de troc ; et le choix d’utiliser les entrepôts de Signa, qui présentent le double avantage de conserver le stock près de Florence à faible coût de magasinage sans le mettre sous les yeux des clients qui chercheraient à abaisser le prix du produit en voyant l’abondance disponible. Enfin Inghilese s’entend à un moment avec deux collègues florentins pour monter un cartel (convegna, concordia segreta) imposant aux complices des périodes concertées alternant hausse et baisse des prix pour une même qualité afin que chacun puisse la proposer à son tour au meilleur prix. Mais l’accord tourne court lorsqu’un membre de l’entente décide de ne pas respecter sa parole. Du fait du coût du transport interne (par voie fluviale, mules ou charrettes) s’élevant à 15-20 % du prix d’achat du produit, des bénéfices réduits et de la difficulté à dominer le marché, Inghilese préfère après quelques mois se désengager de ce produit, qu’il n’acquiert semble-t-il plus que sporadiquement au cours des années suivantes. « J’ai subi avec cela pas mal de fatigue, et on peut dire sans profit, et j’ai même connu un moment où les pertes m’auraient incité à m’en désengager. Mais nous en sommes sortis, grâce à Dieu, et [l’alun] ne sera jamais plus ma marchandise », s’exclame-t-il en mars 1384139.

32Ces observations pourraient sans doute être élargies à travers des repérages ultérieurs dans d’autres secteurs du fonds Datini, mais aussi la quête plus systématique de comptabilités et de correspondances d’épiciers médiévaux. Par rapport au témoignage des manuels et réceptaires d’une part, de sources administratives comme les péages et douanes d’autre part, elles atténuent d’abord l’attention excessive qui pourrait être accordée aux multiples variétés comme Foglia, Altoluogo, scagliuolo ou Castiglio. Les marchands distinguent clairement la feccia des aluns minéraux, qu’ils englobent surtout en alun générique ou spécifient par sa couleur et la taille de ses cristaux plus que par son origine. Ces sources confirment en revanche la très forte capillarité des circuits des aluns, associée à la rareté de stocks massifs dans les régions de consommation. Si quelques marchands (tel Inghilese pendant quelques mois) cherchaient à monopoliser la production de sites et l’approvisionnement de places importantes, les consommateurs ne disposaient apparemment en général que de quantités limitées dont l’usage ne dépassait pas un à deux mois, réserves qu’ils pouvaient d’autant plus facilement renouveler que les circulations entre ports d’arrivée et boutiques locales se poursuivaient pendant une bonne partie de l’année et que les avances entre collègues et artisans pouvaient pallier une rupture de stock. L’examen du cas florentin illustre l’approvisionnement d’une région à l’écart des principaux ports d’arrivée de ces minéraux (Gênes et Venise) qui, du fait de leur poids et de leur prix modéré, devaient entrer principalement à travers l’aire portuaire pisane, en combinant aux courants dominants venus de l’Orient des flux plus limités originaires du Maghreb et de la péninsule Ibérique. Mais les lettres de Gaète révèlent, comme les observations déjà formulées à propos de Venise, la variété des circuits du tartre et de l’allume di feccia, ingrédients de production surtout locale mais qui pouvaient aussi faire l’objet de transport maritime sur plusieurs centaines de kilomètres. Pour le double sulfate d’aluminium et de potassium, les pratiques de commercialisation d’entrepreneurs comme Inghilese, qui disposaient de divers lots et n’hésitaient pas à les mélanger, contribuaient visiblement à expliquer l’effacement des qualificatifs d’origine dans des textes comme les inventaires ou les recettes. À la pluralité marquée du produit « alun » correspondait ainsi une grande diversité des circuits, que la prédominance des routes génoises du Levant à la Flandre ne devrait pas faire oublier.

Haut de page

Sources et bibliographie

Sources

Benelli Moreno, Dal Porto a Signa. Lettere di vettura dal porto fluviale di Signa dirette ai fondaci di Francesco di Marco Datini a Pisa, Prato e Firenze, Signa, Masso delle Fate, 2005.

Borlandi Antonia (dir.), Il manuale di mercatura di Saminiato de’ Ricci, Gênes, Di Stefano, 1963.

Borlandi Franco, El libro di mercatantie et usanze de’ paesi, Turin, Lattes, 1936.

Cecchi Aste Elena, Il carteggio di Gaeta nell’archivio del mercante pratese Francesco di Marco Datini, 1387-1405, Gaète, Comune di Gaeta, 1997.

Brambilla Simona, Hayez Jérôme (dir.), Il tesoro di un povero. Il Memoriale di Francesco Bentaccordi, fiorentino in Provenza (1400 ca), Rome, Viella, 2016.

Ciano Cesare, La “pratica di mercatura” datiniana (secolo XIV), Milan, Giuffrè, 1964.

Cennini Cennino, Il libro dell’arte, Vicence, Neri Pozza, 2003.

Cifuentes i Comamala Lluís, Córdoba de la Llave Ricardo (dir.), Tintorería y medicina en la Valencia del siglo XV. El manual de Joanot Valero, Barcelone, Consejo superior de investigaciones científicas, 2011.

