Avant-propos
Texte intégral
1Ce numéro spécial est consacré à l’Europe technicienne, du xve au xviiie siècle. Il fait référence à l’ouvrage classique de David S. Landes mais il en prend le contre-pied. Alors que l’histoire des techniques en Europe entre le Moyen Âge et l’ère industrielle a longtemps adopté une chronologie fondée sur la succession de pays leaders communiquant leurs avancées au reste de l’Europe, ce volume met en cause cette approche linéaire au profit d’études contextualisées.
2Les articles réunis montrent à la fois les dynamiques de transnationalité des techniques et celles de différenciation, temporelle et spatiale, suggérant l’existence d’une pluralité d’Europe(s), irréductibles à un espace homogène et polarisé. Les auteurs mettent ainsi en valeur les logiques politiques, sociales, culturelles, économiques qui sous-tendent les processus de légitimation des techniques, les circulations et les appropriations des savoirs techniques, les différents régimes d’ouverture ou de fermeture, via l’écrit et la traduction notamment, mais aussi les diverses facettes de l’intelligence technique, depuis la place prise par les techniques du corps dans l’Europe moderne jusqu’à celle des techniques de représentation et de scénographie, rappelant les liaisons entre les techniques, l’imagination et la création. Loin de hiérarchiser les pays ou les régions, de chercher des explications à « l’avance » ou au « retard », les éditeurs de ce volume entendent se démarquer des grandes fresques du progrès et de l’assignation systématique des techniques à des objectifs économiques, le plus souvent réduits au concept de croissance. Il s’agit de poser la question des trajectoires techniques, construites aussi bien par les pouvoirs politiques, les acteurs économiques que les communautés humaines et leurs imaginaires.
3Ces approches ouvertes, bien éloignées du récit hérité et réducteur de l’histoire des techniques industrielles en Europe, s’accompagnent de synthèses historiographiques qui révèlent les dynamiques intellectuelles de ce domaine, fortement renouvelé depuis une génération. Pour la première fois, des chercheurs analysent les modalités de construction de l’histoire des techniques, dans ses échanges avec l’histoire de la culture matérielle, l’histoire économique, l’histoire de l’art et de l’architecture et l’archéologie. Ces regards croisés invitent à prendre la mesure de la richesse épistémologique de l’histoire des techniques, irréductible à l’étude de la science appliquée.
4Soucieuse de questionner ses méthodes et ses outils intellectuels, l’histoire des techniques entend aussi mener une réflexion sur ses sources, en particulier en direction des objets, des sites, des collections. C’est le sens de la rubrique « Collections techniques et patrimoines » qui offre un large éventail de recherches menées sur les savoir-faire et l’intelligence technique dans l’Europe moderne à partir de la présentation d’expositions et de l’étude de certains artefacts.
Pour citer cet article
Référence papier
Catherine Cardinal, Liliane Hilaire-Pérez, Delphine Spicq et Marie Thébaud-Sorger, « Avant-propos », Artefact, 4 | 2016, 9-10.
Référence électronique
Catherine Cardinal, Liliane Hilaire-Pérez, Delphine Spicq et Marie Thébaud-Sorger, « Avant-propos », Artefact [En ligne], 4 | 2016, mis en ligne le 07 juillet 2017, consulté le 13 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/artefact/563 ; DOI : https://doi.org/10.4000/artefact.563
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