Dini Bruno, Una pratica di mercatura in formazione (1394-1395), Florence, Le Monnier, 1980.

Evans Allen, Francesco Balducci Pegolotti. La pratica della mercatura, Cambridge, The Mediaeval Academy of America, 1936.

Gual Camarena Miguel, El primer manual hispánico de mercadería (siglo XIV), Barcelone, Consejo superior de investigaciones científicas, 1981.

Muzio Francesca (dir.), Un trattato universale dei colori. Il ms. 251 della Biblioteca universitaria di Bologna, Florence, Olschki, 2012.

Orlandi Angela (dir.), Mercaderies i diners: la correspondència datiniana entre València i Mallorca (1395-1398), Valence, Universitat de València, 2008.

Pagnini del Ventura Giovanni Francesco, Della Decima e delle altre gravezze etc., IV. Contenente la pratica della mercatura scritta da Giovanni di Antonio da Uzzano nel 1442, Lisbonne-Lucques, Bouchard, 1766.

Pansier Pierre, « Inventaire de la pharmacie de Pernes en 1365 », Annales d’Avignon et du Comtat Venaissin, 1928, p. 111-123.

Pasqualetti Cristiana, Il “Libellus ad faciendum colores” dell’Archivio di Stato dell’Aquila. Origine, contesto e restituzione del “De arte illuminandi”, Florence, SISMEL-Edizioni del Galluzzo, 2011.

Pomaro Gabriella, I ricettari del fondo Palatino della Biblioteca nazionale centrale di Firenze. Inventario, Florence, Giunta regionale toscana, 1991.

Rapisarda Stefano, Il “Thesaurus pauperum” in volgare siciliano, Palerme, Centro di studi filologici e linguistici siciliani, 2001.

Rebora Giovanni, Un manuale di tintoria del Quattrocento, Milan, Giuffrè, 1970.

Rosselli Stefano Francesco di Romolo, Mes secrets à Florence au temps des Médicis, 1593, Paris, Jean-Michel Place, 1996.

Sopracasa Alessio, Venezia e l’Egitto alla fine del Medioevo. Le tariffe di Alessandria, Paris, Centre d’études alexandrines, 2013.

Staccini Rita, « L’inventario di una spezieria del Quattrocento », Studi medievali, no 22, 1981, p. 377-420.

Stussi Alfredo, Zibaldone Da Canal. Manoscritto mercantile del sec. XIV, Venise, Comitato per la pubblicazione delle fonti relative alla storia di Venezia, 1967.

Bibliographie

Ait Ivana, Tra scienza e mercato. Gli speziali a Roma nel tardo medioevo, Rome, Istituto nazionale di studi romani, 1996.

Ammannati Francesco, « La tintura d’arte maggiore in una bottega pratese di fine Trecento », dans le dossier sur le commerce des aluns médiévaux réuni par Didier Boisseuil, à paraître.

Ammannati Francesco, « Gli opifici lanieri di Francesco di Marco Datini », dans Nigro Giampiero (dir.), Francesco di Marco Datini. L’uomo, il mercante, Florence, Firenze University Press, 2010, p. 497-523.

Antoni Tito, « I costi industriali di una aziendia conciaria della fine del Trecento (1384-1388) », Bollettino storico pisano, no 42, 1973, p. 9-52.

Artale Elena, « Le ricette mediche », dans Brambilla Simona, Hayez Jérôme (dir.), Il tesoro di un povero. Il Memoriale di Francesco Bentaccordi, fiorentino in Provenza (1400 ca), Rome, Viella, 2016a, p. 147-158.

Artale Elena, « Le ricette di vita quotidiana », dans Brambilla Simona, Hayez Jérôme (dir.), Il tesoro di un povero. Il Memoriale di Francesco Bentaccordi, fiorentino in Provenza (1400 ca), Rome, Viella, 2016b, p. 143-146.

Basso Enrico, « Prima di Tolfa: i mercanti genovesi e l’allume orientale », Mélanges de l’École française de Rome. Moyen Âge, vol. 126, no 1, 2014, https://doi.org/10.4000/mefrm.1612.

Ciasca Raffaele, L’Arte dei medici e speziali nella storia e nel commercio fiorentino dal secolo XII al XV, Florence, Olschki, 1927.

Comba Rinaldo, Per una storia economica del Piemonte medievale. IStrade e mercati dell’area sud-occidentale, Turin, Deputazione subalpina di storia patria, 1984.

Córdoba de la Llave Ricardo, « Late Medieval Italian Recipes for Leather Tanning », dans Córdoba de la Llave Ricardo (dir.), Craft Treatises and Handbooks. The Dissemination of Technical Knowledge in the Middle Ages, Turnhout, Brepols, 2013, p. 271-298.

Dini Bruno, « Il commercio dei cuoi e delle pelli nel Mediterraneo nel XIV secolo », dans Gensini Sergio (dir), Il cuoio e le pelli in Toscana: produzione e mercato nel tardo medioevo e nell’età moderna, Pise, Pacini, 1999, p. 71-91.

Elsheikh Mahmoud S., Medicina e farmacologia nei manoscritti della Biblioteca Riccardiana di Firenze, Manziana, Vecchiarelli, 1990.

Fiorentino Antonella, Il commercio delle pelli lavorate nel Basso Medioevo. Risultati dall’Archivio Datini di Prato, Florence, Firenze University Press, 2015.

Franceschi Franco, « Il ruolo dell’allume nella manifattura tessile toscana dei secoli XIV-XV », Mélanges de l’École française de Rome. Moyen Âge, vol. 126, no 1, 2014, p. 159-170, https://doi.org/10.4000/mefrm.1582.

Gargiolli Girolamo, L’Arte della seta in Firenze. Trattato del secolo XV, Florence, Barbèra, 1868.

Guarducci Piero, Un tintore senese del Trecento. Landoccio di Cecco d’Orso, Sienne, Protagon, 1998.

Halleux Robert, « L’alun dans la littérature des recettes du ier au xiie siècle », dans Borgard Philippe, Brun Jean-Pierre, Picon Maurice (dir.), L’Alun de Méditerranée, Naples/Aix-en-Provence, Centre Jean Bérard/Centre Camille Jullian, 2005, p. 9-12, https://doi.org/10.4000/books.pcjb.551.

Harsch Mathieu (dir.), Il libro discepoli e pigione del tintore Giunta di Nardo Rucellai (1341-1346), Pise, Edizioni della Normale, 2018.

Hayez Jérôme, « L’importation d’aluns à Florence à la fin du xive siècle, dans la correspondance de l’épicier Inghilese Fighineldi avec les compagnies Datini », à paraître dans le dossier sur le commerce des aluns médiévaux réuni par Didier Boisseuil.

Heers Marie-Louise, « Les Génois et le commerce de l’alun à la fin du Moyen Age », Revue d’histoire économique et sociale, vol. 32, no 1, 1954, p. 31-53.

Heyd Guglielmo [Wilhelm], Storia del commercio del Levante nel Medio Evo, Turin, UTET, 1912.

Jacoby David, « Production et commerce de l’alun oriental en Mediterranée, xie-xve siècles », dans Borgard Philippe, Brun Jean-Pierre, Picon Maurice (dir.), L’Alun de Méditerranée, Naples/Aix-en-Provence, Centre Jean Bérard/Centre Camille Jullian, 2005, p. 219-267, https://doi.org/10.4000/books.pcjb.601.

Melis Federigo, Documenti per la storia economica dei secoli XIII-XVI, Florence, Olschki, 1972.

Melis Federigo, Aspetti della vita economica medievale, Sienne/Florence, Monte dei Paschi/Olschki, 1962.

Mira, Giuseppe « Taluni aspetti dell’economia medioevale perugina secondo una tariffa daziaria del secolo XIV », dans Studi in onore di Amintore Fanfani. III. Medioevo, Milan, Giuffrè, 1962, p. 245-263.

Picon Maurice, « Des aluns naturels aux aluns artificiels et aux aluns de synthèse : matières premières, gisements et procédés », dans Borgard Philippe, Brun Jean-Pierre, Picon Maurice (dir.), L’Alun de Méditerranée, Naples/Aix-en-Provence, Centre Jean Bérard/Centre Camille Jullian, 2005, p. 13-38, https://doi.org/10.4000/books.pcjb.553.

Ricciardi Ricciotto, « Un’interessante figura di merciaio e cuoiaio del contado fiorentino nella seconda metà del sec. XV, Lorenzo di Filippo da Capraia », mémoire de laurea inédit, université de Pise, 1950-1951.

Tucci Ugo, « Le tariffe veneziane e libri toscani di mercatura », Studi veneziani, no 10, 1968, p. 65-108.

Haut de page

Notes

1  Voir notamment, pour la période antérieure à l’exploitation des gisements de Tolfa, Heers, 1954 ; Jacoby, 2005 ; Basso, 2014. L’exception à cette orientation générale est constituée par quelques études centrées sur les entreprises de teinture, évoquées plus bas.

2  Picon, 2005.

3  Les tarifs du péage de Pérouse de 1379 et 1391 le mentionnent comme « alume di feccia o cenere de feccia », Mira, 1962, p. 258.

4  Muzio, 2012, p. 224-225.

5  Ainsi pour les péages alpins des xve et xvie siècles dont les tarifs ont été publiés par Comba, 1984, p. 146, 171, 216, 291, 318, 333, on ne rencontre qu’une mention isolée d’alun de roche, tandis que cinq autres ne parlent que d’un alun générique.

6  C’est notamment le cas du manuel de teinture de Joanot Valero. Cifuentes i Comamala, Córdoba de la Llave, 2011, p. 71.

7  Par exemple pour la fabrication de colorants : « modico etiam aluminis zucharini vel aluminis rocci » (Muzio, 2012, p. 114) et « alumi zucarini vel scaioli » (Muzio, 2012, p. 177-178).

8  Halleux, 2005, p. 10.

9  Mira, 1962.

10  Archivio di Stato de Pise, Archivio del Comune, sez. A, 240, fol. 2v.

11  Evans, 1936, p. 370 (Evans assimile également piuma à scagliuolo, 1936, p. 412) ; Artale, 2016a, p. 157.

12  Ciasca, 1927, p. 427 ; Evans, 1936, p. 412 ; Rebora, 1970, p. 143 (citant Heyd, 1912) ; Pasqualetti, 2011, p. 207 ; Cifuentes i Comamala, Córdoba de la Llave, 2011, p. 73 ; Córdoba de la Llave, 2013, p. 277.

13  Cifuentes i Comamala, Córdoba de la Llave, 2011, p. 73.

14  Rebora, 1970, p. 143, d’après Gargiolli, 1868, p. 298.

15  S’ils ont rarement fait l’objet de recensements de grande ampleur, voir parmi les tentatives de les répertorier soit pour un secteur spécifique de produits, soit dans une région, voire même une seule bibliothèque ou collection, Elsheikh, 1990 ; Pomaro, 1991 ou la base de données en voie de perfectionnement Colour Context, consacrée aux matériaux de la peinture médiévale : https://arb.mpiwg-berlin.mpg.de/.

16  Cifuentes i Comamala, Córdoba de la Llave, 2011, p. 36.

17  Rapisarda, 2001, p. 59, 79-81 ; Rosselli, 1996, p. 229-232, 236-237 ; Cifuentes i Comamala, Córdoba de la Llave, 2011, p. 226-227.

18  Brambilla, Hayez, 2016, p. 256. Deux lotions pour le visage de Stefano Rosselli emploient en revanche rocca et zuccherino en alternative. Rosselli, 1996, p. 208-209.

19  Brambilla, Hayez, 2016, p. 413-414 ; Artale, 2016b, p. 143-146 ; Cifuentes i Comamala, Córdoba de la Llave, 2011, p. 194-197 ; Rapisarda, 2001, p. 99.

20  Muzio, 2012, p. 270-271.

21  Muzio, 2012. On trouve quelques recettes supplémentaires destinées à des peintres et impliquant de l’alun dans Pasqualetti, 2011, p. 108-111 ; Cennini, 2003, p. 181, 196-197.

22  Pour les pierres, Muzio, 2012, p. 177-178, 181, 186-192 ; quant à l’« alumi de Marocho », faut-il considérer qu’il s’agit d’une erreur pour l’« alumi de rocho » ? Muzio, 2012, p. 119-120.

23  Muzio, 2012, p. 224-225.

24  Rebora, 1970, p. 62-63, 72-73, 76-78, 90-91, 109-110, 119-126, 129-132 (rocca), p. 65-66 (foglia), p. 68-69, 90-91, 111-112 (sorta), p. 24, 66-72, 85-89, 99-100, 102-103, 105-107, 112-113, 115, 119-121, 127-130 (feccia), p. 97-98, 128, 131-132 (catina), p. 120 (zuccherino). Dans ses rares recettes consacrées à des textiles, le Trattato universale dei colori mentionne, à côté d’aluns génériques, la seule variété rocca (Muzio, 2012, p. 240, 265-266, 278-279). Le traité ibérique de Joanot Valero mentionne surtout des aluns génériques, que ses éditeurs identifient surtout à la variété rocca, mais parle occasionnellement de cristallino (peut-être assimilable au zuccherino) et de feccia (« senra de mares, senra claveliada ». Cifuentes i Comamala, Córdoba de la Llave, 2011, p. 72-75, 90-91, 110, 115-116.

25  Rebora, 1970, p. 68-70, 119, 129-132.

26  Rebora, p. 120.

27  Córdoba de la Llave, 2013, p. 271-297 ; Muzio, 2012, p. 229-230, 234-235.

28  Rebora, 1970, p. 84-85, 102-103, 112-113.

29  Ciasca, 1927, p. 422 ; Franceschi, 2014, p. 160.

30  Voir l’article de Florian Téreygeol dans ce volume, outre quelques recettes dispersées dans les réceptaires, Brambilla, Hayez, 2016, p. 410.

31  Archivio di Stato de Pise, Archivio del Comune, sez. A, 240, fol. 2v.

32 Cifuentes i Comamala, Córdoba de la Llave, 2011, p. 34-39.

33  Brambilla, Hayez, 2016.

34  Jacoby, 2005, p. 219-267.

35  Evans, 1936 ; Borlandi A., 1963.

36  Brambilla, Hayez, 2016.

37  Tucci, 1968.

38  Biblioteca nazionale centrale de Florence (BNCF), Tordi, 139, fol. 20v.

39  Il s’agit du manuel du xive siècle appelé parfois appelé pratica Acciaiuoli (BNCF, Tordi, 139), d’un manuscrit daté de 1414 (BNCF, II, I, 319), dépouillés intégralement ; et d’un manuel du xve siècle contenant des données datées jusqu’aux années 1390 (BNCF, Palatino 601), d’une tariffa vénitienne (BNCF, Magliabechiano XI, 80), et du petit traité pisan des années 1440 portant le nom des Rosselmini (Biblioteca arcivescovile Maffi de Pise, 41, 38), dépouillés par secteurs pour environ la moitié de ces derniers manuscrits.

40  Pagnini del Ventura, 1766, Evans, 1936 ; Borlandi F., 1936 ; Borlandi A., 1963 ; Ciano, 1964 ; Stussi, 1967 ; Dini, 1980 ; Gual Camarena, 1981 ; Sopracasa, 2013 ; Brambilla, Hayez, 2016.

41  Evans, 1936, p. 43, 293, 369 ; p. 58, 369-370.

42  BNCF, Palatino 601, fol. 75v ; Evans, 1936, p. 43.

43  Borlandi F., 1936, p. 132 ; Gual Camarena, 1981, p. 102 ; Sopracasa, 2013, p. 542 ; Evans, 1936, p. 43, 244, 293, 367, 369.

44  Evans, 1936, p. 43, 243-244, 293, 369 ; Brambilla, Hayez, 2016, p. 325 ; Pagnini del Ventura, 1766, p. 17, 47, 71 ; Gual Camarena, 1981, p. 61, 71, 102, 203.

45  Evans, 1936, p. 43, 293, 369.

46  Evans, 1936, p. 43, 243, 293, 369 ; Gual Camarena, 1981, p. 102.

47  Evans, 1936, p. 141 ; Stussi, 1967, p. 66, 71.

48  Evans, 1936, p. 293 ; Stussi, 1967, p. 71 ; Pagnini del Ventura, 1766, p. 47.

49  Evans, 1936, p. 370 ; Pagnini del Ventura, 1766, p. 18, 47, 71, 192 ; Biblioteca arcivescovile Maffi de Pise, 41, 38, fol. 109v ; Gual Camarena, 1981, p. 102.

50  Evans, 1936, p. 293, 370 ; Pagnini del Ventura, 1766, p. 17.

51  Evans, 1936, p. 293 ; Pagnini del Ventura, 1766, p. 18, 47, 71, 192. Sur la place de Pise, da Uzzano évoque aussi un « alume solcoltrino o di rappe » qui semble résulter d’une confusion avec l’aloès à qui est normalement réservée cette origine de Socotra (p. 47).

52  Biblioteca arcivescovile Maffi de Pise, 41, 38, fol. 109v.

53  BNCF, Magliabechiano XI, 80, fol. 8 ; Stussi, 1967, p. 66 ; Sopracasa, 2013, p. 442, 599 ; Evans, 1936, p. 70.

54  Biblioteca arcivescovile Maffi de Pise, 41, 38, fol. 128v.

55  Evans, 1936, p. 58, 370 ; Stussi, 1967, p. 71.

56  Evans, 1936, p. 43, 56, 293, 369.

57  Sopracasa, 2013, p. 485.

58  Evans ,1936, p. 33, 43-45, 52, 129 ; Brambilla, Hayez, 2016, p. 300-301, 341.

59  Evans, 1936, p. 77, 85, 88, 99-100, 306 ; Brambilla, Hayez, 2016, p. 301, 343 ; BNCF, Magliabechiano XI, 80, fol. 9v, 18v ; Gual Camarena, 1981, p. 129.

60  Borlandi F., 1936, p. 65.

61  Gual Camarena, 1981, p. 69, 172, 177-178 pour Tunis, p. 102 pour Bougie et Alcudia.

62  Evans, 1936, p. 277.

63  Gual Camarena, 1981, p. 102.

64  Evans, 1936, p. 52, 249 ; p. 269.

65  BNCF, Tordi, 139, fol. 20v ; Evans, 1936, p. 52, 100, 144, 238, 240, 243-245, 247, 249 ; Brambilla, Hayez, 2016, p. 313, 365-367 ; Ciano, 1964, p. 73-74 ; BNCF, Magliabechiano XI, 80, fol. 18v ; Borlandi A., 1963, p. 128 ; Dini, 1980, p. 190 ; BNCF, II, I, 319, fol. 28 ; Borlandi F., 1936, p. 37, 132 ; Sopracasa, 2013, p. 542.

66  Evans, 1936, p. 255 ; Brambilla, Hayez, 2016, p. 313, 366 ; BNCF, Palatino 601, fol. 74 ; Biblioteca arcivescovile Maffi de Pise, 41, 38, fol. 127 ; Sopracasa, 2013, p. 510.

67  Evans, 1936, p. 250, 253.

68  Evans, 1936, p. 123, 129 ; BNCF, Tordi, 139, fol. 26v ; Brambilla, Hayez, 2016, p. 305.

69  Brambilla, Hayez, 2016, p. 333 ; Borlandi A., 1963, p. 104 ; BNCF, Palatino 601, fol. 62v ; Pagnini del Ventura, 1766, p. 162.

70  Dini, 1980, p. 190 ; Borlandi F., 1936, p. 40.

71  Dini, 1980, p. 181, 228.

72  Evans, 1936, p. 99, 230 ; Brambilla, Hayez, 2016, p. 310-311 ; BNCF, Magliabechiano XI, 80, fol. 31v.

73  Evans, 1936, p. 225 ; Brambilla, Hayez, 2016, p. 310-311, 323, 325 ; BNCF, Magliabechiano XI, 80, fol. 31 ; Borlandi F., 1936, p. 120 ; Sopracasa, 2013, p. 524.

74  Evans, 1936, p. 225 ; Brambilla, Hayez, 2016, p. 310-311 ; BNCF, II, I, 319.

75  Evans, 1936, p. 235.

76  Evans, 1936, p. 111, 108, 158.

77  Evans, 1936, p. 158 ; Stussi, 1967, p. 57.

78  Evans, 1936, p. 178 ; Pagnini del Ventura, 1766, p. 47.

79  Stussi, 1967, p. 57, 71 ; Evans, 1936, p. 138, 141, 143-144 ; Brambilla, Hayez, 2016, p. 347 ; Borlandi F., 1936, p. 43, 65 ; Sopracasa, 2013, p. 475, 485.

80  Evans, 1936 p. 215, 218 ; BNCF, Tordi, 139, fol. 20 ; Brambilla, Hayez, 2016, p. 297, 321, 338 ; Ciano, 1964, p. 72-73 ; Palatino 601, fol. 61 ; BNCF, II, I, 319, fol. 26v, 28 ; Pagnini del Ventura, 1766, p. 192 ; Biblioteca arcivescovile Maffi de Pise, 41, 38, fol. 108v, 109v ; Gual Camarena, 1981, p. 126.

81  Evans, 1936, p. 218.

82  Evans, 1936, p. 208, 218 ; Pagnini del Ventura, 1766, p. 47 ; Gual Camarena, 1981, p. 124.

83  Pagnini del Ventura, 1766, p. 87.

84  Evans, 1936, p. 247, 370 ; Borlandi F., 1936, p. 37, 40 ; Pagnini del Ventura, 1766, p. 17-18.

85  Pagnini del Ventura, 1766, p. 71.

86  Stussi, 1967, p. 74 ; Evans, 1936, p. 293 ; Pagnini del Ventura, 1766, p. 17-18.

87  Borlandi F., 1936, p. 43 ; Sopracasa, 2013, p. 524 ; BNCF, Tordi, 139, fol. 19.

88  Evans, 1936, p. 69-70, 86, 103, 158, 380, 416.

89  Evans, 1936, p. 141, 293, 372.

90  Evans, 1936, p. 368-369 ; Stussi, 1967, p. 74 ; Borlandi F., 1936, p. 162 ; Gual Camarena, 1981, p. 71, 73.

91  Evans, 1936, p. 380.

92  Evans, 1936, p. 33.

93  Evans, 1936, p. 369.

94  Evans, 1936, p. 293.

95  Gual Camarena, 1981, p. 102.

96  Evans, 1936, p. 368.

97  Evans, 1936, p. 370.

98  Evans, 1936, p. 369.

99  Melis, 1972, p. 39-40.

100  Melis, 1972, p. 38.

101  Melis, 1972, p. 37-38.

102  Melis, 1972, p. 35-37.

103  Je remercie Chiara Marcheschi pour m’avoir permis de compléter à distance le dépouillement entrepris sur la liasse contenant les carichi extraits des correspondances vers 1900 avec quelques carnets de copie du même type de documents. Archivio di Stato de Prato, Datini (ci-dessous ASPo, D.) 1171. On a utilisé également quelques documents du même type encore associés à des lettres d’agence, quand ils sont signalés par le Datini on Line.

104  ASPo, D.1171/3, 9301484 et 9301483.

105  ASPo, D.1171/3, 9301539.

106  ASPo, D.1171/3, 9301515, 9302068 ; D.1171/4, 9302092, fol. 11v et 15v. Pour cette variété, en dehors de formulations transparentes comme allume di piuma, on rencontre d’autres expéditions parlant simplement de piuma circulant également dans le sens de l’Espagne ou du Languedoc vers la Ligurie, pour lesquelles le doute subsiste entre l’alun et les plumes (ASPo, D.1171/3, 9301535, 9301503, 9301518, 9301408).

107  ASPo, D.1171/3, 9301533, 9301541 ; D.904, 400292 ; D.644, 1000345.

108  Les listes sur feuillets isolés et les carnets de copies sont pour l’essentiel conservés dans la liasse ASPo, D.1171.

109  Sur la récurrence de la variété lupaio dans les péages de l’aire catalano-aragonnaise, voir Cifuentes i Comamala, Córdoba de la Llave, 2011, p. 71-72.

110  Sur la présence d’alun (dit) de Castille à Gênes et Florence entre le xiie et le xive siècle, voir Ciasca, 1927, p. 422-424 ; Franceschi, 2014, p. 165 ; Jacoby, 2005, p. 227.

111  Confirmant ainsi une destination de cette variété déjà soulignée par certains chercheurs comme David Jacoby, voir Franceschi, 2014, p. 160.

112  Benelli, 2005, p. 39-42, 49, 51, 54-55, 70.

113  « Questo dì ricievemo per la schafa di Bertino di Ciecho da Puntormo saca ventinove d’alume, fra ‘l quale ve n’ebe alquno sacho ch’era un pocho molle. Ben è vero mi dicie no[n] poté fare no[n] si inmolase per lo isfurtunato tenpo era, sì di venti e sì grande neve vene qua. A questo dicho bene esere chosì d’esere istato il tenpo molto isfurtunato. » ASPo, D.546, 601565, 16-2-1392.

114  Archivio di Stato de Prato, Ospedali 7000, fol. 4, 13, 14.

115  Pansier, 1928, p. 118, 120.

116  Staccini, 1981, p. 385, 394-395.

117  Ait, 1996, p. 258, 260.

118  Dini, 1999, p. 81-89.

119  ASPo, D.193, fol. 11, 17v, 129v ; D.351, fol. 106v, 132v, 134, 143v, 145, 152, 153.

120  ASPo, D.193, fol. 79 ; D.200, fol. 63 ; D.351, fol. 133v, 134, 136, 147, 151v.

121  ASPo, D.57, fol. 223, 237, 238v ; D.59, fol. 29v, 203, 282 ; D.60, fol. 59 ; D.62, fol. 108, 111, 138, etc. ; et dans le premier livre de commandes conservé D.166, fol. 66v.

122  ASPo, D.62, fol. 44v.

123  ASPo, D.62, fol. 85, 130v ; Fiorentino, 2015, p. 56.

124  ASPo, D.58, fol. 39v ; Fiorentino, 2015, p. 56.

125  ASPo, D.78, fol. 17v.

126  On rencontre en revanche dans d’autres fonds toscans des comptabilités d’entreprises de tannerie, comme celle de Bartolomeo di Tingo à Pise en 1384-1388 (Archivio di Stato de Pise, Opera del Duomo, 1285 ; Antoni, 1973) ou celle de Lorenzo di Filippo da Capraia dans la vallée inférieure de l’Arno vers 1469-1470 (Ricciardi, 1950-1951, consultable dans l’Archivio di Stato de Pise, tesi 71).

127  Melis, 1962, p. 286-293, 471-477 ; Ammannati, 2010, p. 497-523.

128  Harsch, 2018.

129 Guarducci, 1998.

130  Guarducci, 1998, p. 112-117.

131  Ammannati, à paraître ; cette synthèse des livres de comptes a bénéficié du dépouillement intégral des comptabilités Datini de Prato effectuée ces dernières années par Shuichi et Hitomi Sunaga.

132  Une première lettre de Deo Ambrogi à la compagnie Datini de Barcelone, écrite du 31 janvier au 6 février 1398, situe ce naufrage dans les mers d’Angleterre : « rupe ne’ mari d’Inghiltera » (ASPo, D.904, 418326), mais sa lettre à la compagnie Datini de Majorque du 1er au 8 février 1398 parle d’un naufrage près des côtes Ibériques, près de Cadix : « ne’ mari di Spagna o vero Chadisi » (ASPo, D.1075, 1101787) tandis que la lettre de la compagnie Mannini ne précise pas le lieu de l’incident (ASPo, D.904, 314566) et qu’une lettre successive de Deo, du 4 février, évoque la hausse du prix des aluns : « Arete visto i salti àn fatti gli alumi per la rotta della Grisolfa » (ASPo, D.904, 314567).

133  ASPo, D.1075, 1101788, 30-3/5-4-1398 ; D.904, 418328, 6/8-4-1398.

134  « Quivi è alume di piuma, molto bello […] mai il vidi sì bello […] In Fiandra e a Firenze si spacia per lo tingnere de’ panni » (Orlandi, 2008, p. 359, 20-28 septembre 1396).

135  « In Fiandra à miglior diliveranza » (ASPo, D.1075, 518310, 8 décembre 1397) ; « Alume di piuma non ci à neuna diliveranza. S. 3 d. 6 vale la libra bocie, ma non l’adoperan costoro » (ASPo, D.1075, 518315, 18 octobre 1398) ; « […] Alume di piuma non ci si chonsuma qui ; il fatto è a Br[u]ggia ; l’àno già gran qua[n]tità venduto » (ASPo, D.1075, 518316, 14 janvier 1399) ; « In alumi di piuma non vi mettete per qua, ché ci pare che a dosso stenterebene. Non è domandato e a B[ru]g[i]a n’è a m[i]gliore (?) danaio che qui, sì che non ve ne inpacciate per qui » (ASPo, D.1075, 1101801, 2-3 mai 1399) ; « Alume di piuma non ci val nulla. A B[ru]gia n’è a gran merchato e que’ di Borsela si vanno a fornire là » (ASPo, D.1075, 1101805, 27-30 juillet 1399).

136  Voir entre août 1398 et février 1400 ASPo, D.1075, 1101792, 1101795-1101797, 1101807, 1101811, 1101813, 1101816-1101817 ; D.904, 418349.

137  « Costà dite à bisongno d’alume di fecc[i]a […] dite, se vegiamo da farne utile, ve ne mandiamo 6 caratela in circha per voi e per noi […] El tartaro ci chiedete pensiamo di fornire, o tutto o parte quello potremo […] e come passagio per costà o per Barzalona o Valenza ci fosse, lo vi manderemo e sarà chomune per metà tra voi e noi » (Cecchi Aste, 1997, p. 56, 16-19 juillet 1400) ; « Alume di feccia mai potemo trovare e più luoghora a Napoli e qui e oltre ne scrivemo e mai ne trovamo. Posendosene avere, si manderà per voi e per noi » (Cecchi Aste, 1997, p. 66, 11-13 septembre 1400) ; « Del tartaro chiestovi vi dicemo di mandarvi per voi e per noi a chomune, e a uno nostro amicho sta a la costa d’Amalfi lo comettemo e per anchora nonn abiamo n’abi posuto raghunare. Di nuovo lo soleciteremo e che facci d’avere quello può […] Alume di fecc[i]a ancho non potemo trovare e in più luoghora qui e oltre n’abiamo avisati e mai ne trovamo. Possendosene avere, vi si manderà per voi e per noi » (Cecchi Aste, 1997, p. 71, 11-27 septembre 1400) ; « Nè alume di fecc[i]a nè groma di vino vermiglo non potemo avere, che ve ne aremo mandato. Nondimancho ancho, posendone avere, ve ne manderemo per voi e per nostri di Roma a chomune. Viene costà d’uno merchante gienovese in su questa nave condotta per Bernarbà Pinelo da caratela 6 in circha che pensiamo verà ne le mani di Giuliano Pelegrino, cioè alume di feccia […] Noi abiamo charicho in su la nave condotta costà per Bernaba Pinelo e Luchino Salvagio che costà viene caratella XVIIII di tartaro biancho […] e infra esso è caratela VI di polvere […] e ditto tartaro finite costà per lo meglo e più vantagio potete […] Ditto tartaro, esendo stato vermiglo, v’aremo messo voi per la metà, ma nonn voglamo uscire di chomessione » (Cecchi Aste, 1997, p. 80-81, 27 octobre au 9 novembre 1400) ; « Se potremo avere alume di fecc[i]a a pregio vedesimo da fare hutile, ve ne manderemo […] Avisamovi come vi mandamo per la nave condotta costà per Bernaba Pinello e Luchino Salvagio caratella XIII di tartaro biancha e caratela 6 di polvere […] E in caso costì non trovassi a spacc[i]arlo a pregio vi piacc[i]a e paiavi che a Barzalona o a Valenza abia miglore condizione, siamo contenti lo mandiate là lo finischano » (Cecchi Aste, 1997, p. 89, 27 novembre 1400) ; « Ditte se vi vengniamo a mandare alume di fecc[i]a, che sia solo 4 caratelli, avendolo a pregio ci paia da farne hutile, e così faremo » et « Noi abiamo dato ordine d’avere buona soma di tartaro vermiglo e tutto quello potremo ricorre vi manderemo presto » (Cecchi Aste, 1997, p. 98-99, 23-28 février 1401).

138  Pour de plus amples développements sur ce dossier, avec les références aux documents d’archives, voir Hayez, à paraître.

139  « Assai faticha se n’è auto, e posiamo dire senza utole, e anche otta [= ora] fu di perdita m’arei tolto, e grazia a dDio ne siamo fuori, ché ma’ più non dee esere mia mercatantia » (ASPo, D.447, 502971).

Haut de page

Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Synthèse des circulations des aluns vers 1400
Crédits La carte a été réalisée par Dominique Andrieu, que nous remercions pour son aide.
URL http://journals.openedition.org/artefact/docannexe/image/12180/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 243k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Jérôme Hayez, « Entre circulations et usages »Artefact, 16 | 2022, 167-201.

Référence électronique

Jérôme Hayez, « Entre circulations et usages »Artefact [En ligne], 16 | 2022, mis en ligne le 15 juin 2022, consulté le 04 septembre 2026. URL : http://journals.openedition.org/artefact/12180 ; DOI : https://doi.org/10.4000/artefact.12180

Haut de page

Auteur

Jérôme Hayez

Jérôme Hayez est chercheur au CNRS-LaMOP (Paris), spécialiste des correspondances pratiques et des écrits marchands toscans, de l’Archivio Datini, des réseaux, carrières et pratiques migratoires des marchands de la fin du Moyen Âge. Il a en particulier co-dirigé les ouvrages Palazzo Datini a Prato, una casa fatta per durare mille anni (Florence, Polistampa 2012) et Il tesoro di un povero. Il Memoriale di Francesco Bentaccordi, fiorentino in Provenza (1400 ca) (Rome, Viella, 2016).

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont susceptibles d’être soumis à des autorisations d’usage spécifiques.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